L'ORGANISATION DU DE

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L'ORGANISATION DU TRAITÉ DE COOPÉRATION AMAZONIENNE

Intégration régionale contre internationalisation?

Benjamin BUCLET

Université fédérale de Rio de Janeiro / [RD Brésil

L'intégration panamencaine se décline actuellement en plusieurs sous-ensembles complémentaires, basés sur une logique géographique (les pays andins, l'Amérique centrale, l'Amérique du Nord, le cône Sud) doublée d'un projet de développement, principalement économique. C'est la conscience d'une communauté d'intérêt qui pousse les pays àcoopérer pour promouvoir l'intégration, chacun étant convaincu des bénéfices de l'entreprise conjointe, ou collective, par rapport à l'initiative individuelle. En ce qui concerne précisément les pays d'Amérique du Sud, l'évolution récente de la mondialisation et des rapports de forces internationaux montre un net gain de pouvoir des pays latino-américains dans leurs relations avec les États-Unis et, dans une moindre mesure, le Canada. Letournant "àgauche"

de 10 pays sud-américains, en 2005 et 2006, est représentatif de cette évolution et montre clairement une grande indépendance idéologique et politique par rapport àl'orthodoxie nord-américaine et, plus généralement, un non-alignement assumé avec le régime de Georges W. Bush.

Logiquement, différents processus d'intégration régionale se sont renforcés et ont parfois vu le jour depuis une dizaine d'années. Le Marché Commun du Sud (MercosuI/Mercosur), la Communauté Andine des Nations (CAN), l'Association Latine-américaine d'Intégration (ALADI) ou encore l'Organisation du Traité de Coopération Amazonienne (OTCA), sont autant d'initiatives basées sur la conscience d'intérêts partagés. Ceux-ci reposent parfois sur le désir d'intensifier et de faciliter les échanges économiques, par exemple à travers la création d'infrastructures ou l'harmonisation des dispositifs juridiques et fiscaux. Ils sont souvent fondés sur la nécessité de résister collectivement à la domination économique oulet politique d'un voisin trop puissant. Dans tous les cas, ils sont liés àun espace géographique

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dont on cherche à dépasser les frontières politiques pour répondre à des questions socio-économiques (et, de plus en plus, environnementales) à travers une approche régionale.

Pour caractériser ces espaces géographiques, certains parlent de capital spatial. Dans le cas de la région amazonienne, ce capital repose sur un écosystème dont l'importance pour l'équilibre écologique mondial n'est plusà démontrer. L'Amazonie et ses forêts tropicales représentent aussi l'un des principaux symboles du courant environnementaliste mondial, auquel font écho, localement, l'urgence de préserver les ressources naturelles et les différentes sources de revenus, essentielles à la survie des populations locales (pas seulement les populations qualifiées de "traditionnelles"). D'une superficie allant de 7 à 8 millions de kilomètres carrés suivant les sources, comportant environ 30 millions d'habitants et représentant près de 40 % de l'Amérique du Sud, l'Amazonie est également emblématique des relations internationales actuelles, et notamment de la reconfiguration des blocs géopolitiques de ces 10 ou 15 dernières années (Becker, 2001, 2005). Il faut également souligner, avec Teixeira que:

"La réflexion sur le développement actuel de l'Amazonie s'opère dans un contexte de politisation de la nature et de valorisation de la région du point de vue des richesses potentielles de ses ressources, c'est-à- dire de son capital naturel, qui se convertit en objet d'appropriation du milieu naturel comme réserve de valeur, constituant un marché de plus en plus stratégique pour les échanges commerciaux."

(Teixeira, 2007, p. 4) Pour ces différentes raisons, on insistera alors sur l'aspect patrimonial contenu dans la notion de capital spatial et, ainsi, sur l'intérêt, pour divers acteurs impliqués, d'utiliser, ou d'exploiter, ce capital pour le faire fructifier de la façon la plus rentable possible. Dans ce sens, toute forme de projet concernant l'Amazonie continentale, ou la "panamazonie", peut être considéré comme un investissement réalisé à partir du capital spatial disponible; l'opération devant, bien entendu et idéalement, créer des bénéfices sans détruire le patrimoine initial.

Ainsi considérées, les initiatives basées sur une approche panamazonienne du développement régional deviennent alors porteuses de nombreuses questions qui dépassent largement les projets "visés" par ces mêmes initiatives (infrastructures, communication, préservation!

conservation). En particulier, l'approche en termes de capital, de patrimoine,

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d'investissement et de bénéfice pose immanquablement les questions de la propriété des ressources, de la légitimité des acteurs qui les exploitent et celle de la répartition des bénéfices. En somme, tout processus d'intégration régionale a des effets inévitables sur la structuration et les caractéristiques internes du champ du pouvoir. Ce dernier se trouve partiellement élargi, ce qui complique considérablement la gouvernance, entendue ici comme processus collectif de prise de décision.

L'intégration amazonienne non seulement n'échappe pas à cette dynamique, mais se trouve compliquée par le caractère segmenté de chaque partie. En effet, il s'agit de promouvoir l'intégration d'un espace constitué de 8 fragments nationaux ne disposant pas d'une autorité souveraine, et non de plusieurs pays souverains, comme c'est en général le cas. En outre, les territoires amazoniens de chaque pays sont généralement dominés aux échelles nationales, ce que leurs caractéristiques naturelles -erhistotiques expliquent facilement. Il y a donc, dans le processus d'intégration amazonienne, une double dynamique, parfois contradictoire entre, d'un côté, une intégration régionale, ou continentale et, d'un autre, une intégration nationale - c'était le cas en particulier pour le Brésil dans les années 1970 et plus récemment pour des pays comme l'Équateur, le Pérou ou la Bolivie. On voit bien alors la complexité de la gouvernance de la région amazonienne, qui explique en grande partie la difficulté d'entreprendre des projets à l'échelle continentale et les précautions devant être prises face à des programmes de développement comme l'Initiative d'Intégration Régionale Sud-Américaine (IIRSA), dont 3 axes de travail concernent directement la région amazonienne.

De fait, forte d'une concentration d'enjeux économiques, sociaux, environnementaux et géopolitiques de premier plan, l'Amazonie ne laisse pas indifférents les acteurs du développement, et en particulier ceux des pays riches. On y trouve 115 des ressources en eau douce, 113 des forêts tropicales, une socio-biodiversité sans égale et un potentiel économique énonne. Ces ressources, avérées ou potentielles, et la façon dont on peut les exploiter, sont l'objet d'intenses négociations, débats et parfois conflits dans lesquels les pays riches sont parties prenantes. Leur participation est visible dans les espaces internationaux où se discutent les traités, convention et autres initiatives multilatérales visant, en généralisant, à concrétiser le

"développement durable", Elle passe également par d'autres canaux, non explicitement caractérisés comme des vecteurs d'influence de certains pays sur d'autres (ou sur des zones géographiques). En particulier, les transfonnations récentes de la gouvernance régionale, qui font la promotion

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de l'approche panamazonienne et dont la création de l'OTCA est l'illustration, ont propulsé au-devant de la scène les grandes ONG environnementales ou socio-environnementales (pour le Brésil) et leurs réseaux régionaux (Buclet, 2006). Si l'on peut se réjouir de voir se diversifier les intérêts et sensibilités qui ont voix au chapitre et accès aux espaces de négociation, il serait néanmoins naïf de ne voir dans la prise d'importance des acteurs non gouvernementaux qu'un approfondissement démocratique.

La "société civile organisée" ou, comme on l'accepte désonnais au Brésil, le

"tiers-secteur" n'ont, en réalité, qu'une autonomie très relative, ne disposant ni du pouvoir cœrcitif des autorités publiques, ni du pouvoir économique du secteur marchand. Leur seule autonomie par rapport aux autres acteurs locaux vient de leurs liens avec les agences internationales de coopération, ce qui leur vaut d'être régulièrement taxés de travailler pour le compte de leurs bailleurs de fonds, originaires des pays riches.

Analyser ces processus et, surtout, anticiper leurs conséquences socio-économiques et environnementales, supposent d'entreprendre de nombreuses recherches tant les questions sont nombreuses. Modestement, on cherchera ici àcomprendre les raisons d'être et les enjeux portés par certains acteurs institutionnels qui ont voix au chapitre. L'article expose, dans une première partie, la genèse de l'OTCA. On y montre certains éléments politiques qui ont été détenninants dans la création de l'organisation. La deuxième partie porte sur le positionnement de l'organisation dans le champ international. On y analyse comment la coopération internationale s'accommode de ce nouvel acteur multilatéral.

LeTCA,premier pas de l'intégration amazonienne

La raison d'être de l'OTCA s'explique en premier lieu par la signature, le 3 juillet 1978, du Traité de Coopération Amazonienne (TCA), par la Bolivie, le Brésil, la Colombie, l'Équateur, le Guyana, le Pérou, le Surinam et le Venezuela. Le TCA est un instrument technique juridique qui, selon les textes officiels, vise la promotion d'un développement harmonieux et intégré du bassin amazonien, sur la base d'une complémentarité économique régionale qui pennette d'améliorer la qualité de vie de ses habitants et la conservation et utilisation rationnelle de ses ressources. La signature de ce traité fut le résultat d'un long processus de maturation politique, lié en particulier à divers accords passés entre les pays d'Amazonie, généralementàl'initiative du Brésil et ce depuis les conquêtes coloniales, face aux velléités expansionnistes des États-Unis.

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Dès le XIX· siècle, certains diplomates brésiliens soulignèrent l'importance de signer des accords de libre navigation sur les fleuves avec les pays voisins (Pérou et Équateur au premier plan) pour contrer une hypothétique invasion du territoire par les États-Unis. Pour le Brésil, la politique extérieure concernant l'Amazonie a longtemps été orientée par la seule nécessité de conserver le territoire et de délimiter les frontières avec ses voisins, bien davantage que par des préoccupations développementistes.

Une fois résolue la controverse de l'Amapa avec la France en 1900 et le conflit concernant l'Acre avec la Bolivie en 1903, les frontières se trouvaient consolidées et la politique extérieure brésilienne plus à même de promouvoir un rapprochement avec les États-Unis, notamment pour gagner en autonomie par rapport aux partenaires commerciaux historiques européens (Campos Antiquera, 2006, p. 30). Par ailleurs, au début du siècle, la diplomatie brésilienne était focalisée vers le sud, surveillant le puissant voisin argentin, bien davantage que vers l'Amazonie. Ainsi, l'action publique visant le développement économique de l'Amazonie brésilienne s'est longtemps limitée à la distribution de concessions à des groupes privés principalement internationaux pour y entreprendre toute sorte d'affaires (l'une des plus célèbres étant la création en 1927 par Henry Ford de Fordlandia, une enclave de 25000 km2,pour relancer la production de caoutchouc).

C'est à partir de 1940 que le développement de la reglOn amazonienne apparut comme stratégique aux yeux des autorités brésiliennes et que le gouvernement de Getulio Vargas commença à promouvoir le développement régional, initialement basé, précisément, sur la coopération internationale, et sans aucune crainte d'une invasion étrangère (ibid, p. 35).

Conséquence de cette approche volontariste, la création de l'lnstituto lnternacional da Hiléia Amazônica (IIHA) fut proposée en 1948, à Iquitos, ayant l'objectif affiché de promouvoir la coopération régionale. Ce fut pourtant le Congrès national brésilien qui fit avorter le projet en 1950, considérant qu'il représentait un pas de trop vers l'internationalisation de la région. Par la suite, dans le contexte de la guerre froide, le Brésil était davantage tourné vers les États-Unis que vers ses voisins limitrophes. Le développement de l'Amazonie était considéré de l'intérieur, l'objectif principal étant son intégration au reste du pays (Buclet, 2004, p. 89-102).

Entre 1950 et 1980, la politique intérieure concernant l'Amazonie fut définie dans un cadre exclusivement national, insérée dans le développementisme adopté et promu par des gouvernements globalement alignés sur les États- Unis puis, à partir de 1964, par le régime militaire.

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Il faut donc bien comprendre que la signature du TCA en 1978 a représenté une rupture dans la politique extérieure brésilienne. Alors que cette dernière était tournée, depuis de nombreuses années, vers les États- Unis, d'un côté, et vers l'Argentine et le bassin du Rio de la Plata, de l'autre, et que l'Amazonie n'y avait qu'une place marginale, le TCA s'est posé comme une tentative de constituer un contrepoids géopolitique du sous- continent, entraîné par le Brésil. Ce changement de cap s'explique probablement par l'arrivée au pouvoir de la ligne modérée en 1974, avec le gouvernement du général Ernesto Geisel, sous lequel le TCA a été signé.En ce qui concerne la politique extérieure, cette gestion fut qualifiée de

"pragmatisme responsable" et marquée par :

"des relations tendues avec les États-Unis, illustrées par l'accord nucléaire signé avec la République fédérale d'Allemagne (1975), le rapport sur les droits de l'homme rédigé par le gouvernement Carter et le questionnement des accords militaires avec les États-Unis, qui remettaient en cause les instruments de coopération existants (1977).

Parallèlement à une posture d'autonomie face aux États-Unis et la diversification des partenaires internationaux (URSS, Chine, Europe de l'Est, Europe occidentale, Japon, etc.), cette période fut marquée par un rapprochement du Brésil avec l'Amérique latine. (...] Ce rapprochement ne s'explique pas exclusivement par des motivations économiques (diversification des marchés et des partenaires), mais également par la volonté de positionner le Brésil comme leader des pays moins développés. Développement interne et projection internationale: pour atteindre ce double objectif, la politique extérieure, sous le gouvernement Geisel, adopta une posture hétérodoxe, sans aucun a priori ni restrictions géographiques ou idéologiques. Et l'Amérique latine gagna une place de choix dans les discours de la diplomatie brésilienne. C'est dans ce contexte historique de la politique extérieure brésilienne que s'insère la signature du TCA."

(Campos Antiquera, 2006, p.44-45) Néanmoins,ilfaut souligner que leTCA satisfaisait également l'aile dure des militaires au pouvoir, pour lesquels l'Amazonie n'avait de sens que du point de vue de la sécurité nationale (Batalha Franlkin, 2006, p.,13).

Même si le TCA fut élaboré et signé par la diplomatie, il n'en représentait pas moins un rappel clair à la communauté internationale de la souveraineté des huit pays signataires sur la région amazonienne, menés par le Brésil, en même temps que la mise en avant de l'intégration régionale comme une politique efficace pour freiner les tentatives d'internationalisation.

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Cela nous conduit à souligner les facteurs internationaux qui ont joué un rôle dans le processus d'élaboration du TCA. Tout d'abord, on observe différentes initiatives d'intégration en Amérique latine, comme l'Association latino-américaine de libre commerce (ALALC, 1960), transformée en 1980 en ALADI ou le Système Économique Latino- américain (SELA, 1975). De plus, l'expérience du traité du bassin de la Plata, signé en 1969 entre le Brésil, l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l'Uruguay constituait un précédent qui renforçait l'intérêt de penser la diplomatie sur une base géographique - ce que la convergence croissante des positions politiques des différents pays du bassin amazonien confirmait.

Ensuite, bien que la guerre froide soit toujours d'actualité, on note dans la deuxième moitié des années 1970 un relatif réchauffement des relations Est- Ouest, qui eut pour effet, dans les pays du Sud comme dans les arènes internationales, d'ouvrir un espace àdes thématiques liéesàl'axe Nord-Sud et àdes approches globales. Des questions qui seront par la suite centrales dans la période post-guerre froide, comme l'environnement ou les droits de l'homme, commencèrent alors à apparaître dans les espaces politiques internationaux. Rappelons que c'est en 1972 qu'eut lieu la première conférence de l'ONU sur l'environnement àStockholm après le rapport du club de Rome en 1970. Enfin, les deux chocs pétroliers n'ont pas épargné l'économie et, après la période 1967-1973, qualifiée de "miracle" brésilien et marquée par des taux de croissance jamais vus (14%en 1973), l'heure està la recherche d'un nouveau souffle et toute initiative est bonneàprendre.

Ainsi fut signé le TCA, dont l'objectif est résumé dans l'article 1:

"Les parties contractantes s'engagent à s'efforcer d'agir conjointement pour la promotion d'un développement harmonieux de leurs territoires amazoniens respectifs, de façon à ce que ces actions conjointes conduisent à des résultats équitables et mutuellement bénéfiques, ainsi qu'à la préservation de l'environnement et à la conservation et l'utilisation rationnelle des ressources naturelles de ces territoires."

(MRE, 1978,p.10)

Il s'agit d'un accord-cadre composé de 28 articles et répondant à5 principes généraux: la compétence exclusive des pays de la région en ce qui concerne le développement et la protection de l'Amazonie (le traité n'est pas ouvert aux adhésions) ; la souveraineté dans l'utilisation et la conservation des ressources naturelles; la coopération régionale comme le moyen de faciliter la réalisation des deux objectifs antérieurs; l'équilibre et l'harmonie entre la protection environnementale et le développement économique; et l'absolue égalité entre les parties.

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Pour remplir ces objectifs, différentes structures ont été créées:

- la réunion des ministres des Relations Extérieures représente l'instance supérieure du TCA, compétente pour définir les lignes directrices, apprécier et évaluer le processus général de coopération et adopter les mesures nécessairesàla réalisation des objectifs;

- le Conseil de coopération amazonienne, instance exécutive dont l'attribution est de veiller à la réalisation des directives définies dans les réunions des ministres, prendre en compte les initiatives et projets des membres et recommander la réalisation d'études et de projets bi- ou plurinationaux, ainsi que de convoquer la réunion des chanceliers le cas échéant;

- le secrétariat Pro Tempore est l'organisme d'appui, responsable de la circulation des informations entre les signataires, de la coordination des activités entre les réunions du Conseil. Son siège est rotatif, suivant l'ordre alphabétique et fonctionnant toujours dans le pays où aura lieu la réunion annuelle suivant le Conseil de coopération amazonienne;

- les Commissions nationales permanentes, créées par chaque État membre, sont responsables de l'application des dispositions du traité et de l'exécution àl'échelle nationale des décisions prises collectivement (pour le Brésil, cette commission fait partie du ministère des Relations extérieures) ;

- les Commissions Spéciales ont été mises en place par les pays membres avec l'objectif d'étudier des problèmes ou des thématiques précis (environnement, science et technologie, tourisme, éducation, peuples indigènes, santé, transports). Elles regroupent des institutions nationales compétentes dans chaque secteur. Leur fonctionnement n'implique pas obligatoirement la présence des huit États signataires.

Selon les documents officiels, fonctionnement du TCA eurent un rôle rapprochement des pays signataires.

les premières années de principalement politique de

"Les deux réunions des ministres des Relations extérieures (instance supérieure du TCA) qui eurent lieu pendant le gouvernement Figueiredo, en 1980 et 1983, et l'unique réunion du Conseil de Coopération Amazonienne (1983) furent purement protocolaires, aboutissant à des déclarations qui ne faisaient que réaffirmer les intentions du Traité et soulignaient la nécessité de travailler à des améliorations institutionnelles et à des alternatives financières pour les futurs projets. Mais ces déclarations ne débouchèrent sur rien de concret."

(Campos Antiquera, 2006, p. 96)

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Néanmoins, des problématiques communes furent identifiées, liées au développement économique et à la préservation de l'environnement. Les progrès obtenus à cette période concernent en premier lieu la production de connaissances sur la région amazonienne, résultats de nombreux séminaires, rencontres et projets de recherches mis en oeuvre. En ce qui concerne le renforcement de la structure institutionnelle du TCA, les différentes analyses et rapports produits sur le sujet sont globalement d'accord sur le manque de moyens misàdisposition et sur la difficulté de prendre en compte la pluralité des intérêts et agendas des chancelleries. En particulier, les Commissions Spéciales, qui prirent naturellement une tournure très technique, furent l'objet d'une attention particulière de la part des chancelleries, qui leur attribuaient paradoxalement un fort contenu politique.

C'est précisément la tension entre une approche technique des divers thèmes de travail et leur contenu politique, et parfois idéologique, qui constitua la difficulté principale du TCA. Dans le courant des années 1980, une posture générale de confrontation entre les pays en développement et les pays développés représenta le frein principal au projet d'intégration régionale soutenu par le TCA. C'est l'époque où les régimes militaires disparaissaient dans la plupart des pays signataires et où le discours et militantisme tiers- mondiste était àla mode. Le développement, l'environnement et l'Amazonie se discutaient dans le cadre d'une analyse des relations Nord-Sud, basée sur une opposition entre pays riches et pauvres et dont le moratoire sur la dette décrété par le Brésil en 1987 est une bonne illustration. Il n'y avait pas de place pour une approche régionale de ces questions.

Il fallut attendre la fin des années 1980 pour que le TCA gagne en contenu et en visibilité. Alors que le Traité avait bien du mal à trouver ses marques et sa légitimité institutionnelle, tant à l'échelle internationale que dans les espaces nationaux, plusieurs événements intensifièrent considérablement les enjeux portés par le TCA. En premier lieu, le mouvement environnementaliste international commençaitàs'articuler et les réseaux internationaux de protection de l'environnement devenaient de plus en plus efficaces. Les grandes ONG européennes et américaines s'internationalisèrent véritablement à cette époque et commencèrent à définir des stratégies d'incidence politique de plus en plus perfectionnées, souvent basées sur l'appui à des partenaires locaux socialement et politiquement légitimes. En ce qui concerne l'Amazonie, des faits marquants comme la mort du syndicaliste des collecteurs de caoutchouc Chico Mendes en 1988

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ou le tapage médiatique du couple StingiRaoni en 1989 attirèrent l'attention de l'opinion publique mondiale sur l'avenir de la forêt et de ses habitants. Peu après, en 1990, le Chancelier Helmut Kohl lança l'idée du Programme pilote pour la protection des forêts tropicales brésiliennes, le PPG7, qui vit le G7 et la Hollande mettre à disposition du Brésil une première enveloppe de 250 millions de dollars. On doit également citer le Fonds Global pour l'Environnement (GEF), créé en 1991 et, enfin, le Sommet de la Terre, organisé à Rio de Janeiro, qui stimulèrent les ONG et les institutions du marché du développement en général, et eurent un effet catalyseur sur les flux de ressources financières et humaines dirigés vers la région amazonienne. En résumé, il y avait un vaste mouvement de sensibilisation au sujet de l'Amazonie et de promotion de la protection de l'environnement en général.

En toute logique, cette "pression globale" (Teixera, 2007, p. 2) eut des effets sur le dynamisme du TCA. Bien que les structures créées dans le cadre du TCA ne disposaient pas de l'autonomie suffisante pour négocier et proposer des programmes transnationaux, les événements soulignés dans le paragraphe précédent eurent comme conséquence directe, outre la création de 4 Commissions Spéciales (sciences et technologie, santé en 1988;

environnement et affaires indigènes en 1989), un afflux d'intérêt et de ressources issus de la coopération internationale et la mise en œuvre de différents projets qui eurent une grande visibilité, locale et internationale.

Coopération amazonienne, régionale, internationale?

Au moment de la signature du Traité et jusqu'à la fin des années 1980, la posture des pays signataires par rapport aux pays développés était très claire: les intérêts des pays riches étaient considérés comme un élément négatif et comme une source de problème pour la sécurité de la zone. L'une des raisons pour lesquelles le TCA avait été signé était précisément la réaffinnation de la souveraineté des pays signataires sur la région amazonienne. À la fin des années 1980, la situation changea et, même si le TCA continuait à cristalliser les revendications des pays du sud par rapport aux riches du nord, la posture générale passa au dialogue. Les pays d'Amazonie souhaitaient désormais dialoguer avec la communauté internationale, sur la base d'une coopération avec les pays développés et visant le développement durable et des objectifs communs.

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Lors des gestions Pro Tempore de l'Équateur, de 1990 à 1994, puis du Pérou jusqu'à 1997, le TCA gagna en visibilité. Bien que les textes officiels attribuent généralement la responsabilité de ce gain aux autorités nationales, les témoignages directs et indirects montrent très clairement le rôle fondamental de la coopération internationale dans ce processus (le manque d'autonomie financière du TCA explique facilement pourquoi il ne pouvait pas en être autrement). Effectivement, sous la gestion équatorienne, plusieurs projets financés par des organismes de coopération (en particulier la FAO, le PNUO et l'Union européenne) eurent des résultats visibles qui changèrent la donne. Le TCA avait reçu, en 1997, l'appui institutionnel ou le financement de projets spécifiques de la part de l'Union européenne, le PNUO, le GEF, la FAO, avec des fonds des Pays-Bas, la BIO, l'ONUOl, la Banque mondiale, l'OEA, la CAF, entre autres. Les gouvernements de la Finlande et du Canada ont rejoint ces lignes de coopération. Le secrétariat Pro Tempore a par ailleurs signé des accords avec des institutions prestigieuses comme le PNUE, l'Association des Universités d'Amazonie - UNAMAZ et le World Ressource Institute - WRI, entre autres" (rapport de la gestion péruvienne, 1997). Globalement, et sans rentrer dans les détails, le résultat fut la production de multiples rapports, la formulation de propositions de politiques sectorielles et la publication d'ouvrages, comme l'emblématiqueAmazonia sin mitosde 1993, qui se furent une belle avancée dans la connaissance des dossiers traités par les Commissions Spéciales.

Les témoignages révèlent une véritable dynamique collective autour des Commissions Spéciales et, en général, dans les projets financés par les agences de coopération. Il semble que cette époque ait été marquée par des ressources financières abondantes, une relative liberté d'action pour les protagonistes et, surtout, un chantier pratiquement vierge à mettre en oeuvre à une échelle continentale. C'est ainsi que l'engagement individuel de quelques expertsl, qui rapidement se retrouvèrent autour d'une même approche et des mêmes objectifs, permit au TCA de prendre corps et de se concrétiser, dans un premier temps, sous la forme de production de connaissances, premier pas essentiel à l'approfondissement des liens entre les pays signataires. Il est particulièrement intéressant de noter que l'une des conséquences de la mise en œuvre de ces projets par les agences internationales fut la formation d'un réseau d'experts, principalement européens, qui, durant ces années passées à travailler sur des projets de

1. On peut par exemple citer Vincent Brackelaire, Antonio Egg, Martin Von Hildebrand, Richard Pasquis, Carlos Castailo. Luis de la Torre, Lourdes Barraglin.

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terrain, développèrent des relations personnelles fortes entre eux et vis-à-vis de leurs contreparties nationales. On retrouve ici la mécanique sociologique de construction d'un champ, avec la formation d'un "corps d'experts" lié à une activité spécifique, signe d'un processus plus profond de construction d'un secteur professionnel qui, lui-même, révèle la consolidation d'une structure de pouvoir.

C'est d'ailleurs probablement cet élément qui explique le coup de frein que subit le TCA en 1997. Les projets réalisés par les Commissions Spéciales avaient eu des résultats visibles et des conséquences importantes sur des sujets sensibles portant par exemple sur les territoires indigènes, les ressources minières ou la biodiversité. Malgré la présence de représentants des pouvoirs publics dans ces commissions et le contrôle exercé par les institutions spécialisées, il apparaît clair, dans les témoignages recueillis à ce sujet, que les dossiers étaient traités avec une grande autonomie et une relative liberté. C'est précisément cela qui posa problème, en particulier pour les autorités brésiliennes, qui commencèrent à devenir très sensibles et à contrôler de façon systématique toutes les publications ou déclarations issues des Commissions Spéciales, faisant souvent blocage pour des raisons non expliquées.

Par ailleurs, un élément important explique également la perte de centralité du TCA: le changement de posture de la politique extérieure brésilienne depuis l'arri vée au pouvoir de Fernando Henrique Cardoso. Le nouveau président, élu en 1995, fit passer en priorité la participation du pays aux négociations multilatérales, en particulier commerciales. La politique extérieure brésilienne se tourna alors davantage vers l'OMC, le Mercosur ou l'ALCA plutôt que vers le TCA, la priorité étant de diversifier les partenaires internationaux et, surtout, d'améliorer l'image du pays. La politique externe brésilienne fit preuve, dans le cadre du TCA, d'une "certaine résistance à l'approfondissement du processus de coopération. En premier lieu, entre 1995 et 1998, le Brésil ne disposait pas de Commission Nationale Permanente, c'est-à-dire d'un organisme compétent pour appliquer les décisions du Traité sur le territoire national. De plus, la discussion entre l'autonomie des décisions techniques et de leur soumission à la formalité des procédures diplomatiques se manifestait fortement à cette époque vis-à-vis des Commissions Spéciales" (Campos Antiquera, 2006, p. 154).

Concrètement, lors des réunions des Commissions Spéciales, les experts brésiliens étaient systématiquement accompagnés par des diplomates qui contrôlaient leurs faits et gestes.

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Après 1997, le TCA s'est trouvé pratiquement paralysé, les bailleurs de fonds s'étant rapidement refroidis face aux résistances diplomatiques.

Hormis quelques publications remarquées, constituées des résultats des projets antérieurs, le TCA ne produisit rien de marquant lors des gestions suivantes (Surinam puis Venezuela) :

"Après l'électrochoc du TCA pendant les mandats équatoriens et péruviens, caractérisés par une intense activité liée à la coopération internationale, on a vu entre 1997 et 2002 un véritable "gap" technique durant lequel peu de choses ont été faites mis à part la rédaction des textes et engagements formels qui servirent de base à la structure institutionnelle de l'OTCA."

(Brackelaire, 2007, p. 4) Ces années de calme apparent ont été déterminantes pour la suite du processus d'intégration régionale. Ce fut àce moment que se dessinèrent les contours, en particulier juridiques, de la future Organisation du TCA.

La position brésilienne dans les réunions réalisées pour élaborer une proposition d'appui institutionnel du TCA était basée sur la conviction que la création d'un secrétariat permanent apporterait stabilité et continuité à l'organisation, permettrait l'exécution de projets de moyen et long terme.

Pourtant, entre 1999 et 2002, la campagne menée par le Brésil pour que le siège de la nouvelle organisation soit à Brasilia n'était probablement pas uniquement motivée par le souci d'efficacité des actions. Cette période, marquée par des changements importants de la géopolitique de l'Amazonie (plan Colombie en 2000, changement de la posture de la politique étrangère des États-Unis suite aux attentats du Il septembre 2000, remit l'Amazonie au coeur de la politique de défense brésilienne. De plus, l'intégration régionale du nord du continent sud-américain prit une importance économique particulière dans le contexte de lutte contre l'ALCA, menée par le Brésil et le Venezuela - qui font la promotion d'un accord de libre- échange sud-américain, fruit d'un rapprochement entre le Mercosur et la Communauté andine. Dans ce cadre, la création de l'OTCA se voulait complémentaire, surtout d'un point de vue politique, à l'IIRSA, lancée en 2000 sous l'égide de la BIO pour promouvoir l'intégration physique du continent à travers d'ambitieux travaux d'infrastructure. La création de l'OTCA était donc bien intégrée dans la politique extérieure brésilienne, tant du point de vue économique que de celui de la lutte contre l'influence des États-Unis sur la région amazonienne, renforcée avec l'inauguration, en 2002 du Système de protection de l'Amazonie SIVAM/SIPAM.

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Légalement définie dès 1998,ilfallut près de 4 ans d'amendements pour que l'organisation soit officiellement créée, en décembre 2002. C'est avec l'arrivée du directeur exécutif, le Colombien Francisco Ruiz, en avril 2003 que la structure prit corps, en particulierà travers l'élaboration du plan stratégique2 À partir de mai 2004, date de l'élection de l'équatorienne Rosalia Arteaga au poste de secrétaire générale, l'objectif principal fut de construire l'espace politique de la nouvelle organisation face aux autres acteurs internationaux et aux gouvernements des pays membres. Avec un plan stratégique solide, le dynamisme et les compétences de ses deux principaux responsables (au départ, pratiquement seuls) ont permisà l'OTCA de gagner rapidement en visibilité. De plus, l'autonomie financière garantie3 (une base annuelle de plus d'un million de dollars) et la clarté du rôle politique de l'organisation lui permirent de prendre une ampleur considérable, tant au niveau régional que national et international. En 2007, l'OTCA disposait d'un budget annuel de 33 millions de dollars - contre 1 million en 2004 - pour plus de 18 projets en cours d'exécution, employait 30 personnes au siège, auxquelles s'ajoutaient une trentaine de consultants et une vingtaine d'experts dispersés dans les différents pays4.

Mais la croissance impressionnante de l'OTCA s'explique aussi par un élément fondamental qui peut paraître paradoxal compte tenu de ce qui avait causé le "gap" post-1997: la coopération internationale. En effet, le TCA n'était pas reconnu comme une organisation internationale, mais simplement comme un document signé par les ministres des Relations extérieures des 8 pays d'Amazonie (Arag6n, 2002, p. 47). Il ne disposait donc pas de suffisamment d'autonomie par rapport aux diplomaties des pays signataires pour négocier et proposer des projets et programmes aux guichets de la coopération internationale. À l'inverse, le statut d'organisation de l'OTCA, et son mandat politique clair (ratifié par 8 congrès nationaux) lui

2. Ce plan se base sur 4 axes stratégiques : conservation et utilisation des ressources naturelIes renouvelables; gestion des connaissances et échanges technologiques; intégration et compétitivité régionale; renforcement institutionnel. Il présente par ailIeurs 6 thèmes transversaux : eau; forêts, sols et aires naturelles protégées; diversité biologique, biotechnologieetbiocommerce ; aménagement du territoire; établissements(assentamentos) humains et questions indigènes; infrastructure sociale: santé et éducation; infrastructure de transport, énergie et communication.

3. L'OTCA dispose d'un budget annuel d'environ 1 150000 dolIars par an, dont 35%sont versés par le Brésil.La Colombie, le Pérou et le Venezuela versent chacun 16 % de ce budget.

L'Équateur et la Bolivie 6.5% et le Surinam et la Guyana 2 %.

4. Ces données sont issues des déclarations de Rosalra Arteaga lors de l'annonce à la presse de son départ de l'OTCA - relatée notamment dans "El comercio' (Équateur) du 4 mai 2007

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donnent la flexibilité et l'agilité nécessaires aux négociations multilatérales (Teixera, 2007, p. 8). C'est d'ailleurs précisément à travers un intense travail de rapprochement avec divers acteurs internationaux que la secrétaire générale a réussi à donner à l'OTCA sa légitimité institutionnelle. Une grande partie de l'activité de Rosalia Arteaga a consisté à nouer des contacts, la plupart du temps établis personnellement, avec tout ce que le champ international peut compter d'organisations ou d'institutions potentiellement partenaires de l'OTCA. Concrètement,ils'est agi:

"d'établir des liens solides avec des organismes comme l'OMS, UNCfAD, PNUE, UNESCO, FAO, OMM, OEA, CAN, Banque mondiale, BIO, BIRD, CAF, Union européenne, agences bilatérales de coopération de Hollande, Japon, Allemagne, Canada, France, Finlande, États-Unis, entre autres, et des initiatives multilatérales comme le GEF et l'I1RSA, et des organisations non gouvernementales nationales et internationales comme le WWF et l'UlCN."

(OTCA, 2004, p. 76) Et les organisations sollicitées répondirent très favorablement. Fin 2006, un tour d'horizon des initiatives des acteurs de la coopération internationale portant sur la région amazonienne montrait clairement la centralité de l'OTCA dans les stratégies des bailleurs de fonds bi- et multilatéraux. Selon le directeur exécutif, à cette période, les principaux partenaires étaient l'Allemagne et la Hollande, la BIO, le PNUE, le GEF, l'OEA, le WWF, le ClRAD, l'IRD, le JRC, la Banque mondiale, l'IITO et la FAO. Il soulignait également l'engagement du gouvernement brésilien, notamment l'existence d'un financement sud/sud mis à disposition par l'Agence Brésilienne de Coopération (ABC) à hauteur de 500.000 R$, destinéàla formation dans le domaine de la gestion forestière. Les objectifs annoncés dans le plan stratégique sont donc aujourd'hui atteints, en tout cas pour ce qui concerne la légitimation internationale.

Mais c'est peut-être cela qui risque de poser problème. Si la diversité des partenariats reflète la solidité de l'OTCA, ilfaut se demander si les liens établis avec la "communauté" internationale ne risquent pas précisément d'être la source de futurs blocages. On a vu que les projets et avancements du TCA avaient été freinés au milieu des années 1990 par les craintes des chancelleries, et en particulier de la diplomatie brésilienne, d'une ingérence internationale trop prononcée dans des dossiers sensibles. L'hypothèse que les projets de l'OTCA le soient à leur tour pour des raisons

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similaires n'est pas absurde. L'observation attentive des relations entre l'OTCA et certains de ses "partenaires" internationaux la rend même assez probable.

Par exemple, la coopération bilatérale allemande, très active dans la région amazonienne depuis de nombreuses années, fournit aujourd'hui à l'OTCA, via son agence de coopération technique GTZ, un appui institutionnel in situ et participe directement au financement de plusieurs projets. Les relations entre les deux organisations se sont construites peu à peu autour de la rencontre entre la nouvellement créée OTCA et le programme régional de la GTZ, basé initialement à Quito et aujourd'hui installé dans les locaux de l'OTCA. LaGTZ finance les salaires de certains experts de l'OTCA et de nombreuses activités. Elle sert par ailleurs de relais pour l'agence de coopération hollandaise qui finance l'OTCA via l'agence allemande. Même s'il n'y a pas de frictions dans les relations entre l'OTCA et la coopération bilatérale allemande, qui laisseraient penser que l'OTCA serait indirectement le vecteur d'une internationalisation de l'Amazonie, et si ces relations sont considérées par les parties engagées comme globalement constructives, des voix s'élèvent parfois pour dénoncer une présence jugée excessive des méthodologies de travail et des experts allemands dans les agendas amazoniens des pays membres.

La récente initiative de l'agence bilatérale américaine USAID, baptisée Amazon Basin Conservation Initiative (ABCI) est également significative pour notre argumentation. Lancée au début de l'année 2006, l'ABCI était le résultat d'une décision du congrès des États-Unis de mettre à disposition 50 millions de dollars pour la conservation du bassin amazonien.

Laparticularité de cette décision venait précisément du fait qu'elle était issue de Washington et que ses prolongements n'avaient pas vocation à en sortir.

En effet, ces ressources étant destinées à financer des projets touchant plusieurs pays, elles allaient être gérées directement par USAID à Washington, et non par l'une des représentations régionales, comme c'est le cas pour la plupart des ressources destinées à des programmes de coopération bilatérale. Après une étude préliminaire réalisée en 2005 par le Natural Resources Information Clearinghouse,groupe financé par USAID et dirigé par le bureau de consultant Chemonics, un premier texte a été rédigé et mis en ligne sur le site de USAID pour consultation ouverte, l'objectif étant de prendre en compte les réactions de tous les acteurs sociaux désireux de s'exprimer sur le sujet. Ce processus participatif eut le succès attendu, et, comme conséquence, une année de travail et de négociation pour adapter le texte aux différentes sensibilités exprimées.

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Enprenant de grandes précautions vis-à-vis des ONG, et en affichant la prise en compte de la "société civile organisée" dans la définition de son programme, USAID a mis de côté, par négligence ou par autoaveuglement, un élément essentiel au succès de l'ABCI : les autorités nationales des pays dans lesquels les projets allaient être réalisés et, surtout, le principal et le seul partenaire politiquement légitime à l'échelle régionale. L'initiative ayant une amplitude régionale, la documentation de USAID désignait clairement l'OTCA comme le partenaire institutionnel principal du programme. On trouve, dans le document stratégique, de nombreuses références à l'OTCA, présentée comme partenaire, et à laquelle les actions prévues promettent d'apporter une plus-value substantielle. Cela apparaît sans ambiguïté dans un document de synthèse des discussions publiques daté de juin 2005, où USAID déclare désirer, conjointement avec l'OTCA, établir "un partenariat avancé pour réaliser des interventions politiques, des collaborations intergouvernementales et renforcer la société civile pour la coopération visant la conservation, sur la base d'une stratégie régionale de développement de contacts et de formations" (USAID, 2005, p. 9). En toute logique, une fois les appels d'offres lancés, et suivant la méthodologie de travail appliquée par USAID depuis plusieurs années dans la région, le résultat fut l'approbation de 5 consortiums, chacun sous la responsabilité d'une organisation ou institution: Instituto Internacional de Educaçao do Brasil - IEB; Wildlife Conservation Society - WCS; The Nature Conservancy - TNC; l'université de Roride; et Rainforest Afiance. En outre, un secrétariat fut mis en place, composé de 5 ONG supervisées par le bureau de consultant américain International Resources Group(lRG), dans l'objectif de faciliter les synergies entre les 5 consortiums.

En résumé, l'ABCI constituait effectivement "un agenda ambitieux de conservation croisant les frontières nationales, qui développent de nouveaux réseaux institutionnels et groupes d'intérêts pour répondre aux défis croissants de la conservation dans le Bassin Amazonien" (USAID, 2007, p.3). Plus précisément, il s'agissait ni plus ni moins d'une alliance entre la coopération bilatérale américaine et un petit groupe d'organisations privées (ONG et bureaux d'étude) pour mettre en place des actions visant globalement la conservation de la biodiversité en Amazonie et touchant ponctuellement à des questions sociales, biologiques ou politiques sensibles (déforestation, grands projets d'infrastructure, unités de conservation, appui aux organisations indigènes, gouvernance environnementale transfrontalière). Dans ce cadre, l'OTCA représentait le partenaire institutionnel parfait et, en réalité, le seul envisageable, puisqu'il n'existe pas d'autre institution disposant d'une légitimité régionale. L'erreur de USAID a

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été de ne pas inclure la propre OTCA dans les discussions visant la définition de l'ABCI. En 2006, le secrétaire exécutif de l'OTCA déclarait:

"le rôle de l'OTCA dans l'ABC! reste encore à définir... Formellement,il n'y a pas d'accord avec USAID... Nous n'avons pris aucune initiative pour nous rapprocher de USAID... Il n'y a pas d'affinités politiques ni conceptuelles"

(entretien F. Ruiz, octobre 2006).

Conséquence indirecte de ce manque de concertation, les autorités nationales se sont senties flouées par USAID et, en ce qui concerne le Brésil, ont fini par interdire purement et simplement la réalisation des activités de l'ABCI.En mai 2007, le ministère brésilien des Relations extérieures a exigé de USAID la suspension des activités prévues sur ·le territoire brésilien, considérées comme contraires aux intérêts nationaux. Selon la presse, les éléments ayant motivé la réaction des autorités brésiliennes sont liés principalement à l'appui prévu à des organisations indigènes et à tout ce qui relève de la production et du contrôle des informations concernant la biodiversité, collectées par des organisations non gouvernementales financées par USAID et travaillant dans plusieurs pays.

L'expérience malheureuse de l'ABCI montre que la marge de manœuvre de l'OTCA est étroite et que les autorités nationales des différents pays signataires disposent d'une autorité légitime qu'ils n'hésiteront pas à utiliser pour barrer tout projet jugé indésirable. Maintenant que la reconnaissance internationale et la visibilité de l'organisation sont acquises, il semble que l'OTCA souffre de quelques "douleurs de croissance", comme l'exprimait son secrétaire exécutif. Ces douleurs passeront si l'organisation parvient, dans les années qui viennent, à doubler sa légitimité institutionnelle d'une base sociale et de la reconnaissance de ses compétences techniques.

Cela signifie, d'une part, prendre en compte la diversité des sensibilités qui existent au sein de la "société civile" amazonienneS et devenir, au moins en partie l'organisation qui soutient le projet des sociétés amazoniennes. L'OTCA a officiellement l'objectif de créer des liens (puentes) avec les Organisations de la Société Civile (OSe), ceci pour profiter de leurs propositions et expérience. L'article 29 de la Déclaration

5. Même imparfaits et sans légitimité démocratique. les ONG et réseaux existants représentent des interlocuteurs valables. Certains travaillent déjààl'échelle panamazonienne.

Il existe par ailleurs des espaces de dialogue intéressants comme le Forum Social

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d'Iquitos6, reconnaît l'importance de la participation de la société civile aux projets et programmes de l'OTCA, en particulier celle des peuples indigènes et des communautés locales, salue les consultations nationales réalisées à Quito et La Paz, et encourage les autres pays à organiser des rencontres similaires. Au moment de l'installation du secrétariat permanent à Brasilia en 2003, certaines OSC ont exprimé l'espoir de voir l'OTCA devenir la structure

"unificatrice" qui allait palier le manque chronique d'organisation à l'échelle régionale. Malheureusement, jusqu'à aujourd'hui, cet espoir s'est avéré vain et les OSC n'ont pas encore trouvé le moyen de profiter du dynamisme lié à la revitalisation de l'OTCA (Brackelaire, 2007, p. 4). C'est d'autant plus regrettable que certaines organisations disposent d'une expérience indiscutable, notamment en ce qui concerne l'accompagnement des politiques publiques ou de l'implémentation des grands projets comme ceux de l'IIRSA.

D'autre part, l'OTCA peut et doit profiter des connaissances produites au sein des universités et des centres de recherches, dont certains sont déjà bien articulés à l'échelle panamazonienne. L'Université d'Amazonie (UNAMAZ), la Faculté latino-américaine de sciences sociales (FLACSO) ou l'lniciativa Amazônica sont autant de structures qui peuvent apporter à l'OTCA la légitimité scientifique qui lui sera nécessaire lorsque, l'effet de mode passé, elle devra justifier sa place sur le marché du développement face aux autres producteurs de projets et que les compétences dont elle dispose en interne ne suffiront plus.

Le défi est immense et les obstacles nombreux. Comme le souligne Vincent Brackelaire (2007, p. 5), le paradoxe de l'OTCA est de créer l'expectative d'offrir un espace disponible et un potentiel de changement en invoquant un "certain" degré d'autonomie de son secrétariat par rapport aux gouvernements des pays membres, alors que sa légitimité repose initialement sur l'aval de gouvernements dont la plupart sont en état de crise politique et institutionnelle, et ont rarement été capables de mettre en place des mesures solides et efficaces pour gérer les questions socio-économiques et environnementales de la partie amazonienne de leurs territoires respectifs.

La responsabilité de l'OTCA apparaît alors aussi grande que l'urgence des solutions à apporter aux questions sociales et environnementales posées. Si l'OTCA parvient à doubler la reconnaissance institutionnelle internationale

6. Résultat de la IX' réunion des ministres des Relations extérieures, en novembre 2005.

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acquise par une légitimité sociale et scientifique, elle renforcera son autorité et disposera de l'autonomie suffisante par rapport aux autorités de tutelle, pour espérer remplir son mandat.

Conclusion

Les arguments avancés pour promouvoir l'intégration régionale de l'Amazonie posent inévitablement la question du partage des responsabilités concernant la gestion et l'exploitation du patrimoine spatial en question. Il est particulièrement complexe d'y répondre compte tenu de la double fragmentation (internationale et interne à chaque pays) de la région. La création de l'OTCA vise, entre autres, àsimplifier cette question sur la base des intérêts partagés par les signataires du Traité de Coopération Amazonienne (1978). La genèse de l'OTCA montre que la promotion de l'intégration amazonienne visait initialement le double objectif de développer la coopération régionale tout en freinant les tentatives d'internationalisation.

Après la création de différentes structures visant la concrétisation des objectifs du TCA, les premiers résultats touchèrent à la production de connaissances scientifiques portant sur la région amazonienne et les dossiers traités par les Commissions Spéciales. Bien que principalement techniques, ces connaissances n'en restèrent pas moins interprétées de façon politique par les autorités de tutelle du TCA et c'est précisément la tension entre une approche technique des projets et leur contenu politique qui constitua la difficulté principale du TCA.

À la fin des années 1980, le TCA gagna en contenu et en visibilité grâce à un afflux d'intérêt et de ressources issus de la coopération internationale, conséquence du vaste mouvement de sensibilisation au sujet de l'Amazonie et de promotion de la protection de l'environnement en général. Le TCA commença à profiter de l'appui institutionnel ou/et financier de nombreuses agences internationales de coopération, comme l'Union européenne, le PNUD et la FAO. On observe à cette époque une dynamique collective autour des Commissions Spéciales, révélatrice de la formation d'un "corps d'experts" liéàune activité spécifique, et preuve de la consolidation d'une structure de pouvoir. Les dossiers, traités avec une grande autonomie, commencèrent à être observés de près par des autorités

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publiques sensibles. Elles se mirent à contrôler les publications ou déclarations issues des Commissions Spéciales, ce qui freina considérablement les activités réalisées au sein du TCA.

Entre 1997 et 1999, le TCA se trouvait pratiquement paralysé, les bailleurs de fonds s'étant retirés face aux résistances diplomatiques. Pendant ce temps se dessinèrent les contours juridiques de la future Organisation du TCA. Entre 1999 et 2002, période marquée par le retour de l'Amazonie au cœur de la politique de défense brésilienne en raison des importants changements géopolitiques, la maturation de l'OTCA eut lieu, intégrée dans la politique extérieure brésilienne. Légalement définie dès 1998, l'OTCA fut officiellement créée en 2002. Son autonomie financière et la clarté de son rôle politique lui permirent de prendre rapidement une ampleur considérable, tant au niveau international que régional et national. Mais la croissance impressionnante de l'OTCA s'explique aussi par le retour de la coopération internationale, qui permit à l'organisation de remplir l'objectif principal annoncé dans le premier plan stratégique: gagner sa légitimité institutionnelle internationale.

Pourtant, c'est peut-être sa dépendance vis-à-vis des agences de coopérations internationales qui risque de poser problème. Plusieurs éléments, comme la présence parfois jugée excessive de la coopération bilatérale allemande en son sein ou la récente expérience malheureuse de USAID, montrent que la marge de manoeuvre de l'OTCA est faible.

L'observation de ses relations avec ses partenaires internationaux révèle le paradoxe entre l'objectif d'intégration régionale et la lutte contre l'internationalisation. Alors que l'intégration régionale est présentée comme le contrepoids à une internationalisation potentielle de la région, les projets réalisés pour concrétiser cette intégration ne sont envisageables, de fait, qu'avec le concours financier et technique de la coopération internationale, ce qui réveille les craintes d'internationalisation.

En réponse à la question posée initialement, nous pouvons dire que l'intégration régionale amazonienne peut effectivement se poser comme contrepoids à l'internationalisation, à condition que les bons défis soient relevés. L'OTCA est la concrétisation institutionnelle d'une réalité:

l'Amazonie est internationale. Sa légitimité repose sur l'intérêt qu'ont les pays signataires à travailler à l'échelle régionale, donc à promouvoir une régionalisation contre, effectivement, une potentielle internationalisation.

Pourtant, si l'OTCA se transforme en une instance internationale qui sert d'alibi aux organisations de coopération pour passer au-dessus des autorités

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nationales, elle ne fera que renforcer les craintes d'internationalisation et aboutira à un blocage de la coopération internationale et des ressources humaines et financières disponibles en son sein. Cela serait une grande perte compte tenu de l'ampleur des défisàrelever.

Pour faire face à l'intégration économique en route, l'OTCA doit augmenter ses capacités de mobilisation, d'articulation régionale, et de négociation, bref, gagner sa légitimité politique locale. Cela passe inévitablement par la reconnaissance sociale des organisations de la société civile (et surtout pas uniquement des ONG) et de l'intégration des réseaux universitaires et des centres de recherche dans les projets mis en oeuvre. Sur ces deux fronts, la coopération internationale est, de fait, très présente, et a sans aucun doute un rôleàjouer, notamment pour faciliter le dialogue et les synergies.

De la même façon que les politiques d'intégration nationales appliquées par le gouvernement brésilien dans les années 1960 eurent comme conséquence principale l'enrichissement de grandes entreprises venues du sud du pays au prix du chaos social et environnemental que l'on sait, l'intégration régionale, si elle ne se base pas sur les forces vives des sociétés amazoniennes, risque également de servir les intérêts des entreprises globalisées, au prix d'un chaos social et environnemental, lui aussi global.

Cela n'est pas une fatalité et l'OTCA montre actuellement de bonnes raisons d'envisager un autre scénario. II faudra néanmoins que son dynamisme soit suivi par des mesures d'envergure visant précisément à comprendre la complexité des sociétés d'Amazonie et renforcer leurs capacités d'expression culturelle et économique.

Sigles ABC ABCI ALADI ALALC ALeA BIO BIRD CAF CAN ClRAD FAO

Agence Brésilienne de Coopération Amazon Basin Conservation Initiative Association Latino-Américaine d'Intégration Association Latino-Américaine de Libre Commerce Zone de Libre-échange des Amériques

Banque Interaméricane de Développement

Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement Corporacion Andine de Fomento

Communauté Andine des Nations

Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développemen t

Food and Agriculture Organisation

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FLACSO GEF GTA GTZ lIRA IIRSA IRD

mo

1RC MERCOSUL MRE OEA OMC OMM OMS ONG ONU ONUDI OSC OTCA PNUD PNUE PPG7 SELA TCA VICN UNAMAZ UNCfAD UNESCO USAID WRI WWF

Bibliographie

Faculté Latino-Américaine de Sciences Sociales Fonds Global pour l'Environnement

Grupo de Trabalho Amaz6nico

Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit Instituto Internacional da Hiléia Ama2Ônica Initiative d'Intégration Régionale Sud-Américaine Institut de Recherches pour le Développement International Trade Timber Organization Joint Research Center

Marché Commun du Sud

Ministère des Relations Extérieures Organisation des États d'Amérique Organisation Mondiale du Commerce Organisation Météorologique mondiale Organisation Mondiale de la Santé Organisation Non Gouvernementale Organisation des Nations-Unies

Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel Organisation de la Société Civile

Organisation du Traité de Coopération Amazonienne Programme des Nations-Unies pour le Développement Programme des Nations-Unies pour l'Environnement

Programme Pilote pour la protection des forêts tropicales brésiliennes Système Économique Latino-Américain

Traité de Coopération Amazonienne Union Mondiale pour la Nature Association des Universités d'Amazonie

United Nations Conference on Trade and Development

Organisation des Nations-Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture United-States Agency for International Development

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Références

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