N A L E S E D L ’IN IT ST T U
F O U R IE
ANNALES
DE
L’INSTITUT FOURIER
Jean-Paul BÉZIVIN
Sur les ensembles de Julia et Fatou des fonctions entières ultramétriques Tome 51, no6 (2001), p. 1635-1661.
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DES FONCTIONS ENTIÈRES ULTRAMÉTRIQUES
par Jean-Paul
BÉZIVIN
Il y a eu récemment des travaux
originaux
et intéressants sur lesproblèmes
dedynamique
des fractions rationnelles en une variable enanalyse ultramétrique,
c’est-à-direquand
le corps de base est un corpsultramétrique
K. Ondéfinit,
et on s’intéresse dans ce cadre auxpropriétés
des ensembles de Fatou et de Julia associés à une fraction rationnelle à coefficients dans K. Parmi les articles de base sur le
sujet,
on renvoieles lecteurs aux articles de la
bibliographie,
enparticulier
aux articles de L. Hsia et R.Benedetto, ([HS1], [HS2], [BEl], [BE2], [BE3], [BE4]).
Pour des
exposés
sur la théoriecomplexe
del’itération,
le lecteur pourra consulter les livres de A.F. Beardon et de J.Milnor, [BEA]
et[MI].
Dans cet
article,
nous allons étudier desproblèmes
liés à l’itération d’une fonction entièreultramétrique.
On sait que dans le cascomplexe,
uncertain nombre de
problèmes
sur ce thème sont encore ouverts(par
exem-ple,
sif et g
sont deux fonctions entières transcendantesqui permutent,
leurs ensembles de Julia(de Fatou)
sont-ils les mêmes?),
et nous donneronspour les
problèmes analogues
enanalyse ultramétrique
desréponses
par- tielles sur cetype
desujets.
Le
plan
de l’article est le suivant.La
partie
1 est consacrée aurappel
des définitions et despropriétés
de base des ensembles de Fatou et de Julia.
Mots-clés : Fonctions entières p-adiques - Ensemble de Julia - Ensemble de Fatou -
Dynamique p-adique.
Classification math. : 37F99 - 11S99.
Dans la
partie 2,
nousgénéralisons
un résultat obtenu dans le cadre des fractions rationnelles au cas des fonctions entièrestranscendantes,
àsavoir que si la fonction entière transcendante
f
admet unpoint périodique répulsif,
alors l’ensemble despoints périodiques répulsifs
est dense dansl’ensemble de Julia de
f.
Dans la
partie 3,
nous abordons leproblème
del’égalité
des ensembles de Julia de deux fonctions entières transcendantesqui permutent,
avec des résultatspartiels
sur lesujet.
Dans la
partie 4,
nous examinerons ladynamique
sur l’ensemble de Fatou de deux fonctions entièresqui permutent.
L’auteur remercie le Referee pour sa lecture attentive du texte
original
et ses remarques
qui
ontpermis
d’améliorer la rédaction.1. Définitions et
propriétés
de base.Nous allons commencer par donner
quelques
définitions. Soit p unnombre
premier
rationnelfixé,
etCp
lecomplété
d’une clôturealgébrique
du corps
Qp
des nombresp-adique.
Pour w E
Cp
et R >0,
nous noteronsB+ (w, R)
ledisque
cir-conférencié
B + (w, R) = {z
ECP; 1 z - R},
etB- (w, R)
ledisque
non circonférencié
B- (w, R) _ ~ z
ECP; 1 z - ùJ] R~ . Remarquer
que si Rn’appartient
pas au groupe de valeursIC*1 ]
deCp,
ledisque
circonférencié et ledisque
non circonférencié sont le même ensemble. Onpeut
donc con- sidérer un teldisque
comme circonférencié ou non.Dans le cas où le
rayon R
est dans le groupe desvaleurs,
on diraque le
disque
estrationnel,
et irrationnel dans le cas contraire. Dans lecas d’un
disque
rationnel la distinction entredisque
circonférencié et noncirconférencié a du sens.
Nous noterons aussi
B(w, R)
undisque qui
pourra être circonférenciéou non.
On
peut
définir une distance surP1 (Cp),
la distancesphérique,
de lafaçon
suivante : pour deuxpoints
A =(x, y)
et B =(u, v),
on poseDans le cas où les deux
points
A et B sont dansCp,
onpeut prendre
y = v =
1,
identifier A et x, ainsique B
et u, et la distance entre A et B devientSoit
f
une fonction entière transcendante surCp.
On définit par récurrence ses itérées par = x, =f (x), et
pour n >2,
f[n](X) -
.On
définit,
de manièreanalogue
au cas où le corps de base est le corps des nombrescomplexes,
l’ensemble de Fatou de la fonctionf
commeétant l’ensemble des
points
deCp
où la famillef ~n~
des itérées def
estéquicontinue,
c’est-à-dire despoints x
ECp
telsqu’il
existe unvoisinage
V de x pour la distance A tel que, pour tout E >
0,
il existe b >0,
telque pour tout
couple (a, b)
d’éléments de V vérifiantA(a, b) 6,
on ait~(f ~n~ (a)~ f ~~~ (b)) ~.
Il est
clair, d’après
ladéfinition,
que l’ensemble de Fatou def
estun ouvert. Le
complémentaire
de l’ensemble de Fatou est donc unepartie
fermée de
Cp
que l’onappelle
l’ensemble de JuliaJ( f)
def.
Nous utiliserons très souvent les résultats suivants sur les série entières à coefficients dans
Cp :
PROPOSITION une série entière à
coefficients dans
Cp , convergente
dans ledisque
circonférenciéB+ (a, r),
oùr E
ICC;I.
.Alors les maxima r’ -
1}~
et d =r’,1~ > 1}
sont finis etatteints,
etf
estsurjective
deB+ (a, r)
dansB+ ( f (a), r’),
etchaque
valeur dansB+ ( f (a), r’)
est atteinte d fois.Preuve. Voir
[BE4].
DPROPOSITION 2. - Soit
f
une fonction entière non constante surCCp.
Alors
f
estsurjective
surCp.
*Preuve. Posons
f (x) _ L anxk.
Soit b ECp.
Commef
est nonconstante,
il existe un indice h tel queah # 0, f (x) - b
=g(x)
n’est pasconstante non
plus.
Soit r >0; l’image
dudisque
circonférenciéB+(0, r)
par
g(x)
=f (x) -
b est ledisque
de centre c =f (0) -
b et de rayonr’ =
1}.
On ar’ > lah Irh,
de sorte que l’onpeut
choisir hassez
grand
defaçon
que r’> Ici,
cequi implique
que 0 Eg ( B+ (o, r ) ) ,
cequi
montre que g a un zéro dans cedisque,
et que par suitef prend
lavaleur b. D
On a tout d’abord des résultats élémentaires sur les ensembles de Julia et de Fatou :
PROPOSITION 3. - Soit
f
une fonction entièretranscendante,
alors lesensembles de Julia et de Fatou sont
complètement
invariants parf,
c’est-à-dire que les
images
directe etréciproque
d’un élément de ces ensembles sont encore dans l’ensemble enquestion.
Démonstration. - Cela vient
simplement
du fait que les ensembles de Julia et Fatou sont stables sous l’action def,
et ils sontcomplémentaires.
Un outil très utile est le critère de
Hsia, analogue
d’un résultat de Montel([HS2]) :
CRITÈRE DE HSIA. - Soit F une famille de séries entières
convergentes
sur un
disque
D deCp.
On suppose quel’image
de D par les élémentsf
E Fest incluse dans un ensemble Y
indépendant
def
dont lecomplémentaire
dans
Cp
est non vide. Alors la famille F estéquicontinue
sur D.Démonstration. - Voir
[HS2]
ou[B].
Une
conséquence immédiate,
et que nous utiliserons trèssouvent,
du critère de Hsia est le fait que si x est dans l’ensemble de Julia def,
et Dest un
disque
contenant x, alors on a :Cp.
PROPOSITION 4. - Soit
f
une fonction entièretranscendante,
m >- 1un entier et
g(x)
=fl-1 (x)
l’itérée d’ordre m def.
Alors les ensembles de Julia et de Fatoude g
sont les mêmes que ceux def.
Démonstration. - Soit tout d’abord x E
F(f).
Alors il existe undisque B+ (x, r),
tel que la famillef[n]
soitéquicontinue
surB+ (x, r) ;
alorsla sous-famille
f ~~"Z~ ,1~ >
0 l’estégalement,
cequi
montre que x eOn a donc que l’ensemble de Fatou de
f
est inclus dans l’ensemble de Fatou deOn va montrer maintenant que l’ensemble de Fatou de est stable par
f
Pour cela on raisonne par l’absurde.
Soit x E
.~’( f ~"2~ ),
et supposons quef (x) « .~’( f ~"2~ ) .
Soit r > 0 tel queet posons Par le critère
de Hsia on a
où on a noté B -
qui
est inclus dans l’ensemble de Fatou def 1’l.
Soit v ECp
tel que =f (x), qui
existepuisqu’une
fonction entière non constante estsurjective.
Il existe u E B tels quef (u)
= v. On a donc = =f 1--’l (v) - f(x).
Mais comme B est inclus dans l’ensemble de Fatou de et que celui-ci est stable par cela
implique f (x)
E cequi
est contraire àl’hypothèse faite;
donc l’ensemble de Fatou de est bien stable parf.
Soit maintenant x E alors E
pour j
=0, .., m -
1. Il existe alors undisque B+ (x, r)
inclus dans tel quesur les
images
de cedisque
par lesapplications
=0,..., m - 1,
lafamille soit
équicontinue.
Alors la famille des l~ EN, j
=0, ..., m - l,
estéquicontinue
surB+ (x, r),
c’est-à-dire que la famille desf 1’l
estéquicontinue
sur ledisque B+(x, r),
et donc x EF(f),
cequi
termine la démonstration.
Soit x e
Cp.
Onappelle
orbite de x sous l’action de R l’ensembleL’ensemble de toutes les
pré-images
des éléments de l’orbite de x estappelé
lagrande
orbite de x. Ils’agit
donc de l’ensemble des z C(Cp
telsqu’il
existek, n
C N vérifiantLa
propriété suivante, qui
nousservira,
estl’analogue
d’un résultaten
analyse complexe :
PROPOSITION 5. - Soit
f
une fonction entière nonconstante,
etw Alors l’adhérence de la
grande
orbite deégale
àJ(f).
Démonstration. - Soit A la
grande
orbite de Comme c,~ EJ(f ),
et que l’ensemble de Julia est
complètement
stable parf,
A est unepartie
de
J f ),
donc aussi son adhérence B. Soit maintenant z eB’,
etB+ (z, r)
un
disque
de centre z contenu dans B~. Alors lesimages
de cedisque
parles itérées de
f
ne contiennent aucunpoint
de A. Par le critère deHsia,
le
disque
est inclus dans l’ensemble de Fatou def,
cequi
montre que B~ C.~’( f ),
doncJ(f)
CB,
et ceci termine la démonstration.Des
points
intéressants pour l’étude des ensembles de Fatou et de Julia sont lespoints
fixes etpériodiques,
etpré-périodiques
def.
Un
point
fixe def
est unpoint x
ECp
vérifiantf (x) =
x, unpoint périodique
unpoint
x telqu’il
existe un entier n _> 1 tel que = x ; dans ce cas, leplus petit
de ces entiers n est lapériode
de ~.Un
point pré-périodique
est unepré-image
d’unpoint périodique
de R.Si x est un
point périodique
deR,
on définit sonmultiplicateur
commeétant ~ _
( f ~n~ )’ (x) .
On dira que le
point périodique x
def
esta)
Unpoint
attractif si sonmultiplicateur A
est de module 1.b)
Unpoint
neutre si sonmultiplicateur À
est de module 1.c)
Unpoint répulsif
si sonmultiplicateur À
est de module > 1.2. Les ensembles de Julia et Fatou d’une fonction
entière.
Dans cette
partie,
nous allons donnerquelques propriétés
des ensem-bles de Julia et Fatou d’une fonction entière.
PROPOSITION 6. - Soit
f
une fonction entière nonconstante,
et x unpoint périodique
def.
Alorsa)
Si x est attractif ouneutre,
alors x est dans l’ensemble de Fatou.b)
Si x estrépulsif,
alors x est dans l’ensemble de Julia.La démonstration de ce résultat est élémentaire : pour l’affirmation
a),
soit s l’ordre de x
et g
= On a~g’ (x) ~
1 parhypothèse;
on trouveun
petit disque
de centre x, stable par g, et onpeut appliquer
le critère deHsia, qui
montre que x est dans l’ensemble de Fatou de g,qui
estégal
àl’ensemble de Fatou de
f.
Pour le
b)
on remarque que l’onpeut
supposer,quitte
àremplacer f
par que x est un
point fixe,
la dérivée de l’itérée aupoint
xest alors
égale
à( f’(x))n,
et si x E.~’( f ),
il existe undisque
de centre xsur
lequel
la famillef[n]
estéquicontinue.
Prenons E dans ladéfinition,
et soit r > 0 tel que pour tout g eB+ (x, r)
et tout nG N,
onalt 0 ( f ~n~ (~) ~ f [n] (xl ) C
Si l’on écrit on a alors
En
particulier,
il existe yn EB+ (x, r)
tel quepour tout n, et cette dernière
quantité
est demodule strictement
supérieur
à et à1, dès
que n est assezgrand.
Mais alors on a pour untel yn, et cette contradiction démontre l’assertion.
~ ’ J
Remarque. -
Ce résultat estdéjà
connu pour lespolynômes (ou plus généralement
pour les fractionsrationnelles) ;
voir parexemple [BE2].
PROPOSITION 7. - Soit
f
une fonction entière dansCp qui
n’est pasun
polynôme
dedegré
inférieur ouégal
à 1. Alors si son ensemble de Julia n’est pasvide,
aucunpoint
deV(/)
n’est isolé.Démonstration. - On raisonne par
l’absurde,
on suppose que pourz c’est le cas. Il existe donc un
disque pointé r) qui
estinclus dans l’ensemble de Fatou.
Comme E
,7( f ),
on aCp.
Maisl’image
du
disque pointé
est dans.~’( f ) .
Il en résulte que l’ensemble de Julia est eNI. Maintenant,
est aussi isolé dans l’ensemble de Julia. Donc l’ensemble de Julia est EN*}.
Par
suite,
c,~appartient
à ce dernierensemble,
et il existe m > 1 tel que= Par suite ~ est un
point périodique
dans l’ensemble deJulia,
donc un
point périodique répulsif.
Il en résulte aussi que l’ensemble de Julia estfini;
or tout z tel quef(z)
= w est dans l’ensemble de Julia. Parsuite,
iln’y en
aqu’un
nombrefini,
cequi implique
quef
est unpolynôme.
Soit W l’un des éléments. On
regarde
les racines def (z) - qui
sont dansl’ensemble de Julia. S’il y en a au moins
deux,
zi et z2, onregarde
les racinesde
f (z) =
zl et def (z)
= z2, etc. On arrive forcémentaprès
un certainnombre
d’opérations
à un 9 tel quel’équation f (z)
= 0 n’aqu’une
seuleracine q. Cela
implique
quef’(q)
=0, puisque f
n’est pas unpolynôme
dedegré
inférieur ouégal
à 1. Mais alors on a = TI et( f ~n~ )’ (r~)
==0,
par
suite q
est dans l’ensemble deFatou,
contradiction.Nous ne savons pas s’il existe des fonctions entières transcendantes dont l’ensemble de Julia est
vide ;
par contre, il existe despolynômes
dontl’ensemble de Julia est vide
(voir
les articles cités de R.Benedetto,
enparticulier [BEI]).
Dans le cas d’une fonction entière d’une variable
complexe,
unthéorème dû à I.N. Baker
([BA2])
montre que l’ensemble despoints
périodiques répulsifs
d’une fonction entière transcendante esttoujours
nonvide,
et donc aussi son ensemble de Julia.Dans le cas de
Cp,
si la fonction entièref
a un ensemble de Julia nonvide,
il se pose laquestion
de savoir le lien entre lespoints périodiques répulsifs
et l’ensemble deJulia;
unproblème
est de savoir siquand
l’ensemble de Julia est non
vide,
il existetoujours
despoints périodiques répulsifs.
Nous posons ces deux
questions
sous forme deproblèmes :
PROBLÈME 1. - Existe-t-il des fonctions entières transcendantes sur
Cep
dont l’ensemble de Julia est vide ?PROBLÈME 2. - Existe-t-il des fonctions entières transcendantes sur
Cp, qui
n’ont aucunpoint périodique répulsif?
Dans le cas où il existe au moins un
point périodique répulsif,
alors l’adhérence de l’ensemble des
points périodiques répulsifs
estégal
à l’ensemble de Julia de
f,
par les résultats de[B]
que nous allonsrappeler
maintenant.
En
fait,
dans cetarticle,
on considère des fractions rationnelles à laplace
de fonctions entièrestranscendantes;
mais les preuves des résultats s’étendent sansproblème
au cas des fonctions entières transcendantes sur(CP,
et nous allonssimplement
donner un schéma de démonstration.Dans le cas d’une fonction entière dans
C, qui possède
unpoint périodique répulsif,
G. Julia étudie les ensembles de Fatou et de Julia def
en introduisant une fonction entière liée àf,
et vérifiant uneéquation
fonctionnelle
simple.
Ces fonctions ont été àl’origine
considérées par Poincaré. On consultera parexemple
G.Julia, Oeuvres,
VolumeII,
pages 64-100 pour l’étude du cas def
fonction entière d’une variablecomplexe.
Soit
f
une fonction entière surCp,
que l’on suppose nonpolynomiale.
On montre alors les résultats suivants exactement de la même manière
(en
fait
plus simplement, puisque
toutes les fonctions considérées sontentières)
que dans l’article
[B] :
PROPOSITION 8. - Soit
f
une fonction entièretranscendante, possé-
dant un
point
fixerépulsif
en x =0,
demultiplicateur
q demodule 1 q
> 1.Il existe une
unique
fonction entière1>,
telle que~(0)
=0,
= z + ...,telle que 1
Le schéma de démonstration est de montrer
qu’il
existe uneunique
série
entière,
de rayon de convergence nonnul, qui
vérifie~(z)
= z + ..., etaussi
l’équation
fonctionnellePour
cela,
on utilise la méthode des coefficients indéterminés : si l’on posef (z) _
avec donc q, et(P (z) bkzk,
avecbl - 1,
la relationf (~(z))
donne des relations de récurrence de la forme(qn - q) bn - Sn(bj,az),
pour n >2,
où,S’n
est unpolynôme
en les variables n, et
ai,
l n. Ceci montredéjà
l’unicité d’une série formelle (D vérifiant les conditionsimposées.
Deplus,
ces relationspermettent
de montrerque 4l
a un rayon de convergence non nul. De la relation-*(qz) f (,D(z»
il résulte alors que le rayon de convergence de gb est infini.THÉORÈME 1. - Soit
f
une fonction entièretranscendante,
et wun
point périodique répulsif
def.
Alors il existe une suite Wn depoints périodiques répulsifs
def,
différents de dont la limite est w.La démonstration suit aussi le schéma introduit dans
[B]
dans le casdes fractions rationnelles.
THÉORÈME 2. - Soit
f
une fonction entière transcendante sur Si l’ensemble7~+ ( f )
despoints périodiques répulsifs
def
est nonvide,
alorsson adhérence est
égale
à l’ensemble de Julia def.
De même que pour les deux résultats
au-dessus,
on suit le schéma de démonstration du résultatanalogue prouvé
dans[B].
3. Ensembles de
Julia
et Fatoude deux fonctions entières
qui permutent.
Un
problème toujours
ouvert dans le cadrecomplexe
est de savoirsi,
pour deux fonctions entières d’une variable
complexe f et g qui
vérifientf
o g = g of,
les ensembles de Julia et de Fatou sont les mêmes.C’est le cas si
f, g
sont despolynômes
dedegrés
au moins deux(et plus généralement
des fractionsrationnelles),
mais le casgénéral
demeureouvert. On pourra consulter les articles
[NG], [PY],
pour deplus amples renseignements
sur lesujet.
Nous allons examiner les
propriétés
de deux fonctions entières surCp qui permutent.
Nous supposeronstoujours
que nif, ni g
n’est unpolynôme
de
degré
auplus
1.A)
Nous allons tout d’abord nous ramener au cas où les deux fonctionsf et g
sont des fonctions entières transcendantes.1)
Si l’une des deux fonctions esttranscendante,
alors l’autre nepeut
être unpolynôme
que dans le cas trivial d’unpolynôme
dedegré 1,
par un raisonnement dû à G.Iyer ([IY])
et I.N. Baker( [BAI] )
dans le cascomplexe, qui s’adapte
sans difficultés au casp-adique.
Eneffet,
en notant pour R > 0R~,
et sif
esttranscendante,
et P unpolynôme,
on voit que si R est assez
grand,
ona IPof 1 (R) =
et il est facile de montrer que si P est de
degré
au moinsdeux,
il en résulte que
f
est unpolynôme,
en estimant lafonction f ~ (P) .
On
peut
donc supposer que soit les deux fonctionsf et g
sonttranscendantes,
soit elles sont toutes les deux despolynômes
dedegré
aumoins 2.
2) Supposons
que les deux fonctionsf et g
soient despolynômes.
Ilexiste un
sous-corps K
deCp,
detype
fini surQ,
contenant tous les coefficients def
et de g. Ce sous-corps estisomorphe
à un sous-corps L deC,
et les
polynômes f *
etg*
dont les coefficients sont lesimages
des coefficients def
etde g
par cetisomorphisme
vérifient aussif *
og*
=g*
of * .
Par les résultats d’un article de J.F. Ritt
([RI],
voirTheorem,
page
400),
on saitqu’alors
il y a deux cas :a)
Soitf *
etg*
ont une itérée commune, et alors ce sera le cas aussi def
et de g.b)
Soit il existe une fonction entière d’une variablecomplexe
de la forme .c ou u,avec À -# 0,
et desconstantes
a, b, c, d
E C telles que0,
et0(az
+b) - f * 0(cz + d) - g* (O(z» -
°Dans le
premier
casa), f et g
ont aussi une itérée commune. Par lefait que l’ensemble de Fatou d’une itérée de
f
est le même que celui def,
on en conclut que les ensembles de Fatou de
f et g
sont les mêmes.Dans le second cas
b),
on voit quesi 0
est de laforme À exp( z)
+ p,on
peut,
encomposant
par desapplications affines,
se ramener au cas oùf *, g*
sont de la forme xs etxt.
Onpeut
doncégalement
ramenerf et g
à cette forme encomposant
par desapplications
affines. Mais alors il en résulte que les ensembles de Julia def
etde g
sontvides,
doncégaux.
Dans le cas
où 0
est de la forme Àcos(z) +~c,
onpeut toujours
en com-posant
par desapplications affines,
se ramener au cas où lesapplications f *
et
g*
sont de la forme et::l:Pt (x),
où lepolynôme Pn
est défini par2cos(nx) = Pn(2cos(x)).
C’est doncégalement
vrai def
et de g, et commedes tels
polynômes
ont leur coefficient dominantqui
est une unitép-adique,
et sont à coefficients dans
Z,
donc demodule
1 dansCp,
leurs ensembles de Julia sont vides tous lesdeux,
doncégaux.
3) Finalement,
onpeut
supposer que les deux fonctionsf et g
sont entièrestranscendantes,
nous nousplaçons
dans ce cadre dans la suite de cettepartie.
B)
Le cas oùf et g
sont entières transcendantes dansCp : propriétés
élémentaires.On a un
premier résultat, qui
concerne lespoints périodiques
desapplications f
et g ; la méthode de preuve suit d’assezprès
celle du cascomplexe,
voir[JU]
ou[FA].
On note
’P+(f)
l’ensemble despoints périodiques répulsifs
def,
et’P-(f)
l’ensemble despoints périodiques attractifs;
l’ensemble despoints périodiques neutres; enfin, ’P (f )
l’ensemble despoints
fixes def.
PROPOSITION 9. - Soient deux fonctions entières transcendantes
f,
g, telle quef
o g = g of.
Alorsa)
Si w E~+ ( f ),
alors pourg[k] (w)
E~+ ( f ) . b)
Si w e7~(/),
alors pour eP- ( f ) .
c)
Si w E alors pour EDémonstration. - On suit la démonstration de Fatou ou Julia.
Il est clair
qu’il
suffit de montrer le résultatpour
=1,
et queg(w)
E~( f ).
On montre d’abord que c’est le cas si w est unpoint
fixe def.
On écrit le
développement
en série entière autour de w deg’ (z)
sous la formeg’(z) =
+ ..., de sorte quel’égalité g’(z) f’(g(z))
=f’(z)g’( f (z))
et le fait que
f (w) - w + w) + ...(qw
=f’ (w) ) implique
et
on a donc
puisque
ahimmédiatement a, b et c.
ce
qui
démontreIl reste maintenant à passer au cas
général;
si w est unpoint périodique
def,
c’est unpoint
fixe def 1’l
pour un n commef 1’l
et g
commutent commef
et g, il vient que est unpoint
fixe def ~n~
de même nature que
d’après
le résultatprécédent,
d’où l’assertion.C) Étude
de l’ensemble des fonctions entières transcendantesqui permutent
à une fonction transcendantef
donnée.Nous allons maintenant démontrer un résultat sur le cardinal de l’ensemble des fonctions
entières g qui permutent
à une fonction entière donnéef, quand
cette dernièrepossède
au moins unpoint périodique répulsif.
Nous allonsmontrer,
comme enanalyse complexe,
où ce résultatest dû à I.N. Baker
(voir [BAI], [BA2]),
que cet ensemble est dénombrable.Soit
f
une fonction entière transcendante dansCp.
On suppose quef possède
au moins unpoint
fixerépulsif.
Dans ce cas, la fonction
f possède
une infinité depoints périodiques répulsifs, d’après
les résultats de lapartie
2. On note7~+
cet ensemble depoints périodiques répulsifs.
LEMME 1. - un
point périodique répulsif
def,
dont on notes = SU) l’ordre. Soit q = q~, son
multiplicateur.
Alors il existe une
unique
fonction entière surCp
telle queDémonstration. - Soit Alors 0 est un
point
fixerépulsif
def * ,
dont lemultiplicateur est q
= q~, .D’après
lesrésultats de la
partie 2,
il existe donc uneunique
fonction entière + telleque Alors la fonction
convient.
Réciproquement,
si1>w
est unesolution,
il en résulte que~(~) ==
est telle que
~(z)
= z + ..., et =f *
o-1) (z) ;
comme iln’y
a
qu’une
seule tellefonction,
ceci démontre l’assertion. DLEMME 2. - Soient
f, g
deux fonctions entièresqui permutent,
onsuppose que un
point périodique répulsif
def,
dont on notel’ordre,
et q = qw lemultiplicateur.
Alorsa)
Lepoint g(w) = 0
est unpoint périodique répulsif
def,
d’ordre s ;si h ->
1 est l’ordre de w comme zéro deg(z) -
sonmultiplicateur
est
qh
b)
Sig’(w)
= mw est nonnul,
on aoù
Pw
et sont les fonctions entières associées àf
et w etf
et 9respectivement.
Démonstration.
a)
Commef et g permutent,
il en est de même def 1’l
et g. Enremplaçant
x par w dansl’égalité f 1’l
og(x)
= g of ~s~ (x),
il vient
f 1-sl (0)
=8,
cequi
montreque 0
est unpoint périodique
def,
d’ordre s.
On a la relation =
( f fs~ ) ~g~ ( f (s] (x) ) .
D’autrepart,
ona :
g(x)
= avecah # 0,
auvoisinage
de w, etf ~s~ (x) _
w ~ qw (x - w) ~ ...
auvoisinage
de w, etf 1’l (x) = 8 + ( f ~S~ )’ (B) (x - 9) -~ ...
au
voisinage
de 8. On calcule les coefficients de(x -
des deuxcôtés,
d’où
ce
qui
fournit( fl~’ )’(8)
=1,
ceci donne le fait que lepoint
8 est
répulsif.
D’autre
part,
Si on
remplace z
par0,
on trouve quef 1’l (0)
=0,
etaussi,
endérivant,
que
d’où en
remplaçant z
par Commea5~o) _ .g(~>
=0,
et( f ~S~ )’ (8) -
qw = qg. On retrouve le faitque 0
est unpoint périodique répulsif
d’ordre s et demultiplicateur
q. Comme lafonction 0
vérifie les conditionsimposées
à la fonctionWg,
et que celle-ci estunique,
on a lapropriété
annoncée. DNous allons maintenant démontrer le résultat annoncé sur le cardinal de l’ensemble des fonctions entières
qui permutent
à une fonction entière transcendante donnée.La démonstration
s’inspire
de celle faite dans[BAI],
mais utilise de manièreprivilégiée
la fonction + introduite dans lapartie
2.THÉORÈME 3. - Soit
f
une fonction entièretranscendante, ayant
aumoins un
point périodique répulsif.
Alors l’ensemble des fonctions g entièresqui permutent
avecf
est dénombrable.Démonstration. - Nous allons commencer par nous donner un
point périodique répulsif
def,
soit cv, demultiplicateur
q. On note E l’ensemble des fonctionsentières g qui permutent
àf,
et telles queg’ (c,~) ~
0. Nousallons d’abord démontrer
que E
est dénombrable.On ne restreint pas la
généralité
ensupposant
que w =0,
et que c’estun
point
fixe def,
enremplaçant f
parf 1’l.
On note q sonmultiplicateur.
Soit + la fonction entière telle que
(P (z)
= z+..., vérifiant =f
Par les résultats de la
partie 2,
il existe une suite depoints périodiques répulsifs
def,
tous non nuls etqui
converge vers 0.On en choisit un, que l’on
appelle
On sait queg(0) = 0,
etg (c,~* ) -
0* sont despoints
fixes etpériodiques respectivement
def.
Soitenfin Tl E
Cp, fixé,
tel que =w*;
il est clair que Tl est non nul.On considère maintenant l’ensemble
E(8, c,~*, 8* )
desfonctions g
e Etelles que
g(0) = B,
= B*.Puisque
mo =g’(0)
est nonnul,
on a par le lemmequi précède
~e(9’(~)z)) = 9 ° ~(z).
Replaçons z
par 7~, il vient+g (g’(0)q) = g(c~* ) =
8* .Il en résulte que
si g
EE(O, w*, 0*),
alorsg’(O)Tl
est une racine dansCp
del’équation
= 8* . Comme iln’y
aqu’un
nombre dénombrable de tellesracines,
il en résulte que pour leséléments 9
deE(8, c.~*, 0*),
il y aun nombre dénombrable de
possibilités
pour les valeursg’(0).
Mais alors la formule donne que l’ensembleE(e, c,~* , 9* )
est aussidénombrable.
L’ensemble des
points périodiques
de la fonctionf
estdénombrable,
donc l’ensemble de
couples (0, w*, 8*) aussi,
et par suiteE, qui
est la réuniondes
E(O, w*, 0*)
est aussi dénombrable.Il reste à s’affranchir de
l’hypothèse
queg’ (w) ~
0.Pour
cela,
on se donne une suite Wk depoints périodiques répulsifs,
delimite w. Les ensembles
Ek
des fonctions entières g,qui permutent à f et
vérifient
g’ (w~ ) ~
0 sont tousdénombrables,
donc aussi la réunion desEu -
Mais comme les zéros de la fonction transcendanteg’ (z)
sontisolés, si g permute
àf alors g
est dans l’un desEk,
et ceci termine la démonstration.D) Étude
des ensembles de Julia et de Fatou de deux fonctions entières transcendantesqui permutent.
Nous allons
introduire,
pour une fonction entière transcendantef,
une
partie
deCp,
liée àf,
surlaquelle
nous ne savons que peu de choses.DEFINITION 1. - On note
1(f)
l’ensemble despoints
z ECp,
tels que-j
00 si n ----> 00.Dans le cas
complexe,
un théorème dû à Eremenko(voit [ER])
montreque l’ensemble I est
toujours
non vide.Dans le cas
p-adique,
à notreconnaissance,
leproblème
est ouvert : PROBLÈME 3. - Soitf
une fonction entière transcendante surCp.
L’ensemble
1(f)
est-il non vide ?On a le résultat
suivant, qui
estl’analogue
d’un résultatd’analyse complexe,
et se démontre à peuprès
de la même manière(voir [ER]) :
PROPOSITION 10. - Soit
f
une fonction entière transcendante. Alorsa)
L’intersection de l’ensemble1(f)
et de l’ensemble de Fatou def
estl’intérieur de
I ( f ) .
b)
Si1(f)
est nonvide,
alors l’ensemble de JuliaJ(f)
est la frontière81(f)
deI(f).
Démonstration. -
a)
Soit w unpoint
intérieur àI ( f ) .
Soit r > 0 tel que ledisque
de centre w, rayon r soit inclus dansI(f).
Soit 0 unpoint
fixede
f.
Soit nfixé;
sil’équation f ~n~ (z) - 8
a une racine dansB+ (w, r),
alorsun tel
point z
n’est pas dans1(f),
cequi
constitue une contradiction avecl’hypothèse
faite. Doncf ~n~ (z) - 6
ne s’annule pas sur ledisque
de sorte que la famille
f 1’l
neprend
pas la valeur 8 sur ledisque B+ (w, r) ;
par le critère de
Hsia,
lepoint w est
dans l’ensemble de Fatou def.
Soit w un
point
de l’intersection de1(f)
et de l’ensemble de Fatou def.
Pour E =1,
il existe r > 0 tel que sur ledisque B+(w,r),
on ait1 pour tout n. Soit N tel que
si n > N,
on ait> 1. Si
f[n] (z)
a un zéro dans ledisque B+ (w, r),
alorsl’inégalité
sur la distance
sphérique
donne une contradiction. Parsuite, f[n]
a unevaleur absolue constante sur ce
disque, qui
est donc inclus dans1 (f).
b)
Soit w EV(/),
et r > 0. On a alorsU f ~n~ (B+(w, r)) _ Cp.
Enparticulier,
si u E1(f),
il existe n et v EB + (w, r)
tel quef ~n~ (v)
= u. Maisalors il est clair que v E
I ( f ) ,
cequi
montre que w est adhérent à1 (f).
Parla
partie a),
il vient alors queJ( f)
CSoit maintenant w e Si w
G 7(/),
alors par lea),
wn’appartient
pas à
F(f),
donc est dansJ( f) .
Supposons
maintenantque w ¢ 1(f).
Il existe donc une suite nkstrictement croissante
d’entiers,
telle que la suite(w)
soit bornée enmodule,
disons par M > 1.Si w E
.~( f ),
onpeut
trouver r >0,
tel que sur ledisque B+ (w, r),
on ait pour tout n et tout z
0( f ~n~ (z), f ~n~ (w)) 2M .
Puisque w
est dans l’adhérence deI ( f ),
ledisque B+ (w, r)
contient unpoint
w* de1(f) ;
comme/~(~*)
tend vers l’infini enmodule,
on obtientpour
assezgrand :
ou encore 2M
M,
cequi
est unecontradiction,
etmontre encore que E
J(f),
et termine la démonstration.Le but
principal
de cettepartie
est le théorème suivant :THÉORÈME 4. - Soient
f, g
deux fonctions entières transcendantes telles quef
o g = g of.
On suppose queI(g)
ouAlors
f et g
ont même ensemble de Julia.On notera en
particulier
le corollaire suivant :COROLLAIRE 2. - Soient
f
une fonction entière surCp.
On supposeque
f possède
unpoint périodique répulsif
d’ordre s, demultiplicateur
q, tel que l’ensemble S2 =