ET INFORMATISATION Comment les relations au travail sont-elles mesurées ?
Nathalie Greenan, Daniel Guillemot et Frédéric Moatty
Ce texte présente les enquêtes Changement Organisationnel et Informatisation de 1997 et 2006. Il retrace tout d’abord l’origine de ce nouvel outil statistique reliant évolutions organisationnelles et technologiques et permettant d’observer simultanément, voire de confronter, les déclarations des dirigeants des entreprises et celles des salariés. Il présente ensuite les principales thématiques de la nouvelle enquête et développe la façon dont les relations au travail y sont mesurées dans les deux volets « salariés » et « entreprises ». Les relations interentreprises sont détaillées ainsi que les outils de gestion et les technologies qui les équipent.
Il en va de même pour les relations horizontales et verticales de travail entre les salariés, le travail collectif et les collectifs de travail, ou les relations hiérarchiques.
ORGANIZATIONAL CHANGE AND COMPUTERIZATION How are relationships at work survey ?
Nathalie Greenan, Daniel Guillemot et Frédéric Moatty
This article presents the « Organizational Change and Computerization » surveys undertaken in 1997 and 2006. It first considers the origin of this new statistical tool which links organizational and technological developments and allows simultaneous observation and even comparison of the statements of company directors and their employees. It then presents the main topics of the 2006 survey and describes the way in which working relations are assessed in its labour force and business sections. Inter-firm relations, management tools and the technologies equipping them are detailed, as are horizontal and vertical working relations between employees, collective work and work collectives, and hierarchical relations.
LE TRAVAIL INDUSTRIEL HORS LES MURS Enquête sur les nouvelles figures de l’entreprise Gilles Crague
Entreprise-réseau, hollow corporation, entreprise éclatée, toutes ces appellations suggèrent l’émergence récente de nouvelles figures de l’entreprise. Cette transformation serait visible dans les lieux de l’entreprise, à travers les modes de localisation de l’activité professionnelle. Il s’agit alors d’examiner ce qui conduit des salariés à travailler en-dehors des locaux de l’entreprise (entreprises industrielles de 50 salariés et plus). La fonction du salarié joue un rôle prépondérant. On constate très généralement un relâchement du contrôle temporel du travail et de nouvelles modalités de travail collectif. Utiliser l’informatique dans le travail renforce le confinement dans les locaux de l’entreprise. C’est le téléphone qui constitue l’équipement caractéristique du travailleur mobile.
INDUSTRIAL LABOUR OUTSIDE THE FIRM Survey on new types of firm
Gilles Crague
Network-firm, hollow corporation, fragmented firm: all these terms suggest the recent emergence of new types of firm. This transformation appears on site, in the modes of localization of business activities. In this article the author examines the reasons why employees work off the firm’s premises (industrial firms of 50 employees or more). Their position in the firm clearly plays a key part. Generally, we witness a slackening of control over work times and new modalities of collective work. While computer use in the working environment reinforces confinement to the firm’s premises, the telephone is characteristic of mobile workers’ equipment.
GROUPES SOCIAUX ET ENJEUX DE LA COOPÉRATION AU TRAVAIL DANS L’INDUSTRIE
Mihaï Dinu Gheorghiu et Frédéric Moatty
Les réponses des salariés de l’industrie à l’enquête sur les Changements Organisationnels et l’Informatisation de 1997 couplées à une post-enquête sur le travail collectif permettent d’analyser les significations, les enjeux et les caractéristiques du travail collectif selon les positions occupées. Les entretiens montrent que le groupe de travail se distingue de l’organisation dans la mesure où il constitue pour ses membres une réalité sui generis, dotée d’une forme de sociabilité propre, l’esprit d’équipe, et de valeurs éthiques partagées. Les relations de coopération au travail s’appuient sur des dispositions durables des personnes, et dépendent des trajectoires des membres du groupe et des chances individuelles de carrière. D’un point de vue statistique, le travail collectif apparaît lié aux qualifications et à la taille de l’entreprise. S’il peut aller de pair avec l’entraide et l’accroissement de l’autonomie, il s’accompagne d’un encadrement normatif du travail, ce qui aboutit à la figure paradoxale d’une autonomie encadrée.
SOCIAL GROUPS AND IMPLICATIONS OF COOPERATION AT WORK IN INDUSTRY Mihaï Dinu Gheorghiu et Frédéric Moatty
In this paper the answers that employees in industry gave in the Organizational Change and Computerization survey in 1997, coupled with a post-survey on collective work, are used to analyse the signification, implications and characteristics of collective work in relation to the positions occupied. Interviews show that the working group is distinguished from the organization in so far as its members see it as a reality sui generic, endowed with a form of sociability, a team spirit and shared ethical values.
Cooperative relationships at work are based on individuals’ lasting dispositions and depend on the trajectories of group members and individual career opportunities. From a statistical point of view, collective work seems to be linked to qualifications and to the size of the firm. While it may be coupled with mutual aid and an increase in autonomy, it is also accompanied by normative supervision of work, which results in the paradoxical figure of framed autonomy.
MONITORAT, MAÎTRISE, ADMINISTRATION ET DIRECTION Quatre formes du travail d’encadrement dans l’industrie
Loup Wolff
En 1997, près d’un tiers des salariés du secteur industriel estiment dans leur travail avoir une fonction d’encadrement. Après plusieurs décennies de discours sur les bénéfices d’une gestion participative de la main-d’œuvre et de l’implication subjective des salariés au travail, les entreprises – au moins dans l’industrie – ont encore besoin de chefs pour fonctionner. Mais l’étendue des responsabilités déléguées, ainsi que la nature de ces responsabilités varient très sensiblement d’un encadrant à un autre, selon sa position dans la hiérarchie de l’entreprise, selon son niveau diplôme, son ancienneté, son sexe et enfin son origine sociale.
Nous proposons dans cet article d’examiner quatre figures idéales-typiques des salariés de l’industrie déclarant avoir « une ou plusieurs personnes sous [leurs] ordres ou [leur] autorité ». Direction, administration, maîtrise et monitorat sont ainsi les quatre formes, empiriquement identifiées, de l’encadrement dans l’industrie.
MONITORING, CONTROL, ADMINISTRATION AND MANAGEMENT Four Forms of management in industries
Loup Wolff
In 1997 nearly a third of all workers in the industrial sector considered that they had a supervisory function. After several decades of discourse on the benefits of self-management, firms – at least in industry – still need supervisors. But the scale and nature of managerial responsibilities vary from one supervisor to the next, depending on qualification, job status, seniority, gender and social background.
In this article the author considers four figures of industrial workers who claim to have ‘one or several persons at [their] disposal or under [their]
authority’. Managerial, administrative, supervisory and monitoring staff are then the four empirically identified types of management staff in industry.
LA NATURE INDIVIDUELLE, COLLECTIVE ET SOCIALE DES COMPÉTENCES
Emmanuelle Walkowiak
Cet article montre que les compétences ont trois dimensions : individuelles, collectives et sociales. Pour ce faire, nous supposons que les salariés sont à la fois en situation d’interdépendance productive et d’interaction sociale au sein de la firme. Chaque salarié est identifié par son groupe social d’appartenance (genre, âge, nationalité). Les interactions intergroupes et intragroupes déterminent les compétences des travailleurs et donc leur productivité. Dès lors, les compétences d’un individu dépendent non seulement de ses qualifications, mais elles sont également déterminées par son appartenance sociale et la composition socio-démographique de la main d’œuvre. Les résultats empiriques obtenus en nous appuyant sur l’enquête sur les Changements Organisationnels et l’Informatisation de 1997 confirment cette triple dimension des compétences : individuelle, collective et sociale.
THE INDIVIDUAL, COLLECTIVE AND SOCIAL NATURE OF COMPETENCIES
Emmanuelle Walkowiak
This paper highlights three dimensions of competencies: individual, collective and social. In this perspective, we assume that workers are in a situation of both productive interdependences and social interactions within the firm. Each worker is identified in terms of his or her social group (gender, age, nationality). Inter- and intra-group interactions determine their competencies and thus their productivity. It follows that individuals’
competencies depend not only on their skills but also on their social category and the socio-demographic composition of the workforce. The empirical results obtained, based on data drawn from the 1997 Organizational Change and Computerization survey, confirm this triple dimension of competencies:
individual, collective and social.
LE MANAGEMENT EN RESEAU Julien Barreteau et Gilles Crague
Le pilotage des entreprises est l’œuvre d’un collectif de managers organisé par des outils, des méthodes et des procédures. Une enquête par entretiens réalisées auprès d’une trentaine de responsables d’entreprises en 2004-2005 signalent des évolutions notables dans la dernière décennie, tant du point de vue de l’organisation du collectif de managers que de celui des instruments qui l’équipent. En ce qui concerne la morphologie du collectif, on assiste à l’éclatement de la gestion locale, qui conduit à la montée du pilotage par les standards et au foisonnement des groupes projets. L’évolution principale dans les instruments et outils du management est liée à l’informatisation de l’activité de pilotage.
NETWORKED MANAGEMENT Julien Barreteau and Gilles Crague
Corporate management is the work of a management collective organized by means of tools, methods and procedures. An interview survey in 2004-2005 on thirty managers reveals noteworthy trends over the past ten years, from the point of view of organization of the management collective and of the instruments equipping it. As regards the morphology of this collective, we are witnessing a fragmentation of local management that is leading to the rise of steering by standards and the proliferation of project groups. The main development in management instruments and tools is related to computerization.
LE POINT SUR LA MESSAGERIE INSTANTANÉE Solutions grand public (IM) et solutions d’entreprise (EIM) Anca Boboc
Cet article dresse un panorama des travaux publiés sur les usages de la messagerie instantanée aussi bien dans un contexte privé (IM) que dans un contexte professionnel (EIM). Pour mieux comprendre l’engouement pour cet outil, nous nous intéressons d’abord au caractère hybride de l’écrit par messagerie instantanée. Cet article se focalise ensuite sur les recherches consacrées à l’usage de l’IM puisque c’est aussi grâce à ces utilisateurs du grand public que l’usage de l’IM s’est développé dans les entreprises. En ce qui concerne l’usage de l’EIM, l’article aborde des aspects comme celui des types de sociabilités, celui du lien entre le mode d’introduction d’un outil et son adoption par un collectif de travail ou celui des impacts de l’EIM sur le travail. Dans les deux contextes, la messagerie instantanée apparaît comme un outil qui diversifie les possibilités de communication, en trouvant ainsi sa place parmi les autres media.
REVIEW OF RESEARCH ON INSTANT MESSAGING Domestic market (IM) and professional market (EIM)
Anca Boboc
This article offers an overview of research published on uses of instant messaging in both the domestic (IM) and professional (EIM) contexts. To understand the sudden craze for this tool, the author first examines the hybrid nature of writing via instant messaging. She then focuses on research devoted to the use of IM since the development of this tool in enterprise owes much to domestic users. As regards the use of EIM, the article considers aspects such as types of sociability, the link between the mode of introduction of a tool and its adoption by a work collective, and impacts of EIM on work. In both contexts instant messaging seems to be a tool that diversifies the possibilities of communication, and as such can be considered as a medium in its own right.