Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2010 Centre de linguistique appliquée
N° spécial 2010/2, II • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel
Linguistik in der Schweiz Association Suisse de Linguistique Appliquée Associazione Svizzera di Linguistica Applicata Associaziun Svizra da Linguistica Applitgada
LeBulletin suisse de linguistique appliquée est l'organe de publication de l'Association Suisse de Linguistique Appliquée (VALS/ASLA).
Comité de relecture pour ce numéro
Emanuele Banfi (Università degli Studi di Milano – Bicocca), Gaetano Berruto (Università di Torino), Jacqueline Billiez (Université Stendhal Grenoble 3), Céline Bourquin (Université de Lausanne), Sara Cigada (Università Cattolica di Milano), Jean-François de Pietro (Université de Neuchâtel ), Elwys de Stefani (Universität Bern), Louis de Saussure (Université de Neuchâtel), Alexandre Duchêne (Universität Basel), Eveline Feteris (University of Amsterdam), Laurent Filliettaz (Université de Gèneve), Rita Franceschini (Free University of Bozen), Aleksandra Gnach (Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften), Giovanni Gobber (Università Cattolica di Milano), Sabine Christopher Guerra (Università della Svizzera Italiana), Daniel Henseler (Sprachenzentrum der ETH und Universität Zürich), Thérèse Jeanneret (Université de Lausanne), Andreas Langlotz (Université de Lausanne), Miriam Locher (Universität Basel), Marinette Matthey (Université Stendhal Grenoble III France), Sara Greco-Morasso (Università della Svizzera Italiana), Johanna Fuenfschilling- Miecznikowski (Università della Svizzera Italiana), Bruno Moretti (Universität Bern), Rudi Palmieri (Università della Svizzera Italiana), Nicolas Pepin (Université de Bâle), Daniel Perrin (Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften), Chiara Piccinini (Università Cattolica di Milano), Eddo Rigotti (Università della Svizzera Italiana), Andrea Rocci (Università della Svizzera Italiana), Daniel Stotz (Pädagogische Hochschule Zürich), Véronique Traverso (Université Lyon 2 & ENS LSH), Iwar Werlen (Universität Bern)
Nous remercions vivement les membres du comité de relecture pour leur contribution précieuse à la qualité de ce volume. Publié avec le soutien financier de l'Académie suisse des sciences humaines et sociales (ASSH / SAGW), le Bulletin suisse de linguistique appliquée parait deux fois par an.
Ce Bulletin VALS/ASLA n'est disponible qu'en en accès libre (archive ouverte / open access) dans la bibliothèque numérique suisse romande Rero doc. Voir rubrique "Revues":
http://doc.rero.ch/collection/JOURNAL?In=fr.
Rédaction Prof. Simona Pekarek Doehler (Université de Neuchâtel) Responsable comptes rendus Prof. Laurent Filliettaz (Université de Genève)
E-mail: [email protected]
Administration Claudia Fama
Abonnements, commandes Institut des sciences du langage et de la communication Centre de linguistique appliquée
Rue des Beaux-Arts 28, CH-2000 Neuchâtel Tél.: +41 (0)32 718 16 90 - Fax: +41 (0)32 718 18 61 E-mail: [email protected] - CCP: 20-7427-1
© Centre de linguistique appliquée de l'Université de Neuchâtel, 2010 Tous droits réservés.
Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2010 Centre de linguistique appliquée N° spécial 2010/2, III-VI • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel
Table des matières
Sociétés en mutation: les défis méthodologiques de la linguistique appliquée
Actes du colloque VALS-ASLA 2008 (Lugano, 7-9 février 2008) Sommaire du tome II
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH
& Daniel STOTZ
Introduction ... 1-11 1. Le plurilinguisme en contexte professionnel et institutionnel
Anne-Claude BERTHOUD, François GRIN & Georges LÜDI Le projet DYLAN "Dynamique des langues et gestion de la
diversité" ... 13-23 Lamia BACH BAOUEB
Varieties of languages used in Tunisian business
companies: a case study ... 25-51 Sabine CHRISTOPHER GUERRA
Mehrsprachigkeit im universitären Kontext: der Fall
Università della Svizzera italiana (USI) ... 53-70 Jérôme JACQUIN & Jeanne PANTET
Le code-switching comme ressource stratégique pour la gestion de l'interaction mutilingue: coordination et
leadership dans un groupe de travail ... 71-88 Vit DOVALIL
Zum Sprachenrecht in europäischer Praxis: zwei Fälle von
Sprachmanagement ... 89-105 François GRIN
Complémentarités entre sciences du langage et analyse économique: le cas des langues étrangères dans l'activité
professionnelle ... 107-131 2. Stratégies discursives et argumentatives dans la pratique professionnelle et la recherche scientifique
Sarah BIGI
Analyzing doctor-patient communication: methodological
issues ... 133-145
Chiara PICCINI & Antonella CARASSA
Collective decision-making in rehabilitation teams:
practices of talking work ... 147-163 Henrik RAHM
Communicationg dying? An intertextual discourse analysis of written texts in municipal palliative care for elderly in
Sweden ... 165-178 Rebekka BRATSCHI
Abwesenheismeldungen per E-Mail:
eine alltagssprachliche Textsorte aus textlinguistischer
Sicht ... 179-190 Jacob WÜEST
Les procédés argumentatifs des sciences humaines ... 191-198 Fabrizio MACAGNO
Definitions in law ... 199-217 Marina BONDI
Arguing in economics and business discourse:
phraseological tools in research articles ... 219-234 Donatella MALAVASI
Concluding remarks in economic research articles and financial letters in banks’ annual reports: a comparative analysis of lexical, metadiscursive and persuasive
strategies ... 235-250 Liste des anciens numéros disponibles... 251-253
************************************************
Sociétés en mutation: les défis méthodologiques de la linguistique appliquée Actes du colloque VALS-ASLA 2008 (Lugano, 7-9 février 2008)
Sommaire du tome I
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH
& Daniel STOTZ
Introduction ... 1-11
1. Communications plénières
Bruno MORETTI
Applicare la linguistica nella società plurilingue in mutamento ... 13-25 Thérèse JEANNERET
Trajectoires d'appropriation langagière et travail identitaire: données
et analyses ... 27-45
2. La recherche linguistique et l'apprentissage des compétences langagières Iwar WERLEN
Wer lernt in der Schweiz warum und wie welche Fremdsprachen?
Ergebnisse des Projektes linguadult.ch ... 47-64 Cristina GALEANDRO, Edo POGLIA, Gé STOCKS &
Katya TAMAGNI BERNASCONI
Assessing linguistic competence through self-assessment ... 65-73 Anna BONOLA & Maria VERSACE
Nuovi orientamenti e strumenti metodologici nella lingua russa ... 75-93 Maria Cristina GATTI
Beiträge zur Didaktik des Russischen als Zweitsprache. Eine Didaktik
des Impliziten in der Perspektive einer integrierten Didaktik ... 95-109 Elena Maria PANDOLFI
Considerazioni sull'italiano L2 in Svizzera italiana. Possibili
utilizzazioni di un lessico di frequenza nella didattica dell'italiano L2 ... 111-125 Gary MASSEY & Maureen EHRENSBERGER-DOW
Investigating demands on language professionals: Methodological
challenges in exploring translation competence ... 127-141 Paul KELLY & Patrick STUDER
Lecturer performance in second language lecture delivery: A case
study of a physics lecture in Swiss university education ... 143-156
Marisa CAVALLI & Claudia CHANU
Recherche-action sur les apprentissages plurilingues: quelques
observables en vue d'activités de documentation et de formation ... 157-173 Silvia GILARDONI & Chiara PICCININI
Pratiche bilingui nell'interazione didattica: dal cinese L1 all'italiano L2 ... 175-192 Johan GIJSEN & Liu YU-CHANG
Taiwan: Methodological challenges in language teaching and
language maintenance ... 193-208
3. Contacts de langues et migration Manuela GUNTERN
Sprechen DeutschschweizerInnen mit ImmigrantInnen und
TouristInnen Hochdeutsch oder Dialekt oder beides? ... 2-22 Shahzaman HAQUE
Place des langues natives et d'accueil chez trois familles migrantes
indiennes en Europe ... 22-23 Marinette MATTHEY
Transmission d'une langue minoritaire en situation de migration:
aspects linguistiques et sociolinguistiques ... 23-25
Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2010 Centre de linguistique appliquée N° spécial 2010/2, 1-11 • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel
Introduction
Dans les deux volumes du numéro spécial du Bulletin consacré aux ''défis méthodologiques'' que les changements sociétaux en cours posent à la linguistique appliquée se trouvent publiés les Actes du colloque bisannuel de la VALS/ASLA, qui s'est tenu à Lugano du 7 au 9 février 2008, à la Faculté des Sciences de la communication de l'Université de la Suisse italienne.
Dans cette introduction, nous tâcherons tout d'abord de revenir sur la problématique centrale proposée par les organisateurs du colloque. Dans un second temps, nous soulignerons certaines lignes générales quant à la manière dont la problématique a été abordée par les participants au colloque.
Dans un troisième temps, nous dresserons un tableau d'ensemble des contributions recueillies dans ces actes au travers de grands axes thématiques.
1. La problématique du colloque
A l'heure où les changements sociétaux (espace mondialisé, circulation des biens et des personnes, nouvelles technologies) prennent une ampleur considérable dans l'ensemble des sphères de la vie sociale (économique, politique, éducative), la question de leur impact sur les pratiques langagières émerge comme un enjeu central de la linguistique appliquée.
La circulation des personnes, comme celle des biens, dans un marché globalisé induit nécessairement des pratiques et des besoins langagiers nouveaux. Les formes actuelles de contacts de langues et de cultures liés aux mouvements migratoires et aux échanges commerciaux ainsi que les pratiques de communication et d'interaction médiatisées par ordinateur constituent des réalités émergentes auxquelles la linguistique appliquée se trouve confrontée.
L'objectif du colloque de Lugano était d'inviter les chercheurs en linguistique appliquée à considérer ces axes des changements sociétaux non seulement du point de vue thématique, en tant qu'objet méritant l'attention du chercheur, mais en tant que phénomènes exigeant une réflexion approfondie sur les méthodes et pratiques de recherche de notre discipline.
Les participants étaient invités à s'engager dans cette réflexion sur les méthodes en s'appuyant sur des contextes et des objets dont le point commun était d'être investi de manière évidente par les changements sociétaux liés à la globalisation. Les thèmes proposés portaient sur des thématiques classiques de la linguistique appliquée (l'enseignement et l'apprentissage des langues et l'interaction dans les contextes de formation), mais aussi sur des domaines d'intérêt plus récents comme les interactions et
pratiques discursives dans les contextes professionnels et institutionnels et la médiation technologique des pratiques langagières. Par ailleurs, la question des liens entre globalisation et plurilinguisme et celle de l'influence des mouvements migratoires sur les pratiques langagières a également suscité l'intérêt des participants au colloque.
2. Structure des actes et axes thématiques
Dans les pages suivantes, nous donnerons un aperçu des diverses réponses des participants à l'appel présenté ci-dessus, en commençant par les deux conférences plénières de Bruno Moretti et de Thérèse Jeanneret. Les vingt- neuf contributions recueillies dans ces actes peuvent être structurées en quatre sections thématiques.
Une première section des actes est consacrée principalement aux compétences linguistiques et au transfert de connaissances entre recherche linguistique et sociolinguistique et enseignement des langues. Elle comprend des contributions issues des projets du programme national de recherche 56 (''Diversité des langues et compétences linguistiques en Suisse'') et d'autres recherches suisses et étrangères où la question de l'enseignement des langues s'articule avec enjeux du plurilinguisme et des changements sociaux et linguistiques liés à la globalisation.
La seconde section est dédiée plus spécifiquement aux contacts des langues et aux pratiques linguistiques des migrants, mettant alors en évidence les liens complexes entre langue d'origine et langue d'accueil dans divers contextes institutionnels.
Une troisième section portant sur le plurilinguisme en contexte professionnel et institutionnel ouvre le deuxième volume de ce numéro spécial. Les terrains de recherche proposés incluent le milieu des entreprises, celui de la formation (en particulier universitaire) et l'administration de la justice.
La dernière section quant à elle, bien que s'intéressant à des terrains similaires, porte davantage sur les stratégies discursives et interactionnelles en tant que telles que sur le plurilinguisme. Dans cette section, l'argumentation devient un objet d'investigation privilégié pour saisir les rôles du discours soit dans les pratiques professionnelles, soit dans les communautés des chercheurs.
2.1 Conférences plénières
Le premier volume du recueil s'ouvre avec les textes de deux conférences plénières, celles de Bruno Moretti et de Thérèse Jeanneret, portant toutes les deux sur l'acquisition des langues secondes dans le contexte suisse et mettant en évidence à la fois les dynamiques sociales auxquelles la linguistique appliquée est confrontée – régression de la langue italienne en
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH & Daniel STOTZ 3
Suisse en dehors de son territoire traditionnel, mouvements migratoires et trajets d'appropriation de la langue d'accueil – et les nouveaux questionnements méthodologiques que ces confrontations soulèvent.
La contribution de Bruno Moretti aborde le thème des défis théoriques et méthodologiques de la linguistique appliquée dans toute son ampleur, pour se pencher ensuite sur un cas d'étude spécifique concernant l'enseignement de la langue italienne dans le contexte du plurilinguisme suisse.
A une époque où les sciences sont souvent obligées de justifier leur travail en termes d'utilité pratique, la linguistique appliquée pourrait sembler une science dont l'importance pour la société est relativement simple à défendre (au moins par rapport à la linguistique théorique). En réalité, argumente Moretti, les problèmes concernant la recherche linguistique orientée vers l'application et ceux de l'application des résultats de la recherche linguistique sont nombreux et difficiles à résoudre.
Moretti concentre son attention sur le transfert des résultats de la recherche sur l'acquisition spontanée d'une L2 pour montrer, d'une part, comment la linguistique appliquée doit toujours s'appuyer sur la recherche fondamentale et, d'autre part, comment d'une visée orientée vers l'application peuvent surgir des questions nouvelles et intéressantes sur les objets d'étude de la linguistique qui demandent, par exemple, des modèles et théories linguistiques capables d'explications plus profondes des phénomènes linguistiques. Le cas d'étude présenté en détail par Moretti concerne un projet de recherche récemment achevé, ayant pour but de permettre dans un temps très réduit à des locuteurs non italophones d'atteindre un niveau minimal de compétence en italien (''Italiano minimo''), afin de contribuer à accroître la présence de la langue italienne sur le territoire national, en termes de compétence certainement, mais avant tout et prioritairement, en termes de conscience de la langue italienne comme partie de la culture et de l'identité nationale et en termes d'attitudes envers la langue. L'expérimentation de l' ''Italiano minimo'' est considérée pour les problèmes méthodologiques qu'elle soulève (choix de l'input linguistique à fournir aux apprenants), pour les questions que ces problèmes posent à la recherche sur l'acquisition (nature et causes de la fossilisation précoce) et, inévitablement, pour les enjeux sociaux qui motivent cette démarche expérimentale d'enseignement de la langue italienne, visant des effets sociaux plus complexes et inévitablement plus difficiles à mesurer que la simple compétence des apprenants.
Thérèse Jeanneret, quant à elle, se penche sur la façon dont des étudiantes d'un département de français langue étrangère de l'Université de Lausanne relatent, dans des entretiens oraux, leur appropriation du français, les expériences faites dans les différents contextes sociaux auxquels les apprenantes ont été exposées et les leçons qu'elles en tirent pour leur avenir.
L'interprétation des données montre comment le travail de réflexion sur soi,
sur son rapport à la langue cible et aux contextes dans lesquels elle est rencontrée, influe sur l'investissement dans l'appropriation. Jeanneret définit la notion de trajectoire d'appropriation comme une construction du sujet qui ne coïncide pas nécessairement avec son itinéraire de vie mais qui correspond, pour lui, à une sorte de format interprétatif des différentes circonstances biographiques jugées primordiales pour expliquer les origines du projet d'appropriation et des suites à lui donner.
2.2 La recherche linguistique et l'apprentissage des compétences langagières
La section consacrée aux compétences linguistiques est ouverte par un article d'Iwar Werlen qui présente certains des résultats les plus importants d'un projet de recherche issu du PNR 56. Il s'agit d'un projet qui examine le plurilinguisme individuel de la population adulte en Suisse à travers une enquête représentative sur questionnaire. L'analyse des résultats montre qu'un nombre assez restreint de langues étrangères sont apprises en Suisse et que cet apprentissage a lieu essentiellement dans le système éducatif. Elle montre, en même temps, qu'il y a entre les différentes régions linguistiques du pays des différences significatives par rapport aux langues connues et au rôle de l'anglais. La contribution de Cristina Galeandro, Edo Poglia, Gé Stoks et Katya Tamagni Bernasconi s'insère également dans un projet du PNR 56.
L'article se focalise sur une question méthodologique ponctuelle rencontrée dans le développement du projet, à savoir la fiabilité de l'autoévaluation comme moyen pour établir le niveau de compétence dans une langue.
La scène se déplace, du point de vue géographique et méthodologique à la fois, avec l'article de Anna Bonola et Maria Versace qui vont examiner comment les deux décennies de changement politique, social et économique impétueux, qui ont marqué la transition entre l'ancienne Union Soviétique et la Russie contemporaine, ont changé la langue russe et posé de nouveaux défis à la riche tradition de la linguistique théorique et appliquée russe. Une attention particulière est consacrée aux aspects lexicologiques et lexicographiques et à leur enseignement, en examinant comment les changements massifs dans le vocabulaire russe ont été documentés par les chercheurs et comment l'enseignement de la langue russe peut tirer profit de nouvelles ressources mises en place, telles que le Corpus National de la Langue Russe. L'enseignement de la langue russe L2 fait l'objet aussi de l'article de Maria Cristina Gatti qui porte en particulier sur l'acquisition dynamique du lexique et du système aspectuel. Gatti souligne l'importance d'aborder la question des implicites sur le plan didactique et tire des suggestions de la Frame Semantics fillmorienne et des théories pragmatiques du contexte communicatif. La série de contributions sur l'enseignement des compétences linguistiques se poursuit avec l'article d'Elena Maria Pandolfi qui pose la question de l'enseignement de la langue italienne comme langue
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH & Daniel STOTZ 5
seconde en Suisse italienne. Si la contribution de Gatti met l'accent sur l'utilité de modèles issus de la linguistique théorique pour la réalisation d'instruments didactiques, l'article de Pandolfi situe, quant à lui, l'enseignement de la langue dans une perspective sociolinguistique variationniste en posant la question de la variété d'italien à enseigner en Suisse italienne et sur l'utilité, dans la pratique didactique, d'une réflexion métalinguistique sur la variation.
Gary Massey et Maureen Ehrensberger-Dow mènent leur réflexion sur une compétence linguistique professionnelle, la traduction, et le font en analysant les demandes formulées par le marché actuel des services de traduction à l'encontre des professionnels de la langue, dans un contexte industriel où la recherche de l'efficience et l'élargissement des services offerts au client s'accompagnent d'une croissante médiation technologique du travail du traducteur. La recherche conduite par le projet Capturing Translation Processes, dont l'article présente les résultats préliminaires, a permis, grâce à la triangulation de différentes méthodes d'investigation, de saisir l'importance émergente de deux compétences dans le travail du traducteur: la révision et l'alphabétisation informatique.
L'article de Paul Kelly et Patrick Studer ouvre une série de contributions portant sur l'intégration de l'enseignement des disciplines et de l'apprentissage des langues secondes dans des formations de différents niveaux. Kelly et Studer se focalisent sur l'enseignement en langue anglaise dans un contexte universitaire suisse, en examinant les stratégies d'un enseignant donnant des cours de physique en anglais L2 et en allemand L1. Marisa Cavalli et Claudia Chanu proposent une réflexion sur les pratiques d'apprentissage plurilingue (français – italien) au Val d'Aoste en vue de la documentation et de la formation des enseignants. La réflexion provient d'un dispositif de recherche-action et se centre en particulier sur les interactions en classe de mathématiques dans le cadre de l'enseignement bilingue. Selon Cavalli et Chanu, l'enseignement bilingue permet de faire ressortir le rôle du langage spécialisé dans l'apprentissage d'un savoir disciplinaire et de saisir des opacités langagières qui resteraient inaperçues dans une situation didactique monolingue. Silvia Gilardoni et Chiara Piccinini analysent les interactions entre enseignants et élèves dans un projet de soutien à l'apprentissage des disciplines, pour des étudiants de langue maternelle chinoise dans le contexte de l'école italienne. Un examen des phénomènes de contact entre le chinois L1 et l'italien L2, dans les séquences didactiques, permet d'en vérifier l'adéquation par rapport aux objectifs d'apprentissage disciplinaire.
Le rapport entre éducation linguistique et possibilité de conservation d'une langue menacée fait l'objet de la recherche de Johan Gijsen et Yu-Chang Liu, qui porte sur la situation sociolinguistique de la langue taïwanaise, en danger d'être supplantée par le chinois et par l'anglais. Les auteurs argumentent que les notions de diglossie, analyse de domaine et
bilinguisme sociétal peuvent fournir un cadre théorique adéquat pour diagnostiquer correctement la situation sociolinguistique taïwanaise et planifier une intervention efficace sur le plan de l'éducation linguistique.
2.3 Contacts de langues et migration
La deuxième section des actes rassemble trois contributions traitant du contact de langues et des dynamiques linguistiques des phénomènes migratoires. Manuela Guntern étudie le choix de langue entre allemand standard et dialecte alémanique par les locuteurs suisses alémaniques, dans la situation quotidienne de plus en plus fréquente où ils se trouvent en contact avec des immigrés ou touristes parlant l'allemand (L1 ou L2) et qui ne maitrisent pas le dialecte. Ce choix s'avère déterminé davantage par l'interlocuteur et par la nécessité d'intercompréhension que par le contexte social ou le médium. La recherche de Shahzaman Haque porte sur les places respectives des langues natives et d'accueil chez trois familles migrantes indiennes dans trois pays européens (France, Finlande, Norvège). Les résultats préliminaires de la recherche montrent que la famille migrante fait un choix pour la conservation de la langue d'origine, au détriment des langues d'accueil. Ce choix semble avoir des conséquences sur les enfants des familles migrantes qui paraissent comme partagés entre deux langues et deux cultures. Enfin, Marinette Matthey consacre son étude à la transmission de la langue espagnole en situation de migration dans 7 familles habitant à Genève.
L'étude se base sur l'analyse quantitative et linguistique d'un corpus d'interviews. Cette double méthodologie permet de mesurer, d'une part, le degré de transmission de la langue d'origine et de reconstruire, d'autre part, la variété d'espagnol parlée par les interviewés.
2.4 Le plurilinguisme en contexte professionnel et institutionnel Le deuxième volume des actes s'ouvre sur une série de contributions où l'élément commun est constitué par l'étude du plurilinguisme dans des contextes professionnels et institutionnels divers.
Le premier article, par Anne-Claude Berthoud, François Grin et Georges Lüdi, offre une vue d'ensemble du projet DYLAN "Dynamique des langues et gestion de la diversité", un projet intégré du 6ème Programme-cadre européen, rassemblant 19 universités partenaires provenant de 12 pays européens. Le projet cherche à comprendre comment une société fondée sur la connaissance, capable d'assurer le développement économique et la cohésion sociale, peut être créée dans une Union européenne qui est plus linguistiquement diverse que jamais. Le projet DYLAN a alors pour objectif de saisir sous quelles conditions le plurilinguisme individuel et sociétal peut devenir un atout plutôt qu'un obstacle au développement et à la cohésion sociale. Afin d'atteindre cet objectif, le projet utilise une variété de méthodes et d'approches disciplinaires pour évaluer des situations communicatives
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH & Daniel STOTZ 7
impliquant des sujets parlant des langues différentes dans plusieurs contextes institutionnels et professionnels: entreprises du secteur privé, institutions européennes, systèmes éducatifs. Le défi du projet DYLAN pourrait être résumé comme suit: s'il est vrai que chaque langue apporte des modes distincts de raisonnement et de résolution de problèmes, la diversité linguistique peut devenir un facteur important dans la production, le transfert et l'application de la connaissance, à condition que les citoyens soient en mesure de comprendre et d'exploiter à bon escient ces différentes manières de penser et d'agir.
Les deux textes qui suivent, par Lamia Bach Baoueb et par Sabine Christopher Guerra, portent sur deux des contextes également mis sous la loupe dans le cadre du projet DYLAN, à savoir respectivement le secteur de l'entreprise privée et le système éducatif. Bach Baoueb présente une étude de l'alternance de code dans deux entreprises tunisiennes, en prenant en considération principalement quatre langues, qui, par leur histoire et leur rôle national, régional et global, figurent de manière prépondérante dans les interactions entres membres de l'entreprise et avec les clients:
l'arabe standard et l'arabe dialectal local, le français et l'anglais.
Méthodologiquement, l'étude est fondée sur des données enregistrées tirées de conversations entre des collègues, entre clients tunisiens et étrangers ainsi que sur des observations et entretiens in situ et des questionnaires.
Christopher Guerra présente une investigation des pratiques communicatives à l'Université de la Suisse italienne (USI), prise comme exemple d'université plurilingue. La recherche vise à esquisser une carte des courants de communications dans l'organisation, courants sur lesquels les différentes interactions peuvent être projetées, ainsi qu'à examiner comment les différents répertoires linguistiques sont associés aux courants communicatifs.
Christopher Guerra applique un modèle pragmatique articulé du contexte communicatif, qui distingue une composante institutionnelle et une composante interpersonnelle pour étudier les pratiques communicatives plurilingues au sein de l'institution universitaire.
Une micro-analyse des pratiques plurilingues dans un contexte universitaire est offerte par Jérôme Jacquin et Jeanne Pantet dans le cadre du projet DYLAN. Jacquin et Pantet analysent l'interaction plurilingue dans une séance de travail d'un groupe d'étudiants, en examinant en particulier les phénomènes d'alternance de langue (code switching). Ils font l'hypothèse d'une corrélation entre la capacité de gestion du répertoire plurilingue et le leadership dans le groupe. En même temps, ils analysent les "métadiscours"
sur le plurilinguisme des acteurs impliqués et s'interrogent sur les écarts entre ceux-ci et les pratiques elles-mêmes.
Les deux derniers articles de la section sur le plurilinguisme abordent des thèmes liés à l'interdisciplinarité entre la linguistique et, respectivement, le
droit et l'économie. La gestion du plurilinguisme dans la pratique du droit linguistique européen est le thème abordé par l'article de Vít Dovalil, qui présente des applications de la Language Management Theory à deux cas de problèmes juridiques linguistiques sur lesquels la Cour de justice européenne a délibéré. L'article de François Grin se penche sur le positionnement réciproque des sciences économiques et de la linguistique appliquée inspirée par le courant interactionniste, en comparant la manière dont les deux disciplines abordent l'étude du plurilinguisme au travail. Grin présente une vue d'ensemble de l'économie des langues, c'est-à-dire de l'application de modèles formels et quantitatifs des sciences économiques à l'étude des rapports causaux entre variables linguistiques et variables à proprement parler économiques, ou encore entre variables linguistiques et toute sorte de variables, à condition qu'elles puissent s'exprimer en termes économiques.
L'article argumente que, en dépit de différences épistémologiques profondes, la collaboration entre économie et linguistique interactionniste peut être fructueuse du point de vue heuristique, une fois que les différences dans les questions visées ont été reconnues.
2.5 Stratégies discursives et argumentatives dans la pratique professionnelle et la recherche scientifique.
La dernière section réunit une série de contributions qui se focalisent sur des pratiques discursives écrites et orales, dans des contextes professionnels et institutionnels différents.
Un premier groupe de trois articles traite de pratiques discursives dans des institutions de soins médicaux et psychiatriques. Sarah Bigi présente d'abord une discussion critique sur le développement des approches de la qualité de la communication verbale entre médecin et patient; elle regrette l'absence d'un cadre théorique solide permettant de relier, dans une vue d'ensemble, les différents aspects qui ont fait l'objet de recherches empiriques ponctuelles intéressantes, mais qui ont peut-être trop prématurément visé à tirer des indications pour l'évaluation de la qualité à partir d'observations partielles. Bigi argumente ensuite qu'un modèle explicite du contexte communicatif (institutionnel en premier lieu) peut fournir un élément important pour intégrer dans un cadre théorique cohérent les recherches menées dans ce domaine.
Le rôle du contexte institutionnel de l'interaction est mis en évidence dans la recherche présentée par Chiara Piccini et Antonella Carassa. L'article offre une comparaison des pratiques discursives de deux groupes de travail dans la même institution de soins socio-psychiatriques, en se focalisant sur la manière de formuler les problèmes pendant les réunions. Du point de vue méthodologique, l'étude combine une investigation ethnographique des réunions, prenant en compte le cadre de participation, la polyphonie et la mémoire partagée, avec une analyse quantitative des données conversationnelles. L'analyse montre que si, d'une part, le cadre institutionnel
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH & Daniel STOTZ 9
façonne le travail discursif, d'autre part chaque groupe développe son répertoire unique de pratiques comme réponse à des contraintes qui ne se laissent pas réduire à leurs seules conditions institutionnelles. Henrik Rahm traite la communication internet d'institutions qui s'occupent de délivrer les soins palliatifs pour les personnes âgées en fin de vie, dans la municipalité de Malmö en Suède. Rahm se focalise sur la communication institutionnelle en ligne s'adressant aux familles des patients et sur les lignes directrices pour le travail communicatif des soignants. Rahm applique l'analyse critique du discours, la théorie des genres discursifs, la notion d'intertextualité et un modèle de la crédibilité du discours pour évaluer la qualité des pratiques discursives dans ce type de communication institutionnelle très délicate.
L'analyse de genres dans la communication en ligne figure aussi dans l'article de Rebekka Bratschi, qui se focalise sur les messages d'absence de bureau envoyés automatiquement par courrier électronique. L'article de Bratschi décrit les caractéristiques principales de ces messages qui font désormais partie du paysage discursif de nos lieux de travail, dégage leur structure générale et analyse certaines de leurs spécificités.
Le procédé discursif de l'argumentation joue un rôle important dans les quatre contributions qui concluent le volume. Le droit, l'économie, les sciences humaines en général et la linguistique en particulier sont des espaces discursifs où les procédés argumentatifs sont examinés. L'analyse dresse une série de comparaisons: entre disciplines académiques voisines, entre époques différentes de la même discipline ou entre recherche académique et activités professionnelles voisines.
Jakob Wüest aborde la question méthodologique en linguistique en discutant comment la manière d'argumenter a changé dans les sciences humaines au cours du XXème siècle, parallèlement à l'avancée des méthodes empiriques et quantitatives. Wüest se focalise sur les cas de la linguistique et de la psycholinguistique. Si en linguistique théorique les procédés argumentatifs aristotéliciens de la déduction et de l'exemple sont encore à l'honneur, la psycholinguistique confie ses besoins d'argumenter à la structure générique de l'article des sciences empiriques où le procédé central est de type abductif et aboutit à des conclusions provisoires, réfutables.
L'article de Fabrizio Macagno traite du rôle central de la définition dans le discours juridique, en tant qu'instrument pour éviter des ambiguïtés interprétatives et en tant que prémisse qui permet d'appliquer une norme au cas concret. Une définition peut devenir la thèse d'une discussion portant sur l'interprétation d'une norme ou bien fonctionner comme argument qui permet l'application d'une norme dans la prise de décision. En examinant des cas juridiques, Macagno compare les différents types d'arguments qui sont donnés pour soutenir une définition dans le discours juridique comme, par exemple, l'argument d'autorité et l'argument des conséquences.
Marina Bondi propose une analyse comparative de l'argumentation dans les sciences économiques et dans les sciences de la gestion. Elle combine des outils méthodologiques quantitatifs et qualitatifs provenant de la linguistique de corpus et de l'analyse du discours pour étudier la phraséologie méta- argumentative et, en particulier, les marqueurs discursifs dans les deux disciplines. L'analyse montre comment des différences dans la phraséologie récurrente peuvent suggérer des interprétations en termes de différences, dans la culture argumentative de deux communautés de discours. Le métadiscours argumentatif des économistes est encore l'objet d'investigation dans l'article de Donatella Malavasi. Cette fois, les stratégies argumentatives des économistes présentant des résultats scientifiques à la communauté disciplinaire dans des articles sont comparées au discours persuasif des chefs d'entreprises du secteur bancaire, dans les lettres présentant les résultats financiers aux actionnaires.
3. En guise de conclusion
Est-il possible de tirer des conclusions générales sur la manière dont les aspects méthodologiques de la recherche en linguistique appliquée ont été abordés par les contributeurs à ces actes? Oui, dans un certain sens, bien qu'il ne soit guère possible de faire des généralisations faciles sur les méthodes qui seraient propres à la linguistique appliquée.
S'il y a un constat qui s'impose, c'est celui de la variété et de la pluralité des méthodes employées: non seulement les linguistes appliqués utilisent des méthodes différentes – tirées de la linguistique, de la sociolinguistique, de l'analyse du discours et de la conversation, mais aussi plus généralement des sciences sociales – pour aborder des questions différentes liées à l'usage du langage en contexte social; mais souvent ils combinent aussi des méthodes différentes (p.ex. quantitatifs et qualitatifs, analyse de corpus et analyse de discours) pour saisir des phénomènes complexes.
En effet, si l'on regarde le vaste réseau de relations interdisciplinaires impliqué par les objets et les méthodes de recherche que nous venons d'introduire – un réseau qui va des sciences économiques aux sciences de la communication en passant par le droit et la psychologie sociale –, il est clair que la linguistique appliquée n'est pas une simple question d'appliquer un savoir élaboré par la linguistique descriptive et théorique. Le rapport avec celle-ci demeure d'importance primordiale mais, sans doute, comme le dit Moretti dans le texte qui ouvre ce recueil, il va dans les deux sens: si la linguistique descriptive et théorique offre des outils à la linguistique appliquée, la linguistique appliquée interroge la linguistique ''théorique'' et l'invite à aborder des objets langagiers plus complexes, à proposer des explications plus profondes et plus riches des faits de langage. À bien regarder, les contributions présentées dans ce recueil suggèrent, par ailleurs, une certaine
Andrea ROCCI, Alexandre DUCHENE, Aleksandra GNACH & Daniel STOTZ 11
préférence de la linguistique appliquée pour des approches méthodologiques souples, non réductionnistes des faits de langue et de discours, considérées comme mieux à même de saisir la complexité des contextes de communication et des sphères de l'activité humaine où le langage est employé. On peut aussi remarquer dans les contributions à ce recueil une préférence pour les études de cas. Cela pourrait indiquer une attention particulière pour les aspects ''situés'' et ''locaux'' des phénomènes langagiers, permettant ainsi de saisir comment les transformations sociales et économiques sont articulées à des pratiques du quotidien. Enfin, il ressort une troisième ligne dans ces travaux, celle d'une linguistique appliquée qui cherche à élaborer des propositions pour l'évaluation de la qualité des pratiques et des produits langagiers par la mise en place et la validation de dispositifs d'intervention et de transfert de connaissances.
Beaucoup de travail reste encore à faire et, sans doute, les pages qui suivent, dans leur hétérogénéité, ne permettent pas – heureusement – de faire ressortir un seul et unique paradigme théorique de la linguistique appliquée;
au contraire, elles offrent plutôt des pistes multiples à explorer.
Andrea Rocci
Università della Svizzera italiana Alexandre Duchêne
Université & HEP de Fribourg Aleksandra Gnach
Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften Daniel Stotz
Pädagogische Hochschule Zürich
Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2010 Centre de linguistique appliquée
N° spécial 2010/2, 13-23 • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel
Le projet DYLAN "Dynamique des langues et gestion de la diversité"
1Anne-Claude BERTHOUD1, François GRIN2 & Georges LÜDI3 Université de Lausanne1, Section de linguistique, Bâtiment Anthropole, Quartier-Dorigny, CH-1015 Lausanne,
Université de Genève2, ETI, 40, Bd du Pont d'Arve, CH-1211 Genève &
Université de Bâle3, Institut d'Etudes françaises et francophones, Maiengasse 51, CH-4056 Bâle
[email protected], [email protected] &
The DYLAN project addresses the core issue underlying topic 3.3.1 of Call FP6-2004-Citizen-4:
whether and, if so, how a European knowledge based society designed to ensure economic competitiveness and social cohesion can be created within a European Union that is linguistically more diverse than ever. The overarching objectives are to show that, in this respect, the linguistic diversity prevalent in Europe the DYLAN Integrated Project, which builds on an initiative of the European Language Council is potentially an asset rather than an obstacle and to identify the conditions under which individual and societal multilingualism can be turned to advantage. Applying a variety of scientific methods and approaches, the project will assess communicative situations involving speakers of different languages in a range of relevant institutional and professional contexts.
It will show in what ways and under what conditions the distinct modes of thinking and acting carried by different languages can promote the creation, transfer and application of knowledge. This implies, however, that citizens are able to understand and exploit these different ways of reasoning, as well as different ways of controlling, dealing with, and resolving problems.
Key words:
Linguistic diversity, multilingualism, cognitive asset, communicative asset, strategic asset
1. Les objectifs du projet
Le projet DYLAN est un projet intégré du 6ème Programme-cadre européen, issu de la Priorité 7 "Citoyenneté et gouvernance dans une société fondée sur la connaissance", rassemblant 19 universités partenaires provenant de 12 pays européens. Il traite de la thématique spécifique consistant à savoir si et comment une société européenne fondée sur la connaissance, visant à assurer le développement économique et la cohésion sociale, peut être créée en dépit d'une diversité linguistique plus importante suite à l'élargissement de l'Union Européenne. L'objectif essentiel du projet consiste à montrer en quoi et sous quelles conditions la diversité linguistique qui prévaut en Europe constitue un atout plutôt qu'un obstacle. Il vise en particulier à saisir en quoi la
1 Ce texte est issu de la partie scientifique et méthodologique du projet DYLAN, dont une version française plus détaillée sous l'intitulé "Le projet DYLAN, un aperçu", a paru dans la Revue Sociolinguistica, 22, Max Niemeyer Verlag, Tübingen, 2008.
mise en œuvre de répertoires plurilingues contribue à la construction et au transfert des connaissances (atout cognitif) et intervient dans le contrôle de la communication, la résolution de problèmes et la prise de décision (atout stratégique), dans la diversité des contextes économiques, politiques et éducatifs, en apportant par là une contribution active à la construction d'une Europe fondée sur la connaissance et le développement économique.
Le projet DYLAN poursuit plus précisément trois objectifs interreliés:
Le premier objectif consiste à mieux comprendre comment les répertoires plurilingues se développent et sont mis en œuvre dans diverses situations de communication.
Le second objectif vise à identifier les conditions nécessaires pour que les répertoires plurilingues, qui sont une partie de l'héritage européen, contribuent activement au développement d'une société fondée sur la connaissance. Le projet part de l'hypothèse que deux types de bénéfices peuvent être tirés du plurilinguisme. Le premier est lié à l'efficacité de la communication dans des contextes plurilingues. Et dans cette optique, le plurilinguisme peut être considéré comme un atout, non seulement au sens métaphorique du terme, mais au sens d'un véritable apport dans la construction et la transmission de l'information, dans la résolution de problèmes et le contrôle de l'interaction. Le second type de bénéfice est à saisir en termes de démocratie et de justice sociale, au sens où le plurilinguisme contribue à encourager des formes d'interaction sociale plus équitables et à la participation politique, contribuant par là à répondre au risque de déficit démocratique dû à l'élargissement de l'Union Européenne.
Le troisième objectif du projet découle des deux premiers: doté d'une meilleure compréhension du plurilinguisme et des conditions dans lesquelles il peut devenir un avantage, le projet vise à formuler des recommandations politiques pour une gestion effective et démocratique de la diversité linguistique en Europe. Ces propositions doivent conduire à développer, au travers de mesures politiques, les conditions dans lesquelles le plurilinguisme européen peut se transformer en avantage individuel et collectif au sein d'une économie globalisée.
2. Le cadre d'analyse
Le cadre d'analyse vise à répondre à ces trois objectifs. Le développement et l'usage de répertoires plurilingues impliquent une approche qui soit pertinente aussi bien du point de vue de la recherche scientifique que du point de vue pratique des acteurs susceptibles de l'utiliser dans la sélection, la formulation, l'implémentation et l'évaluation de politiques concernant la diversité linguistique.
Cela implique que le cadre d'analyse puisse fournir une base conceptuelle tangible pour répondre aux enjeux épistémologiques et méthodologiques des différentes disciplines en présence. Il doit être par ailleurs suffisamment souple pour être à même de traiter des nouvelles questions qui émergent de la dynamique interne de processus de recherche orientés vers la pratique et répondre à l'exigence de saisir l'usage de ressources qui sont elles-mêmes structurées par leur usage dans des contextes spécifiques. Dans cette optique, il doit permettre de traiter les répertoires plurilingues aussi bien au niveau symbolique qu'au niveau discursif et interactionnel. Ces différentes exigences conduisent par conséquent à un cadre d'analyse constitué de dimensions dont il convient de saisir les interrelations.
2.1 Dimensions et interrelations
Quatre dimensions constituent les pièces conceptuelles maîtresses du projet:
les pratiques langagières;
les représentations du plurilinguisme et de la diversité linguistique, observables au travers du discours et de l'interaction;
les politiques linguistiques des états ou autres institutions d'état et institutions publiques (à l'échelle locale, régionale, nationale et supra- nationale), ainsi que les stratégies linguistiques des entreprises du secteur privé.
le contexte linguistique ou environnement linguistique dans lequel les acteurs opèrent.
Ces quatre dimensions sont interreliées de multiples façons pour saisir le développement et l'usage des répertoires plurilingues. Et il est à souligner qu'aucune de ces dimensions ou interrelations n'a a priori de préséance épistémologique ou méthodologique sur les autres.
Le cadre d'analyse peut être représenté de la façon suivante (Fig. 1):
Fig. 1: Les quatre domaines et les douze flèches qui les relient.
Chaque domaine de la figure 1 symbolise une relation susceptible d'être analysée dans l'examen des processus de développement et de mise en œuvre des répertoires plurilingues. Par exemple, la flèche 1 renvoie à la manière dont les représentations du plurilinguisme influence les politiques et les stratégies linguistiques. La flèche 5 renvoie à la façon dont un contexte donné est perçu par les acteurs sociaux et influence leurs représentations du plurilinguisme. La flèche 4 montre comment la politique linguistique modifie le contexte et la flèche 7, comment ces modifications ont un impact sur les pratiques langagières. Quant à la flèche 9, elle réfère à la façon dont les pratiques langagières constituent des objets de représentations, exprimées dans le discours, et qui ont (flèche 1) un impact sur les politiques et les stratégies linguistiques.
2.2 Les terrains de recherche
Ces interrelations sont envisagées dans différents types de situations, qui forment les terrains de recherche, ce terme étant pertinent pour l'organisation du travail empirique effectué au sein du projet DYLAN. Trois terrains revêtent une importance particulière pour la gestion du plurilinguisme en Europe, à savoir, les entreprises du secteur privé, les institutions européennes et les systèmes éducatifs.
Le choix des terrains, qui servent notamment à structurer les modules ou
"workpackages" du projet, relève de critères conceptuels, méthodologiques et organisationnels.
Au plan conceptuel, ce choix se fonde sur la recherche actuelle portant sur l'interaction plurilingue, et qui inscrit le projet DYLAN dans le paradigme d'une cognition située, où le contexte dans lequel l'interaction prend place est d'une importance capitale.
Au plan méthodologique, on admet que ces trois terrains – les entreprises, les institutions européennes et les systèmes éducatifs – constituent des situations opératoires et appropriées, aussi bien pour un développement conceptuel pertinent que pour les procédures de recueil des données dans les tâches de recherche.
Au plan organisationnel, ce découpage facilite le travail de collaboration, ainsi que la communication et l'intercompréhension entre les équipes de recherche.
Plus informellement, ces trois terrains peuvent être vus comme des configurations naturelles de l'organisation pratique de la recherche.
Ce choix de terrains reflète par ailleurs l'hypothèse selon laquelle les modes de communication observés sur chacun des terrains, peuvent avoir un caractère exemplaire, et mettre en lumière des modes de communication généralisables. S'il est évident qu'au sein de ces différents terrains, les processus mis en œuvre sont différents et que les questions de recherche qui
en émergent ne sont pas les mêmes, il est possible néanmoins de faire l'hypothèse que les quatre dimensions présentées plus haut sont pertinentes pour les trois terrains. Leur mise en relation doit servir de point de référence pour le développement d'un plurilinguisme efficace et démocratique en Europe.
Les deux représentations bi-dimensionnelles du cadre d'analyse peuvent être ici étendues à trois dimensions, comme le montre la figure 2.
Fig. 2: Le cadre d'analyse mis en perspective
2.3 Les questions transversales
Les modèles qui envisagent le développement et la mise en œuvre des répertoires plurilingues doivent cependant tenir compte de trois autres types de questions, susceptibles d'être intégrées explicitement dans le cadre d'analyse.
La première question renvoie à l'une des idées majeures de DYLAN qui consiste à donner des réponses appropriées aux défis posés par la diversité linguistique et à fournir la base de référence pour la mise en place de politiques linguistiques, aussi bien pour la gestion du plurilinguisme, aux niveaux local, regional, national et supranational, que pour l'identification de pratiques appropriées en situation d'interaction plurilingue.
Pour évaluer ce que la société peut faire pour structurer et orienter le plurilinguisme, et pour proposer des mesures pour une gestion efficiente et démocratique de la diversité linguistique, il s'avère essentiel de réexaminer les relations entre ces quatre dimensions, aussi bien en termes d'efficience (qui renvoie à la question d'une saine allocation des ressources) qu'en termes d'équité (qui réfère à la question d'une juste distribution des ressources).
La deuxième question renvoie à la langue en soi et constitue en quelque sorte la matière première du projet. Il s'agit ici plus particulièrement de mettre l'accent sur les formes et les règles qui émergent de l'interaction entre les
locuteurs, et par là d'identifier et d'expliciter la façon dont les répertoires plurilingues sont, en tant que tels, des sources de changements linguistiques, ayant des conséquences importantes pour les fonctions de la communication et le statut social des langues en question.
La troisième question adopte une perspective historique. Les quatre dimensions présentées et leurs interrelations sont non seulement issues de l'ensemble complexe d'interactions discutées plus haut, mais elles sont aussi le produit d'une longue histoire ayant affaire avec la diversité linguistique et l'usage de répertoires plurilingues. On fera l'hypothèse que l'expérience historique de l'Europe avec le plurilinguisme influence de façon significative non seulement les représentations actuelles et les discours qui les manifestent, mais aussi les politiques; elle constitue par conséquent une partie importante de notre environnement linguistique. C'est dans ce sens qu'une perspective historique pour aborder les processus de développement et d'usage de répertoires plurilingues devrait informer le travail d'analyse effectué sur les interrelations entre les quatre dimensions.
Fig. 3: Le cadre d'analyse élargi
Ces trois types de questions – efficacité et justice sociale, variétés émergentes et formes de plurilinguisme dans l'histoire de l'Europe seront dès lors désignées comme des questions transversales.
2.4 Les dimensions du projet 2.4.1 Les pratiques langagières
Les pratiques langagières envisagées dans leur développement comme dans leur usage, sont étudiées dans le but d'identifier des complémentarités entre les langues dans les trois types de terrains où sera effectué le travail empirique. Les aspects clés incluent aussi bien les procédures globales et locales de traitement du plurilinguisme que les facteurs qui structurent les procédures de traitement. La focalisation sur les aspects stratégiques et opératoires du plurilinguisme doit conduire à mieux comprendre ses effets sur les modes d'interaction, la prise de décision, la résolution de problème, la prise de décision et les processus de contrôle.
2.4.2 Représentations
Les représentations sont envisagées ici dans la pluralité de leurs définitions, à savoir tout à la fois en tant qu'objets, que processus et que discours:
1) les représentations comme objets sont des objets conceptuels, des objets de connaissance qui sont construits et co-construits dans et par le discours et l'interaction;
2) les représentations comme processus renvoient aux opérations de conceptualisation ainsi qu'au travail que les interlocuteurs effectuent sur le discours et qui émergent sous la forme d'énoncés métalinguistiques;
3) les représentations comme discours sont des produits sémiotiques, des configurations discursives, qui sont autant de traces des représentations (au sens 1) que des traces de l'activité effectuée sur ces objets (au sens 2).
C'est dans ce sens, qu'il faut concevoir le niveau 3 – les représentations comme discours – comme champ d'observation pour l'étude des représentations, et en particulier des représentations du plurilinguisme et de la diversité linguistique, qu'il s'agisse de gloses épilinguistiques (manifestant un traitement intuitif et implicite du langage) ou d'énoncés métalinguistiques plus ou moins explicites (résultant en grande partie de connaissances institutionnelles).
2.4.3 Politiques et stratégies linguistiques
Les politiques et stratégies linguistiques constituent une dimension cruciale pour le cadre d'analyse du projet DYLAN, qui vise à élaborer des recommandations pour une gestion efficace et démocratique du plurilinguisme. Il est dès lors essentiel de développer une compréhension plus claire des processus de développement des politiques linguistiques mises en œuvre par les états, les systèmes éducatifs et le secteur privé. Cela implique
une explicitation des motivations, des buts, des degrés de conscience des contextes sociolinguistiques et géolinguistiques, ainsi que des valeurs implicites ou explicites que ces politiques et ces stratégies sont censées refléter.
2.4.4 Environnement ou contexte linguistique
L'environnement ou le contexte linguistique jouent un rôle essentiel dans le cadre d'analyse considéré, et cela pour plusieurs raisons. Le concept de contexte linguistique présuppose une multitude de facteurs démo-, socio- et géolinguistiques qui définissent les caractéristiques langagières du contexte dans lequel nous vivons et qui influencent les choix que les acteurs sociaux effectuent quant à l'apprentissage des langues, l'enseignement des langues et leur usage (en particulier pour les générations futures). La définition opératoire du contexte comporte d'importants défis empiriques.
3. Workpackages et tâches de recherche
Le travail effectué par les chercheurs dans le projet DYLAN est organisé en quatre workpackages (WP) ou modules, avec deux workpackages complémentaires pour la formation et le management. Les trois premiers WP se concentrent sur les trois terrains décrits plus haut, chacun d'entre eux étant composé de trois à six tâches de recherches réalisées par des équipes individuelles. Le quatrième WP est organisé de façon quelque peu différente et se compose des trois questions transversales – efficience et équité, variétés émergentes et formes de plurilinguisme dans l'histoire européenne – questions tranversales prises en charge par trois équipes de recherche spécifiques qui interagissent avec les trois autres terrains.
Fig. 4: Survol des interactions entre les workpackages.
3.1 Workpackage 1: Les entreprises
Ce workpackage a pour objet le monde du travail (des petites et moyennes entreprises aux organisations multinationales) appréhendé au travers des quatre dimensions et de leurs interrelations, les équipes de recherche se concentrant sur des dimensions et interrelations spécifiques.
Ce workpackage répond à un constat paradoxal: alors que les situations professionnelles sont de plus en plus marquées par une internationalisation des projets, des collaborations, des équipes, des partenariats, et alors même que ce phénomène apparaît avec une certaine évidence, les recherches qui étudient la manière dont les milieux professionnels font face à cette internationalisation dans leurs pratiques ordinaires, dans leur gestion des collaborations, dans leurs stratégies explicites ou implicites, dans leurs discours face au changement, restent, elles, relativement peu nombreuses.
Le workpackage a pour objectif de répondre à ce manque, en procédant à des enquêtes de terrain qui montrent comment les professionnels issus de contextes très différents traitent pratiquement la question du plurilinguisme – que ce soit dans la manière dont ils organisent leurs réunions, structurent des pratiques de collaboration, prennent des décisions, se donnent des règles, négocient voire imposent un choix de langue, formulent des politiques et des prises de positions générales concernant l'emploi des langues dans l'entreprise.
Plus précisément, il s'agit de savoir dans quelle mesure les professionnels identifient les situations plurilingues caractérisant de nombreuses activités au travail comme un atout, comme une dimension qui signifie, dans le respect pour la diversité et dans l'expression de la diversité, une créativité accrue;
ainsi que de savoir, si tel n'est pas le cas, dans quelle mesure et sur la base de quelles expériences ils identifient plutôt le plurilinguisme à une dimension problématique, porteuse de difficultés et d'obstacles.
Le workpackage est lui-même emblématique de cette diversité, puisqu'il réunit des équipes ayant des références théoriques, des focus analytiques et des compétences méthodologiques complémentaires, permettant d'envisager de traiter des aspects très divers, par des approches diversifiées, du plurilinguisme au travail.
3.2 Workpackage 2: Les institutions européennes
Ce workpackage étudie les relations entre pratiques langagières, représentations et politiques linguistiques dans le contexte des institutions européennes (la Commission européenne, le Parlement et le Conseil de l'Union européenne), avec une focalisation sur des dimensions et interrelations spécifiques selon les partenaires.
De façon générale, ce workpackage vise à saisir comment les institutions européennes envisagent la question de la communication interne et de la communication externe. Il cherche à décrire les conditions et motivations des différents choix de langues au sein des institutions européennes, ainsi qu'à comprendre les motivations au niveau micro des individus et au niveau macro des idéologies qui configurent la communication plurilingue à l'intérieur et à l'extérieur des institutions.
Ce workpackage porte une attention particulière à la façon dont les changements rapides du contexte modifie les politiques et les stratégies linguistiques dans les institutions, et comment ces changements se reflètent dans les règlements et recommandations. Les politiques et les stratégies linguistiques se trouvent confrontées à de nouvelles réalités économiques qui font émerger de nouvelles pratiques.
Il cherche en particulier à montrer comment les pratiques plurilingues au sein des institutions servent de modèles et ont un impact sur les pratiques sociales et la définition du contexte. Dans cette perspective, il aborde notamment la question du risque d'un monolinguisme interne grandissant au sein des institutions européennes (communication interne) sur l'environnement social et la démocratie (communication externe).
En se fondant sur des documents politiques et la façon dont ces documents émergent des discussions à plusieurs niveaux hiérarchiques, ce workpackage analyse par ailleurs comment les institutions européennes envisagent le plurilinguisme et leur marge d'action possible pour l'influencer. Il s'agit de comprendre le rôle du plurilinguisme dans la définition de l'image des institutions elles-mêmes, en tant que label et valeur ajoutée.
Ce workpackage envisage également la question des représentations et de leur influence sur les pratiques langagières, sur les choix de langues et leur fonction comme normes internes.
3.3 Workpackage 3: Les systèmes éducatifs
Ce workpackage vise à étudier les relations entre pratiques langagières, politiques linguistiques et représentations dans le contexte des systèmes éducatifs, et en particulier de l'enseignement tertiaire, avec une focalisation sur des dimensions et interrelations spécifiques selon les équipes de recherche.
Ce workpackage aborde notamment la façon dont les changements rapides du contexte (au sens large du terme) peut modifier les politiques et stratégies linguistiques mises en place dans les institutions éducatives et il cherche à saisir comment ces changements se manifestent dans la législation et les règlements de ces institutions. Les politiques et stratégies linguistiques se trouvent confrontées à de nouvelles réalités socio-économiques qui
déterminent de nouvelles pratiques langagières. Celles-ci génèrent de nouveaux discours sur le plurilinguisme, de nouvelles représentations, de nouvelles demandes pour la formation au plurilinguisme (en particulier une formation CLIL ou EMILE: enseignement intégrant langue et discipline), de nouvelles politiques linguistiques, ainsi que de nouveaux standards éducatifs.
Du point de vue des pratiques éducatives, et en particulier de CLIL ou EMILE intégrant langue et contenu disciplinaire, le workpackage s'attache en particulier à décrire les effets cognitifs, argumentatifs et stratégiques des pratiques plurilingues, tant au niveau de l'enseignement qu'au niveau de la recherche.
Ces nouvelles pratiques (entendues au sens d'apprentissage et au sens d'usage) sont également confrontées à des modes d'apprentissage traditionnels monolingues.
Ce workpackage examine par ailleurs l'impact des politiques linguistiques (aux niveaux étatique, régional et local) sur les systèmes éducatifs, ainsi que les effets en retour des nouvelles pratiques sur les stratégies et politiques linguistiques. Il examine également les inefficacités possibles des mesures proposées, les zones de divergence entre stratégies explicites et stratégies implicites, les décalages entre les représentations et les pratiques effectives, et vise ainsi à évaluer dans quelle mesure ces résultats peuvent informer de nouvelles recommandations et actions politiques.
3.4 Workpackage 4: Les questions transversales
Ce workpackage, présenté au point 2.3, interagit de façon transversale avec les trois autres workpackages fondés sur les terrains des entreprises, des institutions européennes et des systèmes éducatifs. La fonction de ce workpackage est d'assurer une intégration des visées théoriques et méthodologiques des questions envisagées dans les trois autres workpackages.
Fig. 5: Situation du WP4 et ses interactions avec les autres WP
Bulletin suisse de linguistique appliquée © 2010 Centre de linguistique appliquée
N° spécial 2010/2, 25-51 • ISSN 1023-2044 Université de Neuchâtel
Varieties of languages used in Tunisian business companies: a case study
Lamia BACH BAOUEB
Université de Jendouba, Institut Supérieur des Sciences Humaines, Av. de l'UMA 8189, Jendouba, Tunisie
Bien que la littérature sur l'alternance de code entre l'arabe et le français dans différentes communautés de discours bilingues soit considérable, peu d'études ont exploité le contexte tunisien et aucun travail précédent n'a jamais été fait sur le secteur d'affaires tunisien comme un groupe spécifique utilisant plus qu'une paire de langues pour communiquer. Cette étude de cas enquête sur la variété de langues choisies dans deux entreprises tunisiennes, en se concentrant principalement sur les modèles d'alternance de code entre l'arabe (standard (MSA) et local (TA)), le français et l'anglais. Cette étude analyse la situation linguistique complexe dans ces entreprises tunisiennes du point de vue des différentes langues choisies pour la communication orale et aussi pour la correspondance écrite tant dans le cadre national qu'international. L'étude est fondée sur une triangulation des données enregistrées de conversations entre des collègues, des clients tunisiens et étrangers ainsi que sur des conclusions suite à des observations, des entretiens et des questionnaires sur l'alternance de code au sein des entreprises choisies pour l'enquête. Les aspects originaux émergeant de cette toute première étude du secteur d'affaires tunisien sont illustrés et les résultats sont subséquemment comparés à la littérature fournie sur l'alternance de code.
Mots clés:
Alternance de langues, mélange de langues, locuteurs du secteur d'affaires tunisiens, choix marqué/non-marqué du mode de discours
1. Introduction
The present case study analyses the varieties of languages chosen by Tunisian business speakers (TBSs) and their code switching (CS) patterns in two business companies investigated. The analysis is based on a triangulation of a questionnaire results collected for the investigation, the outcome of interviews and the recordings of live conversations amongst the participants inside the businesses chosen for study.
CS is considered as an "alternation in the use of two languages" (Cheng &
Butler, 1989: 294). It is a bilingual linguistic behaviour, which has been widely studied by many linguists. Previous studies (Sanchez, 1987 cited in Cheng &
Butler, 1989: 298) on dialects or languages regarded CS as an "interference between languages or dialects" because of the speakers' supposed lack of competence in the two languages or dialects involved. CS and borrowing were also confounded. CS was seen as a sort of large scale borrowing because of the speakers' poor competence in a certain topic area (Cheng & Butler, 1989: 297-299). The studies on languages/dialects in contact were divided into three categories: CS, code-mixing (CM) and code integration (CI). CS is