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La pollution intérieure: air et bruit
RABINOWITZ, Joseph, BRISTOW, Gaye
Abstract
Les principaux polluants de l'air à l'intérieur des habitations, susceptibles de porter atteinte à la santé ou au bien-être de l'homme sont passés en revue, les effets de la fumée de tabac sur les non fumeurs étant particulièrement relevés. Sont décrits également les sources des bruits intérieurs qui représentent une gêne pour les résidents. La nécessité est montrée de fixer des normes particulièrement sévères relatives à la qualité de l'air et au confort acoustique à l'intérieur des habitations car il faut non seulement protéger les groupes sensibles de la population mais tenir compte également du synergisme éventuel entre polluants atmosphériques (extérieurs) et certains polluants émis à l'intérieur.
RABINOWITZ, Joseph, BRISTOW, Gaye. La pollution intérieure: air et bruit. Médecine &
Hygiène , 1984, vol. 42, no. 1585 bis, p. 8-11
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:137017
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La pollution intérieure : air et bruit
par J. Rabinowitz et G. Bristow (Genève)
Les principaux polluants de l'air à l'intérieur des habitations, susceptibles de porter atteinte à la santé ou au bien-être de l'homme sont passés en revue, les effets de la fumée de tabac sur les non fumeurs étant particulièrement relevés. Sont décrits également les sources des bruits intérieurs qui représentent une gêne pour les résidents.
La nécessité est montrée de fixer des nonnes particulièrement sévères relatives à la qualité de l'air et au confort acoustique à l'intérieur des habitations car il faut non seulement protéger les groupes sensibles de la population mais tenir compte également du synergisme éventuel entre polluants atmosphériques (extérieurs) et certains polluants émis à l'intérieur.
1. Introduction
La qualité de l'air que l'on respire et ses effets sur la santé de l'homme dépendent de nombreux facteurs: émissions de substances nocives (polluants) aussi bien à l'extérieur (atmo- sphère) qu'à l'intérieur (bâtiments, moyens de transport), con- ditions météorologiques et d'aération/ventilation, processus de transformation et d'élimination de ces polluants, etc.
Le fait que la pollution intérieure peut dépasser la pollution extérieure n'a été reconnu qu'au cours de ces dernières années (1, 2, 3, 4). En effet, les concentrations de certains polluants émis également à l'intérieur des habitations (à partir d'appa- reils de chauffage ou de cuisinières à gaz, de la cuisson des aliments, des matériaux de construction, des textiles', la fumée de tabac (cigarettes, cigares, pipes), les insecticides, etc.) peuvent atteindre, surtout si l'aération/ventilation n'est pas satisfaisante, des valeurs nettement supérieures à celles enregistrées à l'extérieur. Comme les habitants, particulière- ment des pays industrialisés, passent plus du 70% de leur temps à l'intérieur, il est nécessaire de tenir compte de ce phénomène 2 dans les enquêtes épidémiologiques visant à mettre en relation les niveaux de la pollution atmosphérique et les affections respiratoires (ou autres) des populations étudiées'.
La tendance, depuis la crise pétrolière, à diminuer les taux d'aération/ventilation et d'infiltration dans les bâtiments pour
' On incorpore aux textiles de nombreux adjuvants: adoucissants, antistatiques, ignifuges, produits pour les rendre infroissables et/ou irrétrécÎ88ahle8, etc.
2 On ne peut plus se contenter des paramètres habituels tenant uni- Y. ut:im:ul 1.:umplt: ùt:s 1,;uu1.:t:ulialiuus ùt:s pulluauls émis ùaus l'al111u- sphère, mesurées à l'extérieur.
' L'exposition humaine totale réelle à la pollution de l'air (moyenne journalière par exemple) peut être évaluée à l'aide de modèles fondés sur le temps «budgets temps» passé par les sujets dans les divers micro-environnements (extérieur, domicile, bureau, moyens de trans- port, etc.) ainsi que sur leurs concentrations respectives en polluant examiné (5), ou encore en munissant les sujets étudiés d'un moniteur
«spécifique» de ce polluant. De tels moniteurs personnels miniaturi- sés, très fiables, ont été développés au cours des dix dernières années, notamment pour le CO et les particules respirables (capables d'attein- dre la partie non ciliée du poumon, caractérisées par un diamètre inférieur à 10 µm) (3, 5).
t
économiser l'énergie, et l'emploi toujours croissant de sub- stances chimiques· synthétiques dans l'environnement inté- rieur, ont fait apparaître un nouveau phénomène: le syn- drome du «bâtiment nosogène » (the
«
sick building» syn- drome). Dans certains de ces bâtiments, souvent destinés à des bureaux, une majorité des employés se plaignent de symptô- mes non spécifiques (étourdissements, nausées, céphalées, fatigue, irrégularités menstruelles, etc.) qui peuvent suhsister longtemps (quelques mois, voire des années) sans qu'aucun polluant ne dépasse à l'intérieur les nonnes admises pour l'hy- giène industrielle; par contre, la pollution intérieure est sou- vent nettement supérieure à celle constatée à l'extérieur• (2).Quant au bruit à l'intérieur des habitations, il représente pour leurs résidents une gêne importante qui a été relative- ment peu étudiée par rapport à celle provoquée par les bruits provenant de l'extérieur (circulation routière, navigation aérienne, etc.). Ce sont les bruits d'équipements (ou autres) venant des appartements voisins et des parties communes qui semblent poser le plus de problèmes (6, 7).
Ici, nous examinerons brièvement quelques-uns des pol- luants intérieurs qui pourraient constituer des facteurs de ris- que pour la santé ou le bien-être de l'homme dans son habita- tion.
2. Principaux polluants à l'intérieur des bâtiments
Les polluants les plus importants provenant de l'extérieur sont les suivants: SO,, particules en suspension, CO, NOx et 03 • Dans les locaux à aération ou ventilation normales (renouvellement de l'air une fois par heure au minimum), la concentration moyenne journalière de CO (produit peu réac- tif) sera voisine de celle à l'extérieur, alors que celle de 0, (produit très réactif: oxydant énergique) y sera plus faible qu'à l'extérieur. Les concentrations en S02 (et en particules en suspension) seront aussi plus faibles à l'intérieur qu'à l'exté- rieur car S02 est adsorbé (en partie) par les murs. Les effets de ces polluants ayant été déjà longuement décrits (8), nous n'en discuterons ici que dans la mesure où ces polluants qui sont émis aussi à l'intérieur des habitations, peuvent s'y trou- ver à des concentrations supérieures qu'à l'extérieur.
Dans le tableau 1, nous indiquons les principaux polluants émis à l'intérieur pouvant présenter un risque pour la santé, leurs sources, les concentrations mesurées dans divers types de locaux, ainsi que leurs effets. Nous n'avons fait figurer dans le tableau ni 0,, car ses quelques sources intérieures (machines à photocopier, purificateurs d'air électrostatiques) sont relati- vement peu répandues, ni les nitrosamines (cancérigènes) dont il sera fait mention plus loin (2.6.). Par contre, nous dis- cuterons ici avec un peu plus de détails les effets des polluants suivants: NO,, radon et ses filles, formaldéhyde, amiante et autres fibres minérales ou synthétiques, agents biologiques pathogènes véhiculés par l'air, fumée de tabac.
' Les normes d'hygiène industrielle sont établies pour sauvegarder la santé des ouvriers en tenant compte d'une durée d'exposition de 40 h par semaine. Or dans les habitations (où on passe davantage de temps) ainsi que dans les bureaux, on trouve aussi des personnes appartenant aux groupes les plus sensibles de la population; il s'ensuit qu'il est nécessaire d'y appliquer des normes plus sévères que pour un milieu industriel.
-8-
Tableau 1. Principaux polluants intérieurs présentant des risques pour la santé.
1 1
1 Polluants 1 Sources Concentrations mesurées Locaux Effets 1
1 I _ _ _ _ _ __ _ _ __ _ - - - - -- -_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ !
J J Appareils à combustion (chauffa- 2, 5-1 OO ppm 1 Habitations, bars, IAsphyxi ant, réduisant les fonctions céré-1 1 CO lge, cuisson aliments), fumée de (moyennes: 3, 1-7,8) !bureaux, autos, cen-lbrales. Réduction du transport d'oxygène 1
1 !ta.bac, activité métabolique Jtres sportifs Jpar formation de carboxyhémoglobine 1
I
J !Combustion, cuisinières à gaz, !Habitations (cuisi-
i
Irritant des voies respiratoires, chez!
N02 fumée de tabac 0,005-0,317 ppm Ines), centres spor-
1
11es enfants en particulier
j
1 ltifs
1 1 1 1
, - - - , 1 1 1
1
Parti cul es respirab l esa 1 Combustion, cuisson aliments, fu-1 1 Habitations, restau-1 Irritants (voies respiratoires) et por- 1 (présence fumeurs) lmée de tabac, sprays 100-700 µg/m3 rants, centres spor-lteurs d'éléments toxiques
1 1 !tifs 1 1
1 1 1 1 1 1
1 1 1 1 1
l
1 Parti cul es en suspen- 1 Combustion, systèmes de chauffa-1 1 Habitations, bu- 1
lsion (absence fumeurs) Jge, resuspension 20-80 µg/m3
lreaux, transports, Irritants et porteurs d'éléments toxiquesj 1
1 1
1 1 restaurants
1 1 1
1 1 ---~I 1 1
1 Radon et filles 1 Sol, eaux de puits, gaz naturel, O, 1-25 nCi /m3
1 Habitations et au- 1 Risque accru de cancer du poumon 1
1 !matériaux de construction (moyenne: 1,0) Jtres bâtiments 1 1
1
1 1 1 1
!Panneaux de partfeulesb, liants,
l
!Irritant (yeux, appareil respiratoire, 11 Formaldéhyde (HCHO) illlatl'!riaux d'isolation (mousses 0,05-8,00 ppm !Habitations, bureauxJpeau), allergène et probablement cancéri-
1 Jurêe-fonnol), cuisson aliments, (moyenne: 0, l-1,0) 1 lgêne
j
1 Jpur1ficateurs d'air 1 1
1 1 1 1 1
1 1 1 1 1
!Amiante et autres fi- !Matériaux d'isolation, textiles, 0-100 ng/m3 !Habitations, bu- !Amiante: pneumoconiose et cancer du pou- 1 jbres minérales ou syn- ltapis, panneaux de revl!tement reaux, écoles !mon; autres fibres: irritants, surtout del
!
thétiques 1 (0-2 K 104 f1bres/m3Je 1 1 lla peau 1 1 11 1 - - - , 1 1
1 Solvants et autres pro-1 Ignifugeants, adhésifs, résines, 1 Habitations, restau- jirritants (voies respiratoires); cancéri -1
1 duits organiques 1 pesticides, sprays, cuisson al i - 1 rants, bureaux, hô- J gènes (benzène par exemple) 1
1 1 ments 1 pi taux 1
1 1 1 1
1 1 1 1
1-- - -- - - ,
!Microbes, champignons, !Humains et animaux (toux, éter- 1 !Habitations, écoles, !Transmission de certaines maladies (grip-1
!moisissures, "or9anis- 1nuements), systèmes de condition- !bureaux, hôtels, lpe, etc.), allergies, maladie des légion-!
jmes viables" nement d'air, meubles, toilettes !établissements pu- lna1res, etc. 1
1 1 (à chasse d'eau), humidificateurs 1 1 b l ics, transports 1 1
1 1 1 1 1 1
1 1 1 1 1 1
1 !Combustion, respiration (hommes 1 !Habitations, écoles,,Stress métabolique (dès 1-1,5% de co 2J; 1
1 co
2 let animaux) 1 0,04-0,9% !bureaux, bibliothè- état d'inconscience en quelques 1
1 1 1 lques, sous-marins !minutes (dès 7-10%) 1
1 1 1 1 1 1
1 1
1 a Voir fin de la note 3. b Voir note 5. c Concentrations en ami ante au cours d'activités normal es dans les locaux. j
1 1
2.1. Dioxyde d'azote N02
Plusieurs études ont montré que dans les maisons dotées de cuisinières à gaz (ou d'appareils de chauffage à gaz), les con- centrations en N02 étaient nettement supérieures à celles des maisons équipées de cuisinières électriques. Pour les premiè- res, la moyenne annuelle pouvait atteindre le double de celle du N02 atmosphérique (extérieur) avec des pointes pouvant atteindre dans les cuisines (pendant la cuisson des aliments) 1880 µg/m' (1,0 ppm), alors que pour les secondes cette moyenne était même inférieure à celle du N02 atmosphérique (3, 9).
Plusieurs enquêtes épidémiologiques ont fait ressortir une fréquence plus grande des maladies des voies respiratoires chez les enfants en dessous de 12 ans habitant des maisons à cuisinières à gaz que chez ceux logeant dans des maisons avec des cuisinières électriques (10).
Rappelons en outre que des expériences de laboratoire sur l'animal ont montré que N02 augmentait la susceptibilité aux infections ainsi que la vitesse de formation de métastases (11).
2.2. Radon et ses filles
Le radon (famille du radium) et certaines de ses filles (pro- duits de sa décomposition spontanée) sont radioactifs et sont
émis par le sol (en-dessous ou autour des bâtiments) ou par des matériaux de construction minéraux (béton, etc.). L'expo- sition à ces produits radioactifs naturels (émetteurs a) consti- tue un facteur très important dans la survenue du cancer du poumon chez les ouvriers des mines d'uranium (3, 4). Dans des bâtiments mal aérés (faible taux de ventilation), la con- centration de ces produits radioactifs peut atteindre le double, voire un multiple de leur concentration atmosphérique nor- male, ce qui revient à présenter un risque accru de cancer du poumon pour les occupants de tels bâtiments (2). De plus, leur action conjuguée possible avec la fumée de cigarettes (dont certaines particules peuvent être radioactives) doit aussi être prise en considération (4).
2.3. Formaldéhyde HCHO
Plusieurs études en milieu industriel suggèrent une aug- mentation de la fréquence des cancers des cavités buccale et nasale, du pharynx, du foie et du poumon, chez des ouvriers exposés au formaldéhyde (4). Il provoque aussi le cancer (naso-buccal) chez plusieurs espèces de rongeurs à partir de concentrations de l'ordre de 5 ppm (3).
Sa concentration est souvent supérieure à l'intérieur des habitations qu'à l'extérieur. Comme le montre le tableau, les
sources principales intérieures sont les matériaux d'isolation (mousses urée-formol actuellement interdites aux USA), les résines utilisées dans les panneaux de particules 5 et les contre-plaqués, les cuisinières à gaz et la cuisson des aliments, ainsi que la fumée de tabac.
Aux concentrations que l'on a trouvées dans diverses habi- tations, il peut provoquer une irritation des yeux (déjà à des concentrations de 24 µg/m') et des voies respiratoires, des nausées, des étourdissements, des saignements du nez, etc. (12).
Une étude française récente (13) montre bien que la con- centration moyenne en aldéhydes est à l'intérieur très nette- ment plus grande qu'à l'extérieur, soit de 3, 1 à 20 fois supé- rieure dans les cuisines et de 3,0 à 12 fois plus élevée dans les autres pièces.
2.4. Amiante et autres fibres minérales ou synthétiques On sait que l'exposition aux fibres d'amiante, qui a lieu particulièrement en milieu industriel, peut provoquer chez l'homme le cancer du poumon, des mésothéliomes ainsi que fasbestose (pneumoconiose) (14). Dans les bâtiments, la con- centration d'amiante dans l'air dépend de la cohésion du matériel émetteur ainsi que des forces perturbatrices (activités à l'intérieur du local). En Suisse, on examine actuellement un millier de tels bâtiments, dont certains matériaux (d'isolation et autres) contiennent de l'amiante, qui présenteraient un danger potentiel pour la santé de leurs occupants; parmi ces bâtiments se trouvent de nombreuses écoles.
D'autres fibres minérales ou synthétiques (par exemple fibres de verre) semblent présenter moins de dangers que l'amiante en ce qui concerne l'appareil respiratoire (fibres trop longues pour arriver jusqu'au poumon?) mais peuvent provoquer des irritations de la peau (4).
2.5. Agents biologiques pathogènes dans l'air
Le diamètre des virus est inférieur à 1 µm, celui des bacté- ries est généralement compris entre 1 et 2 µm, alors que celui d.es spores de moisissures peut atteindre 3 à 50 µm (ou davan- tage). Ainsi, la plupart de ces aérosols biologiquement actifs se trouvent dans la catégorie des particules respirables 6• Dans l'environnement intérieur un grand nombre de ces micro- organismes peuvent transmettre par voie aérienne des mala- dies infectieuses telles que la grippe, la maladie des légionnai- res, la tuberculose, la rougeole, les oreillons et la varicelle, ou encore provoquer des allergies.
De tels micro-organismes pathogènes peuvent se concentrer dans les conditionneurs d'air et les humidificateurs à vapeur froide, et être émis ensuite dans l'environnement intérieur sous forme d'aérosols.
Si tous les aspects, particulièrement quantitatifs, relatifs aux sources spécifiques de ces organismes pathogènes ne sont pas entièrement connus, il est néanmoins vraisemblable que les concentrations maximales et les temps de demi-vie de ces aérosols soient, ù l'intérieur des hubilulions, inversement pro- portionnels au Laux d'aération du bâtiment (2).
2.6. Fumée de tabac
Aux Etats-Unis un adulte sur trois fume des cigarettes. Cha- que fumeur consomme en moyenne 32 cigarettes par jour, en
' Les panneaux de particules sont des matériaux en plaques fabri- qués sous pression essentiellement à partir de particules de bois (petits fragments) et/ou d'autres matières ligno-cellulosiques fibreuses (par exemple copeaux, sciures, etc.) avec ou sans apport de liants (les liants hydrauliques étant exclus).
' Voir fin de la note 3.
dégageant dans l'environnement 65 000 µg de particules respi- rables' par heure (2). La fumée de tabac (2000 à 3000 consti- tuants) contient en outre du CO, du NO,, des nitrosamines (p. ex. la dillléthylnitrosamine) et d'autres cancérigènes dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des irritants comportant des aldéhydes (formaldéhyde, acétaldéhyde), etc.
Le tabac occupe une place importante parmi les cancérigè- nes indiscutés (cancers du poumon, du larynx, de l'œsophage, de l'estomac, des lèvres, de la langue, etc.) et favorise la surve- nue des cancers chez les travailleurs exposés à l'amiante et aux produits radioactifs (uranium, etc.). Tout en étant prépon- dérant chez les fumeurs «fumeurs actifs», quelques études suggèrent que ce risque existe aussi chez les non fumeurs
«fumeurs passifs» exposés à la fumée de tabac au travail, à la maison (conjoint ou parents fumeurs), dans les moyens de transport, les établissements publics, etc. (15).
Ici, nous examinerons les effets de la fumée de tabac, dans l'environnement intérieur, sur les non fumeurs. Plusieurs étu- des ont montré que plus de la moitié des adultes non fumeurs, exposés à la fumée de tabac, se plaignaient d'effets symptoma- tiques: irritation des yeux, du nez et de la gorge, maux de tête et nausées, avec des effets plus graves chez les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires ou respiratoires (2).
Dans certains pays, il est interdit de fumer dans les établisse- ments publics; dans d'autres, on exige des compartiments spé- ciaux pour non fumeurs dans les moyens de transport, les restaurants, etc.
D'autres études ont fait ressortir une fréquence plus grande des maladies des voies respiratoires chez des enfants de parents fumeurs ou dont la mère avait fumé pendant la gros- sesse, par rapport à des enfants de parents non fumeurs (1, 16).
Enfin, deux enquêtes épidémiologiques, l'une au Japon sur 91540 femmes non fumeuses suivies pendant 14 ans (17), et l'autre en Grèce sur 51 femmes également non fumeuses atteintes du cancer du poumon (18), ont montré un taux plus élevé (statistiquement significatif) de cancer du poumon chez les non fumeuses mariées à des fumeurs que chez celles mariées à des non fumeurs. Une aulre enqut:Le aux USA por- tant sur 176 379 femmes non fumeuses n'a pas confirmé les résultats précédents (19), mais l'auteur n'a pas tenu compte de l'exposition des non fumeuses mariées à des non fumeurs à la fumée de tabac au travail; si on introduit ce dernier paramè- tre dans les calculs, on arrive à des résultats proches de ceux du Japon (20).
La fumée de tabac constitue donc un problème pour les non fumeurs également; là aussi, le taux d'aération des locaux semble jouer un rôle important.
3. Bruits à l'intérieur des bâtiments
Dans les pays industriels, le bruit est la nuisance à domicile la plus fortement ressentie. Si les bruits des moyens de trans- port et notamment de la circulation routière sont souvent cités comme source de gêne pour la population, il en va de même des bruits émis à l'intérieur soit dans les parties communes 7, soit dans les appartements voisins 8 (6, 7). Il est donc néces-
7 Les bruits des parties communes peuvent provenir de la ventila- tion mécanique contrôlée, de l'ascenseur (portes et moteur), du grin- cement de portes, de pas dans les escaliers collectifs, etc.
' Les bruits des appartements voisins peuvent provenir d'équipe- ments (douche, chasse d'eau, vibrations dans les canalisations d'eau) ou d'aspirateurs, de radios, de télévisions, de pas à l'étage supérieur, de la toux, etc.
-10-
saire d'assurer une isolation phonique correcte contre les bruits non.seulement extérieurs mais aussi intérieurs (notam- ment entre les appartements). Certains pays ont déjà légiféré à ce sujet (France par exemple9), tandis qu'en Suisse l'ordon- nance fédérale relative à l'isolation phonique des habitations est en préparation et entrera probablement en vigueur au cours de l'an prochain. Auparavant, en vue de l'isolement aux bruits aériens, les parois de séparation de logements étaient constituées de parois lourdes, alors qu'actuellement on utilise également des parois multiples légères ayant des caractéristi- ques acoustiques très différentes de celles des parois lourdes et qui, pour une même isolation acoustique globale, pourraient ne pas procurer aux habitants un égal degré de confort (21).
Il faudrait aussi que ces parois légères ne posassent pas de problèmes d'un point de vue toxicologique.
Comme pour la pollution de l'air, il est nécessaire d'évaluer l'énergie acoustique globale à laquelle est soumis l'homme (sur une période donnée, par exemple 24 h) vu son exposition multiple au bruit (au travail, à l'extérieur, à domicile, dans les moyens de transport, etc.), ce qui pourrait se faire à l'aide d'un dosimètre. Ceci permettrait de mieux comprendre les effets du bruit, ce qu'illustre bien une enquête menée en Cali- fornie dans des écoles primaires exposées au bruit de la circu- lation routière, ce qui occasionne chez de nombreux élèves des difficultés de lecture. Parmi ces élèves, ceux qui habitent des quartiers calmes ont moins de difficultés que ceux qui résident dans des quartiers bruyants (22).
4. Conclusion
Cet exposé montre clairement la nécessité d'évaluer la charge polluante totale (chimique ou physique) à laquelle est soumis l'homme, du fait de son exposition à divers micro- environnements et sources de pollution, afin que cette charge ne dépasse pas la capacité de détoxication de l'organisme 10 (2).
Il est donc indispensable de fixer des normes très sévères relatives à la qualité de l'air et au confort acoustique à l'inté- rieur des habitations, et cela pour tenir également compte de la-synergie éventuelle entre les polluants atmosphériques pro- venant de l'extérieur avec certains polluants émis à l'intérieur.
Plusieurs pays ont commencé à légiférer en la matière (Suède, Danemark, Pays-Bas, RFA) mais l'essentiel reste encore à faire dans ce domaine.
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'En France, 50% des personnes ne sont pas satisfaites de l'isolation phonique entre les appartements.
10 Au-delà du seuil que constitue cette capacité se déclenche, parti- culièrement chez les personnes les plus sensibles, ce qu'on appelle le
«syndrome d'inadaptation à l'environnement»: un ensemble de manifestations morbides non infectieuses touchant les muscles lisses, les muqueuses et le collagène des systèmes respiratoire, gastro-intesti- nal et vasculaire, présentant une multitude de symptômes, et que l'on a souvent confondu avec l'hypocondrie.
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Adresse des auteurs: Centre universitaire d'écologie humaine et des sciences de l'environnement, Université de Genève, 1211 Genève 4.