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Le bien et le mal, éternelle question…

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Éditorial

2 l’actualité chimique - février 2016 - n° 404

Le bien et le mal, éternelle question…

L

e bien et le mal, le vrai et le faux, le yin et le yang, et plus récemment la Force et son côté obscur alimentent depuis des millénaires les mythes et les contes de l’hu- manité. La « transgression » en est un élément qui a retrou- vé une nouvelle jeunesse malgré Descartes et les Lumières.

En quoi la chimie est-elle concernée ?

Le consensus simplificateur qui fait de la chimie le Satan, le diable moderne, nous y avons été et y sommes régulière- ment confrontés, malgré les multiples études qui en démon- trent l’inanité, au moins comme cause première de la

«  dégradation  » de notre environnement et ses répercus- sions sur notre santé, et notre droit absolu à vivre de plus en plus vieux. Nos fautes ? La pollution, les nanos, les per- turbateurs endocriniens, voire les OGM ou le climat… et maintenant l’épigénétique qui impacte le futur fœtus dès la première division cellulaire.

Et pourtant, notre espérance de vie ne cesse d’augmenter, sans accroissement important de la morbidité (The Lancet, déc. 2014) : en France, elle est de 85 ans pour les femmes et de 78 ans pour les hommes, soit un gain de 4,6 ans entre 1990 et 2013. Au niveau mondial, cette espérance atteignait respectivement 74,3 et 68,8 ans en 2013. La diminution – minime – observée entre 2014 et 2015 relève de phéno- mènes conjoncturels.

Le Diable, c’est bien connu, est un séducteur, qui fait croire au bon peuple que les acquis de la science en termes de bien-être, de santé, d’alimentation ne sont en fait que des leurres et que nous paierons cher (un jour) notre aveugle- ment.

Notre société d’abondance et de loisirs –  soixante-dix ans sans guerre sur notre sol – entraîne depuis le milieu du XXe

siècle une dérive où chaque individu se définit lui-même comme la seule mesure du bien et du mal, et en conséquen- ce se sent tenu de la proclamer et d’exiger l’adhésion des autres individus qui se pensent, évidemment, tout aussi légitimes que le premier à transmettre ses convictions.

Dogmatisme, novlangue, terrorisme intellectuel, tout est là pour que chacun s’affirme comme dépositaire d’une connais- sance « intuitive », et d’autant plus intangible, qu’il défendra bec et ongles. Pratiquer le doute et l’esprit critique, confron- ter certitudes et réalités, d’autant plus qu’elles relèvent d’une forme de mythe individuel confortable lorsque partagé par le plus grand nombre, exige une indéniable force d’âme.

Comme le chantait Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité doit être exécuté. »

Nous n’en sommes pas (?) à la chasse aux sorcières, mais la question est-elle si incongrue ? Les groupuscules autoprocla- més détenteurs de la Vérité qui – comptables de l’intérêt géné- ral, de la sauvegarde de la planète et de l’humanité – doivent l’imposer comme le rejet de toutes analyses critiques, légi- times dans leur principe et souvent bien documentées, la dramatisation de phénomènes, pourtant complexes, dont l’Homme et son industrie seraient les seuls responsables, se multiplient et sont porteurs de postures agressives, quasi religieuses, en tout cas exemptes d’humour et de distance.

Ces nouveaux croisés, quelle que soit leur obédience, doivent prêcher et entraîner les foules, même au prix de dérives fai- sant fi du libre arbitre et du droit des autres à penser par eux- mêmes.

Mais le monde n’est pas si triste et nous restons optimistes, espérant que l’année 2016 sera moins irrationnelle et plus œcuménique que la précédente. Je crois fermement que les travaux de la COP 21, et que le rôle positif de la chimie pour contrer les dérives climatiques –  rôle souligné par nombre de ses participants –, se traduiront par une véritable prise de conscience, générale cette fois, des responsabilités de chacun.

Espérons aussi que nos collègues industriels, qu’il s’agisse de la production d’articles et même plus simplement de publi- cité, seront plus actifs, comme le sont ceux de nos labora- toires, groupements divers, institutionnels ou non, que je remercie très vivement pour leur fidélité. Le réseau des jeunes chimistes de la Société Chimique de France (moins de 35 ans), très actifs en France comme à l’international, et dont nous accueillons toujours avec plaisir les contributions, est le signe de la vitalité de la chimie, merci tout particulière- ment à eux.

Et merci à tous ceux et celles qui ont à cœur de défendre la chimie, de faire vivre L’Actualité Chimique, la revue de la Société Chimique de France, et votre revue à tous, chers lecteurs.

Rose Agnès Jacquesy Rédactrice en chef

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