ÉTUDE D’UN GÈNE DE NANISME LIÉ AU SEXE CHEZ LA POULE
I. — DESCRIPTION SOMMAIRE ET PERFORMANCES
P. MÉRAT
G. COQUERELLE
Station centrale de Génétique animale,
Centre national de Recherches zootechniques, 78 - Jouy-en-Josa"
Institut national de la Recherche agronomique
SOMMAIRE
Un gène récessif lié au sexe, réduisant la taille, a été trouvé dans e troupeau expérimental
de Jouy-en-Josas. Ses effets phénotypiques (conformation et performances) sont très semblables à ceux du gène dw découvert par HUTT(1959) : taille réduite de 30 p. 100 environ chez les poules,
de 40 p. 100 chez les coqs, os longs raccourcis, nombre d’œufs et poids des oeufs diminués de l’ordre de 10 p. 100. D’autre part, il existe dans nos conditions une corrélation positive notable
entre poids corporel et nombre d’oeufs pondus.
INTRODUCTION
Un
gène
de nanisme récessif lié au sexe a été découvert par HUTT(1953, =959)!
D’après
cet auteur, cegène,
desymbole dw,
ralentit la croissance et réduit lepoids
adulte d’environ 40 p. 100chez les coqs et de 30 p. ioo chez lespoules.
Lavitalité,
l’éclosion et la fertilité sont aussi bonnes que chez lespoules
« normales »mais la
ponte
est d’environ 10 p. ioo inférieure. Lepoids
des oeufs n’est diminué que de 5 à 6 grammes : lespoules
nainespondent
donc de gros oeufsproportion-
nellement à leur taille. BÈRNIER et ARSCOTT
(ig6o)
confirment cesrésultats,
sur des
poules
naines et normales en cages, en cequi
concerne laponte;
ilsremarquent
que les naines consomment moins d’aliment pour un mêmepoids
d’oeufs
pondus,
etqu’elles pondent
des oeufs àcoquille plus
mince que leurs soeurs normales.Un
gène,
dont les manifestations sont tout à faitsemblables,
nous est apparu àJouy, probablement
à la suite d’une mutation. Nous en avons fait l’étude sur un nombre relativement réduit d’animaux nains audépart.
MATÉRIEL
ETRÉSULTATS
i. -
Origine et proportions
mendéliennesDans la souche «
Jouy
» de notretroupeau,
auprintemps
1959, la descendancepedigree d’un
coq(numéroté
Pâio)
acomporté
une certaineproportion
de fillesà
pattes
courtes, et de taille adulte réduite parrapport
à la moyenne dutroupeau,
voisine de 2 200grammes. Toutes ne furent pas identifiées dèsl’âge
de IOsemaines,
et certaines durent vraisemblablement être éliminées alors. Par
contre,
à 16
semaines,
la différence entre « naines » et « normales » était évidente.Sur l’ensemble des
éclosions,
aucun coq « nain » n’a été trouvé dans la des- cendance du coq E 10.Au
printemps ig6o,
lespoules
naines survivantes ont étéaccouplées,
enpedigree,
à leurs demi-frères. Sur les 7 coqs ainsiaccouplés,
3 n’ont donné que des descendants « normaux» (au
total ioi JJ et8 5 Y
vivants à 16sem).
Pourles
autres,
les nombres d’enfants nains et normaux au mêmeâge
sont les suivants(tabl. i).
Le
total,
sur les 2 sexesgroupés,
de 75 nains/8 9
normaux ne s’écarte passignificativement
de laproportion 1/1 ( X 2
=1 , 195 ).
Les deux années
suivantes,
2 coqs dephénotype normal, présumés hétérozy- gotes,
ont étéaccouplés
à despoules
normales. Tous les descendants mâles( 9 8
àio
sem.)
étaient normaux, alors que l’oncomptait, parmi
les filles à 16semaines,
32 normales et 34 naines.
Tous ces résultats s’accordent avec
l’hypothèse
del’hétérozygotie
du coq initial(en 1959 )
pour ungène
récessif lié au sexe réduisant lataille,
les mèresétant
hémizygotes
pour l’allèle « normal ». La ressemblance des animaux obtenusavec la
description
et lesphotographies publiées
par Hu’rT est très nette.Ultérieurement,
de nombreux autresaccouplements
faits audomaine
duMagneraud,
notamment entre ôô et YYnains,
et entre 33 nains et ?Ynormales,
ont confirmé
l’interprétation
ci-dessus.2
. -
Description
sommaire. MensurationsLes
porteurs
dugène
mutant neprésentent
pas dedisproportions marquées
dans leur conformation.
Cependant,
un examen détaillé nous a révélé des diffé-rences entre animaux «
nains
» et « normaux » pour celle-ci : le tableau 2lesexprime, d’après
des mensurations faites sur des échantillons d’animaux vivants de diversâges
pour la souche «Jouy
», ainsi que sur despoules
d’une souche « lourde » où le mêmegène
avait été introduit.Ces quelques mensurations, quoique
moinsprécises
que si elles étaientprises
directement sur le
squelette,
suffisent àindiquer
que la réduction de taille ne sefait pas dans la même
proportion
pour différentesparties
du corps : leslongueurs
des
pattes
et des ailes sont lesplus
fortementréduites,
suivies par latête;
le bréchetest relativement peu
diminué,
moins que la colonnevertébrale,
à enjuger
par lalongueur
du dos( 1 ).
L’angle
depoitrine
est très voisin pour les deux groupescomparés.
Ces différences avec les animaux « normaux » dans les
proportions
du corpsexpliquent
vraisemblablement leport
et la démarcheparticuliers
de nos « naines ».Ces dernières
semblent,
en outre, avoir des articulationsplus
saillantes que les« normales », et les
doigts légèrement
déformés. La taille des barbillons est réduite(de
l’ordre de 20%).
Lesplumes
descendentdavantage
vers les tarses, etl’aspect général
duplumage
sembleplus
brillant.Les variances et coefficients de variation ne diffèrent pas
systématiquement, apparemment,&dquo;
pour ces différentscaractères,
entrepoules
naines et normales.3
. -
Performances a)
Poidscor!orel et poids
desoeufs.
Le
poids
adulte est réduit d’un peuplus
de 30 p. ioo chez les e et d’environ 40p. ioo chez les 33, comme
l’indique
le tableau 2. Ces valeurs sont voisines de celles de HUTT. Demême,
la réduction dupoids
des oeufsapparaît
moinsimpor-
tante que celle du
poids corporel :
lepoids
moyen desoeufs,
sur 28poules
nainesd’un an, en mars
ig6o,
était de4 8, 4
g sur 128 oeufs au total. Un échantillon d’oeufs de 25poules normales, d’origine voisine, pesait 5 6
grammes. Les annéessuivantes,
les
poids
d’oeufs à io moisd’âge
pour 32poules
normales et3 8
naines étaient de 49,9 et 45 grammes. ’b) Fertilité, éclosion,
mortalité.!
La mortalité
n’apparaît
pas sensiblement différente pour naines etnormales,
mais lepetit
nombre de nainesgardées
et leur relativeconsanguinité
ne per- mettent de donnerqu’une
indication. Il en est de même du tauxd’éclosion, proche
de la moyenne du
troupeau,
pour les nainesayant reproduit ( 73 , 5 %
sur les oeufs mis enincubation).
c)
Nombred’oeufs.
Pour les naines nées au
printemps :19 59 ,
l’entrée enponte
a été notablementplus tardive,
et laponte jusque
fin décembre inférieure à celle de leurs soeurs ou demi-soeursnormales,
mais les unes et les autres étaientmélangées
enpoulaillers,
ce
qui
a pudésavantager
lespremières
du fait de leurpetite
taille.Il en est de même des années
suivantes, où,
de toutesfaçons,
les effectifs sonttrop
faibles pour une évaluationprécise
de la différence entre les deuxgéno- types.
Ilsemble, néanmoins,
quel’âge
aupremier
oeuf desnaines,
sur cesdonnées,
diffère peu de la moyenne du
troupeau.
I,a meilleure évaluation
comparative
que l’onpeut
tirer de notrecheptel correspond
à lapériode pedigree
duprintemps ig6o : 3 8
naines nées en 1959,âgées
de 10 à 12mois,
étaient mises enpoulaillers pedigree.
Dans d’autres pou- laillerscomparables
se trouvaient io2poules
« normales » de mêmeâge
etorigi-
naires du même
troupeau.
Pendant lapériode
allant du 18-1 au6- 3 ,
les nombresd’oeufs
pondus
par les naines et les normales furent les suivants :Pendant cette
période,
les naines ne semblent avoir étédésavantagées
enaucune
façon
par lapossibilité
d’accès auxmangeoires
ouabreuvoirs,
et le pour-centage
d’oeufspondus
à terre etéchappant
au contrôle étaitidentique
chez lesnaines et les
normales (inférieur
à 3%).
En
particulier,
lalongueur
moyenne des séries deponte
était de 2,01jours
pour les naines et de
3 , 3 8 jours
pour les normales. Il est à noterqu’aucune
sériedes
premières
nedépasse
iojours,
contre 28 pour les dernières.Ces données sont
analogues
à celles de HUTT( 1959 )
et de BERNIER etA R
scoTT
(ig6o), qui indiquent
une intensité deponte
sensiblement inférieure associée augène
dw.d)
Relation entreponte
etpoids corporel.
Sur 2g naines nées au
printemps
1959 etayant reproduit
enig6o,
les coef-ficients de corrélation suivants ont été
trouvés,
entrepoids corporel
àl’âge
dei an,
poids
moyen des oeufs en mars et nombre d’oeufspondus
enpoulaillers pedigree (période
du 18-1 au6-5) :
1On en déduit les coefficients de corrélation
partielle
entreponte (z)
etpoids
adulte
(y)
d’unepart,
entreponte
etpoids
des oeufs(x)
d’autrepart :
YZ )’,
x = +
0,526 (P
<O,OOI).
Y zx
,y
= + 0,030(non significativement
différent deo).
Pour cet échantillon de
naines,
l’intensité deponte pendant
lapériode
consi-dérée est donc liée assez fortement au
poids
du corps, sans aucune influence décelable dupoids
des oeufs. Cespoules,
enpoulaillers pedigree
àl’époque,
n’avaientpas à soutenir de «
compétition
sociale » avec des animaux de taille « normale », sauf éventuellement leurconjoint
mâle.Par
comparaison,
sur 54poules
normalesd’origine analogue placées
dansles mêmes
conditions,
la corrélationsimple
entre nombre d’oeufs etpoids corporel
est
égale
à+
0,073(non significativement
différent deo).
r
( 1
) la signification des coefficients de corrélation est évaluée à partir de la variable t
= —==rr VI - r2r2
VN — 2!
à N - 2degrés de liberté, r étant la valeur trouvée pour le coefficient de corrélation et N l’effec- tif de 1 échantillon.Plus
spécialement,
sur les mêmesnaines,
lalongueur
moyenne des sériespendant
la mêmepériode
est en liaisonpositive
avec lepoids (r
= + 0,44,P < o,oi).
D’autre
part,
les coefficients de corrélationsuivants,
concernantpoids
ducorps et
ponte,
ont été trouvés sur d’autres échantillons depoules
naines :DISCUSSION ET CONCLUSIONS
Comme nous l’avons noté au passage
plusieurs fois,
il est clair que, dansl’ensemble,
nous retrouvons lescaractéristiques
antérieurementsignalées
commeliées à l’allèle dw.
Le coq
hétérozygote qui
est àl’origine
de nos naines faisaitpartie
d’un trou-peau
reproduit
sansapports
extérieursdepuis
5 ans. Legène
mutant ne devaitpas être
présent
lors de la fondation de cettepopulation,
car saprésence
auraiteu peu de chances de passer
inaperçue :
selon toutevraisemblance,
il est apparu par la suite. Il estpossible
que le locuscorrespondant
ait un taux de mutationqui
ne soit pasnégligeable,
car des « naines » du mêmetype
ont étésignalées
dans divers
troupeaux,
notamment auxÉtats-Unis (BERNIER,
communicationpersonnelle) .
Nos mensurations montrent que la conformation des « naines »
comporte,
non seulement une réduction des extrémités
(squelette
des membres ettête),
mais aussi une modification de la forme du tronc, le bréchet
paraissant
moinsréduit que le
squelette
vertébral.Un
point
intéressant concerne l’intensité deponte. L’utilisation
depondeuses
porteuses
dugène
dw a étéenvisagée,
du fait de leur consommation alimentaire moindre pour le mêmepoids
d’oeufsproduit (B ERNI E R
etAxsco2!r, ig6o).
Néan-moins,
dans les conditions courantes, le nombre d’oeufspondus
par les « naines » est de l’ordre de io p. ioo inférieur à celui des « normales ». La relation que noustrouvons avec le
poids
montre que, dans nosconditions,
les « naines » lesplus
lourdes avaient la meilleure
ponte.
Il ne semble pasqu’il s’agisse uniquement
de
phénomènes
« sociaux », où les naines deplus grande
taille seraient moinsdésavantagées
au contact d’animaux « normaux ». De toutefaçon,
les corré- lations que nous obtenons sontlargement supérieures
à celles courammentobservées chez des
poules
« normales» (cf. H UTT , 1949 ).
Ilpourrait
donc y avoirintérêt à ne pas donner un format
trop petit
auxpondeuses
« naines» qui
seraientéventuellement utilisées comme
productrices
d’aeufs.Concernant
l’aspect
nutritionnel de laproduction
d’oeufs desnaines,
les résultats d’uneexpérience séparée,
surpoules
en cages, sontprésentées
dans unautre article
(P POD ’ H ommn
etMÉ RA T,
souspresse).
Reçu pour publicatton en mai i968.
SUMMARY
STUDIES ON A SEX-LINKED &dquo;
DWARF &dquo;
GENE IN THE FOWL
I. SHORT DESCRIPTION AND PERFORMANCES
A sex-linked recessive gene reducing size was found in the experimental poultry flock at Jouy-en-Josas. Its phenotypical effects are very similar to those of the dw gene discovered by HUTT(1959) : reduction of about 30 percent in adult weight for females, 40 percent for males, shortening of long bones (especially tarso-metatarsus), egg number and egg weight about 10 per- cent lower; fertility, hatchability and viability apparently normal.
In our data, the mean clutch size is very significantly reduced for dwarf hens compared to their normal sisters.
On the other hand, there is for our dwarfs an appreciable positive phenotypic correlation between adult body weight and number of eggs laid, varying from + .21 to -! .56 (P < .001) according to the sample considered. In parallel, a highly significant positive correlation is found between average clutch size and body size. These correlations are not observed among the &dquo; normal &dquo; sisters.
The partial correlation between egg number and body weight with fixed egg weight remains highly significant. Conversely, the partial correlation egg number — egg weight with fixed
body size is not significant in the same samples of dwarf hens.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
BE!Ex P. E., ARSCOTT G. H., 1960. Relative efficiency of sexlinked dwarf layers and their normal sisters. Yoult. Sci., 39, 5, 1234-1235.
HUTT F. B., 1949. Genetics of tlae /o!/. McGraw Hill Book C°, N.Y.
H UT
T F. B., 1953. Sex-linked dwarfism in the fowl. Genetics, 38, 670. H
UT
T F. B., 1959. Sex-linked dwarfism in the fowl. J. Hered., 50, 209-221. P
ROD
’
HOMME J., MÉRAT P. !tude d’un gène de nanisme lié au sexe chez la poule. III. Consommation alimentaire et production suivant la teneur en calcium de la ration. (A l1n. Génét. Sél. anim., à
paraître.)