’Eglise serait un endroit agréable, n’est-ce pas, s’il n’y avait pas les gens. Enfin, quelques-uns sont sympathiques, il est vrai, mais l’Eglise serait tellement plus agréable si un nombre significatif de personnes serait miraculeusement transféré au Pôle Nord ou sur Mars. Je suis sûr que vous auriez tous des propositions à faire pour remplir un avion charter de gens que vous aimeriez voir faire de l’essaimage dans des contrées lointaines. Le problème, c’est que d’autres nous réserveraient volontiers une place à bord du même charter, et on risquerait bien de partir tous ensemble.
Plus sérieusement, si on enlève les gens de l’Eglise, il ne reste rien. L’Eglise ce n’est pas un bâtiment, ce n’est pas un évêque, ni un royaume. L’Eglise c’est avant tout et surtout les gens qui la composent. L’Eglise, ce sont des gens. C’est fondamental. On l’oublie facilement.
Ayant été responsable d’Eglise pendant un certain temps, je sais qu’il peut nous arriver de mettre beaucoup d’énergie dans les activités et les projets et de chercher à motiver les gens, au point d’oublier que les gens ne sont pas là pour nos projets, en tant que public ou ressources humaines, mais que les projets sont là pour les gens. Nos projets doivent servir les gens, qu’ils soient dans l’Eglise ou appelés à y être un jour. C’est vrai aussi pour l’exércice de nos ministères. Une bonne prédication, par exemple, c’est une prédication qui sert ceux qui l’écoutent. Il n’est pas suffisant qu’elle soit brillante intellectuellement, ou très fine théologiquement, ou un chef d’œuvre rhétorique. Si elle est tout ça, on ne s’en plaindra pas, mais avant tout, il faut qu’elle aide les gens qui l’écoutent, quelle les nourisse, qu’elle les instruise, exhorte, reprenne, encourage, qu’elle leur lance des défis peut-être, ou leur donne une perspective juste. C’est vrai aussi dans le choix d’un ancien, par exemple. Ce choix doit se faire non pas selon le charisme, la puissance, la formation, l’érudition, l’âge ou selon l’appartenance à un clan, comme cela se fait souvent, mais en réponse à la question : « Qui sera à même de mener des gens à Jésus ? Qui est à même de nourrir le peuple de Dieu, de le servir ? » Qu’il s’agisse de projets, de sermons ou de responsables, ce ne sont pas des buts en eux-mêmes, mais leur but est de servir le peuple de Dieu. Autrement dit, dans l’Eglise, ce ne sont pas les gens qui fixent les priorités, mais la priorité, ce sont les gens2.
Vous avez peut-être envie de me dire qu’il faut servir Dieu, et non pas les gens. C’est vrai. Au bout du bout, il s’agit de servir Dieu, pour sa plus grande gloire. Mais quand on consulte la Bible pour savoir comment Dieu veut être servi, il s’avère que notre appartenance à Dieu doit s’exprimer dans notre service à l’égard de son peuple, et de ceux qui en feront partie un jour, et même de tous ceux qui sont créés à son image. Celui qui dit aimer Dieu et n’aime pas son frère est un fieffé menteur. Ce n’est pas moi, c’est l’apôtre Jean qui le dit3.
Nous avons commencé, il y a quelque temps déjà, à étudier le sujet de la prière, en nous concentrant sur les prières de Paul que nous trouvons dans le Nouveau Testament. Pour cela, je m’inspire d’un livre magnifique, du théologien américain Don CARSON, intitulé Appel à la réformation spirituelle. Jusque là, nous avons vu deux facteurs très importants dans les prières de Paul. Souvenez-vous, je vous ai montré ses « lunettes de prière » que voici.
1 Je continue à (re)traduire en prédications le magnifique livre de Donald A. CARSON, A Call to Spiritual Reformation, Grand Rapids, Baker Books, 1992, 230 p.
2 CARSON, op.cit., p. 65 le dit bien : « … In God’s church people do not set the agenda, they are the agenda. »
3 1 Jn 4.20s
L
Paul remercie constamment Dieu pour les signes de la grâce dans la vie des croyants, et il prie constamment dans la perspective de la fin du monde, et du jugement à venir. Aujourd’hui nous parlerons d’un autre trait caractéristique de sa prière, quelque chose qui le distingue, par exemple, des Psaumes : à savoir son souci constant pour les gens. En effet, les gens sont omniprésents dans ses prières.
Je vous propose de nous concentrer aujourd’hui sur la prière qui se trouve dans la Première épître aux Thessaloniciens, à partir du verset 17 du deuxième chapitre, 1 Th 2.174 :
17 Quant à nous, frères, rendus orphelins de vous pour un temps, – loin des yeux mais non pas du cœur – nous avons cherché avec beaucoup d’empressement à vous revoir, car nous en avions un désir profond. 18 Nous avons voulu venir jusqu’à vous, – moi, Paul [je l’ai tenté] à une et même deux reprises – mais Satan nous en a empêchés. 19 En effet, quelle est notre espérance, notre joie, la couronne dont nous serons fiers devant notre Seigneur Jésus lors de sa venue, sinon vous ? 20 Oui, c’est [bien] vous qui êtes notre gloire et notre joie. 3.1 Aussi, ne supportant plus [d’attendre davantage], nous avons jugé bon de rester seuls à Athènes, 2 et nous avons envoyé Timothée, notre frère, collaborateur de Dieu pour la bonne nouvelle du Christ, pour vous affermir et vous encourager dans votre foi, 3 pour que personne ne se laisse ébranler dans les détresses présentes. Car vous savez vous-mêmes, que c’est à cela que nous sommes destinés. 4 Lorsque nous étions avec vous, nous vous annoncions d’avance que nous allions connaître la détresse ; et c’est ce qui est arrivé, vous le savez. 5 Ainsi, ne pouvant plus supporter [d’attendre davantage], j’ai envoyé [Timothée] s’informer de votre foi, de peur que le tentateur ne vous ait tentés et que notre travail n’ait été réduit à rien. 6 Maintenant Timothée vient de nous arriver de chez vous et de nous apporter la bonne nouvelle de votre foi et de votre amour ; [il dit] que vous gardez toujours de nous un bon souvenir [et] que vous désirez vivement nous revoir autant que nous [désirons] vous [revoir]. 7 Ainsi, frères, nous avons trouvé en vous, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toute notre angoisse et de notre détresse. 8 Maintenant, nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur.
9 Comment pourrions-nous [assez] remercier Dieu à votre sujet, pour toute la joie que nous éprouvons à cause de vous devant notre Dieu ? 10 Nuit et jour, nous [lui] demandons avec insistance de vous revoir et de compléter ce qui manque à votre foi. 11 Que notre Dieu et Père lui-même, et notre Seigneur Jésus, dirigent notre route jusqu’à vous ! 12 Que le Seigneur vous remplisse jusqu’à en déborder, d’amour les uns pour les autres et pour tous [les hommes], comme [l’amour que] nous [avons] pour vous ! 13 Qu’il affermisse vos cœurs, pour que vous soyez irréprochables dans la sainteté devant notre Dieu et Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus, avec tous ses saints ! Amen !
4 La traduction est la nôtre, à partir du grec et après consultation de NBS, Semeur, TOB et BJ.
La prière proprement dite commence, disons au verset 9 du troisième chapitre, mais nous regarderons d’abord le texte qui la précède. On peut comparer cette prière à un arbre, nous verrons d’abord les trois « racines » de la prière de Paul, 1Th 2.17 à 3.8, puis les quatre composantes de la prière, les quatre « branches ».
Les racines (2Th 2.17-3.8)
• Son désir intense d’être avec les Thessaloniciens
L’Eglise de Thessalonique a été fondée par Paul lui-même. Vous pouvez lire les détails dans Actes, chapitre 175. C’est une période très éprouvante pour Paul ; on sent parfois, dans notre texte même, que son moral n’était pas toujours au beau fixe. Lui et Silas ont été tabassés à Philippes, puis emprisonnés et expulsés6. Arrivé à Thessalonique, Paul a enseigné dans la synagogue et attiré un certain nombre de juifs et de païens, mais après seulement quelques semaines l’opposition est de nouveau devenue tellement violente que l’apôtre a dû partir. Son chemin le mène à Bérée, où il rencontre un certain succès, puis à Athènes, la capitale des philosophes, un sacré défi intellectuel pour l’apôtre, et enfin à Corinthe, une ville marquée par la débauche en tout genre. Et c’est dans ce contexte que Paul repense aux Eglises qu’il vient de fonder, des Eglises où il a passé si peu de temps ! Et cela ne le laisse pas tranquille.
Comme un père qui a dû abandonner ses enfants, il écrit, au verset 17, … rendus orphelins de vous pour un temps, – loin des yeux mais non pas du cœur – nous avons cherché avec beaucoup d’empressement à vous revoir, car nous en avions un désir profond, et encore, au début du chapitre troisième, ... ne pouvant plus supporter [d’attendre davantage], j’ai envoyé [Timothée] s’informer de votre foi ... Ça le démange, d’être avec eux. Il brûle d’amour pour ses gens, du désir d’être avec eux. Ce n’est pas un VRP de la foi qui veut faire du chiffre, atteindre ses objectifs, ni un enseignant à distance ou un écrivain prolifique à la recherche de clients, mais un homme qui veut être avec les siens, un homme qui a besoin de savoir où ils en sont.
5 Ac 17.1-9
6 Ac 16.12-40
• Son désir de leur faire du bien
... nous avons envoyé Timothée, notre frère, ... pour vous affermir et vous encourager dans votre foi, pour que personne ne se laisse ébranler dans les détresses présentes ... je l’ai envoyé s’informer de votre foi, de peur que le tentateur ne vous ait tentés et que notre travail n’ait été réduit à rien. Paul a envie d’être avec ces gens, non pas pour se sentir moins seul, pour nourrir son ego, pour se sentir important ou pour trouver son épanouissement, non, il se soucie de leur état. Il veut s’assurer qu’ils tiennent bon, malgré la persécution qu’ils endurent.
Il veut les fortifier et encourager, pour qu’ils ne baissent pas les bras. Paul a un cœur de berger. Sa préoccupation, c’est qu’ils arrivent à bon port. Il ne cherche pas leurs applaudissements, leur gratitude, leur sympathie ou encore une autre forme d’épanouissement professionnel. Il veut qu’ils aillent bien.
Là encore, je crois que ça doit nous parler, à tous ceux qui ont quelques responsabilités dans l’Eglise. On doit se poser la question de notre motivation. Moi qui suis prédicateur, est-ce que je prêche par amour de ma propre performance et puissance, pour me mettre devant, ou parce que je désire servir ceux qui m’écoutent ? Comme vous le savez, je viens de démissionner du Conseil de l’Eglise, et en regardant en arrière, sur ces quelques années, je me suis posé la question : « Quel était mon moteur principal ? Etait-ce vraiment le bien des gens que Dieu m’a confiés ? » Non pas que je croie que notre motivation puisse être totalement pure, non, nous sommes une race déchue. Mais grâce à Dieu, nous sommes capables d’avoir des motivations tant soit peu saines. Mais l’examen de conscience s’impose. Et c’est vrai pour bien d’autres domaines. Pensez à ce pianiste dans une Eglise (loin de chez nous bien sûr) qui fait tout pour qu’un jeune musicien, pianiste lui aussi, ne puisse pas intégrer le groupe de louange. Pourquoi ? Parce que son identité est tellement liée à l’exercice public de son don musical que la notion de service s’est évaporée. Il n’est plus là pour rendre service, il est là parce qu’il en a besoin pour exister. Du coup, l’idée de se voir remplacé lui est devenue insupportable. Des choses comme ça arrivent dans nos Eglises, et ce n’est pas si rare que ça, … hélàs ! Notre épanouissement personnel ne doit jamais devenir le facteur décisif dans nos engagements d’Eglise : le facteur décisif, c’est le service, c’est de servir Dieu, en servant les gens. Il ne s’agit pas de se sentir utile, mais de l’être. Il ne s’agit pas de se sentir bien mais de bien servir. Et le service authentique n’est pas toujours celui qui me procure le plus grand plaisir. La vie chrétienne, à en croire Jésus, implique un reniement de soi-même, chaque jour7. Je ne veux pas dire qu’il ne faut surtout pas prendre plaisir au service, mais cette joie ne doit pas être un but en soi, qui détermine nos choix.
• Sa joie de les voir porter du bon fruit
Paul continue : Timothée vient de nous arriver de chez vous et de nous apporter la bonne nouvelle de votre foi et de votre amour ; [il dit] que vous gardez toujours de nous un bon souvenir [et] que vous désirez vivement nous revoir autant que nous [désirons] vous [revoir].
Ainsi, frères, nous avons trouvé en vous, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toute notre angoisse et de notre détresse. Maintenant, nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur. Il y a des gens qui n’aiment que les mauvaises nouvelles. Des chrétiens qui galèrent, un pasteur à qui on découvre une maîtresse, une Ecole Biblique divisée en son sein, un poste d’évangélisation qui doit fermer, ça les intéresse. Leur piété exige qu’ils se lamentent de l’iniquité qui progresse, et ils se régalent dans leur analyse des maux qui rongent l’Eglise.
De bonnes nouvelles, ça les attire beaucoup moins. Les nouvelles de chrétiens qui avancent en sainteté et dont le témoignage rayonne, un missionnaire qui porte beaucoup de fruit, une
7 Mt 16.24
institution qui a a fait les bons choix stratégiques, bof. Rien à dénoncer, pas de quoi faire valoir leur propre vertu. Paul n’est pas de ceux-là. Chaque nouvelle de croissance en foi et en amour le réjouit énormément et l’encourage. Savoir qu’ils tiennent bon, ça le fait revivre.
Voici donc les trois racines de la prière de Paul : son désir d’être avec les gens de l’Eglise de Thessalonique, son désir de les aider à avancer, et sa joie de voir leur foi, leur amour, leur persévérance et leur force. Si on fait la somme de ces trois choses, qu’est-ce que c’est ? C’est l’expression de ... l’amour. Si vous désirez être avec quelqu’un, que son devenir vous remue les tripes et que ses réussites vous encouragent, il y a fort à parier que vous aimez cette personne. Pour dire les choses simplement, la prière de Paul est le fruit de sa passion pour les gens, de l’amour qu’il leur porte. Si nous voulons améliorer notre vie de prière, c’est d’abord notre amour qui doit croître.
Les branches (2Th 3.9-13)
Passons maintenant à la prière proprement dite, à partir du verset 9 du troisième chapitre. Je pense qu’il y a quatre composantes, quatre branches, pour rester dans mon image de l’arbre, qui révèlent la passion de Paul pour ses frères et sœurs :
• Sa reconnaissance pour la joie que lui causent les Thessaloniciens
Premièrement, Paul exprime sa reconnaissance à Dieu. Verset 9 : Comment pourrions-nous [assez] remercier Dieu à votre sujet, pour toute la joie que nous éprouvons à cause de vous devant notre Dieu ? Nous avons déjà vu à quel point cette composante est importante dans la vie de prière de Paul, cette reconnaissance pour les signes de la grâce. Je n’y reviendrai pas, je me contenterai de souligner un point intéressant.
A qui Paul exprime-t-il sa reconnaissance ? Aux Thessaloniciens ? Non, il la dit à Dieu. Il évite ainsi deux pièges opposés dans lesquels les chrétiens tombent parfois. Vous savez, il y d’un côté les flatteurs, ceux qui débordent toujours de compliments sans mesure :
« Grandiose ! Tu es un champion ! Personne fait ça mieux que toi ! Je me demande comment on ferait sans toi ! » Ça peut faire plaisir à certains, ça peut mettre mal à l’aise d’autres, mais en définitive ça n’aide personne à grandir spirituellement. De l’autre côté, vous avez les gens graves, ces tristes sires, gardiens de l’honneur de Dieu qui se mordraient la langue plutôt que d’exprimer à un frère ou une sœur leur reconnaissance par rapport à un ministère qu’il ou elle accomplit bien. Ils craignent que ça lui monte à la tête, et ils pensent qu’il faut qu’il ou elle se contente de l’appréciation de Dieu au Jugement Dernier. Toute anticipation serait frivole ! Paul a une approche qui évite ces deux extrêmes. Il encourage les chrétiens, notez-le bien, en leur disant qu’il remercie Dieu pour sa grâce qui se manifeste dans leur vie. C’est une merveille d’équilibre : ainsi, il insiste sur la croissance spirituelle des Thessaloniciens, ce qui est profondément encourageant pour eux, tout en soulignant qu’au fond c’est à Dieu qu’il faut rendre grâce. Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de plus encourageant pour un chrétien que de savoir que des prières de reconnaissance montent vers Dieu pour le service qu’il accomplit.
Ça vaut bien plus que les courbettes et les applaudissements, n’est-ce pas ? Je crois que ça changerait notre vie d’Eglise si on adoptait tant soit peu cette attitude : de remercier Dieu pour ce qu’il fait par les autres … et de le dire ensuite aux personnes concernées. Quelque chose du genre : « Georges, il faut que je te dise : je remercie Dieu pour la fidélité que tu manifestes dans l’accueil. J’ai vu que tu salues chacun par son nom, même les petits enfants, que tu arrives bien avant le culte, pour être là le premier, et que tu fais tout ton possible pour que chacun se sente à l’aise et le bienvenu. Sache que je remercie Dieu de ton ministère. » Ne serait-ce pas là une voie intéressante ?
• Sa demande qu’il puisse les fortifier
Nuit et jour, nous [lui] demandons avec insistance de vous revoir et de compléter ce qui manque à votre foi, écrit Paul au verset 10. Et il poursuit : Que notre Dieu et Père lui-même, et notre Seigneur Jésus, dirigent notre route jusqu’à vous ! L’apôtre demande qu’il puisse fortifier les Thessaloniciens. Je voudrais souligner trois éléments :
Premièrement, Paul dit prier nuit et jour à ce sujet. Cela ne veut pas dire que Paul n’avait jamais le temps pour manger et dormir, ni même qu’il se trouvait toujours dans un étrange
« esprit de prière » indéfinissable. Ce qu’il veut dire, à mon avis, c’est qu’il se souvient des Thessaloniciens pendant ses moments réguliers de prière, jour et nuit. Ceci nous indique l’importance de dégager ces moments-là, et de garder à l’esprit des sujets de prière. Mais on en parlera une autre fois. Retenons seulement que Paul prie constamment pour d’autres, alors que beaucoup d’entre nous prions presque exclusivement pour nous-mêmes et notre famille.
Deuxièmement, Paul prie de pouvoir compléter ce qui manque à leur foi. Il avait passé si peu de temps avec eux. Il brûle d’envie de les revoir pour consolider le travail effectué et combler les lacunes. C’est très intéressant de voir que Paul mélange en quelque sorte intercession et proposition de service. Il ne prie pas simplement pour que la foi des Thessaloniciens soit renforcée, mais que lui-même puisse le faire. Il y a là quelque chose de l’attitude d’un Esaïe qui dit à Dieu8 : Je suis là, envoie-moi ! Pour lui, la prière n’est pas un substitut du service, mais elle en fait partie. C’est bien de prier pour les pauvres gens au Soudan, c’est mieux d’accompagner cette prière d’un petit chèque.
Troisièmement, Paul est conscient de facteurs qui l’empêchent de servir comme il le souhaiterait. Tout à l’heure, nous avons lu qu’il écrit : Nous avons voulu venir jusqu’à vous, ...
[je l’ai tenté] à une et même deux reprises – mais Satan nous en a empêchés. Nous ne savons pas comment Satan a fait cela, mais maintenant Paul prie que notre Dieu et Père lui-même, et notre Seigneur Jésus, dirigent notre route jusqu’à vous. Les obstacles ne le découragent pas, mais l’incitent à demander avec plus de ferveur encore9.
• Sa demande que leur amour déborde
La troisième branche est de nouveau du domaine de l’intercession. Au verset 12, Paul demande que le Seigneur vous remplisse jusqu’à en déborder, d’amour les uns pour les autres et pour tous [les hommes], comme [l’amour que] nous [avons] pour vous ! Nous avons vu que l’apôtre n’a pas eu le temps de bien instruire les Thessaloniciens, mais sa demande en faveur de ces gens ne se limite pas à ce que leur connaissance des choses de Dieu augmente. Non, il demande que leur amour déborde. Leur amour fraternel (les uns pour les autres) et pour ceux du dehors (pour tous les hommes).
Notre monde est un monde dur, brutal. On y parle beaucoup d’amour (il suffit d’écouter la variété française pour s’en convaincre) et on pratique beaucoup de choses qui se réclament de l’amour. Mais l’amour du type chrétien, mature, profond, inconditionnel, qui aime ce qui n’est pas aimable, c’est une denrée rare. Quand il se manifeste, il interloque une société qui appelle amour ce qui relève plutôt de l’intérêt propre, de la convoitise et de pactes d’admiration mutuelle.
8 Es 6.8
9 D’ailleurs, selon toute vraisemblance, cette prière n’a pas été exaucée, à moins que Paul soit revenu à Thessalonique après la captivité romaine sur laquelle se terminent les Actes.
Connaissez-vous des Eglises où l’on se dispute au sujet du recueil de cantiques, de la stratégie d’évangélisation ou de la couleur du tapis ? Si oui, il y a fort à parier que ce soient des Eglises qui n’ont pas prié dans ce sens depuis un bout de temps. Il y a là de quoi renouveler nos relations de l’intérieur. Pensez aux gens que vous appelez « frères » et « sœurs » mais qui ne sont pas dans vos petits papiers. Et si vous les mettiez sur un grand papier, à savoir votre liste de prière10 ? Et si vous demandiez à Dieu de vous remplir d’amour pour eux, et de les remplir d’amour les uns pour les autres ? Paul nous montre le chemin, à nous d’y aller.
• Sa demande qu’ils soient trouvés irréprochables à la fin
Enfin, au verset 13, Paul prie que le Seigneur affermisse vos cœurs, pour que vous soyez irréprochables dans la sainteté devant notre Dieu et Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus, avec tous ses saints !
Beaucoup de gens, et même certains prédicateurs, commettent l’erreur d’interpréter le mot cœur, lorsqu’il apparaît dans la Bible, dans le sens que nous lui donnons aujourd’hui, à savoir le siège des émotions. Il semblerait pourtant que ce n’est pas ce que les auteurs bibliques entendaient par là. Dans la Bible, les émotions ont leur siège plutôt dans les tripes. Le cœur, quant à lui, désigne non seulement le centre de la personnalité, le siège de la volonté et de la compréhension, mais aussi l’endroit où nos motivations profondes sont enracinées11. Si nos cœurs sont affermis, autrement dit, si notre volonté, notre motivation, notre décision de suivre Jésus sont fermes, nous n’aurons pas à craindre le Jour du Seigneur. Paul prie que les croyants de Thessalonique deviennent irréprochables, non pas selon les codes de conduite du monde, mais dans la sainteté devant notre Dieu et Père, dans la présence du Dieu trois fois saint. Paul prie dans la lumière de la fin. Nous avons déjà vu que c’est un trait qui caractérise sa façon de prier. Nous ferions bien de nous en inspirer. Quand nous prions pour les gens autour de nous, nous devons le faire en sachant que ces gens s’acheminent inévitablement vers ce grand jour de jugement et de séparation. Si l’éternité est devant nos yeux quand nous prions, nous sommes poussés à prier pour les gens, parce qu’ils auront à rendre compte à Dieu en ce grand jour. Il est difficile de dire une prière plus profonde que celle-ci : que Dieu affermisse les cœurs des uns et des autres pour qu’ils soient irréprochables dans la sainteté devant notre Dieu et Père au dernier jour. Dites-moi, quand avons-nous prié de cette manière la dernière fois ?
Je dois conclure. La prière de Paul que nous venons de voir nous montre un homme qui prie avec passion pour les gens que Dieu a mis sur sa route. Quand on regarde de plus près ses lunettes de prière, que voit-on ? Il remercie Dieu pour les signes de sa grâce, certes, mais en disant cela, nous n’avons pas tout dit. Il dit sa reconnaissance pour les signes de la grâce dans la vie des gens !
10 Une tentative certes maladroite de traduire CARSON, op.cit., p. 93 : « … we will see profound spiritual reformation if by God’s grace we make it our comitment not to put anyone down – except on our prayer list. »
11 Mt 15.19
Il prie à la lumière de la fin, certes, mais en disant cela, nous n’avons pas tout dit. Il prie dans cet esprit pour les gens !
Cela doit nous encourager à faire de même, à enrichir notre prière de moments nourris d’intercession. Je voudrais vous proposer un petit exercice spirituel pour les mois à venir. Je voudrais vous demander de choisir une personne de cette Eglise, de préférence quelqu’un qui ne vous est pas très proche, peut-être même, si vous êtes courageux, quelqu’un que vous n’aimez pas. En tout cas quelqu’un pour qui vous n’avez pas l’habitude de prier. L’exercice consiste à prier fidèlement, pendant quelques mois, pour cette personne, dans chacun de vos moments de prière. Et après ce temps, vous le dites à la personne en question, que vous avez prié pour elle, et que vous continuerez à le faire. Je vous garantis que ce travail ne vous laissera pas indemne, et qu’il changera votre regard sur au moins une personne de l’Eglise.
La semaine passée, Fabrice a terminé sur les derniers versets de cette prière de Paul pour les Thessaloniciens. Je ferai de même : Que le Seigneur vous remplisse jusqu’à en déborder, d’amour les uns pour les autres et pour tous [les hommes] ... Qu’il affermisse vos cœurs, pour que vous soyez irréprochables dans la sainteté devant notre Dieu et Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus, avec tous ses saints ! Amen !
EEB Clermont-Ferrand 12/9/2004