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La diaspora noire des Amériques

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Academic year: 2022

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Géographie et cultures 

53 | 2005

Les cinémas multiplexes

La diaspora noire des Amériques

Jean‑Marie Théodat

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/gc/11797 DOI : 10.4000/gc.11797

ISSN : 2267-6759 Éditeur

L’Harmattan Édition imprimée

Date de publication : 1 mars 2005 Pagination : 134-135

ISBN : 2-7475-8824-6 ISSN : 1165-0354 Référence électronique

Jean‑Marie Théodat, « La diaspora noire des Amériques », Géographie et cultures [En ligne], 53 | 2005, mis en ligne le 10 avril 2020, consulté le 04 février 2021. URL : http://journals.openedition.org/gc/

11797 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.11797

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La diaspora noire des Amériques

Jean‑Marie Théodat

RÉFÉRENCE

Christine Chivallon, 2004, La diaspora noire des Amériques, Paris, CNRS éditions, 258 p.

1 Le livre se présente comme un panorama synthétique de la littérature se rapportant à la question de la diaspora noire, mais à la lecture on s’avise très vite qu’il s’agit d’une entreprise bien plus ambitieuse, car l’ouvrage de Christine Chivallon, au delà de l’évidente érudition de l’auteure, apporte une pierre essentielle à l’édifice théorique qu’elle ne prétend, en introduction, que nous résumer en partage. Il s’agit pour elle de saisir par un concept commode un ethos diffus.

2 Le livre a gardé de ses origines (un projet éditorial plus large, collectif qui entendait mettre en perspective des « incomparables » et proposer une lecture transversale des expériences diasporiques à travers le monde) une qualité essentielle : la largeur de vue qui dégage un cadre conceptuel clair, assigne à chaque expérience une signification particulière en même temps qu’une place spécifique dans le tableau d’ensemble. La précaution déontologique de dévoiler ses sources a inspiré un long préambule consacré à dégager du maquis de l’abondante bibliographie (en français et en anglais), la validité du terme de diaspora pour qualifier l’expérience des peuples issus de la migration forcée des Africains dans le Nouveau Monde. Mais le fil rouge reste le suivant : au delà de la question sémantique de savoir si les cultures noires du Nouveau Monde méritent ou non le qualificatif de « diaspora », il demeure que la violence des conditions de la dispersion est incontournable dans la compréhension du fait culturel afro américain. Ce qui le distingue de ses équivalents grec, chinois ou indien par exemple, et lui confère une unité, un référent commun.

3 Le livre est divisé en trois parties. La première rappelle les conditions matérielles de la dispersion des Africains, à l’origine de la formation de la « diaspora noire des Amériques » : la capture dans des conditions de violence effroyables, la traversée à bord des navires négriers, l’arrivée dans les colonies, la séparation des familles, le fouet, la

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violence symbolique de changer de nom, de religion, de travailler servilement pour le compte d’autrui. L’accent est mis sur les conditions spécifiques de l’élaboration de la hiérarchie des couleurs comme une des formes de l’iconographie dominante dans les pays qui ont connu l’esclavage, avec pour résultat la récurrence symbolique de la violence du viol par le maître de sa maîtresse esclave. Les exemples sont pris dans la Caraïbe insulaire, mais des rapprochements sont établis avec le continent, les États- Unis et le Brésil. Entre onze et quinze millions d’Africains auraient ainsi effectué, contre leur gré, la traversée, et contribué, à leurs corps défendant, à l’élaboration de cultures nouvelles que l’auteure refuse à caractériser au singulier. La diversité des situations historiques et la spécificité des sociétés insulaires conduit à une typologie qui étaie l’approche polysémique, retenue comme un « non-choix » entre les acceptions dominantes.

4 Celles-ci sont détaillées dans une deuxième partie qui rappelle les différentes interprétations du fait diasporique. La bonne connaissance du terrain et de la littérature autorise une solide exégèse de la diaspora noire. Qu’elle soit afrocentriste (privilégiant la thèse de la continuité de la culture africaine, intacte malgré l’exil), créolisante (considérant le mélange des cultures et la refondation systématique des héritages sans distinction des origines et sans hiérarchie sclérosante comme la dynamique essentielle de la culture de la diaspora), ou qu’elle défende la thèse de l’aliénation (dissolution de l’identité dans un contexte de violence globale exercée sur l’individu et le groupe), la posture intellectuelle revient toujours à mettre en exergue la spécificité de l’expérience de la diaspora noire des Amériques.

5 La troisième partie de l’ouvrage montre l’importance des recompositions identitaires des communautés issues de ces diasporas aux États-Unis ou en Europe, du fait des migrations de travail à partir du XXe siècle. Dans l’exil, ces diasporas se sont renforcées et se sont rencontrées dans les quartiers des grandes métropoles occidentales. Cette polyphonie noire autorise l’approche polysémique choisie. La violence des relations sociales, la hiérarchie des couleurs et la précarité des conditions matérielles composent le socle à partir duquel s’opère une différenciation au gré des aléas géographiques ou historiques sans changer la dynamique commune. L’idée était de brosser un portrait de la communauté noire de la Caraïbe, avec pour ambition de proposer un échantillon valable comme élément d’un puzzle en perpétuelle recomposition. Pari tenu.

6 Christine Chivallon réussit le tour de force de camper des repères solides (à la fois bibliographiques, théoriques et conceptuels) qui échappent au misérabilisme et/ou au militantisme d’usage lorsqu’il s’agit d’évoquer une réalité, certes poignante, mais qui propose à l’entendement un écheveau de questions qui restent à débrouiller, pas à emmêler de récriminations stériles.

La diaspora noire des Amériques

Géographie et cultures, 53 | 2005

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AUTEUR

JEAN‑MARIE THÉODAT Université Paris I

La diaspora noire des Amériques

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