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Le général Bouazza devant le tribunal militaire le 30 mars

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LE QUOTIDIEN INDÉPENDANT - Jeudi 11 mars 2021

N°9277 - Trentième année - Prix : Algérie : 30 DA. France : 1 €.

USA : 2,15 $. ISSN : 1111-0333 - http://www.elwatan.com

nouveaux cas

guérisons décès

109 138 4

LIRE L’ARTICLE DE DJAMILA KOURTA EN PAGE 7 LIRE L’ARTICLE DE SALIMA TLEMÇANI EN PAGE 2

LIRE L’ARTICLE DE RAMDANE KEBBABI EN PAGE 4

La vaccination au ralenti

Le général Bouazza devant le tribunal militaire le 30 mars

Les compagnies sommées d’accélérer

les indemnisations

COVID-19 JUSTICE

ASSURANCES

ACCUEIL POSITIF

D’HISTORIENS ALGÉRIENS

DÉCLASSIFICATION D’ARCHIVES FRANÇAISES SUR LA GUERRE DE LIBÉRATION

n Des historiens algériens, qui ont salué l’annonce du président français de faciliter l’accès aux archives

classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la Guerre de libération, ont déploré les

difficultés d’accès aux archives en Algérie.

LIRE L’ARTICLE DE HOCINE LAMRIBEN EN PAGES 3

LA CRISE DANS LA FILIÈRE FAIT EXPLOSER LES PRIX DE LA VIANDE BLANCHE

15 000

aviculteurs en faillite

DOSSIER

SUPPLÉMENT ENVIRONNEMENT

LES EFFETS DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

L’Algérie à la recherche d’un accompagnement international

PHOTO : D. R.

n Selon le président du Conseil national

interprofessionnel de la filière avicole (Cnifa), 50%

du nombre des aviculteurs recensés à l’échelle nationale ont cessé leurs activités à cause des effets de la pandémie de Covid-19.

n Par ailleurs, l’augmentation des prix du soja et du maïs, aliments essentiels pour les élevages, a dissuadé de nombreux producteurs de reprendre leur activité.

LIRE NOTRE SUPPLÉMENT EN PAGES 11, 12, 13, 14 ET 15

LIRE L’ARTICLE DE KHELIFA LITAMINE EN PAGE 8

PHOTO : D. R.

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L ’ A C T U A L I T É

L

’affaire de la plainte déposée contre Naïma Salhi connaît du nouveau. Selon les auteurs de la plainte, à savoir le militant Salim Chaït et les avocats Abdelkader Houali et Soufiane Dekkal, la justice a relancé l’instruction après la fin de l’immunité parlementaire dont jouissait la désormais ex-députée. «Après avoir été bloquée pendant des mois en raison de l’immunité parlementaire dont jouissait la mise en cause, l’instruction de l’affaire Naïma Salhi est relancée. C’est ce que nous a annoncé le procureur près le tribunal de Chéraga qui nous a reçus au- jourd’hui, 9 mars 2021, à notre demande», ont affirmé les trois plaignants dans un communiqué, dans lequel ils ont précisé que «selon le magistrat, un courrier daté du 31 janvier 2020 a été envoyé par le parquet à la bri- gade de recherche de gendarmerie de Chéraga pour un complément d’enquête. Il a été demandé, entre autres, des informations sur l’état civil de la mise en cause».

Selon le même communiqué, le rapport d’enquête a été envoyé le 21 février dernier au tribunal par la brigade de gendarmerie relevant de la même circonscrip- tion administrative. «Le procureur de la République nous a rassuré sur le bon déroulement de l’instruction, après que nous ayons posé des questions sur la lenteur qu’a pris cette plainte, sachant que le Parlement est dissous et que la mise en cause ne jouit plus de l’immu- nité qui pourrait empêcher notre plainte d’aboutir à un procès», ont souligné les trois plaignants qui ont affiché leur détermination à mener jusqu’au bout leur combat pour l’aboutissement de cette plainte déposée, faut-il le rappeler, le 9 juin 2019 pour «incitation à la haine raciale et appel au meurtre». Après plus de huit mois d’attente d’un transfert du dossier vers le tribunal de Chéraga, leur plainte a fini par être instruite. En effet, les trois plaignants ont été convoqués en mars 2020 par la brigade de recherche du groupement de

gendarmerie de Chéraga. Mais l’instruction n’a pas avancé à cause du statut de la mise en cause.

D’autres plaintes ont été déposées contre Naïma Salhi. Il s’agit de celle de Mourad Amiri, ancien cadre au ministère de l’Intérieur, pour «diffamation, racisme et mise en danger de la vie d’autrui». Elle a été déposée suite à une vidéo de la députée dans laquelle elle qualifiait ce technicien en transmissions de «dangereux zouave introduit au ministère de l’Intérieur par Ahmed Ouyahia». Elle attend de suivre son cours au niveau de la justice.

La famille du défunt moudjahid Lakhdar Bouregaâ a également porté plainte contre Naïma Salhi, suite à une publication dans laquelle elle remettait en cause le passé révolutionnaire de cet ancien chef de la Wilaya VI historique et l’accusait d’intelligence avec des pays étrangers et de comploter contre l’Etat algérien.

M. A. O.

PLAINTE CONTRE NAÏMA SALHI

L’instruction relancée

L

’ex-directeur général de la Sécu- rité intérieure, le général Wassini Bouazza, comparaîtra, le 30 mars, devant le tribunal militaire de Blida, pour quatre nouvelles accusations, «non- respect des consignes militaires», «trafic d’influence», «enrichissement illicite»

et «entrave au travail de la justice». Pour ce dernier grief, il est question «d’inter- férence» de l’ancien patron de la DGSI dans l’enquête judiciaire, liée à l’ex-pa- tron de la police Abdelghani Hamel, à travers son «intervention» auprès du par- quet général près la cour d’Alger et de la Cour suprême, pour permettre à la fille de l’ex-Directeur général de la Sûreté nationale de bénéficier de la liberté pro- visoire et de quitter la prison, après avoir été placée sous mandat de dépôt par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed, dans le cadre de l’enquête sur l’affaires des «indus avantages» (des biens fonciers et immobiliers) octroyés à l’épouse et aux trois enfants de Hamel.

Le général Bouazza sera jugé avec deux autres officiers de ses services, l’ancien chef de la sécurité intérieure pour Alger, le colonel Aït Amara, dit Yacine, et l’ex- directeur des enquêtes judiciaires, déjà poursuivi par le tribunal militaire de Blida dans le cadre du dossier du géné- ral Bachir Tartag, ex-coordinateur des services de renseignement militaires, et lié aux fonds (argent et bijoux) saisis au domicile de Mme Maya, de son vrai nom, Zoulikha Nachinèche, prétendue fille cachée du Président déchu.

Ce procès est le deuxième du général Bouazza après celui de mars 2020, à l’is- sue duquel il a été condamné à une peine de 8 ans de prison ferme pour «faux

et usage de faux», «atteinte à corps constitué», «détention d’arme à feu et de munitions de type 4», confirmée quatre mois plus tard par la cour d’appel criminelle militaire de Blida. Mais, c’est le troisième dossier actuellement en instruction auprès du tribunal militaire de Blida qui risque de peser lourdement sur le sort de l’homme fort du défunt chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, d’autant que le magistrat militaire instructeur a qualifié des faits d’actes criminels, précisent nos sources.

Il s’agit de ses «interférences» dans le processus de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, en jouant la carte de l’ex-ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, au détriment des autres candi-

dats. Des consignes avaient été données à de nombreux walis, qui ont mis le paquet, financièrement, humainement, matériellement et médiatiquement pour booster la candidature de l’ex-secré- taire général du RND. Des actes que la justice militaire a qualifiés d’«entraves à l’opération électorale», «non-respect des consignes militaires» et «trafic d’influence».

CAMPAGNE MÉDIATIQUE À TRAVERS LES RÉSEAUX SOCIAUX A ces derniers s’ajoutent d’autres griefs liés à la campagne médiatique que le général Bouazza est accusé d’avoir menée à travers les réseaux sociaux en recourant à une armée de mouches électroniques, tantôt pour discréditer le mouvement de contestation populaire, tantôt pour s’attaquer à des figures emblématiques du hirak ou à des person- nalités politiques et tantôt pour diviser les rangs de ce dernier. En bref, des faits qualifiés de «non-respect des consignes militaires» et «diffusion d’informations classées secret militaire» et qui tombent sous le coup du tribunal criminel.

C’est dire que la chute du général Bouazza, après une ascension fulgu- rante, est fracassante.

Il y a quelques années, rien ne le pré- disposait à un poste aussi stratégique et aussi puissant. Il avait passé la plus grande partie de sa carrière au service de l’infrastructure au sein du commande- ment des forces de défense aérienne du territoire, avant d’être promu directeur de l’infrastructure militaire. Un poste stratégique aussi bien pour l’argent, à travers les budgets colossaux alloués

aux nombreux programmes d’inves- tissement pour les équipements et les infrastructures militaires consacrés par le ministère de la Défense, mais aussi au réseau des hommes d’affaires, des socié- tés et des entrepreneurs, notamment dans le domaine du bâtiment et des tra- vaux publics. Du coup, Bouazza devient l’incontournable officier et l’un des plus informés sur les hommes d’affaires, notamment ceux qui gravitaient autour du frère cadet et conseiller du Président déchu.

Dès la démission de ce dernier sous la pression de la contestation de la rue, Wassini est promu à la tête de la Sécurité intérieure, et devient l’homme le plus puissant de feu Gaïd Salah, qui en fait d’ailleurs son «bras armé» pour mettre en prison tous ceux qui étaient dans le premier cercle du régime de Bouteflika, à commencer par le frère de ce dernier, les deux Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, de nom- breux ministres, hommes d’affaires, députés, mais aussi l’ancien patron du DRS, le général Toufik, et des officiers supérieurs en activité, dont des chefs de forces.

Dès la mort de Gaïd Salah, après l’élec- tion présidentielle du 12 décembre 2019, le général entame sa descente en enfer, d’abord par son arrestation musclée par les officiers de la direction de la sécurité de l’armée au siège du ministère de la Défense, alors qu’il était convié à une réunion de travail. C’était en avril 2020.

Déféré devant le tribunal militaire, il a été placé sous mandat de dépôt.

Salima Tlemçani

ALORS QU’IL FAIT L’OBJET D’UNE TROISIÈME AFFAIRE CRIMINELLE EN INSTRUCTION

Le général Bouazza devant le tribunal militaire le 30 mars

L’ALGÉRIE RÉCUPÈRE DES BIENS IMMOBILIERS ABANDONNÉS EN FRANCE

Paris  De notre bureau

L

’Algérie a récupéré plu- sieurs biens abandonnés ou cédés aux proches et amis de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Ce sont des châteaux, des domaines, des immeubles situés en France, essentiellement à Paris. D’après le décompte fait par Jeune Afrique qui cite l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Antar Daoud, il y aurait pas moins de 44 biens sur 46 qui vont être repris par l’Etat algérien. 

D’abord deux appartements situés dans un quartier chic de Paris (probablement le 16e arrondissement) de plus de 160 m2. Le premier aurait été habité par un ancien sénateur qui a soutenu Bouteflika, et le second par un député. Mais aucun nom n’a été cité.

A Marseille, l’Etat algérien a également récupéré le château de Julhans, situé dans un domaine de 320 hectares.

Construit en 1639 et com- prenant une chapelle, il a été laissé à l’abandon avant d’être occupé par une association de pieds-noirs, qui a fini par être délogée, toujours selon Jeune Afrique.

Même chose dans la Drôme (sud de la France) où un autre château (Lapeyrousse) a été récupéré récemment, après une longue procédure judi- ciaire entamée par le consulat d’Algérie à Lyon. 

Opération de communica- tion de la part du président Tebboune ou réelle volonté de récupérer les biens appar- tenant au peuple algérien et indûment occupés par les dignitaires du pouvoir depuis 1962 ? Pour le moment, la liste des 44 biens que l’ambassade d’Algérie dit avoir récupérés n’a pas été dévoilée. 

En France, les châteaux ne rap- portent pas beaucoup d’argent et leur entretien coûte cher. Si l’Etat algérien veut vraiment récupérer les biens du peuple, ce sont les dizaines, voire les centaines d’appartements achetés avec l’argent de la corruption par des ministres et des militaires dans les beaux quartiers de Paris qu’il faudrait récupérer. En dehors d’une telle opération, ce ne serait que de la poudre aux yeux.

Yacine Farah

l

L’ancien patron de la Sécurité intérieure, le général Wassini Bouazza, sera déféré le 30 mars devant le tribunal militaire de Blida

l

Il s’agit de la deuxième affaire, liée à quatre griefs correctionnels, pour laquelle il est poursuivi, en attendant que l’enquête

judiciaire relative à des faits en lien avec l’élection présidentielle de décembre 2019 s’achève.

Wassini Bouazza PHO

TO : DR

(3)

L ’ A C T U A L I T É

El Watan - Jeudi 11 mars 2021 - 3

Paris De notre bureau

L

e président français, Emmanuel Macron, a annoncé mardi la décision d’accélérer la déclassification des documents liés à la guerre d’indépendance de 1954-1962 vis-à-vis de l’Algérie. Les services des archives seraient désormais autorisés à utiliser une nouvelle procé- dure pour classer les documents des années 1970 et antérieures, qui étaient auparavant tenus secrets à des fins de sécurité nationale, indique l’Elysée.

Cela inclut les archives liées à la guerre d’Algérie.

Le président Macron «devrait être garant de la loi qui a été adoptée par la représentation nationale»

en 2008 et qui dit que les archives sont consul- tables une fois passé le délai de 50 ans, a réagi sur France Info Pierre Audin, le fils de Maurice Au- din, torturé et tué par l’armée française, comme l’a reconnu Emmanuel Macron en 2018. «Il devrait dire tant qu’il n’y a pas une autre loi, c’est cette loi qui s’applique.» En septembre 2018, sur

«l’affaire» Maurice Audin, le président Macron

«n’a pas seulement reconnu cet état de torture et assassinat, il a aussi annoncé qu’il allait ouvrir des archives pour l’ensemble des disparus de la guerre d’Algérie, en précisant qu’il s’agirait aussi bien des civils que des militaires, des Français que des Algériens. Ça faisait beaucoup de monde pour les huit années de la guerre d’indépendance», a rappelé Pierre Audin sur France Info. «Là, concrètement, au lieu de faire cette ouverture de toutes les archives concernant tous les disparus, il a, en 2019, simplement fait un décret concernant Maurice Audin et rien que lui.» «Et maintenant, on constate que le SGDSN, le secrétariat général à la Défense et la Sécurité nationale, qui est une espèce d’officine secrète qui travaille auprès du Premier ministre, a décidé de ne pas appliquer la loi concernant les archives et de faire une règle administrative très compliquée. La loi de 2008 dit qu’au bout de 50 ans, les archives sont consul- tables. Il y a quelques exceptions, par exemple des dossiers de santé, des choses comme ça, mais autrement, les archives sont consultables quoi qu’il arrive, qu’il y ait un tampon secret défense ou pas dessus.»

Il ajoute que «ce n’est pas le cas aujourd’hui».

«Depuis 2011, le SGDSN a décidé, et il l’applique depuis 2020, qu’il fallait déclassifier chaque pa- pier, c’est-à-dire que si l’administration, l’armée, par exemple, a mis un tampon ‘‘secret défense’’, il faut que l’armée mette un tampon ‘‘déclassifié’’.

Si elle ne l’a pas fait, on ne peut pas consulter le document.» Sur l’information concernant l’enlè- vement et l’assassinat de son père, il affirme que

«personnellement, je serais assez étonné qu’elle

y figure, parce que les militaires ont fait tout ce qu’il fallait pour faire disparaître toute trace. A l’époque, quand on disait que quelqu’un s’était évadé, c’était clair que la personne avait été assassinée. Là, dans le cas de Maurice Audin, et je crois que c’est la seule fois, ils ont été jusqu’à la scène de l’évasion. Il y a un militaire qui a joué le rôle de Maurice Audin et ils ont joué la scène de l’évasion devant un civil, de façon à avoir un témoin civil de la chose. Donc, il est tout à fait clair que pour Maurice Audin, il y a peu de chances qu’on en trouve des traces dans les Archives nationales».

«IL FAUT RESTER VIGILANT SUR

L’OUVERTURE DE CE CHANTIER LÉGISLATIF»

Pour sa part, l’historienne Sylvie Thénault, citée par Le Monde, considère que «c’est une bonne nouvelle, car cela va accélérer les délais de com- munication des archives». Elle précise toutefois que cette facilitation de la déclassification concer- nera surtout le service historique des armées et la direction des archives du ministère des Affaires étrangères, l’impact sur les Archives nationales (où sont rassemblés des documents de sources ministérielles diverses) étant limité. En outre, Mme Thénault met en garde contre le «risque» que la modification législative annoncée par l’Elysée

«révise le code du patrimoine dans un sens res- trictif». «Il faut rester vigilant sur l’ouverture de ce chantier législatif», confirme Céline Guyon, présidente de l’Association des archivistes fran- çais, également citée par Le Monde. Et le quoti- dien français du soir de souligner que «l’annonce de l’Elysée ne résout pas, en effet, la divergence qui oppose l’Etat et la communauté des historiens et archivistes dans l’analyse de la hiérarchie

des normes : là où l’Exécutif évoque la néces- sité d’‘‘articuler’’ code du patrimoine et code pénal, les historiens et les archivistes récusent l’existence d’un conflit entre les deux normes en affirmant la ‘‘supériorité du code du patrimoine’’.

Aussi l’harmonisation souhaitée par l’Elysée comporte-t-elle le ‘‘risque d’une régression du code du patrimoine’’».

RÉSULTAT D’UNE IMPORTANTE

MOBILISATION CONTRE L’ACCÈS RESTRICTIF AUX ARCHIVES

Rappelons que la décision du président Macron a été précédée d’une importante mobilisation en France. En effet, devant l’aggravation de l’accès aux archives, à la suite de la publication d’une nouvelle instruction interministérielle sur le secret défense par arrêté de novembre 2020, un collectif d’archivistes, de juristes, d’historiennes et d’his- toriens, composé de l’Association des archivistes français, de l’Association des historiens contem- poranéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche et de l’Association Josette et Maurice Audin, avait saisi le Conseil d’Etat, dans un nou- veau recours du 15 janvier 2021 pour obtenir son annulation. A l’opposé des promesses d’Emma- nuel Macron lors de sa visite à Josette Audin en septembre 2018, c’est le contraire qui s’est produit depuis deux ans sous sa présidence, avaient-ils ob- servé. Dans une déclaration du 17 janvier 2021, il affirmait que «loin de se conformer à la loi sur les archives de 2008, ce texte réglementaire (arrêté de novembre 2020) entrave toujours plus l’accès aux archives contemporaines de la nation».

Relayé par une pétition signée par plus de 18 000 personnes, le collectif suscité dénonçait l’accès restrictif à ces archives et précisait que, depuis

plus d’un an, l’application systématique de l’ins- truction générale interministérielle n°1300 (IGI 1300), «un texte de valeur réglementaire conduit à subordonner toute communication de documents antérieurs à 1970 et portant un tampon ‘‘secret’’

à une procédure administrative dite de ‘‘déclassi- fication’’». Et de souligner que «se trouve ainsi bloqué pendant des mois, et parfois des années, l’accès à ces documents et entravés des travaux portant sur certains épisodes les plus sensibles de notre passé récent, qu’il s’agisse des périodes de l’occupation, des guerres coloniales, ou de l’histoire de la IVe République et des débuts de la Ve République». Et «cette procédure est contestable dans son principe même, car la loi prévoit que les archives publiques dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale deviennent ‘‘communicables de plein droit’’ à l’expiration d’un délai de 50 ans, sans qu’aucune autre condition particulière ne puisse être exigée.

Tous les documents de ce type antérieurs à 1971 devraient donc être librement accessibles aux ci- toyennes et aux citoyens en 2021».C’est pourquoi, un recours a été formé une première fois devant le Conseil d’Etat le 23 septembre 2020 pour voir constatée l’illégalité de l’IGI 1300. Mi-novembre, une nouvelle version de cette IGI 1300 est parue,

«loin de résoudre le problème identifié dans le recours du 23 septembre, elle réduit davantage encore la communication des archives publiques antérieures à 1971 et fait peser de sourdes menaces sur l’accès à l’ensemble des documents classifiés secret défense à l’avenir». Depuis cette date, de nombreux parlementaires ont été saisis de cette question ainsi que la ministre de la Culture, en charge des archives. Le président de la Répu- blique, Emmanuel Macron, et le Premier ministre, Jean Castex, ont également été alertés.«Cette nou- velle version de l’IGI fixe de manière arbitraire le périmètre du secret défense en imposant la date de mars 1934 : tout document postérieur à cette date portant un quelconque tampon ‘‘secret’’ doit faire l’objet d’une demande de déclassification auprès des services émetteurs.»Le collectif rappelle que

«seul l’accès aux archives, dans le respect de la loi, peut garantir un examen informé et contradic- toire de notre histoire contemporaine. C’est aussi une condition indispensable pour répondre à l’ap- pel du président de la République, répété à plu- sieurs reprises, d’un débat sur le passé colonial de notre pays».Quels types de documents seront à nouveau accessibles et ouverts à la consultation tant des historiens que des chercheurs ? Une question et d’autres encore sur lesquelles nous reviendrons dans une prochaine édition.

Nadjia Bouzeghrane

APRÈS SON ANNONCE DE FACILITATION DE L’ACCÈS AUX ARCHIVES CLASSÉES

«Que le président Macron fasse appliquer la loi de 2008»

D

es historiens algériens, qui ont salué l’annonce du président français de faciliter de l’accès aux archives classifiées de plus de 50 ans, notamment celles sur la Guerre de libération, ont déploré les difficultés d’accès aux archives en Algérie. «Toute ouverture d’archives est à accueillir positivement», a affirmé Fouad Soufi, historien et chercheur associé au Crasc, joint hier par téléphone. Emmanuel Macron « a pris la décision de permettre aux services d’archives de procéder dès demain (hier, ndlr) aux déclassifications des documents couverts par le secret de la Défense nationale (...) jusqu’aux dossiers de l’année 1970 incluse», a annoncé, avant-hier, l’Elysée. Avant cette annonce, les historiens algériens et français avaient de plus en plus de mal à consulter les archives datant de 1934 à 1970, a déploré notre interlocuteur. «Le président français est revenu à la loi de 2018. Il a remis les pendules à l’heure, y compris pour les documents classés

‘‘secret-défense’’ de plus de 50 ans. Mais, cela ne veut pas dire que toutes les archives seront ouvertes. Il faut tout lire pièce par pièce», a ajouté Soufi. Les archives françaises déclassifiées sur la Guerre de libération «ne seront consultables qu’en 2022», en raison des lenteurs dans la procédure de la levée du secret-défense, a relevé Fouad Soufi. Quid du contenu des archives déclassifiées ? «Elles

peuvent concernées tout ce qui relève des opérations extra-Etat.

Cela pourrait être aussi des opérations militaires et de la police.

Dans le cas des essais nucléaires français dans le Sud algérien, on pourrait pet-être savoir leurs conséquences. Le secret de la fabrication de la bombe ne sera pas en revanche ouvert au public», a estimé Fouad Soufi.

Ce drenier qui a, par ailleurs, évoqué des difficultés d’accès aux archives en Algérie, a déploré la «fermeture» des services des Archives nationales, notamment ceux des trois grandes wilayas.

«L’Etat algérien doit se pencher sur ce problème», a plaidé Soufi.

Pour sa part, l’historien Amar Mohand-Amer a aussi salué l’an- nonce de la déclassification d’archives françaises sur la Guerre de libération, comme le préconisait le rapport de l’historien Benjamin Stora. «Tout ce qui concourt à faciliter l’accès aux archives et tout ce qui favorise la connaissance et la recherche est le bienvenu.

Ces archives sont importantes pour la simple raison que des fonds immenses d’archives, qui nous concernent en tant qu’Algériens, se trouvent en France, et il est important, pour nos citoyens, que la recherche historique puisse bénéficier de ces fonds. Cette décision est bénéfique», a-t-il souligné, notant que ces archives qui seront déclassifiées vont «booster» la recherche historique en Algérie. A

titre d’exemple, ces archives «vont nous permettre d’approfondir notre connaissance sur des faits, des personnages, des politiques, des stratégies, pendant la guerre et après la guerre de libération», a expliqué Amar Mohand-Amer, relevant qu’il «n’y a presque pas de travaux historiques sur la période de la 1re décennie post-indé- pendance».

Ceci dit, Amar Mohand-Amer a plaidé en faveur d’une stratégie de recherche s’agissant des archives. «Cela ne sert à rien que ces archives soient accessibles, si des centaines de chercheurs algé- riens ne puissent pas y accéder. Pour aller en France, il y a de vrais problèmes : la non-maîtrise de la langue française par beaucoup de nos chercheurs, les problèmes administratifs dont les visas et les problèmes logistiques, car le travail sur les archives prend des mois et des mois. Il ne faut pas dissocier l’ouverture de ces archives avec l’environnement de la recherche. Il faut passer à une véritable stratégie de recherche s’agissant des archives conservées en Algé- rie, en France et ailleurs», a insisté notre interlocuteur. Comme Fouad Soufi, Amar Mohand-Amer s’est dit «triste» par rapport à la situation des Archives en Algérie. «Il n’y a aucune stratégie sérieuse concernant les archives en Algérie. Nous sommes dans le bricolage, l’opacité et la rétention», a-t-il dénoncé. H. L.

DÉCLASSIFICATION D’ARCHIVES FRANÇAISES SUR LA GUERRE DE LIBÉRATION

Des historiens algériens saluent l’annonce de Macron

l Réagissant à la décision, mardi, du président Macron de faciliter la déclassification des archives de la guerre d’indépendance de l’Algérie, le fils de Josette et Maurice Audin lui demande de faire appliquer la loi l C’est aussi ce que n’ont eu de cesse de réclamer historiens, chercheurs et archivistes depuis plus d’un an.

Les archives françaises de plus de 50 années déclassifiées PHO

TO : DR

(4)

D O S S I E R

L

es prix de la viande blanche ne cessent d’augmenter, suscitant l’incompréhension des consom- mateurs. Durement impactés par la baisse du pouvoir d’achat, certains pointent du doigt les spéculateurs qui tentent d’imposer leur diktat sur les prix en prévision du mois de Ramad- han. D’autres dénoncent la mauvaise organisation de la filière et souhaitent des mesures urgentes à même d’ai- der les producteurs à reprendre leur activité. Très prisé par les couches moyennes, le poulet de chair était cédé hier entre 340 et 360 DA le kilo. Il y a quelques semaines, ce produit s’écou- lait à 200 DA le kilo. Pour comprendre cette frénésie des prix, nous avons interrogé de nombreux aviculteurs et autres acteurs de la filière. «Beaucoup nous tiennent pour responsables de cette situation, alors que le meilleur d’entre nous gagne à peine une marge de 20 DA par kilo. Le poulet se vend actuellement à 260 DA en gros dans les poulaillers. Avant octobre dernier, on l’avait même acheté à 160 DA. Il ne faut pas oublier que les abattoirs aussi ont des marges allant de 20 à 40 DA», réagit un boucher à Boumerdès.

Pour Abdelkader, aviculteur de Lakh- daria, cette hausse des prix était prévisible, d’autant que des milliers d’aviculteurs ont cessé leur activité à cause des effets de la pandémie de Covid-19. Le nombre de ces derniers est évalué à 15 000 par le président de Conseil national interprofessionnel de la filière avicole (Cnifa), El Moumen Kali. Soit 50% du nombre d’aviculteurs recensés à l’échelle nationale, dit-il, soulignant que la fermeture des restaurants, des écoles

et des universités après l’apparition de la Covid-19 a eu des répercussions fâcheuses sur la filière. «Il n’y a rien d’anormal dans les prix actuels du poulet. C’est plutôt le retour à la normale après la réouverture des restaurants. Les prix doivent se stabiliser autour de 300 DA. L’année passée, il y a des professionnels qui ont vendu leur produit à perte. Au- jourd’hui, l’augmentation des prix du soja et du maïs n’est pas un signe encourageant pour reprendre l’acti- vité. En plus, la pandémie est toujours là. Tout le monde craint de revivre le

scénario de l’année passée», a-t-il expliqué. Autant de facteurs qui pré- disent des lendemains difficiles pour les petites bourses. «Chez nous, on ne parle que quand il y a augmentation des prix. Il fut un temps où on ne trouvait pas d’acheteurs», se défend Hamid, un aviculteur de Khemis El Khechna.

LES SUBVENTIONS PROFITENT AUX SPÉCULATEURS !

Notre interlocuteur n’a pas manqué de dénoncer l’anarchie qui caractérise la vente du poulet. «Ce sont les cour-

tiers et les propriétaires des grands abattoirs qui dictent les prix. Les transactions se font par téléphone, pas au niveau des marchés de la volaille de Boudouaou, Aïn Bessam, Tablat, etc.», déplore-t-il. Madjid Yahia, aviculteur et président de la section du conseil interprofessionnel de la filière à Tizi Ouzou, se dit très inquiet de l’avenir de la filière, notamment après la hausse des prix de l’aliment de volaille à l’international. «On travaille à perte.

Le soja coûte actuellement 5700 DA le quintal, alors qu’il était à 2600 DA avant octobre dernier. Le maïs a atteint

11 500 DA/q après avoir été à 4800 DA/q il y a quelques mois», se plaint-il.

Comme beaucoup d’aviculteurs, Ma- djid risque de mettre la clef sous le pail- lasson du jour au lendemain. «Même les producteurs d’œufs n’ont pas été épargnés. Après plusieurs rencontres à l’échelle nationale, nous avons décidé de suspendre l’approvisionnement des marchés durant trois jours. Nous n’avons aucune autre solution», a-t-il regretté.

Sabri Ahmed, membre de l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL) à Boumerdès, a dénoncé la spéculation sur le son, un produit subventionné très utilisé par les avi- culteurs et les éleveurs de bovins laitiers. «Le ministère a fini par céder aux pressions des minoteries en augmentant le prix de cet aliment à 1800 DA/q, alors qu’il y a deux mois il était à 1500 DA. Le hic, c’est que ce produit est revendu au détail à 3500 DA/q. Les subventions de l’Etat profitent aux spéculateurs, pas aux éleveurs», s’indigne-t-il.

Contrairement aux craintes des consommateurs, le président du Cnifa s’attend à la stabilisation des prix durant le mois du carême, «pour peu que l’Etat vienne au secours des aviculteurs en difficultés et réduise les taxes imposées sur les produits avicoles». Pour sa part, le PDG d’ONAB, Mohamed Batraoui, a pré- cisé la semaine dernière que l’Algérie se lancera dans la culture du maïs au niveau de plusieurs wilayas afin de réduire notre dépendance aux impor- tations, précisant que pas moins de 8900 ha ont été dégagés à cet effet.

Ramdane Kebbabi

LA CRISE DANS LA FILIÈRE FAIT EXPLOSER LES PRIX DE LA VIANDE BLANCHE

15 000 aviculteurs en faillite

PHOTO : DR

l Outre la baisse de la production, la frénésie des prix du poulet s’explique par la réouverture des restaurants, la spéculation et la flambée des prix de l’aliment de volaille sur le marché international.

L’augmentation des prix du soja et du maïs a dissuadé de nombreux aviculteurs de reprendre leur activité

Une hausse des prix des viandes est enre- gistrée ces derniers mois. A quoi cela est-il dû ?Il faut dire que notre association a interpellé les pouvoirs publics sur cette question depuis au moins cinq ans. A la veille de chaque évé- nement important, comme le Ramadhan, on observe une forte hausse de la consommation de ces produits. Nous constatons qu’il y a un déficit en production, et chaque année, les au- torités procèdent à des importations d’appoint de dernière minute. Nous avons interpellé les pouvoirs publics en 2014 : on leur avait dit qu’au lieu d’importer de la viande congelée, il aurait été plus judicieux d’importer des bêtes vivantes et les abattre chez nous. Nous avons aussi suggéré l’importation de viandes de pays sûrs.

Les Algériens consomment de la viande, et en quantité toujours importante, vu que leur qualité de vie s’est améliorée. Il fallait professionnaliser la filière, intensifier les élevages... L’Algérie a toutes les ressources pour devenir un pays exportateur, malheureu- sement, rien n’a été fait à ce jour. Un exemple parmi d’autres : nous sommes la première association à avoir parlé de la viande came- line, pour dire pourquoi cette filière n’est pas exploitée en Algérie et que sont devenus les vétérinaires formés... Nous avons plus de 20 espèces camelines, et plus de cinq millions

de bêtes recensées. Et puis, cette viande est saine. Mais il est regrettable de constater, que mis à part les régions sahariennes, les autres régions ne profitent pas de cette viande alors qu’elle n’est pas chère. Si on avait introduit les viandes camélines sur le marché, on aurait eu plus d’offres pour le consommateur, mais surtout un meilleur prix : cette viande coûte 600 DA/kg. Si elle est produite d’une manière un peu plus professionnelle, elle coûterait 500 DA/kg et elle aurait fait baisser les prix des autres viandes, bovine et ovine. Il y a ce phé- nomène qu’on a découvert avec ahurissement : tout l’aliment de bétail est en grande partie importé. La question qu’on doit se poser : qu’est-ce qui a été fait pendant des années pour qu’on soit dans cette situation ? Qu’est-

ce qui a été fait depuis l’arrivée de la «nou- velle République» en 2019, et de la nouvelle équipe gouvernementale ? On ne demande pas de construire des usines, on demande juste d’encourager l’investissement dans l’aliment de bétail…

La réponse, on la connaît : il y a le lobby des importateurs de viandes et de bétails, qui empêche l’Algérie d’avancer, il y a la complai- sance et la complicité de la part des pouvoirs publics. Dans les discours, il est dit qu’on doit réduire les importations, mais cela ne se fait pas en imposant des taxes et des entraves bureaucratiques. Cela devra se faire en encou- rageant la production locale. Cela ne coûte rien d’instruire quelques directions de wilaya de l’agriculture et de lancer une campagne de production d’aliments de bétail…

Les systèmes de régulation mis en place par les pouvoirs publics ne seraient pas effi- caces face à ces hausses. Qu’en est-il ?

Disons-le franchement, la régulation, c’est d’abord une stratégie, une carte agricole par région... La morphologie du pays nous permet de produire plusieurs types de viandes avec des prix raisonnables.

Après, il faudrait réaliser des infrastruc- tures et mettre en place des prix de référence et des plateformes stratégiques d’entreposage frigorifique... Aussi, il y a lieu de cerner et d’éradiquer l’informel. Mais à ce jour, on entend plutôt parler d’abattage informel ou même de vente de viande d’âne. Le tout d’une manière anarchique. Le contrôle est absent. La

viande doit se vendre dans les boucheries, dans les grandes surfaces, pas au bord des routes, il doit y avoir un suivi régulier…

Quelles sont les propositions formulées par votre association en prévision du mois de Ramadhan ?

Pour le Ramadhan, il y aura, comme chaque année, de la surconsommation, mais à côté, il doit y avoir de la sursensibilisation et du contrôle. Nous demandons aux pou- voirs publics de renforcer les dispositifs de contrôle. Malheureusement, durant ce mois, il y a beaucoup de dépassements et d’anarchie : on permet à certains commerces de changer d’activité. A notre avis, il faudrait arrêter les autorisations que donnent des présidents d’APC et walis à certains commerçants. Toutes les initiatives pour l’organisation des marchés temporaires doivent se faire après étude en pré- voyant des surfaces commerciales légères…

Les contrôleurs doivent être appuyés par des vétérinaires, mais aussi par des agents de la Sécurité nationale (police et gendarmerie).

Ces brigades devraient activer le soir. Il y a aussi un travail à faire avec les opérateurs économiques qui, au lieu de participer aux opérations de solidarité, sont appelés à réduire les prix de vente, une «baisse psychologique», qui va mettre les consommateurs à l’aise : une réduction 2 à 5% sur un produit incitera à la consommation et rétablira la confiance entre les producteurs et leurs clients. Quant aux consommateurs, ils doivent revenir à l’âme du Ramadhan, qui est un mois de piété…

N. I.

HACÈNE MENOUAR. Président de l’association El Aman

«Les lobbies empêchent toute avancée…»

Propos recueillis par Nadir Iddir

Hacène Menouar

PHOTO : D. R.

(5)

L ’ A C T U A L I T É

El Watan - Jeudi 11 mars 2021 - 5

LE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE L’ANNONCE

Plus de 15 quintaux de kif saisis

L

es services sécuritaires ont multiplié, ces dernières semaines, les opérations de communication pour faire part d’importantes saisies de drogue. Le ministère de la Dé- fense nationale a ainsi annoncé, hier dans un communiqué, l’in- terception de 15,87 quintaux de kif traité que des bandes «crimi- nelles, écrit-on, ont tenté d’in- troduire à travers les frontières avec le Maroc». Ces opérations menées par des détachements de l’Armée nationale popu- laire (ANP) durant la semaine du 3 au 9 mars 2021 dans le cadre de la lutte contre le terro- risme et la criminalité organisée ont également permis, s’est félicité le MDN, l’arrestation de deux éléments de soutien aux groupes terroristes à Jijel et Béjaïa, et la destruction de deux casemates pour terroristes et de trois bombes de confection artisanale à Tizi Ouzou, M’sila et Skikda.

«A ce titre, ajoute la même source, des détachements de l’ANP et les services de la Gendarmerie nationale et des

Garde-frontières ont arrêté, lors d’opérations distinctes au niveau des territoires des 2e et 3e Régions militaires, 23 narcotrafiquants et saisi 15,44 quintaux de kif traité, alors que 11 narcotrafiquants ont été appréhendés et 43 kilogrammes de la même substance, ainsi que 17 714 comprimés psychotropes ont été saisis dans diverses opé- rations menées dans les autres Régions militaires.»

Le ministère de la défense an- nonce, par ailleurs, avoir inter- cepté «à Tamanrasset, In Guez- zam, Bordj Badji Mokhtar et Djanet, 334 individus et saisi 12 véhicules, 370 groupes électro- gènes, 176 marteaux piqueurs, des outils de détonation et d’autres équipements utilisés dans des opérations d’orpail- lage illicite, ainsi que 260 sacs de mélange d’or brut et de pierres».

Par ailleurs, et dans une récente intervention au micro de la Radio Chaîne 3, le sous-direc- teur chargé de la toxicologie à l’Institut national de criminalis- tique et de criminologie (INCC)

de la Gendarmerie nationale, le lieutenant colonel Yacine Bou- mrah, s’est inquiété hier de l’évolution des quantités saisies de «haschich hybride» consta- tées ces dernières années.

UN HASHISH HYBRIDE PLUS ADDICTOGÈNE

Celui-ci serait, à l’en croire, beaucoup plus addictogène et dangereux que le cannabis clas- sique, pouvant être assimilé, selon ses dires, à des drogues dures. Il accuse directement le Maroc d’être derrière la produc- tion de ces variétés hybrides. Il est à rappeler que les services de la Gendarmerie nationale et de la police ont fait état der- nièrement de plusieurs saisies de kif traité et de psychotropes.

Les plus récentes concernent notamment la saisie de kif trai- té, dont la quantité dépasse les 315 kg, dans la wilaya de Naâ- ma ainsi que celle de 9430 com- primés psychotropes effectuée par des éléments de la police judiciaire de la sûreté de daïra de Oued Rhiou (Relizane).

En tout et pour tout, les ser-

vices de la Sûreté nationale ont procédé, en janvier et février derniers, à la saisie de plus de 2 tonnes et 500 grammes de stupéfiants, 302 091 comprimés psychotropes ainsi que 4,293 kg de drogues dures (cocaïne), lit- on dans un bilan rendu public par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).

Les investigations et les re- cherches menées par les élé- ments de la police judiciaire ont permis également de «traiter 4849 affaires et d’arrêter 3558 individus impliqués dans la dé- tention et le trafic des drogues et des comprimés psychotropes, ce qui a permis le démantèle- ment d’un nombre de réseaux criminels». Cette «hausse des saisies» a été possible, selon des sources sécuritaires, grâce à une stratégie adoptée par la Sûreté nationale en matière de lutte contre toute forme de cri- minalité, notamment le trafic de drogue au niveau de la bande frontalière, justifiant cela éga- lement par le «renforcement de la présence des policiers sur le

terrain». A. B.

L

e ministère de la Justice a décidé de réviser les dispositions de la loi orga- nique portant statut de la magistrature et la loi organique relative à la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et ses attributions. Le Syndicat national des magistrats (SNM) est invité à formuler des propositions dans ce sens, et il dispose d’un délai d’un mois pour remettre ses sugges- tions. Issad Mabrouk, président du syndicat, qui n’a cessé de réclamer la participation des magistrats à l’élaboration de leur statut, se réjouit que la tutelle décide enfin de se pen- cher sur ce dossier. En quête d’une vraie in- dépendance de la justice, le syndicat réclame en priorité de redéfinir le rôle et les missions du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Une entité qui ne devrait obéir ni au pouvoir ni à la pression de la rue et encore moins à démeurer une caisse de résonance et l’amélioration de la situation «financière»

des juges. «Actuellement, le CSM est une chambre d’enregistrement, il n’est pas indé-

pendant et n’exerce pas ses prérogatives qui sont la défense et la protection des juges.

Le juge est livré à lui-même», tranche M.

Mabrouk, sollicitant par la même la protec- tion de l’Etat qui doit réunir les conditions d’un rendement judiciaire de qualité. Ce samedi, le syndicat va débattre de cette question lors d’une réunion qui regroupera à Constantine l’ensemble des magistrats.

«Nous avons installé deux commissions qui ont travaillé sur le statut des magistrats et des propositions ont été formulées. Nous allons enrichir notre plateforme avant de la mettre au propre ; nous espérons que nos proposi- tion seront prises en considération», note le président du SNM. Le syndicat réclame que soient éliminées les difficultés qui pèsent sur les magistrats et leur protection contre toute pression d’où qu’elle vienne. «Les juges sont souvent pointés du doigt lorsqu’il s’agit de mettre en cause l’indépendance de la justice.

Ce sont eux qui sont soupçonnés de recevoir des ordres du pouvoir exécutif ou d’autres

milieux», affirme M. Mabrouk qui qualifie

«d’inquiétante» la situation de magistrats.

Pour lui, il faut mettre à l’abri du «chantage», de la «pression» et de la «corruption» les juges. «Le juge doit être indépendant finan- cièrement. Une rémunération à la hauteur de son poste est exigée si on aspire à une justice indépendante financière ; tout le monde a profité de la rente, à part les magistrats qui n’ont rien eu», s’insurge M. Mabrouk qui estime qu’un aperçu objectif de la situation de la magistrature montre l’absence de la volonté politique pour concrétiser le prin- cipe de la séparation des pouvoirs, ce qui a fait que le travail de la justice est instable en fonction des conditions liées à chaque période. «Beaucoup se plaignent de l’instru- mentalisation politique de la justice, ce qui porte atteinte à ses principes. Il faut protéger le juge, et si ce dernier enfreint la loi, il doit passer devant les commissions disciplinaires ou pénales», plaide M. Mabrouk

Nabila Amir

l Le ministère de la Défense nationale a annoncé, hier dans un communiqué, l’interception de 15,87 quintaux de kif traité.

RÉVISION DU STATUT DE LA MAGISTRATURE ET LA COMPOSANTE DU CSM

«Le CSM est actuellement une chambre d’enregistrement»

FILIÈRE DE LA VIANDE ROUGE

Flambée des prix en l’absence de contrôle

U

ne flambée spectaculaire des prix de la viande rouge a été constatée au niveau de plusieurs boucheries de la capitale. La viande est deve- nue carrément un produit de luxe en Algérie, que ne peuvent acheter que les riches. Avec la forte chute du pouvoir d’achat des Algériens, des pans entiers de la population seront privés de cet aliment dans un contexte de crise économique, d’explosion du chô- mage et de multiples privations. Ce qui n’augure rien de bon à quelques semaines du Ramadhan. L’Etat doit réagir rapidement.

Contacté, Merouane Khiar, président de la Com- mission nationale des distributeurs de viande rouge, activant sous la houlette de l’ANCA, nous explique les raisons de cette situation. En premier lieu, il cite «la cherté des aliments de bétail, qui ont doublé presque 2 fois au marché de gros, et le gel de l’importation des viandes fraîches ou congelées, décidé par les pouvoirs publics depuis le dernier trimestre 2020 pour protéger la production nationale».

Pour les autorités, le gel permet de préserver annuel- lement 200 millions de dollars. Cette décision, selon notre source, «a fermé la porte de la concurrence et a été fatale pour les consommateurs». Pour le mois de Ramadhan, si le gouvernement ne prend pas les déci- sions nécessaires, ce sera la saignée et peut-être l’étin- celle à un mouvement de mécontentement général, qui risque de dégénérer en contestation. «Même celui qui a de l’argent ne mangera pas de viande», ironise-t-il. Il faut dans ce cadre aider les éleveurs et ouvrir l’impor- tation, mais à une cinquantaine d’opérateurs pas à deux ou trois qui vont imposer leur monopole. «Il faut aussi durcir et multiplier les opérations de contrôle autour des abattoirs clandestins, qui sacrifient des agneaux, ce qui constitue une atteinte grave et une destruction du cheptel.» Autre facteur à prendre en compte : cer- tains commerçants donnent libre cours à leur insatiable appétit et ne semblent privilégier que l’enrichissement, obsédés par l’envie de faire des bénéfices même en cette période de dégradation du pouvoir d’achat. Sur le marché de gros, le veau est cédé en moyenne à 1120 DA/le kilo et entre 1250 et 1350/le kilo pour l’agneau.

Merouane Khiar lance un appel urgent aux pouvoirs publics pour intervenir. La filière viande rouge est pointée du doigt, les problèmes en amont et en aval font en sorte de pérenniser un système de gestion dépassé, dont les retombées sur les consommateurs ne sont que le reflet d’une instabilité du marché et une crise réelle d’une offre qui reste faible, vu que la demande est croissante et les prix stagnent à des niveaux élevés depuis des années, ce qui constitue un handicap certain pour une grande partie des consommateurs dont le pou- voir d’achat s’est dégradé avec l’inflation et la déva- luation du dinar. La consommation moyenne de viande rouge par habitant est de 14,4 kg par an. Un niveau relativement faible comparativement aux pays indus- trialisés. Ce dossier doit être pris en charge en urgence par le gouvernement et notamment par le ministère du Commerce. Kamel Rezig, ministre du Commerce, avait tenté l’année dernière d’aller en guerre contre le lobby de la viande, mais il n’a pas pu en venir à bout.

Kamel Benelkadi

Les familles Zizi, Djabi et Chabani sont très touchées par les marques de sympathie et d’amitié que vous leur avez témoignées suite à la disparition subite de leur cher fils, frère,

époux, père et neveu

Mohamed Redouane Zizi

décédé le 6 mars 2021. Le regretté défunt a été enterré le jour-même au cimetière d’El Kettar à Alger.

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude pour votre présence, par les mots de soutien ainsi que tout le réconfort

que vous nous avez apporté en cette période de deuil.

Puisse Dieu Tout-Puissant lui accorder Sa Sainte Miséricorde et l’accueillir en Son Vaste Paradis.

«A Dieu nous appartenons, à Lui nous retournons.»

Remerciements

(6)

P O R T R A I T

C

omme la question

mémorielle est à l’ordre du jour, il nous a paru op- portun d’en parler, avec le précieux concours d’un historien, d’autant que ce sujet brûlant a suscité des réactions inattendues, suite au rapport Stora.

C’est donc notre ami Fouad Soufi qui va tenter de démêler l’éche- veau, avec toute son expertise, son approche scientifique et sa rigueur. Les mémoires ? C’est un pari hardi mais par ou com- mencer ? Vaste chantier empli de risques. Qui fait le tri ? Ce sont ce les souvenirs, où les trous de mémoire. A moins que ce soit un rappel d’événements, dont on n’ose pas raconter l’intégralité, car pour l’heure, tout n’est pas à raconter. Avec cet historien, aguerri, qui va droit au but, en di- sant les faits crûment, pas besoin de paraboles, d’esquives en em- pruntant des portes dérobées. On va vite au vif du sujet, mais pas en besogne. Le rapport de Stora sans l’indifférer, il le place dans son contexte, loin du bruit qu’il a suscité chez nous. Ce rapport ne m’étonne pas, car il émane d’un expert français à son président, et au-delà, il s’adresse à l’opi- nion publique française. Mais on me dit, il parle de nous. C’est vrai. Il y a eu un débat sur cette problématique des mémoires. Et c’est comme si c’était à nous qu’il s’adressait. Tout est faussé, car chacun y est allé de sa version, de l’histoire de l’Algérie et veut l’im- poser aux autres. Et ça c’est aussi un faux débat. Stora, pour autant que je sache, est français. Il a écrit plus de livres sur l’histoire de la guerre de Libération, que ceux, qui , en Algérie, le critiquent. Il a rappelé certains événements. Il a fait des préconisations, pas des recommandations à son pays.

Pourquoi ? Pour tenter de récon- cilier les mémoires algérienne et française. On sait très bien que c’est un parcours, parsemé d’em- bûches, et que les extrémistes algériens et français rejettent l’idée. Stora a essayé de faire le lien entre ceux qui, en France, ne confondent pas la France à la France coloniale, et ceux qui en Algérie font de même.

GUERRE DES MÉMOIRES ?

Comme nous nous inquiétions de l’amalgame qui est fait ici, concernant le fait mémoriel, ga- gné par l’émotion, le parti pris et le subjectivisme, nous voulions savoir où commence et où finit la frontière entre la mémoire et l’histoire, situation qui a donné lieu à bien des controverses. Il

faut surtout éviter le mémori- cide, c’est-à-dire, tirer l’histoire à son profit et cacher les traces et les documents compromettants.

L’important est qu’il y ait une lecture du passé, plus conforme à la réalité des faits. Mais, cela ne peut se faire avec la rétention de l’information et surtout la censure.

La réponse de l’historien est sans appel. Entre l’histoire et la mémoire, il y a un océan. Sauf que chez nous, la mémoire peut imposer sa loi à l’histoire et aux historiens. L’historien travaille sur des sources orales, écrites et même sur la pierre. Allusion aux lieux de mémoire, comme les maquis, les commandements, les endroits symboles... L’his- torien se pose des questions et interroge l’histoire. Le mémora- liste rapporte son vécu, qui n’est qu’un vécu, au milieu de mil- liers d’autres. L’histoire, compare.

Malheureusement, chez nous, cette distance, entre l’histoire et la mémoire est mal com- prise, surtout pour l’histoire de la guerre de Libération nationale.

L’histoire, c’est l’esprit critique.

A commencer, par exemple, par le mot guerre d’Algérie, qui ne s’adapte pas à notre histoire qui, à mon sens, épouse le vocable guerre de Libération nationale.

Je vais vous dire une vérité. L’État français a reconnu qu’il y a une guerre, lorsque ses soldats ont réclamé un statut. Ce fait a chan- gé la donne.

AMALGAMES ET FUITES EN AVANT

Car ils ont commencé par les ap- peler les «événements d’Algérie».

Si c’était le cas, ces soldats n’au- raient fait que leur simple travail de police. Si c’est une guerre, ils jouissent d’un autre statut, d’anciens combattants, et béné- ficient d’avantages conséquents.

D’ailleurs, les soldats, victimes des retombées des explosions nucléaires se battent encore pour recouvrer leurs droits et obtenir des réparations. En lui rappelant, son cri de colère, lancé,il y a cinq ans dans les colonnes

d’El Watan, où il fustigeait l’atti- tude négative et l’absence de coopération du directeur des Archives nationales, arc-bouté sur ses positions fermes d’inter- dire l’accès aux archives, Fouad ne décolère pas. C’est une contri- bution qui date de 2016. Quand je l’ai publiée ,il n’y a pas eu, à vrai dire de réaction. Ce qui est tragique, c’est que 5 ans après, ces propos ont été consi- dérés, comme d’actualité. C’est le contexte actuel qui a donné sens à ce que je disais. Il fut un temps où on pouvait consulter la documentation et les archives.

Personnellement, j’ai pu voir les archives liées au GPRA et au CNRA. Actuellement,ce n’est plus le cas. La libération des mémoires des moudjahidine a démontré la vanité et l’erreur de cette politique de rétention.

Parce que les moudjahidine, quand ils ont écrit, sont allés plus loin que les archives. Heureuse- ment, leur mémoire a permis de ne pas cacher ce qui se dit dans la rue. Il y a peut être plus d’un mil-

lier de livres sur ça. Et c’est tant mieux, car l’expression écrite, du vécu des moudjahidine, nous aide encore mieux à comprendre notre histoire. Mais toujours avec l’esprit critique. L’engouement des chercheurs pour le fait his- torique a connu des dévelop- pements appréciables dans une perspective pluridisciplinaire, avec des problématiques asso- ciées à la sociologie, la psycholo- gie, la psychanalyse, l’anthropo- logie...Aussi, les traumatismes, on peut également les chercher dans des lieux de mémoires.

Effectivement. Quelqu’un avait écrit. La terre, elle, ne ment pas.

Mais elle ne nous a pas tout dit.

Il nous faut faire l’anthropologie de la guerre de Libération natio- nale. Repérer systématiquement et faire des fouilles dans les PC des wilayas, par exemple, de zone. Fouiller les lieux de combat même dans les villes, et immor- taliser ces lieux par des plaques indicatives. C’est une façon de nourrir les mémoires et lutter contre l’oubli. A la question de savoir s’il est aisé, face au pou- voir politique, de produire un discours scientifique et objectif sur le passé. Fouad répond par une autre question. Encore faut- il que les politiques tolèrent ce travail d’historien ? Hormis l’intervention frontale de Houari Boumedienne, en 1975, concer- nant l’histoire, en suggérant qu’il faut dire, que Messali a été un héros jusqu’en 1954 et après un traître, c’est ce que j’appelle le syndrome Yves

Courrière, il n’y pas eu d’avan- cées. Au contraire, puisque Messaadia avait décrété que seuls les moudjahidine avaient le droit d’écrire l’histoire de la lutte de Libération. D’où les différents colloques depuis 1981.

L’UNIVERSITÉ HORS JEU

En parallèle, à cette époque, l’Université était devenue auto- nome, en produisant des thèses académiques, que jamais le pou- voir n’a essayé de contrôler. Mais, étant donné les règles de la mé- thode historique, personne ne pouvait travailler, sur la guerre de Libération nationale, comme on le fait aujourd’hui. Ce qui manque, c’est précisément la

publication et la diffusion des thèses. De plus, il n’y a pas, ou très peu, de revues académiques, ou ne sont pas diffusées... Peut on améliorer l’état des lieux et en sortir sans dégâts ? L’histoire de la guerre de Libération n’est pas l’histoire de l’Algérie qui est net- tement plus vaste. Cest pourquoi on ne peut ramener l’histoire de l’Algérie à l’histoire de la guerre.

Ce qui se fait, aujourd’hui, c’est qu’il y a des tendances au sein de notre intelligensia et du pouvoir politique qui veulent contrôler,de façon absolue, non seulement l’histoire de l’Algérie tout entière, mais également l’histoire de la lutte de Libération. Ce qui donne lieu à des débats conflictuels. Il n’y a pas que l’État, il y a aussi ce qu’on appelle, abusivement, la société civile. Je préféré le mot associations. La société produit son discours sur l’histoire, et les tabous qu’elle crées sont aussi puissants que ceux de l’État.

Parce qu’elle produit contre ce que dit l’État. On aboutit à mettre en valeur un personnage contre tous les autres. Finalement, on nourrit les haines, les ressenti- ments, les rancœurs, bref, tout ce qui peut être négatif. Il y a aussi cette tendance à la glorifi- cation déplacée. J’avais fait cette remarque à Saida, à un conféren- cier, haut responsable politique, qui avait mis en exergue le 8 Mai

1945, dans cette ville, la mettant au même niveau que Guelma, Kherrata et Sétif, dans un but opportuniste avec des visées po- liticiennes ! On sait que le fait colonial est appréhendé, selon des problématiques propres à chaque historien. Timidement, les historiens n’ont pas insisté sur les liens entre l’égalité répu- blicaine chantée par la France, patrie des Droits de l’Homme, et les pratiques discriminatoires puis carrément meurtrières et abominables sur le terrain. L’his- tographie française a globale- ment un point commun avec tous les historiens académiques, dont beaucoup ont abordé posi- tivement ce volet. C’est la mé- thode historique, celle qu’on dit positiviste, qui s’appuie unique- ment sur les archives, et celle qui a révolutionné l’écriture de l’histoire et qu’on appelle l’école des annales, qui met en avant la question historique et celle de l’usage des sources en s’ap- puyant sur la méthode critique.

Rien n’est jamais écrit définitive- ment. Et il faut ouvrir, l’histoire à toutes les sciences sociales, dont l’anthropologie, la psycho, l’his- toire sociale... Ses initiateurs sont Lucien Febvre et Marc Bloch.

La loi de 2005, consacrant le rôle positif de la colonisation

? C’est un problème politique dénoncé par les historiens. Mais, à la limite, c’est le problème des Français. Leurs historiens aca- démiques ont dénoncé cette loi avant les politiques français de gauche, rappelle Fouad, qui, en revanche, se félicite de la déci- sion du président français d’ou- vrir, depuis peu, les archives de la guerre d’Algérie. Cette ouverture a été précédée par la reconnais- sance de la France de ses crimes et assassinats, notamment celui de Ali Boumendjel. Mais pour- quoi Boumendjel ? C’est un choix judicieux que celui de Stora.

Il aurait pu choisir Benmhidi.

Comme il s’adresse aux Français, il veut leur dire que leurs officiers sont arrivés jusqu’à assassiner un avocat, un homme de loi, un défenseur du Droit et de la loi.

Avec tout son poids symbolique.

Il leur renvoie leur barbarie aux officiers, en tant que militant, mais ce n’est pas un officier de l’ALN. Symboliquement, le mes- sage adressé est que votre bar- barie a fait que vous avez touché à un homme de paix qui défend la société. Il faisait son métier d’avocat, même s’il était lié au FLN. Pourquoi, je dis ça. L’un des symboles de la guerre des Français de droite, c’est la mort de l’instituteur Monnerot tué, par erreur à Mchouneche. C’était la première victime française de la guerre. A Oran, à la même époque, il y a eu presque le même fait, où un français de confession juive, Azoulay Samuel a succom- bé. Mais sa disparition n’a pas eu la propagande du gouvernement, général parce qu’il était simple chauffeur de taxi et que l’autre, enseignant, était venu prodiguer le savoir aux indigènes, qui l’ont tué... une véritable bombe dans la conscience collective française.

H. T.

SOUFI FOUAD. Historien. Chercheur associé au CRASC. Ancien directeur de Archives d’Oran, spécialiste du mouvement national

PHOTO : H. LYÈS

Les archives, une problématique algérienne

Holywood avait inventé l’industrie du rêve.

Aujourd’hui, les médias inventent l’industrie du mensonge pour imposer une normalisation des idées et des comporte- ments

Joel Labruyère

Fouad Soufi est un homme accompli et un historien rigoureux, de valeur,qui traite des sujets anciens, comme Sheshnak, yennayer et d’ autres considérés comme tabous. Chercheur, il a exercé au Crasc d’Oran et dirigé les archives de la wilaya d’Oran. Il a, à son actif, plusieurs publications académiques. Militant social, il donne régulièrement des conférences et éclaire sur le mouvement national dont il est une des références. Homme modeste et probe,il avait dénoncé,il y a quelques années le directeur des archives nationales, peu coopératif avec les chercheurs et les historiens.

Parcours

HAMID TAHRI

[email protected]

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