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La lutte contre les moustiques : outils, applica- tions, problèmes et perspectives

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L

a 3e séance du Comité Antilles-Guyane de la Société de pathologie exotique s’est tenue à Fort-de-France (Marti- nique) le 14 février 2007, dans les locaux du Conseil général.

Elle a été jumelée à l’Assemblée générale de l’Agence natio- nale pour la démoustication et la gestion des espaces naturels démoustiqués (ADEGE).

La première demi-journée a été consacrée à un atelier sur la thématique de la démoustication. Cet atelier a réuni principa- lement les intervenants des différents établissements français en charge de la lutte contre les moustiques et regroupés au sein de l’ADEGE. Les résumés des six communications sont présentés ci-après.

La deuxième partie de la séance a donné lieu à quatorze com- munications abordant des problématiques de santé impor- tantes pour les départements français d’Amérique avec, en premier lieu, la dengue et le paludisme. Les résumés de ces communications sont présentés ci-après.

La 4e séance du Comité Antilles-Guyane s’est tenu à Cayenne en Guyane en octobre 2007.

Atelier « démoustication »

La lutte contre les moustiques : outils, applica- tions, problèmes et perspectives

A. Yébakima

Centre de démoustication – Conseil général de la Martinique, 97200 Fort-de-France.

E-mail : [email protected]

L

e contrôle des moustiques répond à deux impératifs : un impératif de santé publique (contrôle des vecteurs de maladies) et un impératif économique (contrôle des nuisants).

Toute action de lutte contre un moustique doit être précédée d’une enquête entomologique la plus approfondie possible.

Des résultats de cette investigation découleront la stratégie, le choix du produit, le choix du matériel, la place de la lutte indi- viduelle ou de la lutte collective. Lorsqu’il s’agit d’un vecteur, on se doit de tenir compte des composantes épidémiologiques et surtout de travailler avec les autres disciplines : épidémiolo- gie, clinique, parasitologie, virologie, sciences sociales…

Au fil du temps, de nombreux outils de contrôle, plus ou moins sophistiqués, ont été mis au point, soit par les opé- rateurs de terrain, soit par d’autres intervenants. Ainsi som- mes-nous passés du classique pulvérisateur manuel à pression préalable et porté à dos d’homme, au pulvérisateur ULV type London Fogger ou au pulvérisateur tracté type Microgen.

L’évolution des moyens de traitements est allée de pair avec celle des molécules insecticides : organochlorés, organophos- phorés, carbamates, pyréthrinoides de synthèse, bio-insec- ticides…

Aujourd’hui, le contrôle des moustiques est essentiellement confronté à deux problèmes : l’apparition de la résistance et la qualification des opérateurs de terrain. La gestion des phé- nomènes de résistance impose que les opérateurs puissent disposer d’un large panel de molécules à activité larvicide ou adulticide. Le souci d’efficacité devrait justifier un effort important en terme de formation initiale et de recyclage des personnels.

La recherche, fondamentale ou opérationnelle, devrait béné- ficier d’un plus grand soutien financier.

Les opérateurs publics français regroupés au sein de l’agence nationale pour la démoustication inscrivent leur action dans une optique de lutte intégrée et de développement durable, avec trois lignes de force :

– la précision en terme d’efficacité ; – la maîtrise des effets non intentionnels ;

– la recherche, au plan économique, du meilleur coût, compte tenu de la satisfaction des deux conditions précédentes.

Les nouveaux enjeux de la démoustication en milieu nature : l’exemple du littoral méditerranéen.

C. Lagneau

Direction recherche et développement, EID Méditerranée, 165, avenue Paul-Rimbaud, 34184 Montpellier cedex 04. E-mail : [email protected]

L

es enjeux socio-économiques de la démoustication en France métropolitaine et outre-mer sont considérables.

La mise en application de la nouvelle réglementation euro- péenne relative à la mise sur le marché des biocides (directive 98/8/CE) a des conséquences immédiates sur la stratégie de contrôle des opérateurs publics en charge des principaux pro- grammes de lutte, en particulier, dans les milieux naturels.

La disparition de certaines substances actives efficaces, non soutenues par leur fabricant, réduit la panoplie des moyens et nécessite dans un délai extrêmement court des ajustements dont il reste à mesurer les effets.

Face à ce nouveau contexte réglementaire, dès la prochaine campagne en 2007, des adaptations seront apportées à la stra- tégie mise en place par l’EID Méditerranée en Languedoc- Roussillon depuis les années soixante pour maintenir la nuisance des moustiques à un niveau supportable. Sont éga-

C OMPTES - RENDUS DE SÉANCES

T roisième réunion du comité local de la SPE Antilles-Guyane, 14 février 2007 .

Présidence : B. Carme

Laboratoire hospitalo-universitaire de parasitologie-mycologie, Équipe EA 3593, Centre hospitalier de Cayenne et Faculté de médecine Antilles-Guyane BP 6006.

E-mail : [email protected]

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moyen et à long terme en matière de lutte insecticide.

Relation à l’usager : un numéro d’appel « indigo » en libre-service.

Procédure et bilan synthétique.

J.-L. Gely

Direction communication & relations extérieures, EID Méditerranée, 165, avenue Paul- Rimbaud, 34184 Montpellier cedex 04. E-mail : [email protected]

L

’exigence de qualité parcourt tous les segments de la population. À ce titre, un service public ne peut s’abs- traire d’une relation à l’usager qui vise la connaissance de ses activités, favorise un accès optimal à ses prestations et recherche la meilleure satisfaction.

À côté et en plus d’outils d’analyse (sondages, enquêtes ou études sociologiques, etc.), répondre concrètement aux demandes du public, qu’elles relèvent d’une nuisance effective ou d’une simple perception, est une nécessité autant qu’une utilité.

À cette fin, un numéro téléphonique « indigo » a été ouvert par l’EID Méditerranée, dont la promotion est assurée par des articles (communiqués) dans la presse quotidienne et pério- dique régionale, dans les journaux institutionnels et via les supports informatifs de l’organisme.

Bien que quantitativement limitée (ce qui est en soi une indi- cation sur le niveau relatif de gêne), la sollicitation de ce dis- positif remplit 5 objectifs :

– identification de nuisances ponctuelles ou résiduaires per- mettant une résolution effective ;

– information sur les variétés de nuisibles et démystification ; – éducation comportementale (problématique urbaine) ; – communication sur les objectifs et missions de l’EID ; – renforcement de l’image de service public.

Mise en place d’un observatoire de la nuisance due aux moustiques sur les territoires démousti- qués de la région Rhône-Alpes.

R. Foussadier

E.I.D. Ain-Isère-Rhône-Savoie, BP2, 73310 Chindrieux. E-mail :[email protected]

L

a région Rhône-Alpes est un territoire riche en zones humides. Ces zones, de par leur fonctionnement écolo- gique, jouent un rôle patrimonial ou économique important, mais sont aussi génératrices des certaines nuisances telles que les moustiques. L’importance de la nuisance pouvant aller jusqu’à freiner le développement de certaines activités éco- nomiques comme le tourisme ou l’agriculture, les Conseils généraux mirent en place en 1965 un organisme de lutte.

L’éradication des moustiques étant impossible, l’Entente interdépartementale pour la démoustication a, dans un pre- mier temps, tenté de réduire la nuisance puis de la stabiliser à un niveau suffisamment faible pour qu’elle soit acceptable par l’ensemble des acteurs locaux. Si la nuisance ressentie sur l’ensemble des territoires est actuellement globalement faible, voire nulle, il apparaît cependant que, dans certaines localités, une nouvelle gêne semble émerger, sans que les suivis ento- mologiques puissent apporter de réelles explications. Afin de mieux comprendre ce phénomène et de pouvoir répondre aux attentes de la population, l’EID Rhône-Alpes a réalisé durant les années 2004 et 2005 une enquête auprès d’un panel de population provenant des différents territoires démous- tiqués. L’objectif est de mieux appréhender la perception, par les populations locales, des problèmes de moustiques, de

nos moyens de communication, mais éventuellement aussi nos moyens opérationnels. Le résultat de ces deux années d’enquête a conduit à la mise en place d’un observatoire de la nuisance due aux moustiques.

La participation communautaire et démoustica- tion en Martinique : implication grandissante des municipalités et établissements scolaires.

D. d’Abadie de Lurbe, R. Pelagie, C. Desportes &

A. Yebakima

Centre de démoustication, boulevard Pasteur, 97200 Fort-de-France, Martinique.

E-mail : [email protected]

E

n Martinique, comme certainement dans d’autres pays, les établissements scolaires et les municipalités sont des relais essentiels pour parvenir à une participation communautaire dans la lutte contre les moustiques.

Parce qu’elle constitue le premier référent des administrés pour les problèmes du quotidien, la mairie est un relais indis- pensable. Ainsi, 71 agents municipaux de 19 communes ont suivi une formation d’une semaine sur les différents aspects de la démoustication. Cette formation est une base nécessaire pour mener à bien des actions comme l’opération Toussaint (1 commune en 1998, 29 communes en 2006) ou les visites domiciliaires renforcées (travail de proximité associant agents de la démoustication et agents municipaux). D’abord partici- pantes, les municipalités sont devenues forces de proposition en initiant des projets innovants comme l’organisation dans les écoles primaires, de pièces de théâtre, de spectacles chan- tés, ou encore des concours d’affiches sur le thème de la lutte contre les moustiques. Elles ont ainsi compris l’importance de la sensibilisation des plus jeunes.

En cela, l’école constitue un relais prometteur dans l’infor- mation et la prévention. Les demandes d’animations sur les moustiques se font de plus en plus nombreuses à tous les niveaux scolaires.

Le service de démoustication intervient régulièrement dans des « Journées santé-citoyenneté » ou « Journées hygiène- prévention » organisées au niveau des collèges.

Les lycéens et étudiants trouvent aussi un attrait au sujet, au travers notamment des TPE (travaux personnels encadrés) qu’ils réalisent sur la prévention ou la résistance des mous- tiques aux insecticides, ou l’organisation d’actions profes- sionnelles (par exemple les BTS « assistant de direction » ou

« économie sociale »).

Toutes ces initiatives sont activement soutenues par le service de démoustication.

Évaluation de nouveaux insecticides et de nouvel- les stratégies pour la lutte contre les moustiques vecteurs d’arboviroses.

V. Corbel (1), F. Darriet (1), S. Marcombe (1), M. Etienne (2), M.M. YP-Tcha (2) & A. Yéba- kima (2)

(1) Laboratoire LIN-IRD, Boulevarde de la Lironde, 34000 Montpellier.

E-mail : [email protected]

(2) Centre de démoustication, BP 679, 97200 Fort-de-France, Martinique.

E-mail : [email protected]

D

epuis quelques années, on assiste à la résurgence/émer- gence dramatique de maladies à transmission vectorielle en France (dengue dans les DFA, chikungunya dans l’océan Indien, etc.). Pour faire face à ces maladies, il n’y a actuellement

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Résumés.

ni médicament spécifique, ni vaccin et le seul moyen demeure le recours à la lutte contre le moustique vecteur. Malheureu- sement, la lutte antivectorielle se heurte à de nombreuses limitations d’ordre financier (personnel, matériel, etc.), légis- latif (réglementation européenne Biocide 98) et opérationnel (efficacité, etc.). Parmi ces dernières, on peut citer la résistance d’Aedes aegypti aux insecticides conventionnels, la faible réma- nence des larvicides qui nécessite des traitements fréquents (ex.

Bti) et le manque de composés alternatifs efficaces et moins toxiques pour l’homme et son environnement.

Le présent projet associant l’IRD (UR16) et le Conseil général de la Martinique (Centre de démoustication) propose d’éva- luer l’efficacité de nouveaux larvicides (spinosad & pyriproxy- fen) et adulticides (naled & pyrethrum) sur des populations sauvages d’Aedes aegypti résistantes aux pyréthrinoïdes et aux organophosphorés. Dans un deuxième temps, il sera ques- tion d’évaluer les performances de combinaisons d’insectici- des (adulticide + larvicide) en pulvérisations spatiales UBV selon les protocoles standards OMS. Les produits larvicides et adulticides testés ont été notifiés dans le cadre de la directive européenne Biocide (catégorie PT18) et présentent l’avantage de pouvoir être rapidement utilisés en cas de succès. Ce projet qui s’inscrit dans une suite logique de l’expertise collégiale sur l’optimisation de la lutte contre la dengue dans les DFA (IRD 2004), permettra aux équipes de démoustication de disposer d’outils et de stratégies supplémentaires pour lutter contre les moustiques vecteurs d’arboviroses en milieu urbain.

Communications

L’expertise collégiale « Optimisation de la lutte contre la dengue dans les départements français d’Amérique », IRD 2003 : où en sommes-nous en 2007 ?

A. Yébakima

Centre de démoustication, Conseil Général de la Martinique.

Président du Collège des experts de l’Expertise dengue

À

l’occasion de l’assemblée générale de l’agence nationale pour la démoustication et la gestion des espaces natu- rels démoustiqués (ADEGE) tenue à Fort-de-France en mars 2000, le Conseil général de la Martinique a initié une expertise collégiale sur la dengue. Très rapidement, ce travail s’est inscrit dans une dynamique régionale et a bénéficié du financement des trois conseils généraux ainsi que de la Direction générale de la santé. La mise en œuvre de ce travail a été confiée à l’IRD qui a largement tenu compte des préoccupations des acteurs de terrain. Un groupe pluridisciplinaire a été constitué. Après deux années (rencontres sur le terrain, recherches bibliogra- phiques, rédaction…), le travail a été restitué aux différents commanditaires dans chaque département et au Ministère : une synthèse grand public, un condensé (sur un CD-Rom) des contributions des experts et une version de vulgarisation en quatre pages.

Les experts ont surtout insisté sur 21 recommandations opérationnelles, couvrant tous les champs de la dengue : l’entomologie, la participation communautaire, la clinique, l’épidémiologie, l’apport des nouvelles technologies, la coo- pération régionale…

Trois ans après la restitution de ce remarquable outil de tra- vail, on peut et on doit tout naturellement se poser la question du suivi des recommandations. Est-il possible d’en envisager une évaluation ?

Bilan de la lutte contre Aedes albopictus dans les sites d’importation de pneus en France métropoli- taine de 1999 à 2003 (Convention ADEGE DGS).

J. Guilloteau (1), S. Chouin (1) & F. Schaffner (2)

(1) EID/Atlantique (2) EID/Méditerranée

S

uite à une première convention entre l’ADEGE et la Direction générale de la santé pilotée par l’EID méditer- ranée, un comité de pilotage a pu mettre en place un suivi de la recherche d’Aedes albopictus sur le territoire métropolitain.

Ces recherches se sont d’abord tournées vers la frontière italienne, mais c’est dans le grand-Ouest que les premiers spécimens ont été découverts. La colonisation de deux sites d’importation de pneus s’est avérée effective en 1999 et des opérations de lutte ont été entreprises dès 2000. Le bilan de ces opérations de prospection et de lutte est présenté ainsi que le suivi encore en cours actuellement.

Une éradication temporaire a pu être constatée mais l’im- portation de pneus dans des conteneurs parfois infestés se poursuit.

Les espèces importées ne se limitent pas à Aedes albopictus : d’autres spécimens ont été collectés lors de ces opérations.

Virus du Nil occidental : évaluation des attitudes des comportements et des connaissances popu- laires.

R. Corriveau (avec la collaboration de J. Grondin)

Université du Québec à Trois-Rivières, 3351, boulevard des Forges, Case postale 500, Trois-Rivières, Québec, Canada, G9A 5H7. Courriel : [email protected]

E

n 2003 l’Institut national de santé publique du Québec publiait une enquête sur le virus du Nil occidental (VNO) évaluant les attitudes, les comportements et les connaissances populaires sur ce qui était, en Amérique du Nord, une nou- velle maladie. Seul ce type d’étude permet de vérifier l’adé- quation entre l’idéal communicationnel et la réalité observée sur le terrain, elle seule permet l’établissement d’objectifs de communications.

N’ayant pas le contrôle des variables à évaluer et possédant encore moins de justificatifs pour la sélection des variables, une enquête naturaliste, soutenue par des méthodes qualita- tives, fut effectuée. Un examen de la couverture médiatique depuis son apparition, de même que plusieurs groupes de discussions (plus de vingt) furent tenus.

Les résultats de l’enquête offrent des indications pertinentes dans le volet communication en intervention sanitaire, aussi bien que dans les autres aspects découlant des conséquen- ces de la présence du VNO sur le territoire québécois. Les résultats se classent dans les six grandes catégories suivantes : connaissances et transmission, connaissances et problème de santé, comportements et protection personnelle, communi- cation et problèmes sémantiques, comportements et contrôle vectoriel, campagnes antérieures d’information.

Plusieurs enseignements découlent d’une telle recherche ; parmi les plus généralisables, retenons l’enseignement qui doit être tiré des expériences antérieures ayant peu réussi.

Pour comprendre et tirer profit du travail accompli, il faut se référer au principe de la communication généralisée, principe qui veut que toutes les décisions soient porteuses de sens, donc inscrites de facto dans l’univers de la communication.

En conséquence, il faut intégrer très tôt le communicateur dans le processus décisionnel, évitant de le considérer comme

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un chaman qui peut, en bout de ligne, exorciser la sphère publique.

Modulation épigénétique de l’expression du virus HTLV-1 et réduction de la charge provirale chez les patients atteints de TSP/HAM

A. Lezin (1), S. Olindo (2), G. Belrose (1), A. Signaté (2), N. Gillet (3), O. Verlaeten (1), L. Willems (3), D. Smadja (2) et R. Césaire (1)

(1) Laboratoire de virologie-immunologie/JE2434, CHU de Fort-de-France, Martinique.

(2) Service de neurologie/JE2434, CHU de Fort-de-France, Martinique.

(3) Biologie cellulaire et moléculaire (FUSAG), Gembloux, Belgique.

L

’infection due à HTLV-1 est endémique aux Antilles et en Guyane où la séroprévalence est de l’ordre de 1 à 2 %.

Ce rétrovirus est l’agent étiologique de la leucémie/lymphome T de l’adulte (ATL) et de la paraparésie spastique tropicale/

myélopathie associée à HTLV-1 (TSP/HAM). Cette dernière association fut mise en évidence à la Martinique au milieu des années 1980 par Jean-Claude VERNANT et al.

La TSP/HAM est bien étudiée à la Martinique où elle atteint 2 à 4 % des sujets infectés, surtout des femmes. Cette maladie débute à l’âge moyen de 45 ans par des troubles de la marche, des douleurs de membres inférieurs et/ou des troubles génito- sphinctériens. Cette méningomyélite chronique et invalidante est progressive et de sévérité variable d’un patient à l’autre.

Les lésions sont secondaires à l’infiltration périvasculaire et parenchymateuse de cellules T infectés et de lymphocytes-T cytotoxiques activés.

La charge provirale (CPV) HTLV-1 mesurée dans le sang circulant constitue un facteur déterminant de l’évolution de la TSP/HAM (OLINDO et al., Arch Neurol, 2006). Elle est 5 à 20 fois plus élevée chez les patients atteints de TSP/HAM que chez les porteurs asymptomatiques. Une réduction de la charge provirale pourrait ralentir l’évolution de la maladie.

Chez un même patient, la CPV est stable sur plusieurs années et résulte presque exclusivement de l’expansion oligoclonale des cellules infectées induite par la protéine virale transacti- vatrice Tax. L’expression des protéines structurales d’HTLV-1 est strictement contrôlée par une forte réponse CTL.

Dans ce contexte, nous postulons que l’activation transcrip- tionelle transitoire du réservoir cellulaire d’HTLV-1 pourrait mener à l’élimination des cellules infectées par le système immunitaire de l’hôte. Cette approche, basée paradoxalement sur l’activation de l’expression génique, a été proposée par d’autres dans l’infection à VIH. Nous avons expérimenté le valproate (VPA), inhibiteur d’histone déacétylases, comme modulateur épigénétique de l’expression d’HTLV-1.

Les travaux in vitro ont montré que le VPA stimule l’expres- sion virale et augmente simultanément les niveaux d’apoptose des cellules infectées par HTLV-1. Ces données expérimen- tales et l’appartenance du VPA à la pharmacopée (depakine) ont conduit à un essai thérapeutique ouvert et pilote initié en février 2006 (avis favorable du CCPPRB). Le VPA a été administré oralement à 20 patients TSP/HAM recrutés par le service de neurologie du CHU de Fort-de-France. Nos données objectivent une diminution de la charge provirale HTLV-1 chez tous les patients. Ces résultats préliminaires seront présentés et discutés.

Épidémiologie de la dengue en Martinique (saison 2005-2006)

T. Cardoso, P. Chaud, J. Rosine, S. Boyer, Y. Na- deau, R. Césaire, G. Lagathu, J. Martial, L. Koul-

man, A. Cabié, L. Thomas, A. Blateau & P. Quénel

Contact e-mail : [email protected]

U

ne épidémie de dengue a touché la Martinique de juin 2005 à février 2006. De plus, la fin de l’année 2006 a été marquée par la plus importante recrudescence saisonnière depuis 2000. L’objectif de cette étude est de décrire les carac- téristiques de ces 2 évènements.

La surveillance épidémiologique de la dengue est basée sur l’extrapolation du nombre de cas suspects signalés par un réseau de 55 médecins de ville (dont l’activité représente 17,7 % de l’activité de tous les médecins généralistes), le suivi des cas confirmés par examens biologiques pratiqués par 5 laboratoires spécialisés et 39 laboratoires de ville et la descrip- tion des cas hospitalisés à partir des dossiers médicaux.

Les seuils épidémiques ont été dépassés au début du mois de juillet. Au total, on estime que 13 500 personnes ont été touchées par l’épidémie, soit 3,5 % de la population. Toutes les communes de l’île ont été atteintes à des degrés divers. Les communes du centre et du sud de l’île, qui ont été les premiè- res concernées, ont été les plus touchées. Sur 222 sérotypes isolés par RT-PCR depuis le 1er janvier 2005, on retrouve 70 % de DEN-4, 28 % de DEN-2 et 2 % de DEN-3. Les infections à DEN-2 sont plus souvent liées à une hospitalisation que les infections à DEN-4 (RR = 2,1 [1,4-3,1]). Au total, 194 patients ont été hospitalisés pour une dengue confirmée biologique- ment. Parmi eux, 37 ont présenté une dengue sévère, 3, dont 1 enfant, ont présenté une dengue hémorragique. Trois décès sont liés à une infection aigue par le virus de la dengue.

Au cours de la recrudescence de 2006, (semaine 2006-20 à 2006-52), on estime à plus de 2 200 le nombre de personnes touchées, 485 cas ont été confirmés, 59 patients ont été hospi- talisés et 1 patient est décédé. La commune de Trinité a connu l’incidence la plus importante durant la période.

Le risque de survenue d’une épidémie avait été signalé dès le mois de mai 2005, du fait d’un dépassement des seuils d’alerte et de l’émergence du sérotype DEN-4 qui n’avait plus été isolé en Martinique depuis 1995. La structuration de la veille sanitaire en Martinique a permis de détecter très précocement la survenue de l’épidémie, grâce au suivi régulier des indica- teurs de surveillance, et de diffuser des bulletins de pré alerte et d’alerte épidémique.

La mobilisation des partenaires, notamment des municipalités qui représentent le principal acteur de la participation des citoyens à la lutte contre le vecteur, a été très tardive et n’a été effective qu’après plus d’un mois d’évolution de l’épidé- mie. Quelques mois après, le comité d’expert a préconisé le passage en pré-alerte, entraînant cette fois une mobilisation plus importante des municipalités concernées.

L’épidémie de 2005 a été d’une ampleur moitié moindre que celle de 2001, de gravité modérée et essentiellement liée au sérotype DEN-4. Une recrudescence saisonnière de la den- gue, plus précoce et plus intense que les années précédentes, a été enregistrée depuis la mi-août jusqu’à la fin novembre 2006.

Celle-ci a été marquée par une co-circulation des 4 sérotypes pouvant faire craindre une plus grande fréquence de survenue de formes sévères.

Mise en évidence de la circulation du virus de la

fièvre de la vallée du Rift dans un village séné-

galais : rôle de Culex poïcilipes ou d’un vecteur

domestique ?

(5)

Résumés.

L. Marrama (1), E. Gomez (2), A. Sall (3), M. Diallo (4), Y. Thiongane (5), C. Mathiot (3), A. Spiegel (1)

(1) Unité d’épidémiologie, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

E-mail [email protected]

(2) Service national des grandes endémies, Dakar, Sénégal.

(3) Département de virologie, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

(4) Laboratoire de zoologie médicale de l’IRD, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

(5) Institut sénégalais de recherche agricole, Dakar-Hann, Sénégal.

A

u Sénégal, la fièvre de la vallée du Rift (FVR) fait l’objet d’une surveillance depuis l’épidémie survenue à Rosso en 1987. En novembre 1998, la circulation du virus a été mise en évidence autour du village de Diawara (département de Bakel, Sénégal) par l’isolement du virus dans des lots de Culex poïcilipes capturés autour d’une mare proche du village et la détection d’IgM chez des moutons pâturant à proximité.

Une étude de séro-prévalence a été menée en juillet 1999 pour déterminer si le virus avait également circulé dans la popu- lation du village et, le cas échéant, le mode le plus probable d’infection. Un échantillonnage en grappe a permis l’inclusion de 1 520 personnes, âgées de 6 mois à 83 ans. Pour chaque inclus, un prélèvement sur buvard au bout du doigt a été réalisé et des informations individuelles et collectives sont collectées.

La prévalence en IgG anti-FVR a été estimée à 5,2 % dans la population générale et à 8,5 % chez les enfants de 6 mois à 2 ans. Elle n’était pas statistiquement associée aux variables suivantes : âge, sexe, contact avec la mare, présence de mou- tons, existence d’avortements chez ces moutons, déplacements individuels ou collectifs. Mais, cinq concessions, regroupées autour d’un ravin situé au centre du village, présentaient une prévalence anormalement élevée. Une corrélation néga- tive a été trouvée entre la distance au ravin et la prévalence (r = – 0,43, p < 0,001).

La valeur de la prévalence globale et la similitude des préva- lences par classes d’âge étaient en faveur d’une circulation virale limitée, récente (infection chez les jeunes enfants) et non endémique (pas d’augmentation de la prévalence avec l’âge).

Les hypothèses concernant le facteur causal de la circulation virale ont été discutées. L’hypothèse de la présence d’un vec- teur domestique de la FVR dans le village a été confortée, l’année suivante, par la capture de Culex quinquefasciatus, autour du ravin. Ce moustique, très proche de Culex pipiens, le vecteur principal de la FVR en Égypte, pourrait jouer un rôle similaire à ce dernier dans la transmission inter-humaine de la FVR.

Importance des goutières dans la circulation d’Ae- des aegypti en Guadeloupe.

J. Gustave (1), S. Cassadou (2), L. Léon (2), G. Ani- cet (1), C. Ramdini (1) & F. Sonor (1)

(1) DSDS de la Guadeloupe, e-mail : [email protected] (2) CIRE Antilles-Guyane (antenne de Guadeloupe)

L

e rôle des gouttières dans le développement d’Aedes aegypti est connu. Aucune donnée n’était disponible pour la Guadeloupe où ces gîtes aériens ne peuvent être contrôlés et traités en routine. Plusieurs éléments suggèrent néanmoins que ces systèmes pourraient constituer des facteurs de risques plus ou moins importants pour la transmission de la dengue.

Une étude a été conduite en 2006 sur 123 logements situés en zone résidentielle. Elle a montré que 66 % des gouttiè- res n’évacuaient pas correctement les eaux pluviales et que 40 % et 23 % de ces dernières contenaient des larves et des

nymphes d’Aedes aegypti respectivement. La fréquence des nymphes a été significativement plus importante en présence de sédiments ou de débris végétaux (p = 0,0305 et 0,0135 res- pectivement).

Ces éléments devraient permettre de faire évoluer les règles de construction, d’imposer dans certaines structures (ERP, habi- tat collectif) un entretien et un contrôle minimal d’une part et de revoir certains messages de prévention d’autre part.

Estimation de la densité vectorielle d’Aedes aegypti dans deux localités de Martinique.

M. Étienne, J.P. Hervé, A. Carron & A. Yébakima

Centre de démoustication, Conseil général de la Martinique, BP 679, 97 200 Fort-de- France, Martinique. E-mail : [email protected]

E

n 2001, la Martinique a subi une grande épidémie de den- gue. La distribution des cas a été très inégale sur l’en- semble du territoire. L’implication d’Aedes aegypti dans ces différences de répartition de la dengue a été évaluée par la mesure de plusieurs paramètres entomologiques intervenant dans la transmission du virus : taux de survie, âge physiolo- gique, cycle gonotrophique, densité vectorielle…

La densité vectorielle a été estimée entre février 2003 et janvier 2005 selon deux méthodes : les indices stégomyiens et les pondoirs-pièges. Cette estimation s’est déroulée dans deux localités dans lesquelles les taux d’incidence de la maladie étaient très inégaux lors de l’épidémie de 2001 : Tartane dans la commune de Trinité, sévèrement touchée durant l’épidémie (taux d’incidence de 39 ‰), et Cité Étoile dans la commune de Sainte-Marie, avec un taux d’incidence très faible (de 5 ‰).

L’indice de productivité ou indice de Breteau pondéré (mis au point par YÉBAKIMA, 1991) a révélé une plus forte abondance du vecteur à Tartane (p = 0,001). Dans ce même quartier, les pondoirs-pièges, disposés à l’intérieur et à l’extérieur des habitations et dans des zones boisées, ont mis en évidence le comportement intra et péri-domiciliaire de ponte d’Ae. ae- gypti. Avec des valeurs restées très proches depuis 2001, la densité vectorielle est l’un des paramètres qui a joué un rôle prépondérant dans le niveau de transmission et dans le taux d’incidence de la dengue à Tartane.

Investigation épidémiologique autour des deux premiers cas d’infection due au virus Chikungunya importés en Guyane.

J. Rosine (1) & J.-B. Meynard (2)

(1) Institut de veille sanitaire, BP 658, 97261 Fort-de-France cedex, Martinique.

Tel : 596 (0)5 96 39 43 54, e-mail : [email protected] (2) Unité d’épidémiologie, Institut Pasteur de Guyane.

E

n mars 2006, le Centre national de référence des Arbovi- rus de l’Institut Pasteur de Guyane confirme l’infection par le virus Chikungunya chez deux sœurs de retour d’un séjour à Madagascar, depuis le 7 mars 2006. La première a présenté les premiers signes cliniques le 3 mars, alors qu’elle était encore à Madagascar ; la seconde, le 7 mars, au cours du vol de retour entre Paris et Cayenne. Les deux sœurs étant arrivées en Guyane en phase de virémie, il existait un ris- que d’implantation d’une transmission autochtone du virus Chikungunya en Guyane française.

Afin de détecter des cas secondaires autochtones consécutifs à ces deux cas primaires importés, des investigations épidé- miologiques ont été menées les 22 et 23 mars 2006 aux alen- tours des lieux d’habitation des deux patientes. Des enquêtes entomologiques sommaires, visant à évaluer l’efficacité des

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mesures de démoustication mises en œuvre, ont aussi été réalisées, notamment en recherchant des gîtes contenant des larves d’Aedes Aegypti.

Au total, 99 foyers ont été visités, correspondant à 317 per- sonnes. Parmi elles, 29 avaient présenté une fièvre dans les 15 jours précédant l’enquête. Aucune de ces 29 personnes n’avait présenté de signe clinique évocateur d’une infection récente par le virus Chikungunya.

Parmi la trentaine de gîtes larvaires localisés, 2 contenaient des larves d’Ae. aegypti ; de plus, de très nombreux moustiques adultes ont pu être identifiés dans l’une des zones visitée.

Ces premières investigations ont permis de conclure que ces deux premiers cas importés du virus Chikungunya en Guyane française n’ont pas été à l’origine de cas secondaires autoch- tones. Les mesures de démoustication chimique ainsi que les actions de sensibilisation des habitants des quartiers concernés ont certainement contribué à éviter une transmission secon- daire du virus. Néanmoins, les seules actions de démoustica- tion chimique ne sont pas suffisantes et l’élimination physique des gîtes larvaires reste primordiale.

La mise en place d’enquêtes entomo-épidémiologiques autour de tous les cas importés de Chikungunya dans les Antilles et la Guyane françaises est indispensable pour éviter la survenue de cas secondaires et donc la circulation de ce virus dans la zone des Amériques.

De même, les actions d’information à destination des voya- geurs revenant de l’océan Indien ou de l’Inde sont à renforcer, afin de pouvoir identifier toutes les personnes de retour d’une zone où circule le virus Chikungunya et ainsi déclencher les mesures de démoustication adaptées.

Utilisation de la télédétection pour l’analyse rétrospective des émergences de dengue à Kédou- gou (Sénégal) entre 1990 et 2000.

M. Mbacke (1, 2), S. Wade (2), M. Diallo (3), A. Sall (4), I. Almamy (4) & L. Marrama (1)

(1) Unité d’épidémiologie, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

E-mail : [email protected]

(2) Laboratoire de télédétection appliquée, Institut des sciences de la Terre, UCAD, Dakar, Sénégal.

(3) Laboratoire d’entomologie médicale, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

(4) Département de virologie, Institut Pasteur de Dakar, Sénégal.

(5) Département de géomatique, Centre de suivi écologique, Dakar, Sénégal.

A

u Sénégal, la région de Kédougou correspond à une zone de transition entre la forêt guinéenne, au sud, et la savane, au nord. Depuis 1972, un protocole de suivi entomo- logique a été mis en place et couplé à une recherche d’isole- ment viral dans les lots constitués. Entre 1988 et 2000, à raison de trois missions annuelles, ce suivi a permis la détection de deux périodes de circulation du virus de la dengue (1989-91 et 1999-2000).

En 2005, la mise en commun des compétences et des données de l’IST et de l’Institut Pasteur permet d’entreprendre l’ana- lyse rétrospective de ces émergences, afin d’évaluer l’intérêt de la télédétection pour l’identification des facteurs de risque.

Des images satellites prises à la même période de l’année au cours des années d’émergence et des années sans détection sont traitées par classification systématique. Puis la classifi- cation est ajustée au cours d’une mission de reconnaissance sur le terrain. Ces données, associées aux données météoro- logiques (pluviométrie, température, humidité relative), sont analysées en relation avec les données biologiques, entomo- logiques et virales.

5 images Landsat (3 pendant et 2 hors émergence) ont été réunies. 4 thèmes principaux de classification ont été iden- tifiés : eau et zone humide, végétation en 3 classes, zone habitée ou surface artificialisée et sol nu. Il n’est apparu de différentiel entre les périodes avec et sans émergence, ni pour la proportion relative des surfaces humide et de végétation, ni pour les histogrammes de NDVI. Cependant, pour les 2 cycles d’émergence, on constate que le pic de pluviométrie mensuelle est un pic retardé au cours de la 1re année et que l’humidité relative chute au-dessous de 50 % plus précoce- ment. Au niveau biologique, 6 espèces d’Aedes vectrices ont été capturées, essentiellement sur l’homme (92 %). Les plus abondantes sont Aedes fucifer, Ae. luteocephalus et Ae. taylori.

Mais leur agressivité diminue en période d’émergence, alors que celle d’Ae. aegypti et d’Ae vittatus augmente. Enfin, Ae.

aegypti présente le TMIO (taux minimal d’infection observée) le plus élevé.

Cette étude rétrospective n’a pas permis d’identifier claire- ment les facteurs de risque d’émergence, même si des paramè- tres (séquences pluviométriques, humidité relative) ont donné des résultats intéressants à approfondir. En effet, elle s’est heurtée à la disponibilité des images d’archive qui a empêché un choix optimal d’images. La question de l’échelle d’analyse s’est également posée. Cependant, l’utilisation des outils de télédétection et des SIG permet, sans conteste, d’optimiser l’évaluation et le suivi des paramètres environnementaux qui jouent un rôle important dans les maladies à transmission vectorielle. Mais, pour leur utilisation optimale, il est néces- saire que des images à haute résolution soient disponibles et que des équipes multidisciplinaires mettent en commun leurs compétences et leurs ressources.

Dynamique des populations d’Anopheles darlingi et transmission du paludisme en Guyane fran- çaise : données de l’année 2006.

R. Girod (1), P. Gaborit (1), R. Carinci (1), J. Is- saly (1) & P. Rabarison (2)

(1) Institut Pasteur de Guyane, BP 6010, 97306 Cayenne cedex.

E-mail : [email protected]

(2) Service départemental de désinfection, 18 avenue de la liberté, 97300 Cayenne.

L

a Guyane française est l’une des régions les plus impalu- dées de l’Amérique intertropicale et le seul département d’outre-mer français où la maladie pose encore un problème majeur de santé publique. Malgré cette situation, très peu de données entomologiques récentes sont disponibles dans les zones d’endémie, alors que leur analyse est fondamentale pour l’orientation d’actions de lutte antivectorielle effica- ces et ciblées. Des suivis longitudinaux ont été menés durant l’année 2006 dans trois régions de la Guyane française, en amont d’Apatou (Bas-Maroni), à Camopi (Haut-Oyapock) et à Régina (zone littorale), ceci dans le but d’évaluer la dyna- mique des populations d’anophèles et de la transmission du paludisme. Dans chacune des régions, Anopheles darlingi, vecteur de paludisme d’efficacité reconnue dans les Amé- riques, était de loin le moustique le plus abondant dans les captures sur l’homme, constituant 82,3 à 99,7 % de la faune anophélienne selon les sites. Les taux annuels de piqûre sur l’homme étaient très similaires sur le Maroni et l’Oyapock – respectivement 5,6 et 6,6 piqûres par homme et par nuit (p/h/n) – alors qu’à Régina, le taux annuel de piqûre était de 40,4 p/h/n. En amont d’Apatou et à Camopi, un pic d’abon- dance très marqué apparaît en fin de saison des pluies (juin et juillet) alors qu’à Régina, les taux maximaux de piqûres sur l’homme ont été observés en septembre. La dynamique

(7)

Résumés.

d’agressivité nocturne est également variable selon les sites.

Alors qu’un maximum de piqûres est observé avant 20 h 30 et après 5 h 30 à Régina et à Camopi, les taux de piqûres d’An.

darlingi sont plus homogènes au cours de la nuit en amont d’Apatou où un regain d’activité apparaît néanmoins à par- tir de 5 h 30. En amont d’Apatou, c’est An. nuneztovari, qui représente 17,7 % des captures d’anophèles, qui pique essen- tiellement à l’aube et au crépuscule. Les taux de parité d’An.

darlingi ne présentent pas de variabilité saisonnière marquée.

Les taux annuels sont plutôt faibles en amont d’Apatou et à Camopi (respectivement 0,44 et 0,48). En amont d’Apatou, les indices de capacité vectorielle estimés augmentent progres- sivement au cours des mois de juin, juillet et août. À Régina, le taux de parité annuel est plus important (0,59) et les indices de capacité vectorielle estimés indiquent un risque de trans- mission presque tout au long de l’année. La totalité des An.

darlingi capturés a fait l’objet d’une recherche de plasmodium par technique ELISA. Aucun moustique n’était positif. Cette grande variabilité observée dans la biologie, l’écologie et le comportement d’An. darlingi en Guyane française incite à initier des travaux de génétique des populations d’An. darlingi et rappelle que les stratégies de lutte antivectorielle mises en place ne peuvent être uniformes et définitives.

Épidémie de toxoplasmose chez les Amérindiens de Camopi, Guyane.

B. Carme (1), A.S. Drogoul (1) & S. Boyer (2) (avec la collaboration du personnel du Centre de santé de Camopi)

(1) Laboratoire de parasitologie-mycologie, équipe UPRES EA 3593, Centre hospitalier de Cayenne et Faculté de médecine Antilles-Guyane,. E-mail : [email protected] (2) Cellule de veille sanitaire DSDS Guyane et CIRE Antilles-Guyane

L

’identification ces dernières années de primo-infections toxoplasmiques sévères chez le sujet immunocompétent en Guyane a pu être attribuée à un cycle sauvage forestier de Toxoplasma gondii mettant en jeu les Félidés sauvages et leurs proies. Toutefois, ce cycle ne doit pas occulter l’existence d’un cycle domestique plus classique à l’origine de formes bénignes, asymptomatiques ou pauci symptomatiques, pour les infections acquises après la naissance mais qui constitue une menace sérieuse de fœtopathie dans le cas d’une primo- infection au cours de la grossesse. Ce cycle, fort dépendant de la présence de chats domestiques, se déroule classiquement dans les régions côtières, rurales, urbaines et suburbaines du département. Son extension progressive dans les régions de l’intérieur paraît inévitable, compte tenu des modifications de comportement et de peuplement de ces régions. Cette évolu- tion est à surveiller, avec, en particulier, la nécessité d’inves- tigations en cas de survenue de cas groupés de toxoplasmose acquise, que ceux-ci aient ou non un caractère de gravité. Fin juillet 2006, le service des centres de santé de Guyane alerté par le laboratoire de parasitologie et mycologie du Centre hospi- talier de Cayenne informe le service de la veille sanitaire de la DSDS Guyane de la survenue de plusieurs cas de toxoplas- mose, dont 4 au sein d’une même famille, résidant tous dans le village de Camopi. Une contamination d’origine alimentaire était soupçonnée a priori. Face à cet épisode inhabituel de toxoplasmose intrafamilial, une investigation sur place a été programmée. Toutes les personnes incriminées résidaient sur l’îlet Moulat, hameau situé à proximité immédiat de Camopi Bourg et dont la population a été évaluée à 96 personnes. Les patients relevés initialement avaient tous présentés de la fièvre et certains des adénopathies. Le diagnostic a été confirmé par le dosage des anticorps anti-Toxo (IgM et IgG). Les investiga-

tions menées sur place et les contrôles sérologiques ont permis de confirmer la survenue de 8 cas groupés de toxoplasmoses récentes. On relevait l’absence de signes de sévérité. Six des 8 personnes concernées avaient moins de 10 et aucun cas ne concernait une femme enceinte. L’exposition commune à des souches sauvages (gibier) ou à des souches domestiques par l’ingestion de viandes locales ou importées (contamination par des kystes) n’a pas été retrouvée. Par contre, l’arrivée récente de plusieurs chats domestiques dans l’environnement immé- diat des personnes infectées a été formellement établie. Bien qu’aucun oocystes de T. gondii n’a pu être retrouvé dans l’en- vironnement immédiat (prélèvement de terre et d’eau), l’en- semble des constatations permettent de conclure à la survenue d’une épidémie familiale de toxoplasmose, forme banale en rapport avec un cycle domestique classique, conséquence de l’arrivée récente de plusieurs chats dans un contexte propice à la contamination des enfants par les oocystes.

Formes cliniques de la dengue : corrélation avec les données virologiques.

L. Thomas (1), S. Carmès (1), O. Verlaeten (2), A. Cabié (3), J. Martial (2), Y. Plumelle (4), R. Cé- saire (2), et les médecins du SAU

(1) Service d’accueil des urgences (2) Laboratoire de virologie immunologie (3) Service des maladies infectieuses et tropicales

(4) Laboratoire d’hématologie coagulation, CHU, 97200 Fort-de-France (Martinique).

E-mail : [email protected]

U

ne épidémie de dengue est survenue en Martinique en 2005, caractérisée par la co-circulation des sérotypes DEN2 et DEN4. Une étude publiée par la Cellule interrégio- nale d’épidémiologie (CIRE) a révélé que la prévalence de la dengue de type DEN4 était largement prédominante (71 % des cas de dengue) mais que les patients hospitalisés pour une dengue étaient plus souvent infectés par le DEN2 (81 % des cas hospitalisés). La présente étude a pour but de comparer les données cliniques, biologiques et virologiques observées entre ces 2 sérotypes.

Ont été inclus tous les patients admis au SAU entre juin et décembre 2005, infectés par le virus de la dengue et chez qui la recherche d’antigène viral (RT-PCR) était positive pour les virus DEN2 ou DEN4. Pour chaque patient, un questionnaire dédié aux symptômes de la dengue était renseigné dans le dossier médical informatisé et un prélèvement sanguin était réalisé. L’analyse a porté sur les données recueillies lors de la 1re consultation en box aux urgences.

Les dengues de sérotype DEN2 étaient caractérisées par des signes digestifs plus fréquents et un syndrome métabolique plus sévère (transaminases élevées, rhabdomyolyse). Les patients infectés par le virus DEN2 avaient une thrombopénie plus marquée, un TCA augmenté, une tendance à développer une hypochloronatrémie et une hémoconcentration, et des charges virales plus élevées que ceux infectés avec le virus DEN4. Les dengues hémorragiques et autres formes cliniques sévères de dengues étaient plus souvent de sérotype DEN2.

Les 3 décès observés (une hémorragie cérebro méningée, une hépatite fulminate, une cholécyctite gangréneuse alithiasique) étaient associés à une infection de sérotype DEN2.

Le risque de développer une forme grave ou sévère de dengue était plus important avec le sérotype DEN2 (risque relatif : 4,9 ; intervalle de confiance 95 % : 2,14 –11,25 ; p < 0,001).

(8)

L’épidémiologiste au secours de l’entomologiste.

Un exemple : le paludisme à Camopi (région de l’Oyapock, Guyane).

B. Carme, S. Hustache & M. Nacher

(Laboratoire de parasitologie-mycologie, équipe UPRES EA 3593, Centre hospitalier de Cayenne et Faculté de médecine Antilles-Guyane. E-mail : [email protected]

L

’approche géographique, sociale et culturelle des popu- lations vivant en zone d’endémie de paludisme est pri- mordiale si l’on veut définir les facteurs de risque de survenue des accès palustres. Faisant suite à des études d’incidence, des enquêtes de type conduite, attitude et pratique associées à la description des conditions d’habitats et de déplacements des habitants constituent un moyen indirect intéressant pour pré- ciser les lieux et les conditions supposés de contamination. Les enquêtes cas-témoins et les suivis de cohorte sont tout à fait indiqués. Leurs conclusions doivent être prises en compte afin de mieux cibler, ou de réorienter, les investigations entomolo- giques à mener sur place. Ces études permettront par ailleurs de mieux adapter les mesures de lutte contre le paludisme au contexte local, aussi bien pour les interventions techniques que pour les mesures d’information sanitaire diffusées.

L’exemple d’une étude épidémiologique récente menée sur une cohorte d’enfants amérindiens vivant dans le foyer de

paludisme de l’Oyapock en Guyane illustre l’intérêt de cette approche. En effet, dans la région de Camopi (populations réparties dans 15 hameaux échelonnés sur une vingtaine de kilomètres le long du fleuve Oyapock), on relevait depuis plu- sieurs années des taux d’incidence élevés parmi la population 0-5 ans, ~ 400 à 700 ‰ pour Pl. vivax et ~ 150 à 300 ‰ pour P. falciparum, contrastant avec des données entomologiques évoquant des taux particulièrement faible de transmission.

L’analyse des données recueillies (suivi des accès palustres et analyses selon la méthode de Kaplan-Meier et le modèle de Cox) a permis d’identifier des facteurs de risque de survenue d’accès palustre en rapport avec l’environnement immédiat des habitations. Ces constatations constituent une base solide pour cibler les futures investigations entomologiques et pour promouvoir des mesures de protection des plus pragmatiques.

En effet, à Camopi comme pour l’ensemble des zones infec- tées de Guyane, il est nécessaire d’actualiser et d’approfondir nos connaissances à la fois sur An. darling, vecteur historique du paludisme dans la région, mais aussi sur les autres vecteurs potentiels pour lesquels la bio-écologie naturelle et les com- portements dans un environnement de plus en plus anthropisé sont peu connus.

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