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FICHE N° 1 : VOLUME D’EMPLOI

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CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL Paris, le 23 septembre 2014 ET ENVIRONNEMENTAL

DOCUMENT DE TRAVAIL N’ENGAGEANT PAS LE CESE EFFECTUE DANS LE CADRE

DE LA CONTRIBUTION, DE LA DELEGATION A LA PROSPECTIVE ET A L’EVALUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES,

AU RAPPORT ANNUEL SUR L’ETAT DE LA FRANCE 2014

« LES ÉVOLUTIONS DU TRAVAIL (OU ACTIVITÉS) DANS UNE PERSPECTIVE DE MOYEN TERME »

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SOMMAIRE

FICHES VARIABLES ... 1

Fiche n°1 : Volume d’emploi ... 2

Fiche n°2 : Valeur travail ... 8

Fiche n°3 : Modes de vie/usage du temps ... 14

Fiche n°4 : Le vivre ensemble (solidarités) ... 21

Fiche n°5 : Les formes d’emploi ... 27

Fiche n°6 : Les revenus ... 34

Fiche n°7 : Les formes d’organisation et de management ... 42

Fiche n°8 : La population active ... 50

Fiche n°9 : L’impact des nouvelles technologies sur le travail ... 57

Fiche n°10 : L’Europe dans le monde ... 71

Fiche n°11 : L’exception française ... 79

SYNTHЀSE DES HYPOTHЀSES DES FICHES VARIABLES ... 86

SCHÉMA DE CONSTRUCTION DES SCÉNARIOSA-B-C-D ... 100

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FICHES VARIABLES

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FICHE N° 1 : VOLUME D’EMPLOI

I - DÉFINITION

Le terme d’emploi désigne tout travail, quel qu’en soit le statut juridique donnant, droit à une rémunération monétaire déclarée. Comme dans tous les pays industrialisés, l’emploi en France a connu en un demi-siècle des évolutions majeures en termes de volume mais aussi de formes d’emploi.

Cette fiche sera uniquement consacrée à l’évolution quantitative de l’emploi.

II - INDICATEURS PERTINENTS

Taux d’emploi : il rapporte les personnes effectivement en emploi à la population en âge de travailler (15-64 ans).

Taux d’activité : il correspond au rapport entre le nombre d'actifs (actifs occupés et chômeurs) et l’ensemble de la population en âge de travailler (15-64 ans).

Taux de chômage : le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs).

Évolution du nombre d’emplois

III - RÉTROSPECTIVE

De la fin de Seconde Guerre mondiale au milieu des années 1970, le France a connu le plein emploi, et ce malgré l’augmentation de la population active après 1965.

Graphique 1 : Emploi, chômage et dispositif ciblés de politique d’emploi

Source : Insee, DARES, 2013.

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A ÉVOLUTION DU VOLUME ET DU TAUX DEMPLOI

Le volume d’emploi en France depuis 1970 n’a progressé que lentement, à un rythme moindre que celui de la population active : de 1975 à 2012, la France a gagné 4,3 millions d’emplois, mais la population active a augmenté de 5 millions. De ce fait, le taux de chômage a augmenté très sensiblement sur presque toute la période en dépit des mesures adoptées, notamment au cours des années 1980 et 1990, qui contribuaient au retrait d’un grand nombre de personnes d’âge actif du marché du travail (allongement de la durée des études, multiplication des stages, préretraites, invalidité…).

L’évolution du taux d’emploi (nombre de personnes en emploi en pourcentage de la population d’âge actif) est encore plus révélatrice de la situation de l’emploi. Les créations nettes d’emplois (toutes formes d’emplois confondues) ont tout juste permis depuis 1970 de maintenir le taux d’emploi en France autour de 63 %, ceci correspondant à 26,3 millions d’emplois en 20121.

Graphique 2 : Taux d'activité et taux d'emploi depuis 1975 (en %)

Lecture : en moyenne en 2009, 70 % des personnes âgées de 15 à 64 ans sont actives et 65 % ont un emploi.

Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 à 64 ans (âge au 31 décembre).

Source : INSEE.

Par rapport à d’autres pays européens, la France dispose d’un taux d’emploi relativement faible (voir tableau ci-dessous).

1 Ceci malgré la multiplication des politiques de l’emploi.

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Tableau 1 : Taux d’emploi dans quelques pays de l’OCDE

1975 1985 1995 2005 2008 2012

France 63,3 58 58,1 63,2 64,5 63,9

Allemagne 64,6 60,6 64,5 65,6 70,2 72,8

Pays-Bas 53,2 51,2 64,7 73,6 76,1 75,1

Source : OCDE, 2013

Par ailleurs, la France se caractérise par des taux d’emploi très faibles pour les jeunes et pour les seniors.

 Ainsi, en France, le taux d’emploi des 15-24 ans s’élève à 29 % en 2012 contre 50 % pour le Royaume-Uni, 47 % pour l’Allemagne ou encore 40 % pour la Suède.

 Et en ce qui concerne les 55-64 ans, en France, leur taux d’emploi atteint à peine les 44 % en 2012 contre des taux allant de 58% pour le Royaume-Uni à 73 % pour la Suède en passant par l’Allemagne avec un taux s’élevant à 61%2.

La France est un des pays les plus marqués par l’inactivité en début et en fin de carrière : selon Anne-Marie Guillemard, les âges extrêmes pâtissent de la mauvaise situation du marché du travail au bénéfice des générations au travail d’âge médian. Le difficile accès au marché du travail inciterait les jeunes à employer des stratégies pour retarder leur entrée. Les seniors, quant à eux, seraient poussés vers la sortie3, la France n’étant pas encore parvenue à valoriser leurs expériences et leurs savoir-faire.

Dans son rapport « La France 2025 », France stratégie fait un constat similaire, depuis 1982, le taux de chômage n’a jamais été inférieur à 7 %. Le but devrait être le plein emploi pour 2025 mais en raison de la persistance d’un chômage de masse depuis des décennies, cet objectif parait peu crédible.

B - CRÉATION / DESTRUCTION DEMPLOI

La prolongation la tendance de long terme observée dans le passé à l’horizon 2030 se traduirait par un volume d’emplois de quelques 24 millions.

L’objectif assigné aux États membres de l’Union Européenne de relever leur taux d’emploi à 75 % d’ici 2020 exigerait des créations considérables étant donné que le taux d’emploi de la France EST DE 63,9 % en 2012.

2 OCDE.

3 Guillemard Anne-Marie, Les défis du vieillissement - Age, emploi, retraite, perspectives internationales, Ed. Armand Colin, 2010, 358 p.

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Dans le rapport précité « La France en 2025 », France stratégie estime que si la France veut revenir dans le premier tiers des pays européens pour l’emploi, cela aurait impliqué en 2013 qu’il y ait 600 000 emplois de plus et un taux de chômage de 6,8 % au lieu de 9 %.

IV – PROSPECTIVE

A –ÉVOLUTION PROBABLE DU VOLUME DEMPLOI

Selon la variante médiane des dernières projections de l’INSEE, la population active passerait de 28,4 millions en 2010 à 30,1 millions en 2030. Il n’est toutefois pas indifférent de constater que les variantes retenues par l’INSEE révèlent un écart possible d’un peu plus d’1 million de personnes à l’horizon 2030 (voir la fiche population active).

Dans l’ensemble, les évolutions du volume d’emplois dépendront :

- de la destruction d’emplois existants aujourd’hui (délocalisations, transformation des secteurs et/ou des activités sous l’effet des évolutions techniques et des transformations de la demande) ;

- de la création de nouveaux emplois (innovations, réponses à de nouveaux besoins tels que des emplois verts et gris4, essor du numérique) ;

- des politiques et des réglementations mises en place ;

- des départs en retraite et du niveau de remplacement des postes vacants ;

- de la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée.

Compte tenu de la faible efficacité des politiques suivies dans le passé pour réduire le chômage et, a fortiori développer le volume d’emploi, sauf à prolonger encore les tendances du passé, des hypothèses de discontinuité, voire de rupture doivent être prises en considération. Par exemple, si la situation économique de la France continue à se dégrader, les fondamentaux de notre modèle de protection sociale seraient remis en cause en raison de déséquilibres toujours plus marqués au sein de la population. Ainsi, pour préserver la cohésion sociale, la question quantitative de l’emploi restera la principale préoccupation d’ici les dix prochaines années.

B PROSPECTIVE DES EMPLOIS ET MÉTIERS

Le volume d’emploi restant au centre des préoccupations futures, lors de son audition5 devant la délégation, Véronique Deprez-Boutier a présenté les principales tendances à venir :

4 C’est-à-dire liés au vieillissement.

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- un nombre important de postes à pourvoir (750 000/an entre 2010 et 2020 dont 600 000 départs en retraite) ;

- une forte dynamique des métiers de soins et d’aide aux personnes fragiles entrainant 350 000 créations nettes (aides-soignants, aides à domicile, infirmiers…) ;

- de fortes créations d’emplois dans les métiers hautement qualifiés dont 250 000 créations nettes (personnels d’étude et de recherche, cadres techniques de l’industrie, ingénieurs de l’informatique…) et 550 000 emplois supplémentaire de cadres ; - un accroissement de la part des femmes dans l’emploi notamment la

féminisation des métiers les plus qualifiés ;

- 20 familles professionnelles absorberaient 86 % des créations d’emploi ;

- les postes à pourvoir pourraient être nombreux dans des métiers peu créateurs d’emploi en raison de nombreux départs en retraite ; - une amplification de la tendance à la polarisation6 des qualifications

c’est-à-dire une augmentation de la part des métiers de cadres et professions intermédiaires et le maintien de la part des métiers peu qualifiés (employés ou ouvriers).

La question de la création d’emplois ne peut être distinguée de celle de leur

« qualité ». La productivité horaire est forte en France mais notre pays pourrait faire le choix d’avoir davantage d’emplois dans des secteurs à plus faible valeur ajoutée c'est-à-dire des secteurs où la productivité du travail est moindre en raison notamment d’une main-d’œuvre importante (agriculture, construction, commerce, services aux particuliers, etc.).

HYPOTHЀSES

HYPOTHЀSE 1 : PEU DE CRÉATIONS DEMPLOIS ET UN TAUX DEMPLOI FAIBLE

Cette hypothèse tendancielle s’inscrirait dans un contexte de croissance molle (au mieux 1 % par an) et d’une productivité horaire du travail (d’environ 1 % par an) qui suivrait les tendances du passé.

Quelles que soient les hypothèses démographiques, la population active effectivement au travail n’augmenterait guère parce que les créations nettes d’emploi demeureraient faibles. Le sous-emploi, en particulier des jeunes et des seniors, resterait important et, même aux âges intermédiaires, ce sous-emploi

5 Audition réalisée au CESE devant la délégation à la prospective et à l’évaluation des politiques publiques le 27/05/2014.

6 En sociologie, la polarisation est la division de la société en pôles opposés.

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serait manifeste comme en attesterait un chômage élevé persistant en dépit d’une baisse des taux d’activité.

Le taux d’emploi se maintiendrait donc environ à 63 % et le nombre d’emplois se situerait toujours autour de 24 millions.

HYPOTHЀSE 2 : FORTES CRÉATIONS DEMPLOI ET TAUX DEMPLOI ÉLEVÉ MAIS DES CONDITIONS SOCIALES DÉGRADÉES

Le marché du travail deviendrait beaucoup plus dynamique sous l’effet de : - la dérégulation du marché du travail qui entrainerait une relative

diminution des coûts du travail. Elle s’accompagnerait d’une politique de workfare7 et pourrait conduire à lever un certain nombre d’obstacles à l’emploi ;

- l’opportunité de créations d’emplois. La croissance économique serait tirée à la fois par le développement ou la transformation de nouveaux secteurs d’activités créateurs d’emplois à différents niveaux de qualification (ex : dans le secteur du logement, de l’aide aux personnes notamment âgées, de la transition écologique).

Le nombre d’emplois avoisinerait les 29 millions.

HYPOTHЀSE 3 : PEU DE CRÉATIONS DEMPLOIS MAIS UN TAUX DEMPLOI ÉLEVÉ

La croissance économique augmenterait grâce à la spécialisation de la France dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’industrie de pointe. Par ailleurs, la législation française deviendrait plus flexible, le coût du travail diminuerait et de fait les parcours professionnels ne seraient plus continus.

Finalement les créations d’emplois seraient faibles mais le taux d’emploi augmenterait (grâce à la flexibilité) notamment chez les jeunes et les personnes âgées.

Le nombre d’emplois pourraient alors être compris entre 25 millions et 26 millions, le volume horaire de travail serait partagé entre les travailleurs.

7 Le workfare, instauré sous une forme très contraignante d’abord au Royaume-Uni par M. Thatcher mais aussi, sous une forme différente dans les pays scandinaves, se traduit par une obligation de travailler (quel que soit le travail), par exemple, au travers d’une réduction des allocations chômage et des conditions strictes requises pour bénéficier de droits sociaux.

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FICHE N°2 : LA VALEUR TRAVAIL

I - DÉFINITION

La notion de travail et les valeurs qui y sont attachées ont considérablement évoluées au fil des siècles : depuis la révolution industrielle, le travail est considéré comme l’activité productive rémunérée qui confère à ceux qui l’effectuent une insertion professionnelle, leur assure un revenu et des droits sociaux particuliers.

II - INDICATEURS PERTINENTS

La manière selon laquelle la valeur travail a évolué peut être appréhendée à l’aune de sondages d’opinion et d’enquêtes de différentes natures : celles ici privilégiées sont des enquêtes répétées à l’identique sur une longue période de temps, en particulier les enquêtes EVS (« European Values Survey ») réalisées depuis 1981 tous les 9 ans. A la différence des opinions, souvent fugaces et surdéterminées par la conjoncture, les valeurs expriment ce que nos contemporains attendent fondamentalement du travail.

D’autres données de même nature sont tirées d’autres sources, telles que les Enquêtes européennes sur les conditions de travail (European work conditions survey, EWCS) et la European Social Survey.

III - RÉTROSPECTIVE

Les Français, comme la plupart des Européens accordent une très grande importance à la valeur travail qui arrive en deuxième position au palmarès des valeurs juste après la famille (EVS 2008). Mais si le travail, depuis longtemps, apparaît comme « un devoir vis-à-vis de la société », une nécessité pour gagner sa vie et que l’insertion professionnelle est un élément important dans le processus d’insertion sociale, il est aussi, et de plus en plus, considéré comme un élément clef d’estime de soi.

Selon l’enquête EVS, en 2008, 68 % des Français déclaraient que le travail occupe une place très importante dans leur vie et 78 % étaient d’accord ou tout à fait d’accord avec l’idée « qu’il faut avoir un travail pour développer pleinement ses capacités ». Leurs attentes au regard du travail sont de nature matérielle (salaire, droits sociaux, sécurité,…) mais aussi, et plus qu’auparavant immatérielle (besoin d’épanouissement, de reconnaissance sociale,…) : si être correctement rémunéré, ne point risquer d’être au chômage et disposer de droits sociaux est essentiel, les Français estiment également important que l’ambiance sur le lieu de travail soit agréable, que le travail qu’ils réalisent soit intéressant, qu’ils puissent y déployer leurs capacités, avoir le sentiment de réussir quelque chose et d’être utile à la société.

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A - LA SATISFACTION AU TRAVAIL

Depuis 30 ans, les Français sont de plus en plus nombreux à se dire satisfaits de leur travail : 73 % en 2008, contre 60 % en 1981. Ils ne sont plus que 17 % à se dire moyennement satisfaits, contre 28 % en 1981, alors que la proportion de personnes insatisfaites est stable (environ 10 %). Cette satisfaction au travail semble désormais concerner toutes les catégories sociales, tous les niveaux de diplôme, tous les âges et les deux sexes bien que les femmes, les moins de 30 ans et les seniors soient plus nombreux à se dire insatisfaits. Si l’écart à la moyenne n’est pas immense, il est néanmoins révélateur, puisque ces catégories de population sont aussi les plus concernées par les emplois dits

« subis » et par le chômage. Le niveau de satisfaction est également lié à la qualification des personnes et à leurs revenus.

De manière générale, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette hausse globale de la satisfaction au travail, à commencer par le fait que, à mesure qu’augmente le chômage, disposer d’un travail et le conserver devient plus précieux. La satisfaction vis-à-vis du travail a ainsi tendance à augmenter lorsqu’avoir un emploi n’est plus une norme mais une chance, et que la véritable crainte est de le perdre8.

B LES FACTEURS DINSATISFACTION

En même temps, les Français sont les premiers à souhaiter que le travail occupe une place moins importante dans leur vie (65 %), et qu’il soit compatible avec leur vie de famille ainsi qu’avec leurs aspirations en termes de temps libre et de loisirs. En outre, le degré de satisfaction que révèlent les enquêtes susmentionnées ne doit pas faire illusion : selon d’autres sources9, ils seraient nombreux à éprouver un fort malaise au travail, y compris en raison d’un climat social qui se dégrade. Ainsi sont-ils de plus en plus nombreux à se placer en retrait du travail10 et une certaine corrélation peut être effectuée entre la volonté que le travail occupe une place moins importante dans la vie des Français et les difficultés ressenties au travail au quotidien11 : 52 % des salariés français estiment que leur relation avec la direction est « bonne » contre 60 % dans les pays de l’UE15 (et près de 80 % en Allemagne, en Irlande ou au Portugal)12.

8 Bréchon Pierre, Tchernia Jean-François, La France à travers ses valeurs, Paris : Armand Colin, 2009.

9 Guillemard Anne-Marie, Réinventer le travail. Paris: PUF. 2013.

10 Landier Hubert « Irritants sociaux et désengagement au travail. De la prévention des risques psychosociaux à l’évaluation de la contribution de l’entreprise au mieux-vivre ». Revue Futuribles n° 390, novembre 2012.

11 Cette thèse est celle de Thomas Philippon : voir Philippon Thomas, Le capitalisme d’héritiers.

La crise française du travail, Paris, La République des idées, 2007.

12 Guillemard Anne-Marie, op. cit.

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Le manque d’autonomie, l’absence de réelle reconnaissance et consultation des salariés, semblent également être un facteur de frustration pour les salariés français : selon l’enquête européenne sur les conditions de travail de 201013, 51 % des Français estiment qu’ils sont la plupart du temps consultés lors d’une réorganisation de leur travail contre 65 % aux Pays-Bas, 64 % en Irlande ou 62 % au Danemark. Le travail ne serait plus un moyen de réalisation de soi et les conditions de travail se seraient dégradées (plus de stress dû à l’intensification du travail, plus d’inquiétude liée à la montée du chômage, etc.). Selon l’EWCS 2010, 27 % des Français se déclarent stressés au travail contre 10 % des Hollandais, 12 % des Danois ou 15 % des Finlandais.

Conséquence néfaste, selon une étude menée en 2014 par l’institut Ipsos, 38 % des salariés français considèrent que leur motivation au travail diminue contre 22 % des Suédois et 23 % des Allemands14. Sont mis en cause notamment, le manque de reconnaissance, une rémunération trop faible, le management et les relations sociales.

C LA VALEUR TRAVAIL CHEZ LES JEUNES GÉNÉRATIONS

Dominique Méda relève deux attentes majeures de la part des salariés issus de la jeune génération : le refus de la centralité du travail dans la vie et le rapprochement des modèles féminins et masculins de perception du travail.

Par ailleurs, les salariés issus de ce qu’on a appelé « la génération Y »15 présenterait un rapport totalement différent au travail par rapport à la génération précédente : moins loyaux, moins dociles mais plus connectés et plus indépendants. La littérature sur la génération Y évoque : une recherche de l’équilibre vie privée/vie professionnelle, un travail qui ait du sens, une bonne ambiance au travail, du feedback immédiat et un travail d’équipe16.

13 EWCS 2010.

14 « Motivation et bien -être des salariés français en 2014 : Et si on reparlait du temps dédié au travail », mai 2014. uRL : http://www.ipsos.fr/ipsos-loyalty/actualites/2014-05-20-barometre- ipsos-edenred-2014-temps-travail-redevient-preoccupation-majeure-salaries-europeen.

15 La génération Y regroupe les personnes nées entre les années 1980 et 1990. Cette expression désigne la génération qui suit la génération X. Les Américains utilisent également l’expression

« Digital natives » pour indiquer que cette génération est née en quelque sorte avec un ordinateur. En France, cette génération compte environ 13 millions de personnes soit près de 21 % de la population.

16 Rollot Olivier, La génération Y, Paris : PUF, 2012, Desplats Marie et Pinaud Florence, Manager la génération Y, Travailler avec les 20-30 ans, Paris : Dunod, 2011.

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IV – PROSPECTIVE

Si les attentes des Français envers le travail restent aussi fortes alors que le marché du travail continue à se durcir l’insatisfaction pourrait s’accroître.

Plusieurs ruptures peuvent aussi être envisagées :

 Une partie des travailleurs, notamment les plus jeunes, pourraient compenser l’insatisfaction dans leur travail par une plus grande « infidélité

» vis-à-vis des entreprises, ou par une baisse de leur investissement professionnel (les ambitions étant reportées sur des activités extraprofessionnelles). L’enquête Valeurs de 2008 indique d’ailleurs un détachement des jeunes les plus diplômés vis-à-vis du travail en tant que norme sociale, et une relativisation de leurs attentes professionnelles.

Certains travailleurs pourraient ainsi revendiquer une plus grande autonomie et un moindre investissement dans leur travail.

 Mais les jeunes devront aussi faire des compromis et revoir leurs attentes à la baisse si le marché du travail reste morose. Selon une étude de PWC réalisée dans 75 pays auprès de jeunes nés entre 1980 et 2000, 91 % déclarent qu’ils ont fait des compromis pour entrer sur le marché du travail17 et cette tendance pourrait s’accroître voire perdurer sur une partie de la carrière.

 Certaines entreprises pourraient mieux répondre aux attentes des travailleurs, notamment les plus qualifiés d’entre eux, afin de les attirer et de les fidéliser, y compris en prenant davantage soin de leur capital humain qui devient de plus en plus un élément déterminant de la performance des organisations et en les associant davantage aux instances de décision.

HYPOTHЀSES

HYPOTHЀSE 1 : LE TRAVAIL FORCE VS LE TRAVAIL PLAISIR

Tous les travailleurs ne pouvant pas revendiquer un travail intéressant et valorisant (en raison de contraintes financières, de qualifications…), se développerait un écart croissant entre :

- d’un côté des travailleurs qualifiés, exigeant tant sur un plan matériel qu’immatériel, ayant le pouvoir d’imposer leurs désirs à leurs employeurs ou d’en changer relativement aisément, voire de créer leur propre activité comme travailleur indépendants ou en société ;

17 PWC (PricewaterhouseCoopers), Millenials at Work 2012: Reshaping the Workplace, Londres : PwC, 2012. www.pwc.fr/millenials-at-work.html

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- de l’autre, des travailleurs pour lesquels la nécessité l’emporte sur le désir, l’obligation de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches les poussant à faire primer la sécurité de leur emploi sur leur désir d’épanouissement.

Les premiers seraient prêt à beaucoup sacrifier à leur travail pour autant qu’il réponde à leurs aspirations, s’y investiraient fortement, auraient à cœur d’être compétitifs ; les seconds feraient leur travail comme une corvée nécessaire en en limitant au maximum les contraintes et en ayant des revendications de nature plus matérielle, notamment en termes de salaire, de droits sociaux, de réduction de la durée du travail. Ils feraient partie de ces Français qui, dans l’enquête EVS 2008, se montrent moins exigeants qu’en 1999 envers le travail, qu’il s’agisse des conditions matérielles, de la réalisation de soi ou de l’ambiance de travail.

Dans un sondage réalisé le 10/10/2013 par Opinionway plus de 7 salariés sur 10 aiment leur entreprise et près de 4 salariés sur 5 assurent également aimer leur travail : la crise a accentué la pression pour 42 % des salariés, celle-ci est plus ressentie dans les grandes entreprises que dans les petites et plus chez les jeunes que chez les plus âgés.

HYPOTHЀSE 2 : LE TRAVAIL COMME FACTEUR DÉPANOUISSEMENT PERSONNEL

Les Français, particulièrement les jeunes et les seniors, seraient de plus en plus exposés à l’insécurité et à la précarité de l’emploi. Face à un marché du travail sinistré, leur insertion professionnelle serait souvent difficile et leurs perspectives de « faire carrière » plus incertaines. En conséquence, le rapport au travail deviendrait ambivalent : d’un côté, un moindre attachement et dévouement des Français envers les entreprises avec lesquelles ils travaillent et de l’autre, des exigences fortes, tant matérielles qu’immatérielles, vis-à-vis de leur emploi.

En effet, ce délitement du lien entre le travailleur et son entreprise se justifierait par un désir d’accomplissement personnel primant sur le devoir vis-à- vis de la société, voire même sur la nécessité de gagner sa vie et de bénéficier d’une certaine sécurité de l’emploi. Ainsi, les Français deviendraient plus prompts à quitter leur employeur quitte à chercher d’autres manières de travailler, y compris comme indépendants ou sur plusieurs emplois à temps partiel concomitants.

En parallèle, au sein même de l’entreprise, les Français deviendraient plus demandeurs en termes d’autonomie, de reconnaissance et de bien-être, tout en étant moins respectueux d’une hiérarchie pyramidale et des instructions qu’ils reçoivent. Se développerait alors une véritable prise de conscience du statut du travailleur et des droits qui y sont attachés.

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Ainsi, les entreprises se verraient dans l’obligation d’évoluer afin de mieux répondre aux nouvelles attentes de leurs salariés. Des changements considérables seraient à réaliser tant dans la nature des activités et des emplois offerts par les entreprises que dans leurs modes d’organisation et de management. De manière générale, les entreprises seraient contraintes d’associer plus étroitement leur personnel aux décisions qui engagent l’organisation.

HYPOTHЀSE 3 : LE TRAVAIL RÉINVENTÉ

Le travail ne serait plus assimilé à l’emploi, a fortiori à l’emploi salarié en CDI et à plein temps. L’unité de temps, de lieu et d’action qui régissait hier le monde du travail (conformément au théâtre classique) serait progressivement abolie. L’avenir serait à la pluriactivité, à la mobilité, à la flexibilité, au décloisonnement et à une transformation assez radicale de l’organisation des activités au long du cycle de vie. Ainsi, le travail – disons plutôt les activités, les unes monétarisées, les autres bénévoles, les troisièmes développées au bénéfice du plaisir personnel – seraient beaucoup plus diversifiées.

Dans tous les cas, l’impact du « sens » du travail serait décuplé. Il procurerait de la satisfaction à la personne qui l’effectue en raison principalement de son utilité réelle, reléguant au second plan les éléments traditionnels de la motivation telle que la rémunération.

Plutôt que d’attendre d’un seul et même travail tant de satisfactions matérielles et immatérielles, les Français chercheraient à satisfaire leurs besoins dans différentes activités dont les contraintes seraient différentes et les vertus complémentaires : éventuellement un travail salarié à temps très partiel (sur la semaine, l’année, la vie) assurant un revenu minimum régulier, un travail indépendant pouvant générer des revenus plus aléatoires, des activités d’autoproduction, ou encore des activités relevant davantage de l’intérêt collectif et du désir de développer avec les autres des activités pourvoyeuses de nouvelles aménités.

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FICHE N°3 : MODES DE VIE ET USAGES DU TEMPS

I – DÉFINITION

L’analyse des temps peut se faire à plusieurs échelles : quotidienne, hebdomadaire, cycle de vie… Selon l’échelle prise en compte, les rapports au temps des individus peuvent varier fortement. Ils seront aussi largement influencés par les époques, les catégories sociales, les lieux, les âges, etc.

II- INDICATEURS PERTINENTS

L’enquête « Emploi du temps » de l’INSEE constitue la principale source de données sur les usages du temps des Français. Cette étude n’est réalisée, en moyenne, que tous les 10 ans, depuis 1974 auprès de 11 000 ménages environ.

Nous disposons actuellement des résultats des enquêtes de 1975, 1986, 1999 et 2009-201018.

On distingue habituellement, dans les travaux concernant les budgets- temps, quatre grands temps sociaux : le temps physiologique (sommeil, aux repas, à la toilette, aux soins personnels), le temps de travail (ou d’étude), le temps domestique consacré aux tâches ménagères et le temps libre.

III- RÉTROSPECTIVE

A UNE BAISSE DES TEMPS CONTRAINTS 1. Le temps de travail

Tableau 1 : Evolution des temps sociaux au cours d'une journée moyenne jusqu'en 2010

Temps physiologique

Temps de travail

Temps

domestique Temps libre

1986 11h18 4h30 3h39 3h48

1999 12h04 3h24 3h24 3h36

2010 11h45 3h15 3h10 4h04

Source : Insee.

18 Voir notamment : http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp?page=definitions/enq-emploi-du- temps-edt.htm

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Au cours des 40 dernières années, les cadres temporels de la vie quotidienne des Français ont en moyenne été marqués par :

- une assez grande stabilité du temps physiologique, qui occupe environ la moitié de la journée (12 heures).

- une baisse du temps de travail (hors études et formation) d’environ 1h30 : les hommes travaillent actuellement en moyenne 37h15 par semaine, contre 29h05 pour les femmes (qui sont plus souvent à temps partiel).

Cette évolution très globale recouvre des réalités différentes selon les catégories de personnes considérées. D’un côté, le temps de travail quotidien des cadres a augmenté, phénomène qui se double d’une extension du temps de travail (débordement sur les temps privés, notamment avec la généralisation d’Internet et des smartphones, ainsi qu’avec l’essor du télétravail) et d’une intensification du temps de travail.

Au niveau de la population totale, la réduction du temps de travail quotidien reflète avant tout la progression du chômage et du temps partiel, le vieillissement de la population (départ en retraite des baby-boomers), mais aussi la diminution des taux d’activité des jeunes et des seniors (cependant, pour ces derniers, la tendance s’infléchit depuis quelques années).

2. Le temps des tâches domestiques

Une baisse du temps consacré aux tâches domestiques d’environ 25 minutes pour les hommes, et de près d’une heure pour les femmes (notamment grâce à l’apparition d’appareils électroménager simplifiant la réalisation de nombreuses tâches. Les activités domestiques restent toujours davantage prises en charge par les femmes, à hauteur de 80 %.

 A noter qu’en 2010, les Français ont consacré 41 milliards d’heures aux tâches domestiques « basiques »19. L’INSEE chiffre la valeur de ce travail en calculant l’équivalent marchand de ces services « faits maison »20. Ainsi, si les ménages avaient payé quelqu’un pour effectuer ces tâches à leur place, ils auraient dépensé un total de 700 milliards d’euros, soit un surcroît de la consommation de 63 %21.

19 Cuisine, vaisselle, ménage, rangement, soins matériels aux enfants et personnes dépendantes, linge, gestion du ménage, conduire, accompagner les enfants ou une autre personne.

20 Poissonnier Aurélien, Roy Delphine, « La consommation faite maison », dossier, L’Économie

française, INSEE Référence, édition 2013. URL :

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&id=3981

21 L’INSEE évalue le travail effectué en fonction du coût horaire moyen d’une personne exerçant la profession à laquelle il faudrait recourir.

(18)

B UNE AUGMENTATION DU TEMPS LIBRE

En parallèle, les Français ont bénéficié d’une hausse du temps libre de l’ordre d’une heure au cours des quarante dernières années. En moyenne, le temps libre a bénéficié de la réduction des temps de travail et domestique.

Le temps de loisirs des actifs s’organise à un double niveau : le temps court du quotidien, principalement encadré par les contraintes du temps de travail professionnel et des tâches domestiques, qui apparaît comme un temps résiduel, et le temps long lié à certains loisirs, dont la fréquence dépend des ressources sociales, culturelles et financières des individus, qui demandent à être planifiées et réclament des plages de temps plus étendues que celles offertes par l’emploi du temps des jours de travail ordinaires.

Ces deux échelles temporelles sont liées par un principe de compensation : les catégories qui disposent de peu de temps libre au quotidien (en particulier les cadres) sont celles dont la propension aux loisirs de temps long est la plus forte (surtout pour les loisirs culturels). Celles qui disposent de beaucoup de temps libre au quotidien (principalement les ouvriers) sont celles pour lesquelles cette propension est la plus faible.

Ce temps de distraction est apprécié et recherché : la moitié des Français interrogés (60 % des actifs) déclarent que, s’ils pouvaient modifier leur emploi du temps, ils aimeraient disposer de plus de temps pour leurs loisirs, notamment pour profiter de leur famille.

Les évolutions moyennes masquent, là encore, des variations importantes : - en fonction du sexe : ainsi, les femmes salariées avec un enfant ont en

moyenne 40 minutes de temps de loisir quotidien en moins que les hommes dans la même situation. Le temps libre féminin augmente au détriment des tâches ménagères et pas du temps de travail qui, lui, augmente tendanciellement, tandis que la hausse du temps libre masculin se fait grâce à la baisse du temps de travail ;

- en fonction du milieu social et de l’activité : ce sont les milieux populaires, les chômeurs et les retraités qui bénéficient le plus de temps libre, alors que, jusqu’en 1974, les loisirs apparaissaient comme un privilège des classes aisées, et les classes diplômées qui en disposent le moins.

L’augmentation du temps libre global est aussi due à l’accroissement du nombre de chômeurs, mais les activités de loisirs sont plus denses chez les actifs occupés et ce, de manière croissante avec le diplôme, la catégorie sociale et le temps de travail. Les plus actifs d’entre eux cumulent activités professionnelles, sportives et culturelles en réduisant le temps consacré aux activités passives (sommeil, télévision, etc.).

(19)

Jean Viard s’est intéressé au cycle de vie à la lumière de la répartition entre temps de loisir et temps de travail. Il explique que l’évolution des modes de vie et celle des temps de travail ont entrainé le développement constant et rapide des loisirs. Alors qu’hier, la vie sociale était structurée par les rythmes de travail, elle est aujourd’hui structurée autour du temps de loisir.

L’auteur explique que plusieurs dates historiques ont marqué l’accélération de la réduction du temps de travail en France : 1906 avec l’instauration du repos hebdomadaire, 1936 avec les congés payés, 1981 avec la généralisation de la cinquième semaine de congés, 2000 avec les 35h.

Alors qu’en 1948 un Français travaillait en moyenne 120 000 heures dans sa vie (soit 20 % de son temps de vie), en 2000, il travaille 63 000 heures soit 10 % de son temps de vie.

En cinquante ans, l’ensemble du temps de travail a été réduit de 45 % soit : - sur une vie entière : une diminution moyenne de 11 ans ;

- sur une année, une diminution de 4 semaines ; - sur une semaine, une diminution de 7 heures.

L’auteur insiste, par ailleurs, sur la porosité croissante du temps de loisir et de travail favorisé aujourd’hui par les nouvelles technologies mobiles (voir fiche sur l’impact des nouvelles technologies)22.

IV – PROSPECTIVE

A - LACCÉLÉRATION DES TEMPS

Le philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa a analysé le phénomène de l’accélération du temps23. Il distingue trois dimensions de l’accélération : l’accélération technique (amélioration dans les transports, la communication et la production), l’accélération du changement social (par exemple, accélération de la transformation des structures familiales et professionnelles, des styles artistiques, etc.) et enfin l’accélération du rythme de vie (par exemple, réduction de la durée consacrée aux repas ou au sommeil) qui se traduit subjectivement par un sentiment d’urgence, de stress et de pression temporelle.

Selon Hartmut Rosa, l’accélération sociale a désormais atteint un seuil critique. Ainsi, pour les individus, l’accélération est telle qu’elle laisse un sentiment d’« immobilité fulgurante ». Au niveau collectif, cela se traduit aussi par une difficulté croissante à mettre en place des projets.

22 Viard Jean, La France des temps libres et des vacances, Paris : l’aube, 2002.

23 Accélération. Une critique sociale du temps, Paris, Editions La découverte, coll. Théorie critique, 2010, 480 p.

(20)

En réaction, des phénomènes de rejet apparaissent et se manifestent par exemple à travers les mouvements du slow (slow life, slow city, etc.).

B - POURSUITE DE LA BAISSE DU TEMPS DE TRAVAIL ?

Le temps de travail va-t-il continuer à diminuer à l’avenir ? La baisse de la durée du travail observée au cours des dernières années n’a pas concerné tous les travailleurs de la même manière, créant une segmentation entre ceux qui ont un temps de travail en augmentation (les cadres, les travailleurs dotés de qualifications recherchées etc.) et ceux qui travaillent peu (CDD, intérimaires, TTP) ou pas du tout (chômeurs, salariés de plus de 55 ans, voire 50 ans poussés hors du marché du travail).

En réalité, le volume de travail à effectuer tend depuis maintenant plus de 20 ans à se concentrer sur une catégorie d’âges de plus en plus restreinte (les 25- 55 ans) en raison du recul de l’âge d’entrée dans la vie active et, à l’inverse, de l’anticipation de l’âge de départ à la retraite.

Or, cette situation paraît difficilement tenable dans un contexte de vieillissement de la population, et à système de protection sociale inchangé. Un palier pourrait donc être atteint prochainement en matière de temps de travail, notamment si le temps partiel continue à se développer, et si l’allongement de la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une retraite à taux plein se confirme.

C - NOUVELLES POROSITÉS SPATIO-TEMPORELLES

Les Français sont confrontés à un effacement des frontières de temps et de lieux. En effet, face aux exigences croissantes de la société moderne tant sur des plans professionnels que privés, les individus sont contraints de jongler entre une multiplication de lieux et un rythme effréné des temps.

Le quotidien des travailleurs est hybridé d’interactions physiques mais également numériques, qu’offrent Internet et les différentes nouvelles technologies. Si ces technologies permettent d’établir un lien continu entre l’entreprise et le salarié, elles permettent aussi d’interagir en permanence avec toute sorte d’activités privées et ce, quel que soit le lieu.

Les Français rechercheraient alors les meilleurs moyens d’imbriquer sphères privées et professionnelles. A cette fin, le télétravail serait un outil qui se développerait, la mobilité étant privilégiée face à un présentiel traditionnel.

Ainsi, il serait de plus en plus difficile de mesurer le temps de travail dans et hors de l’entreprise. Par conséquent, le temps et l’espace ne seraient plus les principaux critères d’encadrement et de contrôle du travail, obligeant l’entreprise à baser ses procédures de management et d’organisation sur la confiance envers ses salariés.

(21)

HYPOTHЀSES

HYPOTHЀSE 1 : LÉCLATEMENT DES TEMPS ET DES LIEUX PERTE DE SENS

Dans cette hypothèse, les individus seraient totalement dépassés par leur multi-appartenance : le travail empiète sur la vie privée et vice-versa sans que les individus puissent maîtriser ces incursions réciproques. De nombreux individus n’arriveraient pas à gérer cette situation et se déclareraient malheureux aussi bien dans leur vie professionnelle que dans leur vie personnelle. Le manque de temps serait leur principale plainte. Dans cette situation, les relations seraient superficielles, les individus multiplieraient leurs activités mais n’auraient pas le sentiment de mener leur projets à bien : ils seraient dépassés et s’activeraient sans réellement donner de sens à leurs activités et plus globalement à leur vie.

Les temps de la vie seraient déstructurés : les carrières professionnelles seraient marquées par des périodes de chômage, de maladies (notamment des burn out), les individus changeraient régulièrement d’entreprise (constant sentiment d’insatisfaction), les relations amoureuses deviendraient également plus chaotiques (changement régulier de partenaire) entrainant un recul encore plus marqué de la famille traditionnelle.

Cette situation impacterait lourdement la cohésion sociale conduisant à un délitement de notre modèle de société.

HYPOTHЀSE 2 : LA MAÎTRISE DU TEMPS

A la différence de l’hypothèse 1, les individus ayant le sentiment d’avoir perdu la maitrise de leur temps du fait de sollicitations trop diverses, notamment sous l’effet des TIC, exprimeraient le désir de reprendre le contrôle. On assisterait à une volonté de la part des individus d’une plus grande segmentation des temps de vie : celui du travail distinct de celui de la vie privée, celui du temps consacré aux échanges, réels et virtuels, distinct du temps pour soi.

La réduction du temps de travail resterait une revendication permanente et, comme le travail posté s’accompagnerait de modalités alternatives de travail (travail à domicile, dans des espaces de worksharing, travail nomade) s’instaurerait de nouveaux modes d’évaluation du temps (les « feuilles de temps » remplacent la pointeuse) et les rémunérations seraient davantage fixée au mérite.

La fidélité à l’entreprise redeviendrait la tendance dominante pour autant que les conditions de travail s’améliorent et que les individus soient davantage associés aux décisions qui les concernent. Plus généralement s’instaureraient des

« bureaux du temps » (ou « banques du temps » qui favoriseraient une meilleure conciliation entre les différents temps de vie sur la journée, la semaine, l’année et le cycle de vie. En revanche, les organisations qui n’auraient pas mise en place de

(22)

telle politique de RSE peineraient à mobiliser leur personnel qui deviendrait plus revendicatif sur la réduction de leur temps de travail.

HYPOTHЀSE 3 : LINTERPÉNÉTRATION DES TEMPS ET DES LIEUX

Dans cette hypothèse, les individus arriveraient de mieux en mieux à gérer leur vie professionnelle et personnelle notamment grâce au développement des nouvelles technologies. Le télétravail se développerait et permettrait aux familles d’imbriquer leurs plannings professionnels et personnels, ce qui serait facilité par le développement de logiciels à cet effet. Le développement de la robotique, des outils mobiles et de l’Internet des objets permettrait également aux individus de gérer plusieurs tâches à distance ; par exemple, l’arrosage des plantes, le ménage… mais également sur un plan professionnel, de faire partir des commandes, de démarrer des lignes de production à distance, etc.

Concernant les temps de la vie, il n’existerait pas de modèle linéaire : à partir de l’adolescence, vie professionnelle et scolarité vont de pair via le développement de stage, d’alternance etc. et les individus se formeraient tout au long de la vie (multiplication des possibilités de combiner emploi et cursus scolaire). Par ailleurs, les individus n’hésiteraient pas à changer totalement de métier au cours de leur vie, c’est l’ère du « touche à tout », les carrières seraient régulièrement interrompues par des années consacrées à des projets personnels (création d’entreprise, bénévolat, humanitaire, etc.). La retraite, telle que nous la connaissons, n’existerait plus. Les individus continueraient de travailler, majoritairement à temps partiel, et combineraient plusieurs activités.

(23)

FICHE N°4 : LE « VIVRE-ENSEMBLE » (SOLIDARITÉS)

I – DÉFINITION

Le lien social désigne l'ensemble des relations qui unissent des individus à leur groupe social et à d’autres groupes sociaux. Cette fiche évoquera les facteurs de cohésion et de dislocation sociale en France durant les quarante dernières années.

II - INDICATEURS PERTINENTS

Les enquêtes valeurs : le rapport que les Français entretiennent avec le travail est étudié depuis 1981 dans les enquêtes EVS (European Values Study), réalisées tous les 9 ans (la dernière date de 2008) – Voir les travaux de Pierre Brechon et Jean-François Tchernia (enquête 2008 sur les valeurs des Européens)24.

Baromètre du CREDOC sur la cohésion sociale : étude basée sur l’enquête « Conditions de vie et les aspirations des Français » dont la première vague a eu lieu en 2011.

Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF : instrument régulier de mesure de la confiance politique, il compte à ce jour cinq vagues (de janvier 2010 à janvier 2014).

III - RÉTROSPECTIVE

Selon Olivier Galland et Yannick Lemel, l’individualisation est au cœur de la construction culturelle de la modernité, l’émancipation de l’individu ne cesse de progresser. C’est un fait majeur pour comprendre les recompositions du lien social25.

A - LA CONFIANCE

1. La confiance interpersonnelle

La France s’avère être une société de défiance (Algan, Cahuc, 2007). La confiance envers les autres est faible et stable dans le temps. En 2008, à peine un quart des Français affirmait « faire confiance à la plupart des gens », un taux très faible et pratiquement inchangé depuis 30 ans. Cette méfiance envers les autres s’expliquerait en partie par le sentiment que « les gens s’occupent surtout d’eux- mêmes » (ressenti par 42 % des Français en 2008). Autrement dit, la majorité des

24 Bréchon Pierre, Tchernia Jean-François, La France à travers ses valeurs, Paris : Armand Colin, 2009.

25 Galland Olivier, Lemel Yannick, La société française, Paris: Armand Colin, 2011.

(24)

Français considère que leurs semblables sont indifférents à leur égard, et reconnaissent qu’ils le sont souvent eux aussi.

2. La confiance en l’avenir

Selon le baromètre de la confiance politique réalisé chaque année par le CEVIPOF, en 2014, seulement 34 % des Français sont toujours optimistes quand ils pensent à leur avenir (contre 45 % en 2010)26.

De même, plus de 70 % des Français considèrent malheureusement que les jeunes générations auront moins de chance de réussir que leurs parents dans la société française de demain.

3. La confiance dans les institutions

Cette méfiance des Français s’exprime aussi envers les institutions démocratiques : selon le baromètre 2012 de la DREES, la confiance des Français dans la capacité de l’Etat à résoudre les problèmes est en baisse (cf. graphique ci- dessous).

Graphique 1 : La confiance des Français dans la capacité de l’Etat à résoudre certains problèmes

Source : Baromètre DREES, 2012

26 http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/les-resultats- vague-5-janvier-2014/

(25)

En 2013, l’étude « Réfléchir ensemble à la démocratie de demain » réalisée par le CESE considère que « si la démocratie est considérée aujourd’hui en France comme un acquis, les records d’abstention observés scrutin après scrutin, à l’exception de l’élection présidentielle, et plus largement la défiance exprimée par les citoyens à l’égard des responsables politiques, témoignent d’un désenchantement croissant vis-à-vis de son fonctionnement. »

B - LA COHÉSION SOCIALE

Selon le baromètre 2013 de la cohésion sociale du CREDOC, malgré le sentiment d’une cohésion sociale en baisse, 94 % des sondés se déclarent assez bien intégrés ou très bien intégrés dans la société française (contre 88 % en 2012).

Par ailleurs, le lien social est diversifié et dynamique. 75 % des Français ont ainsi eu par exemple plusieurs conversations avec leurs voisins au cours du mois précédent l’enquête. 65 % se sont même rendu au moins un petit service entre voisins, comme surveiller des enfants, faire les courses, garder la maison, prêter des outils de jardinage ou de ménage, etc.

Parmi les facteurs interviennent aussi dans la perception d’une faible cohésion sociale, on peut citer le sentiment d’isolement ressenti : en 2012, 13 % des Français se sentent souvent seuls et 35 % éprouvent parfois ce sentiment.

Au total, c’est donc près d’une personne sur deux (48% exactement) qui est concernée par un certain isolement.

Par ailleurs, le sentiment de ne pouvoir compter que sur soi-même se diffuse, comme en témoigne la diminution de la proportion de personnes disant pouvoir compter sur l’aide de certains des membres de leur famille en cas de difficultés financières (74 %, -3 points entre 2011 et 2012), ou la possibilité de trouver un secours auprès de son entourage en cas de chômage prolongé (42 %, -7 points entre 2011 et 2012). La sévérité de la crise et sa rémanence semble avoir en effet fragilisé en particulier les personnes inactives (retraités, personnes au foyer, étudiants, -4 points entre 2011 et 2012) et les chômeurs (-5 points entre 2011 et 2012), qui se sentent de plus en plus seuls face aux difficultés.

C - LENGAGEMENT CITOYEN

Si 67 % des Français considèrent que les associations peuvent contribuer au renouveau de la démocratie politique, ils ne sont pourtant que 38 % à être effectivement membres d’une association, un taux stable depuis 1981. Ce taux place les Français à mi-chemin entre les pays scandinaves, où la participation associative est traditionnellement beaucoup plus élevée, et les pays du sud de l’Europe, où elle est plus faible. La moitié des Français qui ont poursuivi leurs études jusqu’à 20 ans ou plus sont présents dans le monde associatif, contre un quart de ceux qui ont quitté l’école avant 15 ans.

(26)

Tableau 1 : Appartenance ou bénévolat associatif par types de groupements (en %)

Organisations 1981 1990 1999 2008

charitables 7 12 10 10

religieuses 7 11 7 7

culturelles 9 14 13 12

syndicales 13 7 5 6

politiques 4 5 3 4

communales 6 3 5

tiers-monde 4 2 3

environnement 4 3 4

professionnelle 6 8 4 3

jeunesse 10 6 3 2

sports/loisirs 22 25 32

femmes 2 0 1

pacifistes 2 1 1

santé 5 4 3

autres 9 13 11

au moins une 61 64 61

Source : INSEE

D - LA SOCIABILITÉ VIRTUELLE

Internet permet des communications plus rapides, plus fréquentes, avec un nombre de personnes très étendu (dont des inconnus, au détriment des rencontres de cafés ou de voisinage). Il démultiplie donc les liens sociaux « faibles ». Il précipite aussi l’intrusion du temps de travail dans le temps de la vie personnelle ou familiale, et inversement, lors du télétravail.

Selon Manuel Castells (La galaxie Internet, 2002), Internet a un effet plutôt positif sur l’interaction sociale. Son usage traduit l’essor de la sociabilité en réseau, une relation individualisée à la société, un mode de structuration spécifique du lien social.

Cette sociabilité virtuelle se substitue sans doute partiellement à la sociabilité de quartier, qui reste présente pour les familles fréquentant l’école et pour les personnes âgées.

(27)

HYPOTHЀSES

HYPOTHЀSE 1: REPLI IDENTITAIRE

Le modèle de société se transformerait avec des individus de plus en plus libres et maîtres de leur existence. En parallèle, la situation économique de notre pays conduirait les personnes les plus vulnérables à chercher des « coupables » et à développer une méfiance naturelle envers autrui.

La sphère de confiance se réduirait à la famille et à diverses communautés :

 L’entraide familiale s’imposerait naturellement, notamment au niveau intergénérationnel, les personnes âgées étant particulièrement fragilisées par les lacunes du système de retraite et les jeunes étant dans l’incapacité d’intégrer le monde du travail. De manière générale, la vie sociale se rabattrait sur les solidarités familiales élargies devant l’affaiblissement des systèmes de protection sociale.

 Le rôle des communautés s’accroîtrait. Les communautés religieuses, ethniques, culturelles, etc. gagneraient en importance seraient vécues par beaucoup comme un des derniers remparts de protection de l’individu.

Des clivages et tensions se développeraient entre les diverses communautés, conduisant à la stigmatisation de certaines (homosexuels, juifs etc.)

 Le corporatisme traditionnel renaîtrait et se traduirait par une défense forte de chaque corps. Les pouvoirs publics se retrouveraient manipulés par un lobbying puissant, contradictoire et non régulé, conduisant à une moindre prise en compte de l’intérêt général.

 Au niveau infranational, les revendications territoriales se multiplieraient, certaines régions demandant leur autonomie ou leur indépendance vis-à-vis du pouvoir central.

 Le climat ambiant de notre société serait très conflictuel et les individus de plus en plus intolérants, rendant impossible le « vivre ensemble ».

HYPOTHЀSE 2 : SOCIABILITÉ FICTIVE

Cette hypothèse voit l’épanouissement des sociabilités virtuelles, valorisant l’esprit d’ouverture, la découverte de l’autre et le dialogue multidirectionnel. Les conditions de travail s’assoupliraient mais le travail serait omniprésent et a envahi la vie quotidienne. Les temps libres seraient affectés en bonne partie à des consommations/productions culturelles et à des évasions dans des natures virtuelles, ludiques.

(28)

L’indifférence vis-à-vis des inconnus plus ou moins proches est forte, les liens de voisinage sont réduits aux relations scolaires résiduelles (une partie du temps de scolarité s’est virtualisée), ou de loisirs. L’individualisation et l’autonomie des membres de la famille, y compris des enfants, s’accroîtrait.

Dans cette configuration, les relations deviennent superficielles, l’individu, bien qu’il soit connecté, serait en réalité isolé affectivement. Les relations familiales se dissoudraient, seul le noyau dur du foyer continuerait d’avoir des interactions en « face à face ». Le nombre de personnes sur qui compter se réduirait considérablement et le nombre de personnes déclarant se sentir seules augmenterait. Ce que l’individu affiche dans son environnement virtuel serait en totale déconnection avec ce qu’il ressent en réalité. Grand nombre de personnes se retrouveraient en détresse affective, n’aurait plus de repère et éprouveraient une totale perte de sens dans leur vie professionnelle et personnelle.

HYPOTHЀSE 3: DÉVELOPPEMENT DES SOLIDARITÉS

Les modèles les plus à même de s’inscrire dans une perspective de développement durable demanderaient de la transversalité, de la mutualisation et des coopérations. Des modèles économiques émergents se développeraient pour fournir des réponses aux enjeux du siècle, à l’instar de l’économie positive qui se veut réparatrice de l’environnement tout en générant des profits ; de l’économie circulaire qui tire des ressources à partir des déchets ; de l’économie collaborative qui favorise les échanges entre personnes « peer-to-peer », etc.

Dans cette hypothèse, les relations sociales se renforceraient. Face au développement de la sociabilité virtuelle (décrite en hypothèse 2), un nouveau courant de pensée verrait le jour prônant un retour à la « vraie » solidarité. On assisterait donc d’une part, à un retour des solidarités familiales, et, d’autre part, Internet deviendrait un outil au service de la sociabilité des individus. Les réseaux sociaux seraient un moyen de garder contact et faciliteraient les rencontres physiques : ils seraient utilisés pour se fixer des rendez-vous, échanger sur des moments passés ensemble, etc.

Parallèlement, on assisterait à un retour des solidarités locales : on verrait fleurir de nombreuses initiatives facilitées par Internet comme par exemple de l’échange de services entre voisins (covoiturage, services à la personne, cuisine, prêt de matériel, etc.).

On verrait donc se développer différents types de solidarités de proximité (familles, amis…) et organisées collectivement (associations, ONG…). De même, les financements solidaires ou participatifs (crowdfunding) de projets tendraient à s’imposer grâce aux réseaux sociaux et à la volonté d’échapper aux acteurs traditionnels du financement en se « désintermédiant ».

(29)

FICHE N°5 : LES FORMES D’EMPLOI

I – DÉFINITION

Est ici traitée l’évolution des formes d’emplois, sous l’angle du statut, donnant lieu à une rémunération monétaire déclarée. Sont donc exclus le travail domestique, le travail au noir, les activités bénévoles et de loisir (bricolage, par exemple).

Cette fiche sera uniquement consacrée à l’évolution qualitative de l’emploi.

II - INDICATEURS PERTINENTS

Le contrat à durée déterminée : nombre de CDI à temps plein ou partiel.

Les formes particulières d’emploi (également désignées aujourd’hui

« emplois précaires ») : sont regroupés les statuts d'emploi qui ne sont pas des contrats salariés à durée indéterminée à temps plein (CDI). Ce sont l'intérim, les contrats à durée déterminée, les emplois à temps partiel, l'apprentissage et les contrats aidés.

III - RÉTROSPECTIVE

De la fin de Seconde Guerre mondiale au milieu des années 1960, alors que la croissance économique était forte et la France confrontée à une certaine pénurie de main d’œuvre, la tendance dominante fut celle de l’essor du salariat en CDI (près de 80 % des formes d’emploi), y compris dans l’administration publique et les entreprises publiques dans des emplois à vie.

Cette tendance s’est poursuivie jusqu’à une période très récente sous l’effet de plusieurs facteurs :

- le déclin du nombre d’agriculteurs et de travailleurs indépendants (artisans, par exemple) ;

- la nécessité de fidéliser la main d’œuvre alors que le pays en manquait, d’où d’ailleurs le recours à l’immigration de travailleurs étrangers ;

- l’influence des syndicats.

Témoigne de cette tendance le graphique ci-dessous relatif à l’évolution de l’emploi selon le statut qui, toutefois, révèle un moindre rythme de croissance de cette forme d’emploi dans la période récente sous l’effet d’une moindre croissance économique, de perspectives de croissance et d’emploi plus incertaines ainsi que de l’essor du travail féminin plus souvent à temps partiel.

(30)

Graphique 1 : Emploi total selon le statut

Source : INSEE, 2013. Graphique Futuribles.

Schéma 1 : Les différentes formes d’emploi salarié

(31)

Lors de son audition Véronique Deprez-Boudier a présenté le graphique ci- dessus, en estimant que « si le CDI reste la norme, il est en perte de vitesse (20,1 M sur 26,3 M de la population active). La tendance est à la porosité et à une enchevêtrement des différentes formes d’emploi ».

Ainsi, si le CDI demeure la forme dominante d’emploi dans les années 2000, la part de ces formes d’emploi « atypique » augmente depuis 30 ans et atteint près de 20 % actuellement27.

En effet, depuis 1980, ont commencé à se développer : - les emplois à durée déterminée (CDD) ;

- l’emploi à temps partiel ; - les emplois d’intérimaires ; - les emplois aidés…

En outre, depuis le début des années 2000, les durées des contrats des formes particulières d’emploi sont de plus en plus courtes, avec par exemple une très forte augmentation des CDD de moins d’un mois depuis 2003 (+ 230 % entre 2003 et 2013) en particulier dans des secteurs du tertiaire ayant recours aux CDD d’usage.

L’emploi temporaire, notamment l’emploi à temps partiel, plus souvent contraint que choisi concerne majoritairement les catégories de travailleurs les moins qualifiés (30 % des ouvriers sont à temps partiel) ainsi que les populations les plus fragiles (les femmes (8,6 % face à 3,1 % pour les hommes), les jeunes (50 %) et les seniors).

Dans l’imaginaire français, ces emplois dits « atypiques » pâtissent d’une mauvaise image : on parle d’ailleurs d’emplois précaires pour les qualifier. Les ajustements réalisés sur le marché du travail selon la conjoncture se font via les emplois « précaires ».

 Le télétravail a également connu un essor important depuis les années 2000

En 2004, la DARES évaluait à 2 % la proportion de salariés français pratiquant le télétravail à domicile. En 2010, le CAS évaluait la proportion de télétravailleurs (travaillant plus de 8h par mois à domicile) à 9 % et en 2012, une étude du Ministère des Finances évalue à 12 % la proportion de salariés français pratiquant le télétravail.

Mais le télétravail, longtemps considéré comme précaire et mal rémunéré (rémunération à la pièce, au rendement) ou comme étant l’apanage de certains métiers (les voyageurs de commerce) a depuis changé de nature : il ne s’agit plus

27 COE, L’évolution des formes d’emploi, avril 2014, http://www.coe.gouv.fr/IMG/pdf/140410- _Synthese_du_rapport_L_evolution_des_fomes_d_emploi.pdf

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