Jean-Luc Pecqueur. La patinoire à poux. Comédie en 3 actes 5 F 1 H. (Possible en 4 F 2 H) 90 mn

Texte intégral

(1)

Jean-Luc Pecqueur

La patinoire à poux

Comédie en 3 actes

5 F – 1 H

(Possible en

4 F – 2 H

)

90 mn

La pièce que vous venez de télécharger est protégée par des droits d’auteur via la SACD. Je vous en souhaite bonne lecture.

Un énorme merci à Francine Pour ce challenge que j’ai adoré faire 29 juillet 2021

SYNOPSIS

Des quiproquos et des ambiguïtés comme s’il en pleuvait !

Il faut dire que si les Franco-Canadiens ont le même vocabulaire que les Français de France, les mots ne veulent pas toujours dire la même chose et ça conduit à des situations ubuesques.

Si vous allez au Canada et que vous parlez de vos enfants, faites attention à ce que vous dites car c’est un truc à se prendre une gifle. Côté Français, les policiers sont des « poulets ». Au Canada, ils deviennent des « co- chons ». Les chauves, ont des mouchodrome et eux ont des patinoires à poux. Etc.

Le seul petit souci, c’est Jeanne qui est somnambule. C’est quelquefois gênant. Voire désagréable…Quand ce n’est pas plus…

Elles ont prévu, comme chaque premier jeudi du mois, de se retrouver chez Claire, pour préparer leur fête de la « sainte Goulwena ». Goulwena, comme chacun le sait (enfin presque) est, prétendument, la sainte patronne de ceux qui ont des amis outre Atlantique en France et vice versa. Et même si ce n’est pas très vrai, elles ont décidé que ça le serait quand même.

Par contre, c’est la première fois qu’elles se retrouvent dans ce tout nouvel appartement qu’occupe Claire, puisqu’elle vient juste d’y emménager. Appartement qui, il est important de le préciser était, récemment encore, celui de Jeanne. Jeanne étant partie loger dans celui qui se trouve juste en face et sur le même pallier.

Jeanne semble avoir des pertes de mémoire. Et, de fait, lors de ses séances de somnambulisme, il n’est pas rare du tout qu’elle débarque à l’improviste et fasse n’importe quoi chez Claire, dans son ancien appartement.!

Nous avons Juliette, venue de France et de sa région du Perche, en Normandie, qui vient juste de rejoindre le groupe. Juliette ne comprend pas toujours bien toutes ces expressions canadiennes… d’où des confusions par- fois hilarantes !

Pièce soumise à autorisation de l’auteur. Copie ou transmission interdite par quelque procédé que ce soit.

pierrepierre1@orange.fr

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https://jean-luc-pecqueur.monsite-orange.fr/ (la liste de mes textes)

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(2)

Du même auteur

Dernière Mise à Jour :

4 juin 2022

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Titre / Durée / Distribution F-H / Type de pièce

Par ordre alphabétique

15 091 960 euros

90 mn /

7-4 - 8-3 - 9-2

(comique délirant)

A l’eau de là…

70 mn /

4-3

(comique délirant)

A votre service madame

90 mn /

3-1

(comique)

Adopte un vieux.fr

95 mn /

5-3 - 6-2

(comique délirant)

Arrêtez vos sottises élève Michu

30 mn /

3-3 - 4-2 - 2-4

(comique)

Bon débarras Déborah

100 mn /

5-3 - 4-4 - 6-2 - 6-3 – 5-4

(comique)

Bureau des réclamations, j’écoute

90 mn /

5-4 - 5-3 - 4-3 - 5-5 - 6-2 - 8-1

(comique)

Caroline

15 mn /

1 F ou 1 H

(tout sur le trac du comédien)

Ces messieurs d’orgueil

10 mn /

0-1 + 1 ado

(grand père + petit-fils)

Changement de propriétaire

105 mn /

5-3 - 6-2 - 4-5 - 6-3 - 4-4

(com. délirant)

Clochard et PDG

90 mn /

5-3

(comique)

Déroutante Sandra

90 mn /

4-3 - 5-2

(comique)

Drôle de commissariat

90 mn /

5-5 - 8-4 - 5-4 - 4-5

(comique délirant)

Goulwena

90 mn /

5-5

(Drame)

Je vais chercher Dupin

90 mn /

5-4 - 6-3 - 4-5 - 7-2

(comique)

J’ai fait bac moins quatre

90 mn /

4-4 - 5-3 - 6-2 - 3-5

(comique)

J’arrête de fumer

5 mn /

1 F ou 1 H

(comique)

La classe de réinsertion

105 mn /

5-4 - 6-3 - 5-5

(comique)

La patinoire à poux

90 ou 45 mn /

5-1 - 4-2

(comique)

La pâtissière

5 mn /

1 F ou 1 H

(seul en scène)

La petite infirmière

15 mn /

3-1

(comique)

La salle des fêtes

15 mn /

3-2

(comique)

(3)

Le bébé du réveillon

90 mn /

3-3

(comique)

Le commis voyageur

30 mn /

1-1

(comique)

Le dentier

15 mn /

6-2 modulables

(comique)

Le DVD de M. Schtriwassengerschmut

90 mn /

5-2 - 6-1 - 4-4 - 4-3

(comique)

Le parking du supermarché

10 ou 18 mn /

3-0 - 3-1

(comique)

Le Transcervellicaire

105 mn /

3-3 - 5-5 - 4-4

(comique délirant)

Le trésor de l’autoroute

90 mn /

6-4 - 7-3 - 5-5

(comique délirant)

Les cornes du cheval de Pontécoulant

10 mn /

0-2 + 1 ado

(comique)

Les médisantes

5 X 3 mn /

2-2 - 1-1 - multiple

(suite de 5 sketches comiques)

L’amour est dans le prêt à vie

(3 fins possibles) 90 mn /

6-3 - 5-3 - 8-4

(comique)

L’assurance

15 mn /

6-2

(comique)

L’auberge du caramel

90 à 120 mn /

7-4 - 5-4 - 6-4 - 6-3…

(21 versions)(comique)

L’ergoteuse

15 mn /

2-1 - 1-2

(comique)

Maison à vendre à Loué

100 mn /

5-3 - 4-4 - 6-2

(comique)

Mamie Dinette

12 mn /

3-2

(comique)

Mélissa, Julie et le nouveau curé

110 mn /

4-3 - 3-3 - 4-2 - 5-2 - 5-1 - 6-1

(comique)

Mon dépanneur TV est bizarre

90 mn /

3-3 - 4-2

(comique)

On a retrouvé monsieur Toucan

15 mn /

6-3 - 5-3 - 4-3

(policier pour ados)

On s’occupe de vous ?

70 à 80 mn /

3 à 11-3 à 7

(6 sketches comiques à suivre)

On va la marier

90 mn /

4-5 - 5-4 - 6-3 - 3-6

(comique sur mai 68)

Panique au collège

60 mn /

15 collégiens 9-6 + 1 adulte

(comique)

Passe-moi le tournevis, Cynthia

110 mn /

7-4 - 6-5 - 6-4 - 5-6 - 4-7 - 8-3

(comique)

Résidence Alauda

90 mn /

3-2

(comique)

Sosie presque parfaite

100 mn /

5-3 - 4-4 - 6-2

(comique)

Tête à trac !

60 mn /

3-2

(comique pour ados)

Tiens-toi droit, Totof

20 mn /

5-2 - 6-2

(comique délirant)

Un assureur rassurant

90 mn /

5-4 - 6-3

(comique)

Un logiciel pour des revenants

90 mn /

5-3

(comique délirant avec costumes)

Viens voir mon nouvel appart’

45 mn /

2-0

(duo féminin comique)

Vive le camping

10 mn /

1-0 ou 0-1

(seul en scène comique)

L’ajout d’un rôle F ou H est possible pour chacune des pièces ci-dessus.

Une astuce pour trouver la distribution qui vous convient ?

Touches « Contrôle » avec « F » et mettez les chiffres séparés par un petit tiret (ex. : 5-3)…

Vous pouvez faire pareil pour la durée en tapant votre chiffre en minutes (ex. : 90 mn)

(4)

Le décor :

Une salle à manger d’appartement… La porte d’entrée de l’appartement se trouve dans le fond de cette salle.

Il y a volontairement peu de didascalies pour laisser toute création au metteur en scène et ainsi imaginer tous les mouvements et jeux de scène qu’il veut !

LES PERSONNAGES :

Les textes que j’écris sont prévus pour être joués avec punch et vivacité.

Il est préférable d’éviter les répliques trop « molles ».

Jeanne – Gentille cette personne. Malheureusement, elle est somnambule. Enfin peut-être ! Pas seulement de nuit, mais aussi de jour, lorsqu’elle fait sa sieste en début d’après-midi. Or, elle vivait autrefois dans l’appartement que Claire vient de reprendre. Elle a changé parce que son nouvel appartement est plus petit à entretenir, maintenant elle loge juste en face. Dans ses crises, elle revient sans cesse chez Claire, qui a pris l’habitude de la voir arriver sans prévenir… Mais au fait, est-elle réellement som- nambule ?

Claire – Elle a repris récemment l’appartement qu’occupait Jeanne auparavant. Elles sont d’ailleurs devenues amies. Elle s’est habituée à voir Jeanne débarquer chez elle sans prévenir. Elle n’a jamais osé la dé- ranger pendant ses crises, imaginant que la réveiller brutalement pourrait la tuer. Alors elle subit avec patience, amitié et humour.

Juliette – Nouvelle amie de toutes les autres. Elle aussi fait partie de ce petit groupe qui veut réveiller les habi- tudes des habitants de la petite ville. Sa particularité, c’est qu’elle est française partie vivre à Kapus- kasing, dans l’Ontario il y a plus de dix ans et qu’elle a une volonté farouche de s’intégrer. C’est la pe- tite nouvelle du groupe. Il va donc falloir un peu lui expliquer tout… Faut dire que les expressions dites en France et plus particulièrement en Normandie, sa région de naissance, n’ont pas nécessai- rement les mêmes significations que celles utilisées au Canada.

Marthe – Habituée à ces réunions, elle est très avenante et communicante. Son mari est un gros gradé de la po- lice. Et là, ça peut déraper rapidement…

Anne – Elle peut parfois être confuse dans ses explications. Elle-même sait que, parfois, elle perd le nord. Elle a la particularité d’être la seule du groupe à avoir voyagé en France, chez ses amis, du côté de Lyon, dans le sud-est de la France.

Alphonse – Lui, c’est le mari de Juliette. Il dit tout comme elle. Fait tout comme elle. Il n’a pas le choix. Très brave homme qui se laisse vivre et se sent bien comme ça.

Le rôle de Jeanne peut très facilement Passer en rôle masculin pour une version en

4 F – 2 H

Adaptation rapide sur demande

(5)

ACTE I

Une salle à manger ouverte qui donne directement sur le petit couloir donnant accès à la porte d’entrée principale de l’appartement. A l’horloge murale, il est 14 heures.

Claire (Finit de préparer la petite table de salon avec tasses et autres ustensiles puisqu’elle va recevoir ses amies pour le goûter) – Voilà. Tout devrait être parfait comme ça. Je ne sais pas si elles vont remarquer que j’ai été obligée de changer mes tasses depuis la dernière. J’en ai cassé quatre lors du déménagement ! (En pouffant de rire) On va voir si elles sont curieuses mes mémères…

A ce moment, la sonnette retentit. Claire, hésitante, va ouvrir. La porte grince très fort car elle l’ouvre doucement.

Claire – Ah ! Bonjour ma Juliette. Tu vas bien ma grande ? Entre. Tu n’es pas en retard, dis donc ! Juliette – C’est vrai. Bonjour Claire. Il fallait que je passe dans le coin pour voir une boutique sur le

Mail de la Cité Modèle. J’avais envie de me balader un peu et tranquillement pour voir s’il y avait des nouveautés, avant d’aller à mon rendez-vous médical.

Claire – Je te comprends bien. Tu as encore un peu la nostalgie de ta chère et douce France.

Juliette – Non. Pas vraiment. Mais il fallait absolument que je voie Lebouché pour mon souci de verrue plantaire.

Claire (Très étonnée) – Ah bon ! C’est le boucher qui t’enlève une verrue au pied ? Juliette (Qui ne relève pas l’étonnement de Claire) – Ben oui. Bien sûr. Pourquoi ?

Claire (Qui reste étonnée sans vouloir paraître trop curieuse) – C’est assez inhabituel comme façon de traiter un tout petit bobo ! Mais si tu crois que c’est mieux ainsi !

Juliette – Ah non, je ne trouve pas, moi. Il faut dire que j’étais allée voir un autre praticien lorsque j’étais encore en France et que cet idiot m’avait littéralement charcutée. Horrible. C’était vraiment très mal fait. Oui, vraiment affreux. Ça pissait le sang de partout… Je ne sais pas si on dit ça chez vous… Mais ça saignait vraiment abondamment.

Claire (Ahurie et ne comprenant pas) – Ca alors ! Vous avez des façons étonnantes de vous faire opérer chez vous, cousins de France. Nous autres, nous préférons quand même consulter des méde- cins spécialisés en chirurgie…

Juliette (Toujours dans son monde) – Ah mais, Lebouché aussi, il opère. Et il aime ça le cochon. De plus, c’est un sacré blagueur. Il dit beaucoup de bêtises. Je crois que c’est pour détourner l’attention de ses patients qui ainsi ressentent moins la douleur.

Claire – Ce n’est pas banal !

Juliette – Lorsque je l’ai consulté pour la première fois, il y a huit jours, il m’a raconté qu’il venait de passer avant moi une grosse dame et qu’il adorait charcuter dans le boudin ! Ça fait bizarre.

Ça peut surprendre. C’est sûr. Mais c’est son humour à lui. Ça ne l’empêche pas d’être super gentil quand même !

Claire – Ce qui me surprend énormément, Juliette, c’est qu’il ait le droit de faire de la médecine ton bonhomme.

Juliette – C’est un très bon spécialiste paraît-il. Un très gros travailleur qui s’échine à faire conscien- cieusement son travail.

Claire – Ben oui, je comprends qu’il « s’échine » (appuyer sur le mot) ton boucher… (Puis en éclatant de rire comme pour évacuer un stress) Si ça se trouve, il pratique aussi sur la poitrine de co- chonne !

Juliette – Ah ça, je ne sais pas s’il fait dans la chirurgie esthétique. Je ne crois pas. Mais je n’en sais rien à vrai dire.

Claire (Décidée à blaguer finalement) – Pourvu qu’il ne tombe pas dans le « travers de porc »…

(6)

Juliette (Qui marque un doute et semble ne plus très bien suivre Claire) – Je ne comprends pas ce que tu veux me dire, Claire. De toute façon, c’est à lui de voir.

Claire – Oui, c’est sûr. C’est à lui de trancher, quoi.

Juliette – Enfin bref, je me suis pointée et malheureusement, il était absent parce qu’il avait mangé quelque chose qui l’avait complètement embarbouillé. Du coup, il ne pouvait pas consulter.

Claire – C’est quand même une histoire bien étonnante que tu me racontes ma Juliette. Ce me prend aux tripes rien que d’y penser… Je n’irai pas chez lui, j’aurais trop peur d’être prise pour une andouille…

Juliette (Perdue) – Pourquoi tu me dis ça. Au contraire. Il a d’excellents états de service. Il paraît que c’est un as de la chirurgie. J’ai vérifié avant de venir, tu penses bien. Je fais toujours ça. La santé, c’est trop important pour qu’on la confie au premier couteau venu. Je n’avais pas envie de tomber sur un charcutier. Mais pour rebondir sur ton histoire d’andouille, sais-tu qu’en France, tout près de chez moi où j’habitais autrefois, la région est spécialisée dans l’andouille et aussi les tripes. L’andouille, c’est à Vire, dans la Normandie. Pour les tripes, il y a plusieurs spécialités toutes aussi fameuses les unes que les autres. Mais celle que je préfère, ce sont celles en brochettes qui sont fabriquées à La Ferté-Macé, pas très loin du Perche.

Claire – Tu as bien raison. Moi aussi, je crois que la santé est très importante. Mais je ne savais pas qu’il y avait un roi du couteau à désosser à l’hôpital de Kapuskasing ! Ca doit sans doute être un nouveau.

Juliette – Nouveau ? Non. Je ne pense pas. Enfin je n’en sais rien. Mais quand tu parles de couteau à désosser, tu exagères un petit peu. Je dirais plutôt un roi du scalpel.

Claire – Je trouve qu’il y a de quoi se poser des questions tout de même.

Juliette – Mais non, je t’assure. N’hésite pas à le consulter. Il te refera tout ce que tu veux sans que tu souffres. Ceci dit, je t’avoue que lorsque j’ai consulté l’annuaire pour trouver son cabinet, j’ai eu un peu peur. On n’a pas idée de s’appeler Lebouché quand on est chirurgien… Au début, ça fait bizarre !

Claire (Sidérée car elle vient de comprendre enfin l’ambiguïté) – Parce que Le Boucher, c’est son nom, pas son métier ?

Juliette – Oui, bien sûr. Qu’allais-tu imaginer ? (Puis comprenant toute la méprise de la conversation) Ah nom d’un chien. Mais ça y est, je comprends pourquoi tu me disais des choses bizarres…

Oh que je suis idiote. C’était tellement évident pour moi que j’ai oublié de tout te préciser dès le début… Mon dieu que je suis sotte ! Son nom ne s’écrit pas comme un artisan de boucherie, mais (épeler) L.E.B.O.U.C.H.E accent aigu, en un seul mot…

Claire (Respirant fort de soulagement) – Me voilà rassurée… A t’entendre, je te voyais aller au batte.

Juliette – Au batte ? C’est quoi ça ?

Claire – Ah oui, t’inquiète. Vous en France vous dites, je crois, que c’est « Affronter une situation diffi- cile, délicate… ». Retiens-là, celle-là ma grande. Tu auras à t’en resservir.

Juliette – Ah oui. Ta batte me botte comme on dit chez nous.

Au même moment, on entend la porte d’entrée s’ouvrir doucement. Porte qui a la particularité de grin- cer fortement. Elle fait un bruit encore plus fort lorsqu’on l’ouvre doucement. Entrée de Jeanne, la somnambule, les deux bras en avant et à l’horizontale, yeux fixes. Elle entre sans parler.

Claire (Qui d’évidence consulte sa montre) – Ah oui, c’est l’heure. On va encore y avoir droit…

Juliette – Mais… Que se passe-t-il. Pourquoi cette personne a-t-elle les bras en avant comme ça… Elle est entrée sans sonner ni frapper et tu ne dis rien ?

Claire – Hé oui. C’est vrai. Mais c’est normal ! Ne te tracasse pas avec ça, Juliette. Moi je me suis habi- tuée…

Juliette – Ah bon ! Mais que fait-elle. On dirait qu’elle cherche quelque chose… Ça me fait penser à une personne qui serait somnambule… Ça me fait peur ! Tu n’as pas la trouille, toi ?

Claire (Très sereine) – Tu as parfaitement raison. Je te confirme qu’elle est somnambule. C’est comme ça ! On n’y peut rien. Faut la laisser faire.

(7)

Juliette (Qui s’est levée, mettant en avant une certaine appréhension) – Ah mais oui, je vois bien que tu la laisses faire.

Claire – Oui. Je suis habituée. Je ne peux pas l’empêcher d’agir ainsi. C’est trop dangereux…

Juliette – Parce qu’en plus elle te menace ? (Apeurée) Mais ne te laisses pas faire. Appelle la police…

Claire – Inutile. Je t’explique. Elle est somnambule et comme on m’a toujours appris qu’il ne fallait ja- mais réveiller un somnambule de crainte qu’il ne fasse une crise cardiaque et ne meure sur- le-champ. Alors je la laisse faire. (Explicative car elle sait ce qui va se passer.) Là, si tout se passe bien, elle va se diriger dans la cuisine, ouvrir le frigo. Puis elle va revenir vers moi, me dire ce qui ne va pas et repartir comme elle est venue… Ce n’est pas tous les jours, mais c’est souvent. Des fois je ne la vois pas pendant plusieurs jours et d’autres fois ça peut être plu- sieurs fois par jour. Là, vu qu’elle commence de bonne heure, je crois qu’on va devoir la subir encore plusieurs fois. Surtout qu’il est l’heure de sa sieste.

Juliette (Apeurée) – Mais, mais, mais, mais, mais… c’est flippant !

Claire (Très zen) – Mais non. N’aie pas de peur. Ce n’est rien. Laisse faire. Tout va bien se passer.

Juliette – Mais comment se fait-il qu’elle vienne chez toi. Elle va chez les autres voisins également. Et son mari, il la laisse faire ?

Claire – Je dois t’expliquer que cette personne, qui se prénomme Jeanne et qui est aussi une amie habi- tait auparavant dans l’appartement où nous nous trouvons. C’était son appartement avant que j’y habite. Elle a préféré déménager parce qu’elle le trouvait trop grand à entretenir. Et du coup, maintenant, elle habite dans l’appartement qui se trouve juste en face sur le même pallier que moi.

Juliette – Ah d’accord. Donc en fait, de temps en temps, elle se trompe de porte d’entrée ? Mais son ma- ri dans tout ça ?

Claire – Oui, c’est un peu ça. Quant à son mari, enfin pour le dernier en date… Pauvre homme ! Ce n’est pas un grand intellectuel, tu vois. On ne peut pas dire qu’il a grand-chose sous la patinoire à poux. Ça sonne creux. Très creux. Des fois même, ça raisonne fort quand il se gratte la tête, tellement c’est creux.

Juliette – Si je comprends bien, il est chauve ? Chez nous, en France, on dit qu’il a un mouchodrome sur le crâne…

Alors que Jeanne avait quitté la scène pour se diriger effectivement vers la cuisine, elle revient. Elle s’approche de Claire et Juliette et, dans une sentence s’exclame.

Jeanne – Il faudra penser à remettre de la bonne bière au frais ! De la très bonne surtout ! Je retourne vérifier pour compter combien il en faut… (Elle retourne sur ses pas.)

Juliette (Qui est restée droite, sidérée se rassoit) – Ah ben ça alors ! C’est bien la première fois que je vois un truc pareil.

Claire (Très calme et très sereine) – Oui. Si tu étais à ma place, tu t’habituerais vite.

Juliette – Je ne crois pas, non. (Puis dans un éclat de rire) Donc aujourd’hui, nous ne pourrons pas boire une bonne bière fraîche durant la réunion puisque ta Jeanne n’en a pas vu…

Claire – Bien sûr que si. Si tu en veux, je peux t’en servir. Pourquoi tu me dis un truc pareil ? Juliette – Mais c’est ta Jeanne, là, qui vient de te dire d’en racheter…

Claire – Ah oui. Mais non. Mais si. Mais non en fait. Ce n’est rien. J’ai un autre petit frigo. Il faut que je te dise que dans celui qu’elle ouvre il y a bien plusieurs bières au frais, mais comme ce n’est pas la même marque qu’elle achète, elle ne les voit pas… En revanche, je fais attention à ne pas laisser traîner les bouteilles de whisky, car ça, elle les voit bien et de temps en temps elle me les chipe…

Juliette – Ah, elle te les vole pour son mari !

Claire – Non, son mari ne boit pas. Par contre, elle, ça lui arrive de s’enfiler une bouteille au goulot di- rectement…

Juliette – Ah oui, quand même…

(8)

Claire (Entraînant Juliette avec elle) – Viens donc voir avec moi, je vais te montrer une vidéo que j’ai faite récemment et qui te prouve que la Jeanne, elle sait se faire plaisir quand je ne la sur- veille pas.

Juliette – Ah ! Et tu as enregistré quoi ?

Claire – Viens ! C’est dans mon bureau, sur mon ordinateur… On va se mettre un casque sur les oreilles comme ça tu entendras parfaitement sans avoir les bruits de fond de la rue.

Juliette – Mais ta Jeanne, tu la laisses là, toute seule ?

Claire – Ne t’inquiète donc pas, elle sait se débrouiller toute seule et je peux partir en toute confiance. Il ne se passera rien du tout en notre absence. Je te fiche mon billet que dans moins de trente secondes, elle va s’ennuyer et partir comme elle est venue…

Les deux femmes partent en toute insouciance, laissant Jeanne seule. Mais Jeanne revient et reprend sa position des deux mains tendues. Après quelques secondes, Jeanne qui n’a pas encore baissé les bras, épie de toute évidence le départ des deux femmes et décide de baisser les bras.

Jeanne – 24 qu’il en faut. Vous avez bien entendu, il faut un pack de 24 bières. Vous avez compris toutes les deux. C’est que je commence à fatiguer moi. Elles ne se rendent pas compte, elles.

J’ai cru qu’elles allaient s’incruster plus longtemps ici. Je vais finir par croire qu’elles sont chez elles les deux gonzesses. (Après un instant de réflexion) Bon, même si c’est vrai qu’elles sont chez elles, ce n’est pas une raison. Ouf !

On entend alors quelqu’un qui frappe à la porte. Il n’a pas sonné. Jeanne, hésitante, décide d’aller ou- vrir mais avant elle se remet en position de somnambule.

Jeanne (Ouvrant la porte d’une main tandis que l’autre reste tendue) – C’est qui ?

Alphonse – Ah ben ça, c’est original comme accueil. C’est vous Claire, la propriétaire des lieux ?

Jeanne – Claire n’est pas propriétaire. Elle est locataire comme moi. Elle m’a juste piqué mon apparte- ment.

Alphonse – Ah vous êtes en train de vous chamailler pour un appartement. Je ne comprends pas bien.

Jeanne – Et si je t’en colle une, tu vas mieux comprendre. Ne reste pas dans l’entrée bougre d’idiot, si la Claire revient elle va encore dire qu’on chauffe l’escalier pour rien.

Alphonse – Elle est là Juliette ?

Jeanne – Je n’en sais rien et je m’en fous. C’est qui Juliette d’abord ? Alphonse – Ben c’est ma femme tiens !

Jeanne – Ben mon gros, on ne peut pas dire qu’elle a épousé un top model !

Alphonse – Vous êtes une bande de marrantes vous toutes. Juliette m’avait prévenu que je serais sur- pris…

Jeanne – Quand tu vas tout comprendre, tu ne penseras plus qu’à partir d’ici…

Alphonse – Ah, ça aussi c’est obligatoire comme médisance ou bien vous êtes juste en train de vous moquer de moi ?

Jeanne – Non mon gros, tu as raison, je me fous de ta goule.

Alphonse – Je commence à avoir un doute. Et en plus on ne se connaît pas alors je ne comprends pas pourquoi vous me tutoyez !

Jeanne – Fais donc un effort mon gros. T’as qu’à te lancer. Tu verras, tout va bien se passer. Allez, oust, lance-toi…

Alphonse – Ah ben si vous… si tu le dis. Mais d’abord t’es qui toi si tu n’es pas Claire…

Jeanne – Pour Claire, je suis transparente…

Alphonse – Je connaissais bien le prénom de Claire, mais Transparente, ça n’a pas cour chez nous en France. Y’en a beaucoup qui se prénomment Transparente chez vous au Canada. Quoique, si on réfléchit bien, Claire, Transparente, ça va bien ensemble… Manquerait plus que ton nom de famille soit « Obscure »…

Jeanne – Tu ne serais pas un peu concon toi ? Alphonse. Al fonce dans le mur…

(9)

Alphonse – Ben de toute façon ça ne va pas du tout ce que je viens de dire…

Jeanne – Et pourquoi donc mon ami ? Te voilà qui réfléchis comme un miroir.

Alphonse – Ben si je dis que ton nom de famille pourrait être rigolo si tu t’appelais Obscure. Ça ne va pas. Ça ne le fait pas du tout ?

Jeanne – Ah. Je ne pige rien du tout. Ce n’est pas clair ton histoire.

Alphonse – Réfléchis donc un peu. Ça marche si tu te prénommes Claire mais pas Transparente.

Jeanne – Je ne comprends rien du tout.

Alphonse – Transparente Obscure, ça ne fait pas tilt, alors Claire Obscure, ça le fait bien.

Jeanne – Va te coucher. Tu perds les pédales.

Alphonse – Mais dis donc, au lieu de m’embrouiller comme une omelette, peux-tu me dire ce que tu faisais derrière la porte avec les bras tendus comme, comme, comme… Ben comme je ne sais pas quoi d’ailleurs.

Jeanne – Je suis somnambule monsieur l’hommelette. Hommelette, ça te va bien je trouve. Chez nous, une hommelette, c’est un petit homme qui n’a aucune force et qui ne sait pas se défendre.

Alphonse – Il y a des claques qui se perdent…

Jeanne – Essaie donc si tu peux… Et arrête de m’appeler Claire ou Transparente. Mon prénom c’est Jeanne.

Alphonse – Mais alors, si tu n’es pas Transparente ni Claire, mais que tu es transparente pour Claire, c’est une sombre histoire de quoi. Je suis complètement largué.

Jeanne – Ça ne m’étonne pas. Tu en as bien la tronche mon pauvre ami. Jeanne. Appelle-moi Jeanne et ne te pose plus de questions. Sinon tu vas attraper mal à ton petit crâne.

Alphonse – Oui, Jeanne.

Jeanne – C’est bien mon petit. Puisque tu es le mari de ta femme…

Alphonse – Oui, le mari de ma femme, c’est toujours mieux comme ça…

Jeanne – Laisse-moi finir mes phrases bougre d’idiot. Donc si tu es le mari de la Juliette, c’est toi qui viens de France ?

Alphonse – Oui madame Jeanne. On vient de France et on y était bien.

Jeanne – Alors pourquoi t’es venu chez nous si tu te plaisais mieux chez toi en France ?

Alphonse – S’agirait pas de changer de sujet comme ça. Je ne suis pas obligé d’être con non plus. Je vois bien la manœuvre se faire.

Jeanne – Quoi ça ?

Alphonse – Je me demande bien ce que tu peux faire ici alors qu’il n’y a ni Claire ni Juliette dans la maison ? C’est tout de même étrange ?

Jeanne – Qu’est-ce que ça peut te foutre !

Alphonse (Qui part dans un énorme délire de démonstration avec ses bras, ses jambes, etc. pour faire un véritable solo de danse sur la base du somnambule) – Alors comme ça, tu passes ton temps avec les bras tendus parallèles, perpendiculaires, une jambe en l’air aussi ? Les deux jambes en l’air peut-être… (Laisser le metteur en scène fabriquer un véritable jeu de scène délirant au maximum qui peut durer un bon moment).

Jeanne – Tu n’es pas fini toi. Il va falloir te calmer mon petit monsieur. D’abord, toi, qu’est-ce que tu fais ici ? Hein ? Pas clair non plus.

Alphonse – Je suis ici parce que ma femme, Juliette, m’a dit qu’il fallait que je me pointe ici pour la re- trouver pour sa réunion avec ses nouvelles copines pour la sainte Goulwena…

Jeanne – C’est qui ça Goulwena ? Y’a pas un fromage français qui s’appelle comme ça ?

Alphonse – La sainte Goulwena, il paraît que c’est la sainte patronne des Canadiens qui ont des amis en France et des Français qui ont des amis au Canada. Toi tu dois confondre avec le Gouda. Mais le Gouda, c’est un fromage espagnol. Enfin je crois.

(10)

Jeanne – Tu es sûr de toi ?

Alphonse – Non. De toute manière, espagnol ou portugais, c’est un fromage du nord quand même.

Jeanne – Si ça se trouve tu confonds avec Bouddha ? Mais lui, ce n’est pas un fromage.

Alphonse – Oui, je crois que c’est une des variétés du nougat. Enfin je crois aussi. C’est que je ne suis pas allé beaucoup à l’école alors moi et la géographie et l’histoire, hein. Je tiens de ma mère qui détestait ces matières -là et de mon père qui lui détestait le français et les maths.

Jeanne – Oui. Bon. Je crois qu’on va passer à autre chose.

Alphonse – Alors tu me dis ou te me dis pas ce que tu fais ici. Parce que sinon, moi je m’en vais.

Jeanne (Voyant qu’Alphonse s’emballe et qu’il risque de partir finit par se confier puisque c’est complè- tement son intérêt) – T’emballe pas. On va bien finir par trouver un accord. D’abord, est-ce que je peux avoir confiance en toi ou pas.

Alphonse – Ça dépend. Ça paie bien ?

Jeanne – Faut voir, ça peut. Oui, ça peut, mais il me faut quelqu’un de confiance et comme je vois que tu peux correspondre au profil… (au public) C’est vrai qu’il a l’air con. Même très con.

Alphonse – Hein. Tu dis quoi ?

Jeanne – Jure que je peux te faire confiance et que tu ne diras rien à personne et même pas à ta femme ?

Alphonse – Oui. Pourquoi pas, si ça peut rapporter gros.

Jeanne – A genoux et jure ! Sinon. Nada.

Alphonse (Qui hésite mais finit par s’exécuter) – Nada ? Ah, c’est peut-être avec ce fromage espagnol que je confonds.

Jeanne – A genoux !

Alphonse (S’exécutant) – Bah s’il le faut…

Jeanne – Sortant son portable en mode photo, elle prend Alphonse à genoux par surprise… (Penser à mettre le mode flash pour qu’il n’y ait aucun doute sur la prise de photo.)

Alphonse – Mais c’est quoi cette façon de faire ?

Jeanne – Maintenant que j’ai une preuve de ton imbécillité, tu ne vas pas pouvoir me trahir sinon je montre à ta femme la photo de toi en train de me supplier… Mais de quoi, ça, il faudra qu’elle devine…

Alphonse – Ah non, pas ça. Tu ne vas quand même pas oser faire ça ? Jeanne – Si.

Alphonse – Ah ben non !

Jeanne – Ah ben si. Tu ne crois tout de même pas que je vais me gêner. Maintenant tu peux avoir la chienne !

Alphonse – Ah parce qu’en plus il y a un toutou dans le coin ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse d’une chienne ?

Jeanne – Bougre d’idiot. Chez nous autres, avoir la chienne, c’est comme pour vous en France avoir la trouille, la peur…

Alphonse (Se relevant enfin et suppliant) – Mais pour ce prix-là, j’ai au moins droit à une explication.

Tu faisais quoi ici avec les bras en l’air en l’absence de la propriétaire ? Jeanne – La locataire, pas la propriétaire. Faudra te le dire combien de fois.

Alphonse – Donc ?

Jeanne – Tout le monde pense que je suis somnambule…

Alphonse – Ahhhhh ! C’est pour ça (en faisant le geste des deux mains tendues et recommençant son délire de danse) les mains devant. Mais c’est un truc à se casser la margoulette dans les esca- liers…

(11)

Jeanne – Tu penses-tu ? Je fais très attention. Parce que en fait, si je fais ça, c’est…

Jeanne n’a pas le temps de finir sa phrase qu’on entend du bruit très clairement dans le fond. C’est le retour de Claire et Juliette…

Claire (Entrant suivie de Juliette alors que Jeanne a repris sa position de somnambule, les bras tendus et les yeux fixes) – Ah ben, qu’est-ce que vous faites là, tous les deux ? Vous êtes qui vous, monsieur ?

Juliette – Alphonse, présente-toi tout de même. Claire, je te présente Alphonse, mon mari.

Claire – Mais qu’est-ce que vous faites ici avec Jeanne ma voisine. Et toi Jeanne, qu’est-ce que tu fais encore là ? Oh mince, c’est vrai, il ne faut pas que je lui cause, ça peut être dangereux.

Juliette – Je ne comprends pas. Qui t’a ouvert la porte Alphonse ?

Claire – Ce ne peut être que Jeanne. Mais je croyais qu’elle allait partir quand nous sommes allées dans mon bureau. Elle n’est tout de même pas restée ici toute seule. J’espère, Alphonse, qu’elle ne vous aura pas enquiquiné avec ses airs bizarres ?

Alphonse (Qui a une grosse peur et interroge Jeanne du regard pour savoir ce qu’il doit dire ou faire) – C’est-à-dire que la dame…

On voit alors par un jeu de scène que Jeanne se tourne vers Alphonse hors de la vue des deux autres et fait de grès gros yeux en direction d’Alphonse pour l’intimider en lui montrant très nette- ment son portable à photos.

Juliette – Alors Alphonse, tu vas y arriver ou il faut que je te secoue le cocotier ? Claire – J’ai comme l’impression que ton Alphonse est sous le choc devant Jeanne…

Juliette – Il faut dire que d’avoir Jeanne qui fait des gros yeux comme ça, ce n’est pas très rassurant non plus…

Alphonse (Qui tente une explication semi avouée) – Oui. Je suis d’accord, ça vous mettrait quelqu’un à genoux en moins de deux… Si certains voient ce que je veux dire…

Jeanne (Qui se remet en mouvement tout en se dirigeant vers la porte pour sortir) – Mes photos, mes photos, mes photos (ad libitum jusqu’à ce qu’elle sorte).

Claire – Elle ne me l’avait pas encore faite celle-là.

Juliette – Peut-être veut-elle prendre des photos de tes bières dans le frigo pour nous montrer…

Claire – Oui, ce n’est pas idiot ce que tu dis. Mais je ne vois pas bien à quoi ça peut servir. Hein Al- phonse ?

Alphonse – Elles ne sont pas toujours faciles à comprendre ces personnes qui se prétendent somnam- bules.

Juliette – Qui se prétendent ? Pourquoi ? Tu ne crois pas que cette Jeanne serait somnambule, Al- phonse ?

Claire – Alors moi, je peux t’affirmer le contraire. J’en suis certaine. Figure-toi qu’un jour, je l’ai retrou- vée à genoux devant le frigo en train de faire une prière pour que quelque chose que j’ignore encore revienne vite… Tu imagines toi, Alphonse, quelqu’un à genoux en train de supplier le frigo ?

Alphonse – A genoux ! Quelle idée. Quelle horreur. Faut être d’une grande stupidité pour se mettre à genoux devant un frigo…

Juliette – Ta Jeanne, tu vois, Claire, elle me glace. On dirait justement un frigo. Elle est froide comme ce n’est pas possible.

Alphonse – Enfin de là à se mettre à genoux devant un frigo… Ca vaudrait presque une photo…

Claire – Bon. On ne va pas parler que de Jeanne. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle n’était pas partie avant. Mais maintenant qu’elle est partie, on va être tranquilles un moment.

Juliette – Alors Alphonse, tu nous racontes quoi au juste ? Alphonse – Pas grand-chose. Beaucoup d’émotions surtout.

La sonnette retentit de nouveau.

(12)

Claire – Excuse-moi Juliette, je vais aller ouvrir la porte. Ça doit sans doute être Marthe ou Anne… Et pour ton mari, Juliette, c’est super qu’il soit venu. Ça nous fera un homme dans le groupe.

(Très moqueuse) – On va enfin pouvoir dire des conneries sur un mec. Franchement, ça nous manquait… (Puis se reprenant) Mais non, Juliette, ne t’inquiète pas, je blaguais…

Juliette – Alphonse aime bien rire, mais il ne faudrait peut-être pas trop déconner quand même… Il reste susceptible. Comme tous les mecs quoi…

Alors que la sonnette retentit une nouvelle fois…

Claire (Criant vers la porte) – Oh ! C’est bon ! On se calme. J’arrive…

Marthe (Qui entre et embrasse Claire pour la bienvenue) – Ben dis donc Claire, il t’en a fallu du temps pour m’ouvrir la porte ?

Claire – Ok. Ça va Marthe. Alors je te présente Juliette, notre nouvelle recrue. Son mari nous a déjà re- joint. Et Juliette, je te présente Marthe Labenquale, la première à avoir accepté de rejoindre l’association il y a déjà longtemps…

Juliette (Qui se lève et va serrer la main à Marthe) – Bonjour Marthe. Heureuse de vous rencontrer.

Claire est très moqueuse. Mais ce n’est pas bien de se moquer du handicap des autres…

Alphonse – Du coup je m’en tire bien moi dans tout ça. Bancale ? Ça ne doit pas être facile de se mettre à genoux.

Marthe (Qui ne comprend pas et montre donc un air étonné) – Pardon ! Claire – Ben oui. Pourquoi tu dis ça Juliette ?

Juliette – Mais si Marthe est bancale, ça veut dire je suppose qu’elle handicapée d’une jambe et qu’elle boîte un peu ? Non ?

Alphonse – Ben oui, forcément ! Réfléchis donc avant de causer !

Marthe – Ah non. Vous autres, cousins de France, vous apprenez tout de travers. Labenquale, c’est mon nom de famille… D’ailleurs ça s’écrit en un seul mot (épeler) Ce n’est pas grave Juliette. Je comprends que tu n’aies pas compris. Et puis dis donc, on ne va tout de même pas se faire des « vous » entre nous, quand même. Hein Claire !

Juliette – Je suis désolée de cette confusion Marthe. Ça partait d’un bon sentiment.

Alphonse – Oh la menteuse.

Marthe – Pas de soucis. Nous sommes là pour la déconne et pour nous amuser. Pas pour se faire des misères.

La sonnette retentit une fois encore et Claire se dépêche d’aller ouvrir.

Marthe (Pendant que Claire est partie vers la porte d’entrée) – On a donc un homme dans la baraque maintenant ?

Juliette – Alphonse, c’est mon mari. Il a décidé de me suivre dans l’aventure. (Soudainement moqueuse et percutante) De toutes façons, je ne lui pas laissé le choix… Il me suit comme mon ombre…

Il a toujours fait comme ça. Il serait perdu si je n’étais plus là. Comme tous les mecs en fait ! Marthe – Ah le mien de mari n’est pas comme ça. Il ne m’obéit pas au doigt et à l’œil. Bien au contraire.

Il a de l’autorité. Il sait se faire respecter. C’est sans doute pour ça qu’il est connu et reconnu comme un gros cochon dans cette ville.

Juliette (Sidérée et gênée puisqu’elle ne comprend pas de la même façon) – Mais… Ça doit être très gê- nant pour vous… pour toi, je veux dire, de savoir que c’est un gros cochon reconnu dans la ville…

Marthe – Bah non. Pas du tout. Au contraire. Les habitants qui me connaissent font plutôt attention du coup…

Alphonse – Juliette ne s’en souvient plus, mais moi aussi, quand j’étais plus jeune, j’étais un gros co- chon. Enfin pas autant que ma femme…

Entrée d’Anne suivie de Claire qui a refermé la porte sur elle.

Claire – Dis, Marthe, tu veux bien faire les présentations ? Il faut que j’aille 5 minutes en cuisine pour faire réchauffer mes préparations.

(13)

Claire part vers la cuisine.

Anne – Pas besoin de faire les présentations. Moi c’est Anne. Je suis une vieille amie de Claire et je sup- pose que vous, c’est Juliette, la nouvelle… Quant au monsieur, je ne sais pas qui c’est.

Juliette – C’est Alphonse, mon mari… Pas d’inquiétude, il ne mord pas ! Enfin je ne crois pas !

Alphonse – C’est malin. Tu n’as pas d’autre imbécillité à dire. En tout cas, si moi je ne mords pas, tout à l’heure, quand je suis arrivé, en bas, il y avait les policiers qui rôdaient. Et ils mettent des procès à toutes les voitures mal garées… Ça grogne.

Anne – Ah oui, c’est vrai. Les cochons sont là. J’ai même aperçu ton gros cochon de mari, Marthe… Je peux te dire qu’il était en train de se faire une femme mal positionnée sur le trottoir et que ça y allait dur.

Alphonse – Encore un cochon. Ben dis donc, c’est rempli de cochons dans cette ville.

Marthe – Ah mais c’est certain qu’il est très dur avec les récalcitrants.

Alphonse – Et personne ne dit rien que la police soit gérée par des cochons ?

Juliette (Qui est littéralement perdue) – Ben c’est peut-être universel. Je suis certaine que chez nous, en France, il y a aussi des gros cochons chez les policiers…

Marthe (Qui lève un malentendu) J’ai comme l’impression qu’il y a un malentendu. Chez nous, les policiers ont un surnom. On les appelle les cochons…

Alphonse (Qui percute immédiatement sur cette méprise) – Ah merde. Ah d’accord. Les policiers sont donc plus gros chez vous que chez nous. Car chez nous, en France, le policier n’est qu’un petit poulet qui nous vole dans les plumes…

Juliette – oh ben zut alors. Encore une expression que je ne connaissais pas. Je me suis fait avoir.

Anne – Je me suis doutée tout de suite que vous n’aviez pas tous les bons repères. Il vous reste un tout petit accent, presque imperceptible que je reconnais bien car j’ai des amis en France que je vais voir parfois.

Juliette (Qui tend l’oreille et s’inquiète) – Ah ! Il me semble que j’ai entendu Claire qui m’appelait vers la cuisine. Je vous laisse tous deux secondes. Je vais vois ce qu’elle veut. Elle a sans doute be- soin d’un coup de main…

Juliette part vers la cuisine.

Alphonse – Alors comme ça, madame, vous connaissez un peu la France ?

Marthe – Alors ici, mon brave homme, il n’y a pas de madame ou de monsieur. Moi, c’est Marthe, la femme du gros cochon, ici, c’est Anne, et vous si j’ai bien compris Alphonse ? Va falloir vous habituer mon vieux !

Alphonse – Ben comme ça, tout est dit. C’est noté.

Anne – Oui, je connais bien une petite ville de province qui s’appelle Lyon. Je n’ai jamais bien compris si on devait dire « Lion » comme tigre ou « lionne » comme la femelle du lion. Parce que pas loin, il y a une petite rivière qui s’appelle l’Yonne… Du coup…

Marthe – Ah, c’est un village le patelin que tu vas voir ?

Alphonse – Village, village. Comme vous y allez fort. On dit Lyon comme un lion et ce n’est pas un petit village. C’est la 4e plus grande ville de France tout de même…

Marthe – Oh vous, cousins de France, vous êtes toujours un peu prétentieux. Nous, le Canada, on a une superficie de presque dix millions de kilomètres carrés… Et vous combien votre petit pays ? Anne – Ils plafonnent à moins de sept cent mille kilomètres carrés. Ils la jouent petit les gamins d’Outre

Atlantique…

Alphonse (Un peu vexé) – Vous êtes dures avec moi les filles…

Marthe – Mais non. On rigole. Dis, on va se tutoyer cousin, parce que je n’aime pas les gens qui nous prennent de haut…

Anne – Va pas nous le bourrasser le Frenchy. On va en avoir besoin.

Alphonse – Ça veut dire quoi bourrasser. Chez nous on connaît les bourrasques de vent, mais pas ça.

(14)

Marthe – Ah oui, c’est vrai qu’il y a du boulot. Bourrasser, ça veut dire énerver quelqu’un. Ronchonner après lui…

Alphonse – Ah ! Je le dirai à Juliette. Je ne sais pas si elle le sait. Faut qu’on s’intègre. On ne sait pas tout. M’enfin pour info, Lyon, il y a quand même cinq cent mille habitants…

Marthe – Ben oui, c’est bien ce que je disais. C’est tout petit.

Anne – Et donc, vous aussi, vous êtes des mélanges de famille de régions différentes ? Parce que nous au Canada, nous sommes très accueillants avec les individus du monde entier…

Alphonse – Oui. Pour ma femme, c’est un mélange de Gens du Nord de la France et un autre de gens de Bretagne. D’un côté des têtus comme ce n’est pas possible et de l’autre des travailleurs achar- nés comme ce n’est pas possible. Et de mon côté des Parisiens complètement excités avec des Marseillais complètement mous…

Anne (Hautaine soudain et regardant Alphonse de la tête aux pieds lentement) – C’est vrai que quand on voit le résultat… Ça ne donne pas envie ! (Se reprenant devant la tête déçue d’Alphonse) Mais non. Je ricane…

Marthe – Du coup vous êtes un « MouCité » ? Anne – D’où tu nous sors ce mot ?

Marthe – Un mou avec un excité, ça fait un mot valise mou-cité ! Tiens donc !

Anne – Si je suis ton raisonnement, Juliette est une TuVailleuse, Tétue-travailleuse… Ou encore une Té- tra… ?

Alphonse – Vous vous amusez bien avec vos qualificatifs… Je serais curieux de connaitre les vôtres maintenant !

Anne (Qui d’évidence change de sujet) – On n’a pas le temps. On verra ça plus tard.

Marthe – Je crois bien, Anne, que Claire a changé ses tasses de café. Nous n’avions pas les mêmes dans les autres réunions. Je suis certaine qu’elle a encore explosé l’ancien service… Elle n’arive pas à les garder plus d’un an avant de les casser.

Anne – Ah oui, tu as raison. Elles n’étaient pas jolies les autres. Je n’aimais pas. Des petits cœurs par- tout, c’était passé de mode…

Marthe – Mais est-ce que, avec Juliette, tu as des enfants, Alphonse ? Alphonse (Fier de lui) – Oui. Trois.

Anne – Je me demande ce que ça peut donner de la marmaille mélangée comme ça ! Ça ne doit pas être banal comme résultat !

Marthe – Tu te trompes peut-être. Si ça se trouve, ça crée une nouvelle race de gens bizarres.

Alphonse – Ah ça, je ne sais pas. Mais ils ont tous les trois bien réussi leurs vies, sont mariés et ont même eu des enfants à leur tour.

Marthe – Ah oui. Très bien. Et que font, tes enfants, mon bon Alphonse.

Alphonse – L’un travaille dans l’écologie, l’autre dans l’industrie de la propreté et le troisième, dans la branche hygiène d’un grand aéroport…

Anne – Ah oui. Donc ce sont de grandes et belles réussites. Bravo ! Dis, moi aussi je te tutoie l’Alphonse et toi aussi tu me tutoies. On ne va pas s’emmerder avec ça, hein !

Marthe – Attend Anne. Ça ne veut rien dire ça comme métier. Ecologie, industrie de la propreté et hy- giène d’aéroport. C’est quoi précisément leur métier, Alphonse…

Alphonse (Moins bavard soudain) – Alors le premier est conducteur de camion benne à ordures, le se- cond est laveur de vitres et le troisième est un monsieur pipi dans les toilettes d’un aéroport…

Marthe – Ah oui, effectivement. (Un peu moqueuse) Une grande classe tout ça. Un peu quand même.

Un peu, quoi.

Alphonse – J’ai des photos. Vous voulez que je vous montre la photo de mes gosses ?

Anne (Horrifiée) – Ben, ça ne va pas toi. T’es malade ou quoi. Espèce de malpoli, vulgaire, tabarnak. Ah ben celle-là, elle est forte.

(15)

Marthe – Ben oui. Qu’est-ce qui te prend Alphonse… Excuse-toi. On s’en fout de tes gosses… (Appelant Claire) Claire, viens donc voir deux minutes. Il y a un sadique chez toi…

Claire (Qui arrive, suivie immédiatement de Juliette) – Que se passe-t-il ? Marthe – C’est Alphonse, il veut nous montrer la photo de ses gosses ! Anne – Il n’est pas normal ce type. On nous a refilés un sadique ! Claire (Qui éclate de rire) – Ouais, je crois qu’il y a un souci de langage.

Juliette – Mais qu’est-ce qui se passe. Je ne comprends pas.

Claire (Dans l’oreille de Juliette et du coup personne n’entend) - … (Puis plus haut et à tout le monde) Ah d’accord. Il ne manquerait plus que ça. Alphonse. Arrête immédiatement de parler de tes gosses…

Alphonse – Quoi. Qu’est-ce que j’ai dit de mal. Je voulais juste montrer la photo de mes gosses…

Anne – Le voilà reparti dans ses élucubrations. Calmez-le avant que je ne lui foute ma main sur…

Juliette – Non. Ça ne va pas être possible. (Dans l’oreille d’Alphonse) … (Puis plus haut) Là je crois qu’il vient de comprendre.

Alphonse (Sidéré) – Nom d’une pipe ! Marthe – Pour la pipe, c’est mieux d’oublier.

Alphonse – Je m’excuse. Je ne savais pas. Je voulais juste vous montrer la photo de mes enfants. Je ne pouvais pas savoir que… Chez nous on parle de nos enfants, de notre progéniture, de nos marmots, de nos gosses… Mais je ne savais pas que chez vous c’était un gros mot ! Désolé ! Juliette – N’aggrave pas ton cas. Dis-leur plutôt que chez nous, les gosses ce sont des castagnettes, des

attributs exclusivement masculins…

Alphonse (Avec un sourire très malicieux et face au public) – Quand je vais dire à mes amis que ma femme a la photo de mes gosses !

Claire – Bon, tout le monde se calme. Maintenant, il va peut-être falloir que l’on passe enfin à notre ré- union. J’ai préparé l’ordre du jour…

Juliette – Alphonse, ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter… Hein mon gros ! Alphonse – Juju, pas la peine d’en rajouter, toi non plus…

Claire – Ah c’est Juju dans l’intimité ?

Juliette – Ben non. Pas du tout. C’est bien la première fois qu’il m’appelle comme ça ! Marthe – Qu’est-ce que tu as, Alphonse, à te dandiner comme ça sur place.

Anne – J’ai l’impression que ça lui bouillonne dans le fond de la flûte…

Claire – Regarde-les donc tous les deux ! Trop marrant. Ils n’ont pas compris ce que tu viens de dire Anne…

Alphonse – Dépêchez-vous de nous expliquer parce que moi, j’irai bien faire un tour aux toilettes s’il y en a !

Anne – C’est bien ce que je disais, justement… Bouillonner dans le fond de la flûte, c’est avoir envie d’aller faire un petit pipi comme on dit chez vous…

Claire – La porte à droite juste à côté de celle de la cuisine.

Alphonse part plutôt précipitamment.

Juliette – Vous avez quand même des expressions très imagées pour de si petites choses…

Marthe – Si petites, si petites. Tu as l’air de savoir mieux que nous. Nous n’avons pas l’intention d’aller voir par nous-mêmes !

Juliette – Mais ce n’est pas ça que je voulais dire…

Claire – Oui, mais je crois que c’est ce qu’elles ont compris les deux mégères… Bien, passons à l’ordre du jour. Parce qu’on niaise, on niaise, mais on n’avance à rien du tout.

Marthe – Oui, tu as raison, Claire. C’est quoi l’ordre du jour ?

(16)

Claire – Y’en a pas à vrai dire. L’ordre du jour c’est : quelles sont vos idées les filles ? Anne – Ah d’accord.

Marthe – Et si, par exemple, on essayait, via internet, de se mettre en relation avec des groupes qui sont intéressés par notre beau pays ?

Anne – C’est-à-dire ?

Juliette – Vous voulez dire les somnambules de France par exemple ou je n’ai pas compris ? Claire – Ah non. Pas eux.

Marthe – Ça pourrait être drôle. Comme ta Jeanne.

Anne – Ah oui, on lui collerait un somnambule aux fesses et hop, en voiture Simonne.

Juliette (Qui s’amuse à jouer au somnambule de manière très maladroite et du coup fait tomber par terre un vase ou autre objet sans le casser) – Moi, somnambule Ier, je vous déclare toutes…

Oh merde ! Pardon, je ne voulais pas…

Claire – Mon vase en fer véritable !

Juliette – Je suis désolée, je voulais juste faire l’imbécile.

Marthe – Tu es très douée pour le coup.

Anne – Si tu continues comme ça, tu ne vas pas tarder à avoir des bibitte ma fille…

Juliette – Des quoi ?

Marthe – Des bibittes. Vous ne connaissez pas ça chez vous en Europe ?

Claire – Ben non. Ils ne savent rien du tout, ces Français. Ils ont des grandes goules, mais c’est tout.

Juliette – Mais c’est quoi vos titittes ?

Anne – Pas des titittes, mais des bibittes. En France, je crois que vos traduisez par quelque chose du genre « si tu continues, je vais t’en mettre plein la tête » ou quelque chose comme ça.

Juliette – Tu vas me casser la figure à coup de titittes ?

Marthe – Mais non, pas titittes on t’a dit. Bibittes. Mais Anne ne s’explique pas bien du tout. Je dirais plutôt que ça veut dire que tu ne vas pas tarder à avoir des gros soucis personnels si tu conti- nues à faire des conneries…

Juliette – Ah ! Tout ça pour un vase.

Claire – Oui, mais pas n’importe lequel. C’est un vase qu’Anne m’a acheté lors d’un voyage en France et qui vient de… de…, de… Je ne sais plus… Redis-nous Anne.

Anne – Soissons.

Claire – Ah oui, c’est ça. De Soissons. Alors Juliette, souviens-toi du vase de Soissons…

A cet instant, revenant des toilettes et en se marrant un peu, Alphonse revient dans la position du som- nambule, bras en avant, etc. Mais comme les autres lui tournent le dos, personne ne le re- marque, donc il toussote.

Alphonse – Hummm !

Anne, Marthe, Claire, Juliette – Ahhhhh ! Juliette – Non mais ça ne va pas !

Claire – Voilà que Jeanne a déteint sur lui !

Marthe (S’approchant tout près et lui criant dans l’oreille) – Stoooop ! Juliette – Arrête Alphonse, sinon tu vas avoir des bibittes !

Rideau

(17)

ACTE II

Le même endroit. Trente minutes sont passées. Il est donc aux alentours de 14 h 45. Anne, Alphonse et Marthe sont présents à l’ouverture du rideau. Ils sont debout et regardent des photos. Ils at- tendent le retour de Claire et Juliette parties au bas de l’immeuble acheter un bloc papier qui leur manquait.

Anne (Qui tient une photo en mains et s’émerveille) – Ah dis donc, c’est beau par chez toi Alphonse. Fi- nalement, tu as bien fait de nous montrer tes photos…

Alphonse – Bon ça va. J’ai compris, inutile d’en rajouter. Je me suis excusé !

Soudainement, Jeanne, entrant dans l’appartement, l’air toujours hagard, yeux fixes mais n’ayant qu’un seul bras tendu, se dirige vers Anne, Alphonse et Marthe. Tous se regardent avec stu- peur, y compris Alphonse qui fait semblant, n’osant plus bouger et se demandant ce qui se passe.

Jeanne (Qui se dirige droit sur Alphonse puis lui touche le visage, lui caressant les joues, le front, le nez, de son autre main qui n’est pas tendue, etc.) – Mal rasé. Pas poli. Pas d’chez nous ! Marthe (Qui s’est précipitée vers Alphonse pour lui faire comprendre, l’index posé sur la bouche pour

exprimer qu’il ne faut surtout pas crier ni déranger Jeanne) – Surtout fais tout ce qu’elle demande. Chuuuuut ! Si tu cries, tu peux la tuer. Claire m’a prévenue. Ça peut arriver ces choses-là…

Alphonse (Qui fait l’homme terrifié et très rétif) – Ahhhhhhhhhh booooooon !

Jeanne (Qui se saisit lentement et doucement de la main d’Alphonse, va l’entraîner avec elle, comme une mère qui tient son gamin. Elle parle de manière très autoritaire.) – Avec moi, je vais t’arranger le portrait…

Alphonse (Qui lance un regard de désespoir, comme un appel au secours, aux deux autres qui le voient partir avec pitié) – Dites à ma femme que je l’aimais si je ne la revois plus…

Alors Jeanne repart, toujours avec un bras tendu, yeux fixes, mais elle entraîne avec elle Alphonse qui ne sait plus ce qu’il doit faire et regarde les autres comme s’il leur faisait un dernier adieu.

Anne – Tu crois, Marthe, qu’Alphonse est en danger ?

Marthe – Je ne sais pas ma chère. Si ça se trouve, on ne le reverra plus jamais !

Anne – Ce serait dommage, il avait l’air marrant comme type ! Mais pourtant c’est bizarre, j’ai eu l’impression que discrètement ça l’amusait de se faire emmener par Jeanne Ses appels au se- cours m’ont paru étranges.

Marthe – Oui. Un peu concon. Mais gentil…

Anne – Tu crois que Juliette, sa femme, va laisser faire ça ?

Marthe – C’est vrai. Tu as raison. On ne l’a pas vue. Elle l’a abandonné, laissé partir sans rien dire…

Anne – Oui. Il faut dire qu’elle n’est pas là non plus. Donc elle ne l’a pas vraiment vu partir. Ça reste quand même très étonnant comme attitude. Elle s’en fout du bonhomme, si ça se trouve ? Marthe – Elle en a peut-être marre du mec ! Va savoir…

Anne – Tout à l’heure, j’ai entendu Claire partir avec elle. Du coup, c’est normal qu’elle ne soit pas là pour le voir partir…

Marthe – Exact. On niaise pour ne rien dire. Surtout qu’elle nous a dit qu’elle descendait magasiner avec Juliette au bas de l’immeuble…

Anne – Donc elle n’était pas là quand la Jeanne est venue s’emparer du faux barbu. Et donc on raconte des conneries sur son dos pour rien.

Marthe – Ben oui.

Anne – Donc, c’est bien ce que tu dis, on dit des conneries !

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Marthe – Ben oui. On dit des conneries. Des grosses conneries…

Anne – Ce n’est quand même pas pour rien que ton nom de famille c’est Labenquale. Au fond, ça te va très bien ma bonne Marthe ! Tu n’as que des idées fumeuses et bancales à sortir…

Marthe – Je te remercie pour ta gentillesse ma petite Anne. On sent bien que ça vient du cœur !

Anne – Je me demande tout de même pourquoi Jeanne avait un couteau de cuisinier attaché à la cein- ture… Si elle compte le raser avec ça, il risque de souffrir le martyr. Parce que c’était un énorme couteau de cuisine quand même.

Marthe – Sans doute a-t-elle envie de faire de la cuisine ou de trancher du lard. Moi je n’ai pas vu ce couteau dont tu me parles… Tu es sûre de ce que tu dis, Anne.

Anne – Ah que oui. Je suis certaine de ce que je dis. Je me demande même si ce n’est pas l’un des cou- teaux de Claire. Tu sais qu’elle a une très jolie panoplie de couteaux dans sa cuisine… D’un autre côté, je me demande s’il faut en parler à Claire et Juliette ou si c’est mieux de se taire.

On la ferme et on fait comme si on n’avait rien vu… Comme ça, pas d’histoires.

Marthe – Tu as raison. Ferme ta boîte. Pas la peine de faire peur à tout le monde.

Anne – C’est triste de mourir comme ça quand même. Peut-être qu’il ne méritait pas vraiment ce châti- ment ? Il n’y a plus qu’à espérer qu’il va partir comme un petit poulet si la Jeanne fait une bê- tise et décide de le trucider.

Marthe – Mais non. Arrête d’essayer de « perler » comme la Juliette. Ne parle pas de partir comme un poulet. Parce que chez eux, en France, un poulet, il paraît que c’est un cochon de chez nous autres ! Un policier quoi !

Anne – Oui, d’accord, mais il n’y a pas de quoi casser quatre pattes à un canard non plus.

Marthe – Pourquoi tu me dis ça ? Je te dis que le cochon c’est du poulet et toi tu me parles de canard à quatre pattes !

Anne – Ben oui. Mais imagine un instant que le cochon ou le poulet soit appelé ou surnommé « mon petit canard » par sa poule !

Marthe – Et alors ? Sa poule, ça veut bien dire que c’est sa femme, si je te comprends bien ?

Anne – Oui, évidemment. Et donc, pour lui donner à manger, elle dirait donc à son mari « tu veux pico- rer du poulet mon canard ? » !

Marthe – Il paraît qu’en France, les poules aiment les cochons. Mais pas les mêmes que nous… Elles n’en ont pas trop l’air quand on les croise dans la rue, mais une fois à la maison, c’est qu’elles battent de l’aile et mènent tous les hommes en bateau pour qu’ils lèvent la cuisse. Et hop un petit morceau de pilon dans le blanc du filet…

Anne – Elles aiment les cochons qui ont la peau bronzée, la peau rugueuse ou la peau lisse.

Marthe – Mais non, la police, c’est chez nous. Tu sais bien que mon mari est un cochon de la police mu- nicipale tout de même…

Anne – Mais je ne te parle pas de ton cochon de mari mais du cochon des cochonnes.

Marthe – J’ai du mal à te suivre. Te voilà donc arrivée dans les parties de pétanques ?

Anne – Mais non. Qu’est-ce que tu me fais là. D’ailleurs, si je ne me trompe pas, je crois que le but de notre jeu de pétanques à nous, Canadiens, le fameux bouchon, hé bien chez eux, en France, ils appellent ça le cochonnet… Je le sais parce que lorsque je suis allée à Lyon, en France, chez eux, et que je parlais de notre bouchon pour jouer au jeu de pétanques, ils ne compre- naient pas. Chez eux, le bouchon, à Lyon, c’est un restaurant spécialisé.

Marthe – Le bouchon est un restaurant qui sert du cochonnet à ses clients ? Je suis complètement lar- guée dans tes histoires. Tu mélanges tout. Le Français, le Canadien, le cochon, les boules, la poule, le canard… Oh ! Tu vas où comme ça ?

A cet instant, retour bruyant de Claire et de Juliette, qui rigolent très fort. Claire tient dans les mains un bloc-notes et un étui contenant de nombreux stylos ou crayons de couleur…

Anne (Aux deux arrivantes) – Ah ! Au moins, on sait que vous êtes de retour, vous deux…

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