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7 décembre 2011actualité, info
en marge
Manger ! On se pique beaucoup d’alimentaire ces temps-ci, dans l’Hexagone comme ailleurs. L’af- faire vaut pour les nantis comme ceux qui ne risquent guère de le devenir, du moins de leur vivant.
Les pauvres ne songent qu’à se nourrir quand les autres entendent faire preuve de distinction. Pour eux, en langue française, l’heure est au fooding. C’est là un néolo- gisme âgé de onze ans et qui ne surprend plus guère, improbable contraction de deux termes anglais voulant signifier le ressenti de la nourriture. Etrange. Comment com- prendre que la langue française, elle qui dit mieux que personne la fatalité que peut être la gastrono- mie, ne fournisse pas de meilleur équivalent ?
Fooding est aussi une marque dépo sée. C’est également le nom d’une revue radicalement différen te des vieux guides ; une revue dont toute l’originalité est de fournir des listes de restaurants que seul réunit l’adjectif branchouille. C’est là un néologisme bien français constitué d’un morceau d’arbre et de la moitié d’une délicieuse pré- paration charcutière le plus sou- vent grillée et servie avec frites et moutarde.
On peut le dire autrement : il s’agit avec Fooding de se défaire des con- ventions traditionnelles de la cui- sine pour donner la possibilité aux
chefs – et à chacun –de s’émanciper plus librement. Pourquoi, dès lors, cracherait-on sur la world food, la fusion food, le easy eating, la street food ou la «bistronomie» ? Pour- quoi, surtout, se priver de casser du sucre sur ceux que ces révolu- tionnaires de porcelaine tiennent pour être des «conservateurs» par définition «étriqués».
Le fooding rôde en lisière de cet autre phénomène qu’est le slow food et les improbables cortèges biologiques qui le nourrissent.
Tous ces militants urbains décou- vrant le doigt plus que la lune ne sont pas étrangers, et c’est tant mieux, au respect de la Nature et des équilibres alimentaires, au dé- veloppement durable comme au respect des saisons. Sans doute la médecine a-t-elle, sur le fond, beaucoup à voir et à apprendre de ces danses renouvelées devant l’assiette et le verre.
La menace, grandissante dit-on, d’une épidémie diabétique, les surcharges pondérales et les dys- lipidémies, la quête obsessionnelle du poids de forme, les drames de l’anorexie-boulimie sont autant de sujets qui emplissent les salles d’attente comme les services hos- pitaliers. Le gène n’est pas tout.
Comment comprendre que les plaisirs inhérents aux fonctions sensorielles gustatives puissent conduire à de tels dérèglements
pathologiques ? Faudra-t-il atten dre que nous soient livrés les infinis secrets moléculaires du biotope digestif humain pour que nous puissions commencer à y voir plus clair ? Et quels rapports entre la science et la table ?
Nous en étions là de ces quelques réflexions existentielles, quand nous reçûmes de la parisienne mai son d’édition Robert Laffont un ouvrage 1 à l’étrange couver- tu re, genre missel laïc. L’impri- meur («CPI Bussière» basé à Saint- Amand-Montrond, dans le doux département du Cher) n’avait pas lésiné sur le doré. Une madeleine sortie du four est en majesté, irra- diante de sacré. «Proust était un neuroscientifique» affirme le titre de cet ouvrage signé d’un citoyen américain ; un défroqué dont l’édi- teur nous dit qu’il tient l’un des blogs les plus renommés (sur le cerveau). Sous-titre de notre missel :
«Ces artistes qui ont devancé les hommes de science». Au menu, outre Marcel Proust et sa quête, figurent Paul Cézanne, Igor Stra- vinski ou Virginia Woolf. Aucun chirurgien, mais Auguste Escoffier qui, comme chacun ne le sait pas, inventa le fond de veau.
Sans doute faut-il s’entendre, ici comme à la paillasse ou au bloc, sur les mots. L’illustre Escoffier (1846-1935) n’a pas stricto sensu inventé cette préparation. D’autres avant lui faisaient bouillir des os.
Mais il fut le premier à codifier la chose ; et en la matière recette vaut – ou devrait valoir disent certains – brevet. Avant Escoffier il s’agis- sait, devant les fourneaux, d’une alchimie parmi tant d’autres. Pas du mystique, non ; mais presque.
«Mais Escoffier atteignit l’âge d’homme durant les dernières phases du positivisme, période où le savoir – en partie juste, en partie faux – se diffusait à une vi- tesse étourdissante, écrit Jonah Lehrer. Les encyclopédies étaient des ouvrages à la mode. Escoffier s’enthousiasma pour ce génie scien tifique ; il voulait faire pour la cuisine recherchée ce que Lavoi- sier avait fait pour la chimie, et remplacer les vieilles superstitions qui perduraient dans les cuisines par une nouvelle science de la cuisine.»
Mais revenons sur le fond : l’éclair de génie de ce «roi des cuisiniers»
résida dans l’utilisation qu’il fit du fond. «Certes les Françaises prépa- raient du fond maison depuis des siècles – le pot-au-feu était prati-
quement le plat national – mais Escoffier apporta à leur bouillon protéiné une touche de profession- nel, nous dit l’auteur américain. Ce que les autres chefs jetaient tou- jours – petits bouts de tendons et de queue de bœuf, fanes de céleri, trognons de carottes et d’oignon –, Escoffier le mitonnait jusqu’au su- blime.» Et c’est sans aucun doute là qu’Escoffier est grand. Là aussi où cuisine rime avec médecine.
Escoffier, le prophétique : «En un mot, la cuisine, sans cesser d’être un art, deviendra scientifique et devra soumettre ses formules, empiriques trop souvent encore, à une méthode et à une précision qui ne laisseront rien au hasard».
Escoffier encore : «Un changement progressif s’imposera inévitable- ment dans le régime alimentaire humain. En admettant que la mê- me quantité de principes nutritifs soit nécessaire à nos petits-neveux, ceux-ci devront les chercher dans une nourriture débar rassée en grande partie des matériaux inertes et inutilisables». Les petits- neveux en redemandent.
Escoffier toujours : «Cela nous con- duit à considérer la diminution
Du fond de veau et du positivisme
Auguste Escoffier (1846-1935)
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jouant du spectre du statut défavo
rable aux privés, n’hésitant pas à né
gocier avec les adversaires, le res
ponsable du Social et de la santé publique se rapproche de son objec
tif : adapter pour le début de l’année la législation vaudoise au nouveau cadre légal fédéral promis pour jan
vier 2012. Le tout sans renoncer à la marge de manœuvre laissée aux can
tons.
PierreYves Maillard a dû ouvrir la porte à la concurrence entre les éta
blissements, suivant les modifications apportées à la loi sur l’assurance
maladie (LAMal). En clair, on ne fi
nancera plus les hôpitaux mais les patients en fonction de leur patholo
gie, 55% à la charge de l’Etat et le reste couvert par les caisses. En re
vanche, le magistrat a défendu le rôle central du canton dans le développe
ment de l’offre médicale.
Un savant équilibre entre ces deux exigences est aujourd’hui l’enjeu des pourparlers entre l’Etat et trois cli
niques privées ainsi qu’un regroupe
ment de médecins. (…)
Une partie des exclus, contrariés, a contesté le bienfondé de l’opération imposant les mêmes conditions d’ac
cès à la liste aux hôpitaux publics et privés.
PierreYves Maillard, après l’échec face aux élus, avait établi cet inven
taire en guise d’ultimatum en suppri
mant de surcroît la période transi
toire prévue par le projet initial. Soit les hôpitaux et les praticiens privés acceptaient les conditions de l’Etat, soit ils seraient contraints de discuter directement avec les assureurs les modalités de prise en charge des pa
tients en division commune.
Or, sans attendre l’issue des re
cours, les deux camps ont entamé des négociations. L’intérêt était réci
proque. La LAMal assure aux privés un certain volume de cas. Les cli
niques offrent à l’Etat des compé
tences et des structures alternatives.
Selon tous les protagonistes, une so
lution satisfaisante semble à portée de main. (…)
Marco Danesi Le Temps du 30 novembre 2011
Trois assureurs s’en prennent à la solidarité entre générations
Des représentants des hôpitaux aux lobbyistes, plusieurs acteurs de la santé ont discrètement assisté, jeudi, à la présentation de la nouvelle Al
liance des assureursmaladie suis
ses (AAMS). Fondée cet été par les
trois poids lourds que sont Helsana, le Groupe Mutuel et Sanitas, cette nouvelle association, assurent ses membres, se veut complémentaire, et non concurrente, de santésuisse, la faîtière des caisses. Elle se voit comme une sorte de «think tank».
Dans les faits, cette alliance, qui est aussi le fruit de dissensions au sein de santésuisse, risque pourtant d’af
faiblir le lobby des assureurs. Son rôle exact devrait se préciser ces prochains mois, puisque le Groupe Mutuel et Helsana restent pour l’heure affiliés à santésuisse.
Pour marquer son lancement, l’AAMS, qui «représente les intérêts de près de quatre millions d’assurés en Suis
se», a lancé un premier pavé dans la mare. Les trois assureurs, qui repré
sentent à eux seuls un tiers du mar
ché, ont mis en cause le déséquilibre entre les générations en matière de financement de l’assuran cemaladie.
Avec le système actuel de prime uni
que pour les adultes, «une impor
tan te charge financière pèse sur les jeunes au profit de l’ancienne gé
nération, indépendamment de leurs revenus financiers», écrit l’AAMS.
Aujour d’hui, poursuit l’alliance, «les primes pour les jeunes adultes sont bien supérieures aux coûts qu’ils oc
casionnent. Il en résulte une contri
bution considérable à la compensa
tion des risques» – cet instrument qui
1 Lehrer J. «Proust était un neuroscienti
fique. Ces artistes qui ont devancé les hommes de sciences». Paris : Editions Robert Laffont, 2011. ISBN 9780618
620104.
2 Escoffier A. «La vie à bon marché : la morue. 82 recettes pour l’accommoder».
Paris : Editions Flammarion, 1929.
permet une redistribution des coûts entre les caisses selon l’état de san
té de leurs assurés. Et un retour de balancier peu judicieux, puisqu’une partie des milliards de francs de primes transférés des jeunes vers les personnes plus âgées est ensuite re
versée aux premiers sous forme de réductions de primes financées par l’impôt.
Aux yeux des trois assureurs, l’en
semble du financement actuel de l’as
surance obligatoire est donc à revoir.
En ce sens, les efforts du Conseil fé
déral et du parlement visant à affiner la compensation des risques par des critères supplémentaires ne résou
dront pas les nonsens du finance
ment, estime l’AAMS. Le projet des réseaux de soins, contre lequel un référendum vient d’être lancé, prévoit précisément l’ajout d’un critère sup
plémentaire pour calculer la com
pensation des risques. (…)
Valentine Zubler Le Temps du 2 décembre 2011
du volume des repas comme l’une des nécessités inéluctables de l’ave- nir et constitue un argument de plus, en même temps qu’une jus- tification nouvelle de notre opi- nion, en faveur de menus plutôt courts.» En 1929, Auguste Escoffier signe «La vie à bon marché : la morue» ; opuscule 2 de 67 pages à destination des gens à moyens ré- duits. La morue est certes devenue chère avec le temps ; l’ouvrage, lui, est devenu inabordable. On peut néanmoins rêver à une réédition.
Flammarion ou Robert Laffont ? Vite. Avant que Fooding ne s’en toque.
Jean-Yves Nau [email protected]
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