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Guide Kronenbourg de Provence-Côte d'Azur authentique

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Academic year: 2022

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Guide Kronenbourg de Provence-Côte d'Azur

authentique

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Dans la même collection

Guide Kronenbourg de l'Alsace authentique, Jacques Legros, nouvelle édition 1980.

Guide Kronenbourg du Nord Pas-de-Calais authentique, André Gamblin, 1980.

Guide Kronenbourg de la Bretagne authentique,

Jean Markale, 1981.

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Jean Rambaud,

Laurence-Edwige Andréani et Jacques Gantié

Guide K r o n e n b o u r g d e

P r o v e n c e - C ô t e d'Azur a u t h e n t i q u e

Éditions Ramsay

9, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris

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Cartes : André Leroux (0 Éditions Ramsay. Paris, 1981

I.S.B.N. 2-85956-211-7

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Chère lectrice, C h e r lecteur,

Après le g r a n d succès remporté p a r les guides de l'Alsace et du Nord-Pas-de-Calais, les Brasseries Kronenbourg vous présentent aujourd'hui, en colla- boration avec les éditions R a m s a y , le guide de la Provence-Côte d'Azur authentique.

Il souhaite être le témoignage actif de notre a t t a c h e m e n t au terroir, à la tradition, à l'authen- tique.

Au fond, depuis 1664, rien de bien important n ' a changé : le goût du travail, l'ambition, le respect du patrimoine et l'intransigeance sur la qualité ani- maient les fondateurs de la Brasserie c o m m e ils

nous animent aujourd'hui.

Ainsi, fidèle à elle-même, Kronenbourg a traversé les siècles et les continents avec sérénité.

C'est pourquoi, aujourd'hui, à travers ce guide, elle souhaite rendre h o m m a g e à toutes celles et à tous ceux qui, depuis si longtemps, lui font confiance.

Elle est heureuse de les a c c o m p a g n e r au c œ u r de leurs villages, de revivre leurs légendes, de suivre avec a m o u r les gestes minutieux de leurs artisans.

Oui, chère lectrice, c h e r lecteur, ce guide est aventure, émotions, découverte : c o m m e la m a r q u e qui l'a créé, il est dès à présent votre c o m p a g n o n des bons moments.

Maurice de Kervenoael

Directeur général des Brasseries Kronenbourg

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R e m e r c i e m e n t s

Le présent ouvrage a été conçu suivant la méthode des guides Kronenbourg : les éléments de base du livre ont été fournis en grande partie par un procédé d'enquêtes, d'entretiens directs ou de lettres sollici- tées par des appels de presse. C'est ainsi que maires, secrétaires des mairies, responsables d'associations diverses ou simples habitants de village amoureux de leur coin de terre ont répondu à notre appel, fournissant parfois des dossiers considérables qui, rassemblés et synthétisés par les auteurs, ont permis l'existence de ce guide de la Provence-Côte d'Azur.

Ce travail n'aurait pu se faire sans l'énorme mouvement d'entraide de ces communes. Qu'elles en soient chaleureusement remerciées, et que toutes celles qui n'ont pas répondu à notre appel se manifestent et nous écrivent. La prochaine édition de ce guide n'en sera que plus riche.

Nous tenons également à remercier Louis-Bernard

Gay et son équipe pour leur précieuse collaboration.

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S o m m a i r e

Préface ; 13

Instantanés 17

Les sigles 43

Pour une bonne utilisation de ce guide 45

1. Du Rhône à Avignon 47

2. Les Alpilles : entre Rhône et Durance 85

3. Arles, porte de la Camargue 113

4. Le pays d'Aix 123

5. La côte de Marseille à Hyères ... 147

6. Les Maures 201

7. Du Verdon à l'Argens 223

8. La Côte d'Azur 257

9. L'arrière-pays cannois 309

10. L'arrière-pays niçois 335

11. Les hautes vallées 359

12. De Bléone en Ubaye 409

13. Du Luberon à Lure 425

Renseignements pratiques 471

Index des localités ... 473

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PRÉFACE

DE LA NEIGE A LA MER

J'ai beau être né dans ce pays et l'avoir habité sans interruption pendant près de soixante ans : je ne le connais pas. Je l'ai parcouru dans tous les sens : à pied, à cheval, en voiture, sans jamais dresser le catalogue complet de ses vertus et de ses vices.

JEAN GIONO

Depuis des kyrielles de guides aimables jusqu'à des monceaux d'études plus ou moins austères, en passant par des galeries d'albums d'images et des bibliothèques d'œuures littéraires, c'est par tonnes qu'il faudrait évaluer le poids des ouvrages écrits sur la Provence. Le pays et le mot portent charge.

Est-ce ou non la faute d'une telle « surinforma- tion », mais cette antique Provincia — qui fut de Rome avant d'être de France —, noyée sous des clichés, demeure insaisissable. Au vrai, chacun a sa Provence. Vue du « Nord » — on veut dire au-delà du comté d'Orange — elle éclate déjà en images contradictoires.

Pour aller vite, il y a d'une part les jovialités

truculentes et tendres de Pagnol et d'autre part les

lyriques austérités de Giono, voire les mystères

lentement noués et renoués de Bosco — car il est au

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soleil de vrais mystères pour qui les brumes sont de vains accessoires de théâtre. Il y a encore les tartarinades et les élégances citadines de Daudet —

« cet amuseur de Parisiens » — opposées à la puissante voix rustique du Nobel Frédéric Mistral, écrivant « en langue » et revendiquant avant bien d'autres l'identité provençale. Il y a enfin l'écrasante image des vacances, celles des ruées d'été sur le soleil et la mer où se bousculent tant de mythes.

Naguère cette dernière image se tenait confinée à la Côte d'Azur. Elle a fait tache d'huile. Trop souvent dominante elle recouvre bien des problèmes vitaux — économiques, démographiques, écologi- ques, culturels, etc. que beaucoup résument en reprenant le cri fameux du chanteur occitan Marti : ce pays-là, avec ses frères du Sud, est en passe de devenir « le bronze-cul de l'Europe ».

C'est déjà dire qu'à vouloir pénétrer la « Provence profonde » il faudra s'y prendre autrement. Certes on ne veut détourner personne — qui le pourrait ? — du

« miracle de la nature » étalé tout au long de la Côte d'Azur. Au-delà de tous les chromos, par-delà les injures d'une urbanisation délirante, pareil spectacle saisira toujours le nouveau venu quand, à la faveur d'une courbe de la voie ferrée ou de la route, il recevra en pleine vue ce fastueux tohu-bohu de formes et de couleurs : rouges des rochers plongeant dans le vert de la mer sous un ciel abusivement bleu, serti au loin par le blanc des neiges insolites, tandis que un peu partout surgit l'éclatement des fleurs et d'une végétation d'« ailleurs », d'îles lointaines. Bon.

On ne va pas, ici, découvrir « la Côte » !

Toutefois, certains ne manqueront pas de vous

dire que le comté de Nice, s'il fait aujourd'hui partie

de la même région économique, ne tient pas dans les

limites de la Provence historique. C'est déjà retrou-

ver l'un des aspects — historico-géographique — de

l'« insaisissable Provence » aux « frontières » contes-

tées, parfois taxée d'annexionisme... Mais c'est aussi

oublier qu'à ce compte Digne et Castellane n'étaient

pas comprises non plus dans la Provincia narbon-

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naise seconde, ou qu'Avignon fut de la Viennoise — comme Arles — avant de devenir Etat du Pape, tout comme Forcalquier fut État indépendant durant plus d'un siècle... ou encore que Nice était déjà évêché de Provence en l'an 450. On n'en finirait pas. (Et que faudrait-il dire, à ce même compte, des frontières fluctuantes, au cours des âges, du rigoureux hexa- gone d'aujourd'hui ?) Au vrai, il s'agit de bien autre chose.

Il se trouve que cette « Côte » fascinante est riche d'un merveilleux arrière-pays, moins connu, plus rude, plus « provençal », et qu'il en va de même pour les côtes du Var, des Bouches et des rives du Rhône.

Et qu'il n'y a pas en Provence un arrière-pays mais des arrière-pays, en foule. Ce sont eux qu'il faut regarder et entendre autrement — sans qu'il soit question, bien sûr, d'écarter tant de grandes cités côtières ou rhodaniennes, historiques, millénaires, dans cette Provence qui vit si tôt surgir la civilisation urbaine. C'est aussi par une telle approche qu'on fera s'effacer le « phénomène de rejet » parfois suscité, récemment, par des visiteurs au comporte- ment d'envahisseurs, et que les gens de ce pays réapparaîtront accueillants, hospitaliers, comme naguère, comme depuis toujours.

Loin des cohues, dans tant de bourgs et de villages, des mondes différents sont à découvrir qui disent l'infinie variété des paysages et des hommes.

S'il atteint son but, ce guide dira où et comment aller à la rencontre de ces diversités. Car il est fait des voix réunies des indigènes — au sens premier du terme — qui racontent ici leurs richesses, leurs particularités. Voici au fil de ces pages les « propos recueillis » de M. le Maire, de M. le Curé, de l'érudit, de l'instituteur, du villageois, de ceux qui savent, de ceux qui aiment.

Reste le risque que tant de voix différentes

n'offrent de la Provence une image éclatée jusqu'à

l'éparpillement, où les Provençaux à leur tour, après

les « gens du Nord », feraient s'anéantir l'unité de

leur pays. Leur langue elle-même, le provençal,

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n'est-elle pas fractionnée en dialectes et sous- dialectes ?

Qu'on se rassure ! La Provence ne court pas ce risque. Elle existe. Vigoureusement. Peut-être même, face aux migrations héliotropiques qui menacent de la submerger — il est des amours qui étouffent ! — a-t-elle pris davantage conscience de son identité ? De toute façon, dès certaines portes franchies, elle saute aux yeux p a r tous ses paysages différents, aux oreilles, p a r son parler qui chante, au cœur, p a r son

« biais » de vivre. Que d'aucuns situent ces portes un peu plus au nord ou un peu moins à l'est importe finalement assez peu. S a n s trop nous embarrasser d'un souci de « frontières » retenons ce « propos recueilli » auprès d'un Dignois : « De la neige à la mer, penchée de nord à sud, la Provence est avant toute chose un vaste adret des Alpes étalé au soleil. »

J e a n R a m b a u d

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I n s t a n t a n é s

Un Provençal, des Provençaux 21

« Ces indolents bavards » 24

De dialectes en langue 25

Tous les paradis ne sont pas perdus 27

« Le magnétisme de cette terre solaire » 30

Des plumes qui donnent à voir ... 33

Des dieux lares aux santoun 35

La table provençale ... 37 Mille regrets ... ... 40

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L a P r o v e n c e - C ô t e d'Azur

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UN PROVENÇAL, DES PROVENÇAUX

Les clichés ont la vie dure. Au travers de certaines représenta- tions — en particulier théâtre, cinéma, chanson — persiste un archétype. Il y aurait un Provençal unique, teinté d'ail, d'accent, de galéjade, et tout entier résumé dans l'opérette marseillaise qu'illustrèrent Alibert et Vincent Scotto, tout comme dans les films où triomphent encore Raimu, Fernandel et leur suite. On ne va certes pas prendre de haut ces réussites de la scène et de l'écran, mais « sur le terrain » les démentis concernant ce personnage « typé » pleuvent comme sous rafales de vent d'est.

Qui pourra croire, les découvrant in situ, que sont coulés dans un moule de série les gens de Marseille-la-Cosmopolite et les

« Gavots » du sanctuaire des Hauts-Plateaux, les habitants de Nice-l'Internationale et ceux de l'opulent Vaucluse terrien, les Toulonnais mâtinés de Bretons, Corses, Pieds-Noirs et les Dignois du pied des cimes, les « Barcelonnette » des neiges, ou encore les Arlésiens du taureau ou les Aixois, enfants de la città signorile comme disent leurs cousins de Florence ?

Pour commencer, ils sont près de quatre millions, ces gens qui n'en feraient qu'un ! Comme s'ils avaient roulé sur la pente, des Alpes à la Méditerranée, les voilà approchant les trois millions et demi dans les seuls départements côtiers, ne laissant à leurs frères de l'intérieur qu'un gros demi-million. (Moins de 120 000 habitants, en progression, dans toutes les Alpes-de- Haute-Provence : même pas un petit tiers de la seule aggloméra- tion toulonnaise, qui fait pourtant figure de Petit Poucet, coincée entre ses deux très grandes sœurs marseillaise et niçoise.) A eux seuls, ces énormes contrastes de densité disent déjà mille différences, à commencer par les modes de vie, citadine, rurale, montagnarde. Et puis, confidence pour confidence, comment croire qu'un caractère unique effacerait dans chaque ville et dans chaque village — quelle que soit la vigueur du grand mythe Provence — ce qu'on appelle aujourd'hui les différences socio professionnelles, socioculturelles, politico-sociales et la suite... ?

Dans le seul macrocosme marseillais — sans même parler de ses composantes arméniennes, italiennes, maghrébines, etc. —

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imagine-t-on que n'existe aucune nuance entre le quartier populaire du Panier et le Prado-Mer, cousin germain d'une avenue George-V parisienne ? Seraient-ils univoques le « petit peuple » des rues grouillantes et la grande bourgeoisie, héritière des fortunes de la mer, bien aussi fermée contre toute légende que ses s œ u r s bordelaise ou lyonnaise ? Poser ces questions, c'est déjà répondre.

Pourtant, c'est vrai : quelque chose demeure d'un caractère c o m m u n qui s'est formé dans un climat, dans une histoire, dans un mode de vie qui ne sont pas d'ailleurs. Parlons de l' « ouverture », par exemple, de cette fameuse « ouverture méridionale » que certaines « gens du Nord », habitués à plus de réserve, trouvent parfois plaisante, parfois bien encombrante.

On verra qu'elle existe dans tout le pays, mais que ses manifestations varient là encore des Alpes à la Méditerranée, du s o m m e t au bas de la pente. Question de dosage...

Pour qui débarque à Marseille avec sa provision d'idées reçues rien ne démentira d'abord le cliché des Méridionaux familiers jusqu'à l'indiscrétion, et de leur faconde. « Ils en f o n t trop. » Mais il faut un regard plus subtil. Mal informé, le quidam risque d'être bientôt déçu en découvrant que cette familiarité se limite à certaines bornes. Domaines réservés. Ne sachant plus s'y retrouver dans les complexités d'un théâtre que ce peuple méditerranéen — ô combien ! — se donne à lui-même sans en être dupe, il concluera trop s o m m a i r e m e n t à une comédie menteuse. « On ne petit p a s se fier à eux. » Or, au-delà de ces deux premières d é m a r c h e s hâtives, il appartiendra à l'« estran- ger » de faire une autre découverte : si la vraie intimité s'ouvre, si l'amitié se noue, les liens deviendront bien aussi sûrs que dans tous les Nord réputés solides. Avec une chaleur en plus...

A l'inverse — du moins dans une imagerie simpliste — voici le Haut Pays gavot. En dépit de la « magie des Hauts Plateaux », on lui a souvent fait une réputation à l'emporte-pièce. Pays et gens seraient « sauvages », renfermés. Allons donc ! C'est tout le contraire ! Mais là aussi, il faut savoir. C o m m e l'a dit Pierre Martel, fondateur du m o u v e m e n t « Alpes de Lumière » 1, n'entrez pas ici « en conquérant ou en pédant », sinon vous rencontrerez effectivement des visages fermés, ou pire, une malice indéce- lable qui s ' a m u s e r a de vos grands airs sans que vous puissiez m ê m e vous en apercevoir. En revanche, venez mains et c œ u r ouverts, et personne ne sera plus affable que ces Gavots riches d'une antique politesse et diserts à l'infini pour vous conter les secrets des terres hautes.

Nous voilà cette fois tout près de la clé, et des mots maîtres.

Ici, des Alpes à la Méditerranée qui ne cessent pas de s'interpénétrer sous un ciel identique, on a depuis des siècles un 1. « Alpes de Lumière », rue Saunerie, S'-Michel l'Observatoire 04300 Forcal- quier.

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i r r é p r e s s i b l e s e n t i m e n t d e l ' É g a l i t é . U n h o m m e e n v a u t u n a u t r e , u n e fois p o u r t o u t e s . M ê m e a u x t e m p s j a d i s , q u a n d l e s f é o d a u x d u N o r d p e s a i e n t l o u r d s u r le p e u p l e , les s e i g n e u r s d e c e s c o n t r é e s n ' a v a i e n t p a s d e p o u v o i r s e x c e s s i f s s u r les c o m m u n a u - t é s o r g a n i s é e s , e t p a r t a n t p e u d e m o r g u e . L a « c o n v i v i a l i t é » e x i s t a i t a v a n t le m o t . Il e n e s t t o u j o u r s r e s t é q u e l q u e c h o s e , m ê m e a u t r a v e r s d ' u n e h i s t o i r e b r u t a l e s e c o u é e p a r les g u e r r e s s u r t e r r e et s u r m e r , les g r a n d e s é p i d é m i e s , les r é v o l t e s , v o i r e les m a s s a c r e s a u t e m p s d e s g u e r r e s d e r e l i g i o n .

C e n ' e s t p a s c o n t r a d i c t o i r e . D e m ê m e la c o n t r a d i c t i o n r e s t e s u p e r f i c i e l l e — l a v é r i t é n ' e s t j a m a i s s i m p l e t t e — si l ' o n v e u t f a i r e s ' a f f r o n t e r l ' i m a g e d u P r o v e n ç a l d a n s e u r l é g e r d e f a r a n d o l e à c e l l e d u c o m b a t t a n t i n c e s s a n t q u ' i l fut e n r é a l i t é t o u t a u l o n g d e s s i è c l e s , p o u r l a d é f e n s e d e s e s l i b e r t é s et d e s a c o n v i c t i o n p r o f o n d e , p r é c i s é m e n t , d e l ' é g a l i t é l .

U n h o m m e v a u t u n h o m m e . D ' o ù q u ' i l v i e n n e p a r l a m e r , o u p a r l a m o n t a g n e . E t q u ' o n n e p a r l e p a s d e « r a c e » p r o v e n ç a l e ! C o n t r a i r e m e n t à b i e n d e s p r é j u g é s , p l a t e a u x e t m o n t a g n e s — p a r c o l s et v a l l é e s — j o u e n t le m ê m e r ô l e q u e la m e r . Ils n e s o n t p a s b a r r i è r e s , m a i s c a r r e f o u r s . Le « s a n c t u a i r e » l u i - m ê m e a v u p a s s e r d e p u i s t o u j o u r s , l a i s s a n t l e u r s s t r a t e s , les p e u p l e s d e p a r t o u t : L i g u r e s , C e l t e s , R o m a i n s , B u r g o n d e s , W i s i g o t h s et l e u r s u i t e c a t a l a n e o u p i é m o n t a i s e . L e s o c c u p a n t s n a z i s f u r e n t s t u p é f a i t s d e d é c o u v r i r d a n s les b a s s i n s d e la D u r a n c e e t d u V a r t a n t d e b r a c h y c é p h a l e s b l o n d s a u x y e u x b l e u s q u a n d o n l e u r a v a i t p r o m i s d ' u n i f o r m e s d o l i c h o c é p h a l e s b r u n s . « P e u p l e g a v o t , a - t - o n é c r i t : u n t i e r s c e l t o - l i g u r e , u n t i e r s g r é c o - r o m a i n , u n t i e r s g e r m a n o - s l a v e , u n z e s t e j u d é o - s a r r a s i n et, p a r d e s s u s , u n

" g r a n d t i e r s " m o n t a g n a r d . »

P a s p l u s q u e c h e z P a g n o l , l e s « m a t h é m a t i q u e s » n ' y t r o u v e n t l e u r c o m p t e , m a i s l ' u n i t é , si. D a n s le g r a n d c r e u s e t , e n t r e n e i g e et m e r , elle s ' e s t f o r m é e a v e c s e s n u a n c e s . E l l e s ' a f f i r m e j u s q u e d a n s l ' a i r d u t e m p s , d e p u i s le p r e m i e r m é l è z e j u s q u ' a u l a u r i e r - r o s e e n p a s s a n t p a r l ' o l i v i e r - r o i . T o u t e l ' e a u , v e n u e d e s g l a c i e r s o u d e s p l u i e s r a g e u s e s — e n t r e d e u x s é c h e r e s s e s e t t r o i s c o u p s d e m i s t r a l — c o u l e , p a r D u r a n c e , R h ô n e e t V a r v e r s n o t r e m è r e M é d i t e r r a n é e .

L a p r o v e n c e e x i s t e . E t , i n l a s s a b l e m e n t , r e c r é e d e s P r o v e n - ç a u x .

1. Voir La Provence des Rebelles, de Maurice Pezet, Éd. Seghers.

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« CES INDOLENTS BAVARDS, CES MÉRIDIONAUX »

C'est entendu : comme tout Méridional — mais les Danois eux-mêmes ne sont-ils pas les « Méridionaux de la Scandina- vie » ? — le Provençal ne peut être que bavard et indolent, pour ne pas dire logomachique et paresseux.

Bavard ? De qui veut-on parler ? De ces gens qu'on accuse au contraire d'être taciturnes aussitôt quittées villes et vallées basses ? Ou bien des héritiers d'un « discours » qui a fait Aix capitale du Verbe et du Droit réunis ?

Indolent ? Aux plaisanteries traditionnelles de ses camarades, un « exilé » — à Paris ! — répondait une fois pour toutes par cette remarque pertinente : « Dites ? Le boulanger de mon village, vous croyez qu'il dort plus souvent la nuit que son collègue du Pas-de-Calais ? Et qu'au petit matin son pain n'est pas frais ? Et moins bon ? » Il est vrai, en revanche, qu'on n'a pas ici la gloriole, un peu « maso », du travail. On ne s'en flatte pas, même si on le fait aussi bien qu'ailleurs, parfois mieux et plus vite. A cet égard, la plus vraie des « histoires corses » — ces autres cousins à peine séparés, ou unis, par la même mer — sera toujours celle de cet homme qui s'en allait piocher ses oliviers toute la nuit pour faire croire, le jour, qu'il n'avait jamais travaillé de sa vie...

Parmi tant d'illustrations qui contrebattent « sur le terrain » tous ces vieux clichés en voici une autre extraite d'un roman1, qui évoque la véritable bataille des hommes d'ici pour conquérir, contre une nature rebelle, des terres à cultiver :

« Debout sur le seuil de la vieille bastide, Julien a le sourire nouveau, tendre que lui fait monter chaque matin la découverte de son domaine. " Ce n'est pas une terre, c'est un escalier ! "

Onze marches taillées dans le calcaire et les oliviers, onze terrasses larges de six pas, velues de thym, de romarin, de lavande, de sauge, hérissées d'amandiers, de pins maigres, d'arbousiers, de genêts, de kermès. Onze restanques, onze lopins dérisoires accrochés sur le dos de la colline retenus par onze murettes de pierre sèche. Il y avait là des paysans, naguère, au bord de la ville en marche. Ils arrachaient leur pain, leur huile, leurs pois chiches, leurs oignons à ces cailloux hostiles. Ils avaient arraché au sol, une à une, les pierres pour trier un reste de terre parmi ces pierres. Ils avaient charrié ces pierres à dos de mulet, à dos d'homme, à pas lents, soleil ou pluie, acharnés comme Chinois rouges endiguant les cataclysmes du Fleuve Jaune par milliards de petits paniers de terre. Ils avaient monté

1. Restanques, de Jean Rambaud (Editions d'Aujourd'hui. 83120 Plan-de-la- Tour).

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c e s p i e r r e s , u n e à u n e , l ' u n e s u r l ' a u t r e , les p a y s a n s d ' i c i , p o u r r e t e n i r c e r e s t e d e t e r r e , p o u r e n b â t i r c e s l o n g u e s m a r c h e s p a r a l l è l e s — l a r g e s d e six p a s — q u i e s c a l a d e n t la P r o v e n c e , j u s q u ' a u x A l p e s . Ils a v a i e n t c o n s t r u i t l e u r t e r r e , p i e r r e à p i e r r e , c e s p a y s a n s d e P r o v e n c e , c e s i n d o l e n t s b a v a r d s , c e s M é r i d i o - n a u x . »

DE DIALECTES EN LANGUE

Dans le français tel qu'on le parle parfois en Provence beaucoup d'« estrangers » s'étonnent de mots qu'ils ne compren- nent pas ou de tournures de phrases qui les choquent. En fait, il s'agit bien souvent d'un provençal francisé ou d'un français traduit du provençal1.

Une vieille histoire illustre, à traits appuyés, cette évidence.

Elle met en scène un charretier, travaillant pour un patron, qui se présente aux portes de la ville au temps où les octrois existaient encore. Il n'est pas en règle, et l'employé lui demande son nom. Réponse : « C'est le nom de moi que vous voulez ou c'est le nom de celui que le cheval il est sien ? » Cette histoire a fait rire des générations d'écoliers, et pourtant il n'y a là que le respect d'une autre syntaxe : celle du provençal. Y compris chez les plus cultivés, voire les puristes — on l'a dit d'Henri Bosco, pour lui rendre hommage —, la langue de Mistral affleure sous celle de Racine. De plus, par-ci, par-là, viennent se loger des mots qui disent ce que le français ne dit pas, et dont parfois il s'enrichit par « adoption » — les plus connus allant de p é t a n q u e (« pieds joints ») à c a l a n q u e (« crique entourée de

rochers; du provençal calanco », dit le Petit Robert).

Mais la survivance de la « lango » n'est pas seulement là, il s'en faut ! Ils sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit ceux qui se retrouvant entre eux — au village ou à la ville, vieux ou jeunes — se remettent aussitôt à parler provençal. Parallèle-

1. De son côté, le Français ne s'est pas gêné pour traduire le provençal à sa façon, les noms de sites en particulier. C'est ainsi, exemple entre mille, que le Pas de l'Ansié (le Passage de l'Angoisse) est devenu... le Pas des Lanciers, que connaissent tous les voyageurs du rapide Paris-Marseille. Un peu d'attention à la langue des « indigènes » aurait évité aux distingués toponymistes venus de Paris le ridicule de loger dans cette nature inquiète une très salonnière figure de quadrille.

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ment, la liste est proprement stupéfiante pour le profane des journaux, revues, livres, pièces de théâtre, chansons qui s'écrivent et s'éditent aujourd'hui « en langue », à quoi il faut ajouter spectacles, assemblées, cours permanents, universités d'été, options au baccalauréat, thèses — y compris, d'ailleurs, dans des universités européennes, américaines ou asiatiques. Le moins qu'on puisse dire au passage est que l'école républicaine

— et jacobine — qui t r a q u a longtemps les « patois » n'a pas atteint tout son but.

Il reste qu'à propos d'un renouveau récent on tombe très vite sur des ambiguïtés qui ne datent pas toutes d'hier, à l'inverse de cette fameuse « g u e r r e d e s g r a p h i e s » qui a fait tant de bruit naguère. S o m m a i r e m e n t , pour ne pas dire caricaturalement, il y aurait d'un côté les nouveaux occitanistes, gens de gauche qui seraient opposés aux « mistraliens » réputés conservateurs, c h a c u n des deux écrivant la langue selon des critères différents.

Mais ce n'est pas si simple ! Outre que des clivages politiques font parfois passer les uns dans le c a m p des autres, il se trouve que la tradition des « conservateurs » est beaucoup plus récente

— le mistralien date... de Mistral — que celle des « moder- nistes » qui entendent se référer à la langue des troubadours du Moyen Age. L'ambiguïté, en fait, prend ses racines dans ce lointain passé.

Longtemps « le provençal » n'a pas désigné le parler de la seule Provence mais l'ensemble des langues d'oc, représentées par une littérature de réputation déjà européenne quand le français balbutiait encore. La Renaissance mistralienne, outre une graphie « contaminée » par la phonétique française, a privilégié le provençal rhodanien, ce que les occitanistes qualifient d'impérialisme. Ils veulent, eux, recréer un « occitan » qui s'écrive de la m ê m e façon dans toute l'« Occitanie » — trente-deux d é p a r t e m e n t s de l'Atlantique aux Alpes, et quelques vallées italiennes - , quitte à laisser c h a c u n parler son dialecte.

Les mistraliens rétorquent que le Félibrige n'a pas attendu ces

« petits nouveaux » pour étendre ses « maintenances » à l'en- semble des provinces d'oc, et qu'ils n'ont pas envie de remplacer le centralisme parisien p a r un autre, fût-il toulousain ou montpelliérain. « Mais surtout, assurent-ils, pour donner vie à une langue, il a toujours fallu, non pas des théories plus ou moins savantes, mais une œuvre. Celle de Mistral, universelle- ment reconnue, pour le provençal contemporain, c o m m e celle de Dante pour l'italien. »

Au vrai, en dépit des cohortes qui militent pour l'une ou l'autre de ces options, la polémique est passée le plus souvent par-dessus la tête de ceux qui vivent au quotidien leur « parler maternel ». S a n s se soucier d'être occitanistes ou mistraliens, ils continuent à s'exprimer dans leur dialecte, au demeurant frère de tous les autres. En Provence, il en existe au moins trois

« grands » : rhodanien, gavot, côtier... lesquels se subdivisent en

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sous-dialectes, selon vallées ou selon villes. Il y a des nuances entre aptésien et dignois et des différences entre nissart et marseillais.

Émietté « sur le terrain », coupé en deux p a r la « guerre des graphies » (lancée par des clercs), que reste-t-il, alors, du provençal ? Nous voilà de nouveau d a n s l'éparpillement d'une Provence insaisissable ? Certes non. P a r a d o x a l e m e n t — en apparence — cette guerre entre frères ennemis a finalement donné à la langue une vitalité nouvelle. Elle éclate d a n s le renouveau dont nous parlions d'emblée. Son i m a g e la plus immédiatement visible pour le visiteur se trouve sur scène. Entre les cent festivals « importés » qui recouvrent la Provence d'été le vacancier a vu surgir a u cours des a n n é e s dernières, du R h ô n e à l'Italie et des Alpes à la mer, des foules de spectacles donnés « en langue » par des troupes du cru, dont certaines sont devenues permanentes. Et les fêtes locales ne se passent plus des

« cantaïre », qu'ils soient mistraliens ou occitanistes... d ' a u t a n t plus qu'en c h a n t a n t on ne saurait afficher sa « graphie » ! La conclusion tient sans doute dans ces « propos recueillis », l'un auprès d'un militant de l'Institut d'études occitanes, l'autre après d'un félibre. Du premier : « Après tout, sans Mistral et son œuvre, on ne se disputerait pas aujourd'hui sur des formes de la langue... parce qu'elle serait morte. » Du second : « Ces Occitanistes, en s o m m e , m ê m e si nous ne s o m m e s p a s toujours d'accord, ils ont secoué pas mal de poussières. »

La langue va plutôt bien, merci. Aujourd'hui mieux qu'hier et bien moins que demain.

TOUS LES PARADIS NE SONT PAS PERDUS

Lui laissera-t-on un jour un répit ? A peine le vilain mot de saison prononcé — entendu pour la circonstance dans son sens le plus restrictif, celui de gavage touristique — voici la Provence montrée du doigt, obligée de tenir son rôle de vedette, donc adulée et détestée, contrainte de subir, comme jets de pierres, les mêmes pauvres adjectifs : « assiégée », « dénaturée », « enva- hie », « défigurée »... puis, « fourbue », ayant pourtant accueilli, rendu mille services, apporté quelques émerveillements, som- mée de retourner à un quotidien qui n'intéresse plus personne.

Jusqu'à la prochaine fois.

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C'est trop. C'est injuste, insuffisant, caricatural. Mais c'est ainsi. Quelle autre région de France que ce Sud-Est pétillant et ensoleillé pâtit d'autant de regards accusateurs et de jugements hâtifs ? On n'en voit guère. Désirable et insupportable, cette gaillarde n'a pas fini de subir des outrages et d'engranger des compliments.

Mais quel est donc ce « calvaire » qu'endureraient les Provençaux au nom d'un tourisme tellement sacré qu'il autoriserait tous les crimes ?

Il y a tout d'abord, bien sûr, cette pénitence que paraissent s'être infligée à jamais les habitants de ce pays de convoitises : le béton, qui a coulé entre caps et calanques, qui a longtemps gagné sur la mer, puis, contenu, s'est retourné, dévorant les restanques, faisant crouler des collines sous les « résidences » et lançant des avant-gardes de villas à l'assaut du moyen pays.

Cette image la plus répandue du tourisme-péché, il faut le dire, est bien celle que les gens de Provence, de Marseille à Menton, ont le plus de mal à faire oublier. Inlassablement, certains accusent, s'accusent, tel l'écrivain Rezvani qui, depuis plus de vingt ans, « habite » le massif des Maures :

« Que sont les Maures aujourd'hui ? Une chaîne de vieilles montagnes plus ou moins à l'abandon entourée d'une ceinture de carnaval elle-même ceinturée par des campings, des villages toc, des ports aux quais de béton... Dans cette presqu'île, toutes les catégories sociales " s'esquichent ", c o m m e les tranches d'un gigantesque millefeuille, depuis les yachts panaméens jusqu'au camping sauvage du cap Taillat en passant par le caricatural Port-Grimaud... »

Cette apostrophe, parmi tant d'autres, doit bien nous faire comprendre que chacun, ici, a sa part de responsabilité dans l'atteinte aux paysages de Provence. Q u ' o n pourfende, une fois pour toutes, les envahisseurs et les « inventeurs » de paradis, réunis — c'est si pratique — sous le vocable d'« étrangers ».

Mais qu'on n'oublie pas que la Provence a toujours été bonne mère pour ces visiteurs trop pressés ou trop empressés. Il n'est plus temps, c o m m e l'a dit Alain Bombard, lorsqu'il devint — pour un t e m p s — président de la plus puissante fédération française d'associations de défense de l'environnementt, de

« pratiquer la politique de la pissotière de Topaze ».

Reste l'avenir. A ne pas envisager, surtout, trop en rose ou trop en noir. Bien sûr qu'il est lourd à porter ce fardeau du tourisme ! Entre Cannes et Monaco, les villes sont condamnées à s'équiper de « m a c h i n e s à congrès » pour ne pas perdre la face et tenir leur rang. Le prix de cet a r m e m e n t est élevé, chacun ici le sait. La surenchère touche aussi la culture, ou ses apparences.

1. L'U.R.V.N. : Union régionale du Sud-Est pour la sauvegarde de la vie, de la nature et de l'environnement.

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D e p u i s q u e V i l a r fit A v i g n o n , l e s f e s t i v a l s p u l l u l e n t e n P r o v e n c e . T o u s y o n t - i l s l e u r p l a c e ? E n f i n , q u a n d l a t e r r e a g r i c o l e s e v e n d , o n s a i t a u j o u r d ' h u i q u e , t r o i s fois s u r q u a t r e , elle n e r e v i e n d r a p l u s j a m a i s à u n p a y s a n .

A c e s s e u l e s é v o c a t i o n s c h o i s i e s a u h a s a r d , o n c r o i r a l a P r o v e n c e p e r d u e p a r s e s c o u r s e s e f f r é n é e s e t s e s c o m p r o m i s - s i o n s . P a s si v i t e !

Ici, à S a i n t - J u l i e n - l e - M o n t a g n i é , u n m a i r e , M a u r i c e J a n e t t i , dit : « C ' e s t a u x c o l l e c t i v i t é s l o c a l e s q u ' i l a p p a r t i e n t d e m e n e r u n e p o l i t i q u e d e r é s e r v e s f o n c i è r e s . J e n e c r o i s p a s q u e c e s o i t le c o m b a t d e l ' i n u t i l e . » L à , d a n s les e n t r a i l l e s d u V e r d o n , u n b a r o u d e u r - p r é d i c a t e u r , R o g e r V e r d e g e n , a p p r e n d à c e u x q u i le v e u l e n t b i e n c o m m e n t d é f e n d r e et a i m e r le G r a n d C a n y o n . A i l l e u r s , à E n t r a u n e s p a r e x e m p l e , le v i l l a g e le p l u s s e p t e n t r i o n a l d e s A l p e s - M a r i t i m e s , o n j o u e , p o u r n e p a s m o u r i r , l a « c a r t e » d u g î t e r u r a l . E t p u i s , à M o u s t i e r s - S a i n t e - M a r i e , d e s f a b r i c a n t s d e f a ï e n c e s e r e g r o u p e n t e t t r a v a i l l e n t à la r é d e m p t i o n d ' u n m e r v e i l l e u x a r t i s a n a t . P r è s d e C a v a l a i r e , u n e vieille d e m o i s e l l e d e 8 0 a n s — c ' é t a i t e n 1 9 7 7 — fait u n d o n , i n e s t i m a b l e , d e q u i n z e h e c t a r e s d e v e r d u r e a u C o n s e r v a t o i r e d u L i t t o r a l . E n f i n , e n 1 9 8 0 , u n e « F ê t e d u H a u t P a y s » r é u n i t p o u r l a p r e m i è r e fois t o u t e s les c o m m u n e s d u p a y s n i ç o i s à S a i n t - E t i e n n e - d e - T i n é e . R e g a i n .

P a r - d e l à u n c e r t a i n i m p r e s s i o n n i s m e , l e s h a b i t a n t s d e P r o - v e n c e p e u v e n t t r o u v e r d a n s c e s g e s t e s e t c e s m a n i f e s t a t i o n s , q u e l l e s q u e s o i e n t l e u r s l i m i t e s o u l e u r m o d e s t i e , a u t a n t d e p l a n c h e s d e s a l u t o u d e s i g n e s d ' e s p o i r . T o u t e s l e s s o u r c e s n ' o n t p a s é t é t a r i e s o u d é t o u r n é e s . S a n s h a u s s e r le t o n , n o u s l ' é c r i v o n s ici : il y a d e s P r o v e n c e et d e s P r o v e n ç a u x . S u r a u t a n t d e p a y s a g e s et d e s i l h o u e t t e s , j a m a i s f i g é e s , j a m a i s c e r n é e s , a u c u n p i è g e n e s e r e f e r m e r a t o u t à fait.

A l o r s , t a n t pis p o u r la n o s t a l g i e , m ê m e si e l l e n o u s o b s è d e , l a s a i s o n v e n u e . Enfin, j u s t e u n m o t s u r elle. C ' e s t u n v i e u x N i ç o i s q u i é v o q u e a i n s i le « b o n t e m p s » p o u r l ' é c r i v a i n R a o u l Mille1 :

« L a vie é t a i t r u d e m a i s b e l l e . O n n e t r a v a i l l a i t q u e six m o i s d e l ' a n n é e p o u r les a u t r e s , s o i t d a n s les h ô t e l s s o i t c o m m e c o c h e r s . Le r e s t e d u t e m p s o n s ' o c c u p a i t d e s a c a m p a g n e , o n s e l e v a i t à l ' a u b e , o n s e c o u c h a i t a v e c la n u i t a p r è s la d e r n i è r e p i p e f u m é e à la f r a î c h e u r d u s o i r . Il n ' y a v a i t g u è r e d e s o u s . . . m a i s s'il y a v a i t d e s j o u r s difficiles, il n ' y a v a i t j a m a i s d e j o u r s g r i s , a m e r s , d é s e s p é r é s . »

A u j o u r d ' h u i , u n p e u p a r t o u t e n P r o v e n c e , il y a d e s j o u r s difficiles. M a i s d e s P r o v e n ç a u x n e d é s e s p è r e n t p a s , s i n o n d e r e c r é e r le « b o n t e m p s », d u m o i n s d ' e f f a c e r d ' i n j u s t e s r é p u t a - t i o n s et d e s a u v e g a r d e r q u e l q u e s p a r a d i s .

1. In Nice, éditions Henri Veyrier.

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« LE MAGNÉTISME DE CETTE TERRE SOLAIRE »

« Ceux qui appartiennent à l'ordre de la flamme, ceux qui avancent au milieu des êtres et des choses c o m m e un fleuve de feu céderont toujours au magnétisme de cette terre solaire... » Cette phrase d'Henri Perruchot traduit et explique la force avec laquelle la Provence a toujours su inspirer les artistes nés sur sa terre, mais aussi attirer à elle et séduire les artistes nés sous d'autres cieux. Et c'est probablement en peinture que l'on retrouve avec la plus grande évidence cette double puissance.

• Peintres de tous les temps

Dès le xive siècle, la Provence sait accueillir, mettre au service de sa lumière, des créateurs de toutes origines (flamands, bourguignons, parisiens, piémontais, napolitains, siciliens, cata- lans) qui glorifient sur les f r e s q u e s d u Palais d e s P a p e s d'Avignon, la palette éclatante qui sera, cinq siècles plus tard, celle de Van Gogh. La Provence a déjà trouvé sa vocation de creuset, de catalyseur, de foyer privilégié. Mais, le départ des Papes a de cruelles conséquences; plusieurs décades stériles succèdent à cette période faste et rayonnante.

Pourtant la vie artistique renaîtra magnifiquement au début du xve siècle offrant quelques chefs-d'oeuvre de l'histoire de l'Art occidental : La Piéta d'Avignon (qui se trouve aujourd'hui au Louvre), le triptyque de l'Annonciation (dont le panneau central est à Aix, à l'église de la Madeleine), Le Couronnement de la Vierge (de la Chartreuse de Villeneuve). On sait encore mal à qui les attribuer avec certitude, mais leurs auteurs étaient sans nul doute des maîtres « venus du Nord » ou ayant vécu en Bourgogne, et témoignant hautement des rigueurs imposées par ce pays « où la lumière ne tombe comme nulle part ailleurs »...

A la fin du siècle apparaît avec Fauchier la première génération d'artistes issus de Provence, mais toujours soumis aux influences italiennes et flamandes. L'élan est puissant, mais il est tout de même cassé au xvie et au début du XVIIe siècle.

Guerres d'Italie, guerres de religion, heurts avec le pouvoir central, concurrence de la Lorraine : le contexte économico- politique est peu favorable à la vie artistique. Et puis, la voie baroque choisie par les Provençaux n'est plus de mise : le style en cour est désormais celui de la Contre-Réforme.

Il faut attendre le milieu du XVIIe siècle pour voir éclater à nouveau le génie artistique provençal qui va se développer tout

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au long du XVIIIe siècle de même manière, côtoyant harmonieu- sement le talent des artistes « importés ». Les g r a n d s n o m s sont nombreux, mais certains vont s'imposer mieux que d'autres à la postérité : Finsonius, Parrocel, Van Loo, Françoise Duparc, Pierre Puget, Fragonard.

Pierre Puget dont la réputation de peintre a été écrasée par celle de sculpteur. Sculpteur le plus célèbre de Provence, qui eut le mérite de défendre l'art baroque contre le classicisme, à une période où il n'y avait de mécénat qu'à Versailles et où Versailles n'était pas disposée à l'admettre... Le maître sculpteur de l'Arsenal d e Toulon n'arrivait que fort difficilement à commercialiser des œuvres auxquelles les siècles suivants ont rendu justice, les élevant au rang de chefs-d'œuvre.

Fragonard, le Grassois, dont on a dit « qu'il avait résumé, à lui seul, l'œuvre de son siècle » est devenu, en 1961, le peintre le plus cher du monde, ce jour de novembre où La Liseuse atteignit à New York 437 millions.

Avec le xixe siècle, arrivent un foisonnement intense et des bouleversements grandioses. Voici Bidault, le premier paysa- giste à entrer en tant que tel à l'Institut; Antoine Roux qui a créé en France le genre du portrait de navire à l'aquarelle; Granet

« austère » qui selon Valéry « sent si âprement l'humidité, le poids de la pierre ».

Et puis, voici les précurseurs de l'Art moderne : Daumier dont les lithographies ont fait oublier l'œuvre picturale, Guigou, Monticelli, Cézanne, le mélancolique (« il y a une tristesse de la Provence que personne n'a dite », écrira-t-il avant Giono), Cézanne, le « portraitiste » des paysages aixois qui subit comme une blessure l'explosion de la lumière ; « Le soleil est si effrayant, dira-t-il à Picasso, qu'il me semble que les objets s'enlèvent en silhouettes, non pas seulement en blanc et noir, mais en bleu, en rouge, en brun, en violet »; Van Gogh qui connaît à Arles sa plus féconde période créatrice, Gauguin qui séjourne quelque temps avec lui...

Et encore Seyssaud, Verdilhan, Mange, Lesbros, Chabaud dont la trajectoire est inverse : provençaux d'origine, ils cherchent à Paris de nouvelles sources, et s'attachent aux mouvements réformistes qui élèvent la ville aux alentours de 1900 au rang de capitale de l'Art moderne. Tous reviennent en Provence retrouver leur vraie voie...

Enfin, voici le xxc siècle ; la Provence devient l'un des centres mondiaux de la peinture, soutenant toujours sa double vocation de terre-mère et de terre d'accueil.

En 1904, Matisse travaille avec Signac à Saint-Tropez, préparant l'explosion du fauvisme. En 1907, Renoir s'établit à Cagnes. En 1908, Braque peint à l'Estaque, des paysages « par petits cubes », donnant naissance si ce n'est au cubisme

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lui-même, du moins à son appellation. Picasso entreprend en 1911 le chemin qui le conduira de Céret à Vauvenargues. en passant par Avignon, Cannes, Juan, Antibes et surtout Vallauris, où il découvre la céramique. Et ils sont suivis par Berthe Morisot, Derain, Dufy, Mangin. Monet...

Quelques décennies plus tard, Chagall s'installe à Vence, B o n n a r d au Cannet, Kisling à Sanary, Buffet au château de l'Art, près d'Aix, D u n o y e r de Segonzac à Saint-Tropez. Masson à Aix, Vasarely au c h â t e a u de Gordes. puis à Aix lui aussi, Mentor à Solliès-Toucas, Yves Klein à Nice...

Les plus grands noms de la peinture viennent se soumettre aux humeurs provençales, tandis que les œuvres des peintres nés en Provence trouvent a m a t e u r s en Europe, mais encore en Amérique et au Japon'...

• Des troubadours à la musique sérielle

Le grand nombre de festivals régulièrement organisés en Provence illustre bien l'importance qu'a toujours eue la musique dans la région.

De Folquet de Marseille, le troubadour (né dans cette ville, en 1150) à Joëlle Léandre qui mène actuellement des recherches sur les rapports entre la contrebasse et la voix humaine, la Provence a vu naître moult compositeurs qui ont contribué à la grande aventure de la musique, m ê m e si leurs noms et leurs œuvres sont aujourd'hui insuffisamment connus. Il n'est pas possible de rendre ici h o m m a g e à c h a c u n d'eux, mais il convient tout de m ê m e de citer les plus grands :

André C a m p r a (né à Aix, en 1660) qui a laissé 18 opéras ou ballets, des livres de motets, psaumes, cantates françaises et des divertissements à l'usage de la Cour; J e a n - J o s e p h Mouret (né à Avignon, en 1682) auquel on doit n o t a m m e n t des opéras- comiques, symphonies et motets; J e a n Gilles (né à Tarascon. en 1669) dont un Requiem célèbre fut joué aux obsèques de R a m e a u et de Louis XV; Félicien David (né à Cadente, en 1810), compositeur d'une ode symphonique et d'opéras fort célèbres;

Ernest R e y e r (né à Marseille, en 1823), compositeur mais aussi auteur d'excellents articles de critique musicale réunis sous le titre de Notes de Musique; Hyppolite D u p r a t (né à Toulon, en 1824) dont l'opéra P é t r a r q u e créé à Marseille eut un immense succès dans la France entière.

Avec le xxe siècle, voici qu'apparaissent des noms qui dominent la musique contemporaine mondiale : Olivier Mes- siaen, l'Avignonnais; Darius Milhaud, l'Aixois; Maurice Jaubert, 1. On traitera des artistes contemporains dans les articles relatifs aux villes où ils vivent et travaillent.

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le N i ç o i s d o n t les m u s i q u e s d e f i l m s ( C a r n e t d e B a l , Q u a i d e s B r u m e s , 1 4 j u i l l e t ) f o n t le t o u r d e la t e r r e ; F r a n c i s M i r o g l i o , i l l u s t r a t e u r d e l a t e n d a n c e p o s t - s é r i e l l e ; L u c - A n d r é M a r c e l q u i s u b i t l ' i n f l u e n c e d e B a r t o k ; E m i l e P a s s a n i ; H e n r i T o m a s i . . .

L u m i è r e s p a s s i o n n é e s , c h a n t s m ê l é s d u m i s t r a l e t d e s c i g a l e s , a r g i l e a m o u r e u s e d e la m a i n d e l ' h o m m e , c a l c a i r e à t r a n s f i g u - rer..., l ' h i s t o i r e d e l a t e r r e p r o v e n ç a l e s e c o n f o n d a v e c c e l l e d e s a r t i s t e s — p e i n t r e s , s c u l p t e u r s , m u s i c i e n s — q u i , a u l o n g d e s s i è c l e s , s e s o n t l a i s s é p r e n d r e à s e s p i è g e s d e f o r c e et d e d o u c e u r , d e v i o l e n c e e t d e t e n d r e s s e . A r t i s t e s n é s p r o v e n ç a u x , c h a r r i a n t le soleil d a n s l e u r s a n g , o u a r t i s t e s d ' a i l l e u r s v e n u s ici s u b i r « le c h a r m e f l a m b o y a n t d ' u n e t e r r e d e feu ».

DES PLUMES QUI DONNENT A VOIR

Il a bien le droit de dire, le visiteur : « Quand je visite, je vois bien le Romain d'Orange à La Turbie, et le Roman d'abbayes en églises. C'est le passé, sans doute, mais présent sous mes yeux.

De même pour les peintres d'hier et d'aujourd'hui. Mais la littérature, ça ne se voit pas quand on visite ! »

Allons donc ! Littérature, poésie des troubadours de jadis comme des écrivains vivants sont si bien mêlés aux paysages et aux gens de ce pays que le voyageur, au contraire, devra parfois repousser de trop insistants souvenirs littéraires s'il veut regarder avec ses yeux à lui. Pour illustrer cette évidence nul n'a mieux dit que le poète Audiberti, d'Antibes, qui sut si bien mêler humour et vérité : « C'est depuis le triomphe du théâtre de Pagnol, assure-t-il, que les Marseillais se sont mis à parler avec leur fameux accent »... Et puisque nous voilà déjà débouchant droit sur Pagnol, ne nous dérobons pas devant l'obstacle.

On l'a si souvent accusé de « pagnolades », cet académicien narquois, qu'il est grand temps de se demander si un auteur joué d'Amérique au Japon n'offre vraiment que des marionnettes et des « mots », si « historiques » qu'ils soient devenus. L'humanité de ses personnages — comiques, tragiques — laisse loin derrière elle la seule caricature de « Méridionaux » qu'on a dit ridiculisés.

Au vrai, il y aurait long à écrire sur le noir et blanc qu'ils recèlent, sur « comediante-tragediante », sur la complexité de l'homme méditerranéen, depuis Ulysse. Marseillais (de Paris)

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plus que Provençal, Pagnol ? C'est oublier au moins les

« Souvenirs » qui sont de la tradition des conteurs d'ici. Et puis quoi, Marseillais ? Antonin Artaud, beaucoup l'oublient, n'était- il pas lui aussi Marseillais ? C o m m e Rostand, Suarès, Roussin, Audisio, etc. Des uns aux autres, les tons de l'éventail ne manquent pas de « nuances » ! « P r o v e n c e r o s e , P r o v e n c e n o i r e » ?

On a tout dit sur les troubadours qui, dès le Moyen Age, répandirent sur l'Europe l'image d'une civilisation plus raffinée.

En Provence m ê m e ils furent nombreux : Blacas d'Aups, Boniface de Castellane, Bellaud de Grasse, R a i m b a u d de Vacqueyras, R a y n i e r de Briançon, B e r n a r d de Ventadour, etc.

L'image demeure d'autant plus que de renaissances en renou- veaux la source ne s'est jamais tarie. A propos de source...

Essayez d'aller voir la Fontaine de Vaucluse sans penser à Laure et à Pétrarque, qui écrivit aussi en provençal. Au fil de la Sorgue, un peu plus bas, chante aujourd'hui R e n é Char, traduit en trente langues. Qu'il soit aux antipodes d'une poésie régionaliste ne l'empêche pas de s'écrier : « Ma toute terre, c o m m e un oiseau changé en fruit dans un arbre éternel, je suis à toi. »

A l'autre bout du Luberon, pays du marquis de Sade, voici Henri Bosco pénétrant ses secrets pas à pas, mot à mot, dans une langue d'une infinie subtilité. Et Dieu sait qu'il en faut pour pénétrer cette « m o n t a g n e discrète et secrète » où C a m u s a voulu reposer (à Lourmarin). Mais nous voilà déjà chez Giono le Grand, que certains veulent bien depuis peu « découvrir ». Des toits de Manosque où courut son H u s s a r d jusqu'au toit des Collines et des Plateaux — la Montagne de Lure — comment faire pour ne pas voir ce pays avec ses yeux, entre ses lignes ? Du côté du Var, autour de Rians, courent encore ses brigands et sa brigade.

Où qu'on aille les noms des grands surgissent, d'hier c o m m e d'aujourd'hui, parmi tant d'autres qu'une telle abondance a parfois mis au second plan. Est-il juste d'oublier Paul Arène, de Sisteron, qui écrivit beaucoup de contes pour Alphonse Daudet

— lequel, on doit lui rendre cette justice, ne l'a pas caché. Il faut voir aussi bien la citadelle sisteronaise que le moulin de Fontvieille.

Pourquoi, sous prétexte qu'en 1980 Rezvani parle de ses Maures mieux que personne, faudrait-il ignorer le merveilleux Maurin des M a u r e s de J e a n Aicard ? A relire ou à lire ! Combien de r o m a n s contemporains « à succès » feraient triste mine à côté de ces aventures en couleur. Et Thyde Monnier, avec la saga des Desmichels dans une autre montagne varoise — Grand Cap — que certains critiques taxaient de populisme rédhibitoire quand des maîtres la disaient « du premier rayon » ?

Dans ce pays tout en reliefs, c h a q u e bosse et chaque creux a son chantre. Pour les Alpilles, voici Marie Mauron, pleine de sève rustique, c o m m e dans les villes — Victor Gélu à Marseille,

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Charles Poncy à Toulon — éclata la sève populaire. Et le magnifique Germain N o u v e a u de Pourrières (Var), l'ami de Rimbaud, l'« Ardennais » dont on ne dit j a m a i s que son sang de poète ensoleillé pourrait lui venir d a v a n t a g e de son père itinérant — provençal et oublié — que de sa mère sédentaire, austère et célèbre.

La litanie n'en finirait pas de ces noms accouplés à des villes, à des villages, à des pays : Gassendi et Digne, Peiresc et Belgentier, La S a l e et Saint-Rémy, Vauvenargues et Aix. Et l'énorme Zola — Aix encore — qui raconte l'insurrection provençale de 1851 si méconnue et la « bataille oubliée » d'Aups dans La Fortune des R o u g o n — dont le nom est celui d'un village des Alpes-de-Haute-Provence. Et « ç a continue », aujourd'hui c o m m e hier : Nice et M a x Gallo (après de Vogüé): S u z a n n e Prou et la terrasse de Ramatuelle; Léon Vérane — l'ami de Carco — et Toulon; Alexandre A m o u x (de Digne) et le Rhône... O n en oublierait presque dans le désordre de l'abondance, Aubanel et Roumanille d'Avignon, A r b a u d d'Arles, Baroncelli de C a m a r g u e et tous les c o m p a g n o n s de Mistral qui s'en allèrent repêcher « la langue » au fond du puits où voulait la noyer la volonté jacobine d'éliminer les « patois ».

Lamartine avait raison, parlant précisément de Mistral, d'affirmer qu'« il y a une vertu d a n s le soleil ». Elle fait lever, générations après générations, sous nos yeux, des c h a n t s en gerbes. Ouvrez aujourd'hui, après les grands « Cahiers du S u d » et parmi d'autres, la nouvelle revue « S u d » où jaillissent tant de poètes du t e m p s présent.

DES DIEUX LARES AUX SANTOUN

Les fêtes et les jeux, ces enfants de l'imaginaire et de la joie, sont les fruits des noces de la Provence et des mythes qu'elle a su apprivoiser et rendre siens.

Surpris, le visiteur qui ne sait d'elle que la pétanque et la belote de Panisse, découvre les cavalcades des « carreto ramado », les audaces des jeux taurins, les violences des Carnaval, la foi des fêtes votives, les mystères des fêtes calendales.

« Carreto r a m a d o », charrette chargée de feuillages et de fleurs du terroir, tirée par des chevaux ou des mulets harnachés

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selon la mode sarrazine, promenée à grand galop dans les rues des villages entre Alpilles, Rhône et Durance : symbolisation et glorification de la Terre nourricière et des animaux, qui n'auraient point déplu à Isis, dont le culte s'affirma très tôt en Gaule et se confondit avec celui de Cybèle.

J e u x taurins, héritiers du culte de Mithra : mais ici, le taureau n'est pas mis à mort. Dans la course dite camarguaise, la bête est affrontée, école de courage et d'adresse, par de jeunes hommes vêtus de blanc, razzeteurs et cocardiers, qui ont pour mission de lui arracher ses attributs de gloire : cocardes, glands, ficelles, frontal.

Carnaval, écho des Saturnales, où se déchaînent le rire autant que la violence et la révolte : à quel vieux désir de sacrifice correspond la tradition du Caramantran. grossier mannequin de paille que l'on raillait dans les rues avant de le juger, de le condamner à mort et de le jeter au bûcher ?

Fêtes votives, célébrées chaque année avec ferveur pour honorer un saint dispensateur de bienfaits : patron de la paroisse ou non, mais auquel on doit le plus souvent le jaillissement d'une source ou l'apparition d'une rivière.

Fêtes calendales, enfin, fêtes de Noël dont le nom provençal

« Calendo » évoque les Calendes romaines des débuts de mois, et qui se sont glissées à la place des fêtes solsticielles marquant le début du renouveau de la nature. Fêtes calendales avec d'étranges rites : le « Cacho fio » dès sept heures du soir, souvenir des libations romaines, gros souper avant la célébra- tion de l'office divin, et puis, plus tard, après la messe, les treize desserts représentant Jésus et les douze apôtres. Fêtes calen- dales où apparaissent les Santons : leur signification est chrétienne, certes, mais, au foyer, ainsi que l'a écrit Marcel Provence, « ce sont des Dieux Lares protégeant la maison. C'est un culte antique : la crèche est près du pétrin ». Santons représentant les personnages de la Nativité, mais aussi moult personnages typiquement provençaux : arlésienne, berger, pê- cheur, rémouleur, marchande de limaçons, chasseur, lavan- dière...

De fête en fête, l'on retrouve le son émouvant des tambourins et galoubets qui rythment la joie, scandent le bonheur d'être ou d'être devenu Provençal. T a m b o u r i n que l'on doit peut-être aux Grecs établis en Provence 600 ans avant J.-C. : sorte de tambour dont la caisse est trois fois plus allongée que le tambour ordinaire, fabriqué en bois de noyer et en peau de chien, il est en usage dans toute la région, hormis les alentours de Barcelonnette et de Sisteron où il est remplacé par la vielle. Son complice, le

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galoubet, est une petite flûte à bec tournée en buis ou en ébène.

Les deux instruments joués par le même interprète sont symboles de la fête provençale et ce n'est certes point seulement les hasards de la nécessité qui font d'eux les compagnons des festivités profanes comme des festivités religieuses. S'ils sont toujours là, c'est qu'en Provence « le plaisir est aussi un acte de foi »... D'autre part la guitare est revenue accompagner les

« cantaïres », tandis que les « Musiciens de Provence » font renaître l'ensemble des instruments anciens dont usaient les troubadours.

LA TABLE PROVENÇALE

• Une cuisine « de parfums et de soleil »...

A p p r o c h e visiteur, Approche-toi de la table

E t nourris-toi D e parfums et de soleil...

Ainsi c h a n t a Luce F a b r e pour que « l'étranger » s a c h e bien qu'en terre provençale rien ne se m a n g e qui n'ait été béni lors des noces de la Terre et du Mistral, de la Mer et du Soleil...

P o i s s o n s et c o q u i l l a g e s — oursins, « violets », concentrés d'iode — de la Provence maritime avec la reine bouillabaisse, relevée de rouille, ce mélange exalté d'ail et d'huile d'olive; avec la bourride, moins connue et plus subtile; l ' a n c h o ï a d e et les grillades de sardines, de loups, de sars, de rougets qu'on appelle ici « grives de mer » (surtout, ne pas « vider » !). Et la rascasse, et le saint-pierre...

M o u t o n s (de Sisteron et de Savournon) et g i b i e r de la Haute-Provence avec daube, pieds-paquets marseillais, gigot rôti, soupe d'épeautre, brochettes de grives, civet de lièvre et de

sanglier, paté aux truffes du Haut-Var, écrevisses des ruisseaux clairs si nombreux d a n s ce pays sec.

Aïoli doré « qui concentre, a écrit Mistral, la chaleur, la force et l'allégresse du soleil de Provence » : crème d'ail, de jaunes d'oeufs et d'huile qui enflamme m o r u e bouillie, escargots ou légumes.

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Et partout, partout, les suaves parfums de l ' h u i l e d ' o l i v e - divine et sacrée depuis la Crète jusqu'à la Sainte-Ampoule, en passant p a r l'Islam —. des p l a n t e s m e r v e i l l e u s e s offertes aux collines provençales par le roi m a g e Balthazar : thym, romarin, sauge, sarriette, fenouil, ail, basilic, oignon, laurier. Plantes aux riches vertus sans lesquelles l'art culinaire ne serait pauvrement que manière de se nourrir et non point façon un peu magique de communier avec la Terre... Mais il faut le dire et le redire. On ne met pas n'importe quelle « herbe de Provence » dans n'importe quoi, non plus qu'on en abuse. Il faut savoir aussi le rôle de chacune, outre son parfum : la sauge rend le porc plus digeste, le t h y m élimine les toxines du gibier macéré, etc. Et l'ail, contrairement à une légende, doit être doux avant toute chose...

Car là encore, à l'inverse d'idées reçues, la cuisine provençale est vigoureuse mais non point violente : tout en nuances.

Et que l'on ne l'imagine surtout pas privée de d o u c e u r s : Calissons d'Aix; Croquettes de Gigondas; Cuques au chocolat de Plan-de-Cuques; p â t e de coing de Toulon; miel des Alpes et des Alpilles; fruits confits d'Apt... oui, la Provence sait aussi le goût du sucré... au point m ê m e que tous les étrangers n'apprécient pas le « coin cuit » jugé trop doux.

Et les t r e i z e d e s s e r t s de Noël, donc ! Le Christ et ses douze apôtres symbolisés par la f o u g a s s e ou la p o m p e à l'huile entourée p a r les fruits de la terre : pommes, poires, melons, raisins blancs ou noirs séchés sur les « canisses »; les fruits secs dits les quatre mendiants en souvenir des Ordres Prêcheurs, noix, dattes, a m a n d e s , figues; et, selon les régions, nougats blancs ou noirs, prunes de Brignoles, cédrats confits, papillottes, noisettes, melon d'hiver en forme de ballon de rugby, etc.

D a n s le monde moderne où sévit l'uniformisation des nourritures et la désacralisation des traditions, la table proven- çale est un patrimoine à préserver avec la m ê m e attention que celle qui préside à la préservation de la qualité de la vie.

Pour ceux qui aiment la Provence authentique et non pas son image de dépliant publicitaire, voici la recette de son plat le plus modeste et le plus fastueux : la s o u p e a u p i s t o u .

Pour huit personnes, remplir une marmite de 6 litres d'eau salée et poivrée. Tandis que l'eau bout, faire cuire à part un kilo de haricots frais, puis éplucher et couper en petits morceaux 6 p o m m e s de terre, 6 carottes et 6 courgettes, le blanc de 3 ou 4 poireaux, 300 g r a m m e s de haricots verts, peler 4 t o m a t e s et ôter leurs graines.

Lorsque l'eau bout dans la marmite, y jeter les haricots en grain qui ont déjà c o m m e n c é à cuire dans une autre marmite, ainsi que les tomates, les p o m m e s de terre, les courgettes, et deux brins de sauge. Les poireaux, les haricots verts et quatre poignées de vermicelle seront jetés à leur tour une demi-heure avant la fin de la cuisson.

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