TRAITEMENTS
THERMIQUES
ET
VALEUR
ALIMENTAIRERAYMOND JACQUOT
Laboratoire de Biochimie de la Nutrition du C. N. R. S., Bellevue.
Observations liminaires
( 1 )
Les indications du thermomètre ne sont
qu’une
descaractéristiques
d’un traitement
thermique
donné. Plusieurs autres facteurs sont aussiimportants
que latempérature,
à savoir la durée duchauffage,
les condi-tions de transmission de la
chaleur,
la conductibilitéthermique
duproduit
chauffé et même sacomposition chimique.
Pour être strictement
objective,
notreprésente
étude devraitpré-
ciser toutes les modalités
qui accompagnent
la cuisson des aliments.Cela n’a pas
toujours
étépossible
en raison del’imprécision
de certainesdonnées fournies par la littérature. Du moins pouvons-nous
dégager
lesgrandes lignes
duproblème
etindiquer
le sens de l’effetthermique
surles
principaux
aliments. Mais avant il convient derappeler quels
sontles métabolites à caractère thermolabile.
Les vitamines et les antivitamines
On a
longtemps
accusé la cuisson des aliments - et àplus
forteraison les modes de
chauffage
industriel - de « tuer n les vitamines.Or
l’expérience
montre toutel’exagération
d’une telle créance.Voici,
eneffet,
un tableauemprunté
à CLIFCORNqui
fait lepoint
de laquestion.
( 1
)
Ce texte fait de larges emprunts au travail précédemment publié avec la collaboration deJ. MnTEr et de 0. FRIDENSON (voir bibliographie).
Si nous
ajoutons
que tous les membres ducomplexe
B2, à savoirpyridoxine,
acidespantothénique
etfolique,
vitamine BI2 et AnimalProtein
Factor,
biotine etc..., sontréputés thermostables,
on conviendraque la sensibilité à la chaleur des vitamines tient de la
légende.
En
fait,
seule la vitamine BI est à coup sûr altérée parchauffage.
Mais sa destruction
dépend
de la nature des traitementsthermiques.
Alors que la friture entraîne une
complète disparition,
la cuisson à l’eaune détermine
qu’un léger déficit ;
la cuisson despetits pois
ne faitperdre
que 4 p. ioo de
thiamine,
mais 37 p. 100passent
dans l’eau de cuisson.Cependant,
il faut reconnaître quel’application
de chaleur indus- triellepeut s’accompagner
dephénomènes
secondaires mettant enjeu l’oxygène
ou la lumière et entraîner ainsi despertes vitaminiques.
Ilconviendrait donc d’étudier
systématiquement
la conservation des vita- mines dans tous lesproduits
manufacturés. I,eproblème
a été minu-tieusement étudié en ce
qui
concerne des denrées utilisées en alimenta- tion humaine : conserves animales ouvégétales, jus
defruits,
confiture etc.Ce
point
ne nous intéresse pas directement. Les données relatives auxproduits susceptibles
d’être consommés par le bétail sont, par contre,plus
rares et pastoujours
concordantes.La dessication artificielle des
fourrages
conduit à une meilleure tenuede la vitamine A
(carotène)
que leséchage
naturel. Voici des chiffrespubliés
par ZIMMERMANN :Les céréales font souvent
l’objet
de traitementsspéciaux
dans lebut d’obtenir des
produits biscuités, gonflés
ouexpansés.
Comme ceux-cisont
susceptibles
d’être utilisés dans lerégime
des veaux ou de lavolaille,
il est bon de connaître leur
potentiel vitaminique.
Alorsqu’en boulange
ladestruction de thiamine est faible et
peut
ne pasdépasser
7 p. 100(H ARRE iv
et
col.),
elle estbeaucoup plus
intense lors dubiscuitage
ou del’expansion.
Dans le
premier
cas, un traitementrapide ( 70 secondes)
détermine despertes
de l’ordre de 20à 30 p. 100(H ARREL
etcol.). Quant
àl’expansion,
elle est réellement meurtrière pour la vitamine Bi
qui disparait
en tota-lité
(B OOTH
etcol.).
Il estjuste cependant
de remarquerqu’elle respecte
les facteurs du groupe B2, cequi
confirme leur réelle thermostabilité.Les différents traitements du lait
peuvent également
retentir surla teneur en vitamines. La
pasteurisation
ne touche en rien les vita-mines
A,
B ou D. La seuleperte significative
intéresse la vitamine C dont le tauxpeut
être diminué de 20p. ioo. Encore cette destruction est-elle d’ordrephotochimique (KoN).
La concentration a des effetsplus
graveset détruit
parfois
40 p. 100de la vitamine BI ;l’évaporation
surcylindre
est encore
plus préjudiciable
et la moitié de la thiaminerisque
ainsi dedisparaître.
Il convientd’ajouter
que l’atomisation constitue de cepoint
de vue un réel
progrès.
I,es levures de brasserie ou de distillerie
représentent
unprécieux
aliment pour le bétail. Il est vraisemblable que leur dessication entraîne
une
perte
de thiamine. Mais ils’agit
là d’un malnécessaire,
car les levuresne sont pas alimentaires à l’état frais. Non
seulement,
elles ne sont pasdigérées
sous cetteforme,
maispeuvent
soit causer des accidents dûs à leurpouvoir fermentaire,
soitagir
comme facteurantivitaminique
par suite d’unecompétition
entre leurs besoins propres(qui
continuent à semanifester au cours du transit
intestinal)
et les besoins de l’hôte.Un conclusion de cette courte revue, nous voyons que les traitements
thermiques
ne sont réellementpréjudiciables qu’à
la thiamine. Or cette vitamine n’a designification
nutritionnelle que pour le Porc et la Volaille.Certes,
sa destructionreprésente
ici une diminution dupouvoir
alimen-taire,
mais elle estbeaucoup
moins grave que ne serait celle du carotène,qui
demeure la vitaminemajeure
tant pour lesmonogastriques
que pour les ruminants.Pour
compléter
notre information et faire le bilan desavantages
et défauts des traitements
thermiques
vis-à-vis desvitamines,
il faut mentionner la thiaminase. Cette antivitamine se trouve dans certainspoissons
etpeut
être même dans certaines viandes. Il nes’agit
pas là d’une curiosité de laboratoirepuisque
sa découverte a étéprovoquée
parles accidents causés dans un certain
type d’élevage,
celui du renard à fourrure. La thiaminase constitue un véritable facteur de malnutrition.Or elle est très sensible à l’action de la chaleur
( 1 ) ;
onpeut
considérer la cuisson dupoisson
comme uneopération scientifiquement
basée. Cette notion ne devrait pas être oubliée en ce moment, où de très nombreux industrielss’ingénient
à réaliser desautolysats
depoisson
àpartir
deviscères crues. I,a thiaminase est
particulièrement
abondante dans letractus
gastro-intestinal
et sesglandes
annexes. Onpeut
dès lors se demander si de telsautolysats
neprésentent
pas une action antivitami-nique
et s’il ne serait pas bon de leur faire subir un traitement ther-mique.
Autres principes thermolabiles
Sous cette
rubrique,
onpeut
tout d’abord classer un bon nombre deglucosides toxiques.
Un traitementthermique
estobligatoire
pour les détruire ou enpermettre
l’extraction. I,emanioc,
lelin,
certains Pha- seoluspeuvent
contenir desglucosides générateurs
d’acidecyanhydrique.
( 1
) Il est juste de signaler l’existence de thiaminases végétales à caractère thermorésistant, comme
les antivitamines de la fougère et des céréales.
Cet inconvénient
disparaît après
ébullition ou tout autreapplication
dechaleur. Le colza renferme des
glucosides générateurs d’isosulfocyanate d’allyle
et de crotonine. Pourdétoxiquer
ce tourteau, il faut entraînerpar la vapeur les sénévols
volatils,
doncprocéder
à une cuisson. Le coton estréputé
contenir dugossypol,
mais cetoxique
est engrande partie
éliminé au cours de l’extraction de l’huile et le
d-gossypol
des farines de cotondélipidées
neprésente
pas dedanger.
Nouspourrions
aussi men-tionner
l’exemple
del’hémolysine, également
détruite par lechauffage.
Mais nous ne saurions nous attarder sur ce
problème
essentiellementtoxicologique.
Plus réellement alimentaire est le
problème
duphosphore phytique.
Les
phytates,
sont trèslargement représentés
dans le mondevégétal
etparticulièrement
dans lesgraines
à aleurone. I,’acidephytique agit
comme un déminéralisant en insolubilisant le calcium et le fer des ali- ments. Sa
présence
dans la rationpeut
donc réaliser des étatscarentiels,
tout au moins chez les
monogastriques.
A vrai dire le mécanisme anti- calcifiant de l’acidephytique
est encore bienobscur,
comme lesouligne
une revue récente de
GUILLEMET, JACQUOT
et TRÉMOLIÈRES. Mais l’im-portant
est que les traitementsthermiques
soientsusceptibles d’hydro- lyser
l’acidephytique
en inositol et acidephosphorique, empêchant
ainsila formation de
phytates
insolubles. C’est ainsiqu’on
ne trouveplus
trace d’acide
phytique
dans le bléexpansé (BooTH
etcol.).
Sur le
plan général,
on voitqu’il existe, parmi
lesprincipes
thermo-labiles,
des métabolites efficaces et des facteurs demal-nutrition ;
c’est dire que les inconvénients duchauffage
ledisputent
auxavantages.
Ce bilan ainsidressé,
nous pouvons aborder l’influence propre des traitementsthermiques
sur lesprincipaux
aliments.Les pommes de terre
Ces tubercules constituent avant tout un aliment
énergétique
aumême titre que le manioc. Mais alors que l’amidon de manioc est
parfai-
tement
digestible
à l’état cru, la féculeexige
une cuisson pour être biendigérée.
Des mesures faites sur le Ratpermettent
d’attribuer un CUD de moins de 5o à la fécule crue contre9 8
auproduit
cuit. Ces différencesse retrouvent chez le Porc ; en outre la fécule crue provoque de graves accidents intestinaux. Il y a donc un
avantage
certain à utiliser la pomme de terre sous la forme de farine autoclavée(flocons).
La résistance a.uxsucs
digestifs
de la fécule crue est difficilementinterprétable.
Onl’explique cependant
eninvoquant
unetrop
hautepolymérisation
que réduit la cuisson aussi bien que l’ultra-mouture(S UTRA ;
LEVY etJACQUOT).
Cet
exemple
est le seul que nouspuissions
citerquant
aux effets dela chaleur sur l’utilisation des
hydrates
de carbone. Eneffet,
dans tousles autres cas, les traitements
thermiques
ne semblent pas influencer dans un sensquelconque
lesaptitudes
alimentaires des sucres ou des amidons. Cela semble certain pour la chaleur humide etprobable
pour la chaleur sèche. Nous n’enpossédons
pas la preuveexpérimentale,
maisil
paraît
vraisemblable que les caramels sont aussi «énergétiques
» que les sucres dont ils dérivent. Nous disons caramels et noncharbon,
cartout excès
thermique
conduit à lacarbonisation,
donc à laperte
dupouvoir
alimentaire.Tout ce
qui
va suivre concernera donc l’influence(très paradoxale)
de traitements
thermiques
sur l’efficacitéprotidique.
Les farines de tissus animaux
l,es
répercussions
des traitements industriels subis par les farines depoisson
ont étépassées
en revue par CREAC’H lors du dernierCongrès
du Poisson
(Paris 1050 ).
Nous croyons que ses conclusionspeuvent éga-
lement intéresser les farines de viande et de sang.
Tout un ensemble
d’expérimentateurs
a démontré la sensibilité ther-mique
desprotides
dupoisson.
Pour des farines de mêmeorigine
la hiéar-chie de l’efficacité
protidique
et de ladigestibilité peut
s’établir schéma-tiquement
dans l’ordre décroissant suivant :On sait d’autre
part
que les farinespeuvent
êtrepréparées
par voiesèche ou par voie humide
(avec
cuissonpréalable
etpression
destissus).
Il semble que l’azote des farines obtenues par voie humide soit
plus
effi-cacement utilisé que celui des
produits
de mêmeorigine
obtenus par voie sèche. Voici unexemple portant
sur la farine de déchets de Haddock :A
première
vue, onpourrait
s’étonner de ce que la cuisson améliore l’efficacité desprotides
dupoisson,
alors que les traitementsthermiques
ultérieurs s’avèrent d’autant
plus
nocifsqu’ils
sontplus
intenses. Y a-t-il dans ce cas une sorte de dualité dans les effets du
chauffage :
bénéficejusqu’à
un certain seuil detempérature, perte
au delà ? Il n’en estrien,
car les différences observées zza vivo entre farines par voie sèche ou par voie humide ne sont
pas imputables
à lacuisson,
mais au pressage.Dans les farines de déchets
préparées
par voie humide lepourcentage
d’azote extractif n’est que dezo, à z 5
p. ioo, au lieu de 20 à 25 p ioo, dans lesproduits préparés
par voie sèche. I,e passage à la presse débarrasse la farine d’uneimportante
fraction d’azote soluble. Or, cette forme d’azotepossède
une efficacitéprotidique
inférieure à celle de l’azote insoluble : la VB est en effet de 34 pour les formes azotéessolubles,
contre 97 pour l’azote fixe. Autrement dit latechnique
par voie humide valorise leproduit
final par élimination d’azote « inférieur ». Ce raisonnement sedéfend,
mais il n’en reste pas moins que la cuisson et le pressage entraî- nent uneperte
sèche d’azote et devitamines,
toutparticulièrement
enfacteurs de croissance du groupe Animal Protein Factor. La méthode dite par voie humide
comporte
donc desavantages
et desinconvénients.
Nous ne sommes pas en mesure d’en adresser le bilan exact.
Dans la
pratique,
la sensibilitéthermique
desprotides
dupoisson
a des
répercussions
certaines etpeut,
à elleseule, expliquer
les différences de rendement entre deuxproduits
de mêmeorigine.
Voici unexemple emprunté
à MnrrrmrrG et HONCAMP etqui
intéresse le Porc :Une conclusion
s’impose
donc : pour obtenir une bonne farine depoisson
dont la fractionprotidique
auraperdu
le minimum dequalités,
il sera
toujours indiqué :
D’opérer
àtempérature
aussi basse qz-cepossible. L’expérience
montreque les
températures com!vises
entre 85 et 1050 constituent despoints
criti-ques à
ne!as dépasser
seloytl’origine et
la nature dat matérieltraité;
D’écouvtev le
plus possible
lestemps
dechauffe.
La
perte
d’efficacitéprotidique qu’entrainent
les traitements ther-miques
excessifss’expliquent,
dans le cas dupoisson
comme dans celuide nombreux autres
aliments,
par une baisse simultannée du CUD et de la VB(voir
le tableauprécédent).
Que
desopérations, qui
modifientprofondément
la naturephysico- chimique
desprotides,
interviennent dans les processus del’attaque diges- tive,
rien n’estplus
facilement concevable. Mais cequi
l’estmoins,
c’estque l’action de la
chaleur,
tantôt facilitel’hydrolyse enzymatique,
tantôtlui nuit.
Car,
par la suite nous verrons des cas où les traitements ther-miques
améliorent ladigestibilité,
alorsqu’en général
ils la diminuent.Aussi est-on réduit à admettre que, selon la nature des
protides,
la déna-turation
thermique
entrave ou favorise l’utilisationdigestive.
Cela n’ex-plique
rien.Quoi qu’il
ensoit,
lesprotides
dupoisson
semblent d’autantmieux
digérés qu’ils
ont été moins cuits.Quant
à la ValeurBiologique,
elle traduit enquelque
sortel’équilibre
des aminoacides. Il faudrait donc admettre que le
chauffage
détruit cer-tains essentiels dans les
protides
dupoisson.
Nous discuterons cettehypo-
thèse à propos du lait. Disons de suite
qu’elle
n’est pas fondée : iln’y
apas
disparition,
maisindisponibilité,
ce que lesAnglo-Saxons appellent
«
inavailability ».
Dans lepoisson,
c’est lalysine qui
est en cause : aucours du
chauffage
il sedéveloppe,
soit une forme résistante aux enzymes, soit des anomalies dans les liaisonspeptidiques.
Il en résulte que lepois-
son chauffé
apparaît biologiquement
comme déficient enlysine
et cettedéficience
explique parfaitement
la baisse de la VB. Cettehypothèse reçoit
confirmation du fait quel’extra-lysine supplémente beaucoup plus
efficacement une farine depoisson
surcuitequ’un produit préparé
à basse
température. D’ailleurs,
nous verrons que l’altération de lalysine
au cours du
chauffage
desprotéines
n’est pas un caractèrespécifique
des farines de
poisson,
mais unphénomène
d’uneportée générale.
Les produits laitiers
Il est certain que l’efficacité
protidique
du lait est diminuée parchauffage.
C’est ainsi quel’autoclavage
inhibe lesaptitudes
à lacroissance, qu’il s’agisse
de lapoudre
de lait(V OEGTLIN
etT HOMPSO rr), de
la caséine(Me
COLLUM avec le Rat ; GEILING avec laSouris)
et de la lactalbumine(C H
icK
etcol.).
Ces derniers auteurs ont d’ailleurs démontré que la chaleur sèche semblait moins nocive que la chaleur humide.Cette sensibilité n’a
cependant
pas de grossesrépercussions
dans lapratique
alimentaire. Iln’y
a, eneffet,
aucune commune mesure entre les traitementsthermiques
réalisés au laboratoire et ceux en usage dans l’Industrie Laitière : dans lepremier
cas on faitappel
à des cuissonsprolongées :
72 heures à 112° ou 66 heures à i5o&dquo; enatmosphère sèche ; autoclavage
d’au moins i heure. Toute autre est latechnique
industrielle : dans leséchage
surcylindres (Roller Process)
latempérature
du laitne
dépasse
pas I IO à i2oo et celapendant quelques secondes ;
dans l’ato- misation(Spray Process)
le brouillard de lait est immédiatement séché.Seule la concentration
peut comporter
desopérations
relativement lon- gues. Donc, apriori,
les laits industriels semblentprotégés
contre toute altérationd’origine thermique.
C’est ce que prouve
l’expérience.
HENRY etcol., comparant
3types
de laits(concentré, atomisé,
séché surcylindres) préparés
àpartir
d’unmême lait
frais,
aboutissent aux conclusions suivantes :- les deux laits secs ont une même
digestibilité,
par contre celle- ci est abaissée pour le laitconcentré ;
- la VB des 3 échantillons est
identique ;
- la valeur de croissance pour le Rat est
identique
dans tous les cas.On admet que la dessication industrielle du lait n’est
préjudiciable qu’en
cas
d’opération
mal conduite. Dans un lait surchauffé au cours du traite- ment surcylindres,
FAIRBANKSet MITCHELL ont, eneffet,
noté une baisse de la VBatteignant
30%.
Bien que le
sujet
sorte du cadre de cetteétude,
il fautparler
ici del’importance
du facteurtempérature,
nonplus
au cours du traitementdu
lait,
maispendant
la conservation des laits secs. Des échantillonsentreposés
à3 6- 47 ° pendant
60jours
accusent une diminution considé- rable de l’efficacité de croissancequi
diminue deprès
de 50%
et de la VBqui
tombe de85
à65.
I,’ensemble des faits conduit aux conclusions suivantes :
Les traitements
thevmiques
n’amélioventjamais l’efficacité
desprotides
du
lait ;
unchauffage
intense l’altèrecoszsidévablement ; cependant
lestechniques
industvielles bien conduites neprésentent
aucunement cet incon- vénient.La
température
de conservation du lait sec a unegvande importance
et 1!n
entveposage
à 40° diminuefortement
sa vale2cvprotidique.
A noterque cette altération
s’accompagne
d’uneperte
de solubilité et demodifications
dans La
répartition
de l’azote et le taux des sucres descéna!ses.
Bien que sans
répercussions
dans le domainepratique,
la sensibilitéthermique
desprotides
du lait pose un intéressantproblème théorique qui
a étéparticulièrement
bien étudié. Nous en décrivons l’évolutionqui
pourra servir
également
de démonstration dans d’autres cas.Dans ses essais
d’autoclavage
de lacaséine,
Miss CHicK observe que laperte
d’efficacitépeut s’expliquer
à la fois par une chute du CUD(de
93 à73 )
et une baisse de la VB(de 6 4
à44 ).
Nous avons dit comment il fallait
interpréter
la diminution dedigestibilité :
dénaturation desprotides
et inhibitionpartielle
del’attaque enzymatique.
En cequi regarde
la VB, voici comment on est arrivé à la notiond’indisponibilité
d’un aminoacideindispensable.
On
peut
restituer à la caséine chauffée son efficacitépremière
en lasupplémentant
avec del’extra-lysine (G REAVES ).
Il était alors naturel de penser que lechauffage
détruisait lalysine
au même titre quel’hydro- lyse
acide détruit letryptophane.
Il n’en est rien car, par méthode chi-mique,
on trouve la mêmequantité
delysine
dans la caséine crue ouautoclavée
(BLOCK
etcol.).
Mais destechniques plus
nuancées que l’ana-lyse chimique,
à savoir ledosage
par lalysine-décarboxylase
ou la micro-biologie quantitative,
ont montré que cettelysine,
bien queprésente,
ne
pouvait plus
être testée et semblait enquelque
sortemasquée.
Elleest devenue
indisponible
et ainsi aperdu
tout rôlemétabolique.
Nousavons
déjà
mentionné les raisonsproposées
pourexpliquer
cephéno-
mène : le
chauffage
faitapparaître
de nouvelles liaisonspeptidiques
résistantes à
l’hydrolyse enzymatique,
rendant lalysine
inutilisable.C’est à une
hypothèse
voisine que fontappel
HENRY et col. pourexpliquer
l’altération de lait sec conservé à 400 : « les modifications semblent
dues,
en
partie,
à une réaction de MAyr,ARD entre les groupesaldéhydiques
des sucres réducteurs et certains groupes aminés
libres, parmi lesquels
on sait que
figurent largement
les groupes 1-aminés de lalysine
».Les fourrages deshydratés
I,a dessication artificielle des
fourrages,
notamment de laluzerne,
est un
sujet
à l’ordre dujour.
On trouve dans la littérature de nombreuxrenseignements
d’ordretechnique
etéconomique
surl’appareillage (sé-
choirs
électriques,
àinfra-rouge etc...),
mais relativement peu de donnéessur la valeur nutritionnelle du
procédé.
Lamajorité
desexpérimentateurs
s’est intéressée au sort du carotène et nous avons
déjà mentionné,
de cepoint
de vue,qu’une
dessication artificielle bien conduite estpréférable
à l’action lente du soleil.
Depuis quelques
annéescependant,
on s’estpenché
sur l’efficacitéprotidique.
I,’ensemble des travaux admet que les traitementsthermiques
nuisent à cettedernière,
mais nous n’avons pu trouver decomparaisons systématiques
entrefourrage
frais et desséché.Nous ne ferons état que d’un intéressant travail de ZrMM!RMarrN
qui
acomparé
l’influence des facteurstempérature
et durée sur l’efficacité pro-tidique
de la luzernedéshydratée.
Voici ses résultats bruts :On admet
que l’efficacité protidique
se chiffrepar CUD X VB .
Elle eOn admet que l’efficacité
protidique
se chiffre parzoo
Elleest abaissée à la fois par l’intensité du
chauffage
et par sa durée.Jouant
sur ces deux
paramètres,
l’auteur pense que l’élévation de WC dans uneéchelle allant de z3o! à 1700 est
beaucoup plus
néfastequ’une
augmen- tation de la durée de chauffe de i minute dans une échelle allant de 15à 60 minutes :
soit,
comme terme debase,
une efficacité de 27,47( I30
° / 15
minutes),
touteaugmentation
de 10 et de i minute détermineune baisse de
o,qo 4 8. Mais,
dans cetteperte,
70 p. 100 sontimputables
au facteur
température
et 30 p. 100 seulement au facteur durée.La conclusion
qui
ressort de cette étude estqu’il
vaut mieux dessécher laluzerne,
enaugmentant
la durée du traitement que l’intensitéthermique.
ZrMM!RMANrr n’a pas recherché
systématiquement
les causes res-ponsables
de la diminution de la VB, mais il pensequ’une
action surla
cystine,
facteurlimitant, peut
êtreinvoquée.
Les céréales
I,e
comportement
des céréales vis-à-vis duchauffage
est curieux ence sens
qu’il
y aparfois
amélioration de la valeuralimentaire,
tantôt diminution.Traitements
thermiques
neutres oufavorables
I,a cuisson à l’eau diminue un peu la
digestibilité,
mais augmenteparal-
lèlement la VB. Elle n’a donc pas d’effet sur l’efficacité
protidique globale.
Le
cc parching »,
cuissonrapide
dugrain
dans le sable humide chaud(
2
à 3 minutes ài3o!),
améliore à la fois l’utilisationdigestive
et la ValeurBiologique :
La cuisson
rapide
en autoclave(r5
minutes à120 0 )
suivie d’un brefcylindrage
renforce l’efficacitéprotidique
des céréales. ROUSIER accorde aublé ainsi traité une
plus-value
de 25p. 100par rapport
à la farineboulangère.
M
ATETet col.
enregistrent
les mêmes résultats avec leurs flocons de blé.De même une
technique
décrite par STEWARD valorisesignificativement
l’avoine.
Le
« parching
améliorant ladigestibilité,
oncomprend
son effet surl’efficacité
protidique.
Les choses sontplus
subtiles dans le cas desflocons,
c’est-à-dire des céréalesautoclavées-cylindrées.
Eneffet,
Rou-SIER
, comme MATET,
enregistrent
des CUDidentiques
avec le blé cruou floconné. Le fait est à
rapprocher
des observations faites avec les pro- duits soumis à l’ultra-mouture. Celle-ci améliore nettement le rendementalimentaire,
sans bénéficeparticulier
pour ladigestibilité (Jnc Q uoT).
On admet alors que l’éclatement des membranes
cellulosiques permet
aux sucs
digestifs d’attaquer
le contenu de certaines cellulesqui,
commedans l’assise
protéique,
est enfermé dans unpetit
coffre-fort infracturable.On sait en effet que les
monogastriques
excrètent en nature l’assise pro-téique
dugrain
ou du son, alors que celle-ci estparfaitement
assimiléeaprès
éclatement desparois
cellulaires. Le bénéfice de l’éclatement estdonc
qualitatif
et nonquantitatif.
Ilporte
sur la ValeurBiologique
etnon sur le taux d’utilisation
digestive.
Defait,
GUILLEMET etJACQUOT
ont montré que la rétention azotée ou
phosphorée
était trèssupérieure
dans un
produit désintégré
sur abrasif que dans une farine meunière ordinaire. Admettons donc la mêmehypothèse
en cequi regarde
lesflocons obtenus par
procédé thermique :
leur efficacité est accrue parce que leur structure interne est détruite et rompues lesparois cellulosiques.
Traitement
thermique
et ultra-mouture auraient donc ici la mêmesigni-
fication
nutritionnelle,
à savoir la libération de métabolitesnobles,
inu- tilisables dans les céréales en nature.Traitements
thermiques défavorables
I,orsqu’un
traitementthermique
s’avère favorable auxcéréales,
nous pensons donc
qu’il s’agit plutôt
d’unphénomène
secondaire(la rupture
desparois internes)
que de l’action propre de la chaleur. Eneffet,
tout
porte
à croire que celle-ci estpréjudiciable
à la valeurprotidique
des céréales. C’est ainsi que
l’application
de chaleur sèche en vue degriller,
biscuiter ou
torréfier,
conduit à uneperte
d’efficacité. Il est bien connuque la croûte du
pain
est un moins bon aliment azoté que la mie(P FAN -
NEST
iEi< et
S AI , OMON ).
De même, les observations de MORGANsoulignent
l’infériorité des céréales chauffées à sec :
La
perte
d’efficacité de croissancecorrespond
à une double diminu- tion des CUD et de la VB, ainsi que le montrent les valeurs suivantes :M
ATET et col. ont établi le
parallélisme
entreperte
del’aptitude
à la croissance et intensité du traitement
thermique :
De toutes les
opérations industrielles,
laplus
nuisible semble être celle del’expansion.
Lapréparation
desproduits expansés, c’est-à-dire, gonflés
ousouflés, comporte
une cuisson sous très fortepression
suivied’une
décompression
brutale. Lesspécialités,
dites « àbreakfast », qui
en résultent
présentent
desaptitudes protidiques
très amoindries.D’après
STEWARD et
col.,
une céréale « gunexpoded
» a une efficacité diminuée de 70 p. ioo, une avoine «puffed
» aperdu
80p. ioo de sesqualités
azotées.Les
résultats de MURLIN et col. sur blé « inflated oupuffed
» sont tout aussiéloquents.
Une étude de MiTCH!r.!, et BLocKapporte
desprécisions
sur l’effet propre de
chaque
stade industriel :La seule cuisson diminue la
digestibilité
sans altérer la VB, alors quel’expansion (gun explosion)
provoque un nouvel abaissement des CUD et diminue considérablement la VB.La conclusion
pratique est qu’il
est loisible d’utiliser certainstypes de
cuisson industrielle des céréales en vue de
préparer
des alimentsspéciaux
comme les «
calf and
chick starters ». Mais on devra choisir des traitements relativementmodérés
comme la mise enflocons
et écarter lestechniques
bru-tales de
biscuitage
oud’ex!ansion.
La
perte
d’efficacité des céréalesgrillées
ouexpansées s’accompagne
d’une baisse
significative
de ladigestibilité
et de la VB. Il semble que lesprotides
de céréales secomportent
vis-à-vis de la chaleur comme la caséine : bien que ledosage chimique
ne montre aucune modificationnotable,
tel ou tel aminoacide serait renduindisponible.
Uneexpérience
de BLOCK et col.
permet
de penserqu’il s’agit toujours
de lalysine.
Lebiscuitage
faitperdre
au « cake » touteaptitude
à la croissance du Rat, or lasupplémentation
par lalysine
restaure la valeurprotidique
initiale.Les haricots
Le haricot cru ne
possède qu’une
très médiocre valeurprotidique :
administrée comme
unique
source azotée durégime,
cettelégumineuse
ne
permet
ni lacroissance,
ni l’entretien du Rat et détermine des chutes depoids rapidement
mortelles(Me
COLLUM etcol. ; JoHrrs
etFrrrxs ; JACQUOT
et RousiERetc...).
Le fait estpatent
pour toutes lesespèces botaniques
du genre Phaseolus :vulgaris, lunatus, angula y is
etc... On leretrouve
également
pourVigna
sinensis ouDolique mongette. L’appli-
cation de chaleur améliore ici le rendement
alimentaire ;
mais il convient de noterqu’une simple cuisson,
au sensménager
du terme, ne suffit pas pourdévelopper
le maximum de valeur alimentaire. Eneffet, T ERROINE
et VALLA écrivent : o nous n’avons
jamais
réussi à donner au Porceletune alimentation dans
laquelle
la farine de haricot biencuite,
seule sourceprotéique,
introduisait 8 g d’azote parjour,
sans provoquer à très bref délai de graves troublesdigestifs
».JACQUOT
et ROUSIERont fait la même observation avec le Rat. Au contraire uneapplication
de chaleur indus-trielle,
commel’autoclavage
suivi decylindrage,
améliore considérable-ment l’efficacité
protidique
et le haricot ainsitraité,
ou haricotéclaté,
devient un bon aliment azoté. C’est ce
qui
ressort desexpériences
deJACQUOT
et ROUSIER utilisant latechnique
desrégimes
alternés :On voit que tout le bénéfice
porte
sur ladigestibilité :
c’est la mauvaise utilisationdigestive
du haricot cruqui
conduit à un déficit d’azote.I,a valeur azotée de cette
légumineuse
est ainsi limitée par deuxfacteurs :
une carence en aminoacides soufrés
qui peut
êtrecorrigée
par lasupplé- mentation,
une résistance desprotides
àl’hydrolyse enzymatique qui peut
être neutralisée par un traitementthermique judicieux.
Des re-cherches in vitro ont d’ailleurs confirmé que la
phaséoline isolée, principal
constituant azoté des
haricots,
n’est pasdigestible
à l’état cru, mais ledevient
après chauffage.
Voiciquelques
observations de WATERMAN etJ
OHNS
sur cepoint:
1En résumé : la médiocre utilisation
digestive
desprotides
de haricotà l’état cru entraîne des bilans azotés
négatifs qui,
à euxseuls, justifient
les
pertes
depoids
vif. Unchauffage
dutype
de celui utilisé pour l’obten- tion desproduits
éclatéspermet l’attaque diastasique
desprotéines
deharicot et leur bonne assimilation. Ce bénéfice
pourrait
vraisemblable-ment
s’interpréter
par une dénaturationportant
sur lesponts
soufréset la transformation des groupes SS en groupes SH. A côté de ce
phéno-
mène
général,
il fautrappeler
que certains haricots contiennent despoisons
thermolabiles et sontdétoxiqués
par la chaleur. C’est le cas pour Phaseolus lunatusqui
renferme desquantités parfois
élevées d’acidecyanhydrique
et pourquelques
Stizolobium àdihydroxyphénylalanine.
Les pois
Comme le
haricot,
lepois
est caractérisé par une déficience en acides aminéssoufrés,
notamment enméthionine ; mais,
contrairement au hari- cot, lepois
ne gagne aucunement a être chauffé. C’est ainsi que l’auto-clavage
et leblanchîment, qui
valorisent considérablement les diversPhaseolus,
altèrent l’efficacitéprotidique
de Pisum sativum.Quant
aupois éclaté,
c’est-à-dire autoclavé etcylindré,
il faut utiliser un traite- ment trèsménagé
pourrespecter l’aptitude
alimentaire et tout excès de chauffe est néfaste.Voici,
sur cepoint, quelques
résultats de Br,AISOT etJACQUOT :
1Un
autoclavage
de i heure fait baisser des deux tiers la valeur de croissance dupois
pour leRat ;
cet inconvénientdisparaît
en réduisantle
temps d’autoclavage
à i5minutes. Dans ces conditions leproduit
natu-rel n’est
pratiquement
pasaltéré,
mais il n’est pas nonplus
amélioré.Le
pois
chiche(Cicer arietinum)
secomporte
vis-à-vis duchauffage
indus-triel exactement comme le
pois
rond : actioninsignifiante
de l’autocla- vagemodéré,
effondrement del’aptitude
à la croissance pour un auto-clavage plus long.
Les lentilles
Malgré
la créancepopulaire,
les lentilles nereprésentent qu’un
ali-ment assez médiocre. Elles ont à leur actif une haute teneur en azote ; par contre leur utilisation
digestive
et leur ValeurBiologique
sont rela-tivement basses
(TE RROIN E
etVA I ,I, A ; B I ,A ISO T ;
STRUMPELLetC...),
Ces
défauts,
d’ordrequalitatif,
sont encoreplus
manifestesaprès appli-
cation de chaleur.
Car, malgré
les conclusions deJ ONES
et MURPHY,nous estimons avec BI,AISOT que les
techniques
usuelles d’éclatement rendent la lentillecomplètement inapte
à la croissance du Rat. Commeavec les différentes
espèces
depois,
onpeut,
en réduisant la durée et lapression
del’autoclavage,
obtenir lesavantages pratiques
des aliments tout-cuits sans diminuer sensiblement la valeurnutritive, mais,
mêmeainsi,
ladigestibilité
azotée est abaissée. Onpeut
doncsauvegarder
aumaximum les
qualités
de l’alimentnaturel,
mais on ne saurait les amélio-rer par le
chauffage.
Ainsi,
troistypes
delégumes,
de mêmeorigine botanique,
de mêmedésignation diététique,
à savoir lesféculents,
secomportent
très diffé-remment vis-à-vis des traitements
thermiques : le
haricot seul est nettement amélioy
é
par
uneapplication de
chaleurindustrielle,
alors que lespois
oules
lentilles,
traités de mêmef açon,
accusent uneefficacité
sensiblement diminuée.Les traitements
thermiques
liés à l’extraction des huilesJusqu’ici
les traitementsthermiques
des aliments étudiésprésen-
taient un caractère subsidiaire : le