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Début 3, Noctis

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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—... Les humains vivent depuis dans les plaines et les déserts. Ils ont été abandonnés par les lunes à cause de leur cruauté. Ne cherchez donc jamais à les rencontrer et priez les astres lunaires de ne jamais devenir comme eux, termina le kana avant de se lever, les pans de sa cape sombre s’enveloppant autour de lui, lui donnant un air mystique qui subjuguait les jouvenceaux assis sur les ramifications des arbres près de lui.

Un claquement de langue improbateur se fit entendre.

— Wenriwam Kana’Sera, cessez dont d’effrayer les enfants et les neil avec vos légendes. Ils doivent préparer la fête d’Efrengar comme nous tous.

— Il faut pourtant que je m’exerce pour cettedite fête, et j’ai pour cela grand besoin de spectateurs, Quenia Feil'Yara, répliqua le vieil elfe.

— Vous êtes un excellent conteur, répondit poliment l’elfe posée sur une branche de

thuya, et vous avez eu de nombreuses occasions de vous entraîner déjà, si je puis me permettre, Wenriwam Kana'Sera. De plus, il me semble que votre institution est depuis longtemps achevée, aussi vous demanderais-je de bien vouloir laisser ces jouvenceaux vaquer à leurs obligations, dussé-je vous supplier. Hors que l’un de ceux-ci ne fût votre hoir, Kana’Sera.

— J’ignorais que mes auditeurs ont tant à faire. Je me suis autorisé à croire qu’ils fussent

suffisamment responsables pour accomplir leurs tâches avant de venir se divertir auprès d’un vieillard tel que moi, mais il apparaît que j’eusse eu tort, fit le kana, omettant ostensiblement de relever le

commentaire au sujet d’un successeur.

Yrenin Neil fut le premier à quitter l’endroit. Il bondit de branche en branche avec la légèreté d’un écureuil, ses appuis vibrant doucement derrière lui. Puis, après un dernier saut, il atterrit sur l’herbe tapissée de feuilles, branchages et champignons avec la grâce d’un félin; ses cheveux noirs claquant dans son dos. Il s’élança sans attendre sur les empreintes fraîches de sa proie. Tout en scrutant les traces de ses yeux bleutés, il fit glisser son arc de son épaule et prit un trait dans son carquois. L’arme de jet était en bois d’if orné de motifs elfiques. La flèche, quant à elle, était soigneusement équilibrée et sa pointe de pierre taillée était dangereusement affûtée.

L’elfe plaça de sa dextre l’extrémité sertie de plumes du projectile contre la corde tressée, puis, s’aidant de sa main libre, grimpa dans un feuillu avant de s’accroupir sur une branche située à près de deux demoa du sol. Il tendit la corde, puis se tourna vers l’endroit où il savait que se tenait sa proie pour constater avec étonnement qu’il s’agissait d’un équidé à la robe morelle. Un pégase, qui plus est. À la réflexion, le terme « étonnement » était un euphémisme.

Yrenin Neil relâcha la tension de l’arme à double courbure, puis rangea le trait avant de sauter sur une branche plus basse qu’il utilisa comme tremplin pour sauter au sol où il s’agenouilla, son front contre le sol.

— Pardonnez mon ignorance, ’Sera, implora-t-il avec déférence.

Le solipède parcourut la distance qui les séparait sans qu’un instant l’elfe ne songeât à se relever ou ne supposât qu’il fût possible que le cheval ailé eût ignoré qu’il l’avait pris pour cible. Il était certain que le sama le chasserait de la communauté s’il apprenait qu’il avait osé pointer une arme vers un messager d’Ogrenfar, la lune dorée.

Le pégase posa ses naseaux sur la tête de l’elfe et souffla doucement. Ce dernier écarquilla les yeux en sentant les pensées du messager d’Ogrenfar effleurer les siennes. Il s’attendait à ce qu’il fût fâché et, certainement pas à ce qu’il liât son esprit au sien, ou du moins, à ce qu’il ne le fît dans un autre but que

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celui de l’asservir. Il ne lut pourtant que de l’amusement chez l’être céleste, accompagné d’une certitude : ce pégase était son alter ego, son compagnon d’âme.

Finalement, il était peu probable que le sama ne l’expulsât de la collectivité. Le neil, ou peut-être feil, se redressa lentement.

Yrenin Feil'Miry. Feil, donc.

Plus que des mots, ces paroles songées par l’envoyé astral furent transmises à l’esprit de l’elfe. C’était la première fois qu’on lui transmît des mots à travers ce lien d’esprit à esprit. Il arrivait que des elfes créassent un tel lien pour mieux exprimer leurs émotions ou même pour partager des souvenances composées d’images, mais jamais des mots.

Uery ’Miry, pensa l’elfe. Sans savoir comment, il était certain qu’il s’agissait du nom de son alter ego. Le pégase secoua son abondante crinière frisée, puis battit de ses puissantes ailes et s’envola en silence dans la nuit, laissant un alter ego un peu hébété. Celui-ci attrapa au vol une plume que Uery eût laissée derrière lui. Il la fit tourner d’un air songeur entre ses doigts. Yrenin ne comprenait pas le comportement de son désormais compagnon d’âme. Selon les traditions, il eût dû être accueilli dignement dans la communauté, prouvant ainsi que l’elfe fût devenu feil.

À l’instar de son alter ego quelques instants plus tôt, il secoua la tête et ses cheveux le frappèrent au visage, brillant d’une nuance particulièrement bleutée sous le regard d’Efrengar, qui était presque pleine. Puis le jeune elfe couru de son pas léger vers l’arbre le plus près, dans lequel il entreprit ensuite de se faire un chemin jusqu’au sommet. Il s’assit sur l’une des plus hautes branches et ferma, se recueillant afin de déterminer ce qu’il lui fallait désormais faire.

Il se redressa un peu plus tard et, dans le même mouvement, sauta, les mains tendues devant lui. Il accrocha une autre branche près d’un demoa plus bas sur laquelle il se donna une impulsion qui lui permit de prendre appui sur la suivante. Il progressa ainsi, vif et léger, jusqu’à l’arbre qui le logeait. Il s’agenouilla au pied de celui-ci et se recueillit quelques instants, appuyant son front contre l’écorce rugueuse pour s’imprégner de la sagesse centenaire qui s’en dégageait, puis il grimpa le long du tronc avec l’agilité d’un félin.

À plus d’un demoa du sol se situait une petite plateforme de bois mort basée sur les ramifications du végétal. L’elfe s’arrêta sur celle-ci et sortit de la plateforme un rouleau d’écorce qu’il déroula puis dont il accrocha les extrémités aux branches afin de conserver sa chaleur tout en se coupant du vent. Il retira son arc, son carquois, la large bande de tissu tressé qu’il portait à l’instar d’une ceinture — et donc les fourreaux des lames jumelles qui y étaient ceints —, sa tunique et son pantalon. Tous ses vêtements étaient faits de fibre végétale et donc d’un blanc jaunâtre presque beige. Yrenin Feil se coucha, observant les étoiles grâce à une mince fente qu’il y avait entre deux morceaux d’écorces.

Il dormit environ six merïa avant de se rhabiller et de rouler l’écorce. Il noua une corde de cuir attachée à l’arbre à une petite ganse sur sa ceinture, puis se laissa tomber. La friction faisait siffler le cuir, mais le feil savait qu’il eût tenu le coup. Il se réceptionna souplement, puis partit à la recherche d’Uery.

Pourquoi être venu ici, Yrenin Feil'Miry? questionna l’envoyé astral de sa simple pensée

Car la tradition veut que tu devinsses un membre de la communauté, Uery ’Miry. Tel est le pacte conclu au début des temps, répondit poliment son compagnon d’âme de la même façon.

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Tu es bien jeune pour faire référence à cette époque qu’aucun membre de ton espèce n’a connue, ’Miry, répondit mentalement le pégase qui sembla un brin agacé à Yrenin. Mon espèce n’a pas accepté ce contrat.

L’elfe écarquilla les yeux de surprise.

Mais comment expliquez-vous, dans ce cas, que nous fussions compagnons d’âme?

Je ne l’explique pas. Quelle ennuyante manie les elfes ont-ils de chercher à tout comprendre et tenter de tout expliquer!

De toute évidence, cela irritait (exaspérait peut-être même) Uery. Si le messager astral ne comprenait pas pourquoi il était son alter ego, alors nul ne le pourrait si non les dieux eux-mêmes.

Tiens-tu vraiment à ce que je me présente à ces el...?

Surpris que le pégase ne terminât pas sa pensée, Yrenin pivota sur ses talons afin de voir ce qui avait pu provoquer l’interruption, puis compris : se tenait devant lui un enfant à la bouche béante.

— Ferme la bouche, si tu ne veux pas que ta mâchoire ne se décroche, petit, lâcha Yrenin d’un ton ennuyé.

Le jeune elfe s’exécuta, puis comme si ça avait mis fin à son mutisme, il se mit à bombarder le feil de questions.

— Est-ce que le pégase peut parler? Est-ce que tu le connais depuis longtemps? Est-ce qu’il peut vraiment voler? En portant quelqu’un? Comment est-ce qu’il s’appelle? Pourquoi es-tu avec lui? Est-ce qu’il est ici pour parler au sama? Aux keils? Depuis combien de temps est-il ici?

Le garçon prit une pose pour reprendre son souffle et Yrenin en profita pour répondre

— Non. Non. Oui. Je ne sais pas. Uery. Parce qu’il est mon alter ego. Non. Non. Depuis au moins huit merïa.

— Qui est-... Ton alter ego?! s’étrangla le garçon, réalisant soudain ce qu’eût dit son interlocuteur. C’est impossible!

Yrenin Feil haussa un sourcil. — Ah si? Et pourquoi cela?

Il obtient pour toute réponse des propos inintelligibles à peine balbutiés. Le feil soupira, puis, après un léger mouvement de tête agacé, prit le chemin du retour au campement. Inutile, désormais de tenter de nier son lien avec Uery. Le gamin continua à balbutier des propos inintelligibles, nageant dans une incompréhension totale

Plus Yrenin s’approchait de la zone habitée, plus le nombre d’elfes qui le suivait, ou plutôt qui suivait le solipède ailé, croissait. Certains murmuraient des salutations empreintes de déférence et d’autres s’inclinaient sur le passage du messager d’Ogrenfar, mais la majorité entonnait des chants ou des prières dédiés à la lune dorée.

Le jeune elfe guida son alter ego jusqu’à l’arbre ou vivait le sama pour découvrir celui-ci debout devant l’immense végétal, entouré des keil. Il posa un genou au sol, puis inclina légèrement le cap avant de se redresser, comme le voulait la coutume.

Le sama, quant à lui, fit la révérence, à l’envoyé astral, bientôt imité par les keil. — Tu peux te retirer, Yrenin Neil'Yara.

— Je crains que non, Sama'Sera. Uery est mon alter ego.

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pégase ne lui donna aucun indice. Or, il était évident que si Yrenin eût menti, le messager de la lune dorée l’eût désabusé.

— Veuillez pardonner mon ignorance, en ce cas, Yrenin Feil'Sera, répondit-il poliment lorsqu’il reprit la parole, avant d’ajouter, à l’attention de tous les elfes présents : « que l’on fît un accueil congru à Uery 'Sera, l’envoyé d’Ogrenfar, et à son alter ego. »

Ledit alter ego se tenait en cet instant simplement vêtu d’habits ternes, salis, déchirés et ravaudés. Ces cheveux noirs mal brossés étaient piquetés de brindilles et le garçon ne s’était pas baigné ni frotté depuis plusieurs demïa. D’ailleurs, il était plus qu’étonné du déroulement de la situation. D’abord parce que le sama l’avait vouvoyé, et ensuite par le « 'Sera » qui avait suivi. Mais surtout par la réaction des autres membres de la communauté. Il avait toujours été esseulé et n’avait jamais cherché à se lier particulièrement avec ses congénères, et ces derniers l’avaient laissé tranquille bien assez tôt — enfin, outre l’un d’entre eux qui était un peu trop têtue. Or, en cet instant, tous venaient le voir et lui parlait comme à un bon ami, le félicitant pour sa gradation au rang de feil, en profitant pour saluer au passage l’envoyé astral.

Yrenin en vomit presque d’atterrement. Tous ces gens qui ne cherchaient qu’à faire bonne figure envers le pégase, se moquant de lui. Leur but unique en se rapprochant de lui était de se retrouver dans ses bonnes grâces. Autrement dit, ils étaient des flagorneurs, des laquais. L’écœurement que ressentait l’elfe se mua bientôt en pressant besoin de quitter l’endroit; aussi il s’excusa, prétextant un besoin de remplacer ses vêtements de chasse par des propres. Certains tentèrent de le retenir, le questionnant poliment sur la chasse en question, tentant son orgueil en sous-entendant qu’elle ne puisât qu’été bonne, mais il insista et pût bientôt s’extraire de la masse d’elfes obnubilée par Uery.

Il se hâta vers son abri et s’y réfugia, puis retira ses vêtements et s’étendit avec soulagement sa couche constituée d’une peau de cerf cousue de sorte à emprisonner un mélange de fourres, de plumes et même — peut-être, s’il faisait partie des rares chanceux — de laine. Il resta ainsi quelques instants, profitant de la solitude avant de se dire que, puisque Uery ne pouvait point communiquer avec d’autres que lui, on le ferait bientôt chercher; ne serait-ce que connaître — et donc satisfaire — les besoins de l’être divin. À ce propos, il lui faudrait demander à son alter ego s’il était réellement au service d’Ogrenfar, la lune dorée.

Le garçon soupira avec agacement. Décidément, la vie était faite de trop de questions et de trop peu de réponses; de trop de problèmes et de trop peu de solutions.

Après un moment, constatant qu’il était plus qu’incapable de trouver le repos, il mit des habits propres, ceignant ses deux sabres jumeaux à sa taille et ajustant arc et carquois dans son dos. Enfin, il jeta une cape foncée sur ses épaules, en rabattit le chaperon sur sa tête et le maintint en place à l’aide d’une broche en onyx.

Il descendit le long de l’arbre grâce à la corde de cuir qui y pendait, puis, trottant d’un bon pas, s’enfonça dans cette forêt qu’il connaissait par cœur. Allant au hasard, il se contenta de s’ouvrir à son environnement : les oiseaux gazouillant, les rongeurs couinant ou courant sur les arbres, les feuilles bruissant, les brindilles rompant sous ses pieds, les odeurs apportées par le vent...

Ses jambes l’amenèrent bientôt près d’un lac, qu’il longea jusqu’à ce que le léger murmure qu’il avait perçu devienne le fracas d’une cascade. Il l’admira un moment, ne se lassant pas de la vue des

arcs-en-ciel créés par les gouttelettes ou de la bruine qui lui mouillait le visage, puis il retira ses vêtements et s’avança sur les roches qui formaient le lit de la rivière s’écoulant au pied du troisième

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palier de la chute. Avançant précautionneusement dans l’eau bouillonnante, il se plaça sous l’arrivée d’eau et profita en silence du plaisir de sentir cette puissance se fracasser contre lui.

— Yrenin, lança une voix avec l’impatience de celle qui se répète. Surpris, l’interpellé regagna la berge herbeuse et s’enveloppa de sa cape.

— Mais que fais-tu là, Janismia? s’enquit-il à la nouvelle venue qui, pudique, lui faisait dos. — Que fais-je ici? s’insurgea cette dernière en se retournant. Ne serait-ce pas plutôt à toi de

m’expliquer ce que tu fais ici? Pourquoi est-ce que j’ai été la dernière à apprendre que tu as trouvé ton compagnon d’âme? Ne crois-tu pas que je suis en droit de demander des explications, Yrenin Feil'Mir?

— Bien sûr que si, soupira celui-ci, mais ne voudrais-tu pas tout d’abord me laisser me vêtir convenablement? Si nous devons discuter longuement, j’apprécierais que ce soit ailleurs. Ici, on s’entend à peine penser, avec cette cascade, aussi magnifique soit-elle.

— Soit, acquiesça la jeune fille.

Elle se tourna de nouveau, ses longs cheveux bouclés captant la lumière de l’astre diurne au passage. En s’habillant, Yrenin ne put s’empêcher de songer que, sous l’astre à son zénith, les cheveux de sa seule amie semblaient faits d’or pur.

-J'ai terminé, déclara-t-il au bout d'un moment. Où allons-nous?

-Tu le sais bien, alors, je t'en prie, ne fais pas semblant d'avoir oublié, répliqua la jeune fille avec une note de douleur.

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