CONGRÈS
Images en Ophtalmologie
•Vol. XI - n° 6
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Coup d’œil
Congrès ARMD 2017
Cannes, 22-24 septembre 2017
H. Zeghidi
(hôpital Lariboisière, Paris)
C’ est sous un soleil caché par les nuages
que s’est déroulée la dixième édition du congrès de l’Association de rétine méditerranéenne et développement (ARMD). Dix ans pour un congrès est l’âge de la maturité, de la confirmation et de l’excellence, car il n’est pas facile de se renouveler chaque année et de continuer à attirer plus de 200 ophtalmologistes venus de toute la France le temps d’un week-end.
Et, si le soleil a été absent du ciel de Cannes,
c’est pour laisser place aux rayonnements des orateurs et experts invités, car le programme de cette année a été particulièrement riche et diversifié, avec 8 sessions scientifiques et 3 ateliers pratiques.
Le Dr Isabelle Aknin a ouvert le bal, avec le tour de la rétine en 365 jours. Au cours de cette synthèse de l’année 2017, on peut retenir en particulier les déceptions venues des anti-PDGF et, plus récemment, du lampalizumab. Il y a de l’espoir du côté des cellules endothéliales en tant que nouvelle cible thérapeutique, et de la brimonidine dans la DMLA atrophique. On peut souligner également le pos- sible rôle de la vitamine D dans la rétinopathie diabétique.
Première session
Elle a porté sur la chirurgie rétinienne. Le Pr John Conrath a parlé de l’intérêt de l’OCT (Optical Coherence Tomo- graphy) peropératoire comme nouveau moyen d’aide à la chirurgie pour la recherche de déhiscence à l’origine d’un décollement de la rétine postérieur inexpliqué, l’évaluation maculaire peropératoire, la vérification de l’intégrité du toit du fovéoschisis après pelage de la limitante interne (PLI) chez le myope fort, ainsi que le PLI dans la chirurgie du trou maculaire.
Le Dr Mathieu Lehmann a présenté l’évolution des pratiques dans la prise en charge du décollement de la rétine, avec une tendance pour la vitrectomie par rapport à l’indentation, qui ne représente que 10 % des interventions en 2017. Le futur se profile avec l’avènement d’une nou-
velle technique d’indentation suprachoroïdienne guidée par cathéter, la vitrectomie ultrasonique, et les patchs en polyéthylène glycol pour fermer les déhiscences.
Deuxième session
Cette session a été consacrée à l’imagerie, et a été inaugurée par une mise au point originale sur la choroïde et les maculopathies présentée par le Pr Corine Dot.
Ainsi, l’épaisseur choroïdienne est sujette à des variations physiologiques et pathologiques. Elle est diminuée dans les DMLA atrophiques et exsudatives, en cas de pseudo- drusen réticulés, dans la myopie forte, et après injection intravitréenne d’anti-VEGF ou de corticoïdes. Elle est aug- mentée au cours de la vasculo pathie polypoïdale et de la choriorétinite séreuse centrale, de façon transitoire après une chirurgie de la cataracte ou de la membrane, ainsi que dans l’œdème maculaire consécutif à une occlusion veineuse et le syndrome d’Irvine Gass. L’épaisseur peut également être augmentée au moment de la récidive d’une DMLA exsudative ou d’un œdème maculaire dia- bétique, dont il pourrait constituer un facteur prédictif.
Au cours de la même session, le Pr Bahram Bodaghi a défini la place de l’OCT-angiographie dans les maladies inflammatoires rétinochoroïdiennes. Son intérêt majeur est de pouvoir analyser les plexus superficiels et profonds et de détecter les lésions ischémiques, en particulier dans la maladie de Behçet, la sarcoïdose, la maladie de Takayasu et le syndrome de Susac. L’OCT- angiographie permet également la détection des néovaisseaux choroïdiens avant l’apparition des lésions exsudatives, de les suivre après traitement et de les distinguer de la fibrose.
Troisième session
Elle a fait le point sur les pathologies vasculaires réti- niennes. Le Pr Francesco Bandello a insisté sur le rôle de l’OCT-angiographie dans la détection précoce des lésions de rétinopathie diabétique, comme l’élargissement
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de la zone avasculaire centrale et la diminution de la densité capillaire, permettant de révéler des modifications vasculaires avant les signes de rétinopathie diabétique.
L’OCT- angiographie permet également de visualiser les anomalies microvasculaires intrarétiniennes (AMIR), les microanévrysmes, les zones de non-perfusion et les néovaisseaux. Le Dr Catherine Favard a présenté une belle mise au point sur l’imagerie grand champ, qui reste indispensable pour l’analyse de la périphérie rétinienne.
Elle peut être d’un grand apport pour le dépistage de la rétinopathie des prématurés et pour le diagnostic et le suivi des uvéites, à la recherche de foyers périphériques ou de vascularites. Elle permet enfin une quantification de l’ischémie périphérique dans la rétinopathie diabétique et les occlusions veineuses.
Quatrième session
Elle était consacrée aux tumeurs oculaires. Les Drs Cathe- rine Favard et Jean-Pierre Caujolle et le Pr Stéphanie Baillif nous ont offert un festival d’imagerie compor- tant une analyse des tumeurs rétiniennes par OCT et OCT-angiographie, les trucs et astuces pour déterminer le caractère inquiétant ou non d’une tumeur, ainsi que les erreurs à ne pas commettre devant une tumeur oculaire.
Les critères diagnostiques reposent sur l’examen clinique, l’échographie en mode B, l’angio graphie à la fluorescéine et au vert d’indocyanine. L’OCT est utile pour les tumeurs postérieures de moins de 3 mm d’épaisseur.
Cinquième session
Après un déjeuner en terrasse avec vue sur la mer, la reprise a été à la fois diversifiée et originale, et a porté sur les changements qui se profilent dans la prise en charge. Le Pr Vincent Daien a partagé sa riche expérience australienne avec le nouveau concept de big data et son importance dans les analyses statistiques épidémio- logiques et cliniques. Ensuite, le Pr Nicolas Leveziel a présenté le concept, à la fois fascinant et effrayant, de l’intelligence artificielle, ou comment remplacer le médecin par un ordinateur et des algorithmes. Ainsi, il existe actuellement des logiciels capables d’interpréter automatiquement des images de fond d’œil chez des diabétiques et de déterminer le stade de la RD avec une grande précision ; ces progrès concernent également d’autres spécialités, comme la radiologie et la dermato- logie, et pourraient conduire à une décote de certains actes de diagnostic et d’imagerie.
Sixième session
Elle a porté sur l’imagerie du nerf optique. Le Dr Muriel Poli a parlé de l’OCT- angiographie comme d’un nouvel outil de diagnostic non invasif du glaucome. Elle peut mettre en évidence une réduction de la densité vasculaire dès le stade prépérimétrique. Ensuite, le Dr Valérie Touitou a souligné les multiples intérêts de l’OCT- angiographie dans les neuropathies optiques ischémiques antérieures aiguës (NOIAA) non artéritiques, pour étudier la circulation radiaire péripapillaire, quantifier la réduction de la densité de flux péri papillaire et visualiser les télangiectasies et les tortuosités à la phase aiguë.
Septième session
Elle s’est intéressée à la DMLA néovasculaire et a été modérée par le Pr Gisèle Soubrane qui, à travers sa présentation, a longuement insisté sur l’importance de l’angiographie à la fluorescéine dans le diagnostic initial, pour déterminer la forme clinique et adapter la stratégie thérapeutique et le suivi. Le Dr Isabelle Aknin a précisé les évolutions en matière de compléments alimentaires. Les vitamines C et E, le zinc, le cuivre et le pigment maculaire demeurent indétrônables, le rôle des oméga 3 se confirme, et la vitamine D signe son entrée comme nouveau facteur protecteur.
Huitième session
Elle a été consacrée à la DMLA atrophique et aux dys- trophies maculaires. Le Pr Jean-Jacques de Laey a présenté les résultats de travaux sur la transplantation sous- rétinienne de cellules souches embryonnaires de l’épithélium pigmentaire, avec un gain supérieur à 10 lettres dès le troisième mois chez les patients traités.
Le Dr Maté Streho a parlé de l’apport de l’autofluo rescence et de l’OCT pour le diagnostic, le suivi et le pronostic de l’atrophie maculaire. Enfin, et pour clore cette session, le Dr Catherine Français a insisté sur l’intérêt de définir des biomarqueurs cliniques plus précis que la progression de l’atrophie pour évaluer les traitements à venir, qui ne verront pas le jour avant 2025 !
C’est sur cette note mitigée d’espoir que s’achève la dixième édition du congrès ARMD qui a, encore une fois, été d’une grande qualité, marqué par la convivialité des échanges et la richesse des partages d’expériences.
II H. Zeghidi déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.0224_IOP 224 11/12/2017 16:34:47