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Pesticide et viticulture
Christian Nicourt
To cite this version:
Christian Nicourt. Pesticide et viticulture. Le Mois de l’Environnement, May 2009, Budapest, Hon- grie. 37 p. �hal-02814344�
Pesticide et viticulture
Christian Nicourt
INRA UR 1216, RiTME, Ivry-France [email protected]
Le mois de l’environnement
Institut français, Budapest, 9 juin 2009
De nouvelles pratiques réduisant les risques phytosanitaires : un enjeu dans la construction
de la qualité du vin
Programme Evaluation et réduction des risques liés à l’utilisation des pesticides.
Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable
C. Nicourt, M. F. Garcia-Parpet, J. M. Girault, D. Ollivier, 2007
Objectif
Analyser l’usage des pesticides par les
viticulteurs pour comprendre son évolution
L’enquête
Approche compréhensive
Entretiens avec 51 viticulteurs coopérateurs et 19 techniciens viticoles
Individuels : caractériser les manières de faire
Collectifs : faire émerger la distinction des positions
Languedoc-Roussillon
Languedoc Roussillon
2005
325 000 ha 314 coopératives 40 000 sociétaires
50% retraités, 30 à 40% dble actifs,
10 à 20% plein temps
(5000 caves particulières
100 000 ha)
Deux questions à partir d’une même recherche
I - Pourquoi certains viticulteurs réduisent-ils leur usage des pesticides ?
II - Pourquoi ne considèrent-ils pas que les
maux qu’ils éprouvent en travaillant sont liés à
leur exposition à des pesticides ?
Pourquoi des viticulteurs réduisent- ils leur usage des pesticides ?
Constats :
Moins de 2% des viticulteurs du Languedoc Roussillon adoptent en 2005 des pratiques de réduction de l’usage des pesticides.
L’usage des pesticides est un élément secondaire des cahiers des charges visant la production de vin de qualité
Hypothèse :
Les limites de l’appropriabilité des prescriptions
contemporaines du travail des viticulteurs ne favorisent
pas leur réduction de l’usage des pesticides
Plan
1- L’usage des pesticides historiquement construit dans des communautés de pratiques
2- L’expérience d’une démarche bottom-up de réduction de l’usage des pesticides
3- L’individualisation du travail viticole par
les cahiers des charges top-down
1-
L’usage des pesticides comme
expression d’une histoire et d’une marque d’appartenance à une
communauté de pratiques
La cave communale comme
organisation d’échanges techniques
Un travail organisé dans le temps qui favorise les échanges
Réunions cave coopérative, travaux d’entraide, vendange…
Des espaces du travail propices aux échanges
Coopérative d’approvisionnement, aire de remplissage des pulvérisateurs, frontières partagées de parcelles…
La multifonctionnalité des liens des viticulteurs
Un enchevêtrement de relations priv é es et professionnelles
Le partage d’un modèle du bon travail
La fourniture d’un raisin sain
Une régularité dans les traitements
Une esthétique de la vigne
Un modèle d’autant plus prégnant que le
travail viticole est public et jugé par les pairs
La normalisation du travail par la cave : un triple objectif
Maintenir une hétérogénéité de la population au travail : variations d’emploi liées à la production
Répondre aux exigences sanitaires du marché et aux distinctions identitaires
Assurer un système d’échanges techniques entre pairs et entre générations
Un modèle peu propice à la réduction de
l’usage des pesticides
2-
Une démarche bottom-up de réduction
de l’usage des pesticides
Une démarche de viticulteurs au sein d’une coopérative
Quelques viticulteurs avec un objectif économique
Réduire les coûts des pesticides
Qui visent ensuite d’autres objectifs
Sauvegarde gibier, protection eaux, qualité matériel d’épandage, toxicité comparée produits
Puis formalisent leur démarche
Du réseau à la commission technique
Elaboration d’un cahier des charges puis Terra-Vitis
La dimension collective de la démarche technique
Réunions périodiques avec un technicien régional
Des techniques exigeant une surveillance partagée
Un maillage du territoire par des parcelles sentinelles : piégeages, stations météo…
L’association d’échanges techniques et sociaux
Les situations analysées sont évaluées et débattues
Souvent accompagnés de pratiques de sociabilité (repas…)
C onstruction d’une confiance qui permet de
se rassurer mutuellement face aux risques
Certification et appropriabilité
d’un cahier des charges bottom-up
La certification comme exigence du marché
Certification de cave et exigence d’homogénéité des manières de travailler
Hétérogénéité sociale des coopérateurs et hétérogénéité des manières de travailler
Un parrainage assure la cohésion technique et
sociale
3-
Une construction de la
« qualité » au travers de cahiers
des charges top-down
De la segmentation de la qualité du vin à celle des viticulteurs
Le cahier des charges opère un découpage du
parcellaire à partir d’une logique commerciale de la qualité
La rémunération est différenciée selon les
« qualités »
Une rémunération paradoxale de la qualité : délai de
paiement et trésorerie de l’exploitation
Le cahiers des charges :
d’abord un contrôle du travail
Le planning de travail lié aux qualités : une déliaison temporelle et spatiale de l’activité des viticulteurs
La traçabilité : un contrôle du travail qui permet une imputation de responsabilité
Les pesticides, une question marginale
Une transformation des manières de faire et
du sens du travail
L’inappropriabilité des cahiers des charges top-down
Des prescriptions trop rigides pour guider l’action
Une limitation des échanges entre viticulteurs
Une mise à l’écart des retraités et des doubles actifs
Une individualisation du travail induite par les
cahiers des charges top-down
Des interrogations pour conclure
Quelles possibilités d’extension des démarches
bottom-up de réduction de l’usage des pesticides sans reconnaissance du marché ni de l’Etat ? (seule la
viticulture AB est reconnue)
La perte d’autonomie et l’isolement des viticulteurs par les cahiers des charges top-down conduit-elle à
une nouvelle intégration ?
Dans ce contexte, pourquoi les viticulteurs
réduiraient-ils leur usage des pesticides ?
II
Pourquoi les viticulteurs ne
considèrent-ils pas que les maux qu’ils éprouvent en travaillant sont liés à leur exposition à des pesticides
?
Constats : 2/3 des viticulteurs interrogés se
dérobent lorsqu’on les interroge sur une influence éventuelle de l’usage professionnel des pesticides sur leur santé
Hypothèse : entretenir l’incertitude sur l’origine et
la portée des problèmes de santé ressentis lors du
travail permet de continuer à travailler en tenant la
peur à distance
Plan
1- L’usage des pesticides : un risque du travail incertain
2- Les difficultés pour préserver sa santé lors du travail
3- Du déni du risque au défi identitaire
1-
L’usage des pesticides :
un risque du travail incertain
L’incertitude face aux maux éprouvés dans le travail
Une triple incertitude
Quelle portée sanitaire des symptômes éprouvés ?
Quelle efficacité des protections utilisées ?
Quelle toxicité des produits employés ?
Les maux dans le travail : une expérience du métier partagée
Une incertitude entretenue par l’expérience
douloureuse de décès
Le cancer : expérience sociale du métier et du retrait institutionnel
Le récit du cancer de collègues : une expérience partagée reliée de manière ambiguë au métier
Des résultats épidémiologiques convergents montrent une surmortalité par tumeurs cérébrales
Une « prudence, voire une frilosité » institutionnelle
Une histoire problématique de la régulation publique des pesticides
En arrière plan la comparaison avec le dossier de l’amiante
Un enjeu industriel et assurantiel
L’odeur : une expérience du risque trop incertaine pour le gérer
Les variations d’odeurs sont pour les travailleurs exposés des indicateurs potentiels de risques
L’incertitude de la signification des odeurs
L’odeur : celle du produit actif ou de son adjuvant ?
Quelle implication en termes de santé humaine ?
Le développement de pesticides inodores
2-
Comment préserver sa santé dans
un contexte de travail contraint ?
L’exemple de la préservation
discrète des conseillers agricoles
Le constat d’une exposition problématique lors du travail
Des maux reliés à des interventions dans les vignes
Une connaissance documentée de la toxicité des produits
Deux formes d’évitement clivées selon les genres
Les conseillers quêtent des informations pour é viter le danger
Les protections sont inappropri é es à leur travail
Ils se d é fient de l ’ efficacit é de ces protections
Ils minorent les symptômes discrets et fugaces ressentis
Les conseillères se désengagent informellement des activités
impliquant une exposition aux pesticides, avec le consentement
tacite des conseillers
Les limites des manières de se protéger des viticulteurs
Le coût financier de la protection
Coût du matériel (cabine pressurisées et climatisées…) et de son efficacité nécessitant son renouvellement (filtres, gants,
combinaisons…)
L’inadaptation aux conditions réelles du travail
Activité physique, préhension, chaleur
Travaux nécessitant l’ouverture des cabines pour des réglages, projections de pulvérisation sur les vitres…
La suspicion de l’efficacité des protections
Odeurs dans les cabines, durée d’exposition conséquente…
Suspicions confortées par des travaux scientifiques
Effectuer des activité à risque en public
La recomposition de l’espace rural
Une modification de l’habitat, du parcellaire et de la population au sein de laquelle les viticulteurs deviennent minoritaires
Un changement de sens : d’un espace de travail à un espace récréatif : un décor
Le changement de la signification sociale des traitements
Une opération technique d’un métier partagé devient une pratique dangereuse
La visibilité publique du travail transforme les traitements en objets de critique des viticulteurs
Des viticulteurs prennent des risques accrus
3-
Du déni du risque au défi identitaire
Le déni comme instrument de survie mentale
Comment mettre à distance le risque ?
Se moquer de celui qui se protège
Chercher d’autres origines aux maux éprouvés
Mettre en avant la vigueur des pairs âg é s
Limiter la portée et banaliser les maux éprouvés
Les signes répétés semblent sans influence durable
Un attribut des conditions de travail parmi d’autres
Une expérience partagée du quotidien du métier
L’impossible débat public des maux du travail
L’ambiguïté du coopérateur
Les pesticides vendus par des coopératives
Une vente historiquement conçue dans l’intérêt des viticulteurs
Les risques du débat public des maux du travail
Occulter l ’ usage des pesticides pour vendre le vin
Rendre publique des maux est interpr é t é comme un signal de l ’ avenir compromis de l ’ exploitation
La transformation privée et publique des maux du travail
Une interprétation en termes de destin (génétique) ou de construction individuelle (alimentation, tabagisme…)
La transformation des maux du travail en rumeurs
Le défi : tenir la peur à distance et réaffirmer l’identité professionnelle
Une prise volontaire de risque en permet la ma î trise symbolique
Souffler en public dans l’orifice des buses de pulvérisation
Les signes publics du risque montrent la vitalité d’un métier frappé par la crise
S’asseoir sur la place du village le visage maculé de bleu
Les limites des défis
La force des défis réside dans le partage de leur valeur symbolique
A défaut, ils révèlent plutôt des clivages, en l ’ occurrence celui des
g é n é rations
Une comparaison pour conclure
Tandis que des ouvriers agricoles californiens, aidés d’associations environnementalistes et caritatives, se mobilisent pour réduire leur exposition aux pesticides
Les viticulteurs languedociens sont triplement contraints
Les cahiers des charges « qualitatifs » déconstruisent leurs échanges collectifs
Aucune norme ne régit la protection de la santé au travail des travailleurs non salariés