Sclérose en plaques et troubles vésico-sphinctériens : efficacité de la prise en charge physiothérapeutique

Texte intégral

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SCLÉROSE EN PLAQUES ET TROUBLES

VÉSICO-SPHINCTÉRIENS :

EFFET DE LA PRISE EN CHARGE

PHYSIOTHÉRAPEUTIQUE

KINE GRAND

Étudiante Bachelor – Filière Physiothérapie

CAMILLE TERRIER

Étudiante Bachelor – Filière Physiothérapie

Directrice de travail :

SYLVIE FERCHICHI-BARBEY

TRAVAIL DE BACHELOR DÉPOSÉ ET SOUTENU A LAUSANNE EN 2014 EN VUE DE L’OBTENTION D’UN BACHELOR OF SCIENCE HES-SO EN PHYSIOTHÉRAPIE

Haute Ecole de Santé Vaud Filière Physiothérapie

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RÉSUMÉ

Introduction : La sclérose en plaques (SEP) est la maladie neurologique la plus répandue à l’âge adulte. Les troubles vésico-sphinctériens (TVS) touchent plus de la moitié des patients et prennent une part importante de responsabilité dans l’abaissement de la qualité de vie (QdV) de cette population. L’objectif de cette revue systématique est d’évaluer les effets de la prise en charge physiothérapeutique sur la QdV des patients atteints de la SEP et présentant des TVS.

Méthodologie : La recherche documentaire a été menée entre octobre 2013 et janvier 2014 sur les bases de données PubMed, CINHAL, PEDro et Embase. Les articles sélectionnés devaient s’intéresser en première intention à la SEP et aux TVS. Ils devaient tous inclure au moins un questionnaire évaluant la QdV.

Résultats : 6 articles, de différents types de devis, ont été sélectionnés. 5 variétés de traitements ont été évalués : le renforcement du plancher pelvien (RPP), le biofeedback, l’électrostimulation neuromusculaire (ENM), la stimulation percutanée (SPNTP) ou transcutanée (STNTP) du nerf tibial postérieur. Les résultats sont en faveur de la combinaison de RPP, de biofeedback et d’ENM ainsi que de la SPTNP.

Discussion : Les résultats démontrent des effets positifs des traitements physiothérapeutiques. La physiothérapie serait une alternative intéressante pour les prises en charge classiques des TVS chez des patients ayant la SEP.

Conclusion : L’association de RPP et de biofeedback ou de RPP, biofeedback et d’ENM améliore de manière significative la QdV. L’ajout de l’ENM apporte de meilleurs bénéfices en termes de maintien et d’efficacité. La SPNTP est également significativement favorable.

Mots-clés : Sclérose en plaques − Troubles vésico-sphinctériens – Qualité de vie – Renforcement du plancher pelvien – Biofeedback – Électrostimulation neuromusculaire – Stimulation du nerf tibial postérieur – Physiothérapie

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AVERTISSEMENTS

Les prises de position, la rédaction et les conclusions de ce travail n’engagent que la responsabilité de ses auteurs et en aucun cas celle de la Haute Ecole de Santé Vaud, du Jury ou du Directeur du Travail de Bachelor.

Nous attestons avoir réalisé seules le présent travail, sans avoir utilisé d’autres sources que celles indiquées dans la liste de références bibliographiques.

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REMERCIEMENTS

Nous tenons tout d’abord à remercier notre directrice de travail de Bachelor, Sylvie Ferchichi-Barbey, qui nous a aidées à surmonter nos difficultés et qui nous a donné de précieux conseils tout au long de notre travail. Merci pour son implication et pour les heures qu’elle nous a accordées.

Merci à Magali Serex, bibliothécaire au centre de documentation HESAV, pour sa grande disponibilité. Ses réponses claires et rapides nous ont été d’une très grande aide pour la recherche et la bibliographie.

Nous remercions également le Dr Slim, le Dr Cotterill, le Dr Barett ainsi que le Professeur Vickrey d’avoir pris le temps de nous répondre et pour leur permission d’utilisation des divers documents.

Merci au Dr Fabienne Perren, neurologue au HUG, pour son intérêt et sa lecture.

Finalement, un grand merci à nos amis et à nos proches pour leur soutien inconditionnel ainsi qu’à Eloïse Christe et Ariane Grand pour leurs relectures et corrections.

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Table des matières

1. INTRODUCTION ... 1

2. CADRE THÉORIQUE ... 1

2.1. LA SCLEROSE EN PLAQUES ... 1

2.1.1. Physiopathologie ... 1

2.1.2. Les formes de sclérose en plaques ... 2

2.1.3. Épidémiologie ... 3

2.1.4. Le diagnostic ... 3

2.1.5. La sémiologie ... 4

2.2. LES TROUBLES VESICO-SPHINCTERIENS ET LA SCLEROSE EN PLAQUES ... 4

2.3. TYPOLOGIE DES TROUBLES VESICO-SPHINCTERIENS ... 5

2.4. IMPACT DES TROUBLES VESICO-SPHINCTERIENS SUR LA QUALITE DE VIE ... 6

2.5. TRAITEMENTS PRINCIPAUX DES TROUBLES VESICO-SPHINCTERIENS ... 7

2.6. PRISE EN CHARGE PHYSIOTHERAPEUTIQUE ... 9

3. PROBLÉMATIQUE ... 10

4. MÉTHODOLOGIE ... 11

4.1. STRATEGIE DE RECHERCHE ... 11

4.2. CRITERES D’INCLUSION ET D’EXCLUSION ... 12

4.3. QUALITE DES ARTICLES ... 12

5. RÉSULTATS ... 14

5.1. RESULTATS DE LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE ... 14

5.1.1. Etudes sélectionnées ... 15

5.1.2. Tableau descriptif des études ... 16

5.1.3. Résumé des études ... 18

5.1.4. Outils de mesures ... 20

5.2. EXTRACTION DES DONNEES ... 22

5.2.1. Population ... 22

5.2.2. Intervention ... 23

5.2.3. Résultats des différents groupes d’interventions ... 23

6. DISCUSSION ... 28

6.1. INTERPRETATION DES RESULTATS ... 29

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6.1.2. RPP et biofeedback ... 30

6.1.3. RPP, ENM et biofeedback ... 31

6.1.4. SPNTP ... 32

6.1.5. STNTP... 33

6.2. INFLUENCE DES DONNEES ... 34

6.2.1. Population ... 34

6.2.2. Intervention ... 35

6.2.3. Outils de mesures ... 36

6.3. LIMITES DE NOTRE REVUE SYSTEMATIQUE ... 37

6.3.1. Stratégie de recherche ... 37

6.3.2. Sélection des articles ... 37

6.3.3. Choix des grilles d’évaluation ... 38

6.3.4. Autre ... 38

6.4. IMPLICATION CLINIQUE ... 39

6.5. PISTES POUR LA RECHERCHE FUTURE ... 41

7. CONCLUSION ... 43

8. LISTE DE RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ... 45

(7)

LISTE DES ABRÉVIATIONS

EDSS Expanded Disability Status Scale

ENM Électrostimulation NeuroMusculaire

IPSS International Prostate Score Symptom

IIQ Incontinence Impact Questionnaire

ICIQ-SF International Consultation on Incontinence Questionnaire Short Form

KHQ King Health Questionnaire

MINORS Methodological Item for None-Randomized study Score MSQoL-54 Multiple Sclerosis Quality of Life (54) Instrument

QdV Qualité de Vie

RPP Renforcement du Plancher Pelvien

SEP Sclérose En Plaques

SNTP Stimulation du Nerf Tibal Postérieur

SPNTP Stimulation Percutanée du Nerf Tibial Postérieur STNTP Stimulation Transcutanée du Nerf Tibial Postérieur

TVS Troubles Vésico-Sphinctériens

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1.

INTRODUCTION

La sclérose en plaques (SEP) est la maladie neurologique la plus fréquente à l’âge adulte (De Morand, 2010, p. 102). Elle touche plus de 10'000 personnes en Suisse avec un nouveau cas décelé chaque jour. 2,5 millions de personnes en sont atteintes dans le monde (Société suisse de la sclérose en plaques, 2013). Les coûts liés à cette pathologie sont très importants, tant pour les patients, que la famille ou encore la société. En Europe, chaque patient coûte 36 000 € par année. Cela représente un total de 15 milliards €/an et les coûts augmentent avec l’évolution de la maladie (Knülle, Kobelt, Lotter & Goertler, 2011, p. 8).

De plus, la SEP se manifeste relativement tôt : entre l’âge de 20 et 40 ans. Les femmes sont 1,7 fois plus atteintes que les hommes (De Morand, 2010, p. 102).

Les troubles vésico-sphinctériens (TVS) touchent 30 à 96 % de la population atteinte de la SEP. Ces derniers font leur apparition 6 à 10 ans après le diagnostic (Bart, De Sèze, Chartier-Kastler & Ruffion, 2007, p. 358). Leur prise en charge est essentiellement basée sur 2 aspects : la pharmacologie et l’auto-cathétérisation intermittente. La physiothérapie, basée sur des techniques de renforcement du plancher pelvien (RPP), de biofeedback, d’électrostimulation neuromusculaire (ENM) et de neuromodulation du nerf tibial postérieur, prend, quant à elle, une place secondaire.

Or, les dysfonctions vésicales, même minimes, ont un impact négatif non négligeable sur la qualité de vie (QdV) des patients (Nortvedt et al., 2001, p. 234). Amarenco (2010) précise par ailleurs que « la prise en charge actuelle des neuro-vessies a un réel impact positif sur cette problématique » (s.p.). La prise en charge physiothérapeutique pourrait être un bon complément à l’arsenal thérapeutique traditionnel.

2.

CADRE THÉORIQUE

2.1.

La sclérose en plaques

2.1.1. Physiopathologie

La SEP est une maladie inflammatoire chronique dégénérative du système nerveux central (SNC). Les cibles essentiellement touchées sont la gaine de myéline et les axones. Ces lésions, disséminées dans le SNC, altèrent alors la conduction nerveuse (Cameron, Finlayson & Kesselring, 2013, pp. 20-24). Ce sont les plaques, correspondant aux zones de démyélinisation, qui caractérisent principalement la SEP (De Morand, 2010, p. 103). Elles se forment essentiellement dans la substance blanche du SNC, mais peuvent également se trouver dans la substance grise. Elles se situent préférentiellement vers les ventricules, le corps calleux, les aires sous-corticales, les cordons latéraux

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2 et postérieurs de la moelle épinière et dans le nerf optique (Cameron et al., 2013, p. 21). Lors d’une poussée, il y a une inflammation de la myéline pouvant entrainer une nécrose de celle-ci (De Morand, 2010, p. 102).

Les causes de cette inflammation ainsi que de la formation des plaques ne sont, pour l’instant, pas bien comprises. L’hypothèse la plus probable serait que, dans le processus de la SEP, le SNC soit attaqué par ses propres cellules immunitaires (Cameron et al., 2013, p. 21). Il existerait également d’autres facteurs tels que le caractère environnemental : les études de l’épidémiologie et des migrations ont démontré que les risques sont plus ou moins élevés selon le pays de domicile. En effet, « les personnes émigrant avant l’âge de 15 ans acquièrent le risque du pays où elles émigrent alors que les personnes émigrant après l’âge de 15 ans conservent le risque de leur pays d’origine » (De Morand, 2010, p. 102). Donc si une personne d’un pays considéré à risque faible déménage, dans son jeune âge, dans un pays considéré à haut risque, elle sera d’avantage exposée à ce risque (Matthews, 1993, pp. 47-53). Des facteurs infectieux et génétiques, fortement mis en cause actuellement, pourraient aussi avoir leur part de responsabilité. Effectivement, 25 % des individus touchés par la SEP ont un membre de leur famille souffrant de cette maladie. Les jumeaux monozygotes seraient d’avantage exposés à ce risque. Une douzaine de gènes ont été mis en évidence quant à une susceptible responsabilité dans la survenue de la SEP. Plusieurs études suggèrent qu’il existe différents agents infectieux également impliqués dans le développement de la maladie. Ceux-ci incluent, entre autre, la chlamydia, la rougeole, le virus de l’herpès type 6, le virus d’Epstein-Barr et la varicelle. De par les caractéristiques propres à chaque latitude, l’exposition aux différents virus varie : une personne vivant en région tropicale n’est pas exposée aux mêmes virus, bactéries ou parasites qu’un habitant d’une zone tempérée. Finalement, l’âge d’exposition à ces facteurs infectieux à également son rôle à jouer, car la maturité du système immunitaire évolue selon l’âge (Créange, 2012, p. 20 ; Birnbaum, 2013, pp. 7-8). 2.1.2. Les formes de sclérose en plaques

Il existe 4 formes évolutives de SEP :

1. Rémittente ou de poussées-rémissions. Elle concerne 85 % des patients (De Morand, 2010, p. 103). Elle se caractérise par des poussées suivies de rémissions complètes ou non. Il n’y a pas de progression entre les poussées. Le délai entre ces dernières est variable ; il peut s’écouler jusqu’à plusieurs années (Lubetzki Fontaine & Lyon-Caen, 1999, pp. 171-172). Cette forme dure en moyenne 15 ans (Créange, 2012, p. 23).

2. Secondairement progressive. Elle suit la forme rémittente au bout de quelques années et apparaît aux environs des 40-45 ans (Créange, 2012, p. 23). On constate alors une progression sans poussée suivie de rémissions minimes et de plateaux (Société suisse de la sclérose en plaques, 2013). 50 % des patients ayant débuté avec des poussées-rémissions développent cette forme au bout de 10 ans (De Morand, 2010, p. 103).

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3 3. Progressive d’emblée ou primaire progressive. Elle représente 15 % des cas. Cette forme correspond à une aggravation progressive des symptômes sur une durée d’au moins 6 à 12 mois. « Elle peut être entrecoupée ou non de poussées » (Defer, Brochet & Pelletier, 2010, p. 13). Ce type débute également aux alentours des 40-45 ans et se comporte comme une SEP « standard », sans phase rémittente (Créange, 2012, p. 23).

4. Progressive avec poussées. C’est une forme progressive avec des poussées nettes surajoutées. La progression continue entre deux poussées, mais des récupérations sont possibles (Lubetzki et al., 1999, p. 171).

La SEP se définit ainsi par une alternance de poussées et/ou progressions (De Morand, 2010, p. 103). La poussée est une apparition de signes neurologiques ou une aggravation de ceux-ci. Ces signes peuvent apparaître durant plusieurs heures (au minimum pendant 24 heures pour pouvoir parler d’une poussée) à quelques jours (De Morand, 2010, p. 103). Ils se stabilisent par la suite et enfin disparaissent complètement ou partiellement au bout de quelques semaines (en moyenne 2 à 6 semaines), ce qui est qualifié de rémission. La progression se caractérise en revanche par une aggravation continue, régulière et sans poussée-rémission, des signes neurologiques. Elle se manifeste sur une période de 3 à 6 mois. Sa vitesse, très variable, peut être lente ou rapide (Lubetzki et al.,1999, p. 171 ; Créange, 2012, p. 23).

2.1.3. Épidémiologie

Il existe une prévalence géographique de la maladie. En effet, il a été démontré qu’il existe un gradient de répartition Nord-Sud avec une fréquence plus élevée au Nord et dans les pays caucasiens. Des personnes de même ethnie ont un risque relativement similaire de développer la pathologie selon leurs pays d’habitation. La SEP est fréquente en Europe du Nord, en Amérique du Nord et en Australie, alors qu’elle n’est que rarement rencontrée en Orient, en Amérique du Sud, en Inde et en Afrique. En Europe, les pays Scandinaves, le nord de l’Allemagne ainsi que les Royaume-Unis sont extrêmement touchés. Toutefois, c’est la Scandinavie qui semble être la plus vulnérable à la SEP (Clanet, Fontaine, Azais-Vuillemin & Brasst, 1999, p. 151). La vitamine D, contribuant à la régulation de l’immunité, est suspectée de jouer un rôle dans la prévalence géographique de la SEP. En effet, celle-ci est synthétisée par la peau sous l’effet de l’ensoleillement. L’exposition au soleil aurait donc une implication dans le gradient Nord-Sud sachant que la prévalence diminue dans les zones de fort ensoleillement. Le taux de concentration de vitamine D dans le sang est effectivement diminué chez les personnes malades (Créange, 2012, p. 20).

2.1.4. Le diagnostic

Le diagnostic est généralement posé selon les critères de McDonald créés en 2001, puis révisés en 2005 et 2010. Ces critères se définissent selon plusieurs principes : la dissémination des lésions dans le temps et dans l’espace ainsi que la présence d’un processus inflammatoire. Pour cela,

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4 le neurologue recourt à un examen neurologique complet contenant un examen clinique, une IRM, permettant de déceler des lésions multifocales, et une analyse du liquide céphalo-rachidien. Cette dernière permet l’affirmation d’une réaction inflammatoire dans le SNC par une distribution oligoclonale des immunoglobulines G et une augmentation de ceux-ci ainsi que l’élimination d’autres causes (Polman et al., 2011 ; De Morand, 2010, p. 103).

Comme il n’existe pas de marqueur spécifique à la SEP, le diagnostic est souvent retardé. De ce fait, la SEP reste un diagnostic d’exclusion ; il est nécessaire d’écarter d’autres pathologies neurologiques pouvant avoir les mêmes manifestions cliniques telles que la sarcoïdose, l’encéphalomyélite aigüe, la leucodystrophie, la neuromyélite optique, etc. (Lubetzki et al., 1999, pp. 165-166 ; Gout & Lyon-Caen, 1999, p. 194).

2.1.5. La sémiologie

La sémiologie de la SEP est très variée. La prévalence des signes cliniques augmente lors de l’évolution de la pathologie. Le patient peut présenter des troubles moteurs (spasticité, faiblesse, lourdeur, fatigabilité), sensitifs (fourmillement, picotement) et des symptômes visuels dus en partie à l’inflammation du nerf optique. Des manifestations cérébelleuses (équilibre, ataxie, etc.), vestibulaires (vertige, nausée), neuropsychologiques (cognitif, humeur, émotionnel) et asthéniques, l’un des symptômes le plus invalidant, peuvent également toucher les patients. Finalement les troubles sphinctériens, sexuels et urinaires, présents dans plus de la moitié des cas, sont très handicapants, notamment dans les formes évoluées de SEP. Tous ces symptômes peuvent être isolés ou multiples (De Morand, 2010, pp. 104-106 ; Lubetzki et al., 1999, pp. 161-164). L’espérance de vie reste, malgré cela, pratiquement identique à celle de la population générale (De Morand, 2010, pp. 104-106).

La SEP, par ses caractéristiques chroniques et multi-symptomatiques, a un effet dramatique sur la QdV (Brown & Kraft, 2005, p. 514 ; Sehanovic, Dostovic, Smajlovic & Avdibegovic, 2011, p. 294). Cette dernière est touchée dès l’annonce du diagnostic et diminue de 30 à 40 % par rapport à la population générale. L’activité physique, la vie sociale et professionnelle ainsi que la santé mentale et émotionnelle représentent plusieurs des domaines altérés par la maladie (De Morand, 2010, p. 107).

2.2.

Les troubles vésico-sphinctériens et la sclérose en plaques

Les symptômes vésico-sphinctériens sont très fréquents dans la SEP. Ils sont principalement dus à l’atteinte de la moelle épinière et peuvent donc intervenir tôt dans la maladie (Tourbah & Lyon-Caen, 1999, p. 180). En effet, « les troubles vésico-sphinctériens sont extrêmement polymorphes, et apparaissent dans la grande majorité des cas dans les 10 premières années de l’évolution de la maladie» (Bart et al., 2007, p. 358). La prévalence de ces troubles varie selon les études ; ceci pourrait être dû à des différences liées au type de forme de SEP, à la durée de la maladie, au degré de handicap (EDSS) [annexe I] et à une possible sous-évaluation de la part des praticiens (p. 358). Il est intéressant

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5 de constater que 3 à 5 ans après le diagnostic, la moitié des patients développe des dysfonctions urinaires (McClurg, Ashe, Lowe-Strong, 2008a, p. 231) ; après 10 ans, 96 % seraient concernés par ces problèmes (Pentyala et al., 2010, p. 37). Les hommes, indépendamment de la pathologie, sont moins sujets aux TVS et moins rapidement que les femmes. Cela s’explique par les spécificités anatomiques du périnée de la femme, l’apparition de prolapsus vaginaux, la grossesse ainsi que la ménopause (Jaunin-Stalder & Lagro-Janssen, 2013, p. 1536). Finalement, la prévalence des TVS augmente avec l’évolution de la SEP et semble concorder avec le degré de handicap (Bart et al., 2007, p. 360). Les TVS font notamment partie des paramètres évalués par l’EDSS.

2.3.

Typologie des troubles vésico-sphinctériens

Tout d’abord, il est nécessaire de connaître le fonctionnement physiologiquement normal du système urinaire. Lorsque l’appareil urinaire ne présente aucun problème, le processus de miction est vécu comme quelque chose de naturel et maîtrisé. La vessie, en se remplissant, se dilate. Des signaux sont alors envoyés au SNC, ce qui permet une relaxation du détrusor, muscle lisse tapissant la paroi de la vessie, ainsi que la contraction du sphincter interne. Ceci est le réflexe de continence. Puis lorsque le moment d’uriner est venu, le cerveau renvoie des signaux à la moelle épinière qui déclenche le réflexe mictionnel. Celui-ci, dirigé par le système parasympathique, provoque simultanément une contraction du détrusor et un relâchement du sphincter vésical externe, qui laisse passer l’urine dans l’urètre (Mehdi J., s.d., p. 4 ; Kalb & Holland, 2007, pp. 6-7).

Les lésions, dans le cerveau ou la moelle épinière, spécifiques à la SEP (démyélinisation, zones d’inflammation, lésion neuronale) provoquent parfois une interférence de ces différents signaux entre l’appareil urinaire et le cerveau. Trois types principaux de TVS peuvent en découler : les problèmes de stockage (symptômes irritatifs), les difficultés de vidange (symptômes obstructifs) et les troubles mixte (dyssynergie du sphincter et du détrusor).

Les symptômes irritatifs, donc les difficultés à retenir l’urine, sont les TVS les plus fréquents dans la SEP. Ils sont en partie dus à l’hyperactivité du détrusor qui se contracte dès qu’une petite quantité d’urine s’accumule dans la vessie, entrainant alors rapidement un besoin d’uriner. La démyélinisation de la moelle épinière crée des difficultés à acheminer correctement les informations de la vessie au cerveau et sans la participation de celui-ci, le processus de miction est moins bien contrôlé. Ces troubles peuvent causer plusieurs symptômes tels que des mictions impérieuses, des mictions fréquentes, des mictions nocturnes ainsi que de l’incontinence.

Les symptômes obstructifs résultent d’une mauvaise coordination des groupes musculaires environnants et peuvent également provoquer des mictions impérieuses ainsi que de l’incontinence, mais aussi un retard à la miction ainsi que des égouttements (Di Benedetto Delneri, Biasutti, Bragadin

& Giorgini, 2008, p. 348 ; Kalb & Holland, 2007, pp. 10-12).

Les troubles mixtes sont dus aux lésions multifocales du SNC. Ils provoquent une contraction simultanée du détrusor et des sphincters vésicaux. L’activation du détrusor produit une contraction

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6 involontaire du sphincter interne et/ou externe. Des symptômes de vidange incomplète, d’hésitation mictionnelle et de discontinuité du flux urinaire en sont les symptômes (Di Benedetto et al, 2008, p. 349 ; Kalb & Holland, 2007, p. 12 ; De Ridder et al., 2013, p. 2034).

Les problèmes d’incontinence urinaire sont les conséquences, le plus souvent, d’une instabilité du muscle vésical. Celu-ci peut présenter un trouble de la contraction, une hyperactivité ou la combinaison des deux.

L’incontinence a une répercussion néfaste pour les patients, que ça soit sur la vie sociale, professionnelle ou intime (De Morand, 2010, p. 153). L’échelle de Ditrovie, par exemple, permet d’évaluer l’impact des troubles vésico-sphinctériens sur la vie quotidienne. Elle comporte 10 items cotés de 1 (peu gêné) à 5 (extrêmement gêné), portant sur l’activité, le psychisme, le sommeil et la qualité de vie du patient (Amarenco & al., 1997, p. 24). Le score final est ensuite divisé par 10 et interprété selon l’échelle de cotation (1 à 5) (De Morand, 2010, p. 119).

La typologie des dysfonctions vésicales ne semble pas avoir de lien avec le genre évolutif de SEP, l’âge du patient, la durée d’évolution de la pathologie ou encore le degré de handicap. De plus, le type de TVS varie selon chaque patient, mais également au court de la maladie. C’est pourquoi l’examen urodynamique (mesure de la pression, du débit, de la force musculaire, etc.) est un examen clé permettant de définir le type de trouble urinaire et ainsi de proposer un traitement adapté au patient (Di Benedetto et al., 2008, p. 350 ; Bart et al., 2007, pp. 358-360 ; Tourbah & Lyon-Caen, 1999, pp. 180-181).

Les complications (calculs, diverticules, infections urinaires, pyélonéphrites, reflux vésico-urétéral, insuffisance rénale, hydronéphrose) suite aux différents problèmes vésicaux peuvent provoquer une pseudo-exacerbation et déclencher une aggravation temporaire d’autres symptômes liés à la SEP ressemblant à une poussée (Kalb & Holland, 2007, pp. 12-13). L’insuffisance rénale est une des complications pouvant engager le pronostic vital du patient (Amarenco, 2010). Jusqu’à 40 % des patients développent ces complications. L’infection urinaire représente un des problèmes le plus fréquent. Elle concerne 11 à 74 % des patients. Sa conséquence est une hausse de la température, qui provoque alors l’aggravation temporaire de l’état général du malade (Bart et al., 2007, pp. 360-362).

2.4.

Impact des troubles vésico-sphinctériens sur la qualité de vie

Les troubles liés à une vessie pathologique ont un impact non négligeable sur la QdV. Celle-ci est d’avantage diminuée dans une population atteinte de la SEP que chez des patients qui n’ont pas de problèmes neurologiques. De plus, même si certains patients ont une mauvaise perception de leur QdV, l’impact délétère sur celle-ci est largement démontrable (Quarto et al., 2006, p. 189).

L’urgence mictionnelle représente, selon plusieurs auteurs, le symptôme le plus dérangeant affectant notamment la QdV (Gobbi et al., 2011, p. 1514 ; de Sèze et al., 2011, p. 306).

L’intégration sociale, la psychologie, les activités physiques, le sommeil, la vie professionnelle et sexuelle sont les domaines les plus touchés par ces symptômes et ont un effet

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7 considérable sur la QdV (Amarenco, 2010 ; Siegert & Abernethy, 2005). Ces divers domaines semblent d’autant plus affectés lorsque le score de sévérité des symptômes urinaires décrit dans le King Health Questionnaire (KHQ) est élevé. Les conséquences émotionnelles régulièrement rencontrées sont alors l’embarras, la frustration, l’anxiété et la dépression (Quarto et al., 2006, p. 192).

Les questionnaires les plus communément utilisés pour l’évaluation de la QdV en lien avec les TVS sont, entre autre, l’Incontinence Quality of Life Instrument, le KHQ et le Short Form 36 Health Survey Questionnaire (SF-36). Il n’existe pas de questionnaire évaluant la QdV et étant spécifique aux vessies neurogènes. Toutefois, deux instruments de mesure propres à la SEP sont disponibles : le QUALIVEEN et le Multiple Sclerosis Quality of Life Instrument (MSQoL-54) (Pannek et al., 2013, p. 60 ; Opara, Jaracz & Brola, 2010, p. 353).

Comme mentionné précédemment, les symptômes urinaires provoquent énormément de difficultés personnelles et sociales pour les patients atteints de la SEP. Il est souvent très important pour ces personnes de justifier leurs troubles urinaires auprès des autres : la cause de ces problèmes a pour origine leur maladie neurologique et non une manifestation précoce de sénilité ou un problème psychiatrique (Rose & Jones, 1987, pp. 139-140).

2.5.

Traitements principaux des troubles vésico-sphinctériens

Pour une prise en charge efficace des TVS, il est nécessaire de s’assurer que les problèmes sont bien dus à la SEP ainsi que de connaître le type de vessie neurogène du patient. Notons que cette évaluation n’est malheureusement pas toujours faite (Herndon & Seil, 1994, p. 217).

La littérature présente différents traitements selon l’origine des problèmes vésicaux présentés précédemment :

« Hyperactivité du détrusor » ou symptôme irritatif (65 % des cas) : le traitement principal des troubles de stockage est pharmacologique. Le but est de diminuer l’activité musculaire du détrusor. Il comporte des médicaments anticholinergiques muscariniques ou transdermiques. Si ceux-ci ne sont pas efficaces ou non-tolérés, l’injection intra-détrusorienne de toxine botulinique est proposée afin de neutraliser le tonus élevé du détrusor. Le baclofène, parfois proposé aux patients, est plus profitable pour les problèmes de spasmes musculaires plutôt que pour diminuer une hyperactivité

Figure 1 : Domaines influençant la qualité de vie

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8 vésicale. En cas d’échec du traitement pharmacologique, des approches chirurgicales comme la cystoplastie d’agrandissement s’avèrent être très utiles.

« Hypocontractilité du détrusor » ou symptôme obstructif (20 % des cas) : les traitements médicamenteux, qui ont ici pour objectif d’agir sur le tonus sphinctérien, sont globalement inefficaces pour ce type de vessie neurogène. Ces traitements pharmacologiques comportent les alpha-bloquants ou la toxine botulinique. Le traitement par thérapie comportementale peut sembler d’avantage adéquat si le patient ne présente pas d’obstruction sous-vésicale provoquée par une hypertonicité sphinctérienne. Le principe de cette prise en charge est de faire une vidange vésicale par Valsalva ou miction réflexe (manœuvre de Crédé), qui consiste à s’appliquer soi-même des pressions supra-pubiennes pour aider à vidanger (Lin et al, 2012, p. 144). Enfin, il est de plus en plus proposé aux malades de pratiquer l’auto-cathétérisme intermittent, qui permet d’améliorer leur autonomie et leur confort. En dernier recours, pour les patients incapables de recourir à l’auto-sondage, une autre option est l’incontinentation prothétique ou chirurgicale. • « Dyssynergie du sphincter et du détrusor » ou troubles mixtes (25 % des cas) : dans cette

situation, il est important de déterminer le trouble sphinctérien prédominant afin d’adapter au mieux la prise en charge thérapeutique. Il est généralement nécessaire d’utiliser plusieurs stratégies de traitement pour ces patients présentant des difficultés de vidange ainsi que des troubles de stockage. L’auto-cathétérisation intermittente est prescrite pour évacuer le volume résiduel post-mictionnel et les anticholinergiques ou antimuscariniques permettent de relâcher le détrusor. (Schwartz & Iselin, 2009, pp. 2454-2455 ; Yonnet Fjeldstad, Carlson & Rose, 2013, p. 68 ; De Ridder et al., 2013, p. 2034 ; Kalb & Holland, 2007, p. 25 ).

Les traitements les plus communs demeurent la prise médicamenteuse et l’auto-cathétérisation intermittente. Cependant, ces approches ont des limites telles que les effets pharmacologiques indésirables ou la non-compliance des patients pour l’auto-cathétérisation (Madersbacher et al., 2002). Aujourd’hui, les injections de toxine botulinique dans le détrusor appartiennent aux moyens thérapeutiques efficaces de base dans le but de lutter contre l’hyperactivité de la vessie neurologique. Les effets bénéfiques d’une injection peuvent durer jusqu’à 9 mois. L’auto-sondage est régulièrement associé à ce traitement, car l’effet secondaire majeur de la toxine botulinique est la paralysie du détrusor (Denys & Kerdraon, 2011, p. 127). La neuromodulation sacrale a elle aussi démontré de très bons résultats pour les vessies neurogènes des individus souffrant de la SEP. Cette technique consiste à l’implantation d’une électrode au niveau des racines sacrées S3. Ceci nécessite en revanche une courte hospitalisation. La stimulation se fait en continu et est adaptable par le patient. Il est parfois nécessaire de repositionner ou de remplacer l’implant (Groen & Bosch, 2001, pp. 726-727).

D’autres approches physiothérapeutiques, moins étudiées jusqu’à présent, existent également. Il s’agit du RPP, du biofeedback, de l’ENM et de la neuromodulation du nerf tibial postérieur (McClurg et al., 2008a, p. 231 ; de Sèze et al., 2011, p.306).

(16)

9

2.6.

Prise en charge physiothérapeutique

La rééducation périnéale, ensemble de techniques non chirurgicales et non pharmacologiques, en physiothérapie comporte quatre traitements distincts, comme cités précédemment :

Le renforcement du plancher pelvien : cette méthode a été instaurée en 1948 par le Dr Kegel, gynécologue américain, dans le but de redonner du tonus, de l’endurance, de la résistance et de la force aux muscles périnéaux post-partum. Elle s’est ensuite développée pour différents types de problèmes vésicaux et sexuels. Cette technique consiste en une série d’exercices musculaires actifs de contraction et relaxation alternatifs. Pour le traitement de l’incontinence urinaire, elle s’utilise comme moyen préventif ou curatif (Villet, Salet-Lizée, Cortesse & Zafiropulo, 2005, p. 90 ; Grosse & Sengler, 1998, p. 67).

Le biofeedback : il est apparu comme moyen thérapeutique dans les années 1970. Basmajan l’a décrit ainsi : « technique utilisant un équipement habituellement électronique pour révéler aux êtres humains, de manière continue et instantanée, certains événements physiologiques internes normaux ou anormaux sous forme de signaux visuels ou auditifs. » Le but est donc de manipuler des éléments involontaires ou inconscients à l’aide d’autres signaux. Le patient doit changer une réponse inadaptée ou alors mettre en place une nouvelle réponse physiologique (Grosse & Sengler, 1998, p. 70).

En cas de troubles vésicaux, le biofeedback, technique active, a pour objectif d’améliorer l’activité musculaire tant en puissance, qu'en rapidité et en endurance. Une sonde endovaginale ou endoanale avec électrodes permet de capter les potentiels électriques. Ceux-ci sont ensuite transmis à un écran où des signaux reconnaissables apparaissent. Le sujet peut alors modifier son action en se basant sur ces indices (Villet et al., 2005, pp. 94-95).

L’électrostimulation neuromusculaire : ce moyen de traitement fut utilisé les premières fois pour l’incontinence urinaire en 1960 (Grosse & Sengler, 1998, p. 77). Cette technique passive a pour objectif d’améliorer certaines propriétés biophysiques des fibres musculaires. La réponse musculaire est directe et réflexe par l’intermédiaire du nerf pudendal. Une sonde endovaginale ou endoanale permet de stimuler la musculature en envoyant des courants électriques alternatifs ou biphasiques pour la rééducation périnéale. Il faudrait idéalement avoir une intensité la plus haute possible. Différents rôles peuvent être donnés à l’électrostimulation : un effet excito-moteur afin de rétablir le schéma moteur lorsqu’utilisé en début de prise en charge (testing musculaire coté entre 0 et 2), permettre un renforcement musculaire direct, transformer le muscle en augmentant les fibres I (augmentation de la résistance) ainsi qu’inhiber la contraction du détrusor grâce au réflexe périnéo-détrusorien (Villet et al., 2005, pp. 96-97).

La neuromodulation du nerf tibial postérieur : l’hyperactivité vésicale peut être inhibée grâce à la stimulation du nerf tibial postérieur. Ce dernier, mixte, est constitué des fibres provenant de L4 à S3. Il possède le même segment spinal d’origine que celui correspondant à l’innervation du

(17)

10 plancher pelvien. Le mécanisme d’action de la stimulation de ce nerf n’est pas encore prouvé, mais les spécialistes pensent qu’une inhibition de l’activité vésicale est possible grâce à une dépolarisation de ces fibres somatiques afférentes lombaires et sacrées (de Sèze et al., 2011, p. 307).

Cette technique, non invasive, peut être appliquée par voie transcutanée (TENS) par le biais d’électrodes ou percutanée (PENS) à l’aide d’une aiguille. Le site de stimulation du nerf se situe 5 cm au-dessus de la malléole interne, derrière le bord interne du tibia. Plusieurs études ont démontré l’efficacité de cette technique chez des populations neurologiques et non neurologiques (Denys & Kerdraon, 2011, p. 127).

3.

PROBLÉMATIQUE

En physiothérapie les prises en charge uro-gynécologiques se développent de plus en plus. Le domaine de la pédiatrie, les suivis pré- et post-partum, post-chirurgicaux sont les plus étudiés. En neurologie et particulièrement pour la SEP, la littérature est moins développée. Cependant, plusieurs études décrivent l’efficacité des traitements physiothérapeutiques pour les populations atteintes de la SEP. Des résultats encourageants ont été démontrés pour le renforcement du plancher pelvien et l’électrostimulation (Lùcio et al., 2011 ; Primus & Kramer, 1996). Pour sa part, le biofeedback, utilisé seul, n’aurait pas de réel bénéfice (Klarskov, Heeley, Nyholt, Rottensten & Nordenbo, 1994). Quant à l’électrostimulation du nerf tibial, des études démontrent une possible amélioration des vessies hyperactives dans la SEP. Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer son efficacité (Kabay et al., 2009, p. 968).

Suite aux éléments décrits ci-dessus, à la haute prévalence des TVS chez les patients touchés par la SEP et à leur impact négatif important sur la QdV, nous souhaitons étudier et comparer de plus près les différentes prises en charge physiothérapeutiques.

Ainsi, voici notre question de recherche : Qualité de vie et sclérose en plaques : quelles sont

(18)

11

4.

MÉTHODOLOGIE

4.1.

Stratégie de recherche

Nous avons effectué nos recherches d’octobre 2013 à janvier 2014. Notre travail étant quantitatif et spécifique au domaine de la physiothérapie, nous avons choisi les bases de données PubMed, CINHAL, Embase et PEDro pour notre recherche d’articles. Nos équations de recherches ont été adaptées selon les différentes bases de données.

BASES DE

DONNÉES ÉQUATIONS DE RECHERCHE

Pubmed

("Urinary Bladder"[Mesh] OR "Urinary Tract"[Mesh] OR "Urinary Bladder, Neurogenic"[Mesh] OR "Urinary Bladder, Overactive"[Mesh] OR "Lower Urinary Tract Symptoms"[Mesh:noexp] OR "Urinary Incontinence"[Mesh] OR "Pelvic Floor Disorders"[Mesh] OR "Pelvic Floor"[Mesh]) AND (Search[All Fields] AND "Biofeedback, Psychology"[Mesh] OR "Electric Stimulation Therapy"[Mesh:noexp] OR "Transcutaneous Electric Nerve Stimulation"[Mesh] OR "Exercise Therapy"[Mesh]) AND "Multiple Sclerosis"[Mesh]

CINHAL

(MH "Multiple Sclerosis") AND (MH "Urinary Tract") OR (MH "Bladder") OR (MH "Bladder, Neurogenic") OR (MH "Urination Disorders+") OR (MH "Pelvic Floor Muscles") AND (MH "Kegel Exercises") OR (MH "Biofeedback") OR (MH "Electrical Stimulation, Neuromuscular") OR (MH "Transcutaneous Electric Nerve Stimulation")

Embase

'multiple sclerosis'/exp AND 'urinary tract'/de OR 'bladder'/de OR 'urinary dysfunction'/exp OR 'pelvic floor disorder'/exp OR 'pelvis floor'/exp AND 'pelvic floor muscle training'/exp OR 'muscle training'/exp OR 'neuromuscular electrical stimulation'/exp OR 'transcutaneous nerve stimulation'/exp OR 'electrostimulation therapy'/de OR 'feedback system'/exp

PEDro

Multiple sclerosis AND urinary bladder Multiple sclerosis AND urinary incontinence Multiple sclerosis AND pelvic floor

Multiple sclerosis AND biofeedback

(19)

12

4.2.

Critères d’inclusion et d’exclusion

Les critères d’inclusion et d’exclusion sont :

Population : personnes atteintes de la SEP et présentant des troubles urinaires, hommes et/ou femmes de plus de 18 ans ; EDSS ≤ 7,5 (équivalent à la possibilité de se déplacer seul en fauteuil et la capacité d’aller aux WC, seul ou avec aide).

Intervention : les différentes prises en charge physiothérapeutiques : RPP, biofeedback, ENM, stimulation transcutanée du nerf tibial postérieur (STNTP) et stimulation percutanée du nerf tibial postérieur (SPNTP).

Outcome : qualité de vie. Les études doivent évaluer celle-ci à l’aide de questionnaires. Tout type de questionnaire évaluant la qualité de vie est inclus.

Autres critères d’inclusion : étude quantitative, dès 1990 (apparition des interférons beta ; protéine principale pour le traitement de la SEP (Confavreux, Grimaud & Moreau, 1999, p. 199), en français, anglais ou espagnol ; tous types de design.

Critères d’exclusion : étude dans d’autres langues que mentionnées précédemment.

4.3.

Qualité des articles

Considérant le faible nombre d’articles présents dans la littérature et répondant à notre thématique, la qualité de ceux-ci n’a pas été un critère d’inclusion dans notre revue. Cependant nous l’avons tout de même évaluée de manière à pouvoir ajouter un regard critique à l’analyse de nos résultats.

Notre sélection comprenant des études de designs différents, notre choix de grille d’évaluation s’est porté sur les échelles PEDro et MINORS [annexe II]. Ces deux grilles, validées, permettent de coter la qualité des articles et sont utilisables respectivement pour des études randomisées contrôlées (RCT) et non randomisées (Slim & al., 2003 ; De Morton, 2009). La grille PEDro contient 11 items, le premier (critère d’éligibilité) n’étant pas comptabilisé dans le score total, basé sur 10 points. Une réponse donnée par « oui » vaut 1 point et par « non » 0 point. Ceux-ci sont octroyés si les critères sont rédigés clairement dans l’étude. L’échelle MINORS, quant à elle, comporte 12 items scorés sur 0 (non mentionné), 1 (mentionné mais inadéquat) ou 2 (mentionné et adéquat) points. Elle totalise 16 points maximum pour les études non comparatives et sur 24 points en cas d’étude comparative.

Ces différentes évaluations, faites indépendamment chacune de notre côté, ont été discutées ensemble de manière à trouver un accord pour les items où nos avis divergeaient. Nous avons également comparé nos scores obtenus à l’aide de l’échelle PEDro avec ceux donnés par la base de données PEDro. Nos résultats concordaient totalement.

(20)

13

(21)

14

5.

RÉSULTATS

5.1.

Résultats de la recherche documentaire

Chaque étape de la sélection des articles s’est faite dans un premier temps de manière individuelle. Par la suite, nos résultats ont été mis en commun. Une première sélection a été faite à partir des titres et des résumés, puis les doublons ont été éliminés. Suite à cela, il restait 20 articles. En se basant sur les critères d’inclusion et d’exclusion décris ci-dessus, 6 articles ont été conservés.

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15 5.1.1. Etudes sélectionnées

1. Gobbi, C., Digesu, G. A., Khullar, V., El Neil, S., Caccia, G., & Zecca, C. (2011). Percutaneous posterior tibial nerve stimulation as an effective treatment of refractory lower urinary tract symptoms in patients with multiple sclerosis: preliminary data from a multicentre, prospective, open label trial. Multiple Sclerosis Journal, 17(12), 1514-1519.

2. McClurg, D., Ashe, R. G., Marshall, K., & Lowe-Strong, A. S. (2006). Comparison of

pelvic floor muscle training, electromyography biofeedback, and neuromuscular electrical stimulation for bladder dysfunction in people with multiple sclerosis: a randomized pilot study. Neurourology and

urodynamics, 25(4), 337-348.

3. McClurg, D., Ashe, R. G., & Lowe-Strong, A. S. (2008). Neuromuscular electrical

stimulation and the treatment of lower urinary tract dysfunction in multiple sclerosis : a double blind, placebo controlled, randomised clinical trial. Neurourology and Urodynamics, 27(3), 231-237.

4. McClurg, D., Lowe-Strong, A., & Ashe, R. G. (2008). The benefits of pelvic floor muscle training in people with multiple sclerosis and lower urinary tract dysfunction. Journal of the

Association of Chartered Physiotherapists in Women’s Health, 103, 21-28.

5. Lúcio, A. C., Perissinoto, M. C., Natalin, R. A., Prudente, A., Damasceno, B. P., & D'ancona, C. A. L. (2011). A comparative study of pelvic floor muscle training in women with multiple sclerosis : its impact on lower urinary tract symptoms and quality of life. Clinics, 66(9), 1563-1568.

6. De Sèze, M., Raibaut, P., Gallien, P., Even-Schneider, A., Denys, P., Bonniaud, V., ... &

Amarenco, G. (2011). Transcutaneous posterior tibial nerve stimulation for treatment of the overactive bladder syndrome in multiple sclerosis: results of a multicenter prospective study. Neurourology and

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16 5. 1. 2. T ab le au d es cr ip ti f de s ét ud es A ut eu rs D es ig n L ie u O bj ec ti f P op ul at io n In te rv en ti on O ut ils d e m es ur e R és ul ta ts Sc or e de qu al it é de S èz e et a l. (2 01 1) É tu de lo ng it ud in al e qu as i-ex pé ri m en ta le à gr ou pe u ni qu e F ra nc e É va lu er l’ ef fi ca ci té d e la S T N T P c he z le s pa ti en ts at te in ts d e la S E P e t a ya nt un e hy pe ra ct iv it é vé si ca le N = 7 0 51 f em m es 19 h om m es S T N T P 1x /j ou r pe nd an t 1 2 se m ai ne s • Q U A L IV E E N L es s ym pt ôm es d’ hy pe ra ct iv it é vé si ca le ai ns i q ue la Q dV se m bl en t p ou vo ir ê tr e am él io ré s M : 11 /1 6 G ob bi e t al . (2 01 1) É tu de lo ng it ud in al e qu as i-ex pé ri m en ta le à gr ou pe u ni qu e S ui ss e É va lu at io n de l’ ef fi ca ci té , de la s ûr et é et d e l’ im pa ct su r la Q dV d e la S P N T P ch ez d es p at ie nt s so uf fr an t de la S E P e t p ré se nt an t d es T V S N = 1 8 16 f em m es 2 ho m m es S P N T P 1x /s em ai ne pe nd an t 1 2 se m ai ne s • K H Q M oy en d e tr ai te m en t pe rt in en t, sé cu ri ta ir e et bi en to lé ré . A m él io ra ti on si gn if ic at iv e de s di ff ér en ts o ut co m es M : 12 /1 6 L úc io e t al . (2 01 1) R C T B ré si l E ff ic ac it é du R P P c om pa ré à un tr ai te m en t p la ce bo s ur le s T V S e t s on im pa ct s ur la Q dV d es f em m es to uc hé es pa r la S E P N = 3 5 fe m m es G 1 : R P P G 2 : p la ce bo • S F -3 6 • Q U A L IV E E N • IC IQ -S F A m él io ra ti on d es T V S e t ef fe t p os it if s ur la Q dV da ns le G 1 P : 6/ 10

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17 M cC lu rg et a l. (2 00 8a ) R C T R oy au m e-U ni É va lu er l’ ef fi ca ci té d u bi of ee db ac k et d u R P P ve rs us l’ ef fi ca ci té d u bi of ee db ac k, d u R P P e t d e l’ E N M s ur le s T V S d e pe rs on ne s so uf fr an t d e la S E P N = 7 4 57 f em m es 17 h om m es G 1 : b io fe ed ba ck + R P P + E N M pl ac eb o G 2 : b io fe ed ba ck + R P P + E N M 1x /s em ai ne pe nd an t 9 se m ai ne s • II Q • U D I • IP S S B én éf ic es a ug m en té s et d’ av an ta ge s du ra bl es lo rs qu ’i l y a d e l’ E N M aj ou té e au x d eu x au tr es te ch ni qu es P : 9/ 10 M cC lu rg et a l. (2 00 8b ) É tu de lo ng it ud in al e qu as i-ex pé ri m en ta le à gr ou pe u ni qu e R oy au m e-U ni D ét er m in er s i l e R P P ac co m pa gn é d’ ex er ci ce s à do m ic il e am él io re le s T V S de s pa ti en ts a tt ei nt s de la S E P N = 3 6 26 f em m es 11 h om m es B io fe ed ba ck 1x /s em ai ne e t ex er ci ce s à do m ic il e pe nd an t 9 se m ai ne s • IP S S L e R P P a m él io re ra it le s sy m pt ôm es u ri na ir es e t la Q dV . P os si bi li té d e l’ in cl ur e da ns u n pr og ra m m e de ré ha bi li ta ti on M : 14 /1 6 M cC lu rg et a l. (2 00 6) R C T R oy au m e-U ni D ét er m in er l’ ef fi ca ci té d ’u n pr og ra m m e de tr ai te m en t co m pr en an t d u bi of ee db ac k, du R P P e t d e l’ E N M p ou r la pr is e en c ha rg e de s T V S d es fe m m es a tt ei nt e de la S E P N = 3 0 fe m m es G 1 : R P P G 2 : R P P + bi of ee db ac k G 3 R P P + bi of ee db ac k + E N M 1x /s em ai ne pe nd an t 9 se m ai ne s • K H Q • II Q • U D I • M S Q oL -5 4 U ne c om bi na is on d es tr ai te m en ts p ou rr ai t ré du ir e le s sy m pt ôm es ur in ai re s P : 6/ 10 N : no m br e ; P : P E D ro ; M : M IN O R S ; K H Q : T H E K IN G ’S H E A L T H Q U E S T IO N N A IR E ; SF -3 6 : Sh or t F or m ( 36 ) H ea lt h S ur ve y ; IC IQ -S F : T he I nt er na ti on al C on su lt at io n on I nc on tin en ce Q ue st io nn ai re S ho rt F or m ; II Q : I nc on ti ne nc e Im pa ct Q ue st io nn ai re -S ho rt F or m ; U D I : U ro ge ni ta l D is tr es s In ve nt or y S ho rt F or m , IP SS : In te rn at io na l P ro st at e S ym pt om S co re , M SQ oL -5 4 : M ul tip le S cl er os is Q ua li ty o f L if 5 4 In st ru m en t

(25)

18 5.1.3. Résumé des études

De Sèze et al. (2011) ont souhaité investiguer l’action de la STNTP sur des symptômes dus à une hyperactivité vésicale chez des personnes atteintes de la SEP et réfractaires aux anticholinergiques. Un seul groupe intervention, composé de 70 sujets, a été évalué. Tous ont suivi une séance d’apprentissage de la technique, puis ont dû pratiquer celle-ci 20 minutes par jour à domicile pendant 3 mois. Les évaluations se sont faites à J0, J30 et J90. La QdV a pu être appréciée à l’aide du questionnaire QUALIVEEN. Une mesure de la compliance des patients a complété l’évaluation, celle-ci a été excellente. La conclusion de l’étude conclut que la STNTP peut être efficace pour soulager les symptômes d’une hyperactivité vésicale neurogène et ainsi diminuer ses conséquences négatives sur la QdV.

Gobbi et al. (2011) ont fait une recherche sur l’efficacité, la sûreté et l’impact sur la QdV de la SPNTP dans une population touchée par la SEP et présentant des TVS. 18 sujets, ayant un EDSS moyen de 4,5, ont constitué le groupe intervention. Tous les individus inclus étaient non-répondants ou intolérants à la prise de médicaments pour les troubles mictionnels. Ils ont suivi quotidiennement 30 minutes de traitement, pendant 12 semaines. La QdV a été mesurée avant et après la période d’intervention grâce au KHQ. Les résultats démontrent que cette technique est pertinente, sécuritaire et bien tolérée chez ce type de patients. Une amélioration significative des différents outils de mesure a également été mise en évidence.

Dans leur étude Lùcio et al. (2011) ont souhaité comparer le RPP avec un traitement placebo pour la prise en charge des TVS et de déterminer leurs effets sur la QdV des femmes souffrant de la SEP. Pour cela 35 femmes ont été randomisées en deux groupes. Les patientes prenant des anticholinergiques étaient inclues uniquement si elles suivaient ce traitement depuis au moins 3 mois. La moyenne de l’EDSS était de 3,4 pour le premier groupe et de 3,3 pour le second. L’intervention a duré 12 semaines. Le traitement des patientes du groupe 1 consistait en du RPP avec l’assistance d’un périnéomètre, deux fois par semaine pendant 30 minutes. Elles ont également dû pratiquer trois fois par jour à domicile les exercices appris lors des séances. Il leur a été conseillé de les intégrer dans leurs activités quotidiennes. L’intervention des patientes du groupe 2 comprenait l’insertion d’un périnéomètre pendant 30 minutes lors des deux séances hebdomadaires. Contrairement au groupe 1, aucune contraction musculaire n’était demandée et les participantes ne devaient pas pratiquer d’exercices à domicile. La QdV a été évaluée aux semaines 0 et 12 à l’aide du SF-36, ICIQ-SF et du QUALIVEEN. Les interventions ont été faites par le même physiothérapeute et les évaluations par deux physiothérapeutes différents. La compliance des sujets a été basée sur la présence des participantes aux rendez-vous à la clinique. Aucune différence entre les groupes n’a été soulignée. Les

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19 auteurs précisent que l’amélioration des TVS par le RPP a un effet positif sur la QdV par rapport au traitement placebo.

L’étude de McClurg et al. (2008a) a pour but d’évaluer l’efficacité de l’ENM additionnée à du RPP et du biofeedback sur les symptômes urinaires ainsi que sur la QdV de patients atteints de la SEP. Pour cela, ils ont randomisé 74 patients dans 2 groupes distincts. Le premier groupe a un EDSS moyen de 4,9 et le second 4,7. Tous les participants ont suivi un programme de RPP et de biofeedback. La différence d’intervention entre les deux groupes est que le groupe 1 a suivi de l’ENM placebo (pas d’activation de l’électrode) alors que le groupe 2 a reçu réellement ce dernier. La procédure a duré 9 semaines. Tous les patients ont reçu hebdomadairement 15 minutes de biofeedback, ont pratiqué quotidiennement à domicile des exercices de RPP ainsi que 30 minutes maximum d’ENM. Les résultats ont été évalués par un physiothérapeute aux semaines 0, 9, 16 et 24. Les questionnaires IIQ, UDI et IPSS ont été utilisés pour tester la QdV. La compliance des sujets a également été mesurée, sans résultat retranscrit. Les auteurs concluent que le RPP associé à du biofeedback améliorent significativement la QdV et que l’addition d’ENM augmente et fait durer les bénéfices.

McClurg et al. (2008b) ont cherché à déterminer si le RPP améliorerait les troubles urinaires et la QdV des personnes atteintes de la SEP. Un seul groupe de 37 patients a suivi le programme d’intervention comprenant des exercices de RPP à domicile à pratiquer 5 fois par jour et du biofeedback lors du rendez-vous hebdomadaire. 11 sujets étaient sous anticholinergiques durant l’étude. La moyenne de l’EDSS des participants sélectionnés était de 4,9. Le programme de réhabilitation a duré 9 semaines. L’évaluation s’est faite aux semaines 0, 9, 16 et 24 par un chercheur indépendant. La compliance des sujets a été mesurée sans précision. L’IPSS a été utilisé afin de coter la QdV. Enfin, les auteurs ont conclu que la diminution des symptômes urinaires a un effet significativement positif sur la QdV.

L’article de McClurg et al. (2006) a pour objectif de déterminer l’efficacité de différents programmes composés de RPP, de biofeedback et d’ENM, sur les dysfonctions vésicales de sujets touchés par la SEP. Un premier groupe a fait uniquement du RPP, un second a effectué en plus du biofeedback et un dernier groupe a reçu de l’ENM en plus des deux traitements énoncés précédemment. Au total, 30 femmes ont participé à l’étude dont 5 prenaient des anticholinergiques lors de l’étude. La moyenne de l’EDSS du groupe 1 est de 5,4, celle du groupe 2 est de 5,9 et le groupe 3 a une moyenne de 5,7. Elles ont été vues une fois par semaine pendant 9 semaines. Toutes ont reçu oralement et par écrit un enseignement de stratégies de prévention des TVS. Il leur a également été demandé de pratiquer des exercices de RPP 5 fois par jour, en position couchée puis au cours des activités de la vie quotidienne. Ces exercices ont été revus de manière hebdomadaire. Le groupe 2 a effectué des séances de biofeedback chaque semaine avec un physiothérapeute et à domicile. La durée de ces traitements dépendait à la fatigue des participantes. Le groupe 3 a reçu en

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20 plus de tout cela de l’ENM pendant les séances hebdomadaires et également à domicile. Les traitements duraient de 5 à 30 minutes selon la tolérance du patient. La compliance des sujets des groupes 2 et 3 a pu être mesurée, concluant à une bonne participation des sujets. Les évaluations ont été effectuées aux semaines 0, 9, 16 et 24. Le KHQ, le MSQoL-54, l’IIQ et l’UDI ont permis de mettre en évidence l’impact des traitements sur la QdV. Les auteurs concluent que ces moyens d’intervention, utilisés de manière combinée, peuvent réduire les symptômes urinaires et améliorer la QdV. Une intervention de RPP seul ne présente quant à elle pas de résultat d’amélioration.

5.1.4. Outils de mesures

Dans les différentes études choisies, plusieurs outils de mesure ont été utilisés pour évaluer la QdV des sujets. Sept questionnaires sont apparus dans les différents articles. Deux d’entre eux concernent spécifiquement l’impact des troubles urinaires dans une population atteinte de la SEP : le MSQoL-54 et le QUALIVEEN. Les cinq autres questionnaires ont pour but de mettre en lien les TVS et la QdV pour des sujets non spécifiques : l’IIQ et l’UDI, l’IPSS, le KHQ, l’ICIQ-SF. Tous les questionnaires pour lesquels nous avons obtenu l’accord d’utilisation sont disponibles en annexe IV.

La qualité d’un outil de mesure est donnée par ses caractéristiques psychométriques. Celles-ci sont déterminées en termes de validité, fiabilité et de sensibilité aux changements. Un instrument de mesure est valide « lorsqu’il mesure ce qu’il est censé mesurer. » (Béthoux & Calmels, 2012, p. 27). La fiabilité permet de déterminer, à l’aide de tests statistiques, si les données obtenues sont reproductibles et stables. La cohérence interne et la reproductibilité inter-observateurs et intra-observateurs quantifient cette fiabilité. Finalement, un outil de mesure sensible aux changements « doit être capable de détecter des changements qui ont une signification clinique.», lorsqu’il est créé pour mesurer les variations de l’état d’une population (Béthoux & Calmels, 2012, p. 29).

5.1.4.1. Multiple Sclerosis Quality of Life (MSQoL)-54 Instrument

Cet auto-questionnaire, validé, évalue la QdV d’une population atteinte de la SEP. Il contient 18 items spécifiques à la SEP. En plus des 54 items qui correspondent au SF-36. Les différentes catégories évaluées sont entre autre la QdV globale, le bien-être émotionnel, la détresse, la fonction et satisfaction sexuelle, la fonction cognitive, l’énergie, la douleur et la fonction sociale qui aborde notamment, les fonctions urologiques, etc. Cette échelle se cote sur 100 points. Un score élevé indique une meilleure QdV. La sensibilité aux changements n’a pas été établie pour cet instrument de mesure (Béthoux & Calmels, 2012, p. 361).

5.1.4.2. QUALIVEEN

Il s’agit d’un auto-questionnaire qui mesure le retentissement des TVS sur la QdV. Il a tout d’abord été développé et validé pour des sujets blessés médullaires. Par la suite, sa validité pour une population de personnes atteintes de la SEP a été reportée (Bonniaud et al., 2004, p. 1322) . La version

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21 longue de cet outil de mesure est divisée en deux parties. La première concerne l’impact spécifique des problèmes urinaires (ISPU) et comporte 30 items, focalisés sur 4 domaines spécifiques à la QdV (les gênes, les contraintes, les peurs et le vécu). La seconde partie, quant à elle, évalue la qualité de vie en générale (QdVG) à l’aide de 10 items cotés de -2 (très mal) à +2 (très bien). La version courte contient uniquement les questions sur l’ISPU. 5 points maximum sont attribués à chaque question, 0 point correspondant à l’absence d’impact des TVS sur la QdV (Bonniaud et al., 2005, p. 426). Cet instrument de mesure possède une validation psychométrique complète (Bonniaud, Bryant, Guyatt & Parratte, 2008, p. 3).

5.1.4.3. Incontinence Impact Questionnaire (IIQ)

C’est un questionnaire validé qui concerne une population féminine, permettant de spécifier le type de TVS et de quantifier l’impact de l’incontinence sur la QdV. Il se compose de 30 items divisés en 4 sous-catégories : activité physique, voyage, relations sociales et émotion (Béthoux & Calmels, 2012, pp. 299-300). 24 questions évaluent l’impact des TVS sur les activités et 6 le degré des effets de ces troubles sur divers sentiments. La cotation de chaque item se fait de 0 à 3 points. La patiente donne les points selon la manière que les TVS affectent ses activités ou sentiments, 0 correspondant à « pas du tout » et 3 à « énormément » (Shumaker, Wyman, Uebersax, McClish & Fantl, 1994, pp. 292-293). Une version courte de ce questionnaire existe également (Béthoux & Calmels, 2012, p. 300).

5.1.4.4. Urogenital Distress Inventory (UDI)

Ce questionnaire fiable et valide met en évidence les différents symptômes associés aux troubles urinaires et leur impact sur la QdV. Il ne concerne également que les femmes et existe aussi en version courte. Les sujets doivent répondre à une liste de 19 symptômes en indiquant s’ils sont concernés par ceux-ci et, si oui, à quel point. Ces symptômes sont regroupés en 3 sous-catégories : symptôme irritatif, symptôme de stress et symptôme d’obstruction/inconfort. La cotation est la même que pour le IIQ, c’est-à-dire 0 « pas du tout » et 3 « énormément ». Ces deux outils de mesure sont d’ailleurs très souvent utilisés de manière combinée. Leur qualité psychométrique a été évaluée comme bonne (Schumaker et al., 1994, pp. 292-298).

5.1.4.5. International Prostate Symptom Score (IPSS)

L’IPSS est un questionnaire validé, mais qui se limite aux troubles mictionnels obstructifs chez les hommes (Béthoux & Calmels, 2012, p. 299). Cependant, des auteurs ont pu évaluer une bonne validité et fiabilité de cet outil chez les femmes (Okamura, Nojiri, Osuga & Tange, 2009, p. 1202). Il se base sur 7 questions à propos des symptômes urinaires et une question sur la QdV du sujet. La cotation se fait de 0 à 5 pour les 7 premiers items et de 0 à 6 pour la QdV. Un score élevé correspond à des symptômes sévères. Pour une évaluation de la QdV, il est recommandé par The

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5.1.4.6. The King’s Health Questionnaire (KHQ)

Il s’agit d’un questionnaire, validé et fiable, visant à évaluer la QdV des femmes en lien avec les troubles urinaires. De récentes études ont démontré une bonne fiabilité et validité du KHQ chez les hommes. Sept domaines sont testés : limitations des activités, restrictions physiques et sociales, relations personnelles, émotions, sommeil et énergie, perception générale de l’état de santé et finalement, l’impact de l’incontinence. Une échelle de sévérité des symptômes urinaires est également incluse. Celle-ci est cotée de 0 (le mieux) à 30 (le pire) et les autres domaines de 0 (le mieux) à 100 points (le pire) (Reese, Pleil, Okano & Kelleher, 2003).

5.1.4.7. The International Consultation on Incontinence Questionnaire Short Form (ICIQ-SF)

Ce bref questionnaire sert à évaluer le niveau et l’impact de l’incontinence urinaire sur la QdV des patients. Il contient trois questions sur la fréquence, la sévérité ainsi que l’impact de l’incontinence sur la QdV. Il y a également une échelle de 8 items sur les causes possibles des fuites urinaires. Un score élevé représente un impact important sur la QdV (Lùcio, 2011, p. 1564). Les 3 qualités psychométriques ont pu être mises en évidence pour ce questionnaire (Avery et al., 2004, p. 328).

5.2.

Extraction des données

5.2.1. Population

La taille des échantillons des différentes études varie de 18 à 74 patients. Les sujets sont représentés par une majorité de femmes (215 femmes pour 49 hommes). Dans les études de Lùcio et al. (2011) et McClurg et al. (2006), il n’y a aucun homme. Les participants des six études ont entre 20 et 72 ans, avec une moyenne de 48 ans. De Sèze et al. (2011) ne donnent cependant pas les tranches d’âge. Les scores EDSS se situent entre 3,4 et 5,9. Seule l’étude de McClurg et al. (2006) a obtenu une moyenne supérieure à 5. Un article ne ressort aucune précision sur les scores EDSS des participants (de Sèze et al., 2011). Finalement, le diagnostic de la maladie a été posé il y a 1 an au plus tôt et 32 ans au plus tard.

Une étude ne précise également que peu ses critères d’inclusion et d’exclusion (Gobbi et al., 2011). Les autres recherches, par contre, ont des critères pertinents afin d’exclure des patients pouvant influencer les interventions et les résultats. De plus, la plupart des caractéristiques se retrouvent de manière homogène chez les auteurs [annexe V]. Les trois RCT précisent qu’il n’y a pas de différence statistiquement significative concernant les données démographiques entre les différents groupes (McClurg et al, 2008a ; Lúcio et al., 2011 ; McClurg et al., 2006).

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23 5.2.2. Intervention

Les traitements retrouvés dans les différentes études sont très hétérogènes. Trois études comparent deux ou trois groupes d’interventions (McClurg et al., 2008a ; McClurg et al., 2006 et Lùcio et al. 2011), alors que de Sèze et al. (2011), Gobbi et al. (2011) et McClurg et al. (2008b) n’évaluent qu’un seul groupe. Deux des RCT ont eu recours à un traitement placebo pour leur groupe contrôle. Les durées des interventions varient de 9 à 12 semaines. Les sujets sont suivis par les thérapeutes 1 ou 2 fois par semaine à l’exception des participants de l’étude de de Sèze et al. (2011) qui effectuent leur traitement uniquement à domicile. Trois études comportent un suivi post-intervention de 15 semaines (McClurg et al., 2008a, McClurg et al., 2008b et McClurg et al., 2006). Finalement, l’impact de ces interventions sur la QdV a été analysé par plusieurs questionnaires dans tous les articles sauf dans ceux de Gobbi et al. (2011) et de Sèze et al. (2011) qui n’en utilisent qu’un. Les interventions détaillées se trouvent en annexe VI.

5.2.3. Résultats des différents groupes d’interventions

Toutes les études ont décrété qu’un résultat était significatif si la valeur p est < 0.05.

5.2.3.1. RPP

McClurg et al. (2006) ne donnent aucun résultat chiffré pour les questionnaires MSQoL-54 et KHQ. Il est certainement sous-entendu qu’il n’y a pas d’amélioration significative pour ce groupe intervention par rapport aux deux autres groupes présents dans l’étude. Les résultats des scores totaux de l’IIQ et l’UDI ne sont pas non plus significatifs. Si l’on prend plus précisément les différentes sous-catégories de ces deux questionnaires, aucune ne présente d’amélioration significative. Une péjoration des items de l’IIQ sont même rencontrés à la semaine 9, avant de revenir par la suite identique à la semaine 0.

Figure

Figure 1 : Domaines influençant la qualité de vie

Figure 1 :

Domaines influençant la qualité de vie p.14
Figure 2 : graphique représentant la qualité des articles

Figure 2 :

graphique représentant la qualité des articles p.20
Figure 3 : diagramme de flux représentant les étapes de la sélection des articles

Figure 3 :

diagramme de flux représentant les étapes de la sélection des articles p.21
Figure  4 :  graphiques  représentant  les  résultats  des  questionnaires  IIQ  et  UDI  de  McClurg et al

Figure 4 :

graphiques représentant les résultats des questionnaires IIQ et UDI de McClurg et al p.34
Figure 5 : graphique représentant les résultats de de Sèze et al. (2011)

Figure 5 :

graphique représentant les résultats de de Sèze et al. (2011) p.35

Références

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