Bulletin de la population et du développement
de l’Afrique
Nations Unies
Commission économique pour l’Afrique
Juin-Juillet 2000
Bulletin de la population et du développement de l’Afrique
Juin - Juillet 2000
alimentaire et du développement durable (DSADD) de la Commission économique pour l’Afrique, avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Son contenu ne reflète pas nécessairement les vues de l’Organisation des Nations Unies, ni des organisations qui apportent leur soutien à cette publication. Les articles publiés dans le bulletin peuvent être librement cités ou reproduits mais doivent être déclarés et un exemplaire de la publication contenant la citation ou la reproduction envoyé à l’Organisation.
Pour toute correspondance, s’adresser à :
Le rédacteur en chef, le Bulletin de la population et du développement de l’Afrique, Division de la sécurité alimentaire et du développement durable (DSADD), la Commission économique pour l’Afrique
B.P 3001
Addis Abeba, Ethiopie
Courrier électronique : [email protected]
Photo de couverture: Femmes produisant de la poterie au Burkina Faso. Photo ONU #152855C
Pour ce document ainsi que d’autres publications, veuillez visiter le site Web de la CEA à l’adresse suivante : http://www.uneca.org
Editorial ... v
Population et développement durable en Afrique Enjeux du XXIè siècle ... 1
Gros plan sur la CIPD Vers la CIPD + 10 en Afrique ... 4
CIPD en Afrique : Engagements politiques et réalité des faits ... 6
Migration internationale au niveau de la CIPD ... 8
L’exode des compétences : portée et réactions en Afrique... 10
Espace des données Tendances dans l’utilisation de la contraception moderne en Afrique : 1986 – 1998 ... 12
VIH/SIDA en Afrique VIH/SIDA et les ménages en zones rurales ... 19
FDA 2000 : « SIDA, Un défi sans précédent pour les leaders » ... 22
VIH/SIDA, Paix et sécurité ... 22
Nouvelles des EAT du FNUAP Atelier thématique des EAT du FNUAP sur le VIH/SIDA ... 24
Une ONG au travail Marketing social pour la santé de la reproduction : PSI et DKT ... 26
Le modèle PEDA La contribution de la CEA sur la modélisation des relations entre la population, l’environnement, le développement et l’agriculture dans le cadre de l’analyse et du plaidoyer des politiques ... 29
Etudes de cas Urbanisation en Afrique de l’Est ... 31
Notes de recherches Utilisation des services de santé maternelle lors de la grossesse et pendant l’accouchement ... 33
Quoi de neuf ? « Nous les peuples » : Rapport du millénaire du Secrétaire général des Nations Unies ... 34
Santé de la reproduction chez les femmes et sécurité alimentaire des ménages en Afrique ... 36
La Déclaration de Nairobi sur les partenariats des ONG en matière de Santé sexuelle et de la reproduction ... 36
Ressources... 37
Dates à retenir... 39
Nouvelles acquisitions de la bibliothèque... 41
Editorial
Le présent numéro est le deuxième né d’une initiative de la Division de la Sécurité alimentaire et du développement durable (DSADD) de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Les deux premiers numéros du Bulletin de la population et du développement de l’Afrique ont été publiés avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP). Ce bulletin a pour but de favoriser l’échange d’expériences entre pays africains dans la mise en œuvre de la Déclaration de Dakar/Ngor (DDN), et du Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 (PA- CIPD), approuvés en 1999 par la Session spéciale de l’assemblée générale. Il présente des informations qui constituent une plateforme pour l’examen des conclusions des travaux de recherches, des initiatives politiques, des résultats des actions et des activités menées à la base. Le Bulletin est diffusé auprès des planificateurs, des décideurs, des universitaires et des chercheurs, des organisations non gouvernementales (ONG), des organisations internationales et du public en général.
Le bulletin étant conçu comme une tribune de discussion, la DSADD invite toutes les parties intéressées à apporter leur contribution au Bulletin de la population et du développement. En particulier, les chercheurs et les ONG sont invités à envoyer leurs rapports d’activités. La DSADD souhaite également recevoir des informations sur des activités récentes ou à venir, en particulier les rapports des ateliers et autres conférences scientifiques, de même que les dernières publications sur la question.
La plupart des thèmes généraux abordés reviendront souvent. Le Bulletin continuera de couvrir les événements relatifs à la CIPD et à la question du VIH/SIDA en Afrique, il comportera un espace réservé aux données, un gros plan sur les équipes d’appui du FNUAP, et sur les activités d’une ONG, des notes de recherches, etc. Le Comité de rédaction reste, cependant ouvert à toute suggestion sur les articles à soumettre et les thèmes à couvrir.
Afin d’être aussi réceptif que possible aux sujets d’intérêts des lecteurs, le Comité de rédaction attend donc les réactions des lecteurs. A cette fin, le Comité de rédaction souhaite remercier tous ceux qui ont répondu à son invitation en apportant leur contribution au Bulletin.
Les problèmes de population sont des problèmes de développement. Même si des données analytiques et empiriques ont abouti à des conclusions ambiguës en ce qui concerne les effets d’une croissance rapide de la population sur le développement économique, il existe des preuves suffisantes pour étayer la con- clusion selon laquelle «d’une manière générale… une croissance moins rapide de la population favoriserait le développement économique de la plupart des pays en développement »2 . Il a été affirmé au cours de plusieurs conférences de l’Organisation des Na- tions Unies organisées à l’échelle mondiale, dans les années 90, que la réduction des taux de croissance de la population permettrait une amélioration notable des niveaux de vie et encouragerait le développement durable.
Au cours du Sommet mondial pour le développement social (Copenhague 1995), la Communauté internationale, y compris les pays africains ont vigoureusement plaidé en faveur d’une
réduction de moitié de la pauvreté d’ici l’an 2015. Pour atteindre cet objectif, l’Afrique devra enregistrer une baisse annuelle de 4 pour cent du nombre de personnes vivant dans la pauvreté (avec 1 dollar E.U. ou moins par jour) et un taux de croissance économique moyen d’au moins 7 pour cent par an. Mais le taux de croissance des économies africaines n’a été que de 3,3 pour cent en 1998. Dans le même temps, le taux de croissance annuelle actuel de la population est de l’ordre de 2,4 pour cent. Cette marge différentielle de un pour cent seulement entre les taux de croissance économique et démographique dénote la
précarité de la situation.
Du résultat de la course de vitesse engagée entre la croissance démographique et le développement économique dépendra la structure économique et sociale des pays africains au cours du XXIè siècle. Toutefois, nous ne pouvons nous concentrer uniquement sur l’accroissement de la population.
Plusieurs autres questions relatives à la population, telles que l’urbanisation rapide, le statut de la femme, la structure de la population d’âge jeune, le VIH/
SIDA, les réfugiés et les personnes déplacées et la situation des personnes âgées dans la future société africaine, nécessitent une attention urgente de la part des décideurs africains.
Croissance rapide de la population
La baisse de la mortalité en Afrique a été plutôt rapide, du fait des améliorations enregistrées dans les secteurs agricoles et nutritionnels ainsi qu’en raison de
l’introduction de technologies à faibles coûts telles que les antibiotiques, les méthodes de réhydratation orale et les vaccins dans le secteur de la santé.
Toutefois, les niveaux de fécondité restent relativement élevés. En 1950, la popula- tion africaine était inférieure de moitié à celle de l’Europe, mais 50 ans plus tard, les Africains sont nettement plus nombreux que les Européens. Au taux de croissance annuel actuel de 2,4 pour cent, la population africaine aura doublé d’ici l’an 2035. Les progrès enregistrés dans la diminution des taux de fécondité se sont limités aux pays de l’Afrique du Nord, aux petits Etats insulaires et à quelques pays de l’Afrique australe. Les progrès ont été insignifiants ou nuls dans les pays subsahariens et il s’agit essentiellement des pays à faibles taux de prévalence de la contraception (voir tableau 1), qui ont des résultats économiques médiocres et sont très dépendants du travail des femmes et des enfants.
Enjeux du XXIè siècle
1 Cet article est un résumé du discours liminaire prononcé par le Dr Makinwa-Adebusoye lors de la troisième Conférence africaine sur la population (Durban, Afrique du Sud, 6-10 décembre 1999). L’ensemble du texte peut être obtenu à la DSADD-CEA, P.O. Box 3001, Addis Ababa, Ethiopia.
2 Conseil national de recherche, 1986, p. 90.
Tableau 1:Fécondité et usage des contraceptifs dans certains pays d’Afrique, 1998
Source: Population Reference Bureau, 1998 Women of Our World
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Urbanisation rapide
Le pourcentage des personnes vivant en zones urbaines a considérablement augmenté au cours des cinquante dernières années en Afrique comme ailleurs dans le monde. En 1970, seul près du quart de l’ensemble des Africains vivaient dans des centres urbains. En 1995, la population urbaine a augmenté de plus du tiers (soit 35 pour cent) et il est prévu que d’ici 2025, plus de la moitié de la population (environ 51 pour cent) vivra dans les villes.
La plupart du temps, cette augmenta- tion provient des migrations des zones rurales vers les centres urbains, traduisant l’espoir des populations de trouver du tra- vail en ville ainsi que de meilleures condi- tions de vie. Mais la situation économique en ces temps de programmes d’ajustement structurel (PAS) est telle que, les emplois dans le secteur informel ne peuvent soutenir le rythme d’une hausse annuelle de 5 à 10 pour cent de la population active en zone urbaine.
Le statut des femmes
Dans les sociétés africaines, la femme a un statut inférieur à celui de l’homme.
Néanmoins, la plupart des femmes africaines jouent un rôle important dans l’approvisionnement alimentaire du ménage. En outre, elles accomplissent leur devoir primordial, à savoir celui d’épouse et de mère, la maternité étant un facteur déterminant de leur statut social.
Toutefois, ces tâches, ces responsabilités
et ces attentes représentent un véritable obstacle pour les possibilités de développement de la femme. L’accès inégal à l’éducation est à la fois la cause et le résultat du statut médiocre des femmes.
Le tableau 2 résume l’importance de l’éducation des femmes.
Fort pourcentage de jeunes âgés de 15 à 24 ans
Par le passé, le taux de fécondité élevé a donné lieu à une structure d’âge jeune.
Le nombre des personnes dans ce groupe d’âge s’élevait à 149 millions en 1998, soit 20 pour cent de l’ensemble de la popula- tion en Afrique. Avec un taux de croissance annuel de plus de 3 pour cent, on estime que la population jeune atteindra 258 millions d’ici à l’an 2025. La taille et les possibilités d’accroissement de ce sous- groupe constituent à elles seules des raisons suffisantes pour que les décideurs politiques lui accordent une attention particulière.
La jeunesse d’aujourd’hui est la principale ressource de demain, et l’Afrique a toutes les chances d’être la grande bénéficiaire de l’apport démographique dans les 15 à 20 prochaines années. Par apport démographique, il faut comprendre la transformation structurelle de la popu- lation avec les avantages potentiels qui pourraient en découler, lorsque la grande masse de ces jeunes arrivera sur le marché du travail. Cet «accroissement du nombre des travailleurs» peut entraîner plus Tableau 2 : Bénéfices cumulés de l’éducation des filles
Source : UNICEF, 1999. Education.,The State of the World’s Children
d’investissements, une meilleure productivité et un développement économique rapide. Ce qui engendrera des revenus plus importants pour des investissements sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la sécurité sociale pour faire face aux besoins, tant des jeunes que des personnes âgées dont le nombre ne cesse de croître, permettant ainsi de garantir une base pour un développement futur. Les dix prochaines années seront très importantes. Assurer l’éducation des jeunes, leur trouver un emploi et satisfaire leurs besoins dans le domaine de la santé de la reproduction feront partie des défis politiques les plus importants de la prochaine décennie. La somme ainsi que la qualité des investissements à réaliser sur ces jeunes détermineront la portée des avantages qui en découleront pour le développement social et économique du XXIè siècle.
Le VIH/SIDA. : La plaie de l’Afrique
Les chiffres très importants sont relativement bien connus. A la fin des années 90, la part de cas de VIH/SIDA de l’Afrique subsaharienne était d’environ 70 pour cent par rapport au reste du monde. Les pays les plus affectés se trouvent en Afrique de l’Est et en Afrique australe et il apparaît également que le niveau d’infection par le VIH est en aug- mentation en Afrique de l’Ouest.
L’absence d’une politique sérieuse de la part des gouvernements est en partie responsable des chiffres troublants qui apparaissent dans le tableau 3. Il conviendrait de donner la priorité au VIH/
SIDA dans les programmes d’actions politiques des prochaines décennies.
Les réfugiés et les personnes déplacées
On estime à 16 millions, le nombre de réfugiés et de personnes déplacées en Afrique. Il ne s’agit ici que d’une estima- tion, mais elle illustre clairement l’ampleur d’un problème devenu une caractéristique permanente du paysage politique en Afrique. Malheureusement, le statut des réfugiés et des personnes
Population et développement durable en Afrique
Tableau 3: Infections à VIH et morts par SIDA
Source: ONUSIDA, Epidémie du SIDA à ce jour, Décembre 1998
déplacées n’a toujours pas fait l’objet de recherche, mais on sait que les réfugiés et les personnes déplacées de sexe féminin sont particulièrement désavantagées en ce qui concerne l’accès à l’éducation, aux services de santé et aux ressources pour se créer une vie indépendante. En outre, les réfugiés de sexe féminin sont souvent exposés à la violence sexuelle avec un ris- que accru de transmission du VIH.
Les personnes âgées dans la future société africaine
Bien que relativement faible, le pourcentage de personnes âgées de 65 ans et plus, est en augmentation constante. On s’attend à ce que leur nombre de 22 millions en 1995 passe à 52 millions en 2025. Selon les prévisions, les pourcentages les plus élevés de hausses de la population âgée seront enregistrés dans les régions les plus démunies du monde, notamment en Afrique où leur taux de croissance annuelle est de près de 2,9 pour cent. Cette augmentation intervient à un moment où, en Afrique, disparaît la famille élargie en tant que système traditionnel de soutien aux personnes âgées. Suite à l’accroissement des migra- tions zones rurales - zones urbaines, de plus en plus d’enfants vivent séparés de
leurs parents âgés qui restent au village.
De plus, les graves difficultés économiques enregistrées au cours des années 80 et au début des années 90 ont contribué à l’accroissement de la pauvreté dans les ménages. En conséquence, les femmes sont obligées de travailler à l’extérieur du foyer pour compléter les revenus familiaux ; elles ne sont donc plus disponibles pour s’occuper des personnes âgées. La population âgée sera
un fardeau pour les systèmes médicaux, qui dans le même temps, doivent satisfaire aux besoins de la population jeune.
Cependant, les personnes âgées constitu- ent une importante ressource pour le développement. Il est donc nécessaire d’adopter des politiques d’intérêt général afin que la société puisse tirer le maximum de profit de leurs potentialités.
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Gros plan sur la CIPD
La session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie en juillet 1999, pour faire le point sur la mise en œuvre du Programme d’action de la Conférence internationale sur la popu- lation et le développement (PA - CIPD), et parvenir à l’adoption d’un document final intitulé, « Principales mesures de mise en œuvre du Programme d’action de la Conférence internationale sur la popu- lation et le développement ». Ce docu- ment fait ressortir les limites de la mise en œuvre du Programme d’action et souligne les principales mesures à prendre à l’avenir pour parvenir aux buts et objectifs de la CIPD.
Evaluation de la DDN et de la CIPD par la CEA
A ce jour, la CEA a entrepris en col- laboration avec l’OUA, la BAD et le FNUAP quatre évaluations des recommandations de la Déclaration de Dakar/Ngor (DDN) et du Programme d’action de la CIPD. La Déclaration africaine de Dakar/Ngor est née du désir des Etats Membres de la CEA de tirer leçons des réussites enregistrées et de cerner, le plus tôt possible, les problèmes et les contraintes qui entravent le progrès.
La première évaluation a eu lieu à Abidjan en 1995, lors d’un Atelier des ex- perts et des ONG sur la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la Conférence internationale sur la popula- tion et le développement en 1995. La deuxième évaluation a eu lieu à Addis Abeba en 1996 lors de la Conférence conjointe des planificateurs, des statisticiens, des chercheurs dans le domaine de la population et de l’information. Les troisième et quatrième évaluations ont été menées à Addis Abeba en 1997 et en 1998 au cours des réunions du Comité de suivi de la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la CIPD.
Poursuite du suivi
La CEA continuera de superviser la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la CIPD au niveau des pays et
Vers la CIPD + 10 en Afrique
de coordonner la préparation de l’apport de l’Afrique dans le bilan de la CIPD +10, qui prend fin en 2004. Dans le cadre du processus de suivi, des réunions annuelles seront organisées par le Groupe de travail du Comité de suivi en vue de définir les grandes lignes de la préparation des dossiers de la CIPD+10. En vue de la préparation des activités d’évaluation, la CEA collaborera avec l’Organisation de l’unité africaine (OUA), la Banque africaine de développement (BAD) et le FNUAP.
La CEA coordonnera également les con- tributions des institutions de population et de développement sous-régionales telles que l’Institut de formation et de re- cherche démographiques (IFORD, Yaoundé), le Regional Institute for Popu- lation Studies (RIPS, Accra), l’Institut africain de développement économique (IDEP, Dakar), et le Centre de recherches en population pour le développement (CERPOD, Bamako).
Au cours de l’an 2000, il sera procédé à l’intention des pays, à la préparation
d’un questionnaire détaillé, sur la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la CIPD. Sur la base de l’expérience du processus de revue de la CIPD + 5, une approche d’équipe sera utilisée pour préparer le questionnaire qui prendra en compte l’expérience des trois équipes d’appui technique du FNUAP basées à Addis Abeba, à Dakar et à Harare.
Les analyses des réponses aux ques- tionnaires serviront à l’élaboration des rapports sur la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la CIPD au niveau des pays. Le processus impliquera la mise au point des meilleures pratiques et des besoins des programmes qui serviront au moment de la présentation et des discussions lors des réunions subséquentes du Comité de suivi.
En 2001 et 2003, les quatrième et cinquième reunions du Comité de suivi seront organisées de manière à permettre aux partenaires, notamment aux gouvernements africains, aux Obstacles à la mise en œuvre du Programme d’action de la CIPD
• Les contraintes financières ont entravé la capacité des pays en développement à mettre en œuvre le Programme d’action de la CIPD. Les pays développés aussi n’ont pas encore atteint l’objectif fixé qui consiste à allouer 0,7 % de leur PNB à l’aide officielle au développement (ODA). Au moins 4 % de l’ODA doivent être consacrés aux activités de population.
• Un grand nombre de jeunes n’ont toujours pas les informations et les services appropriés; de même, l’engagement politique visant à promouvoir les droits des adolescents et la santé reproductive est encore faible. Toutefois, l’acceptation du concept de la santé sexuelle et de la reproduction prend de l’ampleur et désormais, les questions liées à la santé de la reproduction sont au centre des débats de bon nombre de pays.
• Des progrès limités ont été réalisés dans la réduction des niveaux élevés de la mortalité et de la morbidité maternelle dans un certain nombre de pays. De surcroît, dans certains pays africains, la pandémie du VIH/SIDA ne peut être contrôlée.
• La question de l’avortement à risque n’est toujours pas suffisamment considérée comme une question de santé publique. En conséquence, plusieurs pays n’ont pas été en mesure de réduire la prévalence de l’avortement à risque par la fourniture de services et d’informations sur la planification familiale.
• La violence à l’encontre des femmes et des enfants, sous forme de viol, d’inceste, de violence sexuelle, de mutilation sexuelle et génitale et de trafic sexuel demeure un fléau. Ceci en dépit du fait que beaucoup de pays ont promulgué des plans d’action sur la question du genre en vue de promouvoir et de protéger les droits des femmes.
organisations internationales, aux donateurs et aux ONG de procéder à l’examen des rapports de chaque pays et de la région sur la mise en œuvre de la DDN et du Programme d’action de la CIPD.
Résultats escomptés
Le résultat final du suivi et de la coor- dination par la CEA du processus d’évaluation de la CIPD + 10 est un rap- port exhaustif qui mettra en exergue les principales réalisations des buts de la DDN et du Programme d’action de la CIPD, ainsi que des principaux domaines du programme. Une partie de la conclu- sion du rapport sera consacrée aux recommandations sur les voies et moyens permettant d’aller de l’avant.
Les documents officiels de l’Organisation des Nations Unies pour la Vingt- et- unième Session spéciale de l’assemblée générale, qui se tiendra du 30 juin au 2 juillet 1999, peuvent être consultés sur le site web de POPIN : http:/
www.undp.org/popin/unppcom/32ndsess/
gass.htm
Principales mesures pour poursuivre la mise en œuvre du Programme d’action de la CIPD
• Pour réduire la pauvreté, (un des objectifs majeurs du Programme d’action de la CIPD), la Communauté internationale et les gouvernements doivent créer les conditions qui permettent aux pays africains et autres pays en développement de parvenir à une croissance économique soutenue et d’établir les moyens nécessaires pour gérer les flux des ressources. A cet égard, les pays doivent être soutenus dans leurs efforts visant à éradiquer la pauvreté, grâce à la mise en place d’un système international d’échanges ouvert et équitable qui encourage les investissements directs, la réduction et l’annulation des dettes et par des programmes d’ajustement structurel qui répondent aux préoccupations sociales et environnementales.
• Les pays ont besoin d’appui pour la collecte des données et pour la mise en place d’indicateurs de suivi du progrès, pour la promotion d’une approche multisectorielle sur les questions de population, l’amélioration des capacités nationales, le renforcement des partenariats, et la promotion des stratégies visant à accroître la sensibilisation.
• Aussi bien les donateurs que les pays en développement doivent respecter leurs engagements de financement, en particulier le financement des efforts de prévention du VIH/SIDA. A cet égard, l’objectif du Programme d’action de la CIPD qui consiste à consacrer 1,3 milliards de dollars à cette initiative doit être atteint dès que possible. Les gouvernements doivent s’engager à prévenir le VIH, à réduire les impacts de la morbidité et de la mortalité du SIDA et à améliorer les soins aux personnes vivant avec le VIH/SIDA.
• Des efforts plus grands doivent être faits pour combattre la violence sexuelle qui menace les droits des filles et des femmes et les exposent aux maladies sexuellement transmissibles telles que le VIH/SIDA. Des mesures doivent être prises pour éliminer les attitudes et les pratiques traditionnelles, religieuses et culturelles négatives qui subjuguent les femmes et renforcent l’inégalité entre les sexes et influencent négativement la santé des femmes.
• Les pays sortant de la guerre, des conflits civils, des catastrophes climatiques et des crises économiques doivent bénéficier d’une assistance financière et technique particulière en vue de renforcer leur aptitude à aborder les problèmes de population et de développement.
• Dans le domaine de l’égalité entre les sexes, et de la responsabilisation des femmes, les activités prédominantes liées aux femmes doivent être incorporées aux initiatives de développement. Les réformes du secteur de la santé doivent également accorder la priorité aux questions relatives aux femmes et aux services de santé de la reproduction des adolescents.
L’impact de la mondialisation sur les femmes et la privatisation des secteurs socio-sanitaires doivent être suivis et les mesures d’atténuation nécessaires adoptées.
• Les plans nationaux d’investissement dans des activités de jeunes doivent être développés et mis en œuvre avec la pleine participation des adolescents. Ces plans doivent inclure l’éducation, la formation professionnelle, la génération de revenus et des informations et services sur la santé sexuelle et de la reproduction.
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Gros plan sur la CIPD
Longtemps réticents en ce qui concerne l’adoption de politiques et de programmes de planification familiale, les pays africains sont, pour la plupart, résolument orientés vers une maîtrise de leur croissance démographique par le biais de l’implantation de programmes de régulation de la fécondité. Cette évolution des positions gouvernementales s’est exprimée à plusieurs occasions lors des conférences mondiales des années 90 et en particulier au Caire en 1994. On est passé d’un discours non- interventionniste ou pro-nataliste en 1974 à Bucarest, à une position interventionniste plus affirmée, nourrie par une vision globale et intégrée des ques- tions de la population en 1994 au Caire. A l’heure actuelle la planification familiale est généralement acceptée comme une composante essentielle des programmes de la santé de la reproduction. Les en- gagements politiques existent, mais la question est de savoir dans quelle mesure ils reflètent dans les faits, la mise en œuvre effective des programmes de planification familiale.
Au Caire un consensus a été atteint sur la nécessité d’une approche intégrée face aux composantes essentielles du développement à savoir la population, la pauvreté, le développement durable, et les droits de l’homme. La Conférence préparatoire africaine de Dakar (1992) s’était déjà particulièrement montrée favorable à la nécessité d’une action intégrée entre les politiques et programmes de population et les stratégies de développement. Cette vision semble découler de l’échec des stratégies cloisonnées de développement, les effets négatifs des programmes d’ajustement structurels et de l’expansion de la pauvreté. La Conférence internationale sur la population et le développement
Le CIPD en Afrique : Engagements politiques et la réalité des faits
Par Gervais Béninguisse, IFORD, Cameroun
1marque également un changement d’approche stratégique dans la mise en œuvre des programmes de planification familiale. Le programme d’action insiste sur le fait que les besoins en planification familiale doivent être intégrés dans les services de santé maternelle et infantile.
Les soins prénatals, obstétricaux et post- partum, la lutte contre l’infécondité, les maladies sexuellement transmissibles et le SIDA figurent désormais au rang des composantes nécessaires à l’offre des services de planification familiale.
L’approche selon laquelle les programmes de santé de la reproduction ciblent le couple, apparaît aussi indispensable pour le succès des interventions que celles qui prennent pour objectif les individus. En effet l’écart souvent observé entre les in- tentions de fécondité et les comportements de la femme peut s’expliquer en partie par le fait que cette dernière n’est pas le seul organe de prise de décisions dans ce domaine.
Qu’observe-t-on dans les faits ? Il y a lieu de se demander si les programmes mis en place sont à la mesure de l’engagement politique pris par les Etats dans le programme d’action de la CIPD. Sans prétendre à l’exhaustivité, quelques indi- ces portant notamment sur le fonctionnement des programmes sont ici mis en évidence pour en apprécier l’orientation et déceler les insuffisances et/ou incohérences dans la mise en œuvre des programmes.
Une offre de services en augmentation face à un accès insuffisant à l’information
Dans la plupart des pays africains l’accessibilité géographique à la contra- ception moderne reste difficile particulièrement en milieu rural, du fait non seulement des longues distances à
parcourir mais aussi de la rareté des moyens de transports et du mauvais état des routes. Un autre problème est celui de la disponibilité de différentes méthodes de contraception. Bien qu’en augmenta- tion, celles-ci sont loin d’être suffisantes.
Dans nombre de pays, seul le préservatif masculin est disponible et à un coût abordable dans les épiceries et auprès des marchands ambulants. Les autres méthodes contraceptives sont assurées par les structures sanitaires et les phar- macies. L’information sur l’efficacité, les insuffisances et les effets secondaires des différentes méthodes n’est pas toujours transmise. Ce qui permet de donner libre cours aux préjugés de toutes sortes et crée au sein des populations un climat de sus- picion autour de plusieurs méthodes con- traceptives. Il semble difficile de promouvoir la contraception moderne dans un cadre où la fourniture des ser- vices et des produits ne peut être suffisamment et efficacement assurée sur le terrain. Il s’avère donc nécessaire de réviser les législations et les politiques afin de garantir la fourniture des informations sur les diverses méthodes de régulation des naissances et d’informer les popula- tions sur leurs caractéristiques.
Après plus de deux décennies de planification familiale en Afrique, le bilan, mis en évidence par les données d’enquêtes mondiales sur la fécondité et d’enquêtes démographiques et de santé, va globalement dans le sens d’une amélioration. Le recours à la contracep- tion moderne bien qu’encore relativement bas, est en augmentation. Toutefois, ces améliorations observées au niveau na- tional masquent d’importantes différences lorsque l’usage des contraceptifs est réparti par catégories socio-économiques et unités géographiques sous-nationales.
L’usage des contraceptifs modernes de- 1 Cet article est le résumé de la communication présentée lors de l’atelier international sur la “Santé de la reproduction”, ENSEA/IRD, Abidjan, Côte
d’Ivoire, 9-12 novembre 1999
meure particulièrement faible en zone rurale parmi les couches économiquement défavorisées et les moins instruites. Par ailleurs, l’impact des contraceptifs reste limité en l’absence d’une volonté de tran- sition délibérée de l’espacement des naissances à la limitation du nombre d’enfants. Cela passe nécessairement par un meilleur ciblage des facteurs qui sont à l’origine de la demande d’enfants et de l’efficacité des programmes nationaux de planification familiale.
Programmes intégrés dans des structures sanitaires précaires
La plupart des programmes de planification familiale fonctionnent dans le cadre des structures sanitaires existantes. Cela répond en effet à l’approche globale intégrée de la santé maternelle et infantile. La planification familiale ne se justifie plus uniquement par un désir de limitation ou d’espacement des naissances mais aussi par des raisons de protection de la vie et de la santé de la mère et de l’enfant. La réussite d’une telle approche dépend de l’efficacité des struc- tures de santé et de l’amélioration de la santé maternelle et infantile grâce à une meilleure prise en charge. Or, l’utilisation des services de santé est loin d’être la règle en Afrique. De plus, l’intégration des ser- vices obstétricaux dans le système médical est souvent compliquée en raison de la faible accessibilité géographique et financière, des infrastructures médicales, de la longueur des files d’attentes, du sous-équipement, de l’insuffisance du personnel qualifié, etc. Avec la persistance de la crise économique dans la plupart des pays africains et des mesures d’austérité, les structures sanitaires se sont dégradés du fait des
réductions budgétaires. Les moyens nécessaires au suivi et l’évaluation des actions sanitaires ne sont pas toujours disponibles et manquent de coordination.
Santé maternelle et infantile : un contexte épidémiologique particulièrement défavorable
L’Afrique est la région du monde où les risques liés à la grossesse et à l’accouchement sont les plus élevés. Elle est aussi la région du monde où les ser- vices de santé maternelle et infantile sont les plus sous-utilisés. Il apparaît donc difficile de promouvoir la planification familiale dans un contexte ou l’infécondité et la mortalité maternelle et infantile restent élevés et où les services prénatals restent insuffisants.
En Afrique, en dépit de la sous-esti- mation probable du phénomène lié à la censure sociale, de nombreuses grossesses n’aboutissent pas à la naissance vivante. Actuellement il est à craindre que l’incapacité (volontaire ou non) de mener les grossesses à une naissance vivante ait sensiblement augmenté. Malgré les dispositions légales répressives, les avortements et leurs conséquences néfastes (décès maternels, stérilité) sont légion en Afrique. Il conviendrait d’adapter les législations aux réalités, non pas forcément en libéralisant totalement l’interruption volontaire des grossesses (en raison de sa nature très sensible) mais d’en élargir les conditions d’application légale pour des raisons juridiques (viol, inceste) ou socio- économiques.
Conclusion
Le bilan de la confrontation entre d’une part l’engagement politique des
Etats africains vis-à-vis de la CIPD et d’autre part, la réalité des faits sur la base de la mise en œuvre des programmes et des comportements contraceptifs et procréateurs, est quelque peu mitigé. Si on peut affirmer que du point de vue de leur conception, les programmes de planification familiale sont à la mesure de l’engagement politique des Etats, il n’en est rien en ce qui concerne le fonctionnement des programmes et leurs effets sur les comportements contraceptifs et procréateurs. De ce point de vue, l’engagement politique dans nombre de pays est encore fort hypothéqué par des facteurs tels que des législations restrictives sur l’avortement légal et la promotion des contraceptifs; les coupes draconiennes dans les dépenses sociales et de santé; l’absence de cours sur la santé de la famille dans les programmes scolaires; la libéralisation absente ou insuffisante dans la production, l’importation et la distribution de contraceptifs; ainsi qu’un champ d’application juridique très restrictif en matière d’avortement.
Toutefois il y a lieu d’espérer qu’avec le recul de l’âge du mariage des femmes on parviendra à une transition durable en matière de fécondité. En outre les programmes d’accompagnement socio- économiques méritent une attention particulière en raison de leur capacité à influer sur l’usage des contraceptifs aux fins d’une baisse positive des naissances plutôt que de l’espacement de celles-ci.
C’est probablement en ces termes que se jouera l’avenir d’une baisse durable de la fécondité en Afrique.
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Une plus grande attention aux migrations internationales
La migration est généralement envisagée lorsqu’elle offre à des individus et des ménages des possibilités de développement personnel et professionnel auxquelles ils n’ont pas accès dans leur pays d’origine. Par contre, la migration revêt une connotation négative lorsque pour des raisons d’instabilité politique, de dégradation de l’environnement et/ou de pauvreté, les populations sont obligées de se déplacer.
De même, une migration internationale régulière peut avoir des impacts positifs tant sur les communautés d’origine que sur celles d’accueil « offrant aux unes des envois de fonds et aux autres les ressources humaines nécessaires. La mi- gration internationale peut également faciliter le transfert des compétences et contribuer à l’enrichissement culturel.
Cependant, dans bon nombre de pays d’origine, la migration internationale entraîne la perte des ressources humaines et peut donner lieu à des tensions au niveau politique, économique et social dans les pays d’accueil1 ».
La complexité de la migration internationale, tant par ses causes que par ses conséquences, est l’une des raisons qui entravent la coopération internationale. Contrairement aux problèmes de morbidité, de mortalité et de fécondité, la migration implique le fait de traverser la frontière, et est souvent considérée comme une menace potentielle à la souveraineté nationale. De plus, il semble qu’il y ait un conflit d’intérêts en- tre les pays; ce qui correspond plus ou moins à la différence entre les pays en développement et les pays développés.
En conséquence, la coopération multilatérale a essentiellement porté sur la réglementation et l’exclusion, afin de
Migration internationale au niveau de la CIPD
sauvegarder la souveraineté nationale despays d’immigration, plutôt que sur une action multilatérale visant à maximiser les avantages de la migration pour toutes les parties concernées. A l’exception d’une poignée de pays d’émigration, tous les Etats l’ont clairement démontré en ne ratifiant pas la Convention des Nations Unies de 1990 sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leurs familles.
En matière d’émigration, la coopération internationale est, d’autre part, entravée par l’absence d’un organe international unique destiné à améliorer la compréhension et la gestion de la migra- tion et de ses conséquences. A l’heure actuelle, le FNUAP, l’Organisation internationale du travail (OIT), le Haut commissariat des réfugiés des Nations Unies (HCR) et l’Organisation internationale pour la migration (OIM) se partagent cette responsabilité.
La CIPD a accordé une place importante aux questions relatives à la migration.
Toutefois, de profondes divisions subsis- tent entre les pays d’origine et les pays d’accueil. Les pays d’origine et d’accueil ont été, par exemple, incapables de parvenir à des accords sur certains principes de base tels que les règles relatives au regroupement des familles. L’un des objectifs du Programme d’action de la CIPD à savoir : « encourager davantage la coopération et le dialogue entre les pays d’origine et d’accueil afin d’amener les personnes concernées à profiter au maxi- mum des avantages liés à la migration et à accroître les chances que la migration ait des conséquences positives pour le développement tant des pays d’émigration que d’immigration » n’a non plus été soutenu à un niveau politique élevé. Par conséquent, le Symposium technique sur la migration internationale tenu à La Haye en 1998, dans le cadre du processus d’évaluation menant à la CIPD + 5 était, en même temps qu’un compromis, une étape
1 Programme d’action de la CIPD chap. 10.1
2 Stephen Castles était le Rapporteur général du Symposium technique. Un article sur son point de vue sur les questions de base et les problèmes discutés lors du Symposium est disponible dans le numéro spécial de Migration et Développement, dans Migration Internationale, vol.37, n.1,1999. La discussion qui suit est basée sur cet article.
nécessaire pour aller de l’avant. Une réunion des experts était sur le plan politique, beaucoup moins importante qu’une réunion intergouvernementale bien organisée. Au cours de la cinquante- quatrième session de l’Assemblée générale, le Secrétaire général a souligné dans son rapport que la plupart des Etats Membres ne sont pas en mesure de convoquer une conférence politique mondiale sur les migrations internationales et le développement. En temps que réunion technique, le symposium a été organisé pour servir de forum à l’évaluation distincte et objective des questions de migration auxquelles sont confrontées les décideurs politiques dans les pays d’origine et d’accueil. Entre autres, la discussion a tourné autour des relations entre la migra- tion et le développement, les principales causes de la migration, l’insuffisance des données pour étudier les questions rela- tives à la migration, l’exode des compétences et la situation des migrants dans les pays hôtes.
Un rapport du symposium a été présenté en mars 1999 au cours de la trente-deuxième session de la Commission sur la population et le développement. Le caractère ambigu des migrations pose aux décideurs des problèmes particuliers que souligne le rapporteur2 de la réunion dans un résumé des discussions menées lors du Symposium technique qui couvre également l’importance des réseaux des systèmes de migration, les femmes et la migration, la dichotomie souvent présumée entre l’installation et les mouvements de retour ainsi que les relations entre la mi- gration et le développement.
Symposium technique sur la migration internationale et le développement
Etant donné que les disparités économiques à elles seules ne suffisent pas à expliquer entièrement les flux
Gros plan sur la CIPD
migratoires, depuis les années 80, on a de plus en plus recours à l’importance des réseaux pour expliquer la migration. Les réseaux sociaux ont toutefois un caractère ambivalent qui influe la formulation de politiques claires dans ce domaine. D’une part, les réseaux peuvent faciliter le pro- cessus de migration et améliorer les con- ditions de vie des migrants concernés. De l’autre, les réseaux sociaux défient les politiques officielles ainsi que l’image d’un Etat nation qui assure le contrôle. En raison de l’effet potentiellement déstabilisant des réseaux sociaux en cas de migration, les gouvernements ont tendance à les négliger. Au cours du symposium, il a été souligné qu’une telle attitude politique ouvre la voie à des mouvements désordonnés ainsi qu’à des abus sur les plus faibles.
L’autre question en suspens porte sur l’importance et le caractère de la féminisation de la migration. En termes quantitatifs, le symposium a indiqué que le pourcentage de femmes migrantes n’a augmenté que de 47% en 1965 à 48% en 1990. Toutefois, de plus en plus, les femmes ont tendance à migrer de façon autonome plutôt qu’en tant que personnes à charge. L’accroissement du taux d’alphabétisation des femmes et le relâchement des valeurs restrictives et des normes expliquent en bonne partie ce phénomène, de même que le désir des employeurs d’avoir une main-d’œuvre bon marché et contrôlable sur la base des stéréotypes patriarcaux. Les stratégies familiales peuvent renforcer la migration indépendante des femmes car on considère dans le pays d’origine que l’on peut facilement se passer d’elles dans les activités agricoles et compter plutôt sur elles pour envoyer des fonds. Les femmes et les enfants représentent également un nombre croissant de réfugiés et de demandeurs d’asile. La féminisation de la migration a ainsi été identifiée comme un concept valable et important, compte tenu des changements qualitatifs intervenus
dans les systèmes de migration au cours des dernières années. Cette féminisation est en partie due à la responsabilisation accrue des femmes mais aussi à leur ex- ploitation. Le trafic des femmes (et des enfants) est un problème international qui prend de l’ampleur et les femmes sont particulièrement vulnérables face à des salaires extrêmement bas et aux conditions de travail déplorables lorsqu’elles émigrent par des voies illégales.
Il a été également reconnu au cours du symposium que la dichotomie souvent supposée entre l’installation et le retour au pays n’est pas nécessaire pour comprendre le phénomène de la migration contemporaine. De nouvelles technolo- gies de transport et de communications facilitent la mobilité dans les deux sens entre les pays qui prennent part au système de migration. Les flux d’envois de fonds, les mouvements cycliques dans les deux sens et la migration de retour doivent être perçus comme étant liés.
Contrairement à la ligne dominante de pensée qui prévalait auparavant, on reconnaît désormais que la communauté des personnes qui s’installent est peut- être aussi importante que celle qui retourne pour le développement de son pays d’origine, tant pour apporter sa contribu- tion économique que pour imprimer un nouvel élan culturel. Néanmoins pour le pays d’origine, les relations ne sont toujours pas très claires entre la migration et le développement. Grâce aux envois de fonds et au retour des migrants, l’émigration offre sans doute des potentiels de développement pour les pays d’origine. Toutefois, la plupart du temps, la migration est irrégulière et con- duit à un emploi peu sûr et source d’exploitation, qui donne peu d’avantages en termes de formation et d’investissement. De plus, la plupart des fonds envoyés et des épargnes sont dépensés ou servent à des entreprises de services à faible productivité. Finalement, la perte de personnel compétent et actif
peut entraver le développement car, parmi les migrants les plus compétents, un grand nombre ne retourne tout simplement jamais.
La migration, le développement et la responsabilisation sont liés entre eux par des voies ambiguës et les intérêts des pays d’origine et d’accueil ne semblent pas toujours coïncider. Comme il a été dit ici et ailleurs, ce caractère à multiples facettes de la migration est précisément l’une des causes importantes d’inhibition de la coopération internationale dans ce domaine. Cependant, l’une des principales déclarations du symposium est que la coopération politique n’est pas importante. En dehors du conflit d’intérêts superficiel entre les pays d’origine et d’accueil, tous les deux peuvent tirer profit de la migration ordonnée, des conditions de réglementation relatives aux migrants s’installant et des stratégies pour soutenir le développement durable des pays d’origine. La migration peut contribuer à rendre les économies plus productives et les sociétés plus prospères, susceptibles de profiter à tout le monde en favorisant un commerce international plus important, une sécurité plus grande, et une interac- tion sociale et culturelle.
Sources : FNUAP (1996) ; Programme d’action - Conférence internationale sur la population et le développement, New York, FNUAP. Castles, S (1999); Migration internationale et programme mondial : Réflexions sur le Symposium technique de l’ONU, Migration internationale, vol.37, n°1, Numéro spécial sur la Migration et le développement, p.5-19. Session de l’AG de l’ONU, Rapport du Secrétaire général à l’Assemblée générale sur la Migration internationale et le développement, cinquante- quatrième session de l’AG, Rapport A/54/207 (rapport disponible sur http:/www.undp.org/
popin/wtrends/migpol95/impp.htm).
On peut trouver un résumé des politiques en matière de migration internationale sur le site (http:/www.undp.org/popin/wtrends/
migpol95/impp.htm)
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Gros plan sur la CIPD
Les pays développés multiplient leurs efforts pour limiter l’entrée sur leur territoire des migrants économiques et même politiques; toutefois, ils offrent des bourses aux nationaux hautement qualifiés des pays en développement en vue du développement des ressources humaines de l’Afrique. Ironie du sort, la plupart de ceux qui bénéficient d’une bourse ne retournent jamais dans leur pays. Il ne s’agit là que d’un seul mécanisme très important au travers duquel l’Afrique perd son capital intellectuel, d’où les avantages des fonds investis sur sa population au niveau de l’enseignement primaire, secondaire et même supérieur.
L’importante vague de migration africaine vers l’Ouest a démarré dans les années 1960, avec l’indépendance de la plupart des pays africains. Au départ, dans les années 60 et 70, les anciens pays colonisateurs étaient les principaux sites d’installation des émigrants d’Afrique subsaharienne. Ces derniers temps, après le Royaume-Uni, les Etats-Unis sont le deuxième pays développé d’accueil des im- migrants africains. Ce changement de desti- nation de la migration africaine est en partie due à la mise en œuvre de politiques d’immigration plus restrictives en Europe de l’Ouest. Selon les données du recensement, le nombre d’Africains vivant aux Etats-Unis, qui était de 225 000 en 1980 est actuellement estimé à près d’un million.
Ces chiffres indiquent une croissance annuelle de 6% de la migration africaine aux Etats-Unis. Contrairement à la situation qui prévalait dans les années 80, le nombre des immigrants noirs africains dépasse aujourd’hui celui des immigrants blancs africains. Les principaux pays d’origine sont le Nigeria, suivi de l’Ethiopie, du Ghana et du Libéria. Aux Etats-Unis, près de 83% des immigrants noirs africains ont reçu une éducation secondaire ce qui fait qu’ils sont mieux éduqués que les immigrants blancs africains et les Américains africains. De même, il ressort du recensement de 1991
L’exode des competences :
portee et reactions en Afrique
L’Organisation internationale pour la migration (OIM)
mené en Grande Bretagne que les immigrants noirs africains sont les mieux qualifiés, puis viennent les Chinois. En 1995, un rapport de la Banque mondiale souligne qu’entre 1960 et 1987, l’Afrique a perdu le tiers de ses cadres au profit des pays développés. Il ressort des estimations de l’OIM qu’à l’heure actuelle, plus de 35 pour cent des nationaux avec un niveau d’instruction universitaire vivent à l’étranger dans le cas de 21 pays africains. Toutes ces données appuient l’hypothèse du «transfert technologique en sens inverse» selon laquelle l’Afrique et les autres régions moins développées du monde perdent leur person- nel hautement formé et qualifié.
Depuis 1983, l’OIM essaie d’aider à enrayer ce phénomène de fuite des cerveaux grâce à son programme de Re- tour des nationaux africains qualifiés. Ce programme aide les pays en développement à cerner les besoins en compétences prioritaires, les compare à ceux des nationaux qualifiés désireux de rentrer chez eux, puis aide ces derniers pour leur retour et à leur réintégration.
Entre 1983 et la fin de 1999, l’OIM a apporté son aide au retour et à la réintégration de 1937 professionnels africains (à l’exception des personnes à charge), et jusqu’en 1995, 2565 anciens étudiants de niveau universitaire ont reçu une assis- tance pour le retour en Afrique.
Cette question fait également son chemin dans les programmes politiques de plusieurs institutions et pays africains. Déjà vers la fin des années 80, un Groupe d’étude de la Présidence a été mis sur pied au Nige- ria pour étudier les causes et les conséquences de l’exode des compétences.
En février cette année, la CEA, l’OIM et le Centre international pour la recherche et le développement (CIRD) ont tenu une conférence régionale sur l’exode des compétences et le renforcement des capacités. Le but de la conférence était de fournir, dans le cadre du débat en cours sur le renforcement des capacités du continent,
un forum de discussion et d’examen critique des principales questions relatives à l’exode des compétences en Afrique. Il ressort de l’analyse et des discussions menées au cours de la conférence, que trois priorités ont été identifiées. Premièrement, l’appui aux efforts de renforcement des capacités en Afrique et la réduction des aspects négatifs de l’exode des compétences doivent se fonder sur des faits, des données et des in- formations concrets. La CEA jouera donc le premier rôle de leader dans la création d’une base de données sur le suivi de la portée et de l’impact de l’exode des compétences dans la région. Au plan national, pour compléter les efforts menés pour remédier aux insuffisances dans les domaines de l’éducation et de la formation, il a été proposé la mise en place de plusieurs niveaux d’enseignement. Le CIRD sera l’organe prin- cipal de mise en place de ces réseaux d’instituts de recherche et de formation au Sud et au Nord afin de répondre au besoin en personnels hautement qualifiés sur les principaux marchés de l’emploi. Enfin, la conférence a identifié comme troisième domaine prioritaire, l’exploitation des capacités existantes au sein du réseau des groupes d’expatriés hautement qualifiés de la diaspora. Le principal organe chargé de cette initiative sera l’OIM.
Source : Djamba Y. (1999) ; La migra- tion africaine aux Etats Unis : volume, tendances et possibilités d’emplois, dans : UAPS, issus des travaux de la Troisième conférence sur la population, Durban, 6-10 décembre 1999, vol. 2, p.471-483.
Pour plus de détails sur le programme RQAN, contacter IOM, 17, route des Morillons, P.O. Box 71 CH-1211, Genève 19, Suisse, tél.
+41 22 717 92 39, fax. +41 22 798 61 50, courrier électronique : [email protected], i n t e r n e t : h t t / w w w . i o m . i n t / i o m / Progams_and_aActivities/rqan/RQANA.html Pour plus de détails et de documentation sur la Conférence régionale sur l’exode des compétences et le renforcement des capacités en Afrique, contacter : Joseph Ngu, ECA – ESPD, P.O.Box 3001, Addis Abéba, Ethiopie, courrier électronique: : [email protected]
Bon nombre d’économies sud-africaines sont devenues extrêmement dépendantes de l’emploi en Afrique du Sud comme source de revenu externe et débouché d’emplois pour une population en augmentation. Ainsi donc, dans les années à venir, la migration jouera sans nul doute un rôle important dans la région.
L’économie de l’Afrique du Sud a toujours attiré un grand nombre de personnes sans emploi depuis les pays environnants. La levée des obstacles juridiques internes et la libre circula- tion (annulation de la loi relative aux zones de groupes et du contrôle de l’influx) associés à la disparition de l’apartheid a davantage facilité ces mouvements. Toutefois, tandis que les frontières se sont grandement ouvertes aux échanges, les Sud-africains sont plus réticents aux flux migratoires transnationaux de la main- d’œuvre.
Il est partout admis que les flux de migrants en situation irrégulière et de migrants non recensés dans le pays et venant de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et au-delà, ont remarquablement évolué depuis l’abolition de l’apartheid. La plupart des migrants sous contrat sont dans l’industrie minière sud- africaine. La croissance relative du nombre de mineurs étrangers est frappante. Alors que les travailleurs dans les mines sud-africaines sont ceux qui ont apparemment fait les frais de presque toutes les compressions survenues, entre 1986 et 1994, la composante étrangère est passée de près de 40 à 55 pour cent de la main-d’œuvre actuelle qui s’élève à 314.717.
Ce sont les Mozambicains qui profitent le plus de cette augmentation. En 1996, il y avait 73.787 mineurs mozambicains en Afrique du Sud. L’importance de l’émigration dans les pays de la SADC est également démontrée par les envois de fonds. On estime à 329 millions de rand sud-africains les envois de fonds des travailleurs Basotho au cours de l’année 1994.
Ce qui représente 40 à 50 pour cent du PNB et équivaut en gros au PIB du Lesotho. Il est évident que l’abolition de l’apartheid a entraîné
Une Société ouverte, des frontières fermées.
Questions relatives à la migration post-apartheid en Afrique du Sud
Niël Roux, Université de Prétoria, Afrique du Sud
des perspectives d’une vie plus riche, plus saine pour les personnes qualifiées des pays pauvres et instables. Etant donné que l’exode des compétences attire des travailleurs de tout le continent, l’Afrique du Sud elle-même a connu une hémorragie importante de personnes qualifiées au cours de la dernière décennie.
Toutefois il est presque inutile de fournir des données à cet effet car les gains des pays qui reçoivent sont de loin supérieurs aux pertes de l’Afrique du Sud.
Outre la migration accrue de la main- d’œuvre en Afrique du Sud, l’arrivée massive des personnes fuyant une économie mozambicaine ravagée par la guerre s’est poursuivie et même accentuée. Ces derniers ont été rejoints par un nombre croissant de mi- grants et de réfugiés (clandestins) venant d’autres parties de la région, et de plus en plus de l’Afrique en général. Le nombre de ces personnes fait l’objet d’un débat permanent. Les estimations vont de 2 à 9 millions, bien que 5 à 6 millions soient apparemment le chiffre le plus exact. Par manque d’informations fiables, il n’est pas possible de donner des estimations précises.
On entend beaucoup plus parler de déportations que dans la réalité, mais elles donnent une idée du nombre de personnes et de pays impliqués dans la migration clandestine. Ces dernières années, la majeure partie des migrants clandestins ont été rapatriés vers le Mozambique (75 à 85%), le Zimbabwe (10 à 15%) et le Lesotho (5%). Entre 1988 et 1995, l’Afrique du Sud a déporté 637.495 personnes, dont 157 084 pour la seule année 1995. En 1996, ce chiffre est passé à 180.713. Presque toutes les personnes déportées ont été renvoyées vers les pays de la SADC.
Alors que par le passé, les migrants (clandestins et autres) avaient trouvé leur compte, sans pour autant nuire, aux intérêts (perçus) des Sud-africains, la hausse de l’immigration qui a suivi l’abolition de l’apartheid, a toutefois coïncidé avec une attente plus grande de la part des nationaux, une aggravation des conditions économiques et des taux de chômage
élevés. Un grand nombre de Sud-africains ont jusqu’à présent identifié la migration (clan- destine) comme étant l’un des plus grands défis auxquels la société se trouve confrontée à l’heure actuelle et pour les années à venir. De même, les autorités ne sont pas tout à fait emballées par l’idée de la libre circulation des personnes dans la sous-région bien que la chute du régime de l’apartheid ait augmenté les attentes dans ce sens. Il n’est pas surprenant que le Projet de Protocole sur la libre circulation des personnes dans les pays de la SADC (1996) ait été très critiqué au Botswana et en Afrique du Sud. Néanmoins, il semble que les objectifs politiques en matière de migration dans la sous-région demeurent fidèles à l’idée du transfert des contrôles aux frontières extérieures et au maintien d’un mini- mum de contrôle entre les pays de la SADC. Il s’agit d’un débat à suivre.
Sources :
Brunk, M. (19I96), Une migration sans statistiques vers l’Afrique du Sud : plus de ques- tions que de réponses. Cape town : IDSA ;
Crush, J. (1997), Covert operations : la migration clandestine, le travail temporaire et politique d’immigration en Afrique du Sud.
Cape town : SAMP ; Crush, J. James, W (eds.) (1995), A travers les frontières: la migration dans les mines d’une Afrique du Sud démocratique. Cape town : IDASA/IDRC ; Davies, J. (1995), La migration transfrontalière en Afrique du Sud. Cape town : IDSA;
De Vletter, F. (1998), Fils du Mozambique:
les mineurs mozambicains et l’Afrique du Sud post-apartheid. Cape town : SAMP;
Klotz, A. (1997), Relations internationales et migrations en Afrique du Sud. Revue de la sécurité africaine, 6(3);
Consultants Sechaba. (1997), Chevaucher le tigre: mineurs du Lesotho et résidence permanente en Afrique du Sud.
Cape town: SAMP.
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Au cours des quinze dernières années, des enquêtes démographiques et de santé (DHS) ont été menées dans la plupart des pays africains. L’analyse des données de ces enquêtes dans les pays, a donné des résultats très instructifs. L’utilisation de la contraception moderne est assez récente en Afrique. La révolution contra- ceptive qui a précédé la transition de la fécondité dans les pays occidentaux com- mence à peine à se faire sentir sur le con- tinent. Les données montrent également que les pays africains peuvent être classés en deux catégories distinctes, par niveau d’utilisation de contraception moderne, à savoir les pays à faible et à moyenne ou grande prévalence de contraception.
Variations régionales dans l’utilisation des contraceptifs
En Afrique, un très faible pourcentage de femmes ont recours aux contraceptifs.
Comme l’illustre le tableau 1, jusqu’à la fin des années 80, la contraception moderne a été rarement utilisée. Bien qu’on ait assisté à une hausse considérable dans l’utilisation des contraceptifs dans les années 90, la plupart des pays enregistrent encore un faible niveau de prévalence
contraceptive (moins de 15%), sauf dans quelques pays d’Afrique du Nord, australe et de l’Est où ce niveau est relativement élevé (18 à 46%).
C’est surtout en Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est (à l’exception du Kenya) qu’on rencontre les pays faisant partie du groupe à faible prévalence. Le tableau 1 montre une autre division au sein du groupe à faible prévalence. Dans des pays tels que la Zambie, le Malawi, le Ghana et la Tanzanie, plus de 12% des femmes en âge de procréer utilisent des contraceptifs modernes, tandis que ces taux tombent en dessous de 10% dans d’autres pays, comme le Cameroun, Mada- gascar, le Sénégal, le Togo et l’Ouganda, et en dessous de 5% au Mali et au Niger.
Contrairement à ces pays à faible prévalence contraceptive, en moyenne, plus du tiers des femmes en âge de procréer utilisent au moins une méthode moderne de contraception en Afrique du Nord et du Sud, il s’agit du groupe de moyenne et à haute prévalence. Le Kenya, seul pays de l’Afrique de l’Est à appartenir à ce groupe, est un exemple de pays africains où il y a eu une hausse spectaculaire de l’utilisation de la contraception, à savoir
qu’on est passé de 9,7% en 1987 à 17,9%
en 1989, et de 27,6% en 1993 à 31,5% en 1998. L’histoire du Kenya démontre l’impact d’un engagement politique continu et d’un appui des décideurs politiques à la planification familiale et aux programmes de planification familiale efficaces et bien planifiés. Il est possible de reproduire le succès kenyan dans d’autres pays africains. Le tableau 2 montre que dans des pays tels que l’Egypte, le Kenya, le Maroc et le Zimbabwe, la combinaison de l’engagement politique et d’un programme de planification familiale solide a facilité une hausse constante de la proportion des femmes utilisant des contraceptifs modernes.
Evolution de l’ensemble des méthodes
La répartition du pourcentage des utilisateurs actuels de contraception par méthodes est tant un indicateur de l’utilisation des services de planification familiale qu’un outil principal utilisé dans la projection des besoins de services. Elle reflète l’environnement politique desdits services (parti pris du prestataire, problèmes d’approvisionnement), ainsi que la préférence pour les méthodes locales.
Ces quinze dernières années, la pilule a été la méthode de contraception moderne la plus utilisée (voir tableau 2). Dans tous les pays où des enquêtes démographiques et de santé ont été menées, à l’exception du Burundi et du Togo, au moins 20% des utilisateurs de méthodes de contraception moderne ont recours à la pi- lule. Au Maroc et au Zimba- bwe, plus de 75% des utilisateurs actuels de méthodes modernes se fient à la pilule. Toutefois, avec la
Tendances dans l’utilisation des
contraceptifs modernes en Afrique : 1986 – 1998
Figure 1- Tendances dans les taux de prévalence contraceptive dans les pays à faible prévalence
Espace des données
0 2 4 6 8 1 0 1 2 1 4 1 6
1 9 8 4 1 9 8 6 1 9 8 8 1 9 9 0 1 9 9 2 1 9 9 4 1 9 9 6 1 9 9 8 2 0 0 0
A n n é e d e E D S
(%)
N I G E R M A L I
C A M E R O U N S E N E G A L M A D A G A S C A R
O U G A N D A
G H A N A M A L A W I ZAMBIE
T A N Z A N I E
T O G O