Journal Identification = IPE Article Identification = 1981 Date: July 16, 2019 Time: 1:22 pm
Pro Memoriæ
L’Information psychiatrique 2019 ; 95 (6) : 445-6
Alain Certhoux. Nécrologie *
Clément Bonnet Charles De Brito Jean Garrabé
Notre ami Alain Certhoux est décédé le 5 septembre 2018 et nous tenons à saluer son engagement militant dans le champ de la santé mentale au travers de quelques traces de son riche parcours.
Alain Certhoux né le 6 mars 1928, après ses études de médecine qu’il a faites à Tours, a commencé sa carrière psychiatrique en étant nommé interne à l’hôpital psychiatrique de la Charité-sur-Loire, actuel- lement CHS Pierre Lôo, dans la Nièvre. Cet établissement avait alors comme médecin-directeur Jean-Yves Achallé, un peu plus âgé qu’Alain Certhoux, qui avait été lui nommé médecin des hôpitaux psychiatriques au concours de 1953 ; plusieurs autres internes de la Charité vont ensuite faire, eux aussi, une carrière de médecin des hôpitaux psychiatriques.
Alain Certhoux nommé au concours de médecin des hôpitaux psy- chiatrique en 1958 prend son premier poste en Martinique en tant que médecin directeur à l’hôpital de Colson, qu’il va occuper de 1959 à 1963. Arrivé avec sa femme Colette pendant le carnaval, il constate avec étonnement qu’un tel événement peut vider l’établissement de son per- sonnel ! En tant que médecin-directeur de Colson, il représente pendant ces cinq années la psychiatrie franc¸aise dans plusieurs réunions sur la santé mentale organisées dans les pays des Caraïbes notamment ceux où l’on utilise la langue anglaise ; il est anglophone puisque sa mère était anglaise.
À son retour en métropole, il s’engage dans une formation analytique puis, après un passage à Moisselles, il arrive à l’hôpital Barthélémy- Durand dans l’Essonne au début des années 70 où il travaillera plus de 30 ans. Il retrouve dans cette institution le docteur Jean-Yves Achallé qui y avait été nommé médecin-directeur.
Dans l’Essonne, Alain Certhoux développe, en tant que chef de ser- vice, des structures extra-hospitalières pour proposer aux patients de nouvelles possibilités de soins et des moyens d’intégrer une vie sociale digne ; il créé ainsi des structures diverses dès 1974 sur un site extérieur à l’hôpital, les Mares Yvon : foyer thérapeutique, atelier thérapeutique, hôpital de jour.
Il décrit avec Y. Kostem dansRPSM(1991 : 2) l’atelier thérapeutique comme«un lieu thérapeutique et d’apprentissage social».
Président de l’AEER (Association essonnienne d’entraide et de réadaptation) pendant une vingtaine d’années, il permet à de nombreux patients d’accéder à un logement dans la cité en s’appuyant sur une dynamique associative.
C’est aussi dans la revuePSM(1986 : 1) qu’il rapporte les évolutions de la politique de secteur et des pratiques associatives à Barthelemy Durand. C’est la création de 14 comités de secteurs, des appartements associatifs et des chantiers associatifs. Il précise que dans toutes ces initiatives, les adhérents«accèdent à une nouvelle citoyenneté par le truchement d’une association complétant (et ne se substituant pas) les institutions de soins».
* Parue dansPratiques et santé mentale2019 ; 65 : 48, éditions Champs social et reproduite ici avec autorisation.
doi:10.1684/ipe.2019.1981
Correspondance :C. De Brito
Pour citer cet article : Bonnet C, De Brito C, Garrabé J. Alain Certhoux. Nécrologie. L’Information psychiatrique 2019 ; 95 (6) : 445-6 445
doi:10.1684/ipe.2019.1981
Journal Identification = IPE Article Identification = 1981 Date: July 16, 2019 Time: 1:22 pm
C. Bonnet,et al.
Il s’engage fortement dans le soutien au développement du tra- vail médico-social, et en partenariat avec l’Unafam de l’Essonne, il participe à la fondation de l’ALVE qui donne naissance à un premier foyer de vie à Juvisy suivi par plusieurs autres structures d’accueil et d’accompagnement.
Militant actif à Croix Marine, chargé au niveau du bureau de 1987 à 1993 de la vice- présidence du comité adultes secteur public, il coordonne en particulier une commission sur le travail thérapeutique.
Animateur de plusieurs ateliers lors des journées nationales, il laisse une intervention très remarquée lors d’une journée régionale au centre Vivre à Arcueil sur«Citoyenneté et insertion»(revuePSM, 1996 : 2) où il met en avant les vertus des activités socio-thérapeutiques dans un cadre associatif pour développer des échanges contractuels sans lesquels«il n’y a pas de retour digne vers la reconstruction d’une identité citoyenne» et où il se présente lui-même comme un« soignant citoyen».
Au-delà de ses qualités professionnelles, de sa connaissance des dossiers et de la clinique psychiatrique, Alain Certhoux a toujours été apprécié pour ses qualités humaines et ses capacités d’ouverture à toutes les cultures, il était lui-même fils d’un père franc¸ais et d’une mère anglaise déportée et morte en 1944 dans le camp de concentration nazi de Ravensbrück.
Gardons au fond de nous les convictions fortes de ce « soignant citoyen»qui a tellement marqué tous ceux qui l’ont rencontré.
Toute notre compassion et notre affection pour son épouse Colette.
C. Bonnet C. De Brito J. Garrabé
446 L’Information psychiatrique•vol. 95, n◦6, juin-juillet 2019