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- Collection "ThéâTre à Vif"

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

- Collection "T

héâTre à

V

if

" -

- 347 -

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L'auteur, Alex Lorette

Alex Lorette est de nationalité belge et vit à Bruxelles. Ses formations sont multiples, mais plusieurs d'entre elles nourrissent son champ d'écriture théâtrale.

Diplômé en économie et en sociologie, Alex est également détenteur d'une licence en sciences théâtrales et d'un diplôme de comédien.

Dans son écriture théâtrale, Alex Lorette se plaît à interroger le rapport au territoire et à la mémoire, et à traiter de questions relatives à l'identité sociale ou historique. Parmi ses obsessions d'écriture, on trouve la question de l'errance et la difficulté de

"trouver son champ".

Son théâtre :

- La ligne de partage des eaux. A.l.n.a. éditeur. 2009 - Skin(2012)

- Géographie de l'enfer(2013). A paraître chez Lansman - Le puits(2014)

- Pikâ Don (Hiroshima). Lansman, 2015 - Mouton noir. Lansman, 2016

Tous droits de traduction, reproduction, adaptation et représentation réservés pour tous pays. © Lansman (editeur) et l'auteur.

D/2016/5438/1118 iSBN : 978-2-8071-0117-3

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Mouton noir

Alex Lorette

- Lansman editeur -

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PRIX DES METTEURS EN SCENE Afin de souligner et d'encourager le dynamisme de l'écriture dramatique en Belgique francophone, le Centre des ecritures Dramatiques Wallonie- Bruxelles organise tous les deux ans les Prix des Metteurs en scène, destinés à récompenser des textes de théâtre récents d'auteurs de la fédération.

L'originalité de ces Prix réside dans le fait qu'ils sont attribués exclusivement par des metteurs en scène. Deux jurys sont mis sur pied, l'un composé de metteurs en scène oeuvrant en Belgique, l'autre de metteurs en scène hors Belgique. Ces deux jurys lisent les mêmes douze textes (sans que les noms des auteurs ne leur soient dévoilés), sélectionnés par un pré-jury.

L'un des enjeux de ces Prix est évidemment de mettre ces écritures en contact direct avec ceux qui sont les plus à même de leur donner vie sur scène.

www.ced-wb.be

Mouton noir de Alex Lorette a reçu le Prix des Metteurs en scène en Belgique 2015-2016.

Le Prix des Metteurs en scène hors Belgique 2015- 2016 a été attribué à elsa Poisot pour Kinky Birds.

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Les personnages : - Camille - Mila

- La bande (les harceleuses, les garçons...) - Albi

- La mère - Jacky - Loïc - Le directeur - La journaliste - L'enseignante - Le déménageur - La fille

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1. Baptême

La bande : Viens là toi. Oui toi. C'est à toi qu'on cause.

Ça te fait pas plaisir, qu'on te cause ? Mila (à Camille) : Stop !

Camille : Quoi stop ? Mila : il se passe quoi là ? Camille : Je sais pas

Mila : Ah. D'accord. C'est toi qui vois Camille : Je comprends pas

Mila : Plus tard Camille : Quoi ?

Mila : On verra ça plus tard. Tu décides quoi ? Camille : Je laisse venir

Mila : T'es dingue Camille : On verra bien Mila : T'es vraiment dingue

La bande : Viens là toi. Oui toi. C'est à toi qu'on cause Ça te fait pas plaisir, qu'on te cause ?

On est cool, tu vois On est cool

Cool de chez cool, total cool

Quoi, on te parle et tu fais la gueule ? Tu vois bien qu'elle comprend rien Laisse tomber, on perd notre temps Mila : Tu ne réponds pas ?

La bande : Petite fille à sa môman. T'as perdu ta langue ?

Mila (à Camille, doucement) : Mais réponds...

La bande : Ça te branche pas de faire des trucs avec nous ? T'as pas envie qu'on soit copines ?

Mila : Ça sera pire si tu ne réponds pas

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La bande : hé les filles, vous sentez ça ? C'est quoi ce parfum ? Violette ?

Non c'est pas ça Sapin ?

On dirait du produit pour chiottes Senteur marine !

Mila : Tu ne dis rien ?

Camille (à Mila) : Un jour, j'aimerais voir ça. Le Pacifique. La grande barrière de corail. Les vagues qui font de beaux rouleaux, comme ça. D'un bleu...

Mila : C'est pas le moment

Camille : Se lever avant le soleil. Aller jusqu'à la plage.

enfiler une combinaison. Plonger dans l'eau fraîche Mila : C'est pas le moment de rêver ! reste pas là ! Camille : Se coucher sur une planche de surf et pagayer, face aux vagues. S'asseoir à califourchon sur la planche.

et regarder le soleil qui se lève Mila : Bouge !

La bande : fais voir tes lunettes Mila : Trop tard

La bande : Donne, on te dit

Si tu lui donnes pas, elle va être obligée de te les enlever Ben oui c'est comme ça. Ben non pas le choix

Ben oui

C'est flexible ta monture ? Ah non. Désolée. Ah ben pleure pas. C'est cassé, ben oui, c'est cassé. T'auras qu'à demander une nouvelle paire à môman

C'est cool. T'auras une nouvelle paire Ben oui

Tu pourrais dire merci Choisis-en des moins moches Dis merci

faut dire merci quand quelqu'un te rend service Dis merci, on te dit

Mila : Tu bouges pas ? Comme tu veux. Moi j'y vais

(9)

Camille : Déjà ? Mila : Oui

La bande : hé les filles, on dirait qu'elle va se mettre à chialer

Camille : Attends ! Mila : A plus ?

Camille : Non mais attends !

La bande : J'hallucine ! Ça y est, elle chiale Pourquoi tu chiales ?

C'est parce qu'on est devenues copines ? C'est l'émotion, c'est ça ?

Camille : Pars pas. Tu m'as même pas dit...

La bande : C'est parce qu'elle a les yeux qui piquent elle voit pas à deux mètres, sans ses lunettes hé oh, c'est nous, tes copines, tu nous reconnais ? Si tu veux, on te prend la main et on te conduit en classe Comme môman

Ah oui, trop drôle

Camille (à Mila) : T'es qui ?

La bande : C'est dégueulasse, elle a les mains moites fallait pas la toucher, pourquoi tu l'as touchée ? T'aurais pu prévenir, quand on a les mains moites, on prévient

espèce de

espèce de quoi en fait ?

C'est vrai ça, faut qu'on te trouve un nom. espèce de fouine ?

Bof Souris ? Non

Tête de rat. T'aimes bien ça, tête de rat, ça te plaît ? Sainte Nitouche

Oui. Mais non

Vous pensez quoi de : Grosse Grosse ?

Grosse

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Grosse quoi ?

Je sais pas moi. Grosse...

Grosse dinde !

Ça ressemble à quoi une dinde ? Ça a un long cou et un gros cul, non ? Ou alors, grosse truie ?

Grosse cochonne !

Ah oui. C'est top. Ça claque. Ça lui va bien T'en penses quoi ? T'aimes ça, grosse cochonne ?

2. Crié au vent

Camille : Je m'appelle Camille ! Camille, c'est moi ! Princesse romaine ! Sculpteur ! reine ! Je suis un rempart ! Une citadelle !

Mila : Oh ! C'est possible de crier moins fort ? Camille : Pardon, je t'avais pas vue

Mila : Pas la peine de hurler Camille : Désolée

Mila : C'est bon, c'est rien C'est quoi ça ?

Camille : C'est mon carnet Mila : fais voir

Camille : C'est perso Mila : ...

Camille : Tiens

Mila : Tu dessines vachement bien. C'est moi ? Camille : Oui

Mila : Tu m'as dessinée comme ça ?

Camille : en fermant les yeux. en t'imaginant devant moi

Mila : Pas mal. J'aime bien. J'aime Camille : Moi c'est Camille

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Mila : Je sais

Camille : Toi c'est Mila Mila : C'est ça

Camille : Tu viens d'où, Mila ? Mila : Sydney, on va dire

Camille : L'Australie ! Le rêve ! C'est loin. il y a de l'espace. Du vent. Pas de gens

Mila : Quand même, à Sydney, il y a plein de gens Camille : C'est beau tes cheveux

Mila : Merci

Camille : J'ai toujours rêvé d'être blonde. Avec la peau mate

Mila : C'est cliché

Camille : Je trouve pas. Les blondes sont sûres d'elles.

Tout le monde les regarde. elles ont la vie facile Mila : Tu crois ça ?

Camille : Sûr ! Alors Sydney, c'est comment ? Mila : C'est juste... magnifique

Camille : J'en rêve ! La baie. immense. La mangrove.

Les plages. Les vagues, en rouleaux. Les embruns qui remplissent l'air, des milliards de gouttelettes qui rafraîchissent le visage. Les montagnes bleues, tout au fond... elles sont vraiment bleues ?

Mila : De loin. Au matin. Oui

Camille : Comment on les appelle, les habitants de Sydney ? Les Sydneysiens ? Sydneysois ? Sydneysans ? faudrait que je regarde

Mila : Sydnéens en français. Sydneysiders en anglais Camille : Sydneysiders, c'est joli, j'aime bien

Mila : Oui

Camille : Avec l'accent ça le fait

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Mila : Bon, on fait quoi ? Camille : Je sais pas ...

Mila : Ça te dit de jouer à un jeu ? Camille : Quoi, comme jeu ? Mila : Le jeu des qualités-défauts Camille : Le jeu des quoi ?

Mila : C'est un super jeu. On fait une liste. Le plus vite possible. Genre trente secondes. en trente secondes, tu mets un maximum de tes qualités. et un maximum de tes défauts. On parle pas. On écrit, le plus vite possible.

Sans réfléchir Camille : et après ?

Mila : Après, on s'échange les listes. et on voit ce que l'autre a écrit. On peut commenter. On peut barrer. On peut rajouter. et l'autre a pas le droit de dire non. T'as jamais fait ?

Camille : Jamais

Mila : Tu verras c'est trop bien. Donne un papier. C'est parti ?

Camille : ...

Mila : Top chrono !

(Elles écrivent, chacune sur son papier, pendant trente secondes environ)

Stop ! fais voir (Elle lit)

OBSERVATRICE

DISCRÈTE

C'est une qualité ou un défaut ça, discrète ? TIMIDE

Timide, j'aurais mis ça aussi, direct, pour toi GOURMANDE

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Gourmande, c'est bien ça, moi aussi GENTILLE

ATTENTIONNÉE

C'est un peu la même chose que gentille, mais bon STUDIEUSE

Bof

PONCTUELLE

Ponctuelle ? Tu mets ponctuelle ? Comme qualité ? Camille : Ben oui

Mila : Ponctuelle ! Ça j'ai jamais vu. Trop fort ! Ponctuelle !

Camille : Arrête

Mila : Pourquoi t'as pas mis jolie ? Camille : Pourquoi j'ai pas mis jolie ? Mila : Oui. Pourquoi t'as pas mis ? Camille : Ben...

Mila : Je rajoute. Jolie. Ça manque à la liste Camille : Tu crois ?

Mila : Tu as les traits super fins. Je rajoute et je vais rajouter aussi... vieux jeu Camille : Pourquoi tu dis ça ? Mila : Je sais pas. Ton look, tout ça...

Camille : C'est pas vieux jeu

Mila : Si si, un peu. Ben tire pas la gueule. C'est le jeu, c'est comme ça, faut pas discuter, sinon ça n'a aucun d'intérêt

Bon, tu lis la mienne ?

Camille (elle lit la liste de Mila): DRÔLE

INTELLIGENTE

SOCIABLE

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GOURMANDE

PAS DISCRÈTE

PAS STUDIEUSE

TÊTE DE COCHON

Ça veut dire quoi ça ?

Mila : Ça veut dire que je me laisse pas marcher sur les pieds. Ça veut dire que quand j'ai une opinion je la défends

Camille : Têtue quoi Mila : Plus que têtue

Camille : Tête de mule, tu veux dire ? Mila : Plus que ça. Une vraie tête de cochon Camille : Je vois pas

Mila : C'est parce que tu me connais pas. Pas assez. Bon continue

Camille :AVENTURIÈRE

SPORTIVE

DÉTERMINÉE

Mila : Voilà. C'est moi. rien à ajouter ? Camille : Si, je dirais... sexy

Mila : Ah ben d'accord, si tu veux. Quoi d'autre ? Camille : Directe

Mila : C'est bien ça Camille : Cool A ton aise, sûre de toi

Mila : Arrête. Ça fait trop de compliments là, je vais finir par plus te croire

Camille : Alors j'arrête Mila : faut que j'y aille Camille : On va se revoir ? Mila : Si tu veux

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3. Garde-meubles

Le déménageur : Boîte 1 : Six peluches, une lampe de chevet à abat-jour rose, un lot de cartes postales, un coussin en forme de coeur, deux coussins à fleurs, une boîte à bijoux. Boîte 2 : un ordinateur portable, une petite télévision à écran plat, une mini-chaîne hifi. Boîte 3 : vêtements divers. Boîte 4 : vêtements divers. Boîte 5 : chaussures. Boîte 6 : livres. Boîte 7 : livres et revues.

Boîte 8 : cahiers de cours, fardes à rabats. Boîte 9 : couette et draps. Boîte 10 : posters et petits objets de décoration. Boîte 11 : une mappemonde. Boîte 12 : des partitions de musique, un petit sac à dos. Boîte 13 : sept cahiers à dessin, un lot de grandes feuilles à dessin, crayons et pinceaux. hors boîte : un piano électronique et son pied. il était trop grand, on ne pouvait pas le faire rentrer dans une boîte. Mais on l'a enveloppé dans du papier bulle

Voilà, on a essayé de faire au plus précis, vous verrez c'est utile, ça permet de retrouver facilement ce qu'il y a dans chaque boîte, au cas où. Tout est déjà dans le camion. On a pris le lit aussi, le bureau et la garde-robe.

C'est en ordre. Ça vous fait une chambre toute nette ! La mère : Merci

Le déménageur : Voilà le numéro de votre box. C'est payé d'avance ?

La mère : Oui

Le déménageur : Un contrat avec domiciliation... C'est parfait. C'est en ordre ! Vous signez là. Ça c'est pour vous, c'est l'accusé de réception avec une copie de l'inventaire. et la petite feuille là, c'est un récapitulatif avec les infos pratiques. Vous pouvez avoir accès à votre box sept jours sur sept, il suffit de vous présenter dans nos locaux avec une pièce d'identité, et bien sûr, n'oubliez pas votre code. et si vous voulez rajouter quelques boîtes, c'est toujours possible, le box ne sera pas plein avec ce qu'on va y mettre ! Au revoir, madame, merci d'avoir fait appel à Shuregard!

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4. Albi (1) Albi : Sous le feu des projecteurs Je débarque !

Tadaaaaaam ! Pas très propre Désolée

Pas eu le temps de comprendre ce qui m'arrivait Ça a été vite. Très vite

C'est joli, ce caillebotis en béton beige, au sol et tout autour les murs d'un vert léger C'est quoi cette couleur ? Tilleul ? C'est lumineux

Ventilation régulée faux plafond

Sol strié et ajouré pour laisser s'écouler les fluides revêtement antidérapant

en dessous un système de captage dernier cri entièrement automatisé

Pas mal, la maternité Trois étoiles !

Une seule fausse note, ça sent la javel C'est que... ça rigole pas avec l'hygiène C'est sûr, c'est conforme aux normes Les employés... impeccables !

Juste que, pour la couleur de leur tenue, j'aurais pas choisi ça mais bon, noir, ça fait propre. Ça affine la ligne, ça rajeunit, c'est classe, c'est pas mal

il paraît qu'on est 20 000 ici, mais que c'est tellement bien organisé que ça tourne avec dix employés seulement

Difficile à croire, dix employés pour 20 000 pensionnaires, un gros village, une petite ville quoi et moi jetée là-dedans, tout juste arrivée

La dernière de la portée

Quatorze autres avant moi. et puis moi Un peu pâlotte, c'est vrai

Tache blanche dans une ribambelle de rose Mais bon. J'assume

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Je suis une beauté lunaire, quintessence, pureté incarnée On me palpe, pourquoi on me palpe ?

Tout va bien, je vais bien

Un doute s'énonce : trop blanche pour être honnête C'est en bonne santé une albinos ?

Oui, bien sûr que oui ! Je gueule

Ça semble les rassurer

Première piqûre. Dans la fesse

Ça fait mal mais c'est bon. Cocktail de vitamines et de fer

et c'est parti pour vingt-deux semaines A bouffer, à dormir, à bouffer

Après il faudra bouger

Dans vingt-deux semaines, tout le monde déménagera au petit matin, à l'arrière d'un camion

Les yeux émerveillés, ou peut-être encore un peu endormis, on verra la buée sortir des bouches des hommes, on rêvera peut-être au chuintement de couteaux qui plongent jusqu'à l'os

Dans vingt-deux semaines, tout ce petit monde prendra la route, et moi avec

Une légende dit qu'en quelques heures, tout est fini On verra bien

D'abord une vie à vivre, toute une vie de truie toute blanche parmi les roses, une vie pleine à vivre comme ça, après ça on verra

5. Interview

Le directeur : elle a toujours été spéciale. il y avait quelque chose dans son comportement qui - énervait.

elle était - crispante. Oui, c'est ça, c'est le bon mot. elle ne se mêlait jamais au groupe. elle avait un comportement asocial

La journaliste : Vous pensez qu'elle était responsable du rejet du groupe à son égard ?

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Le directeur : responsable je ne sais pas. elle l'a peut- être induit. Disons que - fréquenter l'école, c'est apprendre à vivre en société, vous comprenez ? C'est apprendre à s'accorder. etre avec les autres. Avec elle, on était loin du compte. Je dirais qu'elle n'était pas - apte.

Les autres le sentaient

La journaliste : A quand remonte la première agression ?

Le directeur : il n'y a jamais eu d'agression. Tout au plus quelques tensions. Des broutilles d'adolescents, rien de plus. Mais pas d'agression, non. en tout cas pas dans l'enceinte de cet établissement. Pas à ma connaissance.

Nous sommes. Comment dire. Nous avons un public relativement privilégié. elle s'est peut-être fait un peu taquiner par certains camarades de classe. Mais selon moi, ça n'allait pas plus loin

La journaliste : Pourtant, j'ai ici une copie d'un rapport médical. Le voilà, regardez. C'est un rapport détaillé qui décrit formellement des traces de coups sur l'abdomen, liés à une agression

Le directeur : Je n'avais pas connaissance de ce rapport.

(Un temps, le directeur parcourt rapidement le document)rien ne dit là-dedans que cette agression ait eu lieu dans l'enceinte de l'école

La journaliste : elle a consigné ces faits dans son journal intime

Le directeur : elle tenait un journal intime ? Vous me l'apprenez. en même temps, un journal intime... Qu'est- ce qui est vrai, qu'est-ce qui est inventé ? C'est courant, chez les adolescents, la tendance à gonfler les événements, ce qui leur arrive. A dramatiser. C'est l'âge...

La journaliste : Son journal intime révèle sur plusieurs années des faits de harcèlement ayant pris cours au sein de votre école

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Le directeur : Cette adolescente a dérapé. C'est regrettable. Mais ça n'a aucun rapport avec notre établissement

La journaliste : Vous refusez d'assumer toute responsabilité par rapport aux faits ?

Le directeur : Nous sommes une école tout ce qu'il y de plus normale. il n'y a pas de problèmes chez nous.

D'aucune sorte. Alors voilà. Je ne crois pas que l'on puisse considérer que l'école soit responsable

La journaliste : Vous n'envisagez pas la possibilité que vous, ou votre équipe, soyez passés à côté de quelque chose, une situation de souffrance vécue par cette élève et qui vous aurait échappé ?

Le directeur : D'après sa titulaire, c'était une jeune fille très fermée

La journaliste : Donc, sa titulaire avait remarqué qu'il y avait un problème ? elle vous en avait fait part ? Qu'avez-vous fait ? Avez-vous pris des mesures ? Le directeur : C'était une adolescente fermée. Comme beaucoup d'autres. Pour quelle raison, je l'ignore Quant à... l'événement, elle s'est elle-même mise dans cette situation. Le corps professoral et les élèves ne sont pas responsables de ce qui est arrivé. Ce qui s'est passé se serait passé de toute façon. elle était psychiquement instable

La journaliste : Avez-vous des éléments concrets qui vous poussaient à le penser ? et si oui, cela n'aurait-il pas dû servir de signal d'alarme pour que vous réagissiez ?

Le directeur : ecoutez - je crois qu'il vaut mieux qu'on en reste là

La journaliste : Vous ne voulez pas répondre à mes questions ? Vous sentez-vous la conscience tranquille par rapport à ce qui est arrivé ?

Le directeur : Cette interview est terminée

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6. Loïc Mila : Alors, t'es amoureuse ? Camille : Je sais pas

Mila : il s'appelle comment ?

Camille : Je l'ai rencontré au cours de piano. il a sa leçon juste avant moi. J'arrive plus tôt, je m'assieds dans le couloir, juste pour l'écouter jouer. C'est beau quand il joue. Loïc. Loïc. C'est son prénom. C'est beau, tu trouves pas ?

Mila : Jamais entendu

Camille : C'est breton. Ça chante comme la mer, comme l'écume, Loïc, j'aime le dire en boucle, le soir dans mon lit, je le dis vite, très vite, Loïc Loïc Loïc Loïc et ça fait comme un roulement de galets dans le bruit des vagues, sur la plage

Mila : T'es amoureuse... Tu lui as parlé ? Camille : Pas encore

Mila : Qu'est-ce que t'attends ?

Camille : Quand il sera prêt, il me parlera, j'en suis sûre.

il est beau. il est trop beau ! Mila : Tu devrais lui parler

Camille : Trop trop trop trop beau. il a des lèvres Mila : Tu devrais -

Camille : Tu verrais ses lèvres !

Mila : faut pas te faire des plans comme ça. Te monter le chou, pour un mec, sans même lui avoir parlé Camille : Je lui ai parlé

Mila : Tu lui as parlé ? Je te suis plus là...

Camille : Avec les yeux, je lui ai parlé. On a nos yeux qui se sont croisés. Comme ça

Mila : T'es dingue. Complètement dingue

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Camille : Tu dis ça, c'est parce que t'es jalouse

Mila : Jalouse ? Moi ? Pas du tout. Tu devrais lui parler, je te dis. Parler, c'est mieux. Ça évite les embrouilles, après

7. Livraison à domicile La bande : Bonjour madame

La mère : Vous êtes des amies de Camille ? Je suis contente de vous rencontrer, Camille ne me raconte rien, c'est bien, je suis contente de voir que Camille a des amies, vous voulez entrer ? Camille, ne laisse pas tes amies devant la porte

La bande : C'est gentil, madame, mais on préfère discuter ici, on est enfermées toute la journée, on préfère prendre l'air

Camille : elle dit ça comme ça, cette salope Mila : et ta mère qui sourit et qui dit

La mère : Pas de problème, comme vous voulez, je vous laisse, si vous changez d'avis, n'hésitez pas, entrez La bande : Au revoir, madame

La mère : A bientôt ?

La bande : elle est sympa, ta mère Ouais, vachement sympa

Classe, bien habillée

C'est vraiment ta mère, ou t'as été adoptée ? On l'a échangée à la maternité

Ça doit être ça

rigolez pas, les filles, ça arrive ces trucs-là, je l'ai vu à la télé

Camille : et elles rient, toutes, de celle qui a dit ça, et j'espère à ce moment-là, j'espère juste - que quelqu'un d'autre devienne la cible, juste - pour quelques minutes, juste comme ça, respirer, une fois, deux fois, avant que ça recommence

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Mila : rêver ça suffit pas

La bande : Ouais. elle est sympa, cette dame Trop sympa

La pauvre

elle est à plaindre

Pas de chance, vraiment. Se taper une tache comme toi.

Voir ta gueule tous les matins. Week-end et vacances compris. Nous ça va, on a des périodes de repos, mais elle... T'as déjà pensé à ça, ta pauvre mère, à ce que tu lui fais subir avec ta gueule tous les matins

hé, où tu vas comme ça, reste avec nous

Camille : il faudrait que ça sorte, mais rien ne vient Mila : C'est idiot

Camille : Je sais mais rien ne vient. et là, ça me tombe dessus, juste comme ça, je me dis, ça ne sert à rien, je me dis, voilà, ça ne finira jamais, je me dis

Mila : Pense à autre chose

Camille : J'essaie mais rien ne vient, je me dis, tu es nulle, Camille

Mila : T'es pas nulle

Camille : Trop nulle, ça doit être ça, tout ça tu l'as bien cherché, pas capable de -

La bande : reste un peu avec tes copines, tu vois bien que ça fait plaisir à ta mère

On n'est pas pressées, on reste un peu

hé, les filles, faudrait penser à trouver une solution.

Pour soulager sa pauvre mère Ben oui

Qu'est-ce qu'on pourrait faire de cette grosse tache ? Une opération ! Lui refaire le portrait

N'importe quoi

Ça se fait, vous avez jamais vu à la télé, l'émission où les grosses super moches se font relooker

Ça s'appelle Secret beauty ou un truc comme ça On les opère de partout, genre cinq ou six opérations

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chirurgicales. On les isole, pendant des semaines, elles voient pas leur famille, on les envoie chez le dentiste, le nutritionniste, le dermatologue, le psychologue, on les coiffe, on les relooke, on les maquille et puis, on invite la famille, on met de la musique, on leur fait descendre un grand escalier. et là généralement, la famille pleure parce que ces grosses taches sont devenues des femmes, pas toujours bombasses, mais des femmes quand même J'ai déjà vu, c'est super cette émission

J'adore

On pourrait faire ça A fond

Ça te plairait, qu'on te fasse ça ? Un petit relooking, chirurgie esthétique maison, un truc propre et net, ça pourrait être bien ça, non ?

Camille : J'ai de la sueur qui coule dans le dos Mila : il fait pas chaud

Camille : Ça fait comme une rivière qui coule dans mon dos, je suis en nage, je nage. J'ai envie d'un bon bain chaud, je me ferais bien couler un bon bain chaud. Là, comme ça, c'est là que ça commence

Mila : Stop ! Plus tard. On reviendra là-dessus

La bande : Moi je crois que le scalpel, ça suffirait pas.

Mission impossible. il y a rien à garder. Même pas une base. Ou alors les pieds. Juste les pieds. fais voir tes pieds

fais voir, on te dit

Allez, enlève tes chaussures

Ça pue, dis donc ! hé les filles, bouchez-vous le nez ! et les chaussettes aussi

regardez ça, elle met du vernis, tu mets du vernis toi ? Mais non c'est de la crasse, regardez c'est tout noir, ça existe pas du vernis comme ça, c'est parce qu'elle se lave jamais les pieds, hé, lave-toi les pieds hein, crasseuse Bouffonne

Pauvre tache Grosse cochonne

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hé, j'ai une idée ! On va jouer. Tu fermes les yeux, tu comptes jusqu'à cent, et nous on cache tes pompes. Pas trop loin, promis. Dans un rayon de, je sais pas moi, 500 mètres. C'est bien, 500 mètres ?

Ça fait pas trop loin ça ? Si quand même

Après faut qu'on marche, tout ça

Bon ok, on dit 200 mètres, tu vois, on est gentilles Alors voilà, 200 mètres, tu cherches bien, et surtout, surtout, tu rentres pas chez toi avant de les avoir trouvées, ok ?

Camille (à Mila): Je crois que je vais pleurer Mila : encore ?

Camille : J'ai envie de pleurer

Mila : Je t'ai déjà dit, jamais jamais jamais, jamais pleurer, pleurer c'est en dessous de tout, tu m'écoutes quand je te parle ?

Tu pleures ? Tu pleures ?

Tu sais quoi ? Tu mériterais une bonne claque

Camille : Mais ça va pas, non. T'es censée être ma copine

Mila : franchement. Ça te réveillerait Camille : Où tu vas ?

Mila : Je me casse. J'en peux plus. Tu m'énerves ! La bande : elle a perdu sa langue

On se tire ?

Maintenant, on sait où t'habites. Alors va surtout pas croire que t'es tranquille ici, à la maison, à l'abri chez môman. On sait où te trouver

Allez, ferme les yeux, c'est fini, on te laisse Tu comptes jusqu'à cent

hé, t'oublie pas tes chaussures hein

Demain on vérifie, si tu les as pas, ça va chauffer Salut, la grosse

Grosse cochonne, on dit !

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8. Jacky l'andouille

Jacky : Qu'est-ce que je vous sers, ma petite dame ? La mère : il est bien, votre jambon à l'os ?

Jacky : est-ce qu'il est bien, mon jambon à l'os ? Goûtez-moi ça

La mère : il est bon. Un peu gras

Jacky : il est pas gras, il est juste comme il faut. Le gras, c'est ce qui donne le goût à la viande. Sans gras, vous goûteriez pas le jambon

La mère : Mettez-m'en trois tranches

Jacky : Trois belles tranches pour madame. et avec ceci ?

La mère : Du saucisson ?

Jacky : Du saucisson ! C'est parti ! Au poivre ? Au pommeau ? Nature ? fumé ?

La mère : Celui-là, c'est à quoi ? Jacky : Au pommeau. Tenez, goûtez La mère : Pas trop

Jacky : Une petite tranche, c'est rien du tout. Vous faites pas régime, quand même ?

La mère : Non, bien sûr que non

Jacky : Bien sûr que non. elles disent toutes ça. Allez, goûtez-moi ça. Vous inquiétez pas, c'est rien que du bon, c'est pas ça qui va vous changer la ligne. regardez-moi, vingt ans dans le cochon, une ligne d'athlète ! Ou presque. Alors, il est bon ?

La mère : On goûte bien le pommeau

Jacky : Je vous en mets combien ? Un morceau comme ça ?

La mère : Un peu moins

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Jacky : C'est comme vous voulez. Pas trop petit quand même, vous allez manquer. Une fois qu'on commence, on peut plus s'arrêter. et avec ça ?

La mère : Je ne sais pas

Jacky : J'ai de l'andouille de Guéméné La mère : C'est fort en goût ça

Jacky : Ah non, c'est très doux, madame. On la fabrique nous-mêmes. Du 100 % artisanal. Je vous en mets un peu. C'est pour la maison. Autre chose ?

La mère : Un rôti peut-être ?

Jacky : J'ai ceci. Une très belle pièce. Du porc breton La mère : C'est tendre ?

Jacky : Très tendre. De la première qualité. C'est du porc charcutier. De l'artisanal. Ces bêtes-là, madame, elles sont pas malheureuses. On en prend soin. On les laisse gambader en plein air. et quand vient la fin, on a mal au coeur de les tuer. Mais bon, faut bien manger. Je vous en mets combien ?

La mère : Un petit kilo

Jacky : Une bonne heure au four, à 180 degrés, piqué avec de l'ail, vous arrosez bien de beurre régulièrement, et vous m'en direz des nouvelles. Celui qui n'aime pas ça, c'est qu'il n'aime pas la vie

9. Aérobic

La télé, la mère en collants de gym, tapis au sol, petits poids et haltères.

Camille : Tu fais quoi là ?

La mère : Tu vois bien, ma chérie. Je m'entretiens. il faut bouger. Garder la ligne. A partir d'un certain âge, tu sais, on enfle

Camille : Tu n'enfles pas, maman

(27)

La mère : C'est parce que je fais attention, chérie.

Tu vas où ?

Camille : Dans ma chambre La mère : On va manger ! Camille : J'ai pas faim La mère : C'est prêt !

Camille : Je vais jouer du piano

10. Journal intime Mila : Pour la fois passée...

Camille : Pas grave Mila : Désolée ...

Tu dis rien ? ...

Tu fais quoi avec ce briquet ? Camille : rien

Mila : C'est une araignée ? Camille : Même pas

Mila : Tu crames une araignée, c'est ça ? Camille : Même pas, je te dis

Mila : C'est dégueulasse. Quelle sadique. Pourquoi tu fais ça ?

Camille : Qu'est-ce que ça peut bien te foutre ? C'est qu'une araignée

Mila : Ben oui mais quand même

Camille : Ça me détend. J'ai le droit non ? De me détendre un peu

Mila : fais pas ça. Ça pue. Tu vas tout cramer Camille : Si ça te plaît pas, appelle la SPA

(28)

Mila : Arrête, c'est bon là !

(Elle lui arrache le briquet. Un temps) Pourquoi tu fais ta victime, tout le temps ? Camille : Je sais pas

Mila : ...

Camille : Ça a commencé, j'avais huit ans. Une fille de ma classe, Sandra elle s'appelait, Sandra elle me dit "Tu veux jouer avec moi ? Si tu veux, va te taper la tête. Va te taper la tête contre le mur, là"

Mila : et tu y vas ?

Camille : elle me dit "encore". Deux fois. elle dit. "Plus fort, c'est pas assez fort pour pouvoir jouer avec moi"

Alors je tape Plus fort Ma tête Contre le mur en brique rouge Ça fait un petit bruit Poc ça fait

Comme ça Un petit bruit. Poc encore

Puis ça coule

"Beurk c'est sale", elle dit

Mila : "Camille, il se passe quoi, Camille ?"

Camille : "rien madame, je suis tombée"

Mila : Camille à l'infirmerie, Camille dans la voiture, Camille à la maison, Camille se mord les lèvres pour ne pas pleurer, maman soigne Camille, Camille sous la couette, Camille se repose, dans sa chambre, Camille regarde les fleurs sur la tapisserie, Camille se lève Camille : et puis ça passe

Mila : Ça passe ?

(29)

Camille : Quelques mois plus tard Mila : Un an environ

Camille : "Je peux être ton amie ?"

Mila : "Pourquoi tu veux être mon amie ? Moi j'ai pas envie, que tu sois mon amie"

Camille : il serre, le garçon, il serre, sa main autour de mon cou, ça fait mal, je n'arrive plus à respirer, je bouge les bras, comme ça, j'essaie d'agripper ses mains. Puis il lâche

"Madame, Kevin m'a étranglée"

Mila : "Comment ça ?"

Camille : "il m'a étranglée, Kevin"

Mila : "Je n'ai rien vu"

Camille : "Mais il m'a étranglée"

Mila : "S'il t'avait étranglée, tu serais morte. Va jouer"

Camille : L'eau ça n'a pas de couleur, parfois on dit que l'eau est bleue mais l'eau prend la couleur du ciel, du fond marin, eau verte de la mer du Nord, eau bleue des Caraïbes, du Pacifique, eau froide, eau tiède, eau chaude, eau translucide dans la baignoire sous la lumière crue des néons, eau trouble mélangée au savon, eau verte dans la vase, eau brune, eau sombre, eau rouge, eau rose, c'est quoi ce rose, on ne sait pas, on verra bien Mila : Chutttt. Calme-toi

(Elle lui caresse les cheveux. Un temps)

Camille : Quelques années plus tard, je rentre au collège, à la rentrée j'ai la jambe cassée, j'arrive avec maman, sur des béquilles, tout le monde me regarde, au début on me taquine un peu, juste comme ça, puis très vite, "hé l'handic, t'as besoin de môman pour venir à l'école ?"

Mila : Coups de pied dans les béquilles

(30)

Camille : "fais la course avec nous, pour voir, hé, comment tu fais pour monter les escaliers, tout ça c'est pour zapper la gym, tu te laves pas alors, comment tu fais pour prendre un bain, une douche, tu laisses ta jambe dehors ? Ça doit puer à l'intérieur, dis donc"

"On peut dessiner sur ton plâtre, écrire un mot, une dédicace, juste pour toi, c'est handicapé ou andicapé, un h un p, ah oui voilà ou alors Andy Capé pas mal, c'est mieux non, à mon amie Andy Capé, ça va Andy, ça roule ?"

Moi ce que je veux, c'est partir, nager dans la mer bleue, plonger, rester sous la surface longtemps, plonger très profond, m'enfoncer et remonter, loin, très loin, de l'autre côté de la terre, le Pacifique, aller là où personne ne viendra me chercher, c'est bien, l'Australie ?

Mila : C'est bien oui Camille : C'est comment ? Mila : C'est chez moi

Camille : Peut-être qu'un jour je verrai. J'aimerais bien Mila : Dans une autre vie, va savoir, on peut pas savoir Camille : et puis ça continue, mes affaires saccagées dans mon pupitre, et un mot, sur un papier

Mila : "Tu vas crever"

Camille : Je ne dis rien. Je lis le mot Mila : "Tu vas crever"

Camille : Je ne dis rien Mila : "Tu vas crever"

Camille : J'ai peur que ce soit pire si je dis quelque chose, alors je ne dis rien, et j'écris, dans un petit carnet, ce qui me passe par la tête, j'écris

Mila : "Je voudrais être avec toi, papa"

Camille : La vie, le temps, la vie, puis on me vole mon petit carnet

(31)

Mila : et là, ça commence. Vraiment A partir de là

(Dans les vestiaires)

La bande : Ben alors quoi, tu t'habilles pas, la cochonne ?

ils sont où tes vêtements ? T'as perdu tes vêtements ?

Dépêche-toi, tu vas être en retard, c'est fini la gym, fini de rêvasser, allez, dépêche

Tu vas quand même pas y aller en short et en baskets Allez, déshabille-toi

Allez, on te dit Allez

C'est quoi cette culotte ? Tu mets des culottes roses toi maintenant ? Pourquoi pas un string tant que t'y es ? Attends, on va prendre une photo, pour montrer aux mecs

T'es toute blanche

elle est toute blanche, on dirait une morte T'es déjà morte ou quoi ?

hé, tu trembles ? T'as froid ? il fait pas froid ici, il fait froid ?

Ben non

Alors pourquoi elle tremble ?

C'est la sueur, après le sport, ça sèche, elle est toute suante, dégueulasse

Mets du déodorant hé, pauvre tache, ça pue ! Allez, ça a sonné

Donne ton t-shirt, on va le mettre à la poubelle, il pue trop

Avec le reste

On te laisse ta culotte, comme ça t'es pas toute nue et puis surtout, on veut pas toucher là, beurk, pauvre tache

Sale grosse

Allez, on se casse, on va être en retard Salut la grosse

...

Mila : Ça s'est vraiment passé comme ça ?

(32)

Camille : ...

Mila : Je comprends pas Camille : ...

Mila : Pourquoi tu fous pas le camp ? Camille : Où ça ?

Mila : N'importe où, ailleurs, mais loin

Camille : Ma mère, elle me laisserait pas. Jamais elle me laisserait partir

Mila : Autre chose alors Camille : Je vois pas

Mila : Genre, un cancer, un truc comme ça. Un truc hyper grave, qui t'empêche d'aller à l'école, qui te force à rester chez toi, et tout le monde te plaint, et tout le monde dit, c'est hyper triste, quand même, cette histoire, c'est vraiment hyper hyper triste, la pauvre, elle était un peu nouille mais elle a pas mérité ça, quand on y pense, ça pourrait être nous, ça pourrait être chacune d'entre nous, ça fait réfléchir, quand on voit ça, ça fait froid dans le dos, ça fait flipper, on va la laisser tranquille, si elle revient, le jour où elle revient, on sera sympa, on lui dira on savait pas, pardon c'est trop cool que tu sois là Camille : Ça serait bien, ça

Mila : A fond

Camille : Mais un cancer, ça s'attrape pas comme ça Mila : On va réfléchir. On finira bien par trouver quelque chose. Ça va aller

Camille : T'inquiète. Ça va

11. Albi (2)

Albi : Vous vous souvenez de moi ? Bien sûr que vous vous souvenez. Une fois, on me voit, on m'oublie pas Albi. L'albinos. Appelez-moi Albi

(33)

J'ai changé ?

Logique. Ça fait quatre semaines que je suis là. J'ai grandi. J'ai grossi. Mange, Albi, mange. Je tète, je fais sortir le lait. rien d'autre à faire, bouffer et regarder le temps qui passe, sous le soleil des néons

il paraît que je suis bien dans les courbes. Le bon poids, la bonne taille. Au-dessus de la moyenne. Percentile 80.

Pas mal pour une albinos. Mais je compte pas m'arrêter là. Je vise le percentile 95. Le 95, c'est le graal. Le 95, ça serait top !

Mamelle mon amour, j'aime ton lait qui gicle sur ma langue, ça coule dans la gorge, c'est chaud et c'est bon, mamelle je t'aime, mamelle je t'adore, moi ton cochon de lait

Ça s'agite dans le couloir il y a un truc qui se prépare

On voit les têtes des hommes en noir qui passent derrière la porte. La fraise verte qui couvre leurs cheveux. On dirait des méduses qui flottent derrière un hublot, emportées par le courant. Ça me fait marrer. enfin pas vraiment. Mais bon, quand ça craint, mieux vaut rigoler un bon coup. Après on se sent mieux

Pourquoi ils s'agitent comme ça ? Ça sent pas bon

Penser à autre chose. Mamelle ma planche de salut.

Mamelle mon amour. Je passe mon groin à travers la grille. Je lèche. fait chier, cette grille. Quelle idée à la con. A ce qu'on dit, pour éviter que maman truie ne nous écrase sous son poids. Nous piétine. Nous mange tout crus, nous croque dans sa gueule. Ça arrive, parfois. A ce qu'on dit. Ça s'est vu

Connerie, je dis. Moi je dis, manipulation des foules.

intoxication des masses par le corps dirigeant.

Propagande. La mamelle est douce. La mamelle est tendre. La mamelle ne ferait pas de mal à une mouche.

Moi je le sais. Mamelle, astre de mes jours, mon aube, mon crépuscule

(34)

C'est quoi ce papier collé au mur ? "Directive : Aucun porcelet ne doit être séparé de sa mère avant l'âge de vingt-huit jours, sauf si le non-sevrage est préjudiciable au bien-être et à la santé de la truie ou du porcelet." Ben oui. Logique. Merci l'europe. Vingt-huit jours de tranquillité, avant le sevrage, avant la jungle, vingt-huit sur deux cent vingt, vingt-huit c'est déjà pas mal A ce qu'il paraît, les vingt-huit premiers jours, c'est le plus chouette. Après c'est autre chose

Après, faut voir

On dit, c'est moins bien après, mais personne n'en sait rien

Je demande à voir

Après, c'est peut-être un monde avec - du vent. Un nuage. De l'espace tout autour

Après, c'est peut-être une sonnerie d'école. Des chaises qui raclent le sol, dans une salle de classe. Des voix. Très loin

Ou alors l'odeur du rôti, au four, qui cuit et embaume la cuisine. Ah non, pas de rôti, putain. Pas de rôti. Juste l'odeur de... pain. Du pain, c'est bien. Dans une cuisine en bois blanc, étincelante

Après, c'est peut-être des bruits de pas sur le trottoir.

Une voiture qui passe. Un oiseau qui chante. Un jardin.

Des fleurs. De l'herbe. Ce monde-là, ça serait bien Ça s'agite dans le couloir

Ça bouge ! La porte s'ouvre

Les combinaisons noires avancent elles empoignent la première Puis la seconde

Puis la troisième

Ça va très vite, maintenant

Je sens une main qui m'attrape, par la peau du cou Je m'accroche à ma mamelle

Je vais pas lâcher, merde Je vais pas lâcher

en même temps je gueule

(35)

"Aucun porcelet ne doit être séparé de sa mère avant l'âge de vingt-huit jours, sauf si le non-sevrage est préjudiciable au bien-être et à la santé de la truie et du porcelet" !

"Aucun porcelet ne doit être séparé de sa mère avant l'âge de vingt-huit jours, sauf si le non-sevrage est préjudiciable au bien-être et à la santé de la truie et du porcelet" !

"Aucun porcelet ne doit être séparé de sa mère avant l'âge de vingt-huit jours" !

"Avant vingt-huit jours" !

"Sauf si" !

Vingt-huit jours, ça fait combien de semaines ? Merde, j'ai toujours été nulle en calcul

Ça fait combien de semaines, vingt-huit jours ? Combien ?

Quatre ? C'est quatre ? Mais alors Merde ! Merde !

Putain d'europe ! Putain de directive !

Vous pouviez pas prévenir, putain ? Bande de brutes !

Ma mamelle !

Merde, je veux ma mamelle !

12. Loïc Camille : il m'a parlé

Mila : Qui ça ? Camille : Loïc ! Mila : raconte !

Camille : Au cours de piano. Je suis arrivée bien à l'avance, comme d'habitude. il était là, dans le couloir, assis sur le banc

(36)

Loïc : Salut Camille : Bonjour Loïc : Ça va ?

Camille : Oui, oui, ça va Mila : C'est tout ?

Camille (à Mila): Attends Loïc : Tu viens pour ton cours ? Camille : Oui

Loïc : Le prof n'est pas là. il est parti. Je sais pas pourquoi. Ça fait vingt minutes que j'attends

Camille : Ah (Silence)

Mila (à Camille) : Mais vas-y, bouge tes fesses, lance- toi !

Camille (à Mila) : Ça va, c'est bon, tu m'énerves. Je respire, là

(A Loïc)Moi, c'est Camille Loïc : Je sais

Camille : Ah bon ? C'est vrai ?

Mila (à Camille) : Oh non, pitié, c'est nul ça comme réponse, ça fait vraiment groupie

Camille (à Mila): Lâche-moi ! Mila : Ok. Je dis ça pour t'aider

Camille : Ça va, je te dis, je me débrouille Loïc : Je crois pas qu'il va venir

Camille : Qui ça ?

Loïc : Ben, le prof. il viendra pas, je crois. Je vais y aller.

Toi tu fais quoi ?

Camille : Je sais pas. Je vais quand même l'attendre un peu

(37)

Mila : Mais je rêve ! Tu rigoles ou quoi ? Tu vas pas rester là ?

Camille : euh non, en fait, je vais y aller moi aussi Loïc : Tu rentres à pied ?

Camille : Oui

Loïc : Je peux faire un bout de chemin avec toi si tu veux Camille : Si tu veux

Mila : et après ?

Camille : Après, ben on a parlé, parlé. C'est plus facile en marchant. Comme il me regardait pas dans les yeux, c'était moins impressionnant. Parce que quand il me regarde dans les yeux, moi ça me...

Mila : et alors ?

Camille : et alors, plusieurs fois, sa main a frôlé la mienne

Mila : Comme ça ? Camille : Comme ça Mila : il l'a fait exprès Camille : Tu crois ?

Mila : C'est sûr. Un mec, ça laisse pas traîner sa main par hasard. il t'a embrassée ?

Camille : Oui Mila : C'était bien ?

Camille : Ben oui. enfin. C'était sur la joue, donc, normal quoi

Mila : Ah, ok, ok Camille : Quoi ? Mila : Non rien Camille : Quoi ?

Mila : T'as jamais embrassé un mec, c'est ça ?

(38)

Camille : N'importe quoi

Mila : Tu peux me le dire, il y a pas de honte, tout le monde fait comme si, mais en fait, non, voilà. faut bien commencer quelque part

De toute façon, vaut mieux pas, vaut mieux pas embrasser la première fois

Camille : Pourquoi ?

Mila : Si tu veux qu'il te prenne pour une fille sérieuse Pas la première fois. C'est bien connu

C'est bien comme ça

13. Réunion de parents

L'enseignante : Camille, c'est ma déception de ce trimestre

Ses notes ont fortement chuté

Si vous comparez à avant, c'est très préoccupant elle n'a plus la moyenne

elle ne se concentre pas, elle semble ailleurs Absente

La mère : ... Peut-être qu'elle s'ennuie ? L'enseignante : Je ne sais pas

La mère : C'est ce qu'elle dit. Qu'elle n'aime pas le collège. Qu'elle s'ennuie

L'enseignante : Je dirais plutôt... elle semble perdue...

dans son monde

La mère : elle ne mange pas grand-chose. Quand je lui dis, mange, Camille, il faut que tu manges, elle me répond, mais je mange, maman. Je sais qu'elle ment.

Mais je ne peux pas la forcer quand même. Ce n'est pas une oie. Je ne peux pas la gaver. Alors je fais au mieux.

Je lui prépare des bons petits plats. en espérant que ça lui donne envie. Juste l'odeur, une jolie table, tout ça, que ça la mette en appétit

C'est pour ça, à mon avis. Vous ne croyez pas ? Quand on a le ventre vide, on ne peut pas se concentrer

(39)

L'enseignante : il faut qu'elle se reprenne. Dans tous les domaines

La mère : elle est intelligente

L'enseignante : Ça ne suffit pas. Si elle ne se bouge pas un minimum...

et puis, par rapport au groupe...

La mère : Je sais

L'enseignante : Par rapport au groupe, elle doit faire un effort. elle ne communique pas

La mère : elle a des amies, quand même ? Je l'ai vue avec des amies récemment. Qui l'ont raccompagnée à la maison

L'enseignante : elle ne se mêle pas aux autres. elle reste dans sa coquille. Pour les travaux collectifs, personne ne veut d'elle. Je dois forcer les choses, à chaque fois

La mère : elle a toujours manqué d'assurance. Pourtant je la pousse. Je lui dis, vas-y Camille, aie confiance en toi ! Mets-toi plus en avant. C'est la seule façon. Si tu ne vas pas vers les autres, ils ne viendront pas vers toi.

J'essaie, vous voyez, mais j'ai l'impression que ça n'évolue pas

L'enseignante : Peut-être qu'il faudrait prendre le problème à bras le corps. L'envoyer voir quelqu'un...

La mère : Ça je ne veux pas. J'aurais l'impression d'échouer. D'être une mauvaise mère

L'enseignante : Je ne veux pas vous forcer la main.

Juste, je pense que ça pourrait être une bonne idée.

Parfois, en parlant à quelqu'un, ça ouvre les perspectives, ça peut aider

La mère : Je suis très impliquée L'enseignante : Je n'en doute pas

La mère : Je vais lui parler. Ça finira bien par se tasser.

Ça n'est pas un âge facile. Avec le temps, ça se tassera

(40)

14. La pétition La fille : C'est quoi ?

La bande : Une pétition Tu signes ?

La fille : Une pétition pour quoi ?

La bande : Contre, c'est une pétition contre La fille : Contre quoi ?

La bande : Contre la cochonne C'est pour l'exclure de l'école

On en a marre, on veut plus voir sa gueule

La fille : et vous allez la donner à qui, votre pétition ? La bande : Ben. Je sais pas

Au directeur. Ou à la titulaire On verra

Tu signes ou quoi ?

La fille : Pourquoi je signerais ça ?

La bande : T'es en quatrième toi aussi. Alors signe.

C'est pour toutes les quatrièmes La fille : C'est con, votre truc La bande : C'est con ? La fille : Oui c'est con La bande : Ah oui c'est con ? La fille : Oui c'est con La bande : C'est toi qu'es con Pourquoi tu signes pas ?

Tu veux être sa copine, c'est ça ? La fille : N'importe quoi

La bande : Ben vas-y, vas-y, tu peux être sa copine Mais ramène plus ta gueule par ici

Si tu signes pas, on dira que t'es comme elle, t'as compris ? T'iras voir ta nouvelle copine

Vous ferez des soirées pyjama

(41)

La fille : C'est ça

La bande : Pauvre débile

La fille : Je la connais pas. Toi non plus, je te connais pas

La bande : Si tu la connais pas, pourquoi tu signes pas ? La fille : Parce que j'en ai rien à foutre. Ni d'elle, ni de toi. Tu piges ça ?

La bande : C'est ça

La fille : reste avec ta petite bande de gamines La bande : Pauvre tache

La fille : Bande de gamines ! La bande : Casse-toi

La fille : Je me casse pas. C'est vous qui dégagez Gamines !

(La fille leur fait un doigt d'honneur)

15. Loïc

Camille et Mila devant la garde-robe ouverte.

Camille : J'ai rien à me mettre Mila : T'es bien comme ça

Camille : C'est pour Loïc. On se voit ce soir Mila : Ben dis donc

Camille : On va au ciné. il m'a invitée Mila : T'es moins coincée que t'en as l'air Camille : C'est ça

Mila : Pour le ciné, je dirais... un pantalon. C'est le mieux. Pour un premier ciné, tout ça

Camille : Un pantalon, j'ai pas. J'aime pas ça, ça m'empêche de respirer

(42)

Mila : T'es grave, toi

Camille : Ça ? T'en penses quoi ? Mila : Tu mets ça ?

Camille : C'est joli, j'aime bien Mila : Avec de la dentelle ? Camille : et alors ?

Mila : Ça fait mamy

Camille : Ça fait rétro. C'est pas pareil. Moi, les années folles, tout ça, j'adore

Mila : Les années folles, c'est les robes à franges. A la Joséphine Baker... Ça c'est top. Ça fait sexy

Camille : Les années folles, c'est pas que les franges, c'est aussi la dentelle

Mila : Si tu t'habilles comme ça, tu vas le faire fuir Camille : N'importe quoi

Mila : Ou alors avec une veste en cuir par-dessus. Genre look décalé

Camille : J'ai pas Mila : Dommage

Moi, j'aime bien le look sixties. Les robes courtes, sans manches, avec un col remontant, les pieds de poule noir et blanc, les maxi bottes à talons, les petites vestes en moumoute, les lunettes de star en papillon posées sur une petite frange bien coiffée, un petit bandeau en liberty coloré dans les cheveux

Camille : Le liberty ? C'est top ringard, les fleurs, tout ça

Mila : Justement, j'évite !

J'aime. Mais c'est pas parce que j'aime que je m'habille comme ça

Tu devrais faire pareil il vaut mieux être cool

(43)

T'habiller avec des trucs qui font genre, j'attire l'attention, mais qui en fait, l'attirent pas du tout, vu que tout le monde se fringue pareil

Camille : Moi j'aime bien quand c'est différent

Mila : faudra pas te plaindre après, si le mec part en courant

Camille : il partira pas en courant Mila : Si tu le dis

...

Cette fois, c'est sûr, il va t'embrasser Camille : Tu crois ?

Mila : A fond !

Surtout, tu le laisses commencer. C'est lui qui vient Camille : Je fais quoi de mes mains ?

Mila : Tes mains ?

Camille : Ben oui, pendant qu'il m'embrasse. Je les mets où, mes mains ?

Mila : Où tu veux. Autour de son cou. Je sais pas Camille : T'as déjà embrassé ?

Mila : Ben oui

Camille : C'était comment ? Mila : La première fois ? J'ai foiré

Mais juste après, j'ai compris, et puis j'ai adoré Camille : Je stresse

Mila : faut pas

Camille : Tu me stresses ...

Comment je peux savoir si je suis vraiment amoureuse ? Mila : facile. Si tu penses à lui tout le temps, si t'as des papillons dans le ventre, si t'as le coeur qui bat trop fort, si tu te sens bien, si t'es super heureuse, alors t'es amoureuse

(44)

Camille : et si pas ? Mila : Alors là... je sais pas

16. Hameçonnage

* 23h23 : Tu fais quoi ce soir ?

* 23h23 : T'es qui ?

* 23h25 : Tu fais quoi ce soir ?

* 23h26 : Je sais pas

* 23h28 : T'as pas d'amis ?

* 23h29 : Bof

* 23h31 : Bof ça veut dire non ça. Mdr

* 23h32 : Mouais

* 23h35 : Si tu veux je peux être ton ami. Tu es de où exactement ?

23h35 : T'es qui ?

* 23h39 : Je te dirai après

* 23h40 : T'es qui ?

* 23h44 : Un ami à une copine à toi

* 23h45 : Qui ça ?

* 23h49 : Héléna ;-)

* 23h53 : Tu la connais ?

* 23h55 : Ben oui

* 23h59 : C'est une copine à toi ?

* 00h05 : Ça va

* 00h09 : Ben tu vois tu peux me faire confiance ;-)

* 00h11 : ...

* 00h14 : C'est cool ;-)

* 00h19 : Tu veux quoi ?

(45)

* 00h26 : Je sais pas, et toi ? ;-)

* 00h31 : Je sais pas. C'est toi qui me parles

* 00h35 : T'es chaudasse il paraît :p

* 00h41 : ???

* 00h45 : Oui oui, fais pas ta sainte nitouche

* 00h49 : Qui t'a dit ça ?

* 00h53 : Ta copine. Héléna

* 00h54 : Elle a dit ça ?

* 00h55 : Oui

* 00h57 : Ah bon

* 00h58 : C'est plus ta copine ?

* 01h03 : Si

* 01h06 : Ben voilà :p

* 01h09 : Alors ?

* 01h14 : Alors quoi ?

* 01h17 : Tu dis pas le contraire en tout cas

* 01h19 : De quoi ?

* 01h23 : T'es une chaudasse ?

* 01h25 : ??

* 01h33 : Réponds

* 01h36 : Réponds quand on te cause

* 01h41 : Réponds !

* 01h43 : N'importe quoi

* 01h46 : C'est ça :p :p :p

* 01h50 : C'est pour ça que tu me causes

?

* 01h52 : A ton avis ? :p :p :p

(46)

* 01h55 : ???

* 01h59 : Tu suces ?

* 02h06 : Quoi ?????

* 02h09 : Tu m'as bien compris, tu suces ?

* 02h16 : T'es qui, merde ?

* 02h18 : Change pas de sujet

* 02h19 : Grosse salope

* 02h25 : Fous-moi la paix

* 02h28 : Grosse chaudasse

* 02h31 : Salope

* 02h32 : Grosse pute

* 02h38 : Tu réponds plus, grosse pute ?

* 02h44 : Allo ?

* 02h47 : Grosse pute ?

* 02h50 : T'es là, grosse pute ?

* 02h52 : Tu dors ?

* 02h53 : Tu dors pas, je vois bien que t'es en ligne

* 02h55 : Réponds

* 02h59 : Grosse pute

* 03h03 : Grosse pute

* 03h07 : Grosse pute

* 03h16 : Gross pute

* 03h27 : Grosse pute ?

* 03h36 : Pourquoi tu réponds pas, grosse pute ?

* 03h45 : T'as perdu ta langue ?

* 03h53 : Grosse

* 03h55 : Grosse

* 03h59 : Grosse

(47)

* 04h04 : Grosse cochonne

* 04h07 : Allez on te laisse, grosse cochonne

* 04h07 : On va dormir

* 04h08 : On a bien rigolé. Une toute bonne soirée

* 04h12 : T'es contente ?

* 04h13 : Nous on est contents

* 04h13 : Maintenant on sait

* 04h14 : On sait que t'es une salope

* 04h15 : On le sait

* 04h17 : Une salope

* 04h19 : Salut salope

* 04h23 : Grosse salope

17. Rôti de porc La mère : Tu ne manges pas ? Camille : J'ai pas faim

La mère : Je t'ai fait du rôti, je l'ai acheté au marché, un monsieur très gentil, il fait dans l'artisanal, des produits de pays

Camille : Ça me dégoûte. La viande, tout ça

La mère : il est bon ce morceau, très fondant, c'est péché de ne pas manger une bête comme ça

Camille : Tu te fais avoir, maman La mère : Pourquoi tu dis ça ? Camille : il t'embobine, ce mec

La mère : C'est du porc breton. Première qualité Camille : C'est bidon, ce cochon, il est pas plus artisanal que ceux du magasin

(48)

La mère : On ne dit pas cochon, on dit porc ...

Si c'est mon plaisir d'aller au marché ? et d'acheter quelque chose de bon. Pour toi

Je l'ai cuit au four, je t'ai fait des pommes grenailles comme tu aimes

Je t'en mets un peu Camille : Pas trop, stop (Un long temps)

La mère : A l'école, ça va ? Camille : Ça va

La mère : Avec les copines ? Ça se passe bien ? Camille : Comme d'hab. Super

La mère : J'ai vu ta titulaire ...

On a parlé de tes notes. Tout ça Tu m'écoutes ?

Lâche ce téléphone, s'il te plaît Pas à table, je t'ai déjà dit Tu m'écoutes ?

Camille : Mais oui, je t'écoute !

La mère : Qu'est-ce qui se passe, Camille ? Camille : rien

La mère : Tu ne veux pas parler ? Camille : Ça va

...

La mère : Tu ne manges rien. C'est à cause de ça ! Tes notes, tout ça

Je ne comprends pas, tu as toujours aimé manger Moi je fais tout pour te préparer des bonnes choses. Des choses que tu aimes. et toi tu ne goûtes même pas Tu ne manges rien

Quand on a le ventre vide, on n'a pas de forces

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et sans forces, on ne peut pas affronter la vie Tu comprends ? il faut que tu manges Camille !

Camille : Mais oui. Je mange. Voilà. Je mange. Tu vois ? Je mange

La mère : Ça va. C'est bien. Ça va.

...

C'est mieux

Tu vas te sentir mieux, tu verras Si tu manges, ça ira

(Un long temps)

Tu pourrais inviter des amies Camille : Maman !

La mère : Pour ton anniversaire, tu pourrais inviter des amies

Camille : Arrête !

La mère : 15 ans, ça se fête Camille : C'est pas la peine

La mère : Quand tu seras plus âgée, tu diras, c'étaient mes plus belles années

Profites-en, ça passe vite

Mila (à Camille, sarcastique): Ben oui, profite, ça passe vite

Camille (à Mila) : Non, ça ne passe pas, ça ne passe pas du tout vite, ce sont les moments sans rien, en creux, ça, ça passe vite, mais le reste, ça ne passe pas

La mère : Mange, Camille, tu chipotes, allez, mange Mila (à Camille): elle est marrante, ta mère

Camille (à Mila) : Tu trouves ?

Mila (à Camille) : Oui. Vraiment. Super marrante. Tu sais ce que je crois ? elle est amoureuse du boucher.

C'est pour ça qu'elle veut te faire bouffer de la viande, tout le temps. Pour pouvoir y retourner, après, la

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prochaine fois, en jupe courte, chemisier décolleté, et tortiller des fesses devant son étalage, "il est bon votre gigot, monsieur ? oh oui madame, oh oui, et mon andouille, vous voulez la goûter, mon andouille ? j'ai de la poitrine fumée aussi, aaaah, la poitrine fumée, j'adore ça !"

Camille (à Mila) : Me faire vomir dans les toilettes.

Toute cette bouffe... Manger pour qu'elle me foute la paix puis me faire vomir dans toilettes, la tête dans le bidet, après, un coup de désodorisant pour couvrir le tout, les fluides, ce qui passe, par en haut, par en bas La mère : Alors ?

Camille : Alors quoi ?

La mère : Pour ton anniversaire. On invite des copines ? Mila (à Camille) : Temporise. Ça vaut mieux

Camille : Je vais faire une liste. (A Mila) C'est bien, tu trouves ? Je temporise, là

Mila (à Camille) : Pas mal

Camille (à Mila) : Genre, j'ai trop de copines, faut que je sélectionne, genre, laisse-moi y penser, genre, t'inquiète, tout va bien

Mila : Trop cool. La liste, on la fait, voilà, deux colonnes, la première, c'est "La liste des amis", et la seconde... c'est... "L'autre liste", quoi

Camille : Tu peux écrire "Liste des ennemis"

Mila : J'osais pas te le proposer. Bon, on y va ! J'écris quoi comme nom pour la liste des amis

...

Camille : Je sais pas Mila : réfléchis Camille : Je vois pas

Mila : Les listes, c'était ton idée

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Camille : Ça me stresse, tu mets la pression là. Je perds mes moyens. Je vois pas

Mila : Non, mais laisse tomber ...

et pourquoi pas une "liste des indifférents", là tu peux remplir des noms, non, de tous ceux qui en ont pas grand-chose à foutre, ou qui font comme si ça les regarde pas, la liste des indifférents, c'est bien non ? Camille : Si tu veux oui

Mila : On va la faire, ça va te remonter le moral, tu vas voir

Camille : On peut vivre comme ça, avec une liste d'indifférents, tu crois ?

Mila : Je sais pas

18. Conseil d'orientation L'enseignante : et donc ?

Camille : C'est pour un conseil. Un conseil d'orientation L'enseignante : Je t'écoute

Camille : Je voudrais changer d'école L'enseignante : Changer d'école ?

Camille : J'ai envie de faire quelque chose de différent L'enseignante : Différent en quoi ?

Camille : Quelque chose de plus artistique L'enseignante : Comme quoi ?

Camille : Je sais pas. Du piano. Par exemple

L'enseignante : en plein milieu d'année scolaire, comme ça ?

Camille : J'ai trouvé un lycée. Spécialisé. Oui, c'est assez loin d'ici, oui, mais il y a un lycée spécialisé

(52)

L'enseignante : et ta mère ? elle est au courant ? Camille : Je ne lui en ai pas encore parlé

L'enseignante : Pourquoi tu m'en parles à moi en premier ? Tu veux mon avis, c'est ça ?

Camille : Si vous pouviez lui dire, à ma mère, que c'est mieux pour moi. Que c'est plus adapté. Ça serait bien L'enseignante : Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. De changer comme ça, en milieu d'année

Camille : Vous voulez pas lui parler ?

L'enseignante : Ça fait combien de temps que tu joues du piano ?

Camille : Trois ans Mila : fallait dire plus !

L'enseignante : Ça ne fait pas bien long Mila : Voilà, elle a pas accroché

Camille : Moi je trouve ça long. Vraiment très long L'enseignante : Pas bien long pour en faire son métier.

il y a des petits prodiges de cinq ou six ans qui jouent comme des dieux. Si tu veux mon avis, tu es trop âgée pour te lancer là-dedans, Camille, trop âgée, c'est quelque chose qui se prépare dès le plus jeune âge, là tu es dans autre chose

Mila : C'est mort

L'enseignante : C'est trop tard pour toi Mila : C'est foiré

L'enseignante : C'est ça que je pense. C'est trop tard Mila : Propose autre chose en vitesse

Camille : Ou alors, stylisme

Mila : Stylisme ? Ça n'a carrément rien à voir L'enseignante : ecoute. Tu as de bonnes capacités

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Mila : Aïe

L'enseignante : Ça serait vraiment dommage de tout gâcher

Mila : Quand ça commence comme ça...

L'enseignante : Tu sais ce que je crois ? Mila : C'est foiré

L'enseignante : Tu fuis devant la difficulté Camille : ...

L'enseignante : Tu te dis que dans ce genre de filière il faudra sans doute moins travailler

Camille : rien à voir ! L'enseignante : Tu fuis Mila : Viens, on se casse

Camille : Alors, vous voulez pas lui parler ? Mila : On se casse, c'est mort, je te dis L'enseignante : A ta mère ?

Camille : Oui

L'enseignante : Pour lui dire quoi ? Que tu baisses les bras ?

...

Qu'est-ce que tu veux ? Mila : On y va ? Camille : ...

L'enseignante : Tu le sais, ce que tu veux ? Camille : Partir

L'enseignante : Partir, ça ne va rien changer Camille : Alors, vous ne voulez pas m'aider ?

L'enseignante : Je veux bien t'aider. Pour plein de choses. Mais pas pour ça, Camille. Désolée

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