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EVALUATION DE LA PROPHYLAXIE PAR LE SEL IODE DES POPULATIONS DE LA REGION DE RABAT-KENITRA EN 1998

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202 Maroc Médical, tome 24 n°3, Septembre 2002 Résumé :Cette étude a été réalisée pour évaluer l’évolution de la consommation du sel (iodé et non-iodé) et l’état de nutrition iodée, par le dosage de l’iode urinaire des populations de la région de Rabat-Kénitra.

Dans ce travail, nous avons analysé 225 échantillons de sel et l’iodurie chez 450 sujets.

La moyenne d’âge des sujets est de 24,3 ans ( 2 - 80 ans), dont 52 % sont de sexe masculin et 48 % de sexe féminin.

Le sel iodé représente 9,8 % de tout le sel analysé. La teneur moyenne en iode du sel iodé est de 32,4 mg/kg (8,5- 66,7 mg/kg ). L’iodurie moyenne chez les utilisateurs du sel iodé est de 22,2 µg/dl alors qu’elle est de 10,8 µg/dl chez les utilisateurs du sel non-iodé. Parmi tout le sel iodé analysé, aucun échantillon ne répond à la norme (80±10 mg d’iode/kg) et seulement 17,8 % sont conformes à la valeur minimale autorisé par la législation à la distribution (50 mg d’iode/kg).

Mots-clés :sel iodé, iodurie.

EVALUATION DE LA PROPHYLAXIE PAR LE SEL IODE DES POPULATIONS

DE LA REGION DE RABAT-KENITRA EN 1998

ASSESSMENT OF THE PROPHYLAXIS BY IODIZED SALT OF POPULATIONS OF THE REGION OF RABAT-KENITRA

IN 1998

A. ZAHIDI, M.O.B. IDRISSI*, M. ANSAR, L. HABABA, J. TAOUFIK

Abstract : This survey has been achieved to evaluate the salt consumption (iodized and non-iodized salt) and the state of iodine nutrition by the assay of the urinary iodine of populations of the region of Rabat-Kenitra.

In this work, we analyzed 225 samples of salt and the urinary iodine of 450 subjects.

The average age of subjects is 24.3 years (2 - 80 years), of which 52% are masculine sex and 48% of feminine sex.

The iodized salt represents 9,8% of all the salt analyzed. The mean iodine content of iodized salt is 32,4 mg/kg (8,5- 66,7 mg/kg). The mean urinary iodine at users of iodized salt is 22,2 µg/dl whereas it is 10,8 µg/dl at users of non- iodized salt Among all the iodized salt analyzed, no sample answers to the norm (80±10 mg of iodine/kg) and only 17.8% are compliant to the minimal value required by legislation at the distribution (50 mg of iodine/kg).

Key-words :iodized salt, urinary iodine.

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1998

Tiré à part :A. Zahidi, Laboratoire de chimie thérapeutique, faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, B.P.: 6203 Rabat, Maroc

* Laboratoire de chimie analytique; Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat

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Maroc Médical, tome 24 n°3, Septembre 2002 203 Evaluation de la prophylaxie par le sel iodé des populations de la région de Rabat-Kénitra en 1998 A. Zahidi et coll.

INTRODUCTION

L’iode est un oligo-élément indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes, celles-ci jouant un rôle capital dans les processus de croissance, de différenciation et de maturation de nombreux tissus, notamment le tissu osseux et le système nerveux central (1-2).

Les troubles dus à la carence iodée constituent un grand problème de santé publique dans la plupart des pays. En 1995, l’OMS. a estimé le nombre à environ 1 Milliard 571 millions d’êtres humains vivant dans des zones de carence en iode et à 750 millions le nombre de personnes souffrant de goître (3).

La supplémentation en iode des populations vivants dans ces régions est nécessaire. Les méthodes les plus utilisées pour cette prophylaxie sont : le sel iodé (4-6), l’huile iodée (7), le pain iodé (8) et l’eau iodée (9). Cependant, le sel iodé reste le vecteur de choix le plus recommandé en cette prophylaxie. De nombreux pays sont ainsi parvenus à introduire le sel iodé sur leur marché. Ils ont aussi établi des programmes d’évaluation de cette prophylaxie, par une surveillance régulière de l’état de nutrition iodée des populations et de l’adéquation des taux d’iode dans le sel, ceci, afin d’assurer un apport régulier de la dose recommandée qui est de 100-200 µg d’iode par jour (4,5,10).

Le Maroc est situé en zone de carence iodée modérée.

Une enquête réalisée en 1993 a révélé que 63% des enfants âgés de 6 à 12 ans avaient une iodurie inférieure à la normale (<10 µg/dl) et 22% avaient un goitre (11). Suite à cette enquête, l’iodation de tout le sel destiné à l’alimentation humaine dans une proportion de 80±10 mg/kg de sel est devenue obligatoire par un décret publié au bulletin officiel n° 4338 du 12 décembre 1995.

Cette étude vise à évaluer d’une part l’évolution de la consommation du sel (iodé et non iodé) et d’autre part l’excrétion d’iode urinaire qui est un critère objectif d’efficacité de la prophylaxie par le sel iodé.

MATERIEL ET METHODES

Notre échantillon est constitué de 450 personnes habitant la région de Rabat-Kénitra rencontrées au hasard, auxquelles nous avons expliqué notre étude et qui ont bien voulu y participer. Pour chaque sujet, un questionnaire précisant son identité et d’autres informations relatives à cette étude a été rempli.

Tous les sujets ont été examinés à la recherche d’un goitre. La détermination de son stade a été basée sur la classification de l’OMS. (12).

Les prélèvements réalisés représentent 450 prélèvements ponctuels d’urine et 225 échantillons de sel de cuisine. Ces échantillons de sel représentent le nombre

de ménages enquêtés.

La technique de dosage de l’iodurie est basée sur la réaction de Sandell-Kolthoff. (13). L’iode présent dans le sel sous forme d’iodate est dosé par titration volumétrique par le thiosulfate (14).

L’iodurie est exprimée en µg/dl. Les valeurs de l’iodurie sont réparties en intervalles selon les recommandations de l’OMS. (12).

Les dosages sont réalisés au laboratoire de chimie thérapeutique de la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat; équipé d’un spectrophotomètre UV/visible (Perkin- Elmer). Les réactifs utilisés sont de marque Merck.

L’analyse statistique des résultats a été réalisée sur ordinateur par le logiciel Epi-Info.6.0. La comparaison entre les résultats a été effectuée par les tests de chi-carré et de p-value.

RESULTATS ET DISCUSSION

L’âge moyen des 450 sujets enquêtés est de 24,3 ans (2 à 80 ans) dont 52% sont de sexe masculin et 48% de sexe féminin. 64,2% de ces sujets ne connaissent pas l’existence du sel iodé, contre 35,8%. Parmi ces derniers, seulement 27,95% utilisent le sel fortifié en iode, soit 10% de la population totale enquêtée.

* Sel de cuisine :

Sur les 225 échantillons de sel analysés, seulement 22 sont iodés, ce qui représente 9,8%. La teneur moyenne en iode du sel iodé est de 32,4 mg/kg (8,5 - 66,7 mg/kg).

Le décret publié au bulletin officiel relatif à l’iodation du sel destiné à l’alimentation humaine fixe le taux d’iodation du sel à 80 ± 10 mg/kg et stipule à ce qu’aucun échantillon ne doit présenter un taux d’iodation inférieur à 50 mg/kg au cours des analyses. Selon ces normes, seulement 4 échantillons du sel iodé sont conformes, ce qui représente 1,8% de tout le sel utilisé par la population étudiée.

* Iodurie :

L’iodurie moyenne de la population enquêtée est de 10,3 µg/dl. Cette valeur est comprise dans l’intervalle de l’iodurie normale (10-20 µg/dl).

Nous ne disposons pas de chiffre de référence pour cette région. Cependant, l’iodurie moyenne nationale était de 8,1 µg/dl en 1993 (11).

La différence observée peut s’expliquer par le fait que la région de Rabat-Kénitra est une région côtière qui n’est pas connue pour être une région d’endémie goitreuse. Le pourcentage de goitreux retrouvés dans cette région n’est que de 14,9%, alors qu’au niveau national, il était de 22%

chez les enfants âgés de 6 à 12 ans en 1993 (11). Le tableau

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204 Maroc Médical, tome 24 n°3, Septembre 2002 A. Zahidi et coll. Evaluation de la prophylaxie par le sel iodé des populations de la région de Rabat-Kénitra en 1998

I représente la répartition des ioduries en fonction des différents intervalles préconisés par l’OMS.

Ces résultats montrent que la prévalence de la carence en iode dans la région Rabat-Kénitra est importante. Ainsi, 64,4% des ioduries sont inférieures à la normale (<10µg/dl).

Cette fréquence est comparable à celle donnée pour la plaine atlantique dans l’enquête de 1993 où 63% des ioduries étaient inférieures à 10 µg/dl.

Le tableau II représente les ioduries moyennes de différents groupes en fonction du sexe, de l’utilisation ou

non de sel iodé et de la présence ou non de goitre.

L’iodurie moyenne est de 10,0 µg/dl pour le sexe féminin et de 10,5 µg/dl pour le sexe masculin. La différence entre ces deux moyennes n’est pas

statistiquement significative. Par contre, pour l’intervalle correspondant à la surcharge iodée (>20 µg/dl), on remarque que le sexe féminin présente un pourcentage supérieur à celui présenté par le sexe masculin. Ceci est dû probablement à l’utilisation abusive par les femmes des médicaments antiseptiques iodés et notamment la polyvidone-iodée (15).

Les ioduries moyennes sont respectivement de 22,2 et de 9,0 µg/dl chez les utilisateurs et les non utilisateurs de sel iodé. La différence est statistiquement significative. De plus 69,8% des utilisateurs de sel normal ont une iodurie inférieure à 10 µg/dl, alors que seulement 15,6% de la population consommant du sel iodé présentent une carence légère en iode (iodurie entre 5 et 9,9 µg/dl). Il est important de noter que l’iodurie moyenne dépasse légèrement la limite supérieure des valeurs normales (10 à 20 µg/dl), et ceci avec un taux moyen d’iodation du sel de 32,4 mg/kg. D’après ces résultats et selon des études antérieures (4,5,16), nous estimons que le taux d’iodation du sel fixé par la législation (80 mg/kg) est très élevé. Ce taux, s’il est appliqué, induira une surcharge iodée et par conséquent exposera la population aux risques des troubles thyroïdiens (16-18).

Les ioduries moyennes chez les sujets goitreux et non- goitreux sont respectivement de 7,0 et 10,9 µg/dl. La différence est statistiquement significative. La fréquence des sujets présentant une carence iodée est de 79,2% et 61,9% chez les goitreux et les non-goitreux respectivement.

Les moyennes d’iodurie des fumeurs et des non-fumeurs sont de 11,7 et 9,9 µg/dl respectivement. La différence n’est pas statistiquement significative (p = 0,128).

* Goitre :

La prévalence du goitre dans cette population est de 14,9%; elle était de 14,0% dans la plaine atlantique en 1993 (11). 78% de ces goitres sont des hypertrophies thyroïdiennes non visibles mais palpables (stade 1) et 22%

sont des goitres visibles (stade 2).

CONCLUSION

L’utilisation du sel iodé est encore loin d’être généralisée bien que la vente du sel non iodé soit officiellement interdite par la législation. Si dans la région de Rabat-Kénitra le sel iodé ne représente que 9,8% qu’en est-il des régions

INTERVALLE EFFECTIF POURCENTAGE STATUT EN IODE

D’IODURIEµg/dl (n) (%)

< 2,0 73 16,2% carence sévère

2,0 - 4,9 82 18,2% carence modérée

5,0 - 9,9 135 30,0% carence légère

10,0 - 20,0 60 13,4% normal

> 20,0 60 13,4% surcharge

Total 450 100,0%

Tableau I

Répartition des 450 sujets par intervalles d’ioduries et leurs statuts en iode correspondant.

p-VALUE SUJETS (effectif) IODURIE MOY

(µg/dl)

Masc:n = 234 10,5

SEXE P = 0,613

Fém: n = 216 10,0

UTILISATION Oui : n = 45 22,2

P = 0,0000000 DU SEL IODÉ

Non : n = 405 9,0

GOITRE

Oui : n = 67 7,0

P = 0,004 Non

n = 383 10,9

Tableau II

Comparaison des ioduries moyennes des sujets en fonction du sexe, de l’utilisation ou non du sel iodé et de la présence ou non de goitre.

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Maroc Médical, tome 24 n°3, Septembre 2002 205 Evaluation de la prophylaxie par le sel iodé des populations de la région de Rabat-Kénitra en 1998 A. Zahidi et coll.

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BIBLIOGRAPHIE

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