REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Le transit digestif chez les monogastriques.
III.
-Comportement (prise de nourriture
-caecotrophie),
motricité
ettransit digestifs,
etpathogénie des diarrhées
chez le Lapin
J. P. LAPLACE
Laboratoire de l’hysiologie de la Nutritioll,
Centre national de Recherches zootechniques, I.N.H.A", i835
o Jouy-en-Josas (Fvance)
Introduction
I)ans le cadre d’un travail antérieur
(L, A p r,ACE, 1975 )
tendant à relier les données relatives à la motricitégastro-intestinale
et au transitdigestif
chez diversesespèces
demonogastriques,
le cas duLapin
avait faitl’objet
d’unepremière
etbrève
analyse.
Nous avions alorssouligné quelques
relationsprivilégiées
entre lecomportement
alimentaire et les fonctions motrices du tubedigestif.
Cette orien-tation, susceptible
d’en éclairer defaçon beaucoup plus complète
le fonctionne- ment,peut
êtreaujourd’hui développée grâce
à laconjonction
de travaux réaliséspour la
plupart
au cours des 5 dernières années.Nous tenterons donc ici de faire la
synthèse
des connaissancesacquises
enmatière de
comportement (prise
de nourriture etcaecotrophie),
de motricité et de transitdigestifs.
Nous nous efforcerons aussi d’en tirer certains élémentspoten-
tielsd’explication
de lapathogénie
des diarrhées. Sur cepoint
il ne sauraits’agir
d’un tableau de relations entre troubles
digestifs
fonctionnels et manifestationscliniques
de diarrhée. Une telletentative, envisageable
chez le Veau ou lePorcelet,
serait en effetprématurée
chez leLapin,
en l’état des connaissances sur les interac- tions desphénomènes digestifs.
Il nousparaît
néanmoinsopportun
de poser ou éventuellement de formuler sur de nouvelles bases lesquestions
relatives à cetaspect.
1. - Prise d’aliment et de
boisson, caecotrophie
et dualité d’excrétion fécaleAvant
d’envisager
lesphénomènes
moteurs, il estindispensable
derappeler
les
caractéristiques chronologiques
etquantitatives
des activitéscomportementales
que sont
prise d’aliment, abreuvement,
etcaecotrophie
- etquelle
est lapériodicité
de l’excrétion fécale
envisagée
dans sa dualité - fèces dures etcaecotrophes
-et dans sa relation avec les
comportements.
Nous verrons en effet que tous lesphénomènes
moteurs en sont étroitement tributaires ou leur sont enquelque façon
liés.
z.z. - Consommation d’aliment
Les moyens d’une étude
quantitative
etchronologique
de laprise
d’alimentélaborés par PRUD’HON et al.
( 107 2)
et parPxuD’HOV,
CARRES et GOUSSOPOULOS( 1973
)
ontpermis
à cetteéquipe
de décrire l’évolution de lafréquence,
del’impor-
tance et de la
répartition
dans lenycthémère
desprises
d’aliment chez leLapin
entre la 5e et la z8e semaine
d’âge (P RUD ’ HON
etaL., 1975 b).
On sait en effet que leLapin domestique
a uncomportement
alimentaire àprédominance
nocturne(CHEVILLARD,
GASNIER etMA Y E R ,
1939; Pxun’aow etal.,
1972; SANDËRSON etV AND E RW EE E
E,
1975 ). Cependant
des variationsimportantes,
relevant de diversfacteurs, peuvent
intervenir.LU
. -
Aspects quantitatifs
sChez des
lapins
d’une mêmeportée, âgés
de 28 à 34semaines,
PRUD’HONet al.( 1972
) enregistrent
de 23 à 33 repas d’alimentgranulé
selon lesindividus,
pourune consommation variant du
simple
au double( 133
à 252g parjour)
et untemps
total de
prise
d’alimentcompris
entre 93 et 127 mn parjour.
Lepoids
moyen d’alimentingéré
àchaque prise
est ainsicompris
selon leslapins
entre 5,4et8, 9
g par repas moyen. Cescaractéristiques
individuelles restent relativement stables d’unjour
à l’autre.Chez des
sujets plus jeunes (5
à 18semaines,
PxuD’HOrr etal., 1975b)
uneconfiguration analogue
estobtenue,
avec desprises successives,
bien individuali-sées, irrégulièrement espacées (intervalles
de 5 mn à 5h). Cependant
on constateune nette évolution avec
l’âge,
caractérisée par l’accroissementquantitatif
de laconsommation
jusqu’à
laquinzième semaine, puis
sa diminution au-delà. Entre 6 et 9 semainesd’âge,
pour un nombre stable de repas( 39
parjour),
laquantité ingérée quotidiennement
passe de9 8
à 168 g parl’augmentation
del’importance
de
chaque prise (de 2 ,6
à 4,4g).
Cette dernière valeur reste ensuite stablejusqu’à
la I 5e
semaine,
alors quel’augmentation
du nombre de repas(de 3 8,8
à 41,1 enmoyenne) porte l’ingestion quotidienne
totale à1 8 4
g. Laréduction,
à la z8e se-maine,
du nombre de repas à 34 parjour correspond
à la diminution del’ingéré quotidien (i5 g g ).
Le nombre moyen de repas
enregistré
par H6RNicxn et al.( 197 6)
est un peuplus faible,
pour deslapins
de 3 à 4kg
depoids
vif : 25 repas d’une durée moyen-ne de 5,7 mn, avec une vitesse
d’ingestion
constante au cours du repas(i,o8g
/mn).
Lafréquence
de mastication( 3 , 5
à5 /s)
est à peuprès
constante pour un même animal et un alimentdonné,
mais varie selon la nature de celui-ci.1 . 12
. -
Répartition
dans lenycthémère
Chez les mêmes
sujets âgés
de 5 à 18semaines,
il est observé(P RUD ’ HON
etal., 1975
b)
au cours des 24 heures unepériode
diurne de faible consommation. La durée de celle-ci n’est que de 3 heures(approximativement
de 9 à r2h)
chez leLapin
de 6semaines;
cette durée atteint 5à 7 h (de
9 à 16h)
chez leLapin
de 18semaines. Par
ailleurs,
une secondepériode
de faible consommation d’aliment n’est observée au cours de la nuit que chez lessujets
lesplus jeunes.
Dans le même
laps
detemps (6 e
à z8e semained’âge)
laquantité
d’alimentingéré
au cours de lanuit,
initialementplus
faible que la consommationdiurne,
devientprépondérante ( 97
g contre6 2 )
en raison de l’accroissement de lafréquence
nocturne des
prises
et de la réduction de leurfréquence diurne,
en l’absence à cestade de toute différence
quant
aupoids d’ingéré
par repas.Chez des
lapins
de 28 à 34 semaines(PxuD’Frov et al., 1972 )
le nombre moyenhoraire de repas est environ 2 fois
plus
élevé au cours de laphotopériode
obscureque
pendant
laphotopériode claire,
avecingestion
deprès
de 60p. cent dugranulé
en IO h d’obscurité.
Enfin,
il existe chez tous lessujets
unepériode quotidienne
de repos alimentaire
plus
ou moins continue etprolongée,
au cours de lapériode
diurne
(fig. i).
A noter que chez le
Lapin
de garenne élevé encaptivité (P R uD’HoN
et Gousso-P
our,os,
197 6),
la consommation d’aliment estpratiquement
nulle entre l’heurequi précède l’éclairage
et 2 à 3 h avant l’extinction de la lumière. Deuxpics
d’in-gestion
degranulé
sontenregistrés,
l’un i haprès
l’établissement del’obscurité,
le second en milieu de nuit.
1 . 2
. - l’rise de boisson
La consommation d’eau a été
parallèlement précisée
par les mêmes auteurs(PxLn’frow
etal.,
1972,I975 b).
L’évolution de celle-ci estanalogue
à celle de laprise
d’aliment entre 5 et 18 semainesd’âge,
avec 30 à 35 abreuvements parjour
et une
ingestion qui
passe de r5og/j
à la 6esemaine,
à 300g jj
à la i8e semaine.La
quantité
bue àchaque prise,
de 5 g à la 6esemaine,
atteint oudépasse
IO g à laû’&dquo;
semaine pour rester stable ultérieurement. Chez deslapins plus âgés ( 2 8
à34
semaines)
le nombre deprises
d’eau est de 13 à 19 parjour,
avecingestion
deIO à 19 g à
chaque
fois.Le nombre moyen d’abreuvements est
analogue
dejour
et de nuit àl’âge
de6 semaines
( 1 6
dans les 2cas)
alors que lesprises
nocturnes deviennentprogressi-
vement
prépondérantes ( 21
à la i8e semaine contre 14 dejour).
Lepoids
d’eaubue est en moyenne le même à chacun des abreuvements diurnes et nocturnes.
Comme pour la
prise d’aliment,
il existe au cours de lapériode
diurnequelques
heures de très faible consommation
d’eau,
de mêmes durée et localisation dans lenycthémère.
Chez leslapins
deplus
de 28 semainesd’âge, plus
de 60 p. cent de la boisson sont consommés en io h d’obscurité.Globalement on
peut
admettre que laquantité
d’eau bue est deux foisplus importante
que celle de matière sècheingérée (CIZ!K, rg6r;
PPUD’HON etal., rg 75 b).
La restriction
hydrique
conduit leslapins
à réduire leuringestion spontanée
d’ali-ment de 14 à 24 p. cent pour une distribution d’eau durant IO
mn!j,
et de 30 à4
6
p. cent lors d’une seule distribution de IO mn tous les deuxjours (P RUD ’ HON
et
al., zg75a).
1 . 3
. - Dualité d’excrétion
/écale ;
yelation avec lecomportement
alimentaire LeLapin
excrète 2types
de fèces dont l’un(crottes dures)
est normalement excrété et l’autre(coecotrophes) réingéré
par l’animal à l’occasion d’un compor- tementparticulier
dit decaecotrophie (récupération
descaecotrophes
àl’anus) (MoxoT, I 88 2 ; EDEN,
1940;T A y I ,o R , 1940 ).
Cette dualitéd’excrétion,
observéede très
longue date,
conduit par un transitrépétitif
à uneprolongation
dutemps
de rétention d’un marqueur par
exemple.
A la suite d’observations anciennes(B IN
ET,
CROSNIER etMARGUERITE,
1947;MA N GO ED , I g5 I ),
le travail de PIEKARZ( 19 6 3
)
fournit sur cepoint
des donnéesprécises;
l’excrétion d’un alimentingéré
le matin débute
après
5, 6 h et se termineaprès 4 8,6
h(ou
5 h et 28 h seulement si l’onempêche
laca ‘ cotrophie) ;
l’excrétion de l’alimentingéré
le soir débuteaprès 3,6
h et se termineaprès
59,9h(ou
4 et3 8, 4
h en l’absence decaecotrophie).
Letemps
de rétention total est donclargement prolongé
par cecomportement
decaecotrophie.
Un second
phénomène
est décelé dans le travail de PI!KARZ( I g6 3 ) qui
concernela
périodicité possible
de cecomportement.
Letemps
de rétention estplus
élevélors
d’ingestion
au début de lapériode
nocturne etcorrespond,
dans les conditionsde cet auteur, à une activité de
caecotrophie
intense la nuit. Cette association n’estcependant
pas derègle,
lacaecotrophie
étant observée enpériode
diurne(Bo NN A-
FOUS et
R A y NAUD , I g67;
BEZILLE, GA.LLOuiN et LEBARS,
Ig73; LAPI.ACE, LEBAS et RIOPEREZ,I g7 4 ).
Lecomportement
decaecotrophie
survenaitainsi, croyait-on,
à la faveur de la
tranquillité
absolue de l’animal(à
toutepériode
favorable pour leLapin domestique,
et auterrier,
dejour,
pour leLapin
degarenne).
1 . 31
. Excrétion de
/èces
duresA la suite du travail de PROTO
( 19 6 5 ) qui
observait un maximum d’excrétion de crottes dures entre 12 h et 18 h et un minimum entre 24 h et fih,
I,EI3 As et I,A
rI,ACE
( 1974 )
ont étudié l’excrétion fécale de matière sèche sur un groupe delapins
de 8 semaines alimentés ad libitum et totalement libres de leurcomporte-
ment. Ils
enregistrent
une excrétion très faible entre 9 h et 17h, puis
unepériode
d’émission la
plus importante
de 17 h à Ih;
un arrêt est ensuite observé chez lamoitié des
animaux,
et dans ce cas unereprise
d’excrétion estenregistrée
entre5 et 9 h. Cette
répartition
despériodes
d’excrétion dans lenycthémère
est illustréepar la
figure
2. En moyenne, l’excrétion de matière sèche dans les crottes dures s’annule vers 12 h et passe par un maximum à 20h,
résultatopposé
à celui deP
ROTO
( I g6 5 ). Toutefois,
cettepériodicité
estlargement
confirmée sur unepopula-
tion de 40
lapins (L APLA CE
et LEBAS,1975 ).
Ilapparaît
à l’évidence dans ce dernier travail que l’excrétion fécale de crottes dures estpratiquement négligeable
entre9
h 30 et 16 h 30, ce
qui
conduit selon toute vraisemblance à localiser entre ceslimites horaires la
période principale
decaecotrophie,
en accord avec les données deJuG E ( 1974 )
et de PIORAMONTI et RUCKEBUSCH(1976).
Il est
également important
desouligner
lasuperposition
durythme
d’excrétion de fècesdures,
celle-cipassant
par un minimum à 12h,
et durythme
desprises
d’aliment établi par PRUn’xoN et al.
( 1972 , 1975 b),
lapériode
diurne de faible consommation se situant entre 9h et I3 h chez deslapins
del’âge (8 semaines)
deceux utilisés par LEBASet LAPLACE
( I g 741 .
L’heure de laplus
intense consommation d’alimentenregistrée
par PRUD’IION et al.( 1975 b)
- 20h soit Ih avant extinctionde la lumière - est aussi l’heure du maximum d’excrétion de matière sèche sous
forme de fèces dures selon LEBAS et LAPLACE
( 1074 ).
Il y a donc chez leLapin
alimenté ad
li bitum,
sans contrainte d’horaires de repasimposés
et hors de lapré-
sence
humaine, superposition
des minimum et maximum deprise
d’alimentgranulé
et d’excrétion de fèces
dures,
et association - tout comme chez leLapin
de garenne(SO U T H ERN
,
z942;M Y E RS , 1955 )
- de laphotopériode
obscure avec lapart
laplus importante
del’ingestion
alimentaire et de l’excrétion de fèces dures.1 . 32
. Excvétion de
coecotrophes
etcoecotrophie
Ainsi
qu’il
a étéindiqué précédemment,
les observations deJILGE ( 1974 )
confirment la localisation
supposée
de lacaecotrophie
lors de lapériode
de faibleexcrétion de fèces dures. Cet auteur collecte en
effet,
chez deslapins porteurs
d’uncarcan, les
caecotrophes
au cours de lapériode
diurne et enparticulier
durant lamatinée.
Selon W oRaMOrrTr et RUCKEBUSCH
( 197 6)
chez les animaux alimentés adlibitum,
l’émission descaecotrophes survient,
pour 70 p. ioo dessujets
en unepériode unique
dont la durée moyenne est de 7 heures. La localisationnycthé-
mérale de cette émission decaecotrophes présente d’importantes
fluctuations inter-individuelles entre 5 h et 12 h. Aucuneproduction
decaecotrophes
n’estobservée entre 17 h et 23 h. Chez certains
lapins,
lapériode
d’émission de caeco-trophes
estinterrompue
par une émissionplus
ou moinsprolongée
de fèces dures.Toujours
selon ces mêmes auteurs,lorsque
les animauxreçoivent
une alimen-tation à heures
fixes,
lerythme
d’émission descaecotrophes
estimposé
par les repas. Lors de double distributionquotidienne,
lescaecotrophes
sont émis 4 à 5 haprès
le repas dumatin, pendant
environ 2h,
et 5 à 6 haprès
le repas du soir pen- dant 6à h.
Dans le cas d’un seul repasquotidien,
lescaecotrophes
sont émis enune seule
période
de 5 à 6 h survenant 5 à 6 haprès
la fin du repas.L’influence du
jeûne
alimentaire sembleirrégulière.
Selon FioRnMON’rr et RUCKEBUSCH
(ig 74 b)
lejeûne
alimentaire limité à4 8
h ne modifie pas le nombre et la durée despériodes
decaecotrophie.
Ces mêmes auteurs( I g 7 6)
notent pourun
jeûne
alimentaire de 72 h que la durée d’émission descaccotrophes
en situationde
jeûne stercoral,
leplus
souvent localisée entre o et 8h,
n’excèdegénéralement
pas 3 heures. Enfin RUCKEBUSCH et FIORAMONTI
( 197 6b) enregistrent
simulta-nément chez le
sujet
laissé àjeun (jeûne
alimentaire etstercoral)
ladisparition
de la
caecotrophie
et des modificationscaractéristiques
duprofil
moteur du côlon.Quel
que soit le mode de distribution desaliments,
FIORAMONTI et RUCKE-BUSCH
( I g 7 6)
notent quechaque période
decoecotrophie comporte
de 30 à 40ingestions
decaecotrophes,
lafréquence
horaire de cesingestions s’espaçant
pro-gressivement
de 10 à3 /h. Enfin,
chez leLapin
alimenté adli bitum,
ils confirment que le début d’unepériode
decxcotrophie
coïncide avec l’arrêt de touteingestion d’aliments, cependant
que SANDERSON et VANDERWEELE( 1975 )
situentl’ingestion
maximale d’aliment 6 h avant le repos alimentaire
qui correspond
à lapériode
decaecotrophie.
i.
4
. - La
caecotroPhie : rythme endogène
ou induit?De l’ensemble des travaux
analysés jusqu’ici
il ressort, dans une situation d’alimentation adLibitum,
l’évidentesuperposition
de lapériode
decaecotrophie
à la
période
de consommation faible ou nulled’aliment,
associée à la non excrétionde fèces dures
(fig. 3 ).
Les observations en situation de restriction dutemps
d’accèsà la
mangeoire (meal eating) suggèrent
que laprise
de nourriturepourrait
êtrel’inducteur
primaire
desrythmes
d’excrétion et decaecotrophie.
Le très récenttravail de H6RNICKE et BaTSCri
( 1977 )
montre que lerythme
de lacoeeotrophie, remarquablement
stable(à
30 mnprès)
dans des conditions d’alternance lumière obscurité 12/i2,
se décale en situationd’éclairage
continu durant 24h. La caaco-trophie
débute ainsi 30 mnplus
tôtchaque jour,
avec unepériode comprise
entre23 ,
7 et 25,1 h selon les
lapins,
et en moyenne de 24,S ::!: 0,3 h. Parconséquent,
lacaecotrophie répond
à unepériodicité
circadienneendogène, n’exigeant
pas commepréalable
unrythme
circadien deprise
de nourriturepuisque
celui-ci est très atténuévoire absent en
éclairage permanent.
Cependant, l’application
du mealeating
en lumière continue induit laréappa-
rition d’un
rythme
de 24 h d’émission decaecotrophes.
Ce fait nepeut
être inter-prêté
comme traduisant le rôled’horloge
de laprise
de nourriture àl’égard
de lacaecotrophie :
pour HORNICKE et BATSCH( I o77)
laprise
de nourriture entraîneraitun ensemble de
phénomènes digestifs, mécaniques
etchimiques, provoquant l’appa-
rition de la
caecotrophie
environ 8 haprès
le début du repas.2. - Motricité
digestive
chez lelapin
Tous les
phénomènes
moteurs serontenvisagés
au travers desphénomènes électriques
survenant au niveau de la musculaturegastro-intestinale, qui
per- mettent uneapproche particulièrement précise
et actuellement trèsrépandue.
La nature de ces
phénomènes,
et laterminologie
usuelle ont étérappelées
briève-ment dans le
précédent
travail(I,n P r,ncE, 1075 ).
Leurdescription
dans diverses circonstancescomportementales
nouspermettra
ensuite d’aborder les travauxqui
tendent à étudierl’hypothèse globale
de H6RNICKEet BATSCH( I o 77 )
formuléeci-dessus. La
figure
4rappelle
l’anatomiedigestive
dulapin
et laterminologie qui s’y rapporte,
afin d’éviter touteambiguïté.
2 . 1
. - Motricité
gastrique
Trois
caractéristiques
essentielles dominent la motricité de l’estomac duLapin
selon ROCHE et SANTINI( 1970 ) : i)
Activité réduite au niveau de la grosse tubérosité et d’unela.rge
fraction du fundus(phénomène
commun chez les mono-gastriques); 2 )
Absence de toute activité fondamentalelente,
c’est-à-dire de cesvariations
rythmiques
depotentiel
habituellementgénérées
par la couchelongi-
tudinale et
qui
coordonnent l’activité de la couche circulaire en fixant lafréquence
maximale de ses contractions et en déterminant la vitesse de
propagation
de celles-ci; 3 ) Irrégularité
de lafréquence
des activitésélectromyographiques, qui
résultepeut-être
de laparticularité précédente.
Sur l’antre
pylorique
et lapetite courbure,
les activités sont uniformémentreprésentées
par des bouffées depotentiels
dont la durée etl’amplitude
sont liéesà l’intensité de contraction de la
paroi gastrique.
L’activitéqui peut
être dérivéeau niveau du cardia est
généralement intense;
elle est maximale avant etpendant
le
développement
d’une contraction sedéplaçant
sur l’antrepylorique.
De faitces bouffées
partent
del’cesophage
et franchissent le cardia pour traverser ensuitel’estomac,
et dans un certain nombre de cas atteindre le duodénum au-delà dupylore. Cependant
la contraction antrale estsusceptible
de se dérouler en dehorsde cette activité coordonnée de
l’oesophage
distal au duodénumproximal.
Il serait évidemment séduisant
d’envisager
un rôleparticulier
de cette propa-gation
del’oesophage
au duodénum àl’égard
de l’évacuationgastrique.
Malheu-reusement toute information fait défaut sur ce
point.
2 . 2
. - Motricité de l’intestin
grêle
A la différence de
l’estomac,
l’intestingrêle
duLapin présente
comme celuides autres
espèces
une activitéélectrique
lentequi
décrit ungradient
defréquence
décroissante dans le sens
oral-aboral,
avec des valeurs de l’ordre de 23/mn (R UCKE -
BUSC H
,
GRIVEI,, SANTINI, 19 6 9 )
OU2 0 /mn (R U C K E BU SC H , G R I V EI,, FARGEAS, 1971)
au niveau
duodénal,
et der6,6 /mn
selon ces mêmes auteurs( 1971 )
ou 15,9 selon COUTURIER et al.( I9 69a)
au niveau iléal. Alors que laprésence
des seules ondeslentes,
en l’absence d’activité de la couchecirculaire,
n’est assortie d’aucune va-riation de
pression
ou mouvement visible de l’intestin chez laplupart
desespèces,
on observe chez le
Lapin
des oscillationsrégulières
de lapression endoluminale,
survenant au même
rythme
que les ondes lentes etcorrespondant
à des mouve-ments
longitudinaux
visibles de laparoi
intestinale(G RIV E L ,
RUCKEBUSCH,1972 ).
L’importance
fonctionnelle et l’efficacité de ces mouvements restent à cejour
non
précisées.
Les activités
électriques rapides (potentiels
d’action issus de la couche cir-culaire)
sontorganisées
selon un mode commun aux diversesespèces : I
)
bouffées depotentiels surchargeant irrégulièrement
les ondes lentes et coïncidant avec des mouvementsirréguliers
et peupuissants
del’intestin;
2
)
groupes de bouffées trèsfournies, surchargeant plusieurs
ondes lentes consécutives et sepropageant
trèsrapidement (8
à 15cm /s), qui
accompagnent des ondes contractilespéristaltiques propulsant
2 à 5 ml de contenu. Alors que l’intestin se relâche totalement entrechaque
bouffée dans bien desespèces,
on noteque chez le
Lapin,
les bouffées tendent à fusionner trèsfréquemment
conduisantà une élévation de
pression particulièrement
soutenue(G RIV E L , RucK!EBUSCH, 1972);
3
) périodes prolongées (q
à Iomn)
durantlesquelles chaque
onde lente estsurchargée
d’une bouffée depointes,
coïncidant avec une activité detype
segmen- tationqui
faitl’objet
d’une lentemigration
dupylore
à lajonction
iléocaecale(IO
à 4cm /mn)
enl’espace
de 90 à IIO mn.Ce dernier
type
d’activitérapide
existe chez leLapin
defaçon indépendante
de ses habitudes
alimentaires,
cequi
n’est pas le cas de toutes lesespèces.
Sa fonc-tion reste à ce
jour
encoreincomplètement précisée,
mais semble néanmoins liéeau transit des contenus
digestifs
dans la mesure où il constitue l’une desphases
d’une
séquence
motrice de récurrencecyclique (connue
sous le nom decomplexe myoélectrique migrant) comportant : quiescence
- activitédispersée
et ondespropulsives
- activitérégulière
desegmentation.
Uneparticularité
duLapin
parrapport
à d’autresespèces
tient au fait que lalongueur
dusegment
intestinal soumis à l’activitérégulière
desegmentation
à un instant donné est deplus
enplus importante
au fur et à mesurequ’elle
affecte unsegment plus
distal(G R mEr&dquo;
RUCKEBUSCH,
1972).
A noter enfin que l’activité du sacculus yotundus diffère sensiblement de celle de l’iléon
adjacent,
en l’absence à ce niveau d’ondes lentes. L’activitérapide
decette formation terminale consiste en bouffées isolées
(q.
à 5s)
depotentiels
degrande amplitude ( 5 oo f L V
contre 200>1
surl’iléon).
Une inhibition de l’activitérapide
iléalecorrespond
au déclenchement d’une onde caecalebase-pointe.
Dansquelques
cas unepropagation
directe de l’iléon au côlonproximal
à traversl’ampulla
cecalis coli
peut
être observée(R U C K E BU SCH,
HORNICKE,1977).
2 . 3
. - Motricité caecale et relations avec les activités iléales et
coliques
La
description
de la motricité caecale duLapin
et de ses relations avec lesmotricités iléale et
colique
résulte des travaux de RuHr,axn et EHRi/EiN( 1972 )
décrivant l’alternance de mouvements
péristaltiques
etantipéristaltiques,
deF IORAMON T
I et RUCKEBUSCH
( I g7qa)
et CORPET et LAPLACE(1 97 6).
L’électro-myogramme du caecum ne
présente
que des salves depotentiels
survenant leplus
souvent par groupes de 2 à 4, en l’absence d’ondes lentes.Il
apparaît
au niveaucaecal,
toutes les o,5 à 2 mn, des ondes depression
de 30 à 40 mm
Hg,
d’une durée de 2 à 5 s. I,afréquence
de ces contractions estplus
élevée(de
25 p.cent)
au niveau de la basequ’au
niveau de lapointe
caecaleen raison de l’existence de contractions nées à la base et ne se
propageant qu’in- complètement
aulong
del’organe. Indépendamment
de cettecaractéristique,
la
propagation
des contractions estremarquable
par l’alternance de son sens,péristaltique (base-pointe,
25mm/s) puis antipéristaltique (pointe-base,
20mm /s).
Ces ondes contractiles concernent à la fois
l’enveloppe
externe au niveaudes anneaux d’haustration et la lame
spirale
interne au niveau delaquelle
la vitessede
propagation
estplus
élevée(FIO R A l I10NTI
et RUCK!BITscH,Ig74a.). Enfin,
lesauteurs notent
quelques
relationsplus particulièrement remarquables
avec lesactivités iléale et
colique :
75 p. cent environ des ondespéristaltiques
caecalesseraient
précédées
d’une activité de l’iléonterminal;
enprésence
d’activité seg- mentaire iléale aboutissant à la valvuleiléo-caeco-colique,
la motricité caecale est inhibée durant une dizaine deminutes;
une ondeantipéristaltique
caecalese propage toutes les 10à I5mn sur le côlon
proximal ( 40
à 70mm/s) puis jusqu’au
côlon distal
( 7 - 13
mm/s);
des contractionsantipéristaltiques coliques (6-io
mm/s)
se
propagent
pour la moitié d’entre elles sur toute lalongueur
du caecum sous la forme d’ondes caecales directes.2 . 4
. - Motricité
colique
A la différence du caecum, le côlon fournit un
électromyogramme comportant
à la fois des ondes lentes et des bouffées de
potentiels.
lesprincipales
donnéesconcernant ce
compartiment
résultent des travaux de COUTURIER et al.(ig6gb),
F IORAMON T
Iet RUCKEBUSCH
( 1 () 7 6),
RUCK!BUSCH et FIORAMO1!TI( 197 6)
et RUCKE-BUSCH et HÔRNICKE
(1977)-
La
fréquence
des ondes lentesaugmente
aulong
du côlonproximal
de13 ,8 /mn
à la
jonction caeco-colique
àI 6, 3
sur lesegment
oral et 17,4sur lesegment
aboral.Elle atteint ensuite 19,3 au niveau du
fusus
coli et22 ,6
sur le côlon distal. Cesondes lentes sont
cependant
absentes surl’ampulla
cecalis coli.L’activité
rapide
seprésente
sous la forme de séries de bouffées depotentiels,
survenant à la même
fréquence
que les ondeslentes,
durant Io à 60 s, ou sous 12 forme d’unedécharge unique
trèsprolongée
depotentiels
d’action. Cette dernière forme d’activitérapide
naît soit au niveau del’ampulla
cecalis coli pour se propager alors à travers le côlonproximal,
soit àmi-longueur
du côlonproximal
pour sediriger
vers la base du caecum(anti-péristaltisme).
Dans les 2cas ces ondescoliques
sont associées à une contraction caecale
propagée
dans le sensbase-pointe.
Parailleurs,
à une onde caecale directe(pointe-base)
succède une ondepropagée
surle côlon
proximal.
Si l’on
rapporte
à cent le nombre total des contractionsparcourant
le côlonproximal,
il ressort des données de RUCKEBUSCH et HORNICKE( I977 )
que, chez leLapin
ne recevantqu’un
seul repas parjour, 3 6
p. cent d’entre elles sont indé-pendantes
de toute activitécaecale,
35 à 40 p. cent sont des ondespéristaltiques
nées à la
jonction caeco-colique
en mêmetemps qu’une
onde caecalebase-pointe,
6 à Io p. cent sont des ondes
péristaltiques précédant
une activité caecale base-pointe,
et 14 à 23 p. cent sont des ondespéristaltiques
succédant à une activitécaecale
pointe-base. Cependant
ce derniertype
d’associationqui représente
enmoyenne 18 p. cent des cas chez le
Lapin
recevant un repas, constitue 32 p. cent de la totalité des contractions chez lesujet
alimenté ad libitum.Le
fusus
colijoue
le rôleparticulier
d’entraîneur oupacemaker (R UCKEBUSCH
et
FiORAMONTi, 197 6)
àl’égard
durythme colique
à ondes lentes. Lors de trans- sectioncolique
court-circuitant lef usus
coli avec anastomose termino-latérale 3à
4 cm en aval de lasection,
lafréquence
des ondes lentes se trouve réduite enamont de la
section;
elle resteinchangée
sur lefusus
coli et le côlon distal. A noter que dans cettesituation,
la dualité d’excrétion fécale estmaintenue,
mais avecune moins bonne différenciation entre fèces dures et
caecotrophes (FiORAMONTi
et
RucKEBuscH, 197 6).
I>ans des conditionsnormales,
chez leLapin
enpériode interdigestive,
lefusus
coliprésente
des bouffées ou séries de bouffées depotentiels qui
sepropagent
ensuite sur le côlon distal à la vitesse relativement lente de 0,
4 cm
/s.
Ces activitéspeuvent représenter
le travail demoulage
des fèces dureset de leur lente
propulsion
aulong
du côlon distal.z.
5
. -
Ellefs
de laPrise
de nourritureet de la
cacotrophie
sur lesPhénomènes
moteurs2.5 1
. Estomac et intestin
grfle
Les effets excito-moteurs liés à la
prise
de nourritureconditionnelle,
c’est-à-direimpliquant
parapprentissage l’ingestion
d’unequantité importante
dans untemps limité,
ont été décrits par Rucm!BUSCx, GRIVEL et FARGEAS( 1971 ).
Ces effets sont pour unepart d’origine psychique puisque
lafréquence
des salves au niveau dupylore
est doublée chez leLapin
en attente du repas, tandisqu’elle
est presquetriplée
pour le duodénum. Par contre, l’intestingrêle
distal neprésente
à ce stadeaucune modification. La
prise
de nourriture effectiveaugmente
lafréquence
etl’intensité des salves de
potentiels pyloriques.
Elle accroîtégalement
l’activitésegmentaire
aux niveaux duodénal et iléal. Ces effets excito-moteurs seprolongent pendant
2 haprès
la fin du repas pour la zone iléo-caecale etpendant
5 h pour lazone
g3.stro-duodénale.
Ils seraient ditectementproportionnels
à laquantité
in-gérée.
Simultanément lerythme électrique
de base de l’intestin se trouvesignifi-
cativement accéléré
(de
5à 8 p. cent pour le duodénum et de 20p. cent pourl’iléon).
Il est à noter que
l’hyperactivité gastro-duodénale
comme l’accélération durythme
iléal sont
supprimées
par lavagotomie.
Cependant,
parrapport
à ces informations obtenues dans une situation trèsparticulière
deprise
de nourritureconditionnelle,
on constate(C ORP ET,
LAPLACE,i
97
6)
que l’accélération durythme électrique
de base iléal n’est que de 5 p. cent lors d’uneprise
de nourriturespontanée
chez l’animal en situation normale. Parailleurs,
lepourcentage
d’ondes lentessurchargées
depotentiels
depointe,
del’ordre de 20-25 p. cent lors du repos
interprandial
estsignificativement
accrudurant les
épisodes
deprise
de nourriturespontanée ( 2 fi
à 31 p.cent).
Mais ceteffet excito moteur n’est pas
prolongé
comme l’est celuiqui
suit uneprise
de nourri-ture conditionnelle
(RucxEl;uscx, G RIV E L , F AR GE AS , 1971 ).
Lesépisodes
d’émis-sion-réingestion
decaecotrophes
ou de repos de 5 à 3 o mn entre 2 émissions decaecotrophes s’accompagnent
d’uneaugmentation plus grande
encore de cettefréquence d’apparition
d’activitésrapides ( 32 - 37
p.cent).
Ils’y ajoute
desépisodes
d’activité intense soutenue durant 4 à 8 mn,