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LA MODE À ROME

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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On connaît beaucoup d’aspects de la civilisation romaine, mais certains, quotidiens 
 et privés, le sont moins : c’est le cas de l’habillement et de la parure au sens large.

Les vêtements

S’il est vrai que, sous la Rome royale, riches et pauvres étaient vêtus de peaux, il est clair que très vite on recourt au tissu et en particulier à la laine que les femmes tissent chez elles. Ce travail continuera à s’accomplir à la maison pendant toute la romanité grâce aux esclaves domestiques. Au début, costumes masculins et féminins différent peu…

Les sous-vêtements

Les Romains ne connaissent guère cette notion de sous-vêtements et encore moins celle, plus actuelle, de « lingerie ». De fait, la plupart du temps, cela se résume à un pagne (subligar, aris, n.) pour hommes et femmes.

Les femmes portent cependant un soutien-gorge (mamillare ou strophium), parfois même une gaine (capetium).

Le pyjama ou la chemise de nuit n’existe pas en tant que tel et, pour la nuit, on conserve le plus souvent son pagne et sa tunique (camisia).

Les vêtements masculins

La tenue la plus connue est assurément la toge (toga, ae, f. de tego, is, ere, texi, tectum : couvrir) de laine, d’origine étrusque. Elle était au départ le plus souvent courte afin de ne pas entraver les mouvements ; originellement rectangulaire, elle est, plus tard, taillée en demi-cercle et devient le vêtement traditionnel du citoyen romain. Elle est de plus en plus grande : sa longueur égalant trois fois la taille de celui qui la porte, il faut la draper avec minutie (et souvent aussi à l’aide d’esclaves…).

Elle ne permet guère de travailler puisqu’elle ne laisse qu’un seul bras libre. Sa couleur varie :

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LA MODE À ROME

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blanc grisâtre d’ordinaire, elle est jaune pour les augures, sombre (pulla) pour les gens en deuil, blanchie à la craie pour les candi- dats à une magistrature (candidus, a, um : blanc > candidat), bordée d’une bande pourpre pour les magistrats et les enfants (on la nomme alors « toga praetexta », toge prétexte), rouge vif pour l’empereur.

Il y a d’autres habits plus communs, moins solennels : la tunique (tunica), serrée à la taille et dotée d’une ceinture (courte pour les esclaves à qui la toge est interdite), destinée aux travailleurs, voyageurs, affran- chis… Sur cette tunique, on revêt un manteau, léger sans manche et drapé, le pallium, ou, pour l’hiver, la paenula, man- teau doté d’un capuchon (cucullus). Plus tard, on adopte des modes étrangères, par exemple : les étroits pantalons gaulois, les braies, et une autre sorte de manteau, la caracalla. Mais il est clair que ces habits, un peu trop sobres peut-être, n’ont pas long- temps suffi aux femmes…

Les vêtements féminins

Fondamentalement, il n’y a pas de grosses différences en ce qui

concerne la forme globale des habits des hommes et des femmes. La stola, sorte de robe, est en fait une longue tunique plissée, serrée à la taille par une ceinture (zona), que la femme agrémente d’un long châle (supparum), d’un galon brodé d’or (instita) et qu’elle recouvre d’un manteau, la palla, équivalent du pallium masculin.

Mais quelle différence pour ce qui est des couleurs et des matières ! Grâce aux diverses teintures (animales, végétales et minérales), les couleurs des vêtements sont éblouissantes ! Et si, au départ, les vêtements étaient essentiellement constitués de laine, très vite les coquettes ont adopté le luxe de la soie de Chine et des cotonnades de l’Inde ! Les rues de Rome devaient vraiment être colorées !

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candida praetexta pulla picta trabea

A. Tunique courte du travailleur B. Tunique et pallium

C. Tunique et toge D. Paenula

E. sandale cloutée du soldat F. botte cloutée

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Les chaussures

Magistrats et sénateurs portent des calcei qui couvrent tout le pied : ce sont des sortes de bottines, blanches le plus souvent, rouges pour les nobles.

Les plus pauvres n’ont que des sandales de bois, voire de simples chiffons. On peut opter, surtout si l’on affecte la

simplicité ou si on est un philosophe, pour des sandales très légères, souvent en papyrus (J). On a aussi le choix entre plusieurs sortes de sandales (soleae – G), plus ou moins ouvertes, dotée de lanières ou de rubans ou de chaussures de cuir fin montant sur la cheville (pero – H) ; la carba- tina (K), lacée sur le pied, est réservée aux paysans ; le cothurne (I), bottine assez haute, chausse les empereurs, les divinités ou… les efféminés. Quant aux femmes, elles portent en général des sandales perlées ou brodées.

Arrivés chez soi, on ôte ses chaussures, quelles qu’elles soient, pour enfiler ses pantoufles, les socci.

Les coiffures

Pendant longtemps, les Romains ont ignoré l’art capillaire : ils gardaient les cheveux longs sans les peigner vraiment et portaient la barbe. Puis vers 300 avant J.-C., apparaissent les premiers coiffeurs (tonsores) : jusqu’à l’empereur Hadrien, c’en est fini de la barbe.

Les Romains se rendent chez le coiffeur-barbier, se font raser la barbe, ne laissent pousser leurs cheveux qu’en signe de deuil et, vers la fin de la République, certains élégants useront même du fer à friser…

Quant aux femmes, après avoir eu des coiffures assez simples, elles compliquent cet art capillaire, s’aidant parfois de postiches et de perruques. Les jeunes filles portent le chignon sur la nuque ; le jour de leurs noces, elles accumulent les nattes enroulées sur leur tête ; ensuite elles tressent un chignon au sommet de leur crâne (tutulus – A).

Ce chignon haut est comparé par les anciens à une borne ! Citons aussi la coiffure « en nid d’abeilles » (B et C), sorte de gros diadème constitué de frisures, de nattes… auxquelles on ajoutait des rubans, des épingles, des bijoux.

Bijoux et ornements

Parler des vêtements sans évoquer les bijoux et accessoires serait une profonde erreur… Les hommes peuvent porter bracelets et colliers attribués comme

récompenses militaires ; les chevaliers portent un anneau d’or (anulus aureus) ; la canne au pommeau volumineux est souvent signe d’autorité.

Quant aux femmes riches, elles sont couvertes de bijoux de plus en plus luxueux : boucles d’oreilles (inaures), colliers (monilia), breloques (catellae),

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pendentifs (pectoralia), bracelets aux poignets (armilae), anneaux aux bras et aux chevilles, bagues aux doigts, diadème dans les cheveux (mitra), sans oublier épingles et fibules.

Les accessoires, qui, avec les bijoux, constituent les ornamenta, sont nombreux : foulards (focalia), ombrelles (umbellae), éventails en plumes de paon (flabella), mouchoirs (mappae) pour s’essuyer le visage… En revanche, les couvre-chefs sont très rares pour les hommes comme pour les femmes. En voyage, on se couvre du capuchon de son manteau (cucullus) ou on rabat un pan de sa palla.

Le maquillage et les produits de beautés

Une dame romaine ne saurait sortir « le visage nu ». Il convient que ses ornatrices la maquillent au mieux : du blanc sur le visage et les bras (il ne s’agirait pas d’avoir la peau hâlée comme une esclave) avec de la craie et de la céruse ; du rouge sur les pommettes et les lèvres avec de la lie de vin ; du noir, avec de la cendre ou de la poudre d’antimoine, sur les cils et le tour des yeux… À nos yeux, cela semble plus du coloriage que du maquillage…

N’oublions pas les produits de beauté dont les femmes s’enduisent le corps et le visage, ainsi que les riches parfums (venant de Pompéi ou même de Chine ou d’Inde).

Voici une recette de beauté donnant le teint blanc, donnée par Ovide, un poète fort proche des femmes dans son ouvrage De medicamine faciei feminae (« De la manière de soigner le visage des femmes ») :

« Lorsque le sommeil aura détendu vos membres délicats, par quel moyen pourrez-vous raviver l’éclat et la blancheur de votre visage ? Prenez de l’orge que les cultivateurs libyens ont envoyé par mer ; dépouillez-le de sa paille et de ses enveloppes ; ajoutez une égale mesure d’ers [sorte de lentilles sauvages] délayé dans une dizaine d’œufs et que le poids de cet orné soit monté de deux livres. Quand cette préparation aura été séchée par le souffle du vent, faites-la broyer par une ânesse lente sous la meule rugueuse et broyez aussi de la corne de cerf vivace qui tombe au début de l’année ; mettez-en un sixième de livre, puis, lorsque le tout sera mélangé en une farine bien fine, passez-le aussitôt dans un tamis aux mailles bien serrées ; ajoutez douze oignons de narcisse sans écorce, pilés d’une main vigou- reuse dans un mortier de marbre bien propre, puis deux onces de gomme avec de la farine de froment de Toscane et qu’à tout cela s’ajoute neuf fois autant de miel. Toute femme qui enduire son visage d’une telle préparation le fera briller et le rendra plus lisse que son miroir. »

Une femme ainsi s’embellissait et montrait sa fortune en suivant scrupuleusement la mode quasi tyrannique. Gare aux malveillances, commérages, méchancetés et autres mesquineries à l’égard de celle qui n’aurait pas respecté les derniers canons de la mode !

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