Végétation et flore de la forêt classée du Haut-Sassandra en Côte d'Ivoire
N'. KOUAMÉ*, H. F. TRA BI**, T. D. ETIEN**, D. TRAORÉ**
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Introduction
L
a forêt dense humide de Côte d'Ivoire, qui couvrait envi- ron 15.000.000 ha (MYERS, 1980), est, depuis 1880, l'objet de nombreuses sollicitations, pour l'agriculture et l'exploitation pour grume (MINISTÈRE DES EAUX ET FORÊTS, 1978). SPEARS (1986) chiffrait le taux de défriche- mentà 200 000 ha / an. Cette situation a entraîné, inévitable- ment, une régression significative de la surface forestière.Aujourd'hui, l'essentiel de la forêt, en Côte d'Ivoire, ne dépas- se pas 3 000 000 d'hectares et se résume à des aires protégées composées de parcs nationaux et de forêts classées.
L'exploitation n'a pas épargné les forêts classées qui fournis- sent, actuellement, la presque totalité des bois en grume du pays.
Afin d'évaluer, pour ces dernières, l'impact de l'exploitation sur la végétation et les flores, nous nous sommes intéressés à la Forêt Classée du Haut-Sassandra (fig. 1) située en zone de forêts denses semi-décidues.
Localisée entre 6°52' et 7°24' de latitude Nord, 6°59' et 7°JO'de longitude Ouest,
la Forêt Classée du Haut-Sassandra est limitée, à l'Ouest par Je fleuve Sassandra (fig. 2), et couvre une superficie de 102 400 ha (SODEFOR, 1994). Elle est à cheval, sur le Département de Vavoua, au Nord-Est et le Département de Daloa, au Sud-Est. Son climat est du type tropical subécùa- torial à 2 saisons. Située dans une plaine, toute sa partie centra- le est parsemée, de l'Est à l'Ouest, de nombreux affleurements granitiques (fig. 2) dont le plus élevé atteint 449 m (AOF, 1955).
PERRAUD ET DE LA SOUCHÈRE (1963) y ont découvert des sols ferrallitiques remaniés. Par la présenteétude,nous vou- lons contribuerà faire connaître la végétation et la flore actuelles de la Forêt Classée du Haut-Sassandra, dans le Centre-Ouest de laCôte d'Ivoire, qui demeure l'une des forêts pilotes du pays.
Pour atteindre cet objectif, nous avons adopté une méthodologie applicable à de différentes formations végétales d'une part, et qui permet d'inventorier un plus grand nombre d'espèces d'autre part (KOUAMÉ, J998).
Secteur mésophile, forêt dense humide semi-décidue
• Secteur ombrophile, forêt dense humide sempervirente Figure 1. Carte de la végétation de la Côte d'Ivoire (source, MONNIER,1983).
Échelle: 1/4 000 OOOe
g
Secteur pré forestier, mosaïque forêt-savane• Forêt Classée du Haut-Sassandra Domaine soudanais
~ Secteur sub-soudanais
WU
Secteur soudanaisDomaine guinéen
J"
BURKINA VASa
Océan Atlantique
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's/cdu Centre Suisse de Recherches scientifiques 01 B.P. 1303 Abidjan (RCI)
•• Département de botanique et biologie végétale, Université d'Abidjan-Cocody, 22 B.P. 582 Abidjan 22
Figure 2. Carte de l'hydrographie, du relief et de la végétation de la forêt classée du Haut-Sassandra (source SODEFOR, 1993).
_1:
LImites administratives~J:Pistes
i •Echelle: 11250.000·
Nous avons procédé à un échantillonnage qui, selon GOUNOT (1969), consiste à choisir des éléments de façon à obtenir des informations objectives et d'une pré- cision mesurable dans un ensemble trop volumineux pour être entièrement étudié.
Notre méthode d'étude est la combinai- son du transect linéaire et du point contact (ou des points alignés) adoptée par GAUTIERet al. (1994).
La méthode du transectlinéaire, déjà uti- lisée par ANDERSON (1942) et DEVI- NEAU (1984), consisteàmesurer la lon- gueur recouverte par les diverses espèces végétales, le long d'une ligne tendue, horizontalement, de manière rectiligne, soitàras du sol, soit juste au-dessus de la strate dominante, entre deux supports métalliques.
La méthode du point contact (ou des points alignés), utilisée par KERSHAW (1958) ct DJÉBAÏLI (1966), consiste, de façon classique, à faire descendre, verti- calement, une aiguille très fine (4 mm de diamètre) le long des divisions d'une ligne matérialisée par un ruban tendu, horizontalement. La longueur de la ligne ct les intervalles entre les points d'obser- vation sont assez variés selon le type de formation étudié. LONG (1958) a préco- nisé les mesures àchaque 20 cm, sur une distance de 20 m, dans les pâturages.
POISSONNET ct CESAR (1972) préfé- raient les mesures tous les centimètres, sur une distance de 1 m, dans les savanes guinéennes. KOUAMÉ (1993) a effectué ses observations tous les mètres, sur une distance de 100 m, dans les savanes gui- néennes de Lamto. Pour le présent travail qui est l'un des premiersàutiliser la com- binaison transect linéaire-point contact en forêt de Côte-d' 1voire, après CHATE- LAIN (1996), nous avons étiré la ligne sur une distance de 200 m ; les mesures de contact entre la végétation ct un ensemble de 4 jalons, de 2 m de hauteur chacun emboîtés les uns dans les autres et planté verticalement, sc font tous les deux mètres, le long de la ligne. Au-delà des 8 m de hauteur (taille de J'ensemble de jalons emboîtés), les hauteurs de contact
Méthode
est celle de LEBRUN et STORK (1991, 1992, 1995, 1997).
: Forêt peu dégradée : Forêtdensefermée
: Forêt dégradée : Forêtdebas-fond : Îlotsdesavane
: Cours d'eau temporaires : Inselbergs
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....- quatre rubans gradués (un de 50 m, deux de 20 m et un de 5rn), pour déli- miter les aires de relevés, pour mesurer les circonférences des arbres ct arbustes;
- vingt jalons de 2 m chacun, en alumi- nium, pour mesurer les hauteurs des contacts sur la ligne, les hauteurs des arbres ct arbustes;
- une paire cie jumelles pour iclentifier les espècesàdistance.
La nomenclature adoptée dans ce travail Notre étude a nécessité l'utilisation du
matériel suivant:
- des images satellitaires (Landsat TM, 1990) ct une carte de la végétation de la forêt classée du Haut-Sassandra (SODE- FOR, 1993) comme supports d'échan- tillonnage ;
- une boussole;
i·
Matériel et méthode
Matériel
(V)
(VI)
(VII)
(VIII;
ligne centrale
Figure 3b. Configuration des grandes parcelles d'étude.
Echellle lOrn
L
lOrn1 6 11 16 21 1 6 Il 16 21 2 7 12 17 22 2 7 12 17 22 (1) 3 8 13 18 23 3 8 13 18 23 4 9 14 19 24 4 9 14 19 24 5 10 15 20 25 5 10 15 20 25 1 6 Il 16 21 1 6 Il 16 21 2 7 12 17 22 2 7 12 17 22 II) 3 8 13 18 23 3 8 13 18 23 4 9 14 19 24 4 9 14 19 24 5 10 15 20 25 5 10 15 20 25 1 6 Il 16 21 1 6 Il 16 21 2 7 12 17 22 2 7 12 17 22 Il 3 8 13 18 23 3 8 13 18 23 4 9 14 19 24 4 9 14 19 24 5 10 15 20 25 5 10 15 20 25 1 li II 16 21 1 6 Il 16 21 2 7 12 17 22 2 7 12 17 22 IV) 3 8 13 18 23 3 8 13 18 23 4 9 14 19 24 4 9 14 19 24 5 10 15 20 25 5 10 15 20 25 (l
8If
) 2 4
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J 3
2 4
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2 4 (8
(A
(E) (0) (C
Figure 3a. Configuration des petites parcelles d'étude.
Trois années d'échantillonnage nous ont permis decaractériserles différents types de formations végétales rencontréesdans la Forêt Classée du Haut-Sassandra, à savoir:
- les savanes incluses;
- la végétation des inselbergs;
- les forêts sur sols drainés ou sur sols hydromorphes.
Résultats
entre la végétation et l'ensemble de jalons sont simplement estimées, par manque de moyens plus adaptés.
Nous avons associé, à la méthode linéai- re, des mesures de circonférences, au niveau de la poitrine d'un être humain de taille moyenne, approximativement, à 1,30 m au-dessus du sol, et de hauteur totale des arbustes et arbres de circonfé- rence supérieure ou égale à 31,41 cm (équivalent de 10 cm de diamètre). Les circonférences sont mesuréesàJ'aide d'un ruban gradué en centimètres, de 5 m de longueur; les mesures de hauteurs totales sont faites par le procédé de jalons ernboî- tés, dans des parcelles qui sont de deux types:
- le premier type est constitué de 5 carrés de 400 rn- appelés grixels (GAUTIER et al. 1994), subdivisés chacun en 4 carrés de 100 rn" et régulièrement distribués le long de la ligne de 200 m (fig. 3a) ; - le second est un rectangle de 100 m de largeur et de 200 m de longueur, appelé grande parcelle, et subdivisé en 200 car- rés de 100m' (fig. 3b).
Les savanes incluses
On dénombre cinq îlots de savanes au Nord-Ouest de la forêt classée (fig. 2) ; les deux. plus grandes ont fait l'objet d'un relevé, chacune, suivant la méthode de '<."
KOUAMÉ (1993). Dans ces savanes, la strate herbacée (photo 1)est dominée, au point de vue des recouvrements des espèces, par Loudetia simplex (Nees) Hubb.. Andropogon macrophyllus Stap], Imperata cylindrica (L.) Raeuschel, Hvparrhenia diplandra (Hack.) Stap].
Hyparrhenia subplumosa (Hook. f) Stapf, Aframomum alboviolaceum (Ridley) Schumann. La strate arbustive se compose essentiellement de Bridelia
ferruginea Benth., Annona senegalensis Pers. et Hymenocardia lyrata Tul.. Les dominants de la strate arborée sont Lophira lanceolata Keay, Terminalia schiniperiana Hochst., Borassus aethio-
PUI1lMart. (photo2),Syzygium guineense (Willd.) De. var. guineense. Sur les lisières de ces îlots de savane, de nom- breuses espèces caractéristiques de lisières identifiées par SPICHIGER (1975) sont présentes; ce sont Allophylus africanusP.
Beauv, Holarrhena floribunda (G. Don) Dur. & Schinz, Detarium senegalensis 1.
F. Gmel., Spathodea campanulata P.
Beauv. et Pseudospondias microcarpa (A.
Chev.) Eng!.. De nombreuses lianes telles que Secamone afzelii (Schlt.) Schumann, Jasminum dichotomum (M. Vahl), Ossus populnea Guill. & Perr. et Canthium venosum (Oliv.) Hiern, ont été également répertoriées en lisière de ces îlots.
La végétation des inselbergs
Nous avons procédéàun inventaire systé- matique sur les inselbergs (photo 3) dont les dimensions et les configurations ren- dent difficile l'emplacement des parcelles de relevé. Ces nombreux inselbergs,
affleurant dans la partie centra- le de la forêt classée (fig. 2), sont recouverts de formations végétales assez particulières, dominées par des végétaux à système racinaire peu développé tels que Afrotrilepis pilosa (Bôck.) J. Raynal et Loudetiopsis capillipes (Hubb.).
Conert ou à système racinaire adaptatif tel que chez Hildegardia barteri (Mast.) Kosterm.
Les différentes
formations forestières
Ce sont vingt cinq parcelles de relevés, se répartissant entre
···4
21 du type grixels et 4 grandes parcelles qui ont été installées-
dans les formations forestières.
En forêt, certaines espèces telles que Triplochiton scleroxylon Schumann et Ceiba pentandra (L.) Garetn. sont ubiquistes, beaucoup d'entre elles se
localisent, préférentiellement, dans cer- tains milieux.
Ainsi, sur les berges du fleuve Sassandra, les espèces caractéristiques sont Pterocarpus santalinoides De., Myrianthus libericus Rendle, Parinari congensis F. Didr., DisSOMÉria crenata Benth., Cola laurifolia Mast., Strychnos usambarensis Cilg, Chrysophyllum pruni- forme Engl., Ancistrocladus abbreviatus Ait)' Shawet Salacia stuhlmanniana Loes..
Dans les bas-fonds, sur des sols hydro- morphes, les espèces fréquemment ren- contrées sont Pollia condensata C. B.
Clark, Nauclea xanthoxylon A. Chev., Mytragyna ciliata Aubrév. & Pellegr..
Raphia hookeri Mann & Wendl. et Centotheca lappacea (L.)Desv.
Sur les pentes et les sommets des plateaux,
certaines espèces se répartissent selon le degré de dégradation de la forêt.
- Ainsi, dans les zones très dégradées (photo 4) nous avons recensé les espèces commeChromolaena odorata (L) R. Kings&
Ces différents arbres sont, souvent, étouffés ou simplement couverts par des lianes ligneuses de grande taille telles Neuropeltis acuminata (P. Beauv.) Benth., Criffonia simplicifolia (De.) Baillon, Combretum racemosum P.
Beauv., Combretum oyemensis Exell, Leptoderris fasciculata (Benth.) Dunn.
Dans l'ensemble de ces formations végé- tales composantes de la Forêt Classée du Haut-Sassandra, nous avons recensé 939 espèces végétales réparties entre 530 genres, III familles (tableau 1) et 29 types biologiques (tableau II).
Tableau1.Les familles les plus représentatives de la flore de la forêt classée du Haut-Sassandra, sur le plan des nombres d'espèces.
H. Robinson, Albizla adianthifolia (Schum.) W. F. Wright, Acacia kamerunensis Candoger et Solanum rugosum Dun.
- Les taxons Musanga cecropioides R.
Br., Macaranga spinosa Miill. Arg., Trema guineensis(L.)Blumeet Glyphaea brevis (Spreng.) Monacliino ... ont été couramment inventoriés dans les zones de forêt moyennement dégradée.
- Nous convenons de ranger Ics espèces recensées dans les zones de forêt moins dégradées (photo 5) en trois classes, selon leurs occupations spatiales.
La strate herbacée se compose de Streptogyna crinita P. Beauv., Leptaspis zeylanica Steudcl, Geophila obvallata (Schum.) F. Dir., Lankesteria elegans (P..Beauv.)T.Anders., Adiantunt vogelil Keys.
La strate arbustive est formée par Diospyros soubreana F. White, Diospyros canaliculata De Wild., Rinorea convallarioides (Bak. f.) Eyles subsp, occidentalis Crey- Wilson, Raphia pubescens Hook. f., Microdesniis keaya- na Léonard.
La strate dominante est composée essen- tiellement de T. scleroxylon Schumann, C pentandra (L.) Caertn., Nesogordonia papaverifera (A. Chev.) Cap.i . Celtis mildbraedii Engl., Pycnanthus angolen- sis (Welw.) Warb., Terminalia superba Engl. & Diels, Entandrophragma cylin- dricum Sprague, Entandrophragma utile (Dawe & Sprague) Sprague, Mansonia altissima A. Chev., Antrocaryon micros- ter A.Chev.& Guil!.,Nauclea diderrichii (De Wild. & Th. Dur.) Merrill, Erythrophleum ivorense A. Chev.
Rang Familles 1 Rubiacea 2 Fabaceae 3 Euphorbiaceac 4 Poaceae 5 Apocynaceae 6 Caesalpinlaceae 7 Moraceae 8 Annonaceae 9 Hippocrateaceae 10 Sapindaceac Il Meliaceae 12 Sterculiaceae 13 Combretaceae 14 Mimosaceoe 15 Sapotoccae 16 Acanthaceae 17 Asteraceae 18 Loganiaccae 19 Flacourtiaceae 20 Cucurbitaceae 21 Verbenaccae 22 Asclepiadaceae 23 Cotntneliuaceae 24 Convolvulaceae 25 Cyperaceae 26 Menispermaceae 27 Ochnaceae 28 Vitaccae 29 lcacinaceae 30 Araceae 31 Orchidaceae 32 Autres (80)
Nombre de genres Nombre d'espèces Indice de diversité
43 97 2,26
27 56 2,07
27 46 1,70
27 40 1,48
19 36 1,89
20 33 1,65
10 32 3,20
18 28 1,56
10 24 2AO
13 21 1,62
8 19 2,38
10 17 1,70
4 16 4,00
12 16 1)3
7 16 2,29
12 14 1,17
10 14 IAO
4 14 3,50
9 13 IA4
8 12 l,50
5 12 2AO
8 II 1,38
8 Il 1,83
5 1J 2,20
6 II 1,83
8 II 1,38
4 II ~~
2 II 5,50
6 10 1,67
7 10 IA3
9 10 l,II
166 256 1.54
spécialistes à Yangambi (TROCHAIN, 1957). Les différentes activités humaines dans cette forêt dense, dont les princi- pales sont, par ordre décroissant d'impor- tance, l'exploitation forestière et les feux de brousse, ont fait de sa végétation une mosaïque forestière (fig. 2) dans laquelle·
les surfaces couvertes par la forêt dense fermée sont en perpétuelle en régression devant les zones d'ouverture.
Au niveau de la florule de la Forêt Classée du Haut-Sassandra, 31 familles ont, chacune, un nombre d'espèces supé- rieur ou égal à 10 et représentent, ensemble, 72,83 p.c. de la richesse floris- tique du domaine étudié (tableau 1).
Les autres familles (autres fig.4), qui sont au nombre de 80, étant représentées, cha- cune par moins de 10 espèces, ne repré- sentent que 27,17 p.c. de laflorule de la forêt classée. AKÉ ASSI (1984) ayant recensé, pour tout le territoire ivoirien, 3660 espèces végétales appartenant à 1218 genres et 192 familles, on s'aperçoit, àl'analyse que, la contribution de la Forêt Classée du Haut-Sassandra, à la flore générale ivoirienne, est de 25,44 p.c. au niveau des espèces, 43,51 p.c. au niveau des genres et 57,81 p.c. au niveau des familles. Depuis AKÉ ASSI (1984), nous savons qu'une flore est d'autant plus diversifiée que lorsqu'elle comprend moins de grandes familles et de grands genres multispécifiques. Ainsi donc, l'in- dice de diversité spécifique, exprimant le nombre d'espèces par genre, au sein de chaque famille, permet de caractériser davantage cette f1orule. Les faibles valeurs de cet indice (1,17 à 5,50) témoi- gnent de la richesse floristique de notre site d'étude (tableau 1).Cette richesse est encore plus affirmée losque nous considé- rons les classes des végétaux rencontrés (tableau III).
L'ensemble des espèces de laflorulede la Forêt Classée du Haut-Sassandra, partagé par 29 types biologiques, est dominée par
Rutnaaeae
Rang Classes Nombre de genres Nombre d'espèces Indice de diversité
A Dicotylédones 440 797 1,81 .
B Monocotylédones 78 125 1,60
C Ptéridophytes 12 17 1,42
TableauIII. Répartition des taxons recensés selon leurs classes.
Discussion
une végétation particulière, constituée d'espèces ripicoles. La plus grande partie de la végétation de cette forêt classée est constituée par la forêt dense humide semi-décidue telle que définie par les La végétation de la forêt classée se com- pose de différentes formations végétales afférentes au relief, aux types de sols, à l'hydrographie et aux activités humaines.
En effet, les dômes granitiques et les cui- rasses latéritiques de la forêt classée sont couverts par des formations savanicoles.
Les schistes moyennement désaturés occupant la partie Nord-Ouest de cette forêt classée (PERRAUD ET DE LA SOUCHERE, 1963) sont recouverts par des savanes guinéennes (fig. 2). La berge du fleuve Sassandra et les lits de ses affluents, irriguant la forêt classée, ont
Sap.1fdaceo.
Melracea.
Stercuhcceae Aaamhaaeoe Cambretaceae
Mimosoceae Sapotaaeae Awa(80)
Arauae Icoctnaceee
l'ilaceae' Orchidaceae
Rang Types Nombre
biologiques d'espèces
amp 211
2 Imp 154
3 amP 87
4 hnp 76
5 anp 68
6 aMP 62
7 hH 55
8 ImP 48
9 Inp 31
10 hCh 28
Il hTh 15
12 almp 14
13 IMP II
14 hEp 10
15 Autres (15) 39
TableauII. Les types biologiques les plus représentatifs de la flore de la forêt classée du Haut-Sassandra.
Figure 4. Spectre des familles de la flore de la forêt classée du Haut-Sassandra.
bR 6%
aMP 7%
lnp
Imp(Ep) 1%
hEp 1%
IMP1%
almp2%
Th 2%
hnp g%
autres(l~)4%
amP 9%
amp 24 %
Les abréviations utilisées Port des taxa (fig. 5) a : arbuste, arbrisseau, arbre
al .: Ii.!fteseent, sarmenteux
.. .,
-!IJ :Iiane
h : herbe
Types biologiques ou
ada~tatifs(fig.5) (Ep) : semi-épiphyte (par) : semi-parasite Ch :chaméphyte(plante vivace de
°
m<hauteur<0,25m) Ep :épiphyte
G : géophyte P
Gr : géophyteà~26me H : hémier,ypfophYle Hyd : hydr?phyle 1\1P : mégaphanérophyte (hauteur>32 m) mP : mésophanérophyte (8III<hauteur<32 m) mp : microphanérophyte (2rn<hauteur<8 m) np : nanophanérophyte (0,25m<hauteur<2rn) Rhé : rhéophyte (des cou- rantsd'eau)
Th : thérophyte
•
Figure 5. Spectre biologique de la flore de la forêt classée du Haut-Sassandra.
les Phanérophytes qui sont représentés à 84 p.c. (fig. 5).
Quatorze (14) types biologiques sont représentés, chacun, par 10espèces au minimum, et prédominent car présents à 95,81 p.c. (tableau II). Les arbrisseaux et arbustes microphanérophytes sont les plus représentés et offrent, avec les lianes mierophanérophytes, une contribution de 41 p.c. Les 15 types biologiques repré- sentés, chacun, par moins de 10espèces (autres fig. 5), contribuent à la florule à 4,19 p.c.
L'importance relative des représentants de la famille des Poaceae, d'une part, et des herbacées nanophanérophytes, des herbacées hémicryptophytes, des herba- cées chaméphytes et des thérophytes, d'autre part, se justifie par l'existence des îlots de savane et des végétationsd'insel-
bergs, qui sont des milieux ouverts, au sein de la forêt classée. En dehors de ces milieux, les représentants de ces groupes d'espèces sont peu abondants. Dans les milieux fermés, ce sont, par contre, les taxons microphanérophytes, mésophané- rophytes et mégaphanérophytesdes légu- mineuses (Caesalpiniaceae. Fabaceae, Miniosaceae), Rubiaceae, Euphorbiaceae, Apocynaceae.,qui sont les plus fréquents.
Les Sapindaceae, Meliaceae, Sterculiaceae, Combrctaceae et Sapotaceae, qui sont les familles les plus exploitées dans la forêt pour la qualité de leur bois, occupent une place médiane, dans la classification des familles (tableau letfig.4). De même, les arbres mésopha- nérophytes et mégaphanérophytes des familles sus-citées, qui sont concrètement exploités, n'occupent que la 3e et la 4e
places, respectivement, dans la classifica- tion des types biologiques. Ainsi, l'ex- ploitation forestière, du fait qu'elle soit dirigée vers certaines espèces végétales, notamment celles de grande taille, de grand diamètre et de bonne qualité (très dûr ou très tendre), risque d'induire un déséquilibre floristique ;ce déséquilibre Iloristique résulterait d'un déséquilibre structural. En effet, les trouées et pistes créées ça et là, pendant l'exploitation, qui constituent des discontinuités dans le cou- vert végétal, sont les lieux de prédilection de fortes variations de la richesse floris- tique (KOUAMÉ, 1998). Celle-ci est très faible dans les grandes trouées ; elle est par contre très élevée dans les petites ouvertures, surtout lorsque la reconstitu- tion de la végétation est avancée.
Végétation et flore de la forêt et classée du Haut-Sassandra, en Côte d'Ivoire
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Nous remercions la Société de Développement des Forêts en Côte- d'Ivoire (SODEFOR) et le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte- d'Ivoire, pour les moyens humains, maté- riels et logistiques mis à notre disposition pour la réalisation de nos travaux.
Remerciements Conclusion
La Forêt Classée du Haut-Sassandra a une flore générale assez riche. Cette richesse est liée à la multitude de bio- topes naturels à l'intérieur de cette forêt classée, mais, aussi à la présence humai- ne dans la forêt dont l'essentiel se résume à la pratique de l'exploitation forestière.
Ce type d' exploi tation perturbe la végéta- tion de la forêt dense dont la surface recu- le au détriment de celle des zones de forêts dégradées. L' importance relative de la surface de la forêt dense non dégra- dée (fig. 2), dans la forêt classée du Haut- Sassandra, malgré une présence humaine de près de 40 ans, démontre que l'avan- cée des surfaces de forêts dégradées se fait lentement, si l'exploitation forestière en est la cause principale. La dynamique de ces surfaces peut être à l'avantage d'un turn-over rapide de la forêt dense si elle est soutenue par un aménagement assisté comme le fait la SODEFOR dans les forêts classées ivoiriennes depuis 1992. 0
Références
bibliographiques
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étude descriptive etbiogéographique, avec quelques
La forêt est toujours perçue comme un milieu plus ou moins homogène dominé par les grands arbres et les grosses lianes. Une approche plus fine permet de révéler leurs caractéristiques essentielles et l'importance relative des végé- taux de petite taille.
Mots-clés: végétation, flore, savanne incluse, exploitation. Key words: vegetation, flora, inclused savanna, exploitation.