R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
J OHN M ANDEL
Tests inter-laboratoires
Revue de statistique appliquée, tome 14, n
o1 (1966), p. 19-24
<
http://www.numdam.org/item?id=RSA_1966__14_1_19_0>
© Société française de statistique, 1966, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Revue de statistique appliquée » (
http://www.sfds.asso.fr/publicat/rsa.htm
) implique l’accord avec les conditions générales d’uti- lisation (
http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou im- pression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou im- pression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
http://www.numdam.org/
19
TESTS INTER-LABORATOIRES
John MANDEL*
National
Bureauof Standards
Le
problème
de l’évaluation desproduits
de fabricationcomporte
deuxphases :
celle dudéveloppement
des méthodes de mesurephysiques
et
chimiques,
et celle de l’étude de laprécision
de ces méthodes. C’estavec le second
problème
que nous nous occuperons dans cetteprésentation.
L’importance pratique
de ceprolbème
devient évidente dèsqu’on considère
combien de tests sont souvent
employés
pour la mesure d’une mêmegrandeur physique
etchimique.
On doit donc comparer les mérites deces tests, et
parmi
cesmérites,
laprécision joue
un rôleparticulière-
ment
important.
Le terme
précision
n’est pas sansambiguité.
Eneffet,
lareproduc-
tibilité d’une méthode de mesure
dépend
des conditionsexpérimentales qui
existent à l’instant de la mesure, et ces conditionsvarient,
non seu- lement d’un laboratoire àl’autre,
mais même dans un seul laboratoire à différentesépoques.
Nous devons donc considérer deuxcatégories
dereproductibilité :
inter- et intra-laboratoires. Il est évidentqu’en géné-
ral la variabilité entre laboratoires
dépassera
cellequi
existe dans unlaboratoire donné. Il s’en suit que l’étude de la
précision
d’une méthode de mesureexige,
pour êtrecomplète,
que l’on détermine la variabilité entrelaboratoires,
cequi
nécessite un test inter-laboratoires.Pour illustrer les méthodes
statistiques employées
dansl’analyse
des tests
inter-laboratoires,
considérons d’abord un cassimple.
Troissolutions de chromate de
potasse,
contenantrespectivement 40, 80,
et 120 mg. deK2CrO4
parlitre,
furentpréparées,
et des échantillons dechaque
solution furentenvoyées
à un certain nombre de laboratoires.Chaque
laboratoire mesura les trois concentrations à l’aide d’un spec-trophotometre.
Suivant la loi deBeer,
ungraphique
de la transmissionoptique
en fonction de la concentration devraitproduire
uneligne
droitepassant
parl’origine
des axes coordonnés(Figure 1).
Si tous les labo-ratoires faisaient leurs mesures sans erreurs, les
lignes
droites cor-respondant
aux divers laboratoires devraient toutes coincider. En pra-tique,
à la suite d’erreurs de mesures, leslignes
ne coincident pas.Pour évaluer la variabilité entre laboratoires il est utile de trans- former les observations xi, x 2.t et X3, c. ad. les transmissions
optiques
obtenues pour les trois solutions par un laboratoire
quelconque,
en troisquantités orthogonales représentant, respectivement,
la moyenne des trois mesures, leur"pente",
et leur"non-linéarite" [1 ]
:---
* Conférence présentée aux réunions d’étude du Centre de Formation aux
applications
industrielles de la Statistique, 2 juin 1965, (Résumé).
Revue de Statistique Appliquée 1966 - Vol XIV - N 1
20
Figure 1 - Graphique des résultats d’analyse
spectrophotométrique
Chacune de ces trois
quantités peut
être étudiée comme une fonction dulaboratoire,
à l’aide d’une carte de contrôle(Figure 2).
Les trois cartes de contrôle pour l’étude de
l’analyse
du chromate depotasse
montrent sans effort le caractère anormal des résultats pour l’un des laboratoires. Ellesmontrent,
en outre, une tendance auparal-
lélisme pour lesgrandeurs y
et YL. Il est aisé de voir quelorsque,
dansune famille de
droites,
l’ordonnée dupoint
central et lapente
sont cor-relées,
celaindique
une tendance pour les droites de passer par unpoint
commun. Dans le cas
présent
oninterpréterait
l’existence d’un telpoint
en disant que pour une concentration bien définie
(l’abscisse
dupoint commun),
tous les laboratoires obtiendraient le même résultat.L’analyse qui précède
estapplicable, lorsqu’on
connait les valeurs"vraies"
des concentrations(ou, plus généralement,
de lagrandeur phy- sique
ouchimique qui
estl’objet
del’étude),
etlorsque,
enplus,
cesvaleurs sont
équidistantes.
Ellen’exige
pas que le nombre de matériaux étudiés soit nécessairementtrois,
car onpeut toujours extraire,
par la méthode despolynomes orthogonaux,
un terme"moyen",
un terme"li - néaire",
et un terme"non linéaire".
Revue de Statistique Appliqué. 1966 - Vol XIV - N 1
21
Laboratoire
Figure 2 -
Analyse
spectrophotométriquede chromates de Potassium..
Composantes orthogonales.
(tous laboratoires).Dans le cas
général
d’un testinter-laboratoires,
on a souventplus
de trois
"matériaux",
mais--et cela estplus important--
on ne connait que rarement les valeurs vraies de lapropriété
mesurée pour chacune deces matières. Et même
lorsqu’on
connaît cesvaleurs,
elles ne sontpas ’, généralement, équidistantes. L’analyse,
dans le casgénéral,
est cepen- danttoujours possible,
pourvuqu’on remplace
les vraies valeurs par les moyennes obtenues par tous les laboratoires pour chacun des maté- riaux(2, 3 J.
Le
plan
leplus simple
pour une étude inter-laboratoire est celuiindiqué
dans làFigure
3. Ilpeut
êtrereprésenté
à l’aide d’un tableaua double
entrée,
danslequel
leslignes
horizontalesreprésentent
les la-boratoires,
et les colonnesreprésentent
les matériaux. Danschaque
cellule
apparaissent
toutes les valeurs obtenues par un laboratoire donné pour une matière donnée.Figure
3 - Résultats d’une étude inter-laboratoires :(p
laboratoires, q matériaux, n répétitions.)Revue de Statistique Appliquée 1966 - Vol. XIV - N 1
22
L’analyse
d’un tel tableaucomporte
deuxphases :
l’étude de la re-productibilité
de mesuresrépétées (a
l’intérieur descellules)
et celle dela variabilité entre laboratoires. A cet
effet,
onremplace
le tableau ini- tial par deux tableaux : celui des moyennes de cellules et celui des écarts-types
des cellules. Le deuxième nouspermet
dejuger
si lareproductibi-
lité est une fonction de lagrandeur
de la mesure. S’il en estainsi,
une transformation(généralement logarithmique)
des mesures sera désirable.Quant
au tableau des moyennes, onl’analysera d’après
la méthode deve-loppée
par Mandel et Lashof.C2J.
Selon cetteméthode,
on étudie lerégression
des résultats(moyennes
descellules)
dechaque
laboratoire parrapport
aux moyennes des colonnes. Cela fournit une famille de courbes que l’onpeut,
dans laplupart
des cas,approximer
par des li- gnes droites. Chacune de ceslignes
fournit deuxparamètres :
sa hau-teur
(ordonnée
dupoint central),
et sapente.
Enplus,
onreprésente
la
dispersion
despoints expérimentaux
autour de la droitequi
leur corres-pond,
parl’écart-type
derégression. Ainsi, chaque
laboratoire estrepré-
senté par trois
quantités :
la hauteur de ladroite,
sapente,
et son écart-type.
Ces troisquantités remplissent
des rôles exactementanalogues
aux trois
quantités
y, et yL, et YNL, utiliséesauparavant.
A titre
d’illustration,
les données pourl’analyse
du chromate depotasse
ont étéanalysées
selon la nouvelleméthode,
et les résultatsreprésentés
en forme de cartes de contrôle(Figure 4).
On notera lasimilitude de ces cartes avec celles des transformations
orthogonales
.
(Figure 2) malgré
la nette différence entre les deux méthodesd’analyse.
Laboratoire
Figure 4 -
Analyse
spectrophotométriquede chromate de Potassium. Méthode de
régression
(tous laboratoires).Une deuxième illustration est fournie par une étude de la méthode Bekk pour la mesure du lissé des
papiers.
Le test futorganisé
par le"National
Bureau ofStandards",
en collaboration avec treize laboratoires . Legraphique
des cartes de contrôle(Figure 5)
nouspermet
d’étudierles résultats de ce test. On
voit,
entre autres, quel’écart-type
derégres-
sion est sensiblement le même pour tous les
laboratoires,
mais que deux laboratoires montrent des anomalies dans les deuxparamètres
de loca-tion de leurs droites. On a pu vérifier que la cause de ces anomalies réside dans la différence de l’humidité relative de ces laboratoires par
rapport
aux autres.Revue de Statistique Appliquée 1966 - Vol. XIV - N 1
Quoique
les cartes de contrôle fournissentbeaucoup
d’information concernant la méthode de mesure et la variabilité entrelaboratoires,
il est utile de les
completer
par uneanalyse
de variance. Afin de tirer des résultats de mesure le maximumd’information,
une modification doit être effecutée dansl’analyse
de variance[3] :
: le terme de l’interaction entre laboratoires et matériaux estdécomposé
en deux termes. Le pre- mier de ces termes fournit une indication de laprésence
denon-paral-
lélisme entre les droites
représentant
les divers laboratoires. Le deux- ième terme mesure l’erreur résiduelle[3].
Laboratoire
Figure 5 : Mesure du lissé des papiers (Méthode de Bekk)
s 1 : Ecart-type des points
expérimentaux
autour de la droite ajustée s 2 : Ecart-type relatif à la dispersion de chaque série de mesures répétées autour de leur propre moyenne(dispersion "interne").
De
l’analyse
de variance onpeut
déduire les composantes de va- riance. Pour les testsinter-laboratoires, quatre composantes
doivent être considérées. On lesreprésente
par lessymboles
exÀ,
6 et 03BC.La
première,
E,représente
la variabilité derépétition
a l’intérieur des cellules. Ladeuxième, 03BB, représente
laportion
de la variabilité in - terne des laboratoiresqui
n’est pas due à lavariabilité 03B5 ;
elle mesure l’erreur inhérente à la méthode de mesure.Les termes 6 et Il se
rapportent
à la variabilité entre laboratoires.Dans le cas où toutes les droites
représentant
les laboratoirespassent
par unpoint
commun, le terme 6 s’évanouit[2, 31
L’importance
relative de chacune desquatre composantes 03B5 , 03BB, 03B4
et Il
peut
être évaluée à l’aide dudiagramme
de variance[3]. (Voir
Fi- gure6). ).
_Figure 6 - Etude des compo- santes de la variance.
24
Il est
possible,
dans certains cas, d’améliorer laprécision
d’uneméthode de mesure sans la modifier. Si le terme E est
grand
en com-paraison
avecB
il y auraavantage
àrépéter chaque
mesure nfois,
lechoix
de n étant tel que laquantité 03C32~/n
deviennepetite
parrapport
àCr2 Ainsi,
onremplacera
doncchaque
détermination par la moyenne den déterminations
répétées (Figure 7).
Si d’autrepart,
c’est la variance entre laboratoiresqui
estgrande,
onpeut
obtenir une réduction dans la variance totale parl’emploi
de matières de référence. Si l’on choisit deux matières de référencereprésentant
des cas extrêmes de la pro-priété
mesurée(valeur
trèspetite
et trèsgrande), l’ajustement
des va-leurs à l’aide de ces deux étalons aura pour effet de réduire le terme Il
pratiquement
à zéro(Figure 8).
En
conclusion,
onpeut
dire que le domaine des tests inter-laboratoi-res pose des
problèmes
nouveauxqui
à leur tourexigent
des méthodesspéciales
et nouvelles pourl’analyse
des résultats de mesure.REFERENCES
[1]
ASTM Manual forConducting
anInterlaboratory Study
of aTestMethod,
ASTM
Special
Technical Publication No.335, American Society
forTesting
andMaterials, Philadelphia, 1963.
[2]
MANDEL J. and T.W. LASHOF -"The Interlaboratory
Evaluation ofTesting Methods, "
ASTMBulletin,
No.239,
53-61(July 1959).
[3]
MANDEL J. - The StatisticalAnalysis
ofExperimental Data,
Inters- ciencePublishers,
J.Wiley
&Sons,
NewYork,
1964.Revue de Statistique Appliquée 1966 - Vol. XIV - N 1