• Aucun résultat trouvé

LE VICOMTE ET LE GENDARME

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "LE VICOMTE ET LE GENDARME"

Copied!
25
0
0

Texte intégral

(1)
(2)
(3)

LE VICOMTE

LE GENDARME ET

(4)

DU MÊME AUTEUR

AUX ÉDITIONS « FLEUVE NOIR » dans la même collection :

Ceux qui vont mourir.

(Palmes d'Or du Roman d'Espionnage 1968.) Celui qui n'y croyait pas.

Mourir utile.

L'homme de nulle part.

Un homme et de la peur.

Aller sans retour.

Un agent a été pris.

Le cirque aux espions.

La peau de Vicomte.

Tchao, Vicomte.

Le Vicomte en guérilla.

Le Vicomte en eau trouble.

Joue, Vicomte.

La Sibérie, Vicomte.

Demain, il fera nuit, Vicomte.

Où vas-tu, Vicomte ? Et après, Vicomte ? S'il le faut, Vicomte.

Aux bons soins du Vicomte.

La longue marche du Vicomte.

Ce soir à Chiraz, Vicomte.

Le Vicomte est revenu.

Tue, Vicomte.

dans la collection Zac : Un certain Zac.

Mourir pour Aldea.

Noir comme le sang.

Nul n'est immortel.

L'homme de la Maffia.

Pourquoi Cristina ?

dans la collection « Spécial-Police » : Mourir un peu.

Les tueurs meurent aussi.

Faut bien vivre.

On recherche héritière. (Réalisé pour la télévision par Philippe Ducrest.)

A chacun son prix.

A condition d'en sortir.

Les malfaisants. (Réalisé pour la télévision par Jean Kerch- bron.)

aux presses de la cité Un certain code. (Porté à

l'écran par Edouard Moli- naro sous le titre : « Les ennemis ».)

Armes en tout genre.

Un nommé Victor.

Un cercueil en acajou.

Barbouze poker.

Seul pour mourir.

D. comme dollar.

L'enfer à la main.

L'ombre et la proie.

Sang de pigeon.

Situation sans avenir.

Pour le pire.

aux éditions Hervé Hixe ZAC.

(5)

FRED NORO

LE VICOMTE ET

LE GENDARME

ROMAN D'ESPIONNAGE

É D I T I O N S F L E U V E N O I R 69, Bd Saint-Marcel — PARIS X I I I

(6)

L a loi du 11 mars 1957 n'autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'Article 41, d'une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (alinéa 1 de l'Article 40).

Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les Articles 425 et suivants du Code Pénal.

© 1978, « Éditions Fleuve noir », Paris.

R e p r o d u c t i o n et traduction, m ê m e partielles, inter- dites. T o u s droits réservés p o u r tous pays, y compris l ' U . R . S . S . et les pays scandinaves.

I S B N 2 - 2 6 5 - 0 0 7 4 7 - 1

(7)

A Jacques Exbrayat

(8)
(9)

CHAPITRE PREMIER

Vincent de Vrain et Vigo Curucci longeaient le mur qui séparait le port de plaisance de la plage voisine. La pluie qui s'était remise à tomber drue et serrée dessinait des halos scintil- lants autour des bornes lumineuses plantées à la limite des quais.

Un mince filet d'eau glissa de l'arrière de sa casquette dans le cou de Vigo.

— Bordel de saloperie de temps... jura-t-il entre ses dents.

Il était corse, légèrement tireur d'élite spécia- liste du combat rapproché à mains nues ou à l'aide de n'importe quel objet pointu, tranchant ou simplement contondant, bref un dur parfaite- ment authentique, mais un dur qui haïssait intimement la pluie. Nul n'est parfait...

— On y est presque, dit Vince.

Lui, il était grand, long, mince et flegmatique.

Un flegme qu'il tenait d'une longue lignée d'ancêtres qui ne lui avaient guère légué que

(10)

cette nonchalance distinguée et un titre de Vicomte dont l'utilité s'était limitée à être un surnom commode.

— Et en plus j'ai faim... grogna le Corse.

Car ils n'avaient pas dîné. Durant les derniè- res vingt-quatre heures tout s'était passé très vite, trop vite peut-être... Ce qui avait précédé avait par contre été long et pénible. Deux hommes étaient même morts, l'un à Berlin, l'autre à Naples... Le premier cinq semaines plus tôt, le second huit jours plus tard. Du premier, Vince et Vigo ne savaient rien, ni son nom, ni sa nationalité, ni d'où il venait... Rien, sinon qu'il mesurait environ un mètre soixante- dix, avait la trentaine, était blond et avait probablement été très courageux. Car avant de le tuer d'une balle dans la nuque on l'avait travaillé moitié au fer à souder, moitié au rasoir, et il avait dû mettre longtemps à parler car son corps portait une quantité considérable de brû- lures et de plaies. Le second s'appelait Luigi Lambertini et avait été de son vivant un type particulièrement intelligent, astucieux et retors.

Il avait eu une mort plus propre que celle de l'homme de Berlin mais guère plus agréable. On l'avait simplement étouffé en lui enfermant la tête dans un sac de plastique.

Le Vicomte et Vigo avaient cessé de longer le mur pour tourner à droite vers la jetée.

Le vent rabattait la pluie presque à l'horizon-

(11)

tale. Sur le port il n'y avait aucune trace de vie.

Déjà qu'au mois de mars les ports de plaisance allemands ne sont pas très fréquentés, mais sous la bourrasque et à un peu plus de minuit...

— Avec ce temps il n'est peut-être pas resté à bord, dit Vigo.

— On verra bien...

Ce fut juste après avoir dépassé un voilier dont les haubans métalliques cliquetaient fréné- tiquement qu'ils découvrirent le Carlota. C'était un vieux douze mètres, dont la peinture blanche s'écaillait par endroits. La passerelle qui le reliait au quai tremblait sous les rafales de vent.

A bord aucune lumière... Mais ça ne prouvait rien... Heinrich Halder pouvait très bien dormir.

L'un derrière l'autre, Vince marchant le pre- mier, ils grimpèrent la passerelle. Sur la plage arrière une table et deux chaises en bois verni blanc ruisselaient sous la pluie. Ils les contournè- rent et s'arrêtèrent devant la porte d'acajou du carré.

De la main gauche, la droite restant refermée sur la crosse du Smith & Wesson dans la poche de son imperméable, Vince tourna doucement le bouton de cuivre de la porte. C'était ver- rouillé...

Vigo s'était posté de côté. Il avait lui aussi la main droite dans la poche de son imper. Du bord de sa casquette des gouttes tombaient...

(12)

Le Vicomte frappa deux coups au battant et appela :

— Herr Halder!...

Deux secondes, trois, quatre... rien ne bougea.

Vince frappa de nouveau. Plus fort.

— Herr Halder! votre amarre d'étrave a lâché ! cria-t-il en allemand.

Il attendit encore, l'oreille tendue. Pas le moindre bruit.

— C'est la loi de l'emmerdement maximum, fit le Corse. Dès qu'on arrive quelque part il commence à pleuvoir, dès qu'on veut rencontrer quelqu'un il est mort ou pas là... On devrait prendre des vacances en attendant que ça passe.

Le Vicomte regardait cette porte stupidement close... Et brusquement il se décida. Il recula d'un demi-pas, replia la jambe et la détendit. La semelle de sa chaussure frappa juste au-dessous du bouton de cuivre. Il y eut un craquement sec, la porte s'ouvrit à la volée et alla frapper la cloison intérieure.

Vince et le Corse restèrent un petit moment immobiles, aux aguets d'une quelconque réac- tion sur le bateau ou aux alentours... Il n'y en eut pas. Avec le bruit du vent, rien n'avait pu être perçu au-delà de quelques mètres...

Le Vicomte sortit sa lampe-stylo et entra dans le carré. D'abord il y avait une sorte de salon avec table et fauteuils et au-delà le poste de

(13)

pilotage. A gauche l'escalier qui descendait vers les cabines...

— Tu fouilles ici, dit le Vicomte. Moi je vais voir en bas.

— Et après ?

— Après, on s'installe et on attend patiem- ment le retour d'Heinrich. Il reviendra obliga- toirement, au plus tard dans la matinée. Et si quelqu'un nous interroge, nous sommes des amis de M. Halder... Il faudra juste arranger un peu la porte.

— Ça va être facile... chaque fois que quel- qu'un s'amènera vers le bateau on se demandera si c'est lui... Et si ce quelqu'un monte à bord on lui tombera dessus et ce ne sera peut-être pas Heinrich. Tout ça en plein jour, sans attirer l'attention...

Car ils ne savaient absolument pas à quoi ressemblait Heinrich Halder. En fait, personne ne semblait le savoir. Personne de leur connais- sance ne l'avait jamais rencontré. Ceux qui avaient été en contact avec lui ne l'avaient été que par téléphone. Et ils étaient rares. Il avait fallu beaucoup de chance et d'acharnement au Vicomte et à Vigo pour, à coups de recoupe- ments, de détails infimes mis bout à bout, de persuasion plus ou moins appuyée, arriver au Carlota. Ça n'avait pas été facile parce que, outre la prudence de Heinrich Halder, il y avait la peur qu'il inspirait à tout le monde.

(14)

— Tu as une meilleure idée ? fit Vince.

— Non... c'était juste histoire de dire quel- que chose. J'espère qu'on trouvera de quoi bouffer à bord...

Vince entreprit de descendre le petit escalier presque à pic. Il avait tout juste franchi trois marches lorsque la voix de Vigo lui arriva rugissante.

— Bon sang ! Il se tire !

Le temps de faire demi-tour, de regrimper les trois marches... Vince arriva dans le carré pour apercevoir par la porte restée ouverte Vigo dévaler la passerelle. Plus loin sur le quai une silhouette enveloppée dans un ciré courait à toute allure.

Vince fonça à son tour. Vigo cavalait déjà sur le quai. L'homme en ciré avait tourné à gauche et disparu derrière une ligne de bateaux en direction du carénage.

Le Vicomte courait maintenant lui aussi sur le quai, songeant r a g e u s e m e n t : « Merde!...

M e r d e ! . . . Merde! ...» au rythme du bruit mouillé de sa cavalcade.

Le Corse avait à son tour disparu vers la gauche.

Le Vicomte accéléra encore l'allure. La pluie lui giflait le visage. Il allait atteindre l'angle du quai, lorsque deux coups de feu claquèrent à une minuscule fraction de seconde l'un de l'autre...

Il prit le virage et dans le même mouvement

(15)

sortit son revolver et s'accroupit un genou à terre.

Droit devant lui, le quai s'étirait sur trois ou quatre cents mètres jusqu'aux bâtiments admi- nistratifs du port où une fenêtre s'éclaira. A gauche, c'était l'eau et les bateaux, et à droite il y avait des entassements de fûts métalliques, de sacs de ciment et de poutres.

Parmi les poutres une ombre se déplaça. Il leva le Smith & Wesson... Mais c'était Vigo qui avançait prudemment.

Au bout du quai, la fenêtre s'ouvrit et quel- qu'un se pencha à l'extérieur. Les coups de feu avaient dû être entendus.

Vigo se glissa entre deux piles de sacs de ciment, se pencha sur quelque chose puis se redressa et appela doucement :

— Vince!

Le Vicomte se releva. L'instant suivant il était près du Corse qui de nouveau penché faisait les poches du type en ciré allongé sur le dos, les yeux grands ouverts...

Heinrich Halder avait un visage rond et jouf- flu et un petit trou juste au milieu du front d'où s'écoulait un filet de sang que la pluie délayait aussitôt.

A Paris, un certain colonel Peyroux — direc- teur de la Section A du S.D.E.C.E. (1) — allait (1) Service de documentation extérieure et de contre- espionnage.

(16)

sûrement en faire une grossesse nerveuse, de cette mort...

— J'ai pas pu faire autrement, dit Vigo. Il m'attendait là... Il m'a tiré comme un lapin...

— Dépêche-toi, dit le Vicomte. On va sûre- ment avoir du monde dans pas longtemps.

— C'est trop con, dit encore Vigo.

A mesure qu'il sortait des choses des poches du mort, il les passait à Vince. Un passeport, un portefeuille, des clés, des cigarettes, un briquet.

— Voilà, c'est tout, dit-il.

Il se redressa et eut un petit grognement douloureux.

— Qu'est-ce que tu as ? fit Vince.

— Il m'a mouché... Quelque chose dans le flanc... Ça commence à faire mal...

Appuyé sur le bras du Vicomte, Vigo marcha vite mais en grinçant des dents de douleur tous les deux pas. Le plus pénible fut le passage du mur pour gagner la plage.

Un mur qui avait pourtant moins de deux mètres de haut. Installé au sommet, Vince dut hisser le Corse, puis l'aider à redescendre en douceur de l'autre côté, alors qu'ils entendaient des gens s'interpeller du côté de la capitainerie.

La voiture atteinte, il fallait encore, avant de s'occuper de là blessure, s'éloigner du secteur.

Tandis que Vince conduisait à fond de train, Vigo ouvrit son imperméable, écarta le veston,

(17)

la chemise et s'examina en s'éclairant avec le lecteur de carte. La balle avait fait une blessure ronde bien propre et bien nette.

— Ça ne saigne pratiquement pas, dit le Corse.

Mais à la contraction de sa voix, Vince sut qu'il devait avoir furieusement mal.

Cinq minutes plus tard ils entraient dans la banlieue de Hambourg.

V i n c e arrêta la voiture dans un décrochement obscur formé par la palissade d'un chantier de construction et alla prendre la trousse de secours qui se trouvait dans la malle.

La blessure du Corse ne saignait plus du tout, mais la balle était à l'intérieur et impossible de savoir si quelque chose d'essentiel n'avait pas été touché... Seulement, le faire soigner en Allemagne avec le cirque qu'allait déclencher la découverte du corps de Halder sur le port...

— Ça ira, dit Vigo. A mon avis, je n'ai rien d'important de démoli. Je devrais pouvoir tenir jusqu'en France.

Dans la trousse de secours il y avait une pommade antibiotique. Vince en étala large- ment sur la plaie.

Vigo l'éclairait avec le lecteur de cartes et réfléchissait à haute voix :

— Quand je pense que ce mec devait être planqué à l'avant du rafiot pendant qu'on enfon-

(18)

çait la lourde... Pourquoi il ne dormait pas?...

Qu'est-ce qu'il glandait dehors sous la pluie, ce con?...

Vince lui fit un pansement sommaire avec des compresses maintenues par du sparadrap et après seulement il jeta un coup d'œil aux objets trouvés sur Halder.

Le passeport lui confirma que le mort était bien Heinrich Halder, mais ne lui apprit rien qu'il ne sût déjà sur le bonhomme ; le porte- feuille ne contenait que quelques centaines de marks, les clés étaient banales, le briquet aussi...

Par contre le paquet de cigarettes... D'abord, c'était des cigarettes françaises, des Boyards...

ensuite il y avait quelque chose d'inscrit sur le paquet, et ce quelque chose c'était Antoine Averan, Gendarmerie de Montmorency.

(19)

CHAPITRE II

Antoine Averan jeta un coup d'œil par la fenêtre. Il ne faisait pas exactement beau, mais ça s'en rapprochait. Le ciel était gris clair, avec des petits trous d'un bleu délicat. Au-dessous, les toits des immeubles tassés, grouillants à perte de vue...

C'était beaucoup pour cette vue sur une bonne moitié de Paris qu'il aimait son deux- pièces.

Il alla prendre son veston dans le placard et l'enfila en regardant pensivement l'uniforme de gendarme soigneusement accroché à un cintre.

Son uniforme... Ça durait depuis presque six mois et si là-bas, à la compagnie, à Montmo- rency, les choses semblaient aller de soi, quand il venait en permission, ça lui paraissait par instants tout à fait délirant. Lui, gendarme!...

La veille, il avait rencontré la nommée Lucrèce dans le hall de l'immeuble. De le voir en uniforme, elle s'était immobilisée de saisisse-

(20)

ment et avait mis quatre bonnes secondes pour répondre à son « bonjour ». Après elle avait prononcé, incrédule :

— Vous êtes gendarme?...

— Gendarme auxiliaire seulement, avait-il expliqué... Juste pour mon service militaire.

Elle avait hoché la tête, mais dans ses yeux l'effarement avait persisté. Bien sûr, l'idée qu'un copain de Paul puisse être gendarme, même gendarme auxiliaire seulement, ne lui serait certainement jamais venue, et si elle lui était venue, elle aurait sans doute été consulter un psychiatre... Car, c'était Paul qui les avait présentés l'un à l'autre. Et c'était ainsi, grâce à elle et à ses bonnes relations avec le gérant qu'Antoine avait obtenu le deux-pièces. Ça lui a v a i t s e u l e m e n t coûté 10 000 francs de

« reprise » que le gérant, bonne relation ou pas, avait empochés au passage. Mais Antoine ne regrettait pas. Ça les valait... Loyer modeste, immeuble vieillot mais bien entretenu, salle de bains neuve et puis la vue sur Paris...

A l'époque, Paul lui avait dit :

— Son nom est Lucrèce et ses copains l'ap- pellent Luc. Je ne crois pourtant pas qu'elle soit gouine, mais si c'était, ce serait dommage pour les mecs parce que tu verras, elle est plutôt mignonne. A part ça, elle travaille dans une banque, et elle fait un peu dans le gauchisme.

Mais c'est pas une emmerdante. Elle ne cherche

(21)

pas à te bassiner avec des théories à la mords- moi-le-flanc... Elle serait même très buvable si elle n'essayait pas de toujours tout comprendre, de mettre une étiquette.

Paul, lui, l'avait connue par l'intermédiaire d'un gars avec lequel il s'était lié en taule, un gars condamné à deux mois pour avoir cogné un peu fort sur un flic, cassé quelques vitrines et brûlé une voiture ou deux durant une manif légèrement agitée. Paul, de son côté, faisait six mois à la suite d'un casse avorté dans une bijouterie.

— Cela dit, avait encore ajouté Paul, elle est quand même chouette. Toujours prête à rendre service... Tu verras.

Et Antoine avait vu. Elle lui avait rendu service et elle était effectivement très jolie avec son petit visage triangulaire, ses cheveux bruns et son corps long et mince.

Ils ne s'étaient rencontrés qu'une seule fois parce que quelques jours plus tard elle partait faire un stage de six mois à la succursale d'Abidjan de sa banque.

Elle ne devait pas être rentrée depuis très longtemps.

Ç'avait été la veille leur seconde rencontre...

Et elle l'avait découvert gendarme, lui, le copain de Paul... Avec ça qu'en tant que gauchiste, elle ne devait pas tellement aimer les uniformes...

Il ramassa le rouleau de sparadrap, retourna

(22)

dans la chambre, et ouvrit le tiroir de la table de chevet.

Là-dedans, posés sur une pile de chemises, il y avait les deux pistolets. L'un était son Mac 50 9 mm réglementaire qu'il lui était, bien entendu, strictement interdit d'emmener en permission.

Mais il n'y avait pas une chance sur mille pour qu'on s'aperçoive qu'il l'avait pris. L'autre était un petit 7,65 étonnamment plat qui portait sur la culasse une série de lettres chinoises. Il l'avait acheté deux ans auparavant, un soir, chez Adèle, à l'époque où le bar existait encore, à un drôle de type... Il avait tout de suite aimé l'aspect léger, lisse et surtout peu encombrant de l'arme qu'il avait appelée MAO à cause des lettres chinoises...

Il posa le pied sur le bois du lit, retroussa son pantalon et avec le sparadrap il entreprit de fixer Mao sur son mollet.

Quand ce fut fait, il prit le Mac 50 et le glissa dans sa ceinture un peu en arrière de la hanche, puis il boutonna son veston et alla se regarder dans l'armoire à glace.

Le 9 mm ne faisait pas de bosse sous le veston... Quant à Mao, personne n'aurait pu soupçonner sa présence grâce à la largeur du bas du pantalon.

Il se passa les doigts dans les cheveux pour

ramener en arrière la mèche qui lui retombait

sur le front. Là-bas, chez les gendarmes, il avait

(23)

dû raccourcir ses cheveux. Mais ça ne lui allait pas trop mal. Ça lui donnait un petit air rétro qui le faisait paraître plus que ses vingt et un ans. De toute façon, il avait toujours fait plus vieux que son âge. Ça tenait à son visage un peu anguleux et à son mètre quatre-vingt-huit. Il s'examinait.

Il n'aimait pas des masses son propre physique...

Il se trouvait trop long, le nez trop grand, ses cheveux châtains trop raides... Un certain nom- bre de filles avaient quand même jugé ça suffi- sant... D'autres pas...

Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il allait falloir y aller...

Paul avait dit :

— Chaque fois qu'on a travaillé ensemble ça a été du velours. On a la baraka...

En fait ils n'avaient « travaillé » que deux fois

ensemble. Mais c'était vrai que ç'avait bien

marché, quoique la seconde fois, ç'avait failli

mal tourner à cause d'une ronde de flics : en

définitive, ça s'était bien terminé. Seulement

après ce coup-là il avait décidé de débrayer un

peu. De réfléchir... Ça ne l'avait pas mené très

loin, la réflexion. Sinon à la constatation qu'il

s'était pendant longtemps laissé glisser au hasard

des circonstances et qu'ensuite, peut-être par

réaction il s'était mis à peser, à calculer chacun

de ses actes. A trop peser, à trop calculer

même... Au départ il y avait eu son enfance et

son adolescence dans le 13e, la tante Marie-

(24)

Si on avait demandé au Vicomte ce qu'était l'enfer pour un agent secret, il aurait pu imaginer des tas de réponses... sauf la bonne. Car comment aurait-il pu imaginer que le comble de l'abominable pour un agent secret, engagé dans une his- toire complexe où tous les coups sont permis, c'est de se retrouver, par la force des circonstances, flanqué d'un jeune lieutenant de gendarmerie, habité par le respect des lois et de la légalité.

(25)

Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement

sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012 relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.

Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.

Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire qui a servi à la numérisation.

Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.

La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.

*

La société FeniXX diffuse cette édition numérique en accord avec l’éditeur du livre original, qui dispose d’une licence exclusive confiée par la Sofia

‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒ dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.

Références

Documents relatifs

Il était gracieux quand il avançait Il était beau et portait un nom discret Il en avait un. Il était ne bois

[r]

C'est ainsi qu'il brille pour tous ceux qui sont dans la maison, autant dire dans le monde, comme lui-même, la Parole qui est Dieu, nous le dit dans l'Evangile : On n'allume

On distinguera encore ici les processus dans lesquels ce travail direct sur la perception fait partie de la méthode de production (par exemple sous forme de règles d’improvisation

Ces faisceaux coupent TK selon des divisions harmoniques, à savoir T, K, I et l’intersection avec AM pour l’un, T, K, l’intersection avec BM et J pour l’autre : donc I

Por ser es la polar de respecto de la circunferencia, se tiene que la cuaterna es armónica, esto es, Vamos a proyectar los puntos de esta cuaterna sobre la

En effet le centre de (Γ₂) est situé sur OT et PT est perpendiculaire à OT. Les axes radicaux de ces trois cercles Γ),(Γ₁) et (Γ₂) dont les centres sont non alignés

On en déduit que le faisceau de droites (BJ,BI ; BH,BT) est harmonique donc aussi le faisceau (PJ,PI ; PH,PT), A est le milieu de II' parallèle à la droite PT de ce faisceau :