• Aucun résultat trouvé

EEDD et analyse systémique

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "EEDD et analyse systémique"

Copied!
3
0
0

Texte intégral

(1)

EEDD et analyse systémique

L’éducation à l’environnement pour le développement durable implique une entrée dans la complexité, avec en particulier la gestion de la contradiction (par exemple, développement / environnement). Cette prise en compte de la complexité rend particulièrement pertinente une approche systémique des problèmes posés.

Sans être la seule réponse possible à l’étude de la complexité du monde, l’approche

systémique constitue en effet un « instrument intellectuel », présenté comme tel par Joël de Rosnay dans son livre Le Macroscope (éditions du Seuil, 1977), qui permet d’accéder à l’infiniment complexe (de même que le microscope permet d’étudier l’infiniment petit).

Qu’est ce que l’approche systémique ?

C’est une approche qui privilégie une vision globale des problèmes étudiés, en prenant en compte

- le contexte

- les différents éléments du système dans lequel ces problèmes s’inscrivent - les relations et interactions entre ces éléments

L’approche analytique L’approche systémique

1. Elle isole et se concentre sur les éléments. 1. Elle relie et se concentre sur les interactions entre éléments.

2. Elle considère la nature des intersections. 2. Elle considère les effets des interactions.

3. Elle s’appuie sur la précision des détails. 3. Elle s’appuie sur la perception globale.

4. Elle modifie une variable à la fois 4. Elle modifie des groupes de variables simultanément.

5. Elle est indépendante de la durée et les

phénomènes considérés sont réversibles. 5. Elle intègre la durée et l’irréversibilité . 6. La validation des faits se réalise par la

preuve : la preuve expérimentale dans le cadre d’une théorie.

6. La validation des faits se réalise par comparaison du fonctionnement du modèle avec la réalité.

7. Les modèles sont précis et détaillés mais difficilement utilisables dans l’action.

7. Les modèles sont insuffisamment rigoureux pour servir de base à la connaissance

systématique mais sont utilisables dans l’action.

8. C’est une approche efficace lorsque les interactions sont linéaires et faibles.

8. C’est une approche efficace lorsque les interactions sont non linéaires et fortes.

9. Elle conduit à une action programmée dans

ses moindres détails. 9. Elle conduit à une action par objectifs.

(2)

10. Elle insiste sur la connaissance des détails

mais perd de vue les buts généraux. 10. Elle insiste plus sur la connaissance des buts que sur les détails.

Jacques Lapointe – Université de Laval

d’après Joël de Rosnay, in Le Macroscope, Édition du Seuil, 1977 L’approche systémique permet de travailler sur le réel, car le réel est complexe et fait système. Dans le réel, comme dans tout système, tous les éléments sont en interaction.

L’action sur un élément a des répercussions sur l’ensemble du système, et tout changement global du système change à la fois tous les éléments qui le constituent et les relations entre ces éléments.

Pourquoi une telle approche dans le cadre de l’EEDD ?

D’une part, parce que, en matière d’environnement, la plupart des questions sont par nature complexes. Les réponses ne sont jamais univoques, jamais définitives, jamais « allant de soi ». Au contraire, elles nécessitent de prendre en compte un « tissu » de facteurs, de

multiples interactions, mais aussi le contexte, en particulier culturel, et le positionnement des acteurs, y compris en termes de valeurs. Surtout, elles exigent le croisement des points de vue, la confrontation des expertises, la remise en cause des présupposés, parfois inconscients, par l’exercice de l’esprit critique.

D’autre part, parce que la recherche de solutions ne peut se faire en déconnectant ou en isolant le problème, au risque de passer justement à côté de la réalité complexe.

Un exemple, parmi d’autres, fourni par Michelle Pappalardo, directrice de l’ADEME, lors d’un colloque sur l’EEDD en décembre 2003 : « En matière d’environnement, il importe d’avoir toujours à l’esprit que tous les problèmes sont extrêmement liés : maîtrise de l’énergie, bruit, qualité de l’air … Il est donc important de ne pas se focaliser sur un sujet, mais de tenter d’avoir des vues d’ensemble et une approche systémique. Un exemple parlant est celui de la qualité de l’air dans les maisons. En se focalisant sur les problèmes d’isolation thermique (et phonique), on a aboutit à la construction de maisons de mieux en mieux isolées, mais dont la qualité de l’air est moins bonne qu’à l’extérieur. Il y a bien sûr des solutions en termes de ventilation, mais celles-ci sont coûteuses du point de vue énergétique … ».Un autre exemple a été proposé par Monsieur Celet, directeur régional de l’environnement en

Bretagne, lors de la table ronde sur le développement durable organisée au rectorat de Rennes en novembre 2004. Il s’agit de la question de l’habitat, ou plus généralement de

l’urbanisation, thème repris dans l’entretien proposé dans le bloc notes n°50 de l’académie de Rennes : « Le thème de l'urbanisation est particulièrement intéressant. La densification du tissu urbain est souvent considérée comme l'envers de ce que devrait être une politique écologique privilégiant les espaces verts. Or si l’on aborde la question sous un angle énergétique, on constate que plus l'habitat est diffus, plus les déplacements urbains sont grands, et plus la production de CO2 est importante. En termes d’épuration des eaux usées, un habitat diffus est aussi plus difficile à gérer, avec des risques de perte intérieure des milieux, alors que la densification urbaine permet une meilleure gestion de l'ensemble des rejets et notamment des rejets des eaux usées. La densification de l'urbanisation n'est pas toujours une politique contre-environnementale. Mais il faut également prendre en compte le fait qu’une trop forte densité de population peut être à l’origine de problèmes sociaux ». Excellent exemple du lien entre social, économique, et environnement qui structure précisément l’approche « développement durable ».

(3)

Quel intérêt en matière d’éducation ?

Entrer dans la complexité, c’est finalement prendre en compte le réel, et donner plus de sens à nos enseignements. C’est valoriser l’argumentation, à partir de l’observation et de la

recherche d’informations pertinentes. C’est surtout l’occasion de revenir sur le statut des disciplines scolaires, en en montrant tout à la fois l’intérêt et les limites :

- l’intérêt : en « disciplinant » l’esprit, elles créent les conditions d’une structuration de la pensée qui facilite l’accession à une forme d’intelligibilité du monde. Sans bases scientifiques solides, les réflexions et les confrontations d’idées sont rapidement vides de sens, ou

secrètement traversées par l’affectif.

- les limites : les grandes questions qui se posent à l’humanité, en tous cas les plus fertiles, se situent aux interfaces de plusieurs disciplines, et une vision mono-disciplinaire permet rarement d'approcher le réel, y compris en sciences où une forme de pensée fortement positiviste a vécu. La complexité impose le décloisonnement, le croisement des regards, des points de vue, des méthodes d’étude

L’EEDD constitue ainsi un formidable levier pour redonner du sens et de la « chair » aux enseignements disciplinaires.

Quelles sources d’information ?

- Joël de Rosnay - Le Macroscope - éditions du Seuil, 1977

- Edgar Morin – Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur – éditions du seuil, 2000 (en particulier le chapitre 2 : « Les principes d’une connaissance pertinente »

- Edgar Morin – Relier les connaissances - – éditions du seuil, 1999 (en particulier les chapitres concernant la huitième journée : « Complexité et système » par Jean-Louis Le Moigne, « La complexité » par Jacques Ardoino, « Les défis de la complexité » par Edgar Morin

- Jacques Lapointe – L’approche systémique et la technologie de l’éducation – téléchargeable sur le site de l’IUFM de Grenoble à l’adresse

http://www.grenoble.iufm.fr/privas/pradel/doc/apsyst.htm

Références

Documents relatifs

In this section, by means of the basic operators D and L, we calculate the cumulants of any vector-valued functional F of a given isonormal Gaussian process X. First, let us recall

Depuis 1975 environ, la démarche systémique s’est ensuite développée avec l’idée que « le tout est quelque chose de plus que la somme de ses parties » (Morin, 1997).

Diagramme de bloc interne (internal block diagram, notation SysML : ibd) .... Représentation

Comme le développe Joël de Rosnay dans son livre Le Macroscope (collection Point Seuil), «Les systèmes biologiques sont souvent autorégulés : une variation trop brutale dans

13.7.2 La dose utilisée pour la deuxième injection doit correspondre au plus, au tiers de la dose initiale maximale autorisée après le temps précité, ou à la moitié de

améliorer les situations et relations actuelles en s’appuyant sur une approche systémique – Les précédents chapitres de ce rapport portaient des chercheurs aux

Afin de pr´esenter l’int´erˆet d’une approche syst´emique dans cette d´emarche interdisciplinaire, nous avons appli- qu´e la m´ethode fram en compl´ement des ´etudes

Dans le domaine de la psychiatrie et des autres professions d'aide dans les problèmes humains, on perçut rapidement qu'elle constituait un changement radical dans la définition