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2 mars 2011actualité, info
en marge
Infâmes ou sublimes, les écrits du Dr Louis Ferdinand Destouches (1894-1961) n’ont rien perdu de leurs sombres éclats. A peine veut- on, un demi-siècle après sa mort, réanimer sa mémoire sous les ors de la République française que l’abcès, aussitôt, se collecte (Revue médicale suisse du 23 février). Cé- line revient, seul, comme toujours.
Céline est là, à l’air libre ; Céline n’en finissant pas d’user de son invention, tatouée sur papier bible : ses trois points d’une infinie sus- pen sion. Trois points reliant au fi- nal Rabelais à Destouches, le rire joyeux au sarcastique, le corps jouissant au souffrant, la plume
salvatrice à celle du désespoir ra- dical.
Tout ou presque a été écrit sur Cé- line, sur son génie et ses possibles dimensions pathologiques. Les écrits sont plus rares pour ce qui est de l’intimité, chez lui, des rap- ports entre la pratique de l’écriture et celle de la médecine. C’est sans doute que l’affaire n’est pas des plus simples qui commence avec cette thèse hors du commun que Louis Ferdinand Destouches sou- tient en 1924 : La Vie et l’œuvre d’Ignace Philippe Semmelweis. Elle se poursuit avec la publication, l’année suivante de son seul ouvra- ge médical La quinine en thérapeuti
que édité par Douin et signé Doc- teur Louis Destouches (de Paris).
Il y aura encore, en 1928, quel ques articles dans La Presse médicale où il vante les méthodes de l’industriel américain Henry Ford et propose de créer des médecins-policiers d’entreprise, «vaste police médicale et sanitaire» chargée de con vain cre les ouvriers «que la plupart des malades peuvent travailler» et que
«l’assuré doit travailler le plus possible avec le moins d’interrup- tion possible pour cause de mala- die». Il n’est pas interdit d’avancer ici l’hypothèse de l’ironie. On a ajouté qu’il fut aussi, un moment, concepteur de documents publici- taires pour des spécialités pharma- ceutiques.
Puis vint le Voyage au bout de la nuit
(1932) rédigé en trois ans de travail nocturne ; puis le reste de l’œuvre, unique, immense objet de toutes les violences, de toutes les inter- prétations. Quelle part y a la mé- decine ? Sans doute majeure si l’on s’en tient à la place accordée aux corps irrémédiablement en souf- france. «Il s’agit de faire dire au corps ses ultimes révélations, tout comme on le souhaitait dans l’ex- périence clinique, écrit Philippe Destruel, docteur en littérature dans le remarquable dossier que Le Magazine Littéraire (daté de fé- vrier) consacre à l’auteur maudit.
La maladie va ponctuer le voyage initiatique du narrateur célinien, celui de la nuit, de la déchéance.
La vérité de la maladie appelle une réponse que le médecin n’ob- tiendra jamais. Il devient alors non pas celui qui guérit, mais celui qui fait de l’affection morbide un pro- cessus d’accès à la conscience de la vie humaine, de l’abandon au monde, de la misère. Le médecin de l’écriture abandonne le mas que social du démiurge malgré lui pour mêler la douleur de l’autre à l’ima- ginaire de l’écrivain.»
Dans le même dossier du Magazine Littéraire, Philippe Roussin (Centre de recherche sur les arts et le lan- gage, Ecole des hautes études en sciences sociales) observe que, per- suadé de son talent, Céline faisait prévaloir son statut de médecin de banlieue parisienne sur celui d’écrivain ; une manière d’affirmer un ancrage populaire et d’afficher son mépris pour les cercles littérai- res. C’est ainsi, nous dit Philippe Roussin, qu’après la sortie du
Voyage Céline accorda ses premiers entretiens à la presse (entre octo bre 1932 et avril 1933) au dispensaire municipal de Clichy où il donnait des consultations. Les photogra- phies le montrent alors en blouse blanche, entouré du personnel du dispensaire ; jamais à une table d’écrivain.
«Il adressait à des jurés du prix Goncourt des lettres sur papier à en-tête des services municipaux d’hygiène de la ville de Clichy, souligne Philippe Roussin. Un de ses premiers soutiens à l’Action française, Léon Daudet, écrivait du Voyage que "ce livre est celui d’un médecin, et d’un médecin de la banlieue de Paris où souffre et passe toute la clinique de la rue, de l’atelier, du taudis, de l’usine et du ruisseau".» Les choses s’in- versèrent lorsqu’il lui fallut, après 1945, répondre de ses pamphlets antisémites. Le médecin se réclama alors l’écrivain, seule stratégie de défense pouvant avoir une chan ce de succès : on pardonne plus aisé- ment à celui qui écrit qu’à celui qui agit. Et l’on sait jusqu’où, à cette époque, purent aller certains mé- decins.
Retour en France ; et en 1952 Féerie pour une autre fois, roman au cen tre duquel un narrateur est présenté comme «médecin assermenté»,
«médecin, anatomiste, hygiéniste», un «saint Vincent» écoutant «les plaintes de partout». Jusqu’à sa mort l’homme ne fut pas avare en entretiens. Autant d’occasions offer- tes de faire la part entre l’identité littéraire et l’identité médicale. Il déclarait, en octobre 1954 : «J’ai un
Céline, le médecin invivable (2)
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Les amateurs de Céline consulteront, gra
tuitement, avec le plus grand intérêt le site www.biblioceline.fr/home.html qui présen te sa bibliographie depuis ses premiers arti
cles jusqu’à ses ouvrages posthumes y compris leurs traductions ou citations, et ce jusqu’en 1984.
don pour la littérature, mais pas de vocation pour elle. Ma seule vocation, c’est la médecine, pas la littérature.» Et encore : «Je ne suis pas un écrivain (…). Il m’est arri- vé d’écrire ce qui me passait par la tête mais je ne veux être qu’un simple médecin de banlieue.» Ce qu’il fut, aussi.
(Fin)
Jean-Yves Nau [email protected]
8 h 30 Accueil, R. Kehtari, Neuchâtel
8 h 40 Apport de l’IRM en cardio
logie : indications et modalités, A. Wahl, Berne
9 h 20 Remplacement valvulaire par voie percutanée : le cas de la valve aortique, M. Roffi, Genève 10 h 20 Etude électrophysique cardiaque : Quand et qui investi
guer ? M. Zimmermann, Genève 11 h 00 Nouvelles directives dans la prise en charge de la fibrillation auriculaire, J. Metzger, Genève Renseignements :
Dr R. Kehtari
Département de médecine Hôpital neuchâtelois, Pourtalès 2000 Neuchâtel
Tél. 032 713 36 00 [email protected]
Ignace Philippe Semmelweis
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