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Submitted on 7 Jun 2020
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Bénéfices non marchands de la préservation de la rade de Brest
Philippe Le Goffe
To cite this version:
Philippe Le Goffe. Bénéfices non marchands de la préservation de la rade de Brest. 3èmes Rencontres Scientifiques Internationales:Territoire, Territorialisation, Territorialité, Mar 1995, Brest, France. 11 p. �hal-02306142�
BENEFICES NON-MARCHANDS DE LA PRESBRVATION DE LA RADE DE BRBST
NON MARKET BENBFITS FROM BRBST NATURAL HARBOUR PRESBRVATION
Philippe LE GOFFE
E. M .S. A. R.- Economie, Gestion el Sciences Socialo's 65, Rue de Saint-Brieuc - 35042 Rennes cedex (Frunce)
ABSTRACT
Brest natural harbour was chosen by the Etrropean Cottnunity as a pilot site in respecl to
improvements in coasta! water quality. The depollution program will befnanced by the Community, the French Government and the regional aulhorilies. There are two problems tu be resol,-ed in priority : microbe
contaminationfrom urban sources and over enrichment in nutrientsfrom agricultural sources. This paper deals
with the non-market value which local people give to water quality in the harbour. Our objectives are to improve the knowledge about the demand for nalural assels in France, and simukaneously to prepare a cosb
bineft analysis which will help decision-making concerning the restoration of the harbour' In an on site survey cctrried out in summer 1993, we realised a contingent valualionfor two goods ; l) improvedwater salubrity, and 2) preservation of the ecosystem againsl eutrophication (under uncertainty). The corresponding II/TP's were nrploir"d using Tobit models. Il/hatever rhe gooLl, the ll/TP reas seen to , ise with revenue, However, whilst the LI/TP "salubrity" v,as affected by environmental sensibility and lhe awareness of local pollution, it is above all education which affected the l|tTP "ecosystem". On whole, the residents accepted the exercise of contingenl valuation and were willing to give important amounrc (FF 2 t 5 and FF I 60 on cverage per household per year respectively for goods I and 2). The behayioural dif"ferences between both goods and the signrficance of the II/TP's thus obtained are discussed.
Key rvords :
demand, non-market, contingenl valualion, ,eater qualit)), bqv, presenalion, models
TtvRê - €îR OOCUl\ilEt'|TATOlt ÉCOt.lOl\]lIÉ RIJRALE REl'll'lÉ$
llll
I. INTRODUCTION
Dans une synthèse sur les politiques de contrôle de la pollution de I'eau, FREEMAN (1990) a insisté sur I'intérêt pour la société de choisir économiquement ses objectifs de dépollution. Il s'agit d'abord, et ceci est vrai quels que soient les objectifs, de sélectionner les moyens à mettre en oeuvre de façon à minimiser les coûts de dépollution (utilisation d'instruments économiques comme
les taxes, les permis négociables, etc...). Deuxièmement, la fixation des objectifs doit être conditionnée à la réalisation de bénéfices de dépollution supérieurs aux coûts correspondants.
L'examen des coûts et bénéfices entraînés constitue donc une phase incontournable dans la construction d'une politique de contrôle de la pollution assurant une allocation efficace des ressources. Les bénéfices de I'amélioration de la qualité de I'eau peuvent être classés en 4 catégories selon les différentes fonctions de I'eau : fonction eau potable, fonction productive, fonction récréative, fonction écologique (AMIGUES et al., 1993). Chez FREEMAN, les bénéfices associés aux fonctions récréatives et écologiques de I'eau (usage récréatif + usage passif) représentent plus de 600Â des bénéfices totaux. Ce sont ces bénéfices non marchands relevant du surplus du consommateur dont il est question dans notre étude.
La littérature sur les bénéfices non marchands de I'amélioration de la qualité de I'eau
traite surtout des eaux continentales. Les études les plus nombreuses ont mesuré des valeurs d'usage récréatif sur site, à I'exclusion de toute valeur d'usage passif (synthèses de WALSH el al., 1992 et
NAVRUD et STRAND,1992). Ces valeurs récréatives journalières correspondent au surplus total par jour de loisir, associé à la jouissance d'une ressource de qualité donnée. Dans Ie cadre d'une politique économique de contrôle de Ia pollution, des travaux plus rares ont estimé la variation de surplus du consommateur induite par une variation de la qualité des eaux de surface (MITCHELL et CARSON,
l98l et 1984 ; SMITH et DESVOUSGES, 1986). Lorsqu'ils sont mesurés ex ante par la méthode d'évaluation contingente (MEC), ces bénéfices non marchands représentent la valeur économique totale regroupant valeurs d'usage et d'usage passif. Les études sur la qualité des eaux marines se
rattachant à cette deuxième catégorie sont très limitées. En employant deux approches différentes, BOCKSTAEL et al. ( 1989) et MAGNUSSEN ( 1992) ont étudié les bénéfices associés à une réduction
de la teneur en sels nutritifs dans les eaux littorales (baie de Chesapeake et mer du Nord respectivement).
L'enrichissement des eaux en nitrate et phosphate constitue potentiellement un des
problèmes majeurs de pollution de Ia rade de Brest. C'est ainsi g're la concentration en nitrate des
estuaires de la rade de Brest a doublé au cours des quinze dernières années. En Bretagne, les
principales sources de sels nutritifs sont, par ordre décroissant d'impoftance : les déjections animales, les engrais, Ies eaux usées domestiques et industrielles. Un excès de sels nutritifs dans les eaux littorales peut provoquer des proliférations de grandes algues ou de phytoplanctons (eaux colorées), et au stade ultime I'asphyxie des fonds. Jusqu'à présent, la rade a été protégée de I'eutrophisation par les
forts courants qui s'y produisent, mais les estuaires et les fonds de baie soni potentiellement menacés.
Un autre problème important est la contamination microbienne d'origine domestique. Les eaux de la rade sont majoritairement de qualité moyenne ou momentanément mauvaise pour la baignade, et il est
déconseillé de consommer des coquillages sauvages pêchés à pied. Enfin il existe d'autres contaminants dont les effets sont mal connus, comme les pesticides, métaux lourds et tri-butyl étain.
Dans cet article, on a tenté d'évaluer la valeur non marchande accordée par les riverains à une amélioration de la salubrité de I'eau et à la préservation de l'écosystème marin de Ia rade de Brest. Sur le plan scientifique, ce travail visait à accroître les connaissances sur la valeur des
actifs naturels et le déterminisme de leur demande (2 études seulume.,t en France : r'oir BONNIEUX et al., 1992). Sur le plan appliqué, il s'agissait d'apprécier dans quelle mesure les services non marchands rendus par la rade de Brest génèrent des bénéfices susceptibles de justifier sccialement lcs coûts de dépollution de la rade. En arrière plan de ce travail figurait également le souci de pouvoir
transférer nos résultats à d'autres situations comparables, nombreuses en France. Pour déterminer la fonction de demande des riverains pour la qualité des eaux de la rade, on a retenu la MEC (MITCHELL et CARSON, 1989 ; CUMMINGS et a/., 1986). Bien que non axé sur la méthodologie de mesure des bénéfices non marchands, ce travail a permis de tirer quelques enseignements sur les conditions d'application de la MEC.
2. METHODOLOGIE D'ENQUETE ET EVALTJATION CONTINGENTE
2.I. ENQUETES DE TERRAIN
Les évaluations contingentes proviennent d'enquêtes par intervierv direct sur site réalisées sur les rives de la rade de Brest, et principalement sur la commune de Brest, entre juin et
septembre 1993. l2 enquêteurs ont conduit 607 interviervs, sur 5 sites différents. 4 sites ont été
choisis pour couvrir les différentes activités récréatives pratiquées au bord de la rade (plage, grève à
marée basse en période de grande marée, port de plaisance, sentier bordant la rade). Le cinquième site récréatif a été volontairement situé ailleurs que sur le rivage pourcapter d'éventuels non-utilisateurs.
Les biens à valoriser ont un caractère local. Des problèmes potentiels de biais peuvent donc se poser avec des consommateurs étrangers (biais d'inclusion car le bien peut être mentalement inclus dans un ensemble plus large, biais stratégique car l'étranger ne paie pas de taxes locales). Aussi, seuls les habitants de Ia région ont été enquêtés. La rade de Brest est d'ailleurs le lieu d'un tourisme beaucoup plus local qu'étranger du fait de sa morphologie estuairienne et de la rareté des plages. Sur les 607 personnes interrogées, 70o habitaient Brest et 95%o résidaient à moins de 15 km de la rade. En moyenne, il a fallu aborder deux personnes pour obtenir un interview (50% de participation), dont la durée moyenne a été de 20 minutes environ.
2.2. MARCHES CONTINGENTS
Le questionnaire d'enquête a fait I'objet d'un test préliminaire. Il a été centré sur la mesure des bénéfices non marchands de I'amélioration de la qualité des eaux de la rade de Brest.
Deux marchés contingents ont été proposés successivement aux enquêtés. Les biens correspondants ont été construits à partir des deux problèmes majeurs de pollution des eaux de la rade de Brest à court et moyen terme : il s'agit de la pollution microbienne et de I'enrichissement en sels nutritifs. On a pris soin de sélectionner des problèmes de pollution qui, tout en étant écologiquement importants, soient suffisamment connus scientifiquement et familiers des usageis (origine, conséquences sur I'envirolnement, moyens de lutte...). C'est ainsi que des pollutions potentiellement inquiétantes comme la contamination par les pesticides ou le TBT n'ont pas été évoquées, faute de données scientifi ques suffi santes.
Le premier scénario décrit l'état de la qualité microbienne des eaux de la rade en
lgg2. ll présente les risques pour I'homme liés à Ia baignade et à la consommation de coquillages sauvages pêchés à pied dans ces eaux insalubres. Le deuxième scénario évoque I'enrichissement des eaux en sels nutritifs et ses conséquences sur l'écosystème marin (à I'aide de photos : eaux colorées notamment). Dans chaque cas, le scénario précise I'origine de la pollution et les moyens techniques et poiitiques envisagés localement pour la réduire ou la maîtriser. La plausibilité des scénarios a été
renforcée par deux événements imprévus qui se sont produits pendant le déroulement de I'enquête.
Premièrement, la pêche à pied des coquillages sauvages en rade de Brest a fait I'objet d'une interdiction administrative pour raisons sanitaires pen.lant deux mois à partir de la fin mai 1993.
Deuxièmement, on a assisté en août à un développement souclain d'eau colorées dans un estuaire et la
partie Nord de ia rade, suffisamment important pour faire craindre l'asphyxie des coquillages élevés sur le secteur.
Le phénomène d'eutrophisation et son degré ultirnc d'évolution qu'est I'asphyxie des
fonds marins exigent un traitement particulier, en raison de I'incertitude qui les caractérisent. Il est en
effet difficile de prédire le ry'thme d'augmentation des apports de sels nutritifs. D'autre part des
recherches sont en cours pour déterminer les seuils de concentration en sels, susceptibles de
déclencher des phénomènes d'eutrophisation aiguë dans Ia rade. Sur un problème analogue de
contamination des eaux souterraines par le nitrate, EDWARDS (1988) a choisi de paramétrer
I'incertitude sur I'offre (risque de contamination) et I'incertitude sur !a demande (probabilité d'être présent au moment d'une éventuelle contamination). On s'est limité ici à prendre en compte I'incertitude sur I'offre. Trois versions du questionnaire, différant uniquement par le risque de
développement d'eaux colorées et d'asphyxie d'un fonds de la rade (faible, notable, très élevé), ont ainsi été réparties également entre les douze enquêteurs et les cinq sites d'enquête.
Après lecture des deux scénarios, les questions de valorisation ont été associées en demandant aux enquêtés de répartir entre les deux problèmes cie pollution la valeur accordée par eux à
une rade de Brest propre et préservée. Cette précaution était destinée à eviter des problèmes de biais d'inclusion liés à la séparation en deux biens. Cette séparation était par ailleurs nécessaire pour tenir compte des caractéristiques et du mode d'acquisition spécifiqucs de chaque bien. On a d'abord demandé aux enquêtés leur consentement à payer (CAP) annuel pour pouvoir, sans risques, se baigner et consommer les coquillages pêchés à pied dans la rade Brest. On a ainsi défini le bien "salubrité".
Les enquêtés ont ensuite été interrogés sur leur CAP annuel pour éviter que l'asphyxie des fonds marins liée aux sels nutritifs ne se produise dans la rade de Brest. On a cette fois défini le bien
"écosystème". Le véhicule de paiement utilisé pour le ler bien était la facture d'eau. Le véhicule de
paiement relatif au 2ème bien a été modifié dès les premiers retours d'enquêtes, au vu d'une proportion trop importante de réponses nulles. La taxe d'habitation initialement utilisée (27Y0 des enquêtes) est jugée trop élevée par la population brestoise. Elle a été remplacée par un fonds spécial exclusivement consacré à la préservation de la rade de Brest. Pour les deux biens, la question ouverte de valorisation a été posée à I'aide la même carte de paienrent sur laquerle figuraient des montants indicatifs compris entre zéro et 2 000 F.
2.3. RESULTATS DESCRIPTIFS
Les 607 personnes interrogées ont toutes accepté d^ répondre aux questions de
valorisation. Cependant, Ia proportion de CAP positifs a été plus importante pour le bien "salubrité"
que pour le bien "écosystème" (75 vs 49o% respectivement, tableau l). Parmi les CAP nuls on a essayé
de distinguer les véritables valeurs égales à zéro des enclrères de protestation ("laux zéros"), en demandant aux enquêtés les raisons de leur réponse nulle. Les vrais zéros correspondent aux raisons
"pas les moyens de payer" ou "indifférence au problème" (pas de variation de Ia fonction d'utilité).
Les raisons ayant permis d'identifier les enchères de protestation sont : refus du principe de paiement,
rejet du véhicule de paiement, crainte de payer pour les autres, information insuffisante, non- réponses. Elles représentent respectivement 8,3,4,3 et l% des enquêtés pour le bien "salubrité" et I I , I 0, 5, 2 et I 5% des enquêtés pour le bien "écosy stème". A u total, le bien "salubrité" a généré deux fois moins d'enchères de protestation que le bien "écosystème" (20 vs 45% respectivement). 4,4o des enquêtés ont valorisé la salubrité a plus de 500 F, dont 2 personnes à 2 000 F. Ces catégories représentaient respcctive :rent l,6Yo des enquêtés et I personne pour l: bien "écosystème".
Tableau I : Statistiques descriptives sur le consentement à
(l) zéros exclus
Le questionnaire a également permis de caractériser les enquêtés dans le but d'expliquer les variations du CAP. Seules les variables retenues pour la construction des modèles sont présentées au tableau 2. Les caractéristiques socio-économiques classiques comme le sexe, l'âge, l'éducation (nombre d'années d'études depuis l'école primaire), le revenu (10% de refus de répondre), certaines professions se sont ainsi avérées utiles. Notre échantillon comportait 6,lo de cadres et
professions intellectuelles supérieures, 12,7o de professions intennédiaires (enseignants, techniciens) et5,60/o d'ouvriers. L'importance attachée à la préservation de la rade pour la pratique des activités de
lrisir est un des critères utilisés dans I'enquête pour apprécier la sensibilité environnementale. Dans le
domaine de la perception de Ia qualité, les individus ayant déjà observé des eaux colorées en rade de
Brest sont probablement plus conscients que les autres des problèmes de pollution de I'eau (23o des
enquêtés). La pratique des activités récréatives et la fréquentation de la rade (58 fois par an en
moyenne) renseignent objectivement sur I'importance de I'usage dans la valeur globale. Par ailleurs, 73Yo des enquêtés fréquentent un ou plusieurs substituts de bord de rner. Enfin le risque d'asphyxie des fonds et la nature du véhicule de paiement (modifié en cours d'enquête7 ont été introduits dans les modèles relatifs au bien "écosystème".
Tableau 2 : Statistiques descriptives des caractéristiques individuelles utilisées dans les modèles de demande de qualité d'eau
Variable Moyenne Minimum Maximum Ecart-type
Sexe ( I :femme ; O:homme) Age (années)
Revenu(FF)(l) Education (années)
Professions supérieures (l=oui ; 0:non) Professions intermédiaires (l:oui ; 0:non) Ouvriers (l:oui ; O=non)
Préservation de la rade de Brest ( l:très important O:assez, pas très, ou pas du tout irnportant) Observations d'eaux colorées (l=oui ; 0:non) Fréquentation de Ia rade (fois/an)
Voile (l=oui ;O=non) Plongée(l:oui;O=non)
Substitut bord de mer ( l=oui ; 0=non)
Risque d'asphyxie ( l:très élevé ; O:notable otr tàible)
Fonds spécial/taxe d'habitation (l : FS ; 0 : TH)
0,493 44,4
r0 70r
ll,l
0,061
0,t27 0,056 0,819
0,23 I
58 0,1 l4
0,048 0,728 0,341
0,727
20 650
6
0
84 50 000
l8
365
16,5
72t7 3,8
77 Bien CAP> 0 Vrais zéros Faux zéros
%o de l'échantillon CAP par ménage/an (francs) (l) Moyenne Maximum Ecart-type Salubrité
Ecosystème
75 49
5 6
20 45
2t8
173
2000 2000
231
2t0
( I ) Point central des tranches
3. CADRE DE L'ANALYSE DE LA DEMANDE
La détermination d'une relation fonctionnelle entre le CAP et les caractéristiques individuelles peut s'avérer précieuse pour élargir les résultats de I'enquête à I'ensemble de la
population bénéficiaire des biens à valoriser. Il est souiraitable d'obtenir la forme fonctionnelle de la fonction de demande à partir de la maximisation de I'utilité. Dans le cas d'une question fermée avec
choix dichotomique, HANEMANN (1984) a montré que la probabilité d'accepter un paiement
proposé était fonction de la différence de valeurs d'utilité (modèle logit). Cette modélisation permet d'interpréter les coefficients du logit à I'aide de la spécification choisie pour la fonction d'utilité. Dans le cas d'une question ouverte avec carte de paiement, BONNIEUX et VERMERSCH (1993) ont développé une approche duale de la précédente en formalisant le CAP par une différence de fonctions de dépense restreinte ; le CAP est ensuite expliqué par un modèle tobit. Cette démarche nous a semblé applicable aux biens "salubrité" et "écosystème".
Les individLrs qui acceptent de participer à I'exercice d'évaluation contingente se divisent en deux catégories, selon qu'ils désirent ou non augmenter leur budget consacré à la
dépollution de la rade. Soient Z la dépense individuelle nécessaire à la fourniture d'un niveau de qualité de I'eau z, z1 le niveau initial et z2 le niveau final après arnélioration. On observe pour la
première catégorie d'individus Lrn CAP positif qui exprime un accroissement de la demande pour la
qualité des eaux de la rade (t\Z:Zt-Zp0). Chez les autres, le CAP observé est nul, ce qui correspond probablement à un désir de voir diminuer leur budget consacré à la dépollution de la rade (LZ <0).
Un modèle tobit sirnple permet alors de prendre en compte cette catégorie particulière :
CAPi:(LZi siAZ;> 0
{
[o rinon
etLZi=x; b+u;
ou xi est le vecteur des caractéristiques et u; un aléa
Pour chaque bien, ce rlodèle a été estimé sur la population épurée des individus ayant livré des enchères de protestation : la valeur implicite de ces non-réponses est ensuite reconstituée par le modèle et on peul alors calculer un CAP moyen sur la population entière. On a utilisé comme variable dépendante le CAP brut et retenu une équation linéaire. Parmi les variables indépendantes, l'âge, l'éducation, la profession et les activités récréatives présentent des liaisons; pour éviter les
problèmes de multicolinéarité, ces variables sont dissociées dans trois modèles distincts. On s'est
limité à retenir les modalités les plus significatives de la profession et de la pratique d'activités récréatives.
4. RESULTATS DES ESTIMATIONS
4.1. SALUBRITE
Parmi les variables qui expliquent le CAP pour le bien "salubrité" (tableau 3), les plus significatives et les plus robustes quand on passe d'un modèle à I'autre sont la sensibilité environnementale, le revenu, I'observation d'eaux colorées et le sexe. Les indivicius pour lesquels la
préservation de la rade est très importante acceptent de payer 92 à 100 F de plus que les autres, pour bénéficier du bien "salubrité". Conformément à la théorie micro-économique, le CAP augmente avec le revenu (+7 à9 F par tranche). Le fait d'avoir déjà observé des eaux colorées augmente notabletnent le CAP "salubrité" (+60 à 67 F). Pourtant, cette information avait été recueillie au cours du scénario
d'eutrophisation présenté pour définir le bien "écosystème". Les femmes ont un CAp inférieur de 50 à
60 F à celui des hommes. L'âge et l'éducation sont des variables négativement liées dans notre échantillon. Elles ont logiquement un effet opposé, respectivement négatif (-0,84 F par an) et positif (+4,2F par année d'étude), mais non significatif. Parallèlement, il n'y a pas d'effet de la profession.
Contrairement à ce que I'on aurait pu prévoir, les enquôtés fréquentant un subsritut de
!a rade de Brest sont prêts à payer 56 à 68 F. de plus que les autres. Mais il s'agit d'une population en moyenne plus jeune, mieux éduquée et jouissant de revenus plus élevés, à tel point que I'on peut soupçonner une prise en compte insuffisante de ces variables par le modèle. Il est aussi possible que les relations entre la rade de Brest et les sites extérieurs de bord de mer s'analysent davantage en
terme de compléments qu'en terme de substituts. Le CAP est par ailleurs fonction de I'intensité et du type d'usage récréatif de la rade. Le CAP augnrente avec la fréquentation (0,16 à0,22 F par jour) et est plus élevé pour les enquêtés qui pratiquent la voile ou la plongée (environ 70 francs de plus par rapport aux pratiquants d'autres activités récréatives). Il faut signaler enfin un effet "date d'enquête"
de grande amplitude (le CAP dimir,ue de I30 F entre juin et septer,rbre). qui se superpose aux autres effets. Cet effet n'a pas été pris en compte dans les modèles car il est difficile à interpréter:s'agit-il d'un effet enquêteur, d'un effet site, d'un véritable effet date lié par exemple aux évér;ements survenus à l'époque de I'enquête ?
Tableau 3 : CAP pour I'amélioration de la salubrité des eaux modèles tobit ( l)
(l)Parménageparan -(2)17 tranches-(3)Populationentièreincluantlesvaleursreconstituées, pour les individus ayant fait des réponses de protestation
Variable modèle I modèle 2 modèle 3
Constante Sexe Age Revenu (2) Education
Professions supérieures Professions intermédiaires Ouvriers
Préservation de la rade de Brest Observation d'eaux colorées Fréquentation de la rade de Brest Voile
Plongée
Substitut bord de mer
53,6 ( 1,0) -6 1,0 (-2,6) -0,838
(-l,l)
7,96 (2,6)
100,4 (3,3 ) 66,7 (2,s) 0,220 ( t,4)
56, I
(2,t)
-t6,6
(-0, j)
_çi ( (-2,4)
6,83 (2,2)
A))
( 1,4)
94,3 (3,1 r 65,5 (2,4) 0,205
( 1,3)
57,2 (2,1) -2 903,8
14,0 (0,3) -48,7 (-2,0)
7,50 (2,4)
-34,4 (-0,7) 24,t (0,7)
-0,2 (0,0) 91,6 (3,1 ) 59,5 (2,2)
0,1 55 ( t,0) 70,5 ( l,e)
71,9 ( 1,3) 58,3 (2,2)
Log vraisemblance -2 899,8 -2 903,0
Moyenne CAP (FF) (3) o (FF)
2t4
80
215 78
2t5
85
4.2. E,COSYSTEME
Lorsque I'on compare lcs modèles de CAP pour le bien "salubrité" et pour le bien
"écosystème", on constate des tendances similaires en particulier sur le signe des coefficients de la
plupart des explicatives. Cependant Ie CAP "écosystème" est avant tout influencée par le revenu (+10 à l3 F par tranche) et l'éducation (+ll F par année d'étude), avec des coefficients jlus significatifs et plus élevés que ceux observés pour le CAP "salubrité" (tableau 4). La différence entre les deux biens est particulièrement importante sur l'éducation. Ces effets du revenu et de l'éducation se retrouvent au moins partiellement au niveau de la profession : par rapport aux autres catégories, les cadres et les
professions intermédiaires consentent un supplément de 100 et 58 F r".p".iiu.rent, alors que les
ouvriers ont un CAP inférieur de I44 F.
Comparativement au CAP "salubrité", le CAP "écosystème" dépend moins significativement (et avec un coefficient plus faible) du sexe (40 à 50 F), du sentiment de préservation de la rade (38 à 6l F), de I'observation d'eaux colorées (32 à36 F) et de la lréquentarion d'un substitut (26 à 38 F) ; il est maintenant indépendant de la fréquentatiorr de la rade. En revanche, les effets attachés aux prattques de la voile et de la plongée demeurent. Le risque d'asphyxie, qui diminuait la probabilité de donner une enchère de protestation, n'a pas ou peu d'influence sur le CAp. Enfin les
différences entre véhicules de paiernent (non portés au tableau 4) disparaissent quand on prend en
compte I'effet date d'enquête, authentifié sur le bien "salubrité" avec un seul véhicule de paiement.
Tableau 4 : CAP pour la préservation de I'écosystèrne de I'eutrophisation : rnodèles tobit ( l)
-5.7 (0,0) -40.4 (- |,7)
10,4 (3.4)
rc0.5 (2.2) 58,2 (1,8)
- 143,6 (-2,4) 18,0 (t.3) 15'l (1,3) -0.0il (0,0) 80.9 (2,4) 66,2 ( 1.4) 'lo 'l ( 1,2) t5,4 7)
Population entière incluanr les
Variable modèle I modèle 2 modèle 3
Constante Sexe
Age P.cvenu (2) l:ducation
[)rolèssions supcrricurcs Proltssions intcrmédiaires Ouvricrs
Préscrvation de la rade de Brest Obscrvation d'caux colorécs FrJquentation dc la rade de Brest Voilc
Plongée
Substitut bord dc mer Risquc d'asphyxic
- 1,3
(0,0) -sô o -0,629 (-0,e)
t2,8 (4,3 )
6 1,.1 (2,1 ) 32,4 ( 1,2) 0,040 (0,2)
38.0 (t.4)
18,8 (0,8)
-138,6 (-2,7)
-39,9 (- t,8)
t2.3 (1,2) r0.9 (1.8)
4 7.0 ( r.6) 36. I
( 1,4) 0.u9 t
(0.6)
)5 5 ( 1,0) 20,9 e)
Log vraisemblanue - I 841.6 - l 840,4 -r 837,4
Moyenne CAP (FF) (3) 6 (FF)
t62 7t
160
8l
r58 89 ( l) Par ménage par an - (2) 17 tranches - (3) valeurs reconstituées.