JÎV
Utilisation des
contraintes et
En Afrique soudano-sahélienne, en particulier dans
les régions cotonnières, avant même que les problèmes
de fertilité du sol n'apparaissent, les mauvaises herbes
constituent l'écueil majeur à de bons résultats agricoles.
L'emploi d'herbicides, associé à une gestion globale
du système de culture, est une solution adaptée.
P. MARNOTTE C IR A O C A, BP 5 0 3 5 , 3 4 0 3 2 M ontpellier C ede x 1, France
D
ans les régions cotonnières, les surfaces c u ltiv é e s aug m e n t e n t, en p a r t i c u l i e r à cause de la mécanisation des travaux du sol et du semis (traction attelée ou motorisation). En revanche, les opé rations de désherbage manuel créent des « goulots d'étranglem ent » dans le calendrier cultural. Dans d'autres situations, les disponibilités en terres deviennent insuffisantes pour agran d ir l'e x p lo ita tio n ou pour laisser en jachère les parcelles dès que l'enher- bement est trop d iffic ile à maîtriser. L 'agriculteur co n tin u e à c u ltiv e r les m ê m e s p a r c e lle s et il n 'a p lu s la m a i n - d ' œ u v r e n é c e s s a ire p o u r a s s u re r c o n v e n a b l e m e n t la lu t t e contre les mauvaises herbes, de plus en p lu s e n v a h is s a n t e s au f i l des cycles culturaux.Le d é v e lo p p e m e n t du d ésherbage ch im ique a comm encé vers 1980 en culture cotonnière (figure 1). L'intro d u c t i o n des a p p a re ils de p u l v é r i s a tio n à bas v o lu m e (30 litre s de bouillie par hectare) a favorisé la vulga risation de cette technique. Au début des années 90, 22 % des superficies cultivées en cotonnier étaient traitées
dans la région nord du C am ero un , 19 % au Sud du M ali et 32 % dans le Nord de la Côte d 'iv o ire (tableau 1).
Les incidences
économiques
Le but du désherbage c h im iq u e est d 'a b o rd de pro tég er la c u ltu re aux p r e m ie r s stades de son d é v e l o p pement. C'est à ce m om ent que tout retard de croissance, lié à l'effet de c o m p é titio n des mauvaises herbes, se traduit ensuite par une baisse des rendements. En to ut état de cause, le d é s h e r b a g e c h i m i q u e d o n n e un résultat é qu iva len t à celui d 'u n sar clage manuel soigné et effectué sans retard, au m om en t o ptim al par rap port aux stades de développement de la c u ltu re . Dans la pra tiqu e, un tel s a rc la g e s u p p o s e l ' e m p l o i d 'u n e m a i n - d ' œ u v r e i m p o r t a n t e et l'organisation du calendrier cultural sans p o in t e de t r a v a il s im u lta n é e p o u r p lu s ie u rs c u ltu r e s . Dans les conditions de l'agriculture soudano- sahélienne, cela reste irréalisable et
herbicides :
perspectives
les pertes de rendement qui en résul te n t s o n t lo in d 'ê t r e n é g lig e a b le s (de l'o rd re de 35 à 90 % selon les cultures). C'est pour cette raison que l 'a p p l ic a t i o n d 'h e r b ic id e s p e rm e t généralem ent une augm entation de p ro d u c tio n a pp réciable par rapport
1977 1979 1981 1983 1985 1987 1989 1991
Figure 1. Superficies des cultures cotonnières traitées aux herbicides en Côte d'ivoire depuis 1977 (source : CIDT, Côte d'ivoire).
Tableau 1. Surfaces cultivées traitées avec un herbicide, en hectares (sources : Cam eroun, S O D E C O T O N ; M a li, C M D T ; Côte d 'iv o ire , CIDT).
C otonnier Maïs Riz
Nord-C am eroun (1993) 21 159 (22 %)* 4 890
-Sud-Mali (1992) 45 025 ( 1 9 % ) * 34 068 4 796 Nord-Côte d 'iv o ire (1991 ) 61 651 (32 % )* 18 855 21 980 * : pourcentage par rapport à la surface totale en cotonnier.
aux pratiques traditionnelles (DEAT, 1973, 1986 ; tableau 2). De plus, le gain de temps et de m a in -d 'œ u v re permis par cette technique est parti c u liè re m e n t éle vé. N on s eulem ent elle su pp rim e ou diffère le p rem ier s a r c la g e , m a is son a p p l i c a t i o n d e m a n d e m o in s de tr a v a il q u 'u n e o p é r a t i o n de s a r c la g e m a n u e l : l'ordre de grandeur est d'u ne journée de trav a il par hectare p ou r l 'a p p l i cation d'un herbicide et de 10-20 jours pour un désherbage m anuel (toute fo is , ces d o n n é e s r e s te n t très variables selon le stade de la culture et des mauvaises herbes).
L'enherbement a également d'autres conséquences indirectes sur le plan é co n o m iq u e . Les mauvaises herbes sont des hôtes secondaires d'insectes déprédateurs des cultures. Des débris ou des s e m e n c e s de m a u v a is e s herbes m é la n g é s a ux p r o d u it s de réc o lte (fourrages, semences...) en déprécient la q ua lité , voire les ren dent inutilisables.
Quelles
formulations
chimiques ?
Pour les p r i n c i p a l e s c u lt u r e s des zones soudaniennes et sahéliennes ( c o to n n ie r , maïs, sorgho, m il, riz, a r a c h i d e , i g n a m e , m a n io c ) , des fo r m u la t io n s h e r b ic id e s adaptées existent (tableau 3).
Les applications au m om ent du semis de la c u lt u r e en p ré -le v é e o n t fa it l'o bjet des premiers développements,
herbicides
Tableau 2. Tests de désherbages chim iqu es effectués sur co to n n ie r en m ilieu paysan en 1984 (DEAT, 1986).
Pays Essai Rendement
kg/ha coton graine
A ugm entation de rendem ent kg/ha coton graine Côte d 'iv o ire sans herbicide, pratique
tradition nelle 1 748
fluo m éturo n 1 750 g/ha 2 081 + 333 Bénin sans herbicide, pratique
tradition nelle 1 678
diprop étryne + m étolachlore
1 600 g/ha 2 1 35 + 457
N o m bre de tests : 45 en Côte d 'iv o ire , 49 au Bénin.
Plantule de Rottboellia cochinchinensis, plante adulte.
C liché T. le Bourgeois
du fait de trois avantages importants (DEAT, 1988). Leur spectre d 'e ffic a cité est généralem ent assez large et couvre à la fois les graminées et les espèces à fe u ille s larges. Ces t r a i te m e n ts , ré m a n e n ts , p r o tè g e n t la culture pendant sa phase d'installation. L'époque d'a pplication, le jo u r ou le le n d e m a in du semis, fa c ilite bea u coup les consignes de vulgarisation. Toutefois, le coût d'a chat des herbi cides est le frein principal à leur u tili sation. C'est pourquoi, dans certains p a y s , les e ff o r t s des s e rv ic e s de recherche et de d éve lo pp em e nt ont porté sur des h e rb ic id e s à base de molécules banalisées, com m e l'atra- zine pour le maïs et le diuron pour le cotonnier. Le faible coût de ces pro duits permet une large diffusion de la te c h n iq u e de désherbage c h im iq u e en milieu paysan.
Enfin, dans les systèmes de culture de la zone soudano-sahélienne, la fin de la période de rémanence de ces trai tements coïncide avec le m om ent du b u tta g e et de l 'a p p l ic a t i o n d 'u ré e (30 jours après le semis). Le buttage peut ensuite contribuer efficacement à la d im inu tion de l'enherbement, s'il in t e r v ie n t avant que les mauvaises h e r b e s a i e n t d é p a s s é le sta d e plantule.
Des mauvaises
herbes difficiles
à maîtriser
M algré les a m é lio ra tio n s apportées par l'em ploi des herbicides, certaines espèces sont d iffic ile s à maîtriser et d oiven t en permanence faire l'o bje t de travaux spécifiques.
Il s 'a g it , ces d e r n iè r e s a n n é e s , de C o m m e H n a b e n g h a le n s is , R o t t b o e l I¡a c o c h i n c h i n e n s i s et Ip o m o e a e rio c a rp a dans la région
nord du Cameroun (LE BOURGEOIS et M A R T IN , 1990), C. benghalensis et I. eriocarpa au Bénin, aussi bien en c u l t u r e t r a d i t i o n n e l l e q u 'a v e c le désherbage c h im iq u e (GABOREL et FAD O E G N O N , 1991). Des enquêtes réalisées en 1992 en m ilie u paysan
Tableau 3. Caractéristiques des produits herbicides utilisés en Afrique soudano-sahélienne, classés par type de culture (Souces : ACTA, 1995 ; MARNOTTE, non publié ; MARNOTTE et TEHIA, 1991 ).
Matière active Produit
commercial Teneur en matière active Fabricant Dose de produit commercial Epoque d'application fluométuron Cotoran 500 FW 500 g/l C otonnier
Ciba-Geigy 3,5 l/ha pré-levée
dipropétryne
+ métolachlore Cotodon 400 EC
240
+ 160 g/l Ciba-Geigy 4,0 l/ha pré-levée
fluométuron
+ prométryne Cotogard 500 FW
250
+ 250 g/l Ciba-Geigy 4,0 l/ha pré-levée
fluométuron
+ prométryne Call ¡for
250
+ 250 g/l Calliope 4,0 l/ha pré-levée
fluométuron
+ diuron Flurone D
250
+ 250 g/l Rhône-Poulenc 4,0 l/ha pré-levée
pendiméthaline Stomp 400 EC 400 g/l Cyanamid 3,5 l/ha pré-levée,
en particulier sur
R. cochinchinensis
diuron nombreuses formulations 80 % - 1,0 kg/ha pré-levée
haloxyfop-méthyl Gallant Super 104 g/l DowElanco 0,6 à 0,9 l/ha post-levée
anti-graminées
fluazifop-P-butyl Fusilade X2 250 g/l Zeneca 1,0 à 2,0 l/ha post-levée
anti-graminées métolachlore + atrazine Primagram 500 FW 250 + 250 g/l Maïs
Ciba-Geigy 4,0 l/ha pré-levée
cyanazine
+ atrazine Bellater
250
+ 250 g/l Cyanamid 4,0 l/ha pré-levée
pendiméthaline + atrazine Tazastomp C 37,5 + 25 % Cyanamid 4,0 kg/ha pré-levée, en particulier sur R. cochinchinensis aclonifen + atrazine Challenge M 250
+ 250 g/l Rhône-Poulenc 4,0 l/ha pré-levée
oxadiazon Ronstar 25 EC 250 g/l
Riz
Rhône-Poulenc 4,0 l/ha pré-levée
prétilachlore
+ diméthamétryne Rifit Extra 500 EC
375
+ 125 g/l Ciba-Geigy 4,0 l/ha pré-levée
bentazone
+ propanil Basagran PL2
160
+ 340 g/l BASF 6,0 l/ha post-levée
triclo pyr
+ propanil Garil
72
+ 360 g/l DowElanco 5,0 l/ha post-levée
2,4-D nombreuses 720 g/l - 1,0 à 2,0 l/ha post-levée*
propanil Stam F34 360 g/l Rohm and Haas 8,0 l/ha post-levée*
thiobencarbe
+ propanil Tamariz
120 + 216 g/l
Procida ;
Roussel-Uclaf 8,0 l/ha post-levée*
thiobencarbe
+ propanil Rical
115
+ 230 g/l Calliope 8,0 l/ha post-levée*
dipropétryne
+ métolachlore Cotodon 400 EC
240 + 160 g/l
Arachide
Ciba-Geigy 4,0 l/ha pré-levée
métribuzine Sencor 70 PM 70 %
Igname
Bayer 2,0 kg/ha pré-levée
métolachlore
+ atrazine Primagram 500 FW
250
+ 250 g/l Ciba-Geigy 6,0 l/ha pré-levée
paraquat Gramoxone
Toutes cultures 200 g/l
: traitem ent total ou dirigé
Zeneca 1,5 à 3,0 l/ha post-levée
paraquat Calloxone 200 g/l Calliope 1,5 à 3,0 l/ha post-levée
glyphosate Roundup 360 g/l Monsanto 4,0 à 8,0 l/ha post-levée sur
mauvaises herbes pérennes
sul fósate Ouragan 480 g/l Zeneca 4,0 à 8,0 l/ha post-levée sur
mauvaises herbes pérennes * : traitement en post-levée notamment pour le riz irrigué.
herbicides
Liste botanique
des espèces citées
Monocotylédones Commelinaceae Commelina benghalensis Commelina forskalaei Commelina subulata Cyperaceae Cyperus esculentus Cyperus rotundus Poaceae Cynodon dactylon Dactyloctenium aegyptium Digitaria argillacea Digitaria horizontalis Imperata cylindrica Pennisetum pedicellatum Rottboellia cochinchinensis Dicotylédones Asteraceae Launaea chevalieri Tridax procumbens Convolvulaceae Ipomoea eriocarpa Merremia emarginata Fabaceae Desmodium dichotomum Tephrosia elegans Lamiaceae Hyptis spicigera Hyptis suaveolens Leucas martinicensis Scrofulariaceae Striga hermonthica Tiliaceae Corchorus tridens d u N o rd d u C a m e ro u n m e tte n t en é v id e n c e les p ro blè m e s sp écifiq u es posés p a r ces d e u x e spè ces, m a is é galement par Imperata c y lin d ric a et
C yperus rotundus.
E g a le m e n t d a n s le N o r d du C a m e ro u n , des tr a v a u x d e p h y to - sociologie sur les systèmes cotonniers o n t m o n tré l'in flu e n c e des facteurs a gricoles sur le d é v e lo p p e m e n t des mauvaises herbes (LE B OURGEOIS, 1 9 9 3 ) . Ils in d i q u e n t l 'i m p o r t a n c e rela tive des différentes adventices et m e tten t n o ta m m e n t en é vide n ce les espèces sur lesquelles d o ive n t porter les efforts de désherbage (tableau 4). Il s'a git d'espèces à ré partitio n géné rale ou lo ca le , q u 'i l est p ossib le de séparer en deu x groupes : un cortège d 'espèces fa cile s à m a îtrise r et une d iza in e d'espèces d iffic ile à détruire. A p rè s p lu s ie u rs années de c u ltu r e , ce s m a u v a is e s h e r b e s t e n d e n t à s 'im p o s e r c o m m e d o m in a n te s dans les parcelles où elles sont installées. Pour certaines, les herbicides utilisés en cu ltu re co to n n iè re m o n tre n t une fa ib le e ffic a c ité : C. b e n g h a le n s is ,
R. c o c h in c h in e n s is , I. e rio c a r p a . T rid a x p ro c u m b e n s , Les autres ne
s o n t pas s e n s ib le s a u x h e r b ic id e s cla ssiq u e m e n t u tilisés en pré -le vée. Ce s o n t des e spè ces à o rg a n e s de réserve — tu b e rc u le s (C. ro tu n d u s,
C. esculentus), rhizomes (I. cylin d rica )
ou racines (Launaea ch eva lie ri) — et les espèces parasites, co m m e Striga
h erm on thica.
Les périodes
de désherbage
Face à la diversité des situations agri c o le s , il fa u t a d a p te r les s o lu tio n s " techniques au cycle de la cu lture : les pulvérisatio ns peuvent a voir lieu à la p r é p a r a t i o n d u t e r r a i n , a v a n t le s e m is , au s e m is o u en c o u r s d e cu lture (figure 2). A la préparation du terrain Les h e r b ic id e s to ta u x p e u v e n t être e m ployés avant le semis, au m o m e nt de la préparation de la parcelle. Il est ainsi possible de c o m b in e r plusieurs o bje ctifs :
- maîtriser des pop ulatio ns d'espèces pérennes (C. rotundus, I. c y lin d ric a ) a v e c des p r o d u it s à a c ti o n systé- m iq u e ; cela peut aussi être fa it à la f i n d e la p r é c é d e n t e c u l t u r e (FEUILLETTE et al., 1994 ; MARNOTTE, 1994) ;
- lim ite r la m u ltip lic a tio n des m a u vaises herbes, q u i, dans les régions à lo n g u e sa ison p lu v ie u s e , se d é v e lo p p e n t d ès les p re m iè r e s p lu i e s a v a n t q u e le s p a r c e ll e s s o ie n t occupées par les cultures ; - d é tru ire des p la n tu le s a d ve n tice s q u i g e r m e n t à la su ite d 'u n la b o u r p r é c o c e e ff e c t u é 4 à 5 s e m a in e s a va n t le semis (C. b e n gh a len sis par e x e m p le ) , LE B O U R G E O IS et MA R N O TTE , 1994 ;
- nettoyer la parcelle en cas de culture sans travail du sol.
Tableau 4. Importance agronomique des principales espèces de mauvaises herbes dans le Nord du Cameroun (d'après LE BOURGEOIS, 1993).
Répartition Maîtrise facile Maîtrise difficile
Digitaria horizontalis Pennisetum pedicellatum Leucas martinicensis Dactyloctenium aegyptium Commelina benghalensis Tridax procumbens Ipomoea eriocarpa Corchorus tridens Hyptis spicigera Commelina subulata Digitaria argillacea Desmodium dichotomum Merremia emarginata Hyptis suaveolens Tephrosia elegans Commelina forskalaei Rottboellia cochinchinensis Cyperus rotundus Striga hermonthica Launaea chevalieri Cyperus esculentus Imperata cylindrica Avant le semis
Certains h erbicides de pré-semis ont u ne e ffic a c ité très intéressante (par e xem ple la triflu ra lin e sur cotonnier). Ils sont a ppliqués juste avant le semis de la c u lture parce q u 'ils d oive n t être e nfouis du fait du caractère vo latil et p h o t o s e n s i b le d e le u r s m a tiè r e s actives. M ais le plus souvent, l'insu f fisance d 'é q u ip e m e n t agricole ou de m a in -d 'œ u v re rend l'e n fo u is sem en t im p o s s ib le . Le d ésh erba g e de p ré semis apparaît d on c p our le mom ent d iffic ile à mettre en œ uvre en milieu
Préparation du terrain Herbicides totaux A va n t le semis Herbicides de pré-semis Semis
Herbicides de post-semis pré-levée avec éventuellement
un herbicide de post-levée précoce
En cours de culture • Herbicides pour l'entretien de l'inter-rang • Herbicides de post-levée en plein • Herbicides localisés
Figure 2. Les périodes d'application des herbicides.
La définition des modes de traitements
O ù tr a it e r ?
En plein : le traitem ent est effectué sur
toute la surface de la parcelle.
Localisé : la pulvérisation est faite sur
une partie du sol, de la cultu re ou des mauvaises herbes.
Dirigé : le traitem ent est effectué avec
un he rbicide non sélectif de la culture, en protégeant la plante cultivée lors de l'a p p lic a tio n .
Q u a n d t r a it e r ?
Pré-semis : l'h e rb ic id e est appliqu é
après la préparation du sol et avant le
semis de la culture. Cela perm et en pa rticulier l'in c o rp o ra tio n des produits volatils ou photo-dégradables.
Post-semis : le traitem ent a lieu aussitôt
après le semis de la culture, le jo u r même ou le lendemain.
Pré-levée : le traitem ent est effectué
avant la levée de la plante considérée (culture ou mauvaise herbe).
Post-levée : le traitem ent est effectué
après la levée de la plante considérée (culture ou mauvaise herbe).
Les traitements
de post-semis
Les tra ite m e n ts de post-sem is sont e ffe c tu é s ju s t e après le sem is, en général le m êm e jo u r ou le le n d e m ain. O n d istin gu e les p ro du its de pré-levée et de post-levée précoce.
Le désherbage d e pré-levée
Bien que les herbicides de post-semis pré-levée représentent la part la plus importante des études consacrées au d ésherbage c h im iq u e , il est n é a n m oins indispensable d 'élargir c o n ti nuellement le référentiel technique et de d i v e r s i f i e r la g a m m e de ces produits.Il faut en effet ch o is ir le p ro d u it en fonction de la flore dom inante de la parcelle et disposer d 'h erbic ide s de pré -le vée efficaces sur les espèces annuelles difficiles à maîtriser, c o m me R. cochinchinensis ou C. bengha
lensis. Il faut enfin éviter la sélection
d'adventices résistantes, en disposant de plusieurs types de matières actives appliquées alternativement au cours des cycles culturaux.
Le désherbage
de post-levée précoce
Des germinations précoces de m au vaises herbes p e u v e n t se p ro d u ir e entre la dernière préparation du sol et le traitement herbicide de pré-levée. G é n é r a l e m e n t , e lle s ne s o n t pas détruites par les h erbicides de pré levée, q ui agissent sur les plantules au cours de la levée. Il est nécessaire d'employer un produit à action foliaire (un p ro du it de post-levée sélectif de la culture ou un h erbicide total). Le m o d e d 'a p p li c a t i o n d é p e n d de la densité des plantules adventices : - si la densité est faible, le produit est apporté en mélange extemporané par a d j o n c t i o n d a n s la b o u i l l i e de l'h erbicide de pré-levée ;
- si le recouvrement est assez im por tant pour gêner l'a pplication à la sur face du sol du p ro du it de pré-levée, on effectue séparément, la veille du traitement de pré-levée, une p ulvéri sation avec un h e r b ic id e to ta l q u i assure un dessèchem ent rap id e du f e u illa g e . La dose est a d a p té e au
herbicides
Cyperus rotondus. C liché CIRAD-AAAATROP Ipomoea eriocarpa. C liché T. le Bourgeois d é v e l o p p e m e n t des m a u v a is e s h e r b e s (p a r e x e m p l e 2 0 0 à 6 0 0 g ra m m e s p a r h e c ta r e de paraquat).Les conditions d 'a p p lic a tio n
au moment du semis
Les produits de pré-levée doivent être pulvérisés sur un sol bien préparé, p r o p r e et lé g è r e m e n t h u m id e . En e ffe t, un sol t r o p sec e m p ê c h e la diffusion des gouttelettes de b ou illie sur le s o l. La p ré s e n c e de d é b r is végétaux, de résidus de défricha ge ou de r é c o lte , f a i t o b s ta c le à une bonne diffusion de la bouillie.
En cours de culture
En cours de culture, les désherbages p e u v e n t ê tre e ffe c tu é s se lo n tr o is modes : post-levée en plein, entretien de l'inter-rang, désherbage localisé.
Post-levée en plein
Les traitem ents h erbicide s de post levé e o n t d e u x avan tag es. L 'a g r i culteur c hoisit un produit adapté aux espèces adventices présentes sur la p a rc e lle , alors q u 'e n p ré -le v é e , le c h o i x de l 'h e r b i c i d e s 'a p p u ie sur l'observation de la flore de la culture p r é c é d e n te , en s u p p o s a n t q u e la même infestation se reproduise. De plus, l'état du sol n'a aucune im por tance, puisqu'il s'agit de produits de contact ou systémiques pénétrant par les parties aériennes.
En revanche, ces traitements ont trois i n c o n v é n i e n t s m a je u r s . La d a te d 'a p p li c a t i o n est d é lic a te à d é te r miner, alors q u 'e lle est parfaitement d é f in ie p o u r les p u lv é r is a tio n s de post-semis pré-levée. Elle dépend du stade de d é v e lo p p e m e n t des m a u vaises herbes. Les produits à action de c o n t a c t s o n t e ffic a c e s sur des plantules au stade 2-3 feuilles. Trop précoce, l'a pplication est inopérante p o u r des levées u lt é r ie u r e s ; tro p tardive, elle est inefficace sur les indi vidus les plus âgés. En outre, l'a gri c u l t e u r d o i t a v o i r u n e b o n n e connaissance de la flore adventice, en particulier au stade plantule, qui est le plus d é lic a t p ou r la déte rm
i-Cyperus rotondus (ensemble de la plante
avec repousses).
C liché CIRAD-AAAATROP
nation botanique. La plupart des pro d u it s de p o s t- le v é e n ' o n t pas de rémanence ; ils n'agissent que sur les individus ayant déjà levé, alors que de nombreux herbicides de pré-levée lim itent le développem ent des m au vaises herbes ju s q u 'à la fe rm e tu re c o m p lè t e du c o u v e r t des p a r tie s aériennes de la culture.
Entretien de l'inter-rang
Le sarclage m é c a n iq u e en c u ltu r e attelée ou m otorisée c o n v ie n t bien aux c u ltu re s semées à grand é c a r t e m e n t (m aïs, c o t o n n i e r , s o rg h o , manioc). Mais il n'est possible qu'en d é b u t de c ro is s a n c e , p o u r ne pas endom m ager la plante cultivée. Par la suite, l'e n t re tie n de l'in te r - r a n g p e u t ê tre ré a lis é par des p u l v é r i sations dirigées avec des herbicides non sélectifs de la culture. Cette tech- n iq u e de désherbage d e m a n d e un a p p a r e il de t r a it e m e n t à pre ssio n e n tr e t e n u e é q u ip é d 'u n c a c h e de protection pour préserver les plants cultivés. Elle a l'avantage d'être rapide et m oins p é n ib le que les sarclages manuels.
Essais d 'e ffic a c ité
*
Essais de sélectivité
Essais d 'a rrié re -e ffe t
Tests d 'itin é ra ire s techniques
P révulgarisation
Figure 3. La démarche de mise au point d'un traitement herbicide.
D ésherbage localisé
L 'a g r i c u l t e u r d o i t ê tre v i g i l a n t à l'égard des risques de contamination de ses p arcelles par les mauvaises herbes d angereuses (C. ro tu n d u s ,
C. esculentus, I. cylindrica, L. cheva l i e r i , S. h e r m o n t h i c a ) . Si la lu t te
contre ces espèces est entreprise dès les prem iers stades de l'in fe s ta tio n (qu e lq u e s in d iv id u s repérés sur la p a rc e lle ) de fa ç o n lo c a lis é e , sans attendre que la population devienne t r o p e n v a h is s a n te , le c o û t des moyens mis en œuvre sera toujours limité.
La stratégie d 'é lim in atio n d'u ne mau vaise herbe sur de fa ibles surfaces impose une certaine organisation : - r e c o n n a is s a n c e de la p la n t e (apprentissage préalable) ;
- détection rapide de sa présence sur la parcelle (surveillance) ;
- p ré visio n du désherbage sur p lu sieurs années (formation) ;
- p o s s ib ilité de disposer de faibles quantités de p ro d u it à un c o û t très bas (approvisionnement).
Il faut parfois se résoudre à sacrifier une p a rtie de la c u lt u r e si l'o n est co ntrain t d 'e m p lo y e r des herbicides t o ta u x s y s té m iq u e s , p a r e x e m p le c o n t r e I. c y l i n d r i c a (FEUILLETTE et al., 1994).
Démarche
expérimentale
et application
au terrain
La dém arche expérim entale pour la mise au p oin t des traitements herbi cides repose sur deux types d'essais successifs (fig u re 3). Les p re m ie rs s o n t les essais d ' e f f i c a c i t é des produits sur les mauvaises herbes : ils p e r m e tte n t aussi de d é te r m in e r la d o s e et l 'é p o q u e d ' a p p l i c a t i o n optimales. Les seconds sont les essais d e s é l e c t i v i t é , d o n t le b u t est d'estimer les risques de phytotoxicité du traitement sur la culture.
Des essais d'arrière-effet des produits c o m p lè te n t les précédents : ils ser vent à évaluer les risques de p h y to t o x ic it é des traite m e n ts h erbic ide s
pour la culture suivante.
E n s u ite , les tests en m i l i e u réel p e r m e tte n t de c o n f i r m e r l 'i n t é r ê t é c o n o m iq u e et p r a t iq u e d ' h e r b i cide s retenus au co u rs des étapes expérimentales précédentes.
G lo b a le m e n t, les résultats v u lg a ri- sables sont obtenus après les essais conduits par les structures nationales de recherche et de v u lg arisatio n et par les sociétés de d év eloppem ent. Les firm e s privée s p h y to s a n ita ire s c o n d u is e n t leurs propres essais en a m o n t du d é v e lo p p e m e n t, afin de m e ttre au p o in t les m o lé c u le s qui seront commercialisées.
La régularité de
l'expérimentation
En a g ric u ltu re a frica in e, les c o n d i tions culturales et économiques évo lue n t ra p id em e nt. O r la re n ta b ilité d 'u n e a p p l i c a t i o n d ' h e r b i c i d e
herbicides
Plantule de Commelina benghalensis.
C liché M . Déat
dépend largement de ces fluctuations : coût des produits chimiques importés, existence de c ircu its c o m m erc iau x . Par a ille u rs , la série de tests sur le c o m p orte m e nt d 'u n h erbicide exige au m o in s tr o is ann ée s. Seule une e x p é r i m e n t a t i o n r é g u l i è r e p e u t c o n s titu e r un référentiel te c h n iq u e fiable, qui offrira des solutions adap tées au fur et à mesure de l'é volution du milieu agricole. Cette acquisition d 'inform ation doit porter notamment sur les n o u v e lle s fa m ille s d 'h e r b i cides, qui sont sans cesse proposées par l'industrie phytosanitaire.
La vulgarisation
La diffusion de fiches pratiques, pré sentant les p roduits herbicides leur em ploi et les principes de la pulvéri s a tio n en f o n c t i o n de la f l o r e a dventice et du système de culture, c o n s titu e un é lé m e n t essentiel de la v u l g a r i s a t i o n . Les c o n d i t i o n s d 'e m p lo i des herbicides et d 'u tilis a tion des appareils de traitement étant très strictes (doses, périodes d 'a p p li cation, étalonnage, débit, vitesse de déplacem ent, c h o ix des buses, pré paration de la bouillie...), elles im p li quent un effort de for-mation impor ta nt de la part des socié-tés ou des services de développement.
La fo rm a tio n du personnel d 'e n c a d re m e n t et l'i n f o r m a t i o n des a g r i c u lteurs porten t non seulem ent sur les méthodes de lutte contre les mau v aises h erbe s, m ais aussi sur des itinéraires techniques cohérents. En effet, la lutte co ntre l'e n h e rb e m e n t d o it te n ir c o m p te de l'o rg a n is a tio n des t r a v a u x a g r ic o le s et d o i t être rais o n n é e en f o n c t io n des succes sions cu lturales. Le désherbage est donc géré à moyen terme :
- par rapport à l'assolement, en c h o i sissant, par e xem ple, un traite m en t h e r b ic id e e ffic a c e et peu c o û te u x p o u r la c u l t u r e de m a ïs , a f in de lib é r e r du te m p s p o u r l'e n t r e t i e n m écanique ou manuel des parcelles de cotonnier ;
- par rapport à la rotation, en détrui sant les g ram inées dans les c o t o n n ie rs et les m a u v a is e s h e rb e s à feuilles larges dans les céréales.
Une question
de formation et
d'approvisionnement
Les techniques de gestion de l'enher- bement, com m e celles élaborées par ailleurs sur la lim ita tion de l'érosion ou l'amélioration de la fertilité du sol, ont leur place à une c o nd itio n : une c e rta in e s ta b ilis a tio n des rég im e s f o n c ie rs , a u to r is a n t les paysans à e f f e c t u e r des in v e s tis s e m e n ts à moyen terme.
De m êm e que les fa c ilité s de c o m mercialisation des récoltes orientent le choix des productions, le fo n c tio n n e m e n t de l 'e x p l o it a t i o n a g r ic o le doit pouvoir s'appuyer sur un réseau o p é ra tio n n e l d 'a p p ro v is io n n e m e n t en intrants, o ffran t n o ta m m e n t une large gamme de produits herbicides e t de m a té r ie ls de p u l v é r i s a t i o n , s e lo n des f o r m u l e s de p a i e m e n t souples.
Dans l'avenir, les produits herbicides feront peu à peu partie intégrante des systèmes de c u lture, au m êm e titre que la protection insecticide. Ils rem placeront au moins le premier sarclage m anuel d o n t l'e x é c u tio n , p ou r être e f fic a c e , ne d o i t s o u f f r ir d 'a u c u n r e t a r d et d e m a n d e u n e g r a n d e capacité de main-d'œ uvre.
B ib lio g ra p h ie
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Imperata cylindrica. C liché R. Fauconnier
Résumé... Abstract... Resumen
P. MARNOTTE - Utilisation des herbicides :contraintes et perspectives.
En Afrique soudano-sahélienne, la maîtrise de l'enherbe- ment constitue la difficulté majeure des agriculteurs, en regard du ca len drier cu ltu ra l et de la m ain-d'œ uvre nécessaire pour exécuter les sarclages. Entretenues difficilement par sarclage manuel, les cultures sont de plus en plus envahies de mauvaises herbes dont la densité augmente au fil des cycles culturaux. Certaines espèces sont très difficiles à détruire et demandent des traitements localisés dès l'a p p a ritio n des premières plantules. Le désherbage chimique constitue une solution, à condition de le raisonner sur le plan de l'assolement et de la rotation. Cette technique est développée en particulier dans les ré g io n s co to n n iè re s , n o ta m m e n t dans le nord du Cameroun, le sud du Mali et le nord de la Câte d'ivoire. Elle im p liq u e to u te fo is des c o n d itio n s é conom iques favorables ainsi qu'une bonne form ation du personnel d'encadrement et des agriculteurs : reconnaissance de la flore, mode d'emploi des produits, utilisation des appareils de traitement.
Mots-clés : mauvaise herbe, cotonnier, maïs, sarclage, herbicide, mode d'action, Afrique soudano-sahélienne.
P. MARNOTTE — Herbicide uses: constraints and prospects.
Weed management in Sudano-Sahelian Africa is the main problem for farmers because of the cropping calendar and the labour required for weeding. Crop maintenance is d iffic u lt using m an u a l w e e d in g and crops are increasingly encroached by weeds whose density increases with successive cropping cycles. Some species are e x tre m e ly d iffic u lt to e lim in a te and re q u ire local treatment as soon as the first plantlets appear. Chemical weed control is a solution on condition that it is designed according to the crop and the rotation. The technique has developed in particular in the cotton areas and especially in northern Cameroon, southern Mali and northern Côte d 'Iv o ire . However, it requires fa vo u ra b le economic conditions and good training of extension agents and farmers (reconnaissance of the flora, manner of use of the chemicals, use of spraying apparatus).
Keywords: weed, cotton, maize, weeding, herbicide, type of action, Sudano-Sahelian Africa.
P. MARNOTTE - Utilización de los herbicidas: obligaciones y perspectivas.
En Africa sudano-saheliana, el control del enyerbado es la principal dificultad de los agricultores frente al calendario de cultivo y la mano de obra necesaria para ejecutar las escardas. Los cultivos, dificilmente cuidados por escarda manual, son invadidos cada vez más por las malezas, cuya densidad aumenta con el correr de los ciclos de cultivo. Algunas especies son muy difíciles de destruir y requieren tratamientos localizados desde la aparición de las primeras plántulas. La desyerba química constituye una solución, a condición de razonarla en términos de rotación. Esta técnica se desarrolla especialmente en las re g io n e s a lg o d o n e ra s , sobre to d o en el n o rte de Camerún, el sur de Mali y el norte de Costa de Marfil, pero supone condiciones económicas favorables, así como una buena formación del personal de dirección y de los agricultores (reconocimiento de la flora, modo de empleo de los productos, utilización de aparatos de tratamiento). Palabras clave: m ale za , a lg o d ó n , m aiz, escarda, herbicida, modo de acción, Africa sudano-saheliana.