R E F L E T S / D 22= a n n é e N ° 9
Savez-vous pourquoi Swissair dessert
dix-sept villes africaines?
Parce qu’on trouve en Afrique:
l°du pétrole 2®de l’or 3°des diamants 4°ducuivre
-5°dufer-6°duplatine-
7°du bois - 8®du cacao - 9°des arachides -
10°du caoutchouc - ll°du tabac -12°des épices -
13°des fruits - 14°du café -15° du coton -
16°des animaux rares-
17°de magnifiques plages de sable.
Le fait que Swissair relie
régulièrement l’Europe
aux principales villes
d’Afrique n ’est heureu
sement pas le seul in
dice de l’essor extraor
dinaire de Swissair.
Il est avant tout un
signe de l’essor écono
mique de l’Afrique. Et
si Swissair a eu la chan
ce de contribuer à cette
croissance, c’est préci
sément parce q u ’elle a voulu être, partant de la
Suisse, un lien entre l’Europe et l’Afrique. On ne
m anquera pas de dire à ce propos que nous ne
sommes, nous Suisses, que des homm es d ’affai
res froidement clairvoyants, mais on ne pourra
pas prétendre que nous avons quelque intérêt
politique en Afrique.
Ainsi se développent toujours davantage des
relations commerciales véritablement basées sur
la réciprocité. Les statistiques du fret transporté
par Swissair le m ontrent clairement.
Et le tourisme, qui apporte à l’Afrique les de
vises dont elle a besoin, progresse encore plus ra
iuLu a u AFRICAIN
pidement que les échan
ges commerciaux. Pour
la bonne raison qu ’il
existe, dans cette Afri
que prétendum ent peu
civilisée,desrégionssans
fumées industrielles, des
routes non em bouteil
lées, des animaux qui
ont de l’espace pour
vivre, des plages de sa
ble infinies, des rivières
d ont l’eau n’est pas pol
luée, des criques marines qui ne sont pas souil
lées par le mazout. On y rencontre même des
hommes qui vivent sans psychiatre.
Swissair ne peut que recom m ander chaleu
reusement aux Suisses de prendre l’avion et de
faire connaissance avec l’Afrique. Il y a pour
nous en Afrique beaucoup de choses à apprendre.
Et notam m ent: 1 à Abidjan - 2 à Accra - 3 à
Alger - 4 à Casablanca - 5 à Dar-es-Salaam - 6
à D a k a r - 7 à D o u a l a - 8 à J o h a n n e s b o u r g - 9 au
Caire - 10 à K arth o u m - 11 à 'K in sh a sa - 12 à
Lagos - 13 à Libreville - 14 à M onrovia - 15 à
N airobi - 1 6 à Tripoli - 1 7 à Tunis.
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heu res d e loisir. H e u r e s de le c tu re , mais I aussi h eu res o ù , la p lu m e à la m a in , il a é v o q u é p o u r n o u s son e x p é rie n c e m o n ta - ' g n a r d e . D e u x de ses liv re s o n t été p a r t i c u liè r e m e n t re m a rq u é s ; l ’u n é v o q u e la c o n q u ê te d u C e r v i n p a r ses d iffé re n te s
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faces e t a rê te s (« Le C e r v i n e t les hom mes »), l ’a u t r e r a c o n t e les ascensions des q u a t r e - m i l l e suisses.
C o m m e d ’a u tr e s il a ressenti le besoin d e d ir e ce q u ’il a im a it, de c o m m u n iq u e r I u n p e u la p lé n itu d e q u e les m o n tag n es ' so n t, a u j o u r d ’hui, seules à d isp e n se r encore. Ses liv re s o n t c o n q u is un la rg e p u b lic dans , les p a y s d é la n g u e a ll e m a n d e e t française et o n t v a l u à le u r a u t e u r p lu sie u rs distin c tio n s ; c ’est ainsi q u ’il est g u id e d ’h o nneur de Z e r m a t t .
Son p la isir, S c h m id l ’a c h e rc h é s u r les ro u te s classiques des g r a n d s so m m ets. Il n ’est pas l ’h o m m e des prouesses alpines, en c o re m o in s d e 1’« a r tific ie l ». M a is alors qu e les re la tio n s des f a n a t i q u e s d u piton d é ç o iv e n t t r o p s o u v e n t p a r le u r sécheresse te c h n iq u e , les récits d e S c h m id s o n t riches d e su b sta n c e h u m a in e .
Ses c h e m in s se d é p lo ie n t l a r g e m e n t sur les A lp es e t n o u s r é v è le n t des ré g io n s mé co n n u e s à d é c o u v r ir. E t les R o m an d s r e t r o u v e r o n t a v e c joie « leurs » m ontagnes, d e l ’A r g e n tin e a u T o u r - N o i r .
Il y a d e u x vein es d a n s ces récits : la course, la ra n d o n n é e , a v e c ses paysages, ses re n c o n tre s, ses lu m iè re s e t ses ombres p assagères, et, d ’a u t r e p a r t , u n e réflexion c o m p ré h e n s iv e su r l ’é v o lu tio n d e l ’alpi nism e e t u n e i n t e r r o g a t i o n — q u e l grim p e u r y é c h a p p e ? — su r les liens m ysté rie u x q u i l ’a t t a c h e n t à la m o n t a g n e depuis plu s de c in q u a n t e ans. M a is p erce-t-on ja m a is le se c re t d ’u n e n s o rc e lle m e n t ?
Les récits s a v o u re u x e t v i v a n t s e t les r é fle x io n s q u ’a p p o r t e ce n o u v e a u volume é d ité p a r P a y o t L a u sa n n e e n c h a n t e r o n t tous ceux p o u r q u i la n a t u r e a lp e s tre demeure u n i n c o m p a r a b l e tréso r.
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C e t été je re v ie n s d é f i n i t iv e m e n t en V a lais. E n ra is o n de c e t é v é n e m e n t, j ’aim erais q u e p a ra iss e d a n s u n p r o c h a i n n u m é r o , en b o n n e p la c e , le s o n n e t a n n e x é .
Il m e s e ra it a g r é a b le q u e v o u s puissiez y j o i n d r e u n e i l l u s t r a t i o n d e S a x o n , ou M a r t i g n y .
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S e p te m b re 1972
Sommaire
L a ta b l e L e l i v r e d u m o is S o n s d e c lo c h e s A u t o m n e I sé ra b le s , le v illa g e s u s p e n d u ... , L e D é s e r t e u r T o f a r m o r n o t t o f a r m C o c in elle o u lé z a r d A r c h i t e c t u s e d ’a u j o u r d ’h u i D i e W e n g e r , F l u s s - K o n t i n u i t ä t im R a u m L es W e n g e r , c o n t i n u i t é f l u id e d a n s l ’e sp ace A r c h i t e c t u r e m o d e r n e e t c o n s e r v a t i o n des m o n u m e n t s L e c h â t e a u d e la M a j o r i e P o t i n s v a la is a n s M o t s c ro isés B ille t d u L é m a n B rid g e L e F e s tiv a l T i b o r V a r g a 1972 L e F e s tiv a l d e R i b a u p i e r r e U n m o is e n V alais U n s e r e K u r o r t e m e l d e n E p i g r a m m eN o tr e couv ertu re : • S a in t T béodule », une p e in tu re du Déserteur, p ro p riété du musée fo lk lo r iq u e d ’Isérables P hotos A r b e lla y , D a rb ella y, C e c c h e tti, R itle r, R u p p e n, T h u rre, Vaipresse
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4 é t a g e s d ’e x p o s i t i o n
Automne
Les enfants sont à l'école, les routes sont presque
vides, les fruits mûrissent, les feuillages se colorent.
Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid. C'est le meil
leur m om ent pour la promenade, la marche paisible,
la lente découverte d'un pays qui change. Le petit
village qu'on n'avait pas revu depuis quelque temps
a grandi, s'est donné une nouvelle église. Il s'est
embelli ou enlaidi. Il bouge.
Il fait bon retrouver à côté du vieux, du connu,
les jeunes pousses de la vie qui continue. Les filons
de la beauté, non plus, ne sont pas épuisés. Mais
il faut se secouer un peu pour la ressentir sous ses
formes nouvelles, sous le béton que l'architecte m o
dèle à sa guise, sous la géométrie de l'agriculture
moderne, dans la courbe d'une route. Tout n'est
pas beau mais partout on sent la force. Le Valais
continue à rajeunir. Il se penche déjà sur ses habi
tudes d'hier, sur son patois, sur ses vieilles maisons
avec les précautions dont on entoure les choses
précieuses, uniques, passées.
C'est l'automne. O n aimerait recoudre à la branche
certaines feuilles mortes.
Isérables
le village suspendu...
Ce
mois-ci Isérables organise la deuxième
fête des bourgeois. A u programme : fanfares
et folklore, théâtre patois, cortège, bal...
mais aussi édition d ’un livre,
«
Isérables, le
village suspendu
»,
dont le texte est de
Maurice Métrai et l’illustration photogra
phique de notre collaborateur Oswald
Ruppen. L ’auteur nous présente le pays des
Bedjuis.
F. C.
Je connais Isérables depuis très longtem ps. J ’avais, je
crois, dix ans, lorsque, p o u r la p re m iè re fois, j’y ai
d é b arq u é, p a r de sentier tra d itio n n e l, dans la chaleur
d u plein été. O n s’éta it retro u v és, enfants e t adultes,
dans une cave, à la lu e u r d ’u n e chandelle. Je n ’ai pas
oublié la fla m m e : elle vacillait sur de t o n n e a u m o rd o ré ,
se co u ch ait, se redressait, se g o n flait et s’allongeait,
c o n q u é r a n te et espiègle.
Je n ’ai pas oublié les m ains q u i tric o ta ie n t avec les
verres c o m m e les fem m es avec leurs aiguilles...
E t j’entends encore, à plus de t r e n t e ans de distance,
ces voix som bres, lentes, m esurées qui se ré p o n d a ie n t
dans la d e m i-o b scu rité p e n d a n t q ue nous, les gosses,
subissions, dans l’escalier, les assauts d u som m eil. Je
vois aussi, au fo n d de m o n souvenir, ces visages graves,
à peine mobiles, dessinant sur les m u rs gris des om b res
dém esurées qui se d é v o ra ie n t en u n e masse in fo rm e et
floue.
J ’y suis r e to u r n é p a r da suite v in g t, tre n te , q u a r a n te
fois. Je ne sais plus. Il m e sem ble p o u r t a n t q u e j’y ai
to u jo u rs r e v u les m êm es gens, les m êm es yeux, les m ê
mes mains, les m êm es to n n eau x ... E t j’ai re g re tté , une
fois ou l’au tre, q u ’u n e lam pe, ci et là, ait rem p lacé la
bougie. D a n s la poésie de d’évo catio n , il m ’a semblé
alors que l’on y avait d étaché u n vers, u n e rim e...
Le n o m d ’Isérables p r o v ie n t d ’érable, cet a rb re à la
fois léger et résistant qui se p r ê te à m erveille aux t r a
vaux d u bois et d o n t la rég io n est p a rtic u liè re m e n t
riche. Le p eu p le : ce s o n t les « Bedjuis ». Le m o t a une
saveur orientale, m au resq u e, q u i ressuscite les galops
effrénés de ces h o rd e s sauvages, et q u a s im e n t légen
daires, qui, à u n e ép o q u e lo in tain e et poussiéreuse, o n t
déferlé sur n o tr e pays : p e u t- ê tr e les H u n s , sans d o u te
les Arabes...
Bien que les Bedjuis h é site n t à c a u tio n n e r u n tel
a p p a re n te m e n t, ils p o r t e n t n é a n m o in s dans le u r faciès
des tra its t y p iq u e m e n t arabes : l’ossature très fo rte ,
saillante, le p ro fil accentué, la m â c h o ire v o lo n ta ire , le
regard té n é b re u x et enfoncé, le te in t cuivré, et s u r t o u t
ce corps n o u e u x q u i semble à l’épreu v e d u te m p s et des
rigueurs de l’existence...
E n fin , c o m m e o n p ré te n d , d ’u n e oreille à l’a u tre et
avec le so u rire r e te n u de la m alice calculée, q u e les
Bedjuis o n t b e a u c o u p de te m p é r a m e n t, o n in sin u era que
les A rabes aussi, naguère, o n t tém o ig n é d ’u n « re d o u
table » te m p é ra m e n t...
B eaucoup se s o u v ie n d r o n t aussi d e ces m ercenaires
d’Isérables q u i s’e m p a r è r e n t d u h a r e m de C harles le
T ém éraire, p e n d a n t les guerres de B ourgogne... et se
d e m a n d e r o n t ce q u ’ils en o n t fait...
Situé à 1116 m ètre s d ’ailtitude, agrippé à la m o n ta g n e
com m e l’h u î t r e à son ro c h e r, Isérables a 1220 ha b ita n ts.
L’équilibre est p a r f a it e n tre les sexes : 610 h o m m e s et
610 fem m es. Les jeunes de m o in s d e v in g t ans f o r m e n t
le 42,1 % de la p o p u la tio n totale, alors q ue la p r o
p o rtio n c o rre s p o n d a n te était, en 1960, d e 38 °/o dans le
Valais, de 31 % dans le reste de la Suisse et de 23 % à
Genève.
C ’est que, à Isérables, t o u t se ra fra îc h it et éclate
d’espoir : les rues s o n t go u d ro n n ées. O n y a restau ré
la cure, la m aiso n co m m u n a le . Les com m erces p oussent
et s’épaulent. Les cafés s’a d d itio n n e n t. U n collège brille
com m e u n sou neuf. Le m usée fo lk lo riq u e regorge de
souvenirs a tta c h a n ts . Des in d u stries y o n t été im p la n
tées. O n y fa b riq u e la m o n t r e et le bijou. O n y cultive
avec succès l’a b rico t, la fraise et la fram boise. L ’agricul
ture p asto ra le y est florissante. O n y engraisse u n t r o u
peau de près de c in q cents têtes au village, dans les
mayens et sur les alpages de B alavaud et d u Rosey.
C ô té to u ris tiq u e : t r e n te k ilo m è tre s de p ro m e n a d e s
déro u le n t leurs an n e a u x d u côté de V e rb ie r et de N e n -
daz o u alors p é n è t r e n t dans le c œ u r des Alpes. U n bisse
tra d itio n n e l va puiser son eau dans les gorges d e la
Fara p o u r la déverser, généreusem ent, sur de coteau.
Les ch am p s de seigle et de blé s’éta g e n t ju sq u ’aux fo rêts
ou le m élèze tr ô n e en g éan t p u is q u ’il est, en p e tite
colonie, le plus gros d ’E u ro p e avec ses d o u z e m ètres de
circonférence.
Il p le u t très peu à Isérables et le clim at y est très
doux. Les orages 'locaux so n t p e u a b o n d an ts. Il fait
moins fro id que d a n s la plaine. L ’ensoleillem ent, en
revanche, y est rem arq u ab le. Les Bedjuis jouissent, en
plein hiv er, d ’au m oins six h eures de soleil alors que,
à R iddes p a r exemple, l’ensoleillem ent n ’est, à la m êm e
époque, que d ’une h e u re et demie.
Isérables s’é ten d sur u n e surface de 1484 hectares.
O n p e u t encore ad m ire r, à Isérables, u n vieux m oulin
qui croule sur ses ja rre ts affaissés où F a rin e t est venu,
d it-o n , se réfu g ier jadis.
Le Bedjui est très hospitalier. O n c ro ira it le v o ir
tir e r son plaisir d a v an tag e dans le geste de d o n n e r que
dans celui de recevoir. Son patois est sonore. C ’est le
dessin au tr a i t de l’h o m m e lui-m êm e. Il en a la couleur,
la rudesse, la concision et la chaleur. Les m o ts cascadent,
caracolent, glissent ou d égringolent. Ils o n t le relief du
p a y s - AL ’âme d ’Isérables, enfin, est dans le geste : la m ain
qui m od èle, la m a in qui se crispe, se d u rc it, se déten d ,
s’enfle o u se recroqueville selon l’objet q u ’elle façonne
ou le trav ail q u ’elle anime.
C ’est une m ain qui aime !
Quand le patois chantait
I l y a quelque tem ps j ’écrivais à un libraire valaisan,
le p ria n t de m ’e n v o y e r le lexique d u patois hérensard.
Par retour d u courrier je recevais celui du patois d ’A r -
don, de Louis D elaloye. Les publications de la Fédéra
tion valaisanne des amis d u patois se sont-elles arrêtées
à ce prem ier opuscule, ou celui du v a l d ’H érens est-il
épuisé ? D e toutes façons j’étais déçue. N o n que le patois
d ’A r d o n n ’eût p o in t toute m o n estime, seulem ent j’avais
dem a n d é celui du v a l d ’H érens, sous-entendu : V ex. La
raison p u re m e n t a ffe c tiv e de ce choix le consacrait à
l’irrem plaçabilité (le m o t est un peu long, j ’en conviens,
mais son graphism e to rtu eu x m e rappelle nos chers « dé-
valoirs »). V o u s com prenez, n ’est-ce pas ? V e x , mes
racines dans la p ro fo n d e u r du roc, à fle u r des vergers.
N é a n m o in s je feuilletai le livre, cherchant à y retrou
v e r certains m ots que m a m ém oire a v a it gardés : m a ta
(la fille), royé (pleuvoir), sintchon (l’e n fa n t gâté), pecà
(manger)... C ’étaient ceux de V e x , les m ê m e s ! Le livre
devenait passionnant. Je m e suis mise à le lire de la
lettre A jusqu’au 2 , co m m e on lit un roman. O ui, un
m erveilleu x rom an, tel q u ’au M o y e n A ge, inspiré de
légendes, celles-ci toujours à la source d ’une vérité f o n
dam entale. Je pourrais presque dire, une chanson de
geste d o n t le héros s’appellerait Valais. ] ’entendais les
intonations de ces m ots, de ces phrases ; elles ressusci
taient les v o ix aimées de l’arbre ancestral.
D epuis, j ’ouvre so u v e n t ce livre, et des m o ts tirés au
sort, est-il nécessaire de spécifier q u ’ils a jo u ten t chaque
fo is quelque chose de n o u v e a u à la « chanson ». A u jo u r
d ’hui, le bareyon, ce p e tit to nnelet de v i n q u ’on apporte
a u x cham ps et q u ’on m e t à l’abri de la chaleur au pied
de l’âbro, ou dans l’êrba, ou encore sous le ravancem ent
d ’onna grossa piéra... O n boit, la tête renversée en arrière,
et le ciel en p r o fite p o u r faire le to u r du m o n d e de vos
y e u x . O n en ten d une youtse, on ne sait pas de quel alpa
ge, peu im porte. A u bareyon, c’est vrai, lo v i n est encore
m eilleur q u ’à la tsana.
M ais quels que soient les instants que ces m o ts me
f o n t évoquer, où qu’ils m e conduisent, ils finissent tou
jours pa r m e ram ener sur la place d u village, d e v a n t la
m aison, où nous som m es quatre générations, sans savoir
que to u t un m o n d e allait disparaître : celui de l’effort.
Q u ’un pas f û t un pas, un coup de pioche, un coup de
pioche, le pain de seigle et la to m m e, la nourriture essen
tielle qui ne se v ilip e n d a it pas d ’une m iette, parce que
sacrée, nous tro u vio n s cela naturel. O n ne se d o u ta it pas
que ce p û t être fragile (on l ’a su trop tard, q u a n d le mal
était fa it), plus fragile que le cristal.
E t nous som m es là, au p ie d de l’escalier, nos quatre
générations, com m e si cette beauté de v iv r e d e v a it durer
toujours, com m e si la fo n ta in e (elle n o n plus ne pres
sentait rien) ne serait pas condam née à faire place nette
a u x voitures ; com m e s’il était écrit que le m o n d e in fe r
nal n ’aurait jamais accès dans ce pays...
O mes p etits œ illets sauvages, en p ot, sur les fenêtres,
to u t simples, avec vo s cinq pétales ! Je soutiendrai tou
jours que ceux d ’au jo u rd ’hui, à double ou triple colle
rette, n ’ont pas vo tre p a rfu m . O poussière blanche, fin e
p o udre de l ’âm e des rochers ! la poussière noire des gaz
t ’a recouverte... E t rappelez-vous l’air ! ses milliers de
papilles. Leur souvenir me fa it presque m ourir ; je ne
sais pas si c’est de joie ou de souffrance. P lu tô t de joie :
heureux celui qui a connu ces choses !
C ’était... on ne p eu t pas les définir... c’était tout.
C ’était la vie. Ce que nous avons eu là, personne ne
pourra nous le reprendre, c’est en nous p o u r l’éternité.
Mais je pense à ceux qui sont venus trop tard, l’autre face
de m a joie (nous, nous étions juste à la lim ite). Il leur
m anquera toujours quelque chose, sans q u ’ils sachent
exactem ent quoi.
En arriva n t à Paris, j ’avais loué une petite chambre
sous les toits. Il fa lla it gravir sept étages p our l’atteindre.
Je l ’avais baptisée « I solè di biéno » ( A u soleil des gla
ciers). Cela aussi, ce n ’était rien, c’était tout.
E v o lè n e été 1972. C e tt e h a u t e v a llé e d e la B o rg n e , p rè s des crêtes, o ù E v o lè n e s’e n t o u r e d ’a u tr e s r a v iss a n ts v illag es, est le site q u ’A l a i n B o u d e t a choisi p o u r t o u r n e r son n o u v e a u film , le c i n q u a n t e e t u n iè m e . Il s’a g i t d u « D é s e rte u r », u n p e i n t r e e n ex- v o t o m o r t il y a u n siècle, la is s a n t d e r riè r e lu i q u a t r e - v i n g t p e in tu r e s n a ïv e s , u n e lé g e n d e e t u n m y stère. T o u t a c o m m e n c é , v o i l à q u e lq u e s an n ées, le jo u r o ù R e n é C r e u x , d i r e c t e u r à L a u sa n n e des E d itio n s d e F o n ta in e m o r e , a d é c o u v e r t les p e tits t a b l e a u x e t les a n t e - p e n d iu m s q u e C h a r l e s - F r é d é r i c B r u n a p e in ts p o u r re m e rc ie r les m o n t a g n a r d s de le u r accueil. E n e f fe t, v e rs 1850, ce « d é s e rte u r a u x m a in s b la n c h e s » a r r i v a e n V a la is à t r a v e r s la m o n t a g n e , sans p a p ie r s, sans b a g a g e s e t sans passé, m a is a v e c u n e b o îte d e c o u le u rs e t des p i n c e a u x .
D ’o ù v e n a i t - i l ? N u l ne l ’a ja m a is su. E t les re c h e rc h e s trè s sérieuses e n tre p rise s p a r R e n é C r e u x p o u r é t a b l i r so n i d e n tité f u r e n t p re sq u e v a in e s, si ce n ’est u n v a g u e a c te de n a issa n c e m e n t i o n n a n t u n c e r ta in C h a r l e s - F r é d é r i c B ru n né à C o lm a r . R e n é C r e u x d é c id a d e p u b l i e r u n m a g n i f iq u e re c u e il d e r e p r o d u c ti o n s des œ u v r e s de ce p e i n t r e m y s té rie u x . M a is p a r q u i fa ire é c rire le te x t e de c e tte h isto ire, celle d ’u n h o m m e q u i a v é c u les d e u x tie rs d e sa vie sans q u ’o n sache n i o ù n i c o m m e n t ? Il p a r t i t p o u r l a P ro v e n c e , ses d o c u m e n ts sous le b ra s, e t o f f r i t à J e a n G i o n o les élém en ts q u ’il a v a i t recueillis. L e p o è te q u ’il y a v a i t d a n s le s o lita ire de M a n o s q u e d e v a i t ê tre sensible à c e t a c c o r d se c re t e n t r e l ’h o m m e e t la te r re . I l s’a g issa it d ’é v o q u e r u n f u g itif q u i p a s sa ses v i n g t d e rn iè re s an n é e s d a n s u n e so litu d e t o ta le , sa n s fo y e r, v i v a n t c o m m e u n e r m ite d a n s des g ran g es, aim é des p a y s a n s q u i lui f o n t f a ire le p o r t r a i t de le u r fem m e. C e t é tr a n g e d e s tin t e n t a G io n o : il é c r iv it « Le D é s e rte u r », su r n o m q u e les V a la is a n s a v a i e n t d o n n é à C h a rle s -F r é d é r ic B r u n , e t le liv re f u t p u b lié p a r les soins d e R e n é C r e u x .
C ’é t a i t u n su je t b ie n f a i t p o u r t e n t e r A l a i n B o u d e t, passé m a î t r e d a n s la re c o n s t i t u t i o n d ’a m b ia n c e .
O n s a it q u e su r les c in q u a n t e film s q u ’il a d é jà to u rn é s, ce m e tte u r e n scène a d o n n é m a in te s p re u v e s d e son g o û t p o u r t o u t ce
Le
Déserteur
q u i est h is to r iq u e e t aussi d e son sens i n n é de la p e in tu r e . Q u a n d o n f e u ille tte l a liste d é jà lo n g u e de ses film s, q u e v o i t - o n ? « L a com tesse de T e n d e », d e M me d e L a f a y e t te , « D u b r o w s k i » d e P o u c h k in e , « Q u a t r e - v i n g t - t r e i z e », « Les m isé ra b le s » (six h eu res d e p r o je c tio n ) d e V i c t o r H u g o , « Le je u de l ’a m o u r e t d e la m o r t » d e R o m a i n R o l la n d , « L a d a m e d e M o n s o r e a u » d ’A l e x a n d re D u m a s , e t m ê m e C o r n e ille : il a to u r n é « P o ly e u c te ». S a d e r n iè re œ u v r e , su r un a r g u m e n t p e rso n n e l, « A n a t o m i e d ’u n f a u s sa ire », é v o q u a i t ce p e i n t r e d e f a u x V e r m e e r q u i f u t l ’o b j e t d ’u n p ro c è s r e t e n t i s sa n t. Le f ilm o b t i n t le P r i x d e la c ritiq u e .
U n e p r o d u c tio n franco-suisse
A ussi A l a i n B o u d e t est-il p a r t i c u l i è r e m e n t d ésig n é p o u r u n e réussite l o r s q u ’il s’a g i t d ’é v o q u e r les h a u te s v a llées d u V a la is a u siècle passé. C ’est e n e f f e t u n e fre sq u e d e ces v illa g e s a u b o u t d u m o n d e q u ’il e n t r e p r e n d . C e se ra u n e p r o d u c t i o n f r a n c o - suisse p o u r l ’O R T F e t l a S S R . Les a c te u rs s o n t P a risie n s d ’u n e p a r t : M a u ric e G a r r e l (le D é s e rte u r) , J e a n - C h a r le s F o n t a n a (un des g e n d a rm e s) ; et, d ’a u t r e p a r t , G e n e v o is : G é r a r d C u r r a t (le c u ré), W illia m J a q u e (le p r é s i d e n t d e c o m m u n e ), M a rc e l I m h o f, e t m ê m e u n S éd u n o is, G e o r g y G é n o le t ( a u tre g e n d a rm e ).Le n o m d e G é n o l e t est c o n n u d e to u s les c a v a lie r s v a la is a n s. P i e r r e l ’a în é , se fa isa it r e m a r q u e r il y a q u e lq u e s se m ain es en A n g l e t e r r e à l ’I n t e r n a t i o n a l H o r s e - S h o w , o ù il f u t tr è s a p p l a u d i . G e o r g y , le second, a p a r t i c i p é à to u te s les m a n i f e s t a t i o n s h i p p iq u e s de l ’a n n é e e t a r e m p o r t é plusieurs p r i x . A l ’i n s t a n t il a r r i v e de S io n p a r des se n tie rs escarpés, o ù sa m o n t u r e P o k e r a fa illi p lu sie u rs fo is le v e rse r d a n s le r a v i n p a r c e q u e l a p iste é t a i t t r o p é tr o ite . M ince, b lo n d , tr è s d r o i t, il a le m ê m e sty le que so n f rè re , u n sty le b ie n à e u x q u i f a i t d ire d e lo in , q u a n d ils p a s s e n t à c h e v a l : « Tiens, v o i l à u n G é n o l e t ! »
L ’a ctif -Maurice T eboul
Les prises de v u e a u x q u e lle s j ’assiste a u j o u r d ’h u i m e d o n n e n t l ’o c c a sio n d e v o ir t o u t le v illa g e de L ie z en c ostum e s. E t quels jolis c o stu m e s q u e ce u x d ’E v o lè n e ! Les h o m m e s en n o i r a v e c des b o u to n s d ’a r g e n t, des souliers à b o u c le o u des guêtres, des c u lo tte s c o lla n te s en d r a p ; les fem m es e n c h a p e a u x q u i o m b r e n t le u r v isa g e d ’une d o u c e a u ré o le , en fic h u b r o d é , en lo n g u e j u p e à plis.M a u ric e T e b o u l, c h e f d e p r o d u c t i o n à l ’O R T F , s’a f f a ir e de l ’u n à l ’a u t r e ; il est p a r t o u t à l a fois, passe e n t r e les groupes, c o u r t a u té lé p h o n e (on l ’a p p e lle d e P a ris) e t r e v i e n t v e ille r a v e c le so u rire à ce q u ’on fasse silence. C a r t o u t est t o u r n é en d ire c t, ce q u i a u g m e n te b e a u c o u p les c h a n c e s de f a ire v r a i , m a is r e n d les choses b e a u c o u p p lu s d ifficiles. C ’est à lu i q u ’in c o m b e de p r é v o i r les i m p ré v u s. E n s tu d io , c ’est r e l a t i v e m e n t facile, en m o n t a g n e c’est u n e a u t r e h isto ire .
C e m a t i n o n p r o f i t e d u soleil p o u r t o u r n e r l ’e n t e r r e m e n t d u D é s e rte u r. S o n c er cueil est s o r ti à d os d ’h o m m e s d e la c h a p e lle e t v o i l à la d é lic a te o p é r a t i o n consis t a n t à le c h a r g e r su r u n â n e q u i d o i t suivre l ’é t r o i t se n tie r à f l a n d e m o n t a g n e vers le c im e tiè re . Les p a y s a n s, q u i r e p r é s e n te n t t o u t le v illa g e a l l a n t a u x fu n é ra ille s , so n t g ro u p és. A la in B o u d e t se m o n t r e a lo rs d a n s son rô le de g r a n d im p r o v i s a t e u r . A t h l é t i q ue, les re in s é tro its, les é p a u le s larges, des fils b la n c s d a n s u n e c h e v e lu r e b r u n e et b o u clée, il est d o u é d ’u n e a u t o r i t é t r a n q u ille q u i en im pose. C ’est b ie n nécessaire !
D e v a n t l a c h a p e l l e d e L i e z , d e u x g e n d a r m e s c h e r c h e n t l e D é s e r t e u r , A u p r e m i e r p l a n , G e o r g y G e n o l e t , d e S i o n
M a n ie r u n e f o u le in d isc ip lin é e n ’est p a s co m m o d e, s u r t o u t u n e fo u le q u i n ’a ja m a is été a c te u r e t réalise m a l q u ’à la m o in d re b évue t o u t est à r e c o m m e n c e r. E t v o ilà que le b a u d e t ne v e u t p a s a v a n c e r... B o u d e t in te rro g e :
— M o n s ie u r Q u i n o d o z ! C o m m e n t s’a p p e la it l ’â n e d e v o t r e g r a n d - p è r e ?
— C ’é t a i t u n e ânesse : elle s’a p p e l a i t R o sette !
A u t o u r d e nous, o n rit.
— A h ! p a s d e rires a u x fu n é ra ille s ! P re n e z to u s l ’a i r d e c irc o n s ta n c e ; je sais bien q u e v o u s t r o u v e z q u e le m é t i e r de c in ém a n ’est p a s u n m é tie r sé rieux... C ’est ju ste m e n t p o u r q u o i il f a u t le f a ire sé rie u sement.
E t il c o n t i n u e :
— M o n s ie u r Q u i n o d o z ! V o u s a lle z p o u s ser, e t en m ê m e t e m p s e x c ite r d e la v o ix e t d u geste c e t a n i m a l r é t i f p o u r l ’e n g a g e r d a n s la p e n te . N ’o u b lie z p as, b ie n q u e le ce rc u e il so it v id e , q u ’il est su p p o sé être lo u r d e t q u e cela d o i t se m a r q u e r su r v o t r e v isa g e. L ’e f fo r t... o n d o i t le v o i r su r v os t r a i t s ! O n ré p è te ... H u e R o s e tte !
D e p u is ce m a t i n 7 h. 30, A l a i n B o u d e t n ’a p a s cessé d ’o rg a n ise r, d e p a r le r, so u v e n t d e c rie r, d ’o b t e n i r l ’im possible d e gens q u i n e s o n t p a s p r é p a r é s à ce g e n re d ’exercice, q u i c h u c h o t e n t e n t r e e ux, q u i r i e n t sans p e n s e r à m a l, sa n s r é a lise r les co n séq u en ces d e p e r t e d e p e llic u le ; sa v o i x s’e n ro u e , il est p re sq u e a p h o n e , m a is il e n c h a în e . E n f i n o n t o u r n e ! E t lu i n e cesse d ’a v o i r l ’œ il à t o u t :
— M a r i e - F r a n c e ! (il s’ad resse à la sc rip t- g irl Ml*6 H a s c o u ë t ) n o te z les m o m e n ts, p o u r les p o in ts d e re p è re , o ù le c u ré G é r a r d C u r r a t re g a r d e .
M a r i e - F r a n c e H a s c o u ë t , ju c h é e a u t r o i sième é ta g e des é c h a fa u d a g e s, assise à l ’é t r o i t sous u n t r é p i e d d e c a m é r a , les j a m bes p e n d a n t d a n s le v id e , n o te , le c r a y o n en m a in , le b lo c su r les gen o u x .
D e u x façons de d e v e n ir script-girl
P e n d a n t l ’a r r ê t d u d é je u n e r - s a n d w ic h q u e n ous p r e n o n s su r p la c e , je lu i pose l a q u e s tio n : — C o m m e n t ê te s-v o u s d e v e n u e sc rip t- girl ?M . Q u i n o d o z , p r e s i d e n t d e c o m m u n e , d a n s s o n b e a u c o s t u m e d u X I X e s iècl e L ' a c t e u r e t m e t t e u r e n s c è n e g e n e v o i s G é r a r d C u r - r a t t i e n t le r ô l e d u c u r e — II y a d e u x voies, m e r é p o n d Mlle H a s c o u ë t ; so it su iv re les c o u rs de l ’I D H E C , t ro is a n s à l ’I n s t i t u t des h a u te s é tu d e s c i n é m a to g r a p h iq u e s , so it f a ire tro is stages d e se p t à h u i t m o is c h a c u n , c o m m e s c rip t- g irl a d jo in te , su r de lo n g s m é tra g e s. E t les c e rtific a ts q u e v o u s d é liv r e la p r o d u c tio n v o u s t i e n n e n t lieu de d ip lô m es.
— Q u e l est le m ie u x ?
— C e la d é p e n d des c irc o n sta n c e s. P o u r les stages q u i s o n t p e u t - ê t r e p lu s v iv a n ts , il f a u t r é u n i r p lu sie u rs c o n d itio n s : d ’a b o r d q u e l a p r o d u c t i o n so it d ’a c c o r d e t n a t u r e l le m e n t q u e l a s c rip t- g irl en f o n c t i o n le soit aussi. E n f i n il f a u t ê tre à m ê m e de v o y a ge r p o u r s u iv re to u s le u rs d é p la c e m e n ts.
— C o m m e n t a v e z - v o u s c o m m e n c é ? — A u p r è s de C h r i s t i a n J a q u e s, a v e c le f ilm « Les b o n n e s causes », o ù j o u a ie n t B o u r v il e t P ie r re B rasseu r. C o m m e la s c rip t- g irl en ti t r e est to m b é e m a la d e , j ’ai d û f i n ir le f ilm to u t e seule.
D e p u is q u e je suis d a n s le m é tie r, j ’ai t r a v a i l l é s u r t o u t a v e c P ie r re B a d e l o u R e n é - J e a n V iv e t q u i s’est spécialisé d a n s les ém issions su r les a n i m a u x féroces. II m ’a e m m en ée en A m é r iq u e , a u C a n a d a , au K e n y a , en S uède. J ’a im e ce m é tie r p a r c e q u e c ’est to u jo u rs n o u v e a u , c ’est to u jo u rs l ’a v e n tu r e . E t il est e n r ic h iss a n t p o u r les
c o n ta c ts h u m a in s q u e l ’o n a a v e c des gens si d i f fé r e n ts . Q u a n d j ’alla is e n c o re a u l y cée, m o n a m b i t i o n é t a i t d e d e v e n i r a c tric e . M es p a r e n t s m ’o n t d i t : « P asse t o n b a c et pu is t u e n t r e r a s a u C o n s e r v a t o i r e . J ’ai su iv i u n e a u t r e v o ie e t je n e r e g re tte r ie n : ce q u e je fais est b ie n p lu s p a s sio n n a n t... u n j o u r je se rai p e u t - ê t r e m e t t e u r e n scène.
A lain B o u d e t
tr a d u c t e u r des g randes vérités
A l a i n B o u d e t s’est a p p r o c h é . I l s’adresse à J a c q u e s M a n ie r, so n d i r e c t e u r d e p h o t o g r a p h ie : — Ç a v a J a c q u e s ? P a s d e p r o b lè m e s ? D e s p r o b lè m e s il y e n a to u jo u rs en ex té r ie u r : u n n u a g e q u i passe q u i change l ’é c la ir a g e d ’u n e sé q u en ce à r e p r e n d r e , un p a n d e m o n t a g n e q u i, a v a n t le re p a s, é ta it f r a p p é sous u n a u t r e a n g le p a r le soleil. M a is J a c q u e s M a n i e r , q u i a p lu s d e tre n te a n s d e m é t i e r e t q u i d o n n e des c o u rs de re c y c la g e à l ’O R T F , en f a i t son a f f a i r e : — Ç a v a ! L a p a u s e est finie . O n r e p r e n d . T o u t le v illa g e est là Sur p i e d : le p r é s id e n t de c o m m u n e , le s o n n e u r de cloches, l ’e n fa n t de c h œ u r... I l ex iste u n m o d e d e v ie v a la i- san, u n e c o n c e p tio n d e l ’h o n n e u r v a la i- sa n n e, de rig id e s lois m o ra le s, m a is a u x h e u res d e d é te n te , u n sens d e l a joie, le go b e l e t e n m a i n p o u r v i d e r a v e c les am is des v e rre s d e g a m a y o u d e f e n d a n t , q u i sont t e l l e m e n t ty p iq u e s d e c e tte r é g io n de soleil q u ’o n c o m p r e n d a is é m e n t celui q u i cherche à e n f a ire la sy n th è se e n im ages.A l a i n B o u d e t s e r a - t - il le t r a d u c t e u r des d e rn iè re s v é r ité s d e l a te r re , ces v é rité s qui, e n V a la is , se f o n t s e n tir m ie u x q u ’a ille u rs ? M a u g u e t t e B ou v ier.