QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS
NUTRITIONNELLES ENTRE LA GESTATION
ET LA LACTATION CHEZ LA TRUIE ( 1 )
E. SALMON-LEGAGNEUR Station de Recherches sur
l’élei l age
des Porcs.Centre national de Recherches
!ootechniques, (Yvelinesl Jouy-en-Josas
( 1
) Cette étude a fait l’objet d’une thèse de Docteur Ingénieur, soutenue le 12 juin 1’1(,5, à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris.
ÏX TRO D UCTIOX
:1 - Intérêt de l’étude des relations nutritionnelles
C’est sans doute BAR et DAUNAY
(r 9 o 5 ) qui
lespremiers
ont attiré l’attentionsur le bénéfice nutritionnel que la mère
peut
retirer de sagestation
et les faits nemanquent
pasdepuis
pour montrer que dansbeaucoup d’espèces
lecomportement
nutritionnel de la femellegravide
met enjeu
un anabolismequi dépasse
de loin lesbesoins de construction du foetus. Cette notion ressort avec évidence des travaux pour- suivis sur la Truie
(MI TCHELL
etal., i 93 r),
la Femme( MACY
etal., z 934 ),
la Souris(NEWTON, 1935 ),
la Ratte(Poo
etal., 1940 ),
leSinge (V AN WAO!r·E!, 1943 ),
laVache
(Jncoss!rr
etal., 1957 )
et la Brebis(R OMB AUTS, 1 959 ).
Mais c’est surtout à
Jac Q uoT ( 1953 , 1959 )
et à sescollaborateurs,
notamment à BOURDEL
( 195 6, i 9 6o),
que revient le mérite d’avoir étudiéplus
en détail le détermi- nisme hormonal et nutritionnel de cet anabolismegravidique
et d’avoirprécisé,
enparticulier, qu’il
résultait d’uneaptitude
trèsparticulière
de lagestante
àépargner
au niveau des
dépenses basales,
cequi
luipermet
de mieux utiliser les nutrimentsqu’elle reçoit.
Cette découverte éclaira d’unjour
nouveau la notion de besoin degestation,
que l’on s’accordeaujourd’hui
à évaluer à un niveaubeaucoup
moins élevéqu’on
ne l’avaitlongtemps pensé.
Contrastant avec cette modicité relative du besoin alimentaire de la
gestante,
la lactationapparaît
aucontraire,
chez laplupart
desespèces,
comme unphénomène
très coûteux. Cela résulte avant tout des
performances
de la mère,qui
dans unlaps
de
temps
souvent inférieur à celui d’unegestation,
arrive àexporter
dans son laitplus
de matière sèche
qu’elle
n’en contient dans son corps(M AYNARD , r 95 6).
Pour cetteraison,
toute étude de base des facteurs deproduction
devra être effectuée avec desrégimes
alimentaires aussiparfaits
quepossible. Mais,
même dans ce cas, il n’est pasrare que les
apports
soient insuffisants à couvrir lesdépenses
et la femelle doit em-prunter
à ses propres tissus les nutrimentsqui
luimanquent.
Elleperd
dupoids
ettermine
parfois
sa lactation dans un étatd’épuisement
considérable : c’estainsi,
parexemple, qu’un
bas niveaunutritionnel, qui permet
un déroulement normal de lagestation
chez laRatte,
provoque chez cette dernières unedélipidation
à8 5
p. 100s’il est maintenu
pendant
la lactation(PÉRISSE
etS ALMON -L EGAG? Œ UR , y 6o).
Lesbesoins alimentaires de lactation ont été souvent étudiés et ont fait
l’objet
de misesau
point
récentesparmi lesquelles
onpeut
citer celles de BREIREM(r95!)
sur laVache,
T
HOMSON et AiTKEN
( 1959 )
sur laBrebis,
DuxcnV et LODGE( 19 6 0 )
sur laTruie,
HYTTEN
(i 9 6z)
sur laFemme,
NELSONet EVANS(r 9 6r)
sur les animaux de laboratoire.Mais on
peut
se demander commentréagit
l’animallorsqu’il
passe d’un niveau nutritionnel relativement modeste degestation
aux besoins très intenses de la lacta-tion. Ce
changement qui
coïncide avec laparturition
sesignale
enparticulier
par une inversion du sens des variations depoids.
Il est assez vraisemblable toutefoisqu’il
nese limite pas à ce seul
phénomène
et que lecomportement
degestation
n’est pas sans influencer celui de la lactation. Mais il existe ici un hiatus dans nos connaissancesqui
tient essentiellement à ce que la
gestation
et la lactation sont deux fonctions que les nutritionnistes ont presquetoujours
étudiéesséparément.
Eneffet,
si les relationsnutritionnelles entre les deux
phénomènes
ont été souventévoquées,
peu de travauxen ont concrétisé les modalités. Une
exception
doit être faite pour lesquelques
auteursqui,
comme WAIIACE(rg 4 8),
Coor( 1950 )
sur laBrebis,
GARDNERet al.( 1955 )
sur laVache,
LENKEIT et al.( 1955 )
et SMITH(ig6o)
chez laTruie,
ont examiné l’effet duprolongement
de certainsrégimes
degestation
sur lesperformances
des laitières.Il n’en reste pas moins
qu’aucune
tentative sérieuse n’a été faite pourinterprêter
dans leur ensemble les
phénomènes
nutritionnels de lalactation, compte
tenu de ceux de lagestation.
Outre l’intérêtparticulier présenté
par ceproblème,
onpeut
y trouver la condition à une connaissanceplus précise
des besoins dereproduction
et à l’établis-sement des normes alimentaires de l’animal en
gestation
ou en lactation. C’est à cedouble titre donc que nous avons
essayé
d’étudierquelques
unes des relations nutri- tionnelles entre lagestation
et la lactation chez la Truie.B — l’rohlèm!s
posés
par les relations nutritionnellesParmi les différents
aspects
des relationsnutritionnelles,
nous avons été surtout attiré par ceuxqui
mettent enjeu
des variationscorporelles
de l’animal. D’unepart
parce que celles-ci
prennent
uneplace importante
au cours de lareproduction,
d’autrepart
parcequ’elles constituent,
enpremière approximation,
un des critères immédiats de l’efficacité desrégimes.
Vus sous cet
angle,
lesproblèmes
sont encore très nombreux et l’onpeut
retenirnotamment les
points
suivants :1
0 On
ignore quels
sont les facteursqui
conditionnentl’importance
des varia-tions de
poids
au cours des différentesétapes physiologiques
de lareproduction.
Existe-t-il une relation et
laquelle
entre l’anabolismepondéral
que l’on observependant
lagestation
et laperte
depoids qui
survientfréquemment
au cours de lalactation ?
2
° On
dispose
dequelques
informations sur la nature etl’importance
des élé-ments fixés par
l’organisme
maternel au cours de lagestation.
C’est ainsi que l’on asignalé
chez diversesespèces
des rétentions d’azote(Ronzr3auTS
et al.ig 5 6 ;
LENKElTet
al., 1955 ), d’énergie (BE A T ON
etal.,
1954 ; MoRRisoN,195 6),
de minéraux(FOUR-
rrr!R et
c!l.,
1952 ; GUTTE etal., 19 65 ;
KIRSIŒYetal., 19 6 2 )
et d’eau(B OURD E L , 19 6 0 ; I,rcxTOx, rg6 3 ). Mais,
àl’exception
du métabolisme des minéraux(FOURNIER
etal.,
1953; Vr:xxrvG,
io5g)
et de l’azote(L ENKElT , rg56),
lesrenseignements
sont beau-coup moins nombreux pour la
période
de lactation. Onignore,
enparticulier,
si cesont les mêmes tissus
qui
sont affectés au cours des deuxpériodes.
Lareproduction
n’est-elle pas l’occasion de modifications
plus
ou moinsimportantes
de lacomposition
corporelle qui,
même si lepoids
reste constant,peuvent
conduire à un affaiblissement de l’animal ?3
°
Quelles
sont les relations entre, d’unepart
les variations depoids
de l’animal et del’autre,
soit de la croissanceembryonnaire,
soit de laproduction
laitière? Ces relationspeuvent s’envisager
de différentesfaçons :
cas où lesphénomènes
varientsparallèlement (croissance embryonnaire
et anabolismematernel),
cequi
confère auxvariations de
poids
lasignification
d’un test commode pourapprécier
la valeur durégime
alimentaire(P IKE
etal., 1954 ) ;
cas où il existe une relation directe ou unantagonisme
entre l’intensité desphénomènes (par exemple, gain
depoids
élevé aucours de la
gestation passant
pour améliorer laperformance
de lactation(CaMPBE!,!., 1048 ; War,!,ac!, 194 8)).
Le bien-fondé de telles observations estsujet
à discussion(R
W D
, 10 6 1 ),
mais leur intérêtpratique
a souvent retenu l’attention.4
° Les différents
phénomènes
sepassant
au cours de lareproduction peuvent
modifier l’utilisation des nutriments. La notion de besoin doit
également
fairel’objet
de nuances
qui n’apparaissent
pastoujours
dans les mesuresexpérimentales
effectuées.C’est ainsi que l’activité
musculaire, qui
constitue unepart importante
du besoinénergétique d’entretien,
diffère chez lagestante
et chez lalaitière,
sansqu’il
soittoujours
facile de l’évaluer. Pour cette autreraison,
l’efficacité alimentaire des rationssera différente selon
qu’on
s’adresse à un animal au repossexuel,
à unegestante
ouà une mère allaitante.
Compte
tenu des modifications éventuelles de lacomposition corporelle,
l’étude de l’efficacitéalimentaire
de la ration(production/ingéré)
doitrenseigner
à la fois sur l’intensité desdépenses
etl’opportunité
des diverssystèmes
derationnement
(chronologie
desapports).
Ces
problèmes
constituentquelques exemples
de ceuxqui
sont à résoudre. Cesont là des
phénomènes complexes qui
mettent enjeu quantité
defacteurs,
nutri-tionnels ou non, dont l’étude
complète peut paraître
ambitieuse.Aussi,
est-ce volon- tairement que dans notre travail nous nous sommes limités à étudier l’influence de deux constituants de la ration : l’azote etl’énergie,
tout en reconnaissant l’arbitraire de cettefaçon
deprocéder. Toutefois,
ce sont ceux que l’on a leplus
souvent coutume d’associer et les études de Boup DrL etJACQUOT
sur la Rattegestante
leur confèrentun intérêt très
particulier qui
nous a séduit.C - Choix de l’animal
Le choix de la Truie comme matériel animal de cette étude se
justifie,
non seu-lement par le fait que les informations sur le
comportement
nutritionnel de cetteespèce
sont assezincomplètes
et mêmecontroversées,
mais encore par diverses consi- dérations enrapport
avec lesproblèmes précédents :
1
0 La Truie
présente
au cours de sareproduction
des variationspondérales importantes qui soulignent
sa sensibilité aux facteurs nutritionnels(SC HAF FE R
etGxnvz,
rg55, LODGE etal., ig6i) :
la variation depoids
au cours de lagestation
oude la lactation est couramment de 20p. 100, mais dans certains cas elle
peut dépasser
40 p. 100.
2
°
L’espèce
a uneprédisposition
naturelle à unelipogenèse
intensequi
facilitel’observation. Des variations
importantes
decomposition corporelle peuvent
être suivies chez l’animal vivant en mesurantl’épaisseur
du tissuadipeux
sous-cutané dorsal(Auvan
etWINTERS, Ig49)!
3
0 Le taux des
productions
estparticulièrement
élevé chez la Truie engestation
et en lactation : les
performances
réalisées(nombre
etpoids
despetits, quantité
etcomposition
dulait) paraissent supérieures
à celles desgrands
animauxdomestiques
et
témoignent
d’uneaptitude particulière
à lareproduction.
Elle n’a pouréquivalent
à cette échelle
zoologique
que celle des animaux de laboratoire(Ratte, Lapine),
mais elle
permet
des déterminations relativementplus
aisées(par exemple,
l’étudede la
composition
du laitqui
est très délicate chez laRatte).
4! Malgré
une certaine abondance de travaux(environ
300références)
les besoins alimentaires fondamentaux de la Truie enreproduction
sont encore trèsimparfai-
tement connus. Les
déterminations,
souventempiriques,
dont ils ont faitl’objet,
fontapparaître
une absence de cohérenceregrettable :
parexemple,
l’évaluation de ladépense énergétique
degestation
variepratiquement
dusimple
au double selon lesauteurs
(N.
R.C.,
zg!3 ;PoP!HmA, 1957).
D - Plan
proposé
Après l’exposé
destechniques
utilisées(chap. I),
nous exposerons en y appor- tant le maximum deprécisions
cequ’on
connaît desphénomènes
dereproduction (gestation, lactation)
chez la Truie(chap. II).
Nous avons utilisé à cette fin les obser-vations que nous avions pu faire sur des animaux
placés
dans des conditions habi- tuellesd’élevage
et en dehors de toute contrainte nutritionnelle. Nous avons considéré d’unepart
les modifications depoids
et, d’autrepart,
lesproductions proprement
dites(contenus utérins, lait)
enessayant d’analyser chaque
fois la nature etl’impor-
tance des
principales
variations observées.Parmi les différents facteurs
pouvant intervenir,
nous avons étudié ensuite l’influence du niveau alimentaireglobal (chap. III), qui
doit différer selonqu’il s’agit
de la
gestation
ou de lalactation,
et dont les effetspeuvent
se manifester dans l’im- médiat ou a retardement. Nous avonsentrepris
d’étudier dans unepremière
recher-che dans
quelle
mesure le niveau alimentaire de lagestation
conditionnait le compor- tement et lesperformances
de la mère allaitante.Les variations
expérimentales
del’apport
azoté de la ration constituent unsecond moyen
d’approfondir
ces relations nutritionnelles(chap. IV).
Nous avonsessayé d’apprécier
les facteursquantitatifs
etqualitatifs qu’elles
mettaient enjeu.
Mais ces derniers
dépendent
aussi dans unelarge part
del’apport énergétique
de laration,
cequi
introduit un nouveautype
de relations.L’aspect énergétique
a surtout été examiné en considérant le devenir ou lasignification physiologique
des réserves édifiées par l’animalpendant
lagestation
(chap. V).
A ceteffet,
nous nous sommes livrés à une étudeparticulière
de laparti-
cipation respective
du tissuadipeux
et desgraisses
alimentaires dans l’élaboration deslipides
dulait,
cequi
constitue le derniertype
de relations étudiées.CHAPITRE I
TECUXIQUES EXPÉRIIIEXTALES
Des
phénomènes physiologiquement
aussi différents que lagestation
et la lac-tation ne
peuvent
êtreétudiés,
même du seulpoint
de vuenutritionnel,
à l’aide detechniques identiques.
Enfait, compte
tenu de lamultiplicité
desaspects
que nousavons
essayé d’envisager,
le nombre destechniques
nécessairesrisquait
de devenirconsidérable et par là même hors de
possibilité.
Il nous a donc fallu nous limiter à
l’emploi
dequelques
méthodes tout en recon-naissant
qu’aucune
de celles que nous avons utilisées n’est idéale oucomplète.
L’expérimentation
sur truies pose en effet de nombreuxproblèmes :
Tout d’abord l’animal est volumineux et peu maniable : les truies que nous avons utilisées
pesaient
en moyenne 200kg
et l’entretien de notretroupeau expéri- mental, comportant
en permanence 150truies,
nécessite une infrastructure(porche- ries, personnel, aliments) importante, qu’il
est faciled’imaginer.
Certaines
techniques analytiques
d’un usage courant sur les animaux de labo- ratoire ne sont pasapplicables
à cetanimal,
soit quetrop
difficiles à réaliser sur leplan matériel,
soit quetrop
coûteuses : parexemple,
la déterminationchimique
dela
composition corporelle
nepeut,
saufexception,
êtrepratiquée
par lesprocédés habituels,
carl’échantillonnage
àpartir
de la carcasse totalehomogénéisée paraît
difficilement réalisable.
Le manque de
précision
est un défaut commun àbeaucoup
detechniques
surl’animal vivant. Il
peut
tenir àl’appareillage (par exemple,
laprécisoin
desbalances)
ou aux servitudes
imposées
par l’animal(variabilité
des contenusdigestifs :
2 à10 p. 100du
poids vif, qui
entache d’erreurs la détermination dupoids vif).
Toutes ces raisons font que, dans bien des cas, les mesures que nous avons pu effec- tuer
comportaient
des erreurssystématiques
que nous ne méconnaissons pas, maisqu’il
était difficile d’éviter.
Lorsque
cela a étépossible,
nous avonsessayé
de compenserl’imprécision
de certaines données enaugmentant
le nombre des observations indi- viduelles(pour
diminuer l’erreurmoyenne).
Mais il n’en reste pas moins que nous avons dû souvent nous contenter detechniques
assezgrossières, qui
nepouvaient
nous conduire à des conclusions
définitives,
maisplutôt
à deshypothèses
et que nos résultatsposent parfois plus
deproblèmes qu’ils
n’en résolvent.C’est,
pensons-nous, le cas pour bien des recherches de cetype
où il fautopérer
parétapes.
CONDITIONS
GÉNÉRALES
DEL’EXPÉRI1TENTATION
Les animaux utilisés étaient des truies de la race Yorkshire
Large-White,
laplus répandue
enFrance,
etprovenaient
del’élevage expérimental
du C. N. R. Z. Cesanimaux étaient
placés
dans des conditions delogement
uniformisées(porcheries
conditionnées à 180C et 60 p. 100 d’état
hygrométrique)
defaçon
à éliminer autantque
possible
les variations dues au milieu.Dès
l’apparition
de lapuberté,
les truies étaient soumises à lareproduction,
mais dans la
plupart
des cas lapériode expérimentale
ne débutaitqu’après
la pre- mièreportée,
car cette dernière survient engénéral
à unâge
où l’animal est encore enpleine croissance,
cequi complique
lasignification
des résultats par suite d’inter- férences entre lesphénomènes,
notamment d’ordre nutrionnel.Les
régimes
utilisés variaient selon lesexpériences,
mais étaient tous d’untype
relativementsimple
et constitués d’aliments(céréales,
farinesanimales,
tourteaux,minéraux, vitamines)
dont lescaractéristiques analytiques
étaientparfaitement
connues. Ces
régimes
étaientconfectionnés,
enproportions
définies par leurs cons-tituants,
enquantité
suffisante pourchaque expérience
à l’usine d’aliments du C. N.R. Z. et
présentés
sous forme d’unmélange
farineuxhomogène
distribué individuelle- ment et enquantité
connue aux animaux.Chaque
fabrication donnait lieu à un échan-tillonnage
aux finsd’analyses.
Sauflorsque
les conditions del’expérience
le nécessi-taient,
lesquantités
allouées par animal et parjour
étaient cellesprécisées
par lesnormes
françaises
d’alimentation du Porc(L K R OY , 1949 ).
Outre la détermination des
ingérés
et des exeretas, les mesures effectuées au cours desexpériences
serapportaient
essentiellement aux variationscorporelles
dela
Truie,
aux contenus utérins et à laproduction
laitière.!’1 - Variations
corporelles a)
Poidsvif
La mesure du
poids
vif des animauxpermet
d’avoir une idée d’ensemble desphénomènes
decroissance,
car il est bien connu que lepoids
vif reflèteapproxima-
tivement l’état nutritionnel. Cette mesure offre
l’avantage
d’unegrande simplicité
et nous l’avons souvent utilisée. La
précision
de la mesure elle-même est voisine dei p. 100, mais la
signification physiologique
est entachée d’une erreurqui provient
des variations individuelles des animaux au cours de la
journée (ingestion
desrepas).
Pour atténuer cette
influence,
nous avons veillé à ce que nos animaux soienttoujours pesés
dans les mêmes conditions et aux mêmesheures, précaution
élémentaire pastoujours
observée.La différence entre les
poids
à deuxépoques
constitue legain
ou laperte
depoids,
offrant
plus
d’intérêt que lespoids
eux-mêmes. A ceteffet,
nous avons utilisé la termi-nologie
suivante :- Gain total de
gestation :
différence entre lepoids
avant laparturition (dila-
tation du col de
l’utérus),
et lepoids
àl’accouplement,
- Gain net de
gestation :
différence entre lepoids après parturition (expulsion
du
placenta),
et lepoids
àl’accouplement,
- Perte de lactation : différence entre le
poids
au sevrage( 5 6 e jour
de lacta-tion),
et lepoids après parturition.
- Bilan
global :
différence entre lepoids
au sevrage et lepoids
àl’accouple-
ment.
Pour un lot de 10
animaux,
onpeut
estimer que l’erreur moyenne sur chacune de ces mesures est d’environ 2 p. 100.Dans deux de nos
expériences,
nous avons utiliséégalement
les coefficients d’efficacitéprotidique (O SBORNE
etal., igig) qu’il
estpossible
decalculer,
connais-sant les
gains
depoids
et laquantité
d’aliment consommée :En
théorie,
ce coefficientpermet
une classification desprotides
alimentaires baséesur l’efficacité de croissance. On lui a fait de nombreuses
critiques iapportées
par ADR
raw et RÉRAT
(r 95 g ).
Nous luireprochons
surtoutquant
à nous de nepas
tenircompte
desimportantes
variations de lacomposition corporelle qui surviennent,
notamment chez la Truie en
gestation.
b) Composition corporelle
de l’animal vivantChaque
foisqu’il
n’a pas étépossible
deprocéder
au sacrifice desanimaux,
les variations de lacomposition corporelle
ont été étudiées àpartir
de l’évolution del’épaisseur
du tissuadipeux
sous-cutané dorsal. Il existe en effet chez le Porc une corré- lationpositive
élevée entrel’épaisseur
de ce tissu et leslipides
totaux del’organisme, qui
autorise à utiliser cette mesure comme critèred’adiposité (Z OBRISKY
etal., rg!4).
Parmi les différents
procédés
utilisés à ceteffet,
nous avons retenu la méthode deDuaio N
T
( 195 8)
parsondage
aux ultrasonsqui
offre le doubleavantage
deprésenter
une bonne
précision
relative et d’être indolore pour les animaux.L’appareil
utiliséétait du
type
Métalloradar R. V. émettant une onde defréquence
5Mc/s qui
traverseles tissus à la vitesse
approximative
de 1750m/s.
En
supposant
connu lepourcentage
initial delipides
del’organisme
et sousréserve que les
lipides
totaux del’organisme
varient linéairement avecl’épaisseur
du tissu
adipeux (ce qui
n’est pas entièrementexact),
onpeut déterminer,
pour unepériode donnée,
legain
en tissuadipeux.
Pardifférence,
àpartir
dugain
depoids total,
onpeut apprécier
legain
en autres tissus. Bienentendu,
les résultats ainsi obte-nus sont
sujets
à de nombreusesimprécisions
et doivent êtreinterprêtés
avec pru- dence.L’étude
qualitative
de lacomposition
en acides gras du tissuadipeux
a étéentreprise
dans certainesexpériences
et a nécessité l’exécution debiopsies.
Celles-ciont été effectuées sous anesthésie au niveau du cou
( 5 e
vertèbrecervicale).
Les échan-tillons,
d’unpoids
de i g, étaientprélevés
sous la peau, à l’interface des couches interne et externe du tissuadipeux
dorsal.Les
lipides
totaux étaient extraits à froid dans unhomogénéiseur
M. S. E. parun
mélange
de3/1
de chloroforme-méthanol.Après saponification
etméthylation,
les acides gras étaient dosés par
chromatographie
enphase
gazeuse sur unappareil Aerograph
350B(colonne
de 10pieds
X4 pouce, portée
à205 °C, phase
stationnaire :20p. 100de D. E. G. S. sur
chromosorb,
détection parcatharomètre,
débit 5oml/mn).
c) Compr>sition corporelle
de l’animal mortLes
techniques d’analyse chimique
que l’onpeut
utiliser pour des animaux depetite
taille étant difficilementapplicables,
l’étude de lacomposition corporelle
destruies sacrifiées a été faite par dissection. A cet
effet,
nous avonsséparé
etpesé
aussi-tôt
après l’abattage
les différentes massescorporelles
ou organes suivants :tête,
masse musculaire +squelette (carcasse),
tissuadipeux
sous-cutané dorsal(bardière),
tissu
adipeux périrénal (panne), appareil respiratoire,
coeur,foie,
rate,mésentère,
estomac,intestin,
utérusCette
analyse corporelle,
effectuée sur destruies,
soit au repossexuel,
soit à différents stades degestation
ou delactation,
a essentiellementpermis
de suivrel’évolution
pondérale
des différents tissus ou organes en fonction du stadephysio- logique.
d)
Bilans nutritionnelsL’étude des bilans azoté et
énergétique
a étéentreprise
au cours decycles
com-plets
dereproduction (repos
-!-gestation
+lactation)
surquelques
animauxplacés
dans des cages à métabolisme d’un
type original
mis aupoint
à cet effet.Dans le cas de la Truie en
gestation,
laprincipale
difficulté vient de laséparation
de l’urine et des fèces. Celle-ci a été résolue
grâce
àun j eu
deplans
inclinés en matièreplastique qui
acheminent les excréments vers des bacs de récolteséparés (fig. i).
Ce
dispositif,
voisin de celui utilisé par RoMn.!uTS(rg62),
est d’uneparfaite
efficacitéet évite le «
rinçage
» des fèces et des urines.Dans le cas de la Truie en
lactation,
ils’y adjoint
une autre difficulté due à laprésence
desporcelets qui
doiventpouvoir
téter librement sans que leursdéjections risquent
de semélanger
avec celles de la mère. Il fautégalement prévoir
undispositif
de contrôle de la
production
laitière. Une installationcomplète
de cetype permettant
de travailler simultanément sur 2truies a été réalisée et estreprésentée
sur lafigure
2.Dans tous les cas, la récolte des excrétas a été faite sous acide
sulfurique
N pourprévenir
lespertes d’ammoniac,
et l’on aprocédé
à unéchantillonnage
hebdomadaire d’unequantité aliquote préparée
àpartir
des récoltesquotidiennes
conservées à ooC.Le
dosage
de l’azote a été effectué par la méthodeKjeldahl
sur les échantillons frais etl’énergie
a été mesurée à la bombecalorimétrique
àthermocouple
deFéry
sur
produits
séchés à 100oC.B — Contenus utérins
Dans la
plupart
des cas, nous nous sommes contenté de faire lecompte
desporcelets
et de peser les différentsproduits
de laconception (porcelets,
annexesplacentaires, liquides)
au moment de laparturition.
Toutefois,
chez les truiesplacées
en cage à métabolisme et pourcompléter
lesdonnées du
bilan,
nous avons sacrifié deuxporcelets
au moment de laparturition.
Ces
derniers,
de même que les annexesplacentaires,
ont été finementbroyés, puis homogénéisés,
afin de constituer des échantillons surlesquels
on a déterminé l’azote(Kjeldahl)
etl’énergie (bombe calorimétrique)
desproductions
utérines.Par
ailleurs,
une étudeplus complète
de l’évolution du contenuutérin,
au cours de lagestation,
a étéentreprise
sur4 8
truies sacrifiées à des stades variés degestation
Cette étude
comportait,
outre la dissection des carcasses, lapesée
des différentsproduits
de laconception
etl’analyse chimique
desembryons
par lesprocédés
habi-tuels
(azote Kjeldahl, lipides
extraits selon la méthode de Br,rGx et DYER,( 1959 ),
minéraux par minéralisation à
55 o°C).
C - Production laitière
La
principale
difficulté dans l’étude de laproduction
laitière de la Truie vient dece
qu’il
n’est paspossible
depratiquer
une traiteordinaire,
car l’animal retient sonlait.
Aussi,
selon la nature desproblèmes étudiés,
avons-nous utilisé les différentsprocédés
suivants :a)
Mesure directe de laproduction par
contrôle des tétéesCette
technique,
laplus classique,
a étéemployée
avant nous par de nombreux auteursparmi lesquels
onpeut
citer : VANGOHREN( 1 865),
HENRY(r8g!),
CARr,i!r.!( 1903
),
HmvrY!r,( 192 8),
Woxr,rir!x( 1929 ),
01,OFSSO&dquo;( 193 0),
THŒBIPSON(193 1 ),
H UGH E
S
( 1935 ),
BONSMA( 1935 ),
DONALD( 193 6),
DSCHAPARIDSE( 193 6),
WELLS(,ig4o),
FILMER(1949),
NiwA(1951),
SMITH(1952),
LALEVIC(1953),
BERGE(1953),
BARBER
( I g55).
Elle consiste àapprécier
laquantité
de lait délivrée par la Truie au cours d’une tétée par différence entre lespoids
desporcelets
immédiatement avant etaprès
cette tétée(ce procédé
estégalement
utilisé pourl’espèce humaine).
Elle esten
général plus précise
que cellequi
consiste à peser la mère avant etaprès
la tétée(CLAUSE-,,;, 1952).
Pour l’utilisation
pratique
de cetteméthode,
deux conditionsprincipales
sontnécessaires :
1
0 La
pesée
desporcelets
doit être effectuée sur unappareil
donnant unepré-
cision de 10à 20g pour une
pesée (ce qui correspond
à une erreur relative sur un con-trôle de 3 à 5 p.
I oo). Compte
tenu de lacharge
utile( 200 kg)
et des vibrations duesaux mouvements des
animaux,
ceci constitue souvent uneperformance
délicate àréaliser. Des balances
adaptées
à cet usage nous ont toutefois été construites par lesÉ
ts Dyona
et Polossat.(fig. 2 )
2
° Le
protocole
doit ressembler autant quepossible
aux conditions naturelles de la tétée. A ceteffet,
on doit veillerprincipalement
à limiter au maximum les mani-pulations
d’animaux et l’on doitrespecter
lerythme
propre des tétées desporcelets.
Une étude
préliminaire
sur 20truies nous a montré que les truies donnaient à boire à leurspetits
en moyenne toutes les65
minutes lejour
et toutes les 66 minutes pen- dant la nuit.Toutefois,
cet intervalle varie assezlargement
avec les individus etégalement
avec le stade de lactation(SALMo--,-LEGAGNFUR, 195 6).
Par contre, lerythme
des tétées et lesquantités
de lait délivrées varient peu au cours de lajournée.
Ces différentes considérations nous ont conduit à
adopter
pour nos mesures unintervalle constant de 75minutes pour 6 contrôles
journaliers pratiqués
entre 8 heureset 15 h 30,
après
avoir vérifié que cet intervallecorrespondait
à une fraction cons-tante de la
production journalière.
Lesporcelets
étaient successivement acheminés par unjeu
detrappes
et deplans
inclinés vers un couloir àdéjection,
labalance,
latruie
(tétée)
et de nouveau la balance. L’ensemble desopérations
durait 10 à 15 mi- nutes, mais letemps
entre les 2pesées
n’était que de 3minutes,
cequi permettait
deréduire certaines causes d’erreurs
(défécations).
Laprécision
de la mesure de la pro- duction pour unepériode
de 24 heures est d’environ 8 p. 100.Environ 800 lactations d’une durée de 8 semaines ont été suivies par ce
procédé.
b)
Mesure indirectepar pesée
desporcelets
à unâge
donnéLa méthode
précédente
offre le double inconvénient de nécessiterbeaucoup
detemps
etd’employer
un matériel assez onéreux(balance
deprécision).
Aussi avons-nous
parfois
utilisé une autretechnique
basée sur la corrélationqui
existe entre laquantité
de lait consommée par lesporcelets
et la croissance de ces derniers. Le sys- tème est courammentemployé
pour les animaux de laboratoire(Litter grou>tfi
indexde
CowiF,, ig4!).
A cet
effet,
nous avons déterminéexpérimentalement l’équation
derégression
de la
production
laitière sur lepoids
de laportée
à 8 semaines :P. laitière
(kg)
=1 , 9 8 poids
desporcelets
à 8 semaines(kg)
+ 77,31 Cette formulepermet
de calculer avec uneprécision expérimentale
d’environ14
p. 100la
production
laitière àpartir
dupoids
de laportée.
Ceprocédé
est extrême-ment
simple
etrapide ;
onpeut
par contre luireprocher
son manque deprécision qui
tient aux variations individuelles de l’utilisation du lait par les
porcelets.
c)
Récolte des écha!2tillons de laitLe
problème
seposait
d’obtenir des échantillons de lait de Truie suffisammentreprésentatifs
pour enanalyser
les constituants.Puisque
la traite ordinaire n’était paspossible,
nous avonsprovoqué l’éjection
du lait par desinjections
intraveineusesd’ocytocine.
Une machine à traire
spéciale
munie de 12gobelets légers
a été mise aupoint
pour
permettre
la récolteséparée
du lait dechaque trayon (fig. 3 ).
Fondamentale- ment, ceprocédé
n’est pas à l’abri de toutescritiques
en raison de la stimulationpossible
de laproduction
par l’hormone et l’action éventuelle de cette dernière sur la sécrétion des matières grasses. Les réactions individuelles àl’injection
sont, en outre, variables et la dose àinjecter
est difficile à déterminer( 1 ).
Eneffet,
laquantité
de laità obtenir doit être aussi
proche
quepossible
de celle que tètent lesporcelets
et celle-cipeut
varier de 100à 500 ml. Selon les circonstances et lesquantités
de lait que nous désirionsrécolter,
nous avons été amenés àinjecter
des dosesd’ocytocine comprises
entre i et 10 UI.
(’) A /0f<:!t, il n’est pas possible d’utiliser cette méthode comme technique de mesure des quantités de
lait produites, comme le proposent Au.EN et LASLEY (rg6o).
Dans nos conditions
expérimentales,
nous nous limitions engénéral
à la récolte d’un échantillon de lait de Truie par animal et par semaine.d) Composition
die lait de TruieLes échantillons de lait de Truie étaient en
général analysés
par sérieaprès
stoc-kage,
selon les cas, de i à <Sjours
à o°C et sansconservateur.
L’analyse chimique
desprincipaux
constituants du lait a été effectuée par lesprocédés s classiques
que nous énumérons ci-dessous :- 3Iatière sèche : dessiccation à l’étuve à vide à
!o°C pendant 4 8
heures.- Lactose :
technique iodométrique
de SoMOGYi( 1052 ) après
défécation à l’acétate de zinc et auferrocyanure
depotassium.
- Azote total : méthode
Kjeldahl.
- Fractions azotées :
technique
deprécipitations
fractionnées de RO!!-1,A!B-D( 103
8),
d’AsCHAFFEXBURG( 1959 )
et de SHAHANI( 1951 ).
-
I,ipides
totaux : extraction éthéro-ammoniacale selon RosE-Go22!,rEn etséchage
sous vide.- Acides gras volatils :
hydrolyse
et entraînement à la vapeur.- Acides gras libres :
adsorption
sur amberlite I. R. A.(F RANKEL , 1955 )
etchromatographie
enphase
gazeuse.- Acides gras
pol5!éniques :
isomérisation alcaline etdosage spectrophoto-
métrique
en ultraviolet(A.
O. C.S., ig58).
- Acides gras saturés et
insaturés,
C6-C20 :chromatographie
enphase
gazeusesur D. E. G.
S., après
extraction etméthylation
parméthanol/
c1H(L UDDY
etal., 195
8 ; J ENSEN
etal., zg6a).
-
Phospholipides : dosage colorimétrique
du Plipidique (S MITH
etal., ig5g)
ou
adsorption
sur acidesilicique
etchromatographie
enphase
gazeuse(DE U T SCH
et
al., 195 8).
-
Glycérol : dosage
de l’acideformique après
scissionoxydante
auperiodate (A.
O. C.S., 195 6).
- Minéraux totaux : incinération à
55o o C.
-
Ca,
K, Na,Mg : spectrophotométrie
de flamme(GuEGUEN, ig6i).
- - P : réaction
colorimétrique
auvanadomolybdate (F LEURY , 1943 ).
- - Énergie:
Bombecalorimétrique
àthermccouple
deFéry.
Certaines de ces
techniques
sontcritiquables
en raison de leur manque depré-
cision
(fractions azotées),
mais elles avaientl’avantage
d’être faciles etrapides
àexécuter pour des
dosages
en série. Nous avons pu vérifier en outre que leurrépéta-
bilité
était,
engénéral,
très satisfaisante(exception
faite pour leslipides
totaux pourlesquels
aucunprocédé
dedosage
ne s’est montré réellementsatisfaisant).
L’ensemble de ces