UN DISPOSITIF ASSURANT LA SUPPRESSION TOTALE
DU PILLAGE ET DE L’AGRESSIVITÉ DES ABEILLES
PENDANT LES VISITES DES RUCHES
J. FRESNAYE
Station
expérimentale d’A!iculture,
Centre de Recherches
agronomiques
du Sud-Est,M ontfavet (Vaucluse)
SOMMAIRE
L’auteur donne la
description
d’une cabine facilement démontable ettransportable, qui
assurela
suppression
totale dupillage
et del’agressivité
des abeillespendant
les visites des ruches. Ce dis-positif
estcomposé
d’unparasol
et d’un tulle, l’ensemble formant un abriqui empêche
les abeillespillardes
des’attaquer
à la ruche visitée. Cettecabine-parasol
serait à conseillerparticulièrement
pour la conduite des abeilles très
agressives.
Les essais effectués démontrent sacomplète
efficacité.Il semble, en conséquence, que
l’agressivité
des abeillespendant
les visites soitprincipalement
dueau réflexe de défense de la colonie contre les abeilles
pillardes
venues des ruches voisines.INTRODUCTION
L’agressivité
desabeilles,
de même que lepillage,
sont deux fléaux del’apiculture
bien connus des
praticiens.
Laprésence
de l’un de ces deuxphénomènes
entraîned’ailleurs,
bien souvent, la manifestation de l’autre. Les races d’abeilles très agres- sives sontgénéralement
trèspillardes. L’apparition
dupillage augmente l’agressivité
dans des
proportions
considérables(L ECOMTE 19 6 1 )
et l’onpeut
dire que ces deuxphénomènes s’amplifient
mutuellement. Leur déclenchement seproduit,
engénéral, plus
facilementlorsque
l’on ouvre les ruches pour les différents travauxapicoles
etl’apiculteur
en estrapidement
averti car il en est lapremière
victime.La fumée obtenue par la combustion lente de
produits
variés reste la seuledéfense de l’homme contre
l’agressivité
de l’abeille. Lesquelques
essais deproduits chimiques
ainsi quel’emploi
des bombes à aérosols contenant des fractionsactives
de la fumée n’ont pasapporté
de résultats convaincants.Nous avons
envisagé
lapossibilité
de réduire lepillage pendant
les visites à l’aided’une cage dont les
parois grillagées empêcheraient
les abeillesétrangères
de venirattaquer
la ruche ouverte. Lespremiers
essais furentencourageants,
hormisl’impos-
sibilité presque totale de l’utiliser pour un
grand
nombre deruches,
en raison des difficultés dedéplacement
du matériel.L’idée d’utiliser une cage contre le
pillage
etl’agressivité
des abeilles n’est pas nouvelle. WEBER(i 943 ),
cité parN IQUI L L E ( 1947 ),
a construit unappareil portatif qui,
fixé comme une hotte au moyen de bretelles sur le dos del’apiculteur, permet
de travailler à l’abri desattaques
des abeillesétrangères
à la ruche visitée. Il est cons-titué
principalement
d’un voile de mousselinecylindrique
à l’intérieurduquel l’apiculteur peut
travailler. Les abeillesqui s’échappent
de la ruche visitéepeuvent
sortir à l’extérieurgrâce
à des orifices situés en haut ducylindre.
WEBER assure quel’usage
de la fumée devient totalement inutile en raison du calmeparfait
desabeilles.
La douceur des abeilles sous cage est par ailleurs
signalée
par CHAUVIN( 1953 ),
mais LECOMTE
(r 955 )
considère quel’agressivité
est normale dans lesgrandes
serres.La méthode de WEBER ne fit que peu ou pas
d’adeptes
et l’articlerepris
par larevue «
l’Apiculteur
» en 1947ne semble pas avoir donné lieu à desapplications
pra-tiques.
Nous nous sommes demandés
quelles pouvaient
être les raisons de l’oubli de cette méthode et il nous a semblé que lesplus
motivées étaient d’unepart
le harnache-ment
qui gêne
etfatigue l’apiculteur
et, d’autrepart, l’impossibilité
de visiter des ruchesposées
sur le sol ou sur des socles très bas. Eneffet,
en sebaissant,
on entraînel’appareil
dans son mouvement et il devientimpossible
de travailler. Ledispositif
n’est donc utilisable que par l’amateur
qui
aquelques
colonies. Encore faut-ilqu’elles
soient
disposées
sur des soclespermettant
de travailler sans se baisser.. C’est
pourquoi
nous avons cherché à améliorer notre cage et notamment sousle
rapport
de la maniabilité. C’est cequi
nous a conduits à la réalisation de la « cabine-parasol ».
MATÉRIEL
ETTECANIOUE
L’armature et le toit du
dispositif
sont constitués par ungrand parasol
de r,6o à i, 70m de dia- mètre. Desparasols plus petits pourraient
être utilisés, mais on nepourrait
alors plus travailler à deux personnes ni surtout avoir àportée
de la main le matériel nécessaire. Leparasol
doit être choiside couleur très claire. Le blanc serait le mieux, mais ne se trouve pas facilement dans le commerce.
On trouve, par contre, des
jaunes
clairsqui
peuvent très bien convenir. Lahampe
duparasol
doitêtre suffisamment longue pour que l’on
puisse
aisément se tenir debout sous celui-cilorsqu’il
serepose sur le sol. A l’extrémité de chacune des baleines, à l’extérieur, des anneaux
inoxydables
sontfixés. Ils soutiennent le tulle
qui
constitue laparoi
de la cabine. Ce tulle doit être blanc. Il a unehauteur
légèrement
inférieure à la distancecomprise
entre le sol et le bord duparasol,
soit environ 1, 50m à 1,70m suivant la taille des utilisateurs. Il est accroché au
parasol
par l’intermédiaire de crochetsqui
laissent un espace de 4à 6 cm vers le haut etqui
sont facilementplacés
ou enlevés.L’espace ménagé
entre le bord duparasol
et le haut du tulle servira de sortie aux abeillesqui s’échap-
pent de la ruche etqui
trouvent très facilement cette sortieplacée
à lapartie
laplus
élevée de la zonelumineuse. Le tulle, dont la
longueur
sera égale à la circonférence duparasol,
soit 5,34m pour un dia- mètre de 1,70 m, peut être cousu dans sa hauteur pour former uncyclindre
sous le parasol. Il faudraalors le soulever pour pénétrer dans la cabine. Il est donc
préférable
de le fermer à l’aide d’unegrande
fermeture «Éclair » ou de tout autre
système
permettant une ouverturerapide
et facile. A la base du tulle il convient de fixer des masses deplomb qui
tendent la cage et évitent que le vent ne ladéplace
trop facilement. On
pourrait également prévoir
un cerclemétallique qui
serait fixé à laplace
des mas-ses de
plomb,
mais cedispositif
manque de commodité.Pour tenir debout, la cabine doit être fixée à la ruche. Le
plus pratique
est d’utiliser un serre-joint
de menuisier que l’on choisira de dimension suffisante pourqu’il
serre la ruche dans son sens leplus
long. Pour les ruches DaDar!r et LnhcsTxo’rn, unserre-joint
de 55 cm convient très bien.A l’extrémité du serre-joint, du côte de la mâchoire fixe et perpendiculairement à celle-ci, on soude
un tube
métallique
de 10 cm delong
environ et de diamètre intérieurlégèrement plus grand
que le diamètre de lahampe
duparasol.
Pour monter la cage, on commence par fixer le
serre-joint
leplus
hautpossible
sur le corps de la ruche a visiter. Onglisse
lahampe
duparasol
dans le tube soudé auserre-joint
et l’on enfoncelégè-
rement dans le sol la
pointe
de lahampe.
On obtient ainsi un socle idéal constitué par la ruchequi pèse
de 2! il 40kg, donc très stable, etqu’il
est inutile dedéplacer puisque chaque
ruche devient socle pour sa propre visite. Il ne resteplus qu’à suspendre
le tulle aux anneaux par ses crochets et la cabine est montée(fig.
i et 2). Dans un rucher, il n’est nul besoin de démonter la cage pourchanger
de ruche.Il suffit de soulever assez haut le
parasol
en le tenant par la hampe, de changer leserre-joint
de rucheet de remcttre la
hampe
dans le tube. Cetteopération
neprend
quequelques
secondes.RÉSULTATS
Les observations concernant l’efficacité de la cabine
parasol
ont été faites accessoirementpendant
les travauxapicoles.
Aucun essaisystématique
n’a étépréparé,
mais l’efficacité dudispositif
est telle que nous pensons utile depublier
nosrésultats.
La Station
expérimentale d’Apiculture
de Montfavet utilisegénéralement
larace d’abeille noire
(Apis melli fcca melli f LC a)
pour ses diversesexpériences.
Sansêtre d’une très
grande agressivité,
cette abeille estcependant
loin d’être aussi douce que l’abeille caucasienne ou l’abeille carniolienne.Ajoutons
que nosexpériences
nousamènent bien souvent à faire subir à nos
ruches,
par tous lestemps,
des traitementsassez rudes.
Les occasions d’utiliser la
cabine-parasol
sont doncfréquentes,
mais nous nedécrirons que trois cas
précis
où son utilisation a rendu lesplus grands
services.I re
Ol7StYïCLttO!L.
A la fin d’octobre
19 6 2 ,
il nous fallait visiter 25 ruchettesDADANT cadres, peuplées
d’essaims danslesquels
dejeunes
reines avaient été introduites 15jours plus
tôt. Il fallait vérifier laprésence
de la reine et mesurer la surface du couvain.Une
vingtaine
de fortes ruchescomplètaient
le rucher.Le ier
jour,
nous faisons une tentative de visite sanscabine-parasol.
Il fait beautemps,
mais le vent est frais et les abeilles nepeuvent
trouver aucuneprovende
auxalentours. Au moment où nous visitons la troisième ruchette le
pillage
se déclenche et, à lacinquième,
nous sommesobligés
de renoncer àpoursuivre
letravail,
lerisque
de
perdre
lesjeunes
colonies étanttrop important.
Nous réduisons les entrées des ruches et des ruchettes au maximum et arrosonscopieusement
les alentours avec unjet
d’eau pour calmer l’effervescence. Nous pouvons donc considérerqu’il
étaitimpossible
de visiterlonguement
les ruchettes sansrisquer
de voir notreexpérience complètement
anéantie.Le 2c
jour,
au même moment de lajournée
que laveille,
nous installons notrecabine-parasol
et commençons nos mesures. Avec de trèslégères
bouffées defumée,
nous tenons les abeilles en
respect
sans difficulté. Pendant 2 h 30, nous visitons 17ruchettes,
chacune d’elles restant ouverte 8 à 10 minutes pour les besoins de nosobservations. A ce stade de notre
travail,
nous n’avons encore reçu aucunepiqûre.
Les abeilles sont
parfaitement
calmes.Après
lesvisites,
les ruches refermées conser- vent leur sérénité et aucunepillarde
ne vient lesattaquer.
Iln’y
a aucune activitéanormale à l’entrée des fortes colonies voisines.
Ayant
fait ces diversesconstatations,
nous
replions
notrecabine-parasol
et nous visitons les 3 ruchettes restantes. Bien que la visite de ces colonies ne dure que 25 minutes environ lepillage
se déclencheet le nombre de
pi d îmes
s’accroît très vite. Nous sommes de nouveau dansl’obliga-
tion de réduire les entrées de ruches.
On
peut
donc affirmer que, sans notrecabine-parasol,
il aurait étéimpossible
de terminer nos relevés.
2 e
observation.
A la fin de mai
19 6 3
nous commençons unélevage
de reines dans 10ruches,
dans un rucher situé dans lesAlpilles.
A cetteépoque
de l’année les abeilles ne trou- ventplus
de nectar et il devient difficile d’ouvrir les ruches sans provoquer lepillage.
Or,
pour le travailprévu,
il fallait rechercher la reine dechaque
ruche éleveuse etl’isoler,
cequi
est assezlong,
bien que toutes nos reines soientmarquées.
Nous ten-tons de faire notre travail sans la
cabine-parasol,
mais lepillage
s’installe très vite et, pour éviter que nospuissantes
colonies éleveuses ne se massacrent les unes les autres oun’attaquent
d’autres ruches moinsfortes,
nous sommes dansl’obligation
de renoncer à
entreprendre
notreélevage
de reines cejour-là.
Dès lelendemain,
nous installons notre
cabine-parasol
et nous pouvons faire tout notre travail sans aucune difficulté et sanspiqûres.
3 e
observation.
On sait que les abeilles marocaines
(Apis mellifica 1>iterinissa)
sontparticu-
lièrement
agressives.
Certains travauxapicoles,
tels que la recherche de lareine,
deviennentpratiquement impossibles
du fait de cetteagressivité quasi
maladive.I,orsqu’on
ouvre une ruche de cette race, les abeilles seprécipitent
sur toutes lespersonnes situées dans un rayon de 30 mètres et le nombre des
piqûres
est trèsimpor-
tant.
Or,
dans le courant dejuillet 19 6 3 ,
nous devionsprélever
des mâles dans uneruche d’abeilles marocaines pour inséminer artificiellement une dizaine de reines de la même race. Ce n’est pas sans une certaine
appréhension
que nous nousprépa-
rions à rechercher les mâles adultes dans la ruche surtout
lorsque
l’on saitdu’il
estnécessaire de revenir à la ruche
fréquemment,
environ toutes les 10 minutes, pourprélever
de nouveaux mâles. Nous avons eu alors la preuve de l’efficacité de la cabine-parasol.
Pendant 2 heures, nous avons pu ouvrir constamment la même ruche et la bouleverser de fond encomble,
sortant tous les cadres pour rechercher lesmâles,
sans recevoir une seule
piqûre
et en utilisant un minimum de fumée.Ces
quelques
observations choisiesparmi beaucoup
d’autres aussiprobantes,
montrent la
pleine
efficacité de lacabine-parasol.
En
apiculture pratique,
lacabine-parasol
trouvera sonemploi
dans les recherches de reines, l’examen de l’état ducouvain,
ledépistage
desmaladies,
l’évaluation desprovisions, l’élevage
des reines etmême,
dans certains cas, la récolte du miel. Laproduction
de lagelée royale, qui exige
un travail à date fixequelles
que soient les conditionsmétéorologiques,
se trouveragrandement
facilitée. Lacabine-parasol
pourra alors servir éventuellement de
protection
contre lapluie.
hn dehors de la
suppression
dupillage
et del’agressivité
desabeilles,
onpeut
trouver d’autres utilisations de la
cabine-parasol.
Parexemple, empêcher
que les reinesvierges qui
vont être inséminées artificiellement ne s’envolent avant d’êtremarquées
etclippées.
L’utilisation de la
cabine-parasol
serait à conseillerégalement
dans les pays où les races d’abeilles sont trèsagressives,
notamment auMaroc,
enAfrique
duSud,
ainsi que dans certains paysd’Amérique
du Sudqui
ontimporté
récemment des abeilles africaines(Apis adansoni) lesquelles
se sonthybridées
avec les abeilles locales en donnant dessujets particulièrement agressifs (No&UEi R A-NETO, 1 9 63 ).
Les résultats obtenus en utilisant la
cabine-parasol
nouspermettent,
parailleurs,
de confirmer les observations de LECOMTE
( H )6 I )
en cequi
concerne les causes del’agressivité
des abeilles.L’agressivité
des abeilles dans les conditions habituelles des visites des ruches est dueprincipalement
aux tentatives depillage
de lapart
des abeillesétrangères
à la ruche.Il se
peut également
que les abeilles soientperturbées
par la claustration rela- tive etperdent,
de cefait,
leur réflexe de défense.DISCUSSION
L’utilisation de la
cabine-parasol
pour la visite des ruchessupprime
totalementle
pillage
etl’agressivité
des abeilles. Elle estsimple
à réaliser. Lemontage
et le démon-tage
se fontrapidement.
L’encombrement del’appareil plié
estremarquablement
faible. Les essais effectués montrent la
pleine
efficacité de cedispositif,
aussi bien enapiculture pratique qu’en apiculture expérimentale.
Lacabine-parasol
est à conseil-ler
particulièrement
auxapiculteurs
dont lecheptel comporte
des abeilles trèsagressives,
ou certaines racesétrangères
et enapiculture
intensive où certainesopé-
rations sont
longues,
délicates et où le calendrier des travaux est fixé à l’avance.Nos essais confirment que
l’agressivité
des abeillespendant
la visite des ruches est due àl’attaque
des colonies visitées par les abeillespillardes
venues de ruchesvoisines.
Re f
u poiir
publication
en ;io!,ep!ibre 1963.SUMMARY
A DEVICE T012 THE COMPLETE SLTIIPRESSI()N OF R013BING AND AGGIŒSSIVE:BESS IN BEES DURING VISI’1’S TO THH HIVE
The
description
of aneasily
dismantled andtransportable
cage for thecomplete suppression
of robbing and
agressiveness
in bees during visits to the hive. It consisted of a parasol and fiuenetting
which formed a shelterpreventing
robber bees from attacking the hive. Its use was parti-cularly
recommended for the control ofhighly aggressive
bees, trialshaving
given entire satisfac- tion. Indications were that theaggressiveness
shownby
beesduring
the visit of the hive was caused verylargely by
attacks from robber beesarriving
fromneighbouring
hives.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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