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ANNEXE 09 : Procès AZF différents articles de presse

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ANNEXE 09 : Procès AZF différents articles de presse

20 janvier 2009

Procès AZF : la CGT met en cause l'organisation du travail dans la chimie

(- AFP ]

Le procès de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001, qui s'ouvre lundi, "est le procès de l'organisation du travail dans nos industries chimiques", a déclaré vendredi Jean-Michel Petit, secrétaire général de la Fédération

nationale des industries chimiques CGT.

"Le constat que nous faisons aujourd'hui, c'est que dans nos industries rien n'a malheureusement changé" après la catastrophe. "On continue à travailler dans des conditions précaires, avec la volonté de sous-traiter le maximum, malgré les risques", a expliqué M. Petit lors d'une conférence de presse.

La CGT fait partie des 1.600 parties civiles.

"C'est bien la déréglementation du travail qui est la cause de l'accident, le manque de contrôle des services de l'Etat également", a affirmé M. Petit, rejetant la responsabilité de la catastrophe sur Total, la maison mère de la SA Grande Paroisse, propriétaire de l'usine AZote Fertilisant (AZF).

Le responsable de la CGT a notamment reproché au groupe pétrolier d'avoir sous-traité une partie de ses activités sur son site AZF à une entreprise non spécialisée et non avertie du danger présenté par les produits

manipulés sur place.

Il a estimé que Total, qui conteste les conclusions de l'instruction expliquant l'explosion par un accident chimique dû à un mélange de produits incompatibles, tentera de "faire diversion".

Jean-Michel Petit a accusé le patronat des industries chimiques de "refuser de tirer les enseignements de la

catastrophe sur ses causes profondes".

"Le patronat a organisé l'omerta: +taisez-vous sinon l'usine va fermer+. Le chantage à l'emploi continue à rencontrer un certain succès auprès de salariés et de syndicats qui n'osent plus dénoncer les insuffisances et les

dysfonctionnements de sécurité", a-t-il ajouté.

Le 21 septembre 2001, l'explosion de 300 tonnes de nitrate d'ammonium à AZF avait fait 30 morts et des milliers de blessés et soufflé ou endommagé près de 30.000 logements.

Procès AZF : « Je caresse l'espoir d'un témoin de dernière heure »

Usine nouvelle A deux jours de l'ouverture du procès AZF, Jean-Christian Tirat, auteur avec Franck Hériot de l'ouvrage d'investigation « AZF, l'enquête assassinée » pense que de nouveaux témoins parleront.

Le 21 septembre 2001, l'usine chimique de Grande Paroisse, filiale de Total, explose à Toulouse, faisant 30 morts et des milliers de blessés. C'est la plus grande catastrophe industrielle en France de l'après-guerre. Le procès s'ouvre lundi 23 février pour 4 mois.

Grande première, les caméras de l'institut national audiovisuel (INA) filmeront le procès de bout en bout. Seuls Barbie, Touvier et Papon jugés aux assises pour crime contre l'humanité ont jusqu'à présent vu leur procès couvert par les caméras de l'INA. Durant vingt ans, selon la loi, la consultation de ces enregistrements ne sera

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possible que sur autorisation.

Quelles sont vos certitudes aujourd'hui sur la catastrophe AZF ?

J-C.T- Après sept ans d'enquête à charge et à décharge, j'ai deux certitudes. Première certitude : l'enquête a été sabordée dès ses premiers pas.

Deuxième certitude : il s'est bien produit deux explosions à 8 secondes d'intervalle. Le même bruit a été entendu par une majorité écrasante des toulousains. On a imaginé au début qu'il s'agissait de deux manifestations d'une même explosion : l'onde sismo-acoustique, qui se déplace dans la croûte terrestre, et l'onde de choc, qui se propage dans l'air. En résumé, les témoins auraient entendu le même bruit par les pieds puis par les oreilles.

L'idée était bonne. Mais si cela avait été le cas,l'écart entre les deux manifestations aurait dû croître avec la distance. Or même à 40 km de l'usine, où l'explosion a été entendue, l'écart entre les deux bruits est toujours de 8 à 10 secondes. Il s'agit donc bien de deux explosions différentes.

Pour comprendre : une vidéo

Voir et entendre une onde de choc "sismo-acoustique" comparable à celle qui a balayé Toulouse Source : Blog de Jean-Christian Tirat

D'où vient la première explosion ?

J-C.T- A partir d'enregistrements sonores qu'il a croisés, Alain Joets de l'université d'Orsay a tracé 24 hyperboles dont les branches se recoupent en un point précis : sur le site de la SNPE.

Vous étiez à Toulouse le 21 septembre ?

J-C.T- Oui, j'étais à 3,5 km, et j'ai eu la trouille de ma vie, après 12 ans de reportages de guerre à mon actif. C'est un devoir de citoyen et un simple devoir de parent d'élucider les causes de cette catastrophe, pour que cela ne se reproduise plus.

On dit que votre livre se rapproche de la position défendue par Total. Qu'en pensez-vous ?

J-C.T- Je n'ai rien à faire avec Total, je me suis assez battu contre eux en Birmanie.

Vous le dîtes dans votre ouvrage, l'enquête a été assassinée, et cette catastrophe industrielle et ses suites judiciaires ont brisé des vies ?

J-C.T- L'ambiance à Toulouse était exécrable. Une espèce de chape de plomb est tombée sur la ville. La seule explication valable était la thèse officielle : Grande Paroisse était une usine poubelle, c'était un accident, circulez, y'a rien à voir. Nos experts ont commencé avec des certitudes. La thèse officielle voulait que 500 kg de DCCNA, le chlore que l'on met dans les piscines, ait été pelleté à la main par un ouvrier (Gilles F.) sur un tas de nitrate d'ammonium dans le hangar de l'usine Grande Paroisse, et que cela ait provoqué l'explosion. Or lors d'une reconstitution, les experts ont dû se rendre à l'évidence : l'ouvrier n'avait pas pu pelleter 500 kg de DCCNA. De 500 kg, ils sont passés à l'hypothèse de 152 kg, puis à quelques kg, puis à l'idée de « traces ».

George Paillass, le contremaître du hangar qui a explosé, était très populaire dans son quartier. C'est un montagnard au caractère de cochon mais au cœur de cristal. Du jour au lendemain, ses voisins et ses amis lui ont tourné le dos, l'ont traité d'assassin.

Avez-vous de nouveaux éléments aujourd'hui, qui n'ont pas pu être publiés dans votre livre ?

J-C.T- Oui. Une photographie prise par un journaliste de la Provence l'après-midi même de la catastrophe montre un grand récipient en vrac souple (GRVS) de 600 kg où est écrit « ammonitrate 33,5% azote », en noir. Il s'agit donc d'engrais granuleux.

Gilles F. a toujours dit qu'il avait pelleté ce produit depuis un récipient écrit en noir. Or l'expert Van Schendel rétorquait que l'engrais ne pouvait être sérigraphié qu'en vert : selon lui, le produit pelleté par l'ouvrier ne pouvait donc pas être un produit agricole, mais au contraire un explosif, le nitrate d'ammonium poreux étant utilisé comme explosif de carrière.

Nitrate d'ammonium : engrais ou explosif

Granuleux ou poreux ? Le nitrate d'ammonium dit « industriel », NAI, est poreux et sert à la fabrication d'explosifs.

On y ajoute du fuel et un détonateur, et l'on s'en sert dans les carrières et les mines.

Lorsqu'il s'agit d'un produit agricole, le nitrate d'ammonium est granuleux : c'est un engrais azoté.

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Le procès, sept ans après, a-t-il une chance de dévoiler la vérité sur les causes de l'explosion ?

J-C.T- Nous savons que plusieurs points posent question. Mais à chaque fois, il manque la preuve. L'aura-t-on jamais ? Je caresse l'espoir d'un témoin de dernière heure : s'il surgit et décide de parler pour soulager sa conscience.... Nous en saurons plus. Trois anciens membres de la SRPJ, écœurés par la façon dont l'enquête a été sabordée, font d'ailleurs partie de la liste des témoins cités à comparaître devant leur hiérarchie.

Propos recueillis par Ana Lutzky En savoir plus

Le blog consacré à l'ouvrage

Le 19 février, Jean-Christian Tirat a participe à l'émission "AZF: le drame au procès" sur France 3 Sud.

Voir le site France 3 Sud dédié à l'émission et plus généralement au procès.

Lire aussi :

Deal SNPE-Total sur le litige AZF : le règlement financier sera rapide, le 16/01/2009

La SNPE recevrait entre 100 et 150 millions d'euros de Total pour se retirer du procès AZF, le 14/01/2009

23 janvier 2009

AZF : autopsie d’une tragédie

Libération

Le procès s'ouvre ce lundi à Toulouse, huit ans après l'explosion de l'usine AZF qui a fait 30 morts.

Catastrophe exceptionnelle, procès à l’avenant. Le 21 septembre 2001 à 10 h 17, l’usine AZF de Toulouse explosait, causant trente morts et des destructions inimaginables. Ce matin, dans la salle municipale Jean- Mermoz - de 500 à 600 places assises avec psychologues et permanences d’avocats installées sur place - le président du tribunal de grande instance de Toulouse, Bruno Steinmann, et le procureur de la République, Michel Valet, entameront pour trois ou quatre mois le procès en correctionnelle du plus gros accident industriel de l’après-guerre.

Vitres. Trois millions et demi d’euros de budget, 229 parties civiles, dont 210 personnes physiques et

19 associations, syndicats et mouvements politiques, 70 experts et témoins, 51 avocats, dont 5 pour la défense de Serge Biechlin, le directeur de l’usine Azote et fertilisants de Toulouse et celle de son propriétaire, la société Grande Paroisse, filiale du groupe Total. Tous sont prévenus pour «homicides et blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie et infractions au code du travail».

Le procès est hors normes, à la mesure de la catastrophe. Il en reste des images fortes. Les murs du lycée Françoise, face à AZF, qui tombent, les vitres du lycée Raymond-Naves à cinq kilomètres de là, qui éclatent. Les mères qui courent vers les écoles. Des blessés partout, parmi lesquels un jeune garçon à qui l’on trouve un morceau de verre fiché dans le cerveau. Le souffle qui soulève le plancher du bureau du maire au Capitole. Des populations réfugiées le soir dans les gymnases, entourées de cellules de soutien psychologique ou prostrées chez elles, sous le choc.

Trente morts sous les gravats sur le site et tout autour. Plus de 20 000 personnes à indemniser, 30

000 logements sinistrés. Le quartier HLM du Mirail comme après un passage de B 52 (bombardier américain).

Les Toulousains connaissent AZF, qu’ils appellent encore l’Onia, du nom de l’ex-Office national des industries de l’azote. Elle est perçue depuis des lunes comme une menace. Dès le 22 septembre, le député Vert européen, Gérard Onesta, a ce mot, accablé : «A force de vivre à côté d’une bombe à retardement, on finit par ne plus en entendre le tic-tac.» C’est le hangar 221 de l’usine chimique qui a explosé. Le cratère est impressionnant, 10 mètres de profondeur sur 50 de diamètre.

Pourquoi cette explosion ? Le procureur de la République, Michel Bréard, donne une explication deux jours plus tard : à «99 %», il s’agirait d’un accident industriel. Les témoignages affluent. Cette usine était «une poubelle», rapporte la presse. Pour les salariés d’AZF, ces accusations sont intolérables. Ils se regroupent dans l’association Mémoire et solidarité derrière le cégétiste Jacques Mignard. Ils ont perdu 21 de leurs camarades et ne veulent pas laisser flétrir la mémoire ouvrière de leur outil de travail. Ils s’acharnent à évoquer d’autres hypothèses, dont l’attentat. Ce 21 septembre 2001 ne tombe que dix jours après les attaques aux Etats-Unis. Ils évoquent le survol de l’usine par un aéronef non identifié, le brouillard dû à un nuage aérosol, une première explosion passée sous

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silence par les enquêteurs et enfin les boules de feu, éclairs, rayons lumineux ou sifflements observés, selon eux, avant le cataclysme.

Le pétrolier Total, maison mère d’AZF, soutient Mémoire et solidarité mais indemnise aussi sans discuter pour plus de 2 milliards d’euros. Au-delà, la firme emploie son énergie à démonter la thèse de l’accident, qui engage totalement sa responsabilité. Son avocat, Daniel Soulez-Larivière, entreprend de démontrer, au cours d’une reconstitution, que le mélange accidentel sous le hangar 221 de nitrate d’ammonium et de produit chloré supposé à l’origine de l’explosion est «tout à fait impossible», contrairement à ce qu’avance le rapport définitif d’expertise scientifique. Il s’emploie aussi à démonter l’enquête de la police judiciaire, laquelle reproche à l’industriel d’avoir tout fait pour embrouiller son travail.

Au fil des cinq ans d’instruction, avant même l’ouverture du vrai procès, la justice a été sollicitée bien des fois.

Pour exiger la citation directe de la personne morale du pétrolier Total. Pour faire condamner l’Association des familles endeuillées à ne plus s’appeler que l’Association «de» familles endeuillées. Ou encore, pour demander à l’industriel d’interrompre sa propre «enquête interne» sur le site dévasté.

Pour l’Histoire. Plus exceptionnel encore, le pourvoi en cassation de l’ex-directeur d’AZF, Serge Biechlin, qui s’est opposé à la décision du président de la cour d’appel de Toulouse d’autoriser l’enregistrement filmé des audiences. Jusqu’alors seuls les procès de Barbie, Touvier et Papon, poursuivis pour crime contre l’humanité avaient été ainsi archivés, pour l’Histoire. Le procès AZF «n’est pas de même nature», a plaidé en vain Daniel Soulez-Larivière. Les caméras seront de la partie.

Prévenir

l’ouverture de ce grand procès, historique à bien des égards, on ne peut s’empêcher de souhaiter que les 30 morts de la catastrophe AZF ne soient pas morts pour rien.

Le 21 septembre 2001, la situation géographique de l’usine, enchâssée dans le tissu urbain toulousain, a provoqué l’équivalent d’un séisme de force 3,4 sur l’échelle de Richter. Il ne faut plus que de tels événements assassins se reproduisent. Et pour l’éviter il faut enfin mettre en œuvre complètement les mesures prévues dans la loi du 30 juillet 2003, dite loi Bachelot, qui exigeait une remise à plat de l’urbanisme autour des 670 sites industriels français potentiellement dangereux. Cette loi rend obligatoire ce qu’elle appelle des «Plans de prévention des risques technologiques» (PPRT), avec interdiction de construire dans les zones concernées et même possibilité d’expropriations.

Evidemment ces mesures sont lourdes et compliquées, mais comment expliquer que sur les 420 PPRT qui doivent être définis, seuls cinq ont été approuvés ?

Que s’est-il passé entre 2003 et aujourd’hui pour que l’application de la loi Bachelot ait pris autant de retard ? Pourquoi ce beau système n’est-il pas allé jusqu’au bout de sa logique ?

Il faut d’urgence, et c’est pour cela aussi que le procès AZF est historique, que l’Etat et les collectivités locales jouent le jeu de la sécurité industrielle maximum.

Il faut donner davantage de moyens à de véritables «gendarmes de l’environnement» qui assureraient le contrôle des sites et la mesure exacte des risques qu’ils font courir. Cela, nous le devons à toutes les victimes d’AZF.

Procès AZF: péplum pour une catastrophe industrielle

JUSTICE. Fallait-il exiger la citation directe de la personne morale du pétrolier Total à ce procès AZF? Fallait-il condamner l’Association des familles endeuillées à ne plus s’appeler que l’Association “de” familles endeuillées?

Ou encore, demander à l’industriel d’interrompre sa propre «enquête interne» sur le site dévasté?

Les appels à la justice n’ont pas manqué avant l’ouverture ce lundi 23 février du procès correctionnel visant le directeur de l’usine Azote et Fertilisants de Toulouse et son propriétaire, la société Grande Paroisse, filiale du groupe Total. Les deux sont prévenus pour «homicides et blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie et infractions au code du travail».

Tous les procès correctionnels ne commencent toutefois pas par un pourvoi en cassation. Pour le coup, c’est l’ex- directeur de l’ex-AZF, Serge Biechlin qui s’est opposé à la décision du président de la Cour d’appel de Toulouse d’autoriser l’enregistrement filmé des audiences prévues pour s’étaler sur trois ou quatre mois.

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Jusqu’alors seuls les procès de Barbie, Touvier et Papon pour «crimes contre l’humanité» ont ainsi été archivés, pour l’Histoire. Le procès concernant AZF «n'est pas de même nature», a plaidé en vain M°Daniel Soulez- Larivière, son avocat. Les caméras seront de la partie.

C’est un procès hors normes qui s’annonce. Devant le président du tribunal de grande instance de Toulouse Bruno Steinmann, et le procureur de la République Michel valet, ce sont 2949 plaignants qui défileront. Parmi lesquels1813 parties civiles, dont 210 personnes physiques, 19 associations, syndicats et mouvements politiques.

Les avocats seront au nombre de 51, dont 5 pour la défense de Serge Biechlin et de SA Grande Paroisse. Le nombre total d'experts et de témoins devrait avoisiner les 70 personnes. Un inventaire à la Cecil B. Demille. Le péplum sera tourné hors du palais de justice, dans la salle municipale Jean Mermoz, d’une capacité de 500 à 600 places assises avec psychologues et permanence d'avocats installés sur place. Le budget de ce procès est de l'ordre de 3,5 millions d'euros, dont 800.00 euros de dépenses matérielles.

Le procès est hors normes, mais la catastrophe ne l’a pas été moins.

Un médecin toulousain qui avale tout cru son code de déontologie et fuit en voiture la pollution menaçante, ses gosses enroulés dans des couvertures. Une course aux masques, -«pour mon bébé, s’il vous plait» sur la Route d’Espagne et l’avenue de Muret qui vont droit de l’usine à la ville. L’explosion qui a fait tomber les murs du lycée Françoise, face à AZF, et les vitres du lycée Raymond Naves à cinq kilomètres de là, à l’opposé géographique.

Les mamans qui courent vers les écoles.

Trente mille logements sinistrés. Trente morts sous les gravats sur le site et tout autour. Des blessés parmi lesquels un jeune garçon dont ce patron de clinique observe le morceau de verre fiché dans le cerveau. Plus de 20.000 personnes à indemniser. Le souffle qui soulève le plancher du bureau du maire au Capitole et qui laisse le quartier du Mirail comme après un passage de B 52. Des populations réfugiées le soir dans les gymnases, entourées de cellules de soutien psychologique ou prostrées chez elles, sous le choc.

Ce 21 septembre 2001 ne tombe jamais que dix jours après l’attentat de New York contre les Twin towers.

L’explosion a lieu à 10h17 exactement. Il n’est alors question que d’«attentats» sur ce qu’il reste de réseau de téléphonie mobile disponible. Le fixe ne fonctionne plus. Un quart d’heure plus tard, ceux qui voient le nuage rose et brun s’élever et grossir dans les airs depuis le Sud ont compris : c’est AZF.

Les Toulousains connaissent AZF, qu’ils appellent d’ailleurs encore l’ONIA. L’usine Azotes et Fertilisants ex- Office national des industries de l’azote a déjà craché quelques pollutions vers la ville. Elle est perçue depuis des lunes comme une bombe en amont de la Garonne et sous le vent d’Autan. Dès le 22 septembre, le député Vert européen Gérard Onesta a ce mot accablé: «à force de vivre à côté d’une bombe à retardement, on finit par ne plus en entendre le tic-tac». En attendant, la ville est ravagée.

C’est le hangar 221 de l’usine chimique qui a explosé. Le cratère est impressionnant, de 10 mètres de profondeur sur 50 de diamètre. Pourquoi cette explosion? Le procureur de la République Michel Bréard donne une

explication à la presse deux jours après: à «99%», il s’agirait d’un accident industriel.

Ce qui ne surprend personne à Toulouse. Les témoignages affluent. Cette usine était «une poubelle», rapporte la presse. Cela ne surprend personne, mais en fâche tout de même quelques-uns qui y lisent une insulte à leur travail. Des salariés d’AZF regroupés aussitôt dans l’association Mémoire et Solidarité derrière le cégétiste Jacques Mignard, d’abord. Ils ont tout perdu, dont 21 de leurs camarades. Ils ne laisseront pas flétrir la mémoire ouvrière de leur outil de travail.

Ceux-ci s’acharnent dès lors à évoquer d’autres explications ou hypothèses possibles: l’attentat en premier lieu, le maléfique survol de l’usine par un aéronef non identifié au moment du fait ensuite, puis le brouillard dû à un nuage aérosol, une première explosion passée sous silence par les enquêteurs et enfin les boules de feu, éclairs, rayons lumineux ou sifflements observés, selon eux, avant le cataclysme.

Pendant ce temps, le pétrolier Total indemnise sans discuter plus de 70.000 plaignants pour plus de 2 milliards d’euros de dégâts. Sa direction à Toulouse offre aussi à l’occasion un dîner aux membres de Mémoire et Solidarité au restaurant de La Bascule.

Mais c’est plus sûrement sur le travail de son avocat que compte le pétrolier. M° Soulez-Larivière est tout fier d’avoir démontrer au cours d’une reconstitution que le mélange accidentel sous le hangar 221 de nitrate et de produit chloré supposé à l’origine de l’explosion était «tout à fait impossible» contrairement à ce qu’avance le

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rapport définitif d’expertise scientifique. Daniel Soulez-Larivière s’emploie aussi à démonter l’enquête de la Police judicaire laquelle reproche à l’industriel d’avoir tout fait pour embrouiller son travail.

Une vérité contre une autre vérité. Après cinq ans d’instruction et sous des kilomètres de dossier, le tribunal correctionnel de Toulouse est maintenant prié de trancher.

Commentaires

21 SEPTEMBRE 2001 10H17

Tous ceux qui ont vécu la catastrophe AZF se souviennent précisément de l’endroit où ils étaient et ce qu’ils faisaient à l’instant précis où les déflagrations ont secoué les sols, les murs et ont fait de Toulouse une ville sans fenêtre.

Par milliers les toulousaines et les toulousains l’on subit dans leur corps et leurs biens.

Aucune consigne de sécurité n’a été respectée.

Il était impossible de se calfeutrer : des dizaines de milliers de vitres avaient volées en éclat. Au milieu des embouteillages et des destructions généralisées, l’incompréhension a laissé place à la terreur dans un premier temps, sans jamais nous faire basculer dans la panique, quand nous avons compris que Grande Paroisse, l’ex ONIA, AZF VENAIT DE SAUTER.

Guidée par notre instinct de survie et par celui de sauver nos proches et amis, une immense solidarité s’est immédiatement mise en place.

Nous savions depuis plus de 20 ans, en participant aux travaux des instances de concertation et par de nombreux témoignages de salariés, sous traitants ou stagiaires que ce site industriel était une menace terrible.

Nous l’avions dénoncé inlassablement car nous en connaissions ses potentialités d’arme de destruction massive.

Nombre de communiqués de presse ont été publiés, dans l’indifférence ou dans la raillerie généralisée. Les techniciens, scientifiques ou responsables de tout bord réfutaient nos avertissements.

Avec le recul nous pensons que cet accident est loin d’être dû au hasard : depuis LA MEDE ou l’ERIKA, le groupe TOTAL ou ses filiales nous a habitué aux catastrophes industrielles et écologiques. Malgré les

dénégations nous redoutions l’accident ou le sur-accident compte tenu de l’extrême dangerosité du site où des produits plus toxiques les uns que les autres se côtoyaient en plein cœur d’une zone urbanisée.

D’une usine, l’autre le pôle chimique SUD rivalisait de dangerosité: par milliers de tonnes, le phosgène, l’ammoniac, le chlore , le perchlorate d’ammonium (carburant des missiles), la nitrocellulose (la poudre blanche de la guerre 14/18), les ammonitrates (cet engrais que les corses appellent explosif agricole et qui avait déjà fait ses preuves dans de nombreux attentas des Etats-Unis à l’Europe), l’isocyanate de méthyle (le gaz de Bhopal) etc., etc… , une véritable bombe chimique aux composés multiples et complexes n’attendait que l’allumette physique, chimique, volontaire ou accidentelle pour exploser.

La catastrophe a frôlé le massacre à grande échelle. Des poutrelles métalliques ont éventré des cuves de méthanol à quelques mètres de cuves de phosgène semi protégées. Des wagons de chlore ont miraculeusement résistés à l’explosion.

Avec l’ouverture du procès AZF voici enfin venu l’heure de faire rendre les comptes à tous les responsables. Et faire prendre conscience que leurs immenses profits valent moins que nos vies. Alain Ciekanski

Rédigé par: Alain Ciekanski | le 23/02/2009 à 09h42

AZF: ouverture d'un procès à dimension exceptionnelle

Par LEXPRESS.fr

Le procès hors normes de la catastrophe de l'usine AZF s'ouvre ce lundi après-midi à Toulouse. Le délibéré est attendu pour la mi-novembre.

AFP/Pascal Pavani

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La salle qui accueille le procès de la catastrophe d'AZF, le 16 février 2009 à Toulouse

Le procès en correctionnelle de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001, le plus important organisé en France, s'ouvre ce lundi après-midi pour tenter de faire la lumière sur la plus grande catastrophe industrielle des dernières décennies en France.

Ce procès aura une dimension exceptionnelle: plus de 1800 parties civiles, une soixantaine d'avocats et des dizaines d'experts y prendront part, pendant quatre mois, dans une salle municipale spécialement aménagée et pouvant accueillir un millier de personnes. Le délibéré devrait être rendu dans la deuxième quinzaine de novembre.

Cinq magistrats, au lieu de trois habituellement, composeront le tribunal correctionnel et deux magistrats, au lieu d'un seul, représenteront le ministère public.

Ils devront déterminer les responsabilités dans l'explosion de l'usine AZote Fertilisant (AZF), appartenant à la SA Grande Paroisse, filiale du groupe pétrolier Total, le 21 septembre 2001 à 10h17.

AZF, un procès hors norme

l’Humanité

D’une durée prévisible de quatre mois, le procès qui s’ouvre, ce lundi après-midi, à Toulouse, est à la hauteur de l’une des plus grandes catastrophes industrielles qu’ait connue la France et qui a endeuillé et traumatisé toute une région le 21 septembre 2001. Ce vendredi-là, à 10 heures et 17 minutes précisément, une puissante déflagration pulvérise le pôle chimique et ravage la partie sud de la ville. Sur le site de l’usine AZF, propriété de Grande Paroisse, elle-même filiale du groupe Total, le hangar 221, où sont stockées 300 tonnes d’engrais déclassé à base de nitrate d’ammonium, vient d’exploser.

Trente et une personnes décèdent ce 21 septembre. Près de 10 000 sont blessées dont 2 500 grièvement. Avec 21 tués sur le site, les salariés d’AZF et des entreprises sous-traitantes payent le plus lourd tribut. Environ 30 000 logements sont saccagés, dont 18 000 fortement. Beaucoup d’HLM dans ces quartiers populaires qui, depuis les années cinquante, s’agglomèrent progressivement au site chimique. Des écoles, des PME, des commerces sont détruits. Le nombre total de sinistrés à des degrés divers dépasse les 85 000.

Controverse sur les causes

L’ancien directeur de l’usine, Serge Biechlin, et la SA Grande Paroisse se retrouveront aujourd’hui sur le banc des prévenus. Seront-ils rejoints par Total et par son PDG au moment des faits, Thierry Desmaret, comme le demandent [1] une cinquantaine de parties civiles qui ont cité à comparaître le pétrolier et son premier dirigeant ? Telle est la première question à laquelle doit répondre cette semaine le tribunal correctionnel. Les trois

collectivités territoriales - mairie de Toulouse, conseil général et conseil régional - se sont également portées parties civiles sans demande d’indemnisation.

Une part importante des audiences portera sur les causes de l’explosion, en prenant appui sur la longue enquête judiciaire et scientifique menée pendant près de cinq ans. Le droit à la vérité pour toutes les victimes, pour les salariés et la population constitue l’un des enjeux majeurs de ce procès hors norme.

Les juges d’instruction chargés de l’enquête judiciaire ont exploré toutes les pistes plus ou moins sérieuses avancées. Elles seront examinées par le tribunal, qu’il s’agisse d’un problème électrique issu de l’entreprise voisine, d’un phénomène électromagnétique, de la chute d’une météorite, d’un hélicoptère suspect, d’un acte intentionnel, ou même d’un attentat. Les enquêteurs ont décortiqué toutes les informations, pratiqué des expérimentations, interrogé de très nombreux experts. En mai 2006, ils ont conclu à l’origine accidentelle et chimique de l’explosion dans le hangar 221. La thèse retenue, devenue celle de l’accusation, met en avant le mélange de produit chloré (le DCCNa) malencontreusement déposé quelques instants avant l’explosion sur le stock de nitrate d’ammonium. Une explication que réfutent systématiquement les avocats de Total ainsi que d’anciens salariés regroupés dans l’association Mémoire et Solidarité.

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Économies sur la sécurité

Le groupe pétrolier a déboursé deux milliards d’euros pour indemniser les victimes et les dégâts, mais ses dirigeants refusent toute culpabilité dans la cause de la catastrophe. Il sera toutefois difficile à l’employeur d’écarter ou de minimiser la dégradation de l’environnement et des conditions de travail sur le site, avec le recours abusif à la sous-traitance. Il en est de même pour les économies réalisées sur le dos de la sécurité.

Pointés du doigt par différents témoignages et enquêtes, ce sont autant de facteurs qui ont sapé le terrain de la sécurité sur le site chimique.

L’ampleur de la catastrophe et le contexte particulier toulousain d’une urbanisation galopante avoisinant l’usine ont conduit à une forte mobilisation, doublée d’une vive confrontation sociale dans les mois qui ont suivi l’explosion. Des débats animés sur la fermeture totale ou partielle du site chimique, sur la mixité entre activité industrielle et urbanisation dans des métropoles comme Toulouse, sur la gestion des risques technologiques, ont traversé toutes les organisations politiques, syndicales et associatives. Le besoin de transparence, de démocratie et de participation des salariés et des populations aux débats et aux décisions a éclaté sur la place publique.

Explosion d'AZF : quatre mois pour connaître la vérité

23/02/2009 le Figaro Le procès de la catastrophe ayant frappé l'usine toulousaine en 2001 s'ouvre devant le tribunal correctionnel de la Ville rose aujourd'hui. Une logistique particulière a été mise en place pour accueillir tous les participants.

Sept ans et demi après l'explosion de l'usine AZF, le procès de cette catastrophe industrielle sans précédent s'ouvre aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Toulouse. L'audience, qui doit s'étendre sur une période de quatre mois, se tiendra dans une vaste salle municipale agrémentée de plusieurs chapiteaux extérieurs où 1 200 personnes, au total, pourront prendre place. En guise de préambule, une marche silencieuse organisée par le Comité de défense des victimes d'AZF doit traverser lundi matin la Ville rose, dont la population, meurtrie dans sa chair, s'apprête à vivre les prochaines semaines au rythme de ce procès fleuve.

Au cœur de la salle Mermoz, une large place a symboliquement été aménagée pour accueillir les nombreuses victimes et leurs avocats. À la veille du procès, les organisateurs dénombraient 1 913 parties civiles qui, pour la plupart, se sont constituées au cours des dernières semaines. Il s'agit bien sûr de proches des 30 personnes mortes dans l'explosion, mais aussi de quelque 20 000 blessés et 71 000 sinistrés ainsi que de divers syndicats, associations, collectivités locales et mouvements politiques.

Pour la grande majorité de ces parties civiles, le procès ne revêt strictement aucun enjeu financier dans la mesure où le groupe Total, qui était propriétaire de l'usine AZF par le biais de sa filiale Grande paroisse au moment du drame, a déjà signé 87 000 conventions d'indemnisation pour un montant total d'environ deux milliards d'euros. Cependant, il n'est pas exclu que certaines victimes, estimant ne pas avoir été dédommagées à la hauteur du préjudice subi, formulent à l'audience des demandes individuelles.

«En préparant le procès, on s'est aperçu que beaucoup de gens ont été mal indemnisés, notamment parce que l'aggravation des dommages dans le temps n'a pas toujours été prise en compte», soutient Guy Fourest, président du Comité de défense des victimes d'AZF. Dans son bilan définitif publié en 2006, l'Institut de veille sanitaire estime, il est vrai, que de nombreux infarctus, lésions auditives, syndromes dépressifs et épisodes de stress post-traumatiques

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survenus dans les mois qui ont suivi le 21 septembre 2001 peuvent être directement associés à la catastrophe.

Face à cette montagne de souffrance, l'ancien directeur de l'usine AZF, Serge Biechlin, et les responsables de la société Grande paroisse, qui comparaît en tant que personne morale, se sentiront sans doute bien seuls sur le banc des prévenus. Au terme d'une instruction marquée par l'audition de 1 103 témoins, le recueil de 1 700 scellés et la rédaction de 53 820 pages de

procédure, le juge Thierry Perriquet a en effet estimé n'avoir matière à renvoyer que ces deux acteurs du drame. Devant le tribunal correctionnel, ils devront principalement répondre des chefs d'homicide, blessure et dégradations involontaires.

Total sur le banc des prévenus

Selon l'accusation, l'explosion survenue le 21 septembre 2001 à 10 h 17 serait en effet le fruit d'une série de dysfonctionnements et de négligences imputables à l'encadrement d'AZF. Sans rentrer encore dans le détail de cette thèse à la fois complexe et contestée, qu'il suffise ici

d'indiquer qu'un manutentionnaire est soupçonné d'avoir, ce jour-là, involontairement déversé un dérivé chloré sur un tas de nitrates situé à l'entrée du hangar 221. Mis en contact, ces deux produits incompatibles auraient, selon le modèle élaboré par les experts judiciaires, déclenché une réaction suffisamment forte pour provoquer l'explosion de l'usine.

Avant d'entrer dans le cœur des débats, le tribunal, présidé par Thomas Le Monnyer, devrait examiner cette semaine une citation directe qui, déposée par cinq parties civiles, vise à obtenir le renvoi du groupe Total sur le banc des prévenus. «C'est Total qui donnait les ordres, qui refusait les investissements, qui sous-traitait à tout-va et qui multipliait le recours à des intérimaires - si bien que la notion de sécurité avait fini par se perdre à AZF», justifie Frédéric Arrou, président de l'Association des sinistrés du 21 septembre. Puis le tribunal entrera de plain-pied dans le drame lorsque, à compter du 3 mars, débuteront les témoignages des victimes et proches de victimes fauchées par l'explosion du 21 septembre.

AZF : les amendes encourues sont «insignifiantes»

Pour l'avocat représentant 31 parties civiles au procès d'AZF, les fautes de entreprises doivent être plus lourdement réprimées «pour les inciter à mettre l'accent sur la sécurité».

Le Figaro - Quels sont, selon vous, les principaux manquements des dirigeants de l'usine AZF ?

Me Alain Lévy - Les responsables de Grande Paroisse connaissaient depuis longtemps les risques d'explosion des nitrates et ammonitrates en présence de produits incompatibles. Ils ont considéré qu'il suffisait d'éviter que ces substances ne se rencontrent pour conjurer ce risque.

En ce qui concerne la formation et la sécurité, l'approche de la société a été axée sur le risque toxique, et non sur le risque d'explosion. Il y a eu un recours excessif à la sous-traitance pour des raisons financières, sans que les intervenants extérieurs soient correctement formés. Enfin, l'enquête a fait apparaître que le hangar 221 cumulait les vulnérabilités : pas de système de sécurité incendie, pas de séparation des produits en tas, sol dégradé, mélange de différents produits…

Le procès qui s'ouvre lundi vous semble-t-il pouvoir jouer un rôle pédagogique pour les industriels exploitant des sites classés ?

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Je crains que non, dans la mesure où les condamnations encourues par les entreprises sont dérisoires en comparaison du préjudice pour le public. Dans le dossier AZF, le code prévoit par exemple des amendes qui varient entre 225 000 et 375 000 euros, ce qui est insignifiant si l'on considère que la catastrophe a fait 30 morts et plusieurs milliers de blessés pour lesquels Total a déjà versé près de deux milliards d'euros d'indemnisation. Évidemment, le tribunal a la possibilité d'assortir cette sanction d'une interdiction d'exercer ou d'une mise sous surveillance judiciaire. Mais dans le contexte économique actuel, aucun tribunal n'aura l'idée de prendre une telle mesure.

Aujourd'hui, l'industriel responsable de la catastrophe ne risque donc rien d'autre que son image de marque.

Faut-il, selon vous, revoir à la hausse le quantum des peines auxquelles sont exposées les entreprises qui commettent des fautes ?

Il me semble qu'il faudrait augmenter le montant des amendes encourues pour les inciter à mettre l'accent sur la sécurité au travail ou le risque d'accident. Les entreprises doivent savoir que si elles dérapent, leurs fautes seront plus lourdement réprimées. Sans cela, on continuera à voir des industriels faire preuve d'inattention, comme cela a longtemps été le cas de Gaz de France. Entre 1999 et 2005, 32 personnes sont mortes à cause d'explosions dues à des canalisations en fonte grise, dont on connaissait pourtant la dangerosité depuis des années. Aujourd'hui, on sait que l'entreprise a tardé à résorber ces canalisations pour des raisons essentiellement financières. Or, on peut imaginer qu'elle aurait agi autrement si le montant des amendes avait été réellement dissuasif.

Premier jour du procès AZF : « Dédiaboliser l'industrie »

Usine nouvelle

Le procès de la plus grande catastrophe industrielle d'après-guerre sera-t-il celui de la chimie française ? Présentes massivement lors de la première audience ce lundi 23 février, les parties civiles veulent avant tout la vérité.

Monique Mauzac, veuve d'un ingénieur d'AZF disparu lors de la catastrophe du 21 septembre 2001, espère que le procès qui s'est ouvert lundi ne sera pas celui de la chimie française. Présente à la première audience, au premier rang de la vaste rangée des quelque 1800 constitués partie civile, elle fera appeler à la barre plusieurs scientifiques de renom, comme l'ancien directeur national et l'ex patron du laboratoire de chimie du CNRS.

Ces chimistes devraient battre en brèche les théories de l'expert judiciaire du tribunal, Daniel Van Schendel, ancien directeur d'études de la société Lacroix. Leurs témoignages devraient ainsi apporter un nouvel éclairage à un accident industriel qui a précipité la restructuration du secteur et sa quasi-disparition. "La chimie n'emploie plus que 450 personnes dans la région contre 2000 sur le seul site AZF il y a sept ans", rappelle Jean-Louis Chauzy, président du conseil économique et social de Midi-Pyrénées, lui aussi cité comme témoin lors de l'audience correctionnelle.

Le procès devrait donc permettre "de mettre à plat toutes les hypothèses", comme l'a promis Richard Bometon, procureur de la république adjoint. Et d'explorer d'autres pistes que la seule responsabilité des dirigeants de Grande Paroisse, la filiale de Total. Pourtant, Serge Biechlin, ancien directeur du site, aujourd'hui en poste au siège de Total est seul dans le box des accusés. Les douze autres inculpés dans l'affaire ont tous obtenu un non- lieu. A ses côtés, face au président, Daniel Grasset, l'actuel directeur général de Grande Paroisse, est poursuivi en tant que personne morale.

Pour Jacques Mignard, président de l'association AZF Mémoire et Solidarité, lui aussi partie civile, Serge Biechlin, son ancien patron, est avant tout un bouc-émissaire. Il retrouvait lundi des dizaines d'anciens collègues, comme cet ancien directeur sécurité d'AZF, cité comme témoin. En poste sur un autre site de Grande Paroisse au moment de la catastrophe, il avait été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête. Une expérience douloureuse. Il attend lui aussi que les quatre mois de débats ouverts lundi apporte des réponses à ses questions.

AZF : le procès s'ouvre à 14h, la salle est comble

Usine nouvelle

A quelques heures de l'ouverture du procès, la salle d'audience s'emplit d'une foule avide de réponses.

L'explosion de l'usine, dont les causes n'ont pas encore été élucidées, a fait 30 morts et 2400 blessés le 21 septembre 2001 à Toulouse.

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Le chapiteau, refuge des parties civiles monté à la hâte la semaine dernière, commence à se remplir. Il devrait abriter dans les trois heures à venir les 1813 parties civiles qui prendront part d'ici cet après-midi au plus gros procès d'une catastrophe industrielle jamais survenue en France.

« Le 3 février nous n'avions enregistré que 974 constitutions de parties civiles, et le 23 février nous avons dépassé les 1810 », comptabilisaient ce matin Richard Bometon, procureur adjoint, et Gilbert Cousteaux, premier vice-président du tribunal de grande instance de Toulouse.

Au cours des quatre mois d'audience, les parties civiles donneront le ton : le procès va en effet grandement dépendre de leur implication dans les débats. Cette mobilisation des victimes, sinistrés, syndicats, associations, collectivités locales et mouvements politiques est venue perturber les plans des organisateurs du procès. La salle Jean Mermoz où se tiendront les audiences, coincée entre la piscine municipale et le stadium, ne contient que 1100 places. Mais pas question pour le parquet de créer des frustrations auprès des victimes et de leurs familles qui attendent ce procès depuis 7 ans. « Pour la justice, c'est un vrai challenge. Le nombre des parties civiles est exceptionnel. D'autant que Total a déjà accordé des indemnisations » constate Richard Bometon.

Pour le procureur adjoint, les semaines de procès devraient permettre de mettre à plat toutes les hypothèses. « Aucune ne sera exclue », ajoute-t-il. « Nous allons avancer pas à pas et explorer toutes les pistes ». Cette promesse du représentant du parquet confirme que la longueur du procès reste l'inconnue. Les audiences se dérouleront tous les après-midi du mardi au vendredi au moins pour les trois mois à venir. Un événement dont la couverture s'annonce déjà exceptionnelle : lundi matin, 250 journalistes s'étaient présentés à l'entrée du tribunal.

Procès AZF : le tribunal recense officiellement 31 personnes décédées

- AFP ] Le tribunal correctionnel de Toulouse a porté officiellement lundi à 31 le nombre de personnes décédées des suites de l'explosion d'AZF, le 21 septembre 2001, peu après l'ouverture du procès du directeur de l'usine et de

son propriétaire, la société Grande Paroisse (groupe Total).

La préfecture avait initialement recensé 30 morts et 2.500 blessés, victimes de l'explosion à Toulouse qui avait soufflé ou endommagé près de 30.000 logements à des kilomètres à la ronde.

L'ordonnance de renvoi devant le tribunal des prévenus, Serge Biechlin, ex-directeur de l'usine, et de Grande Paroisse, pour homicides involontaires, ne comportait que 29 noms, dont 21 personnes décédées sur le site de l'usine et 8 tuées jusqu'à plus d'un kilomètre du site industriel. Après expertise, la justice avait écarté le cas d'une femme de 89 ans, décédée d'un infarctus deux jours après l'explosion.

Lundi après-midi, le tribunal, présidé par Thomas Le Monnyer, a accepté "d'ordonner la jonction de deux cas supplémentaires", à la demande des familles de deux victimes, que Total avait d'ailleurs accepté d'indemniser.

Il s'agit d'une femme de 93 ans, décédée le 6 octobre 2001, et d'un homme de 73 ans, qui était en train de subir une intervention chirurgicale au moment de l'explosion. Il avait dû être à nouveau opéré et était décédé d'une

infection nosocomiale en janvier 2002.

Le ministère public a appuyé cette requête, sans opposition de l'avocat de Grande Paroisse, Me Daniel Soulez- Larivière.

Le tribunal a par ailleurs fixé à mercredi le débat sur la citation directe du groupe Total par quelques parties civiles, qui réclament la comparution du groupe pétrolier aux côtés des deux autres prévenus.

L'image de Total risque encore de se dégrader dans l'opinion

(les échos) Superprofits, naufrage de l'« Erika », présence en Birmanie... Le groupe pétrolier est le mal-aimé du CAC 40 auprès des Français. Il a déjà versé plus de 2 milliards d'indemnités à la suite de l'explosion d'AZF.

Les Français n'aiment pas Total et l'ouverture du procès AZF ne va sans doute pas inverser la tendance. D'après le baromètre Posternak-Margerit paru en février 2009, six citoyens sur dix ont une mauvaise image du groupe pétrolier, qui arrive bon dernier d'un classement de 30 groupes français connus du grand public. Le phénomène n'épargne pas les cadres et reste une constante des baromètres de perception des entreprises. En 2004, 70,8 % des cadres supérieurs avaient déjà une image négative de la société. A l'évidence, Total pâtit des crises traversées ces dernières années : le naufrage de l'« Erika » en 1999, l'explosion du site AZF en septembre 2001,

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ou encore une présence contestée sur le territoire birman. Et les « superprofits » - 9 milliards d'euros en 2004 et près de 14 milliards en 2008 - n'ont pas amélioré les choses.

La chute du pétrole non plus. La société a souvent été accusée de ne pas répercuter assez vite la baisse sur les prix à la pompe. En comparaison, GDF Suez s'en sort mieux. En dépit d'un décalage d'au moins six mois entre les prix du gaz et du pétrole, à peine un quart des Français ont une mauvaise image du groupe gazier. « Total ne brille pas par l'excellence de la communication. C'est en partie lié à une culture d'ingénieurs très axée sur les technologies », explique Jean-Marie Chevalier, spécialiste de l'énergie et professeur à Paris Dauphine.

De fait, l'exposition de l'entreprise au grand public est très faible et se limite pour l'essentiel aux stations-service.

Son divorce avec l'opinion s'est produit à l'occasion du naufrage de l'« Erika » en 1999. La société n'était pas juridiquement responsable du désastre. Mais, au début de l'affaire, elle a commis l'erreur de se positionner sur cette ligne de défense, sans prendre en compte l'aspect émotionnel. Depuis, le groupe a investi plus de 150 millions d'euros pour réparer les dommages et nettoyer le littoral. Total a également versé plus de 2 milliards d'indemnités à la suite de l'explosion d'AZF, dont 155 millions au groupe de chimie SNPE.

Pour améliorer son image, le groupe a mené plusieurs campagnes de publicité institutionnelle depuis 2005. Mais sans véritablement changer les choses.

Risques industriels : "rien n'a été fait" depuis l'explosion d'AZF, estime Bové

(- AFP ]

"Rien n'a été fait" depuis l'explosion d'AZF en 2001 pour prévenir les risques de catastrophe similaires en France, a estimé lundi à Toulouse le leader altermondialiste José Bové, peu avant l'ouverture du procès en correctionnelle.

"Est-ce qu'il va falloir qu'il y ait un Bhopal en France ou en Europe pour que l'on prenne véritablement la mesure"

du danger, s'est interrogé José Bové, évoquant la catastrophe de l'usine Union Carbide à Bhopal (Inde), d'où du gaz mortel s'était échappé en 1984, faisant des milliers de morts.

"La première leçon, c'est qu'il faut fermer dans les agglomérations les sites dangereux. On ne peut pas accepter la coexistence de populations avec des sites dangereux", a déclaré lors d'une conférence de presse l'ex-candidat à la présidentielle 2007, tête de liste Europe-Ecologie dans le Sud-Ouest aux prochaines élections européennes.

"Plus jamais ça! Il faut qu'il y ait des règles contraignantes au niveau national et européen", a ajouté José Bové, regrettant que la prévention des risques industriels ne soient pas du ressort d'un organisme indépendant, mais dépende des industriels, dont "rendement et bénéfice sont les mots clefs".

"Le procès n'apportera pas de réponse sur le long terme pour qu'il n'y ait plus jamais d'AZF", a encore estimé

José Bové.

"Depuis 20 ans nous dénoncions déjà le danger de ce pôle chimique en plein centre de Toulouse", a pour sa part déclaré Catherine Grèze, en seconde position sur la liste Europe-Ecologie Sud-Ouest, dénonçant le "scandale des sites Seveso" en France, présentant selon elle des risques considérables pour les populations.

Danielle Charles, élue Vert au conseil municipal de Toulouse, a pour sa part dénoncé le "scandale" du bilan officiel de la catastrophe d'AZF, qui n'a retenu que 30 morts. "Beaucoup d'autres sont morts par la suite et n'ont pas été comptabilisés", a-t-elle affirmé, regrettant qu'il n'y ait pas eu un suivi similaire à celui des victimes de la

canicule de 2003 en France.

Le procès en correctionnelle de l'explosion de l'usine AZF devait s'ouvrir dans l'après-midi dans une salle municipale spécialement aménagée, pouvant accueillir un millier de personnes.

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Procès hors norme pour la catastrophe d’AZF

Le Parisien

Le 21 septembre 2001, une explosion provenant de l’usine de produits chimiques AZF frappait Toulouse. Le procès s’ouvre aujourd’hui.

C’est un procès sans précédent qui s’ouvre aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de Toulouse (Haute-Garonne). Un tribunal installé pour l’occasion dans une vaste salle municipale, apte à accueillir 1 000 personnes.

Seront passées en revue, pendant quatre mois, toutes les hypothèses pour tenter d’expliquer la catastrophe survenue le 21 septembre 2001 à Toulouse, lors de l’explosion de l’usine chimique et d’engrais AZote Fertilisant (AZF), filiale du groupe Total.

Une tragédie qui a provoqué la mort de 30 personnes et traumatisé toute une ville.

Des audiences filmées

« Un procès exceptionnel », souligne Michel Vallet, le procureur de la Ville rose. Et pour cause : première en correctionnelle, il sera filmé pour des « raisons pédagogiques ». En raison de son importance et de sa durée, cinq magistrats, au lieu de trois, composeront le tribunal correctionnel et deux magistrats, au lieu d’un seul, représenteront le ministère public.

Ils devront se prononcer sur la responsabilité de Serge Biechlin, directeur d’AZF à l’époque et pour qui

« l’explosion chimique n’est pas la bonne explication », et de la SA Grande-Paroisse (filiale du groupe Total), propriétaire de l’usine, en qualité de personne morale. Les deux prévenus répondront des chefs «d’homicides involontaires, blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l’effet d’une explosion ou d’un incendie » et de diverses infractions au Code du travail. Selon le rapport final d’expertise, l’explosion du hangar 221, où étaient entreposés des produits déclassés de l’usine, a été déclenchée par un mélange de quelques kilos d’un produit chloré fabriqué dans la zone sud de l’usine avec 500 kg de nitrate d’ammonium déversés par erreur dans ce dépôt devenu au fil du temps un hangar à déchets. Une manipulation opérée par un employé, Gilles F., chargé de trier les stocks. A 10 h 17, une onde de choc d’une force inouïe ébranlait toute la ville, qui basculait dans l’enfer.

Une succession de fausses pistes

Au cours de l’enquête, plusieurs hypothèses, parfois saugrenues, ont été émises.

L’acte terroriste : une thèse fabriquée de toutes pièces. Elle mettait en cause Hassan Jandoubi, un ouvrier mort lors de l’explosion. Cette victime a été mise hors de cause. La police judiciaire a conclu « à l’absence totale d’éléments corroborant le scénario terroriste » après avoir mené 58 enquêtes sur ce point précis.

L’arc électrique : une surtension électrique provenant de la centrale alimentant la société SNPE de l’autre côté de la Garonne et du site AZF aurait déclenché une étincelle. Un arc électrique se serait formé entre les deux rives du fleuve. Aucun expert ni EDF n’ont pu confirmer cette piste longtemps débattue.

Le tir de roquette: des témoins ont juré avoir vu fuser une roquette tirée de la cité du Mirail. Aucune trace n’a été retrouvée sur le pas de tir supposé. Des spécialistes militaires ont été consultés, en vain.

La chute de météorite : un moment envisagée, l’hypothèse a été invalidée par les astrophysiciens qui n’ont rien détecté dans le ciel toulousain ce jour-là.

Une fusée amateur : un club scientifique de Ramonville organisait des lancements de fusées. Des jouets éducatifs en carton et aucun tir n’a été réalisé ce matin-là.

Une pièce d’avion : l’usine AZF était dans l’axe d’atterrissage des avions se posant sur l’aéroport.

Tous les avions ayant survolé la région ont été inspectés une fois au sol. Rien ne manquait sur les fuselages ou les moteurs.

Le filtre d’une tour de traitement : ce filtre éjecté de la tour sous l’effet d’un éclair aurait percuté à grande vitesse le bâtiment 221 du site AZF, provoquant l’explosion. Les experts ont rejeté cette thèse.

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Plus de sept ans d’enquête

Lorsque l’enquête commence, magistrats et policiers doivent d’abord faire face au chaos sur le site de l’usine AZF. Une usine en miettes. Le terrain de l’enquête couvre 70 ha et des centaines de sauveteurs piétinent les lieux. Dix jours viennent de s’écouler après les attentats contre les tours du World Trade Center à New York.

L’hypothèse terroriste est dans tous les esprits. Un climat propice aux revendications farfelues, comme celles du Jihad islamique, de Houarla Islami et du groupe inconnu Alpha Bravo qui parviennent à la presse locale ou à la police. Des écrits, jamais accrédités par les services spécialisés de la Direction centrale de la police judiciaire. Ni même par les services des autres pays européens sollicités. Pas plus que le FBI.

La police judiciaire toulousaine mobilise toutes ses troupes autour du cratère, un trou de 50 m par 30 m, centre de l’explosion, là où se trouvait le hangar 221, pulvérisé. Sur place, les enquêteurs comprennent vite que la « sécurité sur le site était défaillante ».

Les policiers notent d’emblée que des cadres de l’usine de Grande Paroisse sont déjà, dans les heures qui suivent la catastrophe, à la recherche de chlore sur le site et prennent grand soin de ne pas en parler à la PJ. Un indice capital. Deux experts judiciaires expliquent en détail aux policiers les risques d’explosion des amonitrates en présence de produits chlorés fabriqués et stockés sur le site d’AZF.

Un hangar « poubelle »

Le 26 novembre 2001, la commission interne d’enquête de Total évoque, dans une note adressée à la Direction de l’industrie, douze pistes de recherche. En tête, il est mentionné le « dépôt de produits qui n’auraient pas dû être dans les lieux de stockage ».

Tous les employés de l’usine sont interrogés, un à un et parfois à plusieurs reprises. Fin décembre 2001, policiers et experts établissent un premier scénario de l’accident. Après des centaines d’auditions, ils ont acquis la

certitude qu’une benne transportant environ 500 kg de produits chlorés a été déversée par Gilles F., un conducteur d’engins, dans le hangar 221 comportant au moins 563 t de nitrates. Un employé, qui dans ses auditions, a reconnu « n’avoir reçu aucune formation » spécifique. Le hangar 221 était la « poubelle » de cette usine.

Un bâtiment « dépourvu de système de sécurité ou de détection incendie » comme le note le rapport de la Direction de l’industrie.

Cette soupe chimique, mélange d’amonitrates et de chlore, a été reproduite en laboratoire par les experts puis en situation réelle lors d’un essai pendant l’été 2006 sur un terrain militaire. Une hypothèse toujours récusée par le groupe Grande-Paroisse Total car il suppose des négligences dans l’organisation de la sécurité du site.

24janvier 2009

Procès AZF : dissensions entre les sinistrés et les anciens salariés

(les

échos ] DE NOTRE CORRESPONDANT À TOULOUSE

Les associations de familles endeuillées et les anciens salariés ont manifesté séparément hier. La demande de citation directe de Total sera jugée demain.

Contrairement aux attentes, la manifestation des associations de victimes de l'explosion d'AZF le 21 septembre 2001 a attiré peu de monde hier matin dans les anciens quartiers sinistrés de Toulouse, avant l'ouverture du procès qui durera quatre mois. A peine une cinquantaine de personnes munies d'un brassard violet sont parties de la stèle posée par la mairie sur la route de Seysses et ont marché jusqu'à la salle municipale Mermoz reconvertie en tribunal correctionnel au bord de la Garonne. La stèle de granit porte la simple mention « AZF 21 septembre 2001 » mais aucun nom. « J'attends que l'Etat dise combien il y a eu de morts et l'on pourra inscrire leurs noms ! » explique Guy Fourest, président du Comité de défense des victimes d'AZF. En froid avec les associations de sinistrés, les anciens salariés d'AZF se sont réunis séparément, devant le portique d'accès à la salle d'audience. Ils sont plus d'une centaine à porter des casques blancs arborant la mention « AZF la vérité » en rouge. « Dites bien que nous sommes plus nombreux que les manifestants ! » se félicite Jacques Mignard, ex- délégué CGT devenu président de l'association d'anciens employés AZF Mémoire et solidarité. « Nous attendons du procès qu'il foute en l'air la thèse officielle de l'accident chimique, qui n'a jamais été matériellement démontrée

! s'exclame-t-il. Il y a des hypothèses qui n'ont pas été étudiées. » A l'opposé, Gérard Ratier, président de l'association des familles endeuillées, dont un fils a été tué dans l'usine, est convaincu par la thèse de l'accusation du mélange de produit chloré de piscine et de nitrate d'ammonium déclassé. « Il n'y avait pas de

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barrière entre la partie nord de l'usine réservée aux nitrates et la partie sud des produits chlorés, dit-il. Tous les camions passaient par la même entrée car l'industriel n'a pas cru au risque du croisement. » Alors que son association avait demandé en vain pendant l'instruction que Total soit mis en examen, il n'exige plus une citation du groupe : « On ne veut pas déporter le débat car cela risque d'empêcher que l'objectif premier du procès soit atteint. »

Ordonnance de renvoi

Hier matin encore, cinq personnes constituées parties civiles qui demandent la citation directe de Total se retrouvaient sans avocat, Me Christophe Lèguevaques les ayant laissé tomber la semaine dernière pour défendre la mairie de Toulouse, constituée partie civile sans demander d'indemnités car elle a reçu 87 millions d'euros.

Finalement, pendant l'audience, le bâtonnier a désigné Me Simon Cohen et la demande de citation directe de Total et de son ancien PDG Thierry Desmarets sera instruite mercredi.

Dans l'immense salle d'audience, un millier de personnes se sont levées dans le calme quand les cinq juges et les deux procureurs sont entrés à 15 h 18. Le président Thomas Le Moynnier a d'abord fait des observations préalables « en raison des dissensions entre certaines parties civiles ». Il a assuré que « le tribunal ne fera aucune distinction entre les victimes, qu'elles soient parties civiles ou pas ». Il a cité l'ordonnance de renvoi des deux seuls inculpés, l'ancien directeur de l'usine Serge Biechlin, soixante-quatre ans, et la société Grande Paroisse, pour avoir involontairement causé la mort, blessé des personnes et détérioré des biens, le directeur étant aussi inculpé pour infraction au Code du travail. Puis il a lu avec émotion la longue série de noms de victimes. A la demande de deux familles, il a joint au dossier les cas de deux personnes décédées plus tard, portant le bilan à 31 morts

José Bové demande la fermeture des sites dangereux

Risques industriels.

José Bové est en campagne. Tête de liste écologiste dans le Sud-Ouest pour les européennes, il a tenu hier matin une conférence de presse dans le café d'un ancien quartier sinistré toulousain : « Ce procès est un moment important pour les victimes, mais il n'apportera pas de réponse à long terme pour qu'il n'y ait plus d'AZF. » Selon lui, la loi Bachelot sur les risques industriels votée après AZF est « une loi bâclée » car « elle laisse aux

entreprises la responsabilité de mettre en place des procédures de sécurité. Ces sites dangereux doivent fermer, ce n'est pas aux riverains de partir comme le dit la loi ». Concernant l'explosion d'AZF, José Bové a estimé que « Total et sa filiale ont peu à peu relâché la sécurité pour la laisser aux mains des sous-traitants ». De son côté, le maire PS de Toulouse, Pierre Cohen, ancien membre de la commission d'enquête parlementaire sur les risques industriels, a estimé que « la loi Bachelot n'est pas assez osée ».

Les caméras font leur entrée dans un tribunal correctionnel

les échos

Jusqu'à présent seuls les procès pour crime contre l'humanité de Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon avaient été filmés.

Les prévenus du procès AZF ont bataillé ferme pour que les caméras vidéo ne soient pas autorisées dans la salle municipale Jean Mermoz, destinée à accueillir les quatre mois d'audience que doit durer le procès. La Cour de cassation a pourtant décidé du contraire en rejetant le pourvoi formé par Serge Biechlin, directeur de l'usine AZF, et la société Grande Paroisse, la semaine dernière. Ce sera une première en France devant un tribunal

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correctionnel. Jusque-là, depuis la loi de 1985 sur l'enregistrement vidéo des procès, seuls les procès en cour d'assises de Klaus Barbie (1987), Paul Touvier (1994) et Maurice Papon (1998) avaient pu être filmés du fait de leur portée historique. Les faits jugés cette fois-ci sont de nature bien différente mais, selon l'association des sinistrés du 21 septembre, l'explosion de l'usine AZF a, elle aussi, « une portée historique pour les archives de la Justice ». Il s'agit, en effet, d'une catastrophe industrielle d'une ampleur exceptionnelle, par les dégâts commis et le nombre de victimes.

« Trace des discussions »

« Il paraît nécessaire que soit conservée grâce à des moyens audiovisuels, comme l'enregistrement des débats, la trace des discussions scientifiques sur les causes de la catastrophe industrielle », avait souligné le premier président de la cour d'appel de Toulouse, Jacques Nunez, qui avait répondu favorablement à cette demande mi- janvier. L'avocat de Serge Biechlin, le directeur de l'usine AZF, avait dénoncé de son côté les risques d'une « surmédiatisation » et l'amalgame entre son client, jugé pour des infractions de droit commun, et les criminels de guerre jugés lors des précédents procès filmés. Le ministère public avait, lui, estimé que les Français ne feraient pas la confusion

Procès AZF : le tribunal tranchera jeudi à 14 heures sur la comparution de Total

[ - AFP ]

Le tribunal correctionnel de Toulouse rendra sa décision jeudi à 14h00 sur la recevabilité de la demande de comparution de Total et de son ancien PDG Thierry Desmarest, dans le procès de l'explosion de l'usine AZF, a

indiqué mercredi le président Thomas Le Monnyer.

Vingt-quatre parties civiles considèrant que des "négligences" de Total sont à l'origine de la catastrophe qui avait fait 31 morts et des milliers de blessés, ont défendu des citations directes à leur encontre mercredi lors de la

deuxième audience du procès.

Serge Biechlin, directeur de l'usine à l'époque des faits, le 21 septembre 2001, et Grande Paroisse, propriétaire d'AZF et filiale de Total, en qualité de personne morale, sont actuellement les seuls prévenus.

Ils sont poursuivis pour homicides involontaires, blessures involontaires, destructions et dégradations involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie, et infractions au code du travail.

Plusieurs associations de victimes avaient déjà tenté sans succès d'obtenir la mise en examen de Total durant les six années d'instruction, estimant que M. Biechlin et Grande Paroisse "n'avaient aucune marge de manoeuvre".

La défense ainsi que le ministère public ont jugé irrecevables ces citations directes.

Serge Biechlin, l'homme seul du procès AZF

De notre envoyé spécial à Toulouse, Cyrille Louis les échos

Unique prévenu de l'audience, l'ancien directeur de l'usine va personnifier pendant quatre mois les manquements mis en lumière par l'instruction

La scène a glacé jusqu'à certains de ses plus coriaces adversaires. Lundi, il n'est pas tout à fait quinze heures lorsqu'un essaim de photographes et de cameramen est autorisé à prendre position devant le banc des prévenus. Costume gris, cravate bleue, chevelure blanche sagement coiffée d'une raie sur le côté, Serge Biechlin affronte alors seul, durant de longues minutes, l'étourdissant crépitement des flashs. Le visage est cadenassé mais il y a quelque chose de doux dans son regard désorienté. Frédéric Arrou, qui milite pourtant depuis sept ans pour que les responsables d'AZF soient jugés, concède alors : «Là, je ressens de l'empathie envers ce monsieur.»

Âgé de 64 ans, l'ancien directeur de l'usine AZF aborde le procès de la catastrophe dans l'inconfortable position de prévenu unique - aux côtés de la personne morale société Grande Paroisse. Depuis le début de l'instruction, cet ingénieur chimiste souhaite en effet assumer seul d'éventuels manquements à la réglementation, qu'il conteste d'ailleurs pour la plupart. Interrogé sur l'état du hangar 221, où l'explosion s'est produite, il n'a ainsi cessé de décrire, en dépit des témoignages discordants, un bâtiment «conforme aux règles de l'art» et présentant «un risque zéro». De même, il n'a cessé de réfuter l'existence d'un lien entre d'éventuelles défaillances industrielles et la catastrophe survenue le 21 septembre 2001, manifestement convaincu que celle- ci résulte nécessairement d'un acte intentionnel.

Références

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