Nguegang Tayou S. et al. / Revue Scientifique et Technique Forêt et Environnement du Bassin du Congo. Volume 6. P. 79-80, Avril 2016
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Revue Scientifique et Technique Forêt et Environnement du Bassin du Congo Volume 6. P. 79-80, Avril (2016)
Contribution à la prise en compte du genre dans l’adaptation et l’atténuation au changement climatique chez les peuples autochtones : cas des Baka de l’arrondissement de Djoum
Nguegang Tayou S. A.1, Bell J. M.2, Mbenda R.3
(1) Etablissement : CRESA Forêt-Bois, faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles, Université de Dschang, Cameroun e-mail : [email protected]
(2) Encadreur académique : Maitre de Conférences, CRESA Forêt-Bois, Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles, Université de Dschang, Cameroun
(3) Encadreur professionnel : Assistante technique projet CEFDHAC/UICN -PACO.
1. Objectif général
Analyser l’influence du genre sur la vulnérabilité, les capacités de résilience et l’efficience de la mise en œuvre des stratégies d’atténuation au sein des communautés autochtones Baka
2. Objectifs spécifiques (OS)
OS 1 : Démontrer la vulnérabilité différenciée suivant le genre face au changement climatique au sein des communautés Baka ;
OS 2 : Examiner les sexo-spécificités des impacts du changement climatique au sein des communautés Baka ;
OS 3 : Montrer l’influence des rapports sociaux de genre sur les actions adaptatives des Baka et la mise en œuvre des mesures d’atténuation.
3. Hypothèse
Les inégalités sociales de genre au sein des communautés Baka déterminent une vulnérabilité différenciée face au changement climatique tout en limitant les capacités de résilience et l’efficience des mesures d’atténuation.
4. Méthodologie 4.1 Zone d’étude
L’arrondissement de Djoum, est situé dans le département du Dja et lobo, région du sud, à 2°39’50’’
de latitude Nord et 12°40’02’’ longitude Est. Cette localité couvre une superficie d’environ 8.000 km2. L’environnement physique de Djoum est caractérisé par un climat équatorial de type guinéen, une faune riche et diversifiée, des forêts denses humides et semi-décidues. Sur le plan socioéconomique, le peuplement se singularise par son hétérogénéité du fait de la présence des autochtones et des allogènes.
Les autochtones sont constitués des Bantou et des pygmées Baka. Les allochtones sont d’origines
diverses. Les principales activités sources de revenus pour les habitants de Djoum sont : l’agriculture, la pêche, la cueillette et la chasse.
4.2 Méthode de collecte des dnnées
Cette étude adopte une perspective de recherche inductive et qualitative et tend à la contribution des connaissances par la réalisation d’une étude de cas.
Pour ce faire, les données ont été collectées au sein de neuf villages Baka de Djoum, sélectionnés sur la base d’un échantillonnage aléatoire à choix raisonné.
Et, les méthodes mobilisées dans cette étude se sont inféodées à une démarche participative. Dans cette logique, elle a fait appel à des techniques de collecte des données qualitatives à l’instar de la recherche documentaire, des Focus Group Discussion, des entretiens semi -structurés et de l’observation directe.
Les analyses se sont fondées sur une approche genre et sur la théorie de la vulnérabilité.
Sous cet angle, une démarche compréhensive et explicative à travers l’analyse qualitative de contenu et la théorisation ancrée a été privilégiée. En outre, le travail de terrain a pris en compte les considérations éthiques liées à la recherche auprès des communautés autochtones. Dans cette optique, le principe de leur consentement libre, préalable et éclairé a été respecté.
5. Résultats
R1.1 : Les femmes présentent une vulnérabilité élevée face à la pénurie des ressources naturelles par rapport aux hommes. Cela s’explique par leurs rôles sociaux de production et de reproduction au sein de la communauté.
R1.2 : La capacité de gestion des risques climatiques est plus faible pour les femmes que pour les hommes.
Ceci se comprend par le fait que leur accès aux ressources (terre, outils et technologie, information) est davantage limité.
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80 R2.1 : Les impacts environnementaux du changement climatique ont des répercussions directes néfastes sur l’éducation, la sécurité humaine et la santé ; dans la mesure où ils favorisent l’accroissement des déperditions scolaires féminines, des violences sexuelles basées sur le genre, des conflits baka- bantous et de la morbidité maternelle et infantile au sein des communautés.
R2.2 : Le changement climatique réduit les opportunités d’autonomisation des femmes Baka, car l’augmentation et l’alourdissement de leurs rôles domestiques font qu’elles consacrent moins de temps aux activités de prise de décision au niveau communautaire.
R3.1 : Les choix des réponses adaptatives des hommes et des femmes sont guidés par un ensemble de facteurs sociaux liés au genre : modalités d’accès et contrôle des ressources, tâches domestiques, statut social. Et des mesures d’adaptation communes aux deux sexes ont un effet pervers sur le capital social et humain des femmes.
R3.2 : La reconnaissance des droits fonciers des Baka comme une opportunité de la REDD+ ne garantit pas l’accès effectif des femmes à la terre dans un contexte marqué par la domination masculine et par la prééminence des discriminations du droit coutumier.
Plus encore, si les rôles sociaux de genre se présentent comme une force de la REDD+ en termes d’implication des femmes de par leurs connaissances spécifiques en matière de gestion forestière, il n’en demeure pas moins qu’il y’a le risque de les instrumentaliser et d’augmenter leur charge de travail.
6. Discussion
Les résultats de cette recherche démontrent que les inégalités de genre singularisent l’expérience que font les hommes et les femmes du changement climatique et déterminent leurs opportunités en matière d’adaptation et d’atténuation. Cela corrobore les conclusions des travaux d’Angula (2010) et d’Argawal (2001) menées respectivement en Namibie et en Asie du Sud.
En outre, les peuples autochtones et les femmes en particulier, en dépit de leur vulnérabilité accrue s’érigent comme des intermédiaires clés dans l’adaptation et l’atténuation. Ceci, suivant la logique de la thèse de leur savoir écologique traditionnel. Toutefois, il convient de ne pas mystifier le rôle qu’elles sont susceptibles de jouer dans l’adaptation et l’atténuation. De la sorte, la perspective empruntée dans cette recherche s’érige en faux contre l’essentialisme et le déterminisme biologique qui modèlent la littérature sur le lien entre genre et changement climatique. Car, si les femmes autochtones ont des liens étroits avec la nature, cela n’est pas dû à l’existence d’une affinité spéciale innée entre les femmes et la nature mais plutôt à la division sexuelle du travail et au manque d’autres opportunités économiques. Subséquemment, les liens entre genre, peuples autochtones et changement climatique ne peuvent être compris sans la prise en compte du contexte social, matériel et historique.
7. Recommandations
- Aux Responsables politiques et agences de développement chargés du changement climatique à l’échelle nationale et internationale : faire reposer les politiques d’adaptation et d’atténuation au sein des communautés autochtones sur une analyse détaillée, participative et sensible au genre de la vulnérabilité face au changement climatique ;
- Aux Institutions de recherche et de formation environnementales : intégrer le genre comme approche transversale dans les formations environnementales.
Mots clés : vulnérabilité, changement climatique, genre, adaptation, atténuation, peuples autochtones, Baka
Mémoire de Master Professionnel en Etudes d’Impacts Environnementaux soutenu au CRESA Forêt-Bois le 13 juillet 2015 en République du Cameroun.