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Le salaire des pasteurs

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Academic year: 2022

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Par Marie Lefebvre-Billiez

Le salaire des pasteurs

Le salaire des pasteurs varie d’une Union d’Églises à l’autre. Si le « net à payer » est souvent inférieur au Smic, les avantages en nature qui viennent le compléter ne sont pas négligeables.

Combien gagne un pasteur ? Son niveau de vie est-il équivalent à celui d’un professeur des écoles ? Il est quasiment impossible de répondre à cette question, tant les situations diffèrent en fonction du lieu géographique et des Unions d’Eglises. Ainsi, un pasteur tzigane est bénévole, la mission Vie et Lumière ne rémunérant pas ses ministres. A l’Armée du Salut, le ministère pastoral se vit en couple. Les conjoints perçoivent pour eux deux l’équivalent d’un Smic. Chez les adventistes, dont les fidèles paient la dîme, le salaire permet de vivre sans souci majeur.

Ecarts de revenus importants

Certaines Unions d’Eglises ont des grilles applicables dans toutes leurs paroisses.

D’autres sont congrégationalistes, et chaque assemblée locale décide pour elle- même. Tout cela aboutit à des écarts de salaires parfois importants. Sans compter la situation des communautés évangéliques nouvellement créées : le pasteur- fondateur exerce, au début, un métier séculier. Puis, le montant des dons des fidèles augmente et l’Eglise peut le rémunérer, d’abord à mi-temps et ensuite à

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temps plein.

Réforme a mené l’enquête auprès de trois d’entre elles, et en voici les principaux résultats.

Avec ou sans presbytère ?

L’Alsace-Lorraine est sous juridiction allemande en 1905, quand la séparation de l’Eglise et de l’Etat devient effective en France. Résultat : les cultes luthérien et réformé dépendent toujours des articles organiques mis en place par Napoléon.

Les ministres sont donc payés par le pouvoir, ce qui n’est pas le cas des pasteurs évangéliques, dont les Eglises ne sont pas « reconnues ». Les pasteurs de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL) gagnent 1 345 euros nets mensuels (soit l’équivalent de 1 680 euros bruts) en début de carrière. Il détient un logement de fonction, mais il s’acquitte de tous les frais afférents à son domicile (eau, électricité, gaz, etc.) S’il a des enfants, il perçoit un petit complément familial.

En fin de carrière, son salaire s’élève à 2 370 euros nets (soit l’équivalent de 2 950 euros bruts). Le niveau de rémunération est donc nettement supérieur à celui pratiqué en « France de l’intérieur »,. Et comme les pasteurs sont payés par l’État, le ministère de l’Intérieur fixe un quota maximum de ministres rémunérés.

Cela ne permet pas aujourd’hui à l’UEPAL de pourvoir tous ses postes.

« Traitement mensuel de base »

En « France de l’intérieur », l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) rémunère ses pasteurs sur la base d’un « traitement brut mensuel de base » (TBMB) qui s’élève à 1 180 euros, à quoi s’ajoute un logement de fonction. Et elle prend en charge les frais afférents au presbytère. Elle verse également un complément familial au pasteur s’il a des enfants, plus important qu’en Alsace. Le TBMB est aussi majoré en fonction de l’ancienneté : 8 % au bout de deux ans, 18

% au bout de quinze ans, 25 % après trente ans.

Inférieur au Smic (1 470 euros bruts par mois), le TBMB, complété par des avantages en nature, est-il suffisant ? « C’est extrêmement subjectif, répond Didier Crouzet, secrétaire général de l’EPUdF. Cela dépend beaucoup de ce que l’on a connu avant. »

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Frais professionnels, cotisations sociales et retraite

La situation peut être plus difficile à vivre pour des pasteurs ayant rejoint le ministère après une première activité professionnelle non confessionnelle. Dans tous les cas, le départ à la retraite et la perte du logement de fonction posent de sérieux problèmes. D’où la création depuis quelques années de résidences pour pasteurs retraités.

Quant à la Fédération des Eglises évangéliques baptistes de France (FEEBF), la « rémunération brute de base » s’élève à 1 400 euros par mois, et augmente avec l’ancienneté d’environ 1 % par an. A cela s’ajoute une allocation de fonctionnement de 330 euros par mois pour le remboursement des frais professionnels ( indemnités kilométriques …).

À l’EPUdF, ces frais sont remboursés sur justificatifs (y compris les cartouches d’imprimante) ; la FEEBF a préféré une allocation forfaitaire. Quant au logement, si le pasteur habite dans un presbytère, un « avantage en nature » est indiqué sur la fiche de paie. Si l’Eglise locale ne dispose pas d’un presbytère et que le pasteur doit se loger lui-même, elle lui verse une indemnité de 300 euros par mois en début de carrière, qui atteint 600 euros mensuel après vingt ans d’ancienneté, et qui peut être majorée en fonction de la zone géographique concernée.

Cavimac, le régime spécial des ministres du culte

En revanche, la FEEBF n’accorde aucun complément familial. En outre, les cotisations sociales ne sont pas versées au régime général, mais à la Cavimac, une caisse spécifique pour les ministres du culte, jusqu’à récemment utilisée uniquement par les prêtres catholiques.

Dans ce régime, les pasteurs ne perçoivent pas d’indemnités journalières en cas d’arrêt maladie, l’Eglise locale maintenant donc son salaire elle-même. La pension est plus modeste, mais un système de complément par capitalisation a été mis en place.

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Par Noémie Taylor-Rosner

États-Unis : les chrétiens “born again” votent Donald Trump

Les résultats du Super Tuesday témoignent d’un fort soutien des chrétiens « born again » à Donald Trump.

Donald Trump est-il le candidat des évangéliques aux États-Unis ? Oui, à en croire la grande majorité des médias américains, au lendemain du Super Tuesday : le magnat de l’immobilier, en tête de la course à l’investiture républicaine, a remporté le 1er mars le soutien d’un tiers des électeurs se définissant comme

« born again Christians » parmi les onze États participant à cette étape clé des primaires aux États-Unis. Une déception pour le principal adversaire de Donald Trump, le républicain et baptiste du Sud Ted Cruz qui comptait depuis le début de la campagne sur la mobilisation de la droite chrétienne des États du sud de la

« Bible Belt ».

Si Trump est soutenu par des figures chrétiennes ultramédiatiques, comme le pasteur télévangéliste texan Mike Murdock ou le président de Liberty University, Jerry Falwell Jr (à la tête de la plus grande université chrétienne des États-Unis), de nombreux pasteurs évangéliques conservateurs sont aussi montés au créneau

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pour dénoncer son manque de civilité au cours de la campagne.

C’est le cas du pasteur Max Lucado qui condamne, dans un éditorial publié dans le Washington Post, « l’indécence » des propos de Donald Trump. « Ses bouffonneries me chagrinent. Il ridiculise un héros de la guerre […]. Il se moque d’un reporter handicapé. Il traite tout le monde d’imbécile », énumère, affligé, le leader évangélique texan. « Qui plus est, en brandissant la Bible et en se vantant de sa foi chrétienne. »

Même son de cloche du côté de Russell Moore, président de la Commission d’éthique et des libertés religieuses de la Convention baptiste du Sud, qui attaque régulièrement le milliardaire américain sur Twitter : « Lorsque l’on gagne en politique mais que l’on perd le message des Évangiles en chemin, on n’a rien remporté du tout », estime le pasteur qui n’hésite pas à assimiler Donald Trump au « Veau d’or ».

Écart politique important

Si les évangéliques américains s’identifient majoritairement au camp conservateur (56 % de républicains contre 28 % de démocrates, selon le Pew Research Center), il existe aussi en son sein des mouvances progressistes. C’est le cas de la communauté « Sojourners » fondée au début des années 70 par le pasteur évangélique Jim Wallis. Sans se prononcer en faveur d’un candidat spécifique, ce dernier n’hésite pas à s’en prendre ouvertement aux idées de Trump et aux chrétiens qui le soutiennent. « Cette campagne me donne honte d’être évangélique, explique-t-il. On ne peut pas en tant que chrétien voter pour un raciste, quelqu’un qui stigmatise les musulmans américains et les immigrés. Il faut relire l’évangile selon Luc (4,18) : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés.” Un vrai évangélique ne peut pas croire une seconde que l’élection de Trump puisse être une bonne nouvelle pour les pauvres. »

Alors comment expliquer l’engouement des fidèles évangéliques pour le trublion populiste ? « À mon sens, lorsque les médias nous parlent d’électeurs évangéliques, ce qu’ils désignent ce sont surtout et avant tout des électeurs

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blancs, estime Jim Wallis. Il s’agit d’une certaine catégorie de la population qui est effrayée par les changements démographiques au sein de la société américaine, car nous sommes en train de devenir un pays constitué d’une majorité de minorités. Ce qui, à mon avis, est une bénédiction pour le futur de l’Amérique », note le pasteur qui vient de publier un nouveau livre à ce sujet (America’s Original Sin : Racism, White Privilege and the Bridge to a New America, Brazos Press, 2016).

Une analyse que confirme la politologue Amy Black, professeur au Wheaton College dans l’Illinois. « Le terme “évangélique” utilisé dans les sondages de sortie des urnes est assez vague. Il est fondé sur la manière dont se définissent les sondés. Or, il faut savoir que de nombreuses personnes, particulièrement dans les États du sud de la Bible Belt, ont tendance à s’identifier comme évangéliques, même lorsqu’elles ne sont pas actives religieusement. D’ailleurs, certains sondages montrent que le soutien à Donald Trump est beaucoup moins marqué parmi les électeurs qui se rendent fréquemment à l’église. Il obtient ses meilleurs résultats avec les personnes non religieuses. »

Ceci explique sans doute l’écart politique important existant entre les leaders des Églises et les électeurs dit « évangéliques »: selon un récent sondage LifeWay Research, seuls 5 % des pasteurs se déclarant républicains, seraient prêts à voter pour Donald Trump, contre 8 % pour Marco Rubio, 10 % pour Ben Carson et 29 % pour Ted Cruz.

Bien qu’ils soient tous tenus par la loi de respecter une certaine neutralité politique au sein de leurs Églises, les responsables chrétiens cherchent très souvent à s’impliquer, d’une manière ou d’une autre, dans la vie démocratique du pays. Soit en dénonçant les dérives de certains candidats au cours de la campagne, soit en attirant l’attention sur certaines problématiques sociales qui leur tiennent à cœur. « Nous ne parlons au nom d’aucune plate-forme politique mais, historiquement, nous avons toujours été très impliqués dans la lutte pour les droits civiques, et plus particulièrement le droit de vote », explique Sandy Sorensen, directrice du Bureau de la Justice de l’United Church of Christ à Washington, très engagée dans le domaine du droit à l’avortement. « Nous partons du principe qu’en tant que chrétiens travaillant pour le bien commun, c’est en joignant nos efforts et en dépassant nos différences qu’émergeront les meilleures idées. Mais pour cela, il faut un minimum de respect et cette campagne en manque cruellement. »

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Soutien des Églises noires

D’autres leaders religieux n’hésitent pas à soutenir ouvertement un candidat. Fin janvier, 28 pasteurs d’Églises noires, conquis par une visite de la démocrate Hillary Clinton dans une Église épiscopale méthodiste africaine (AME) de Philadelphie, ont annoncé leur engagement à ses côtés. « Hillary Clinton était très à l’aise au sein de notre Église, d’autant qu’elle est elle-même méthodiste, assure le révérend Mark Tyler. Nous avons apprécié le fait qu’elle soit très engagée sur des questions qui touchent particulièrement la communauté noire : l’éducation au niveau de la petite enfance [très inégalitaire aux États-Unis, ndlr], l’accès à l’Université, les violences policières, le chômage. J’ai quelques amis convaincus par son adversaire démocrate Bernie Sanders, mais son ancrage dans un État blanc comme le Vermont le dessert auprès de la communauté noire qui ne le connaît pas très bien. »

Le révérend Tyler affirme soutenir Clinton à titre privé : « Je ne prêche pas pour elle au sein de l’Église mais la politique est indubitablement une extension de ma foi personnelle. Au sein de l’AME, nous estimons que les pasteurs vivent dans le monde réel et ont le droit de s’engager politiquement. »

Qu’en est-il, enfin, des catholiques ? « Les Églises protestantes ont toujours été beaucoup plus libres de soutenir des candidats que les catholiques », note Joshua Mercer, cofondateur du lobby conservateur VoteCatholic. Au cours de cette campagne, très peu d’entre eux ont en effet fait entendre leur voix. Une discrétion liée, selon Mercer, à « l’anticatholicisme » qui a longtemps marqué l’histoire des États-Unis.

Du côté des fidèles, « les catholiques blancs votent majoritairement républicain, surtout ceux qui se rendent régulièrement à la messe. Quant aux Hispaniques dont la population croît rapidement, ils votent eux largement en faveur du parti démocrate », mettant de côté, pour certains, leurs réserves sur la question de l’avortement.

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Par Antoine Nouis

“Tu quitteras tes parents”, les ambiguïtés de la liberté

Nous avons médité l’appel à honorer ses parents. Cette parole entre en tension avec celle qui appelle à quitter son père et sa mère pour défricher son propre chemin de vie.

“L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme.” (Gn 2,24).

Dans son travail de démographe, Emmanuel Todd a fait une typologie des différents modèles familiaux qui existent dans le monde. L’un des critères qui permet de distinguer les types de familles est la séparation entre les parents et les enfants. Il existe des familles dans lesquelles les enfants quittent leurs parents au moment du mariage et des familles dans lesquelles le fils ramène sa femme à la maison pour vivre sous le même toit que ses parents. Le démographe remarquait en 2016 que les pays qui ont un modèle familial dans lequel les enfants quittent leurs parents sont globalement démocratiques alors que ceux dans lesquels les enfants restent chez leurs parents vivent plus souvent sous un régime politique autoritaire.

Les familles dans lesquelles les enfants restent chez leurs parents constituent un cocon protecteur et intégrateur. La sécurité est une bonne chose, c’est même un droit de l’homme, mais lorsqu’on a l’habitude d’avoir une autorité au-dessus de

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soi, on trouve naturel d’avoir un pouvoir protecteur, voire autoritaire.

L’apprentissage de la liberté

La Bible situe un des fondements de la foi dans le commandement adressé à Abraham : « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. » (Gn 12,1). L’appel premier est celui du départ, du risque de la liberté. Si l’humain n’avait été mû par une obscure liberté, il serait resté un animal comme les autres et il aurait probablement succombé sous les coups de ses prédateurs. C’est un certain sens de la liberté qui l’a conduit à ne pas simplement reproduire ce que faisaient ses ancêtres, mais à imaginer des outils, des vêtements, des armes et des abris. Le propre de l’homme, et les raisons de ses succès dans le règne animal, est son sens de l’imagination et de la créativité qui l’a poussé à inventer de nouvelles réponses aux questions qu’il rencontrait. Le fait de quitter ses parents pour construire sa propre maison, sa propre famille, sa propre histoire, suscite l’apprentissage de la liberté, car la liberté n’est pas la jouissance d’un quelconque privilège, mais une conquête.

Lorsque Jésus appelle un disciple et que ce dernier répond : « Permets-moi d’abord d’enterrer mon père », Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. » (Mt 8,21-22). Il n’appelle pas son disciple à ne pas assister aux funérailles de son père, il l’appelle à creuser sa propre histoire. La démarche de foi ne relève pas d’une tradition familiale. On n’a pas la foi par héritage, de même qu’on n’est pas libre par héritage.

La liberté n’est pas naturelle, ce qui est naturel, c’est le conformisme, l’esprit grégaire. Il est tellement plus facile de se laisser conduire par la foule. Quand la Genèse dit que les enfants doivent quitter leurs parents, elle transmet un message politique ! Le but d’une éducation n’est pas de garder les enfants le plus longtemps possible à la maison, mais de leur donner les ressources suffisantes pour qu’ils affrontent, en adultes, la réalité du monde. Les oiseaux doivent parfois chasser les oisillons du nid pour que ces derniers apprennent à voler.

Nous vivons dans une société qui subit trop souvent le syndrome Tanguy, du titre de ce film qui montre un jeune homme multipliant les études et les petits boulots pour ne pas quitter l’appartement, confortable, de ses parents. Pour un jeune travailleur, il est plus agréable de vivre chez ses parents lorsqu’on est nourri, logé, blanchi, et que son salaire est son argent de poche, plutôt que d’affronter

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les difficultés de la vraie vie. Lorsque la Bible dit que les enfants doivent quitter leurs parents, elle transmet un appel à la liberté et à la responsabilité.

Le commentaire du pasteur Antoine Nouis : Les ambiguïtés de la liberté

Le philosophe Paul Ricœur a appelé maîtres du soupçon les penseurs qui ont remis en question la définition de l’homme comme « animal doué de liberté qui choisit à partir de sa raison ». Selon eux, nous serions ce que nous sommes non parce que nous avons choisi de l’être, mais en raison du déterminisme de la structure sociale, des forces économiques, de l’inévitabilité historique ou du conditionnement de la prime enfance. Le courage, la compassion et même le sens de la liberté ne seraient que des subterfuges qui dissimulent les ruses de la nécessité sociale.

Il est utile d’entendre ces analyses pour éviter de s’enfermer dans l’illusion d’un humain qui ne serait qu’une liberté pure et parfaite. D’un autre côté, il est terriblement réducteur de ne considérer les actions d’un humain que comme le fruit de ses déterminations. Pour prendre un exemple extrême, Viktor Frankl a écrit : « Dans les camps de concentration, véritables laboratoires et terrains d’observation, nous avons vu des hommes se comporter comme des porcs et d’autres comme des saints. L’être humain possède en lui deux potentiels. C’est lui qui décide lequel il veut actualiser, indépendamment des conditions qui l’entourent. »

Au fond de lui, l’humain se sait appelé à la liberté, il lui reste à la conquérir, sans nier les multiples contraintes qui s’imposent à lui. Le secret de la liberté consiste à connaître ces contraintes afin de les assumer pour les faire servir à ses propres fins. L’homme a toujours agi ainsi avec les forces de la nature : pluies, fleuves, feu, vent, atome… plutôt que de lutter contre ces énergies du cosmos, il les a domestiquées pour son bien et ce qui pouvait être source de mort est devenu source de vie. Il en va de même de l’homme avec ses contraintes, il est invité à jouer avec ses déterminismes pour les mettre au service de ses choix, en raison de sa liberté qui devient, comme l’écrivait Ricœur, « la passion pour le possible contre la triste méditation de l’irrévocable ».

Lire également :

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Bible: tu honoreras tes parents

La Bible et le syndrome des enfants Tanguy

Par Jean Zumstein

Série « La Passion dans l’évangile de Jean » (5) : La crucifixion de Jésus

Dans le quatrième évangile, la croix est le lieu de la pleine révélation de Dieu sous une forme qui déconstruit toutes les représentations que nous nous faisons du divin et de l’humain. Le Christ crucifié est le Christ vainqueur.

Dans le quatrième évangile, la scène de la crucifixion n’est marquée ni par la souffrance, ni par le sang répandu, ni par les moqueries, ni par la violence de la foule. Tous ces éléments, si souvent exploités dans une piété doloriste, sont absents. Le crucifié est le roi des Juifs, la croix son trône, sa mort son triomphe.

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L’écriteau, fixé sur le gibet et rédigé en trois langues, proclame sa seigneurie universelle. Les deux brigands crucifiés à sa gauche et à sa droite forment sa cour.

Cette lecture à rebours de la croix n’est ni un déni de réalité, ni une vaine tentative d’embellir une réalité effroyable. Elle veut montrer au lecteur que Dieu s’empare de ces événements qui semblent démentir sa présence pour en faire le lieu de sa pleine révélation. Dieu surgit là où il n’était pas attendu, sous une forme qui casse toutes les images que l’être humain se fait de Lui. Il est le Tout Autre, il est infiniment libre par rapport aux attentes et aux valeurs humaines.

Pour Jean, la croix n’est pas la fin du chemin, mais l’ouverture de ce même chemin vers Dieu. Et c’est pourquoi le Christ crucifié est un Christ vainqueur.

L’avenir de la révélation

Mais le lecteur n’est pas au bout de ses surprises. Par rapport aux trois premiers évangiles, trois nouveaux éléments apparaissent. Le premier : Jésus n’est pas seul, mais il entouré par deux personnes qui se tiennent au pied de la croix – sa mère et le disciple bien-aimé. Conformément au droit juif, Jésus intervient pour prendre soin de sa mère. À l’heure de sa mort, il la confie au disciple bien-aimé.

La scène a évidemment une portée symbolique. Celle qui a cru en son fils, de Cana à la croix, n’est pas abandonnée à elle-même. La recueille celui qui est le témoin par excellence du Christ et son interprète privilégié. En prenant Marie chez lui, il assume à son égard le souvenir vivant et créateur de celui qui va mourir. Le disciple bien-aimé rassemble une nouvelle famille se réclamant de Jésus et il assure ainsi l’avenir de la révélation. L’Église naît au pied de la croix.

Sur la croix, Jésus prononce deux paroles. La première, « J’ai soif », doit être comprise sur le fond de la déclaration qui clôt son arrestation (« La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? »). Nous ne sommes pas dans le registre de la souffrance, mais dans celui de l’acquiescement conscient et résolu de la mission reçue. Le Christ qui meurt prend en charge son destin et l’assume complètement et librement.

Mais pourquoi ? La dernière parole prononcée par Jésus – « Tout est achevé » – nous éclaire. Ce n’est pas un Christ qui crie son abandon comme chez Marc et Matthieu, ni la parole d’un martyr exemplaire comme chez Luc, mais un Christ

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proclamant l’achèvement de sa mission. Cette dernière parole ne signifie pas simplement que Jésus constate qu’il est parvenu au terme de sa vie, mais plutôt que cet ultime instant est un achèvement nécessaire. Tant qu’une vie n’est pas achevée, elle ne peut livrer sa véritable signification. Tant que le dernier mot n’a pas été dit, le sens ultime d’une destinée demeure ouvert. Le « Tout est achevé » signifie que la mort en croix, conçue comme retour au Père, est la signature posée sur la vie de Jésus, elle est ce qui lui donne son sens ultime et durable. La révélation atteint ainsi sa véritable dimension et sa clôture. Les générations à venir peuvent désormais se pencher sur le destin du Nazaréen et en saisir la pleine signification.

Preuve irréfutable

Cette dernière parole est immédiatement suivie par la déclaration « Et, inclinant la tête, il remit l’esprit ». On est naturellement tenté de voir dans ces quelques mots la constatation du décès de Jésus. Cependant, en grec, une telle expression n’est jamais utilisée pour décrire la mort d’un homme. Il est dès lors recommandé de lire cette affirmation symboliquement. Au moment de mourir, Jésus incline sa tête vers ceux qui sont au pied de la croix pour leur transmettre l’Esprit. La mort de Jésus devient ainsi une mort qui fait vivre, une mort qui ouvre un avenir positif et riche.

Dernier élément à relever. Seul Jean mentionne le coup de grâce porté à Jésus sous la forme d’un coup de lance. Ce dernier acte du commando romain chargé de l’exécution a une double signification.

Tout d’abord, il signifie que la crucifixion de Jésus n’est pas un leurre. Jésus est réellement mort. L’incarnation n’est pas une farce. Jésus est allé jusqu’au bout de la condition humaine. Son décès constaté en est la preuve irréfutable.

Mais, à nouveau, à ce sens immédiat s’ajoute un sens symbolique. L’eau et le sang qui s’échappent de son flanc transpercé font référence au baptême et à la cène.

Les deux sacrements qui rythment la vie en Église sont enracinés dans la croix.

Cela signifie que la mort de Jésus n’est pas une chute dans le néant, réparée ensuite par le miracle de la Résurrection, mais un événement productif, ouvrant l’avenir et porteur de vie pour la communauté des croyants.

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Quand la croix devient le lieu de la libération

À l’époque de Jésus, la Pâque était la fête la plus importante du calendrier juif.

Célébrée le soir du 14 nizan (avril), elle culminait dans un repas pris en commun au cours duquel était consommé un agneau sans défaut. Elle commémorait l’événement fondateur du peuple d’Israël, à savoir la sortie d’Égypte. La fête de la Pâque est associée d’une double façon à la mort de Jésus. Tour d’abord, d’un point de vue biographique, Jésus, comme tout juif fidèle, monta à Jérusalem pour célébrer la Pâque et c’est lors de son séjour dans la Ville sainte qu’il fut arrêté, jugé et exécuté.

Ensuite, la Pâque a été, pour les premiers chrétiens, un registre symbolique qui leur a permis d’interpréter la mort de leur Seigneur. Dans le quatrième évangile, Jésus est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (1,29). Sa crucifixion a lieu lors de la préparation de la Pâque, à midi, heure à laquelle les agneaux étaient immolés au Temple (19,14). C’est à l’aide d’une branche d’hysope, élément du rituel pascal, que le crucifié reçoit à boire (19,29). Enfin, comme dans le cas de l’agneau pascal, ses os ne furent pas brisés (19,33).

Ce transfert de la symbolique pascale sur la personne de Jésus ne se focalise pas d’abord sur la dimension du sacrifice, mais il témoigne d’un changement dans la définition de l’histoire fondatrice du peuple de Dieu. Ce n’est plus la sortie d’Égypte, mais la croix qui devient le lieu de la grande libération opérée par Dieu pour son peuple.

À lire

L’apprentissage de la foi Jean Zumstein

éditions Labor et Fides 2015,

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112 p., 15 €.

Le visage et la tendresse de Dieu

Jésus sous le regard de Jean l’évangéliste Jean Zumstein

éd. Cabédita, 2014 88 p., 16 €.

Par Anne-Sophie Hahn

Quand les artisans ont des talents

Les inégalités ne sont pas une fatalité. Comment lire notre système économique à l’aune de l’Évangile ? Pour la pasteure Anne-Sophie Hahn, le film Demain ouvre quelques pistes.

Cette semaine, j’ai été frappée par le montant des bénéfices (en milliards d’euros) réalisés par telle entreprise en 2015, info suivie immédiatement de la précision que ladite entreprise poursuivrait son « plan de rigueur » en 2016, car rien n’était encore gagné sur le plan du redressement, de la compétitivité et de la croissance.

Je ne suis pas une spécialiste en économie. Et je suis sensible aux arguments de ceux qui s’y connaissent mieux que moi, et qui défendent les avantages du

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système économique capitaliste mondial dans lequel nous sommes. Néanmoins, observant les inégalités et les injustices que ce système produit, il me vient toujours un moment l’idée que, passé un certain point, on quitte la réalité, et qu’on en vient à perdre la notion même de bon sens.

Et pour tout dire, ces mêmes inégalités et injustices ne me paraissent pas très évangéliques.

Mais voilà que surgit également dans mon esprit la parabole des talents que Jésus raconte (Mt 25,14-30). En grec, le mot « talent » n’a pas la même ambivalence qu’en français, et il s’agit bien dans cette histoire de monnaie sonnante et trébuchante. Et d’un maître qui félicite ses serviteurs qui ont réussi à faire gonfler son capital.

Il faut voir Demain

Dans l’Évangile, n’est-il pas plutôt question de vendre tous ses biens pour les donner aux pauvres et suivre Jésus (Mt 19,21), de la difficulté pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu (le chameau, l’aiguille, etc., Mt 19,24), de ne pas chercher à amasser des richesses dans des greniers (Luc 12,19) mais plutôt des trésors dans le ciel (Mt 6,19) ? Bref, il y a apparemment inadéquation entre le fait de courir après des richesses pécuniaires ou matérielles, et le fait d’aspirer à connaître le Royaume de Dieu.

Que faire alors de cette parabole des talents ? Et de notre système économique ? Sommes-nous prisonniers d’un système sur lequel personne n’a plus aucune prise

? La croissance est-elle la seule possibilité pour que chacun accède à un mode de vie décent ? Les inégalités, indécentes, entre les plus riches et les plus pauvres de ce monde sont-elles une fatalité ?

Pour moi, ces questions ont trouvé des réponses dans le documentaire Demain diffusé actuellement sur les écrans. Ses auteurs n’y développent pas une utopie inaccessible, en posant un regard trop naïf sur notre monde. Ils sont allés à la rencontre, dans le monde entier, d’hommes et de femmes qui se sont emparés de la démocratie dans leur pays, qui font tourner des entreprises ou développent des systèmes économiques locaux, en s’affranchissant des codes qui semblent aujourd’hui incontournables, et en permettant aux producteurs et aux consommateurs de bien vivre.

J’ai été particulièrement marquée par l’entreprise Pocheco du nord de la France,

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qui a fait le choix de l’« écolonomie » (entreprendre sans détruire). Son patron, Emmanuel Druon, témoigne : « On s’est fait traiter de Khmers verts, de bobos, d’hurluberlus mais Demain est en train de bouleverser les idées. » Et d’ajouter : « Devenir numéro un mondial, on s’en fiche, on a renoncé au marché boursier, nous, on veut du travail (1). »

Il y a une façon de penser et de vivre un système économique dans lequel chacun, entrepreneurs, salariés, et la planète, trouve son compte. Une façon évangélique ? Dans laquelle ceux qui font fructifier leurs talents le font non seulement dans leur propre intérêt, mais avec l’idée du bien commun, dans une solidarité fraternelle et intergénérationnelle.

Ce film Demain a suscité en moi un formidable espoir ! Une économie faite de justice, d’équité, de bien-être, et d’écologie, c’est possible !

Ce sont là pour moi des concepts indissociables de l’idée du Royaume de Dieu. Et si nous sommes appelés à en devenir des artisans, il est bon de nous laisser inspirer par celles et ceux qui en posent déjà des pierres, et d’y apporter la nôtre.

Que Dieu nous en donne la force.

( 1 ) .

www.rtl.fr/actu/economie/pocheco-l-entreprise-ecologiste-star-du-documentaire-d emain-7781975853

Par Alain Arnoux

Intrusion

Méditation Jean 8,1-11.

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Des hommes pieux ont lâché des mouchards, guetté par les trous de serrure, se sont érigés en police religieuse et en tribunal populaire. Ils sont les gardiens de la loi et de la foi. Et au nom de la loi et de la foi, ils s’autorisent une double intrusion : dans l’histoire d’un foyer et dans la relation de cette femme avec Dieu. En réalité, pour eux, il ne s’agit même plus de « sauver l’âme » de cette femme, d’obtenir d’elle un repentir ou de lui offrir une guérison spirituelle : ils ont déjà décidé qu’elle ne peut plus avoir de relation avec Dieu. Non, il s’agit de sauver la pureté du peuple, la cohésion de la société, et d’inspirer aux autres femmes une crainte salutaire, qui préservera leur pouvoir conjugal et religieux de mâles.

D’ailleurs, ils l’avouent eux-mêmes : la loi au nom de laquelle ils espionnent, jugent et condamnent, et s’autorisent des intrusions dans la vie d’un couple et dans la relation d’un être avec Dieu, c’est une loi d’homme : « Moïse nous a ordonné… » Moïse, ailleurs « le Prophète » : des hommes dont la loi est divinisée, surtout quand il s’agit des relations entre hommes et femmes, de sexualité ou de conjugalité. Obsession religieuse, obsession humaine, pour laquelle le péché se niche essentiellement dans le domaine sexuel.

« Que celui qui est sans péché… » Je ne pense pas que Jésus renvoie ici les pharisiens à leurs petits secrets honteux, s’ils en ont. Il les oblige à sortir de leur focalisation sur le péché conjugal et sexuel, à faire un peu de théologie et à penser ceci : Dieu seul n’a jamais péché. Si l’un d’entre eux prétend n’avoir jamais péché en quoi que ce soit, et donc avoir le droit de juger quelqu’un, et même seulement de jauger la relation d’un autre être humain avec Dieu, il se met en place de Dieu, ce qui est le péché même. Et cela, c’est le péché tout propre, celui que l’homme pieux ne voit pas, le péché religieux par essence.

Après cette parole, il est impossible à des hommes de prononcer un jugement au nom de Dieu, de sonder les cœurs, de se poser en vengeurs de l’offense faite à Dieu, en supposant que Dieu soit offensé par ce qui les offense, eux. D’ailleurs, Dieu juge-t-il ? Jésus, en tout cas, dit plus loin : « Moi, je ne juge personne. » (Jn 8,15).

« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » Peut-on dire que Jésus lui pardonne ? Même pas : il ne prend ni la place du mari ni celle de Dieu. Il ne fait pas intrusion dans le couple de cette femme ni dans sa relation avec Dieu. Il ne pardonne pas plus qu’il ne condamne ; il la renvoie à sa vie et à sa responsabilité. Lui, il ne l’enferme pas dans son histoire et il l’invite à ne pas

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s’égarer, à ne pas détruire la vie qui lui a été rendue. Si les pharisiens étaient restés, cette parole aurait été pour eux aussi. Pour nous aussi, « pécheurs honnêtes et pécheurs scandaleux », disait autrefois la liturgie réformée. Frères et sœurs de cette femme et de ces hommes.

Par Jean-Pierre Rive

“Ah ! Si Dieu séparait à nouveau les mers !”

L’Europe et la France se débattent avec l’arrivée continue, et pas si massive qu’on nous le fait croire, d’« étrangers », de « réfugiés », d’Africains ou d’Arabes.

Cette représentation de réalités on ne peut plus limitée provoque la mise en œuvre de défenses de toutes sortes, de réserves, de bonnes raisons de ne pas accueillir avec bonheur.

Peut-être avant toute réflexion, faudrait-il commencer par modifier le regard qui sous-tend ces comportements et plutôt que de se laisser aller à un réalisme dénaturé, bousculer nos imaginaires, faire « volte-face » (nous convertir) et nous poser la question suivante : au nom de quoi, de qui, de quelles valeurs, ne voulons-nous plus être une terre d’accueil, nous qui d’ailleurs depuis des siècles, voire des millénaires, de génération en génération, avons été accueillis ?

Au nom de quoi sommes-nous si lâches ?

Au nom de la frontière de l’État-nation, une construction récente, érigée en idole, sacralisée, figeant ceux du dehors et ceux du dedans, en groupes homogènes définitifs ? Au nom de notre confort de nation consumériste qui, entraînée par une minorité privilégiée, considère son mode de vie comme non négociable et

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universel ?

Au nom d’une pureté ethnique qui confine à un communautarisme laïque suicidaire ? Au nom d’une culture héritée du judéo-christianisme et des Lumières, qui oublie que l’islam a une histoire ancienne dans nos contrées, qui a provoqué des dialogues, des débats, des échanges, des influences, pas si systématiquement conflictuels qu’on nous le dit ?

Si le nord de la France y est un peu étranger, le Sud en est imprégné. On le voit, il est difficile d’invoquer de faux dieux, ils sont des constructions aux pieds d’argile qui ne résistent pas à l’examen.

Alors, oui, faisons volte-face, accueillons à bras ouverts, ayons l’utopie de la confiance et que ceux qui, d’un revers aussi méprisant qu’illégitime, nous renvoient l’étiquette de « bisounours » soient privés de tendresse, de bienveillance, de sollicitude, ils les réclameront à grandes larmes dès qu’ils en éprouveront la privation.

Alors ils verront que ces arrivants sont peut-être des « Anges », des « envoyés » salutaires, pour que nos sociétés moribondes se relèvent. J’aimerais comme dans un rêve que Dieu déchirant à nouveau les cieux, mais Dieu se sert toujours des hommes pour agir, sépare à nouveau les eaux, comme ce fut le cas au temps de Moïse, les eaux de la Méditerranée et de l’Atlantique, et qu’un grand cortège d’hommes, de femmes, d’enfants, assoiffés de vie, en quête de libération, franchisse ce détroit de Gibraltar et vienne nous libérer de nos paganismes égoïstes, étouffants, nihilistes qui nous privent de l’espérance.

À Calais se joue une histoire du même ordre. Nos sociétés bien sûr ne croient plus aux miracles ; elles ne croient plus à ces interventions divines qui bousculent le désordre établi ; pourtant elles ont su souvent se travestir d’une puissance quasi divine lorsqu’elles ont voulu imposer par le fer et par le feu dans une compétition morbide une domination empreinte de la bonne conscience des justes.

Aujourd’hui, dans leurs réflexes sécuritaires et autoritaires, elles avouent implicitement leur échec, et peut-être bien leur effondrement imminent.

Il est encore temps, dans un sursaut salutaire, d’un retour sur elles-mêmes, et, au cœur même de cet aveu, sans culpabilité, d’accueillir à bras ouverts ces frères, ces peuples en souffrance et d’avoir l’audace de croire que, loin d’être une menace, ils sont les aiguillons d’un renouveau que nos imaginaires anesthésiés

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n’attendaient plus. Ainsi nous aurons choisi la Vie, elle ne nous fera pas défaut.

Par Jean-François Herouard

“Les promoteurs du projet en sont restés aux Trente glorieuses”

L’auteur conteste la pertinence économique du projet, le fait que la région serait insuffisamment desservie et dénonce la mainmise des « géants du béton ».

Frédérick Casadesus (Réforme no 3646) a justement analysé les difficultés juridiques relatives au projet de référendum local sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) : quel périmètre de consultation, quelle autorité compétente pour l’organiser ? En réalité, c’est la notion même de référendum local qui est discutable. Malgré les grands discours de la COP21, ce gouvernement montre son incompréhension de la question écologique. Ses partisans feront remarquer que la contribution de NDDL à l’augmentation du volume des gaz à effet de serre représente un faible pourcentage du total mondial, et que la surface du bocage sacrifié avec sa biodiversité, pas plus que le nombre d’exploitations et de familles d’agriculteurs, ne représente d’importantes valeurs comptables.

Après tout, il ne s’agit que d’environ 1 700 hectares de terres agricoles au nord de Nantes. Ce type de zone humide, essentielle à la régulation des écosystèmes et à la biodiversité chère à Mme Pompili, a perdu dans le monde la moitié de sa superficie en cent ans.

Mais il est un autre thème peu évoqué dans les médias : quelle est aujourd’hui la

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pertinence économique de ce projet ? Il date de 1967 (« retardé » par le choc pétrolier de 1971) et relève d’une certaine conception de l’aménagement du territoire. Ses promoteurs ont sont restés aux « Trente glorieuses », au béton, au Concorde, au nucléaire, et à la sacro-sainte croissance. Ils se persuadent que le trafic aérien va poursuivre sa croissance, alors que ce secteur sera l’un des premiers touchés par la crise de l’énergie. Ils arguent que l’actuel aéroport de Nantes Atlantique serait dangereux et saturé. Dangereux ? Ce n’est pas l’avis des pilotes, ni de la Direction générale de l’aviation civile. En 2011 il a obtenu le prix européen du meilleur aéroport décerné par l’ERA (European Region Airlines Association). Saturé ? En 2011, pour 60 800 mouvements (décollages, atterrissages), l’aéroport a reçu 3,2 millions de passagers. Il est capable d’en accueillir bien plus.

Ainsi lorsque le volcan islandais a fait des siennes, 20 000 passagers supplémentaires par jour y sont passés sans problèmes majeurs. Sa piste permettrait d’absorber 35 avions par heure, pour une douzaine actuellement. Son seuil de saturation est vraisemblablement au-delà de 7 millions de passagers/an.

On en est loin. Sa surface (320 ha) est quasi égale à celle de l’aéroport de San Diego, en Californie, qui voit passer annuellement 223 000 mouvements et achemine 17 millions de passagers. L’aéroport de Genève, qui ne possède qu’une seule piste, accueille 10 millions de passagers par an, 170 000 mouvements d’avions, et occupe 340 hectares.

La région serait-elle insuffisamment desservie ? L’Union des aéroports français, dont les membres concentrent 99 % du trafic, en dénombre environ 170 en France, contre 44 en Allemagne et 43 en Grande-Bretagne. Jean-Pierre Sauvage, président du Board of Airlines Represantatives en France, dénonçait (dans L’Echo touristique, été 2012) le « nombre pléthorique d’aéroports. 84 aéroports ont des passagers commerciaux. 66 se répartissent environ 4,3 % du trafic français. Et 40 aéroports représentent moins de 0,3 % du trafic ». La France compte un aéroport pour 358 000 habitants, trois fois plus qu’au Royaume-Uni, six fois plus qu’en Italie et douze fois plus qu’en Allemagne, d’après un rapport que vient de remettre le député socialiste Bruno Le Roux à Manuel Valls. Dans le Grand-Ouest, sur le bassin de vie rayonnant à partir de Nantes, il existe une quinzaine d’aéroports proches les uns des autres de 70 kilomètres.

« Il y a 40 ans, tous les députés voulaient leur aéroport », ajoute Jean-Pierre Sauvage. L’influence des géants du béton n’y est pas pour rien. NDDL est un

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projet de partenariat dit public-privé, mené par Vinci, qui en obtiendra la concession pour 55 ans. Le coût du projet, sous-estimé à un peu plus de 500 millions d’euros (la moitié en argent public, ce qui justifierait un référendum national), serait en fait de 4 milliards d’euros au total (incluant les autoroutes).

C’est le 10 février 2008 que le préfet Bernard Hagelsteen délivre le décret d’utilité publique, consécutif à une enquête publique dans laquelle 80 % des contributions étaient opposées au projet. Deux des enquêteurs (sur sept) démissionnent avant la fin de leur mission. À Nantes, les milieux informés n’ignorent pas que Vinci joue un double coup : construire NDDL bien sûr, mais aussi réaliser une énorme opération de rénovation urbaine sur le site de l’actuel aéroport. Contesté devant le Conseil d’État, le décret d’utilité publique sera confirmé en 2009 et 2010 par la présidente de la section des travaux publics au Conseil d’État, Mme Marie Dominique Monfraix, épouse du préfet Bernard Hagelsteen, aujourd’hui décédée.

Bernard Hagelsteen a pris sa retraite le 1er décembre 2011 pour devenir non pas conseiller à la Cour des comptes, comme il l’avait annoncé initialement, mais conseiller auprès du DG de Vinci Autoroutes, puis responsable des péages pour ASF, filiale de Vinci.

Par Antoine Nouis

À l’écoute de la tradition monastique

Enzo Bianchi est le fondateur et le prieur de la communauté monastique œcuménique de Bose en Italie qui rassemble des moines et des moniales.

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Ce livre décrit le cheminement des frères et sœurs dans sa communauté. On l’ouvre avec curiosité, pour mieux connaître les enjeux de la vie monastique au XXIe siècle, et très vite, on s’aperçoit que tout ce qu’il dit peut se transcrire dans la vie du chrétien dans le monde qui veut prendre au sérieux son engagement de foi. La vie monastique « n’est rien d’autre que la vie chrétienne vécue par des hommes et des femmes, dans le célibat et la vie commune ». Ce qui lui permet d’affirmer : « On ne devrait pas penser seulement à former à la vie monastique, mais plutôt utiliser la vie monastique pour former les chrétiens à la vie chrétienne. »

Dans un classique de la littérature spirituelle, le théologien orthodoxe Paul Evdokimov a opposé les trois vœux monastiques de pauvreté, d’obéissance, de célibat aux trois tentations du Christ qui concernent la richesse, le pouvoir et la séduction. Comme ce passage cardinal s’adresse à tous, le moine mène de façon radicale, à travers ses vœux, le combat que tout chrétien doit mener.

Les défis de la vie monastique sont les combats de la pensée (apprendre à réfléchir), de la décision, de la persévérance, du refus du cynisme et de l’égoïsme, et finalement de l’acceptation de nos faiblesses et de nos fragilités. Qui ne se reconnaît dans ces défis ? L’expérience monastique permet d’acquérir une belle expérience de l’humain pour nous accompagner sur nos propres chemins de vie afin de mieux comprendre les deux piliers de l’Évangile que sont l’amour et la liberté.

Par Antoine Nouis

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La rencontre des Églises et des communautés

Le protestantisme célèbre la richesse de la vie monastique, et ce qu’elle apporte à l’Église.

Au IVe siècle, quand l’Empire romain est devenu chrétien et que l’Église a commencé à se mondaniser, des hommes se sont retirés au désert. Ils ont été les premiers à penser qu’il n’existe pas d’État chrétien. Ils ont été des hommes salés, ivres de Dieu, frisant parfois la folie ; mais ils ont été des hommes qui n’ont jamais transigé avec les exigences de l’Évangile. Dans l’histoire, les moines ont été des évangélistes, des bâtisseurs, des érudits qui ont marqué le christianisme. Le père de l’Église Jean Chrysostome a écrit que les monastères seraient nécessaires tant que le monde n’est pas chrétien. Qu’il se convertisse et la séparation monastique disparaîtrait. Autant dire que le mouvement a encore de beaux jours devant lui ! Les réserves de la Réforme

Au XVIe siècle, la Réforme a protesté contre les dérives du monachisme, et notamment sur le principe du double standard selon lequel le peuple devait se contenter d’obéir à l’Église alors que la radicalité de l’Évangile était réservée aux moines. Les Réformateurs ont critiqué cette dérive en rappelant que tous les chrétiens étaient appelés à la sainteté dans leur état de vie et qu’il n’y avait pas de mérite particulier à être moine.

À la suite de cette critique, le protestantisme a pris ses distances avec le monachisme, particulièrement dans sa branche réformée, mais des mouvements de spiritualité ont émergé pour rappeler la radicalité de l’Évangile.

Au milieu du XIXe siècle, presque simultanément, trois communautés de diaconesses ont été fondées à Paris, à Strasbourg et à Saint-Loup en Suisse. Les Églises ont été plus ou moins réticentes à cette évolution qu’elles n’ont acceptée que pour le côté diaconal de ces communautés.

Dans la première moitié du XXe, trois nouvelles communautés sont nées simultanément, non plus orientée sur la diaconie, mais sur l’accueil spirituel. Il s’agit des communautés de Pomeyrol, de Taizé et de Grandchamp près de Neuchâtel. Là encore, les relations avec l’Église ont parfois été tumultueuses.

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Dans la seconde moitié du XXe siècle, les trois communautés diaconales ont connu la même évolution pour passer du service hospitalier à l’accueil spirituel.

Ces quelques dates montrent que les retrouvailles entre le protestantisme et le monachisme se poursuivent. Un colloque a été organisé l’été dernier à la faculté de théologie protestante de Paris. Ce livre en rapporte les contributions autour de quatre têtes de chapitre : Histoire – Expériences – Fondements – Enjeux. Un rapport d’étape, mais aussi un appel à poursuivre pour que les Églises protestantes se laissent inspirer par le souffle monastique au moment où elles sont conduites à affronter une hypermodernité dans laquelle les paradigmes religieux sont en pleine reconfiguration.

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