CHAPITRE 13
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
I Ensembles de matrices. . . . 3
I.1 Définitions . . . . 3
I.2 Combinaisons linéaires de matrices . . . . 4
I.3 Produit matriciel. . . . 6
I.4 Transposition. . . . 9
II Systèmes linéaires. . . . 11
II.1 Vocabulaire des systèmes linéaires . . . . 11
II.2 Représentation matricielle d’un système linéaire . . . . 12
II.3 Structure de l’ensemble des solutions d’un système linéaire . . . . 13
II.4 Algorithme du pivot de Gauss . . . . 14
II.5 Opérations élémentaires et calcul matriciel. . . . 17
III L’ensembleMn(K)des matrices carrées d’ordren . . . . 20
III.1 Généralités . . . . 20
III.2 Matrices triangulaires et matrices diagonales . . . . 21
III.3 Matrices symétriques et matrices antisymétriques . . . . 24
III.4 Formule du binôme de Newton . . . . 25
IV Matrices carrées inversibles . . . . 29
IV.1 Définition et premiers exemples. . . . 29
IV.2 Opérations sur les matrices inversibles . . . . 32
IV.3 Calcul de l’inverse d’une matrice par la résolution d’un système linéaire . . . . 34
IV.4 Calcul de l’inverse par l’algorithme du pivot . . . . 36
IV.5 Cas des matrices triangulaires et des matrices diagonales. . . . 38
Extrait du programme
CONTENUS CAPACITÉS&COMMENTAIRES
a) Opérations sur les matrices
EnsembleMn,p(K) des matrices à nlignes et pcolonnes à coef- ficients dans le corpsK. Addition, multiplication par un scalaire, combinaisons linéaires.
Matrices élémentaires. Toute matrice deMn,p(K) est combinaison linéaire de matrices
élémentaires.
Produit matriciel ; bilinéarité, associativité. SiXest une matrice colonne,A Xest une combinaison linéaire des colonnes deA.
Produit d’une matrice élémentaire deMn,p(K) par une matrice élémentaire deMp,q(K).
Symbole de Kroneckerδi,j.
Transposée d’une matrice. NotationA>.
Opérations sur les transposées : combinaison linéaire, produit.
b) Opérations élémentaires
Interprétation des opérations élémentaires sur les lignes et sur les colonnes en termes de produit matriciel.
c) Systèmes linéaires
Écriture matricielleA X=Bd’un système linéaire. Système homo- gène associé.
Système compatible. Le systèmeA X=Best compatible siBest combinaison linéaire des
colonnes deA.
Les solutions du système compatibleA X=Bsont lesX0+Y, où X0est une solution particulière et oùY parcourt l’ensemble des solutions du système homogène associé.
On reprend brièvement l’algorithme du pivot, en termes d’opérations élémentaires sur les lignes, dans ce contexte général. Toute technicité est exclue.
d) Ensemble des matrices carrées
EnsembleMn(K). Non commutativité sinÊ2. Exemples de diviseurs de zéro, d’élé-
ments nilpotents.
Matrice identité, matrice scalaire. NotationIn.
Matrices symétriques, antisymétriques. NotationsSn(K),An(K).
Formule du binôme. Application au calcul de puissances.
Produit de matrices diagonales, de matrices triangulaires supé- rieures, inférieures.
Matrice inversible, inverse. Groupe linéaire. Notation GLn(K). On vérifie les propriétés lui conférant une struc- ture de groupe, mais la définition axiomatique des groupes est hors programme.
Inverse d’une transposée.
Inverse d’un produit de matrices inversibles.
Les opérations élémentaires préservent l’inversibilité.
Calcul de l’inverse d’une matrice, par opérations élémentaires ou par résolution du systèmeA X=Y.
Toute technicité est exclue.
Condition nécessaire et suffisante d’inversibilité d’une matrice trian- gulaire ; l’inverse d’une matrice triangulaire inversible est triangu- laire.
Cas particulier des matrices diagonales.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES I. ENSEMBLES DE MATRICES
I. Ensembles de matrices
Dans tout le chapitre,KdésigneRouC, etnetpsont deux éléments deN?.
I.1. Définitions
Définition 13.1 – Matrice
Ï Unematrice à n lignes et p colonnes, oumatrice de taille n×pà coefficients dansKest un tableau àn lignes et pcolonnes :
j-ième colonne
↓
A=
a1,1 a1,2 . . . a1,j . . . a1,p a2,1 a2,2 . . . a2,j . . . a2,p ... ... ... ... ai,1 ai,2 . . . ai,j . . . ai,p
... ... ... ... an,1 an,2 . . . an,j . . . an,p
←i-ième ligne .
où (ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
est une famille d’éléments deKdont lesn×péléments sont appelés lescoefficientsde A. On note aussi A=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
.
Ï Les entiersnetpsont appelés lataille(oudimension)de la matrice A.
Ï On noteMn,p(K) l’ensemble des matrices ànlignes et pcolonnes à coefficients dansK. Ï On dit que deux matrices sontégaleslorsqu’elles ont la même taille et les mêmes coefficients.
La matrice
µ 8 −3 0
−2 1 5
¶
∈M2,3(K) est une matrice de taille 2×3 aveca2,1=1 eta1,3=0.
Exemple 13.1
Définition 13.2 – Colonnes d’une matrice, lignes d’une matrice SoitA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
une matrice ànlignes et pcolonnes.
Ï Pour tout j∈ 1,p, la matriceCj=
a1,j
... an,j
est appelée la j-ième colonne de A.
Ï Pour touri∈ 1,n, la matriceLi=¡
ai,1 . . . ai,p¢
est appelée lai-ième ligne de A.
Ï Une matrice composée d’une seule colonne est appelématrice colonne.
Ï Une matrice composée d’une seule ligne est appelématrice ligne.
Ï Une matrice composée d’un seul coefficient est identifié à cet élément. Autrement dit, on confond la matrice (a1,1)∈M1,1(K) avec l’élémenta1,1deK.
Remarque 13.1 – Matrices lignes, matrices colonnes
I. ENSEMBLES DE MATRICES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
Définition 13.3 – Matrice nulle
Lamatrice nulle de taille n×pest la matrice ànlignes et pcolonnes dont tous les coefficients sont nuls. On la note 0, ou 0n,pou encore 0nlorsquen=p.
Définition 13.4 – Matrice identité
Lamatrice identité d’ordre n est la matrice deMn,n(K) dont tous les coefficients sont nuls sauf ceux de la diagonale qui sont égaux à 1. On la noteIn:
In=
1 0 · · · 0 0 1 . .. ...
... . .. ... 0 0 · · · 0 1
.
Définition 13.5 – Matrices élémentaires
DansMn,p(K), pour tout (i,j)∈ 1,n × 1,p, on noteEi,jla matrice de taillen×pdont tous les coefficients sont nuls, sauf celui en position (i,j) qui vaut 1.
j-ième colonne
↓
Ei,j =
0 · · · 0 · · · 0 ... ... ... 0 · · · 1 · · · 0 ... ... ... 0 · · · 0 · · · 0
←−i-ième ligne
Pour simplifier les notations, parfois le coefficient en position (i,j) d’une matrice Aest noté [A]i,j. Cette notation n’est pas utilisée en général mais elle sera bien pratique dans les démonstrations du cours. Si vous voulez l’utiliser dans les exercices, il faudra d’abord l’expliquer.
Remarque 13.2
I.2. Combinaisons linéaires de matrices
Définition 13.6 – Somme de matrices SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etB=(bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
deux éléments deMn,p(K). On appellesomme de A et Bla matrice notéeA+Bdéfinie par :
A+B=(ai,j+bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
. L’opération (A,B)7→A+Best appelée l’addition matricielle.
Proposition 13.1 – Propriétés de l’addition des matrices SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
,B=(bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etC=(ci,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
trois éléments deMn,p(K). On a :
Ï (A+B)+C=A+(B+C) : l’addition matricielle estassociative. Par la suite, on oubliera les parenthèses.
Ï A+B=B+A: l’addition matricielle estcommutative.
Ï A+0n,p=0n,p+A: la matrice nulle estélément neutrepour l’addition matricielle.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES I. ENSEMBLES DE MATRICES
Ï La matrice−A=(−ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
vérifie A+(−A)=(−A)+A=0n,p. La matrice−Aest appeléeopposée de A.
Démonstration
Conséquences de la définition de somme de matrices et des propriétés de l’addition dansK.
Soient A=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etB=(bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
deux éléments deMn,p(K). On note A−B=A+(−B).
Remarque 13.3
Définition 13.7 – Multiplication d’un matrice par un scalaire SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etλ∈K. La matriceλ.Aest définie par : λ.A=(λ×ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
. L’opération (λ,A)7→λ.Aest appelée lamultiplication par un scalaire.
Proposition 13.2 – Propriétés de la multiplication par un scalaire SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etB=(bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
deux éléments deMn,p(K) et (λ,µ)∈K2 deux scalaires. On a : Ï (λ+µ).A=λ.A+µ.A.
Ï λ.(A+B)=λ.A+λ.B.
Ï (λ×µ).A=λ.(µ.A).
Démonstration
Conséquences de la définition de somme de matrices et des propriétés de l’addition et de la multiplication dansK.
Définition 13.8 – Combinaisons linéaires de matrices Ï SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
etB=(bi,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
deux éléments deMn,p(K). On appellecombinaison linéaire de A et Btoute matrice de la formeλ.A+µ.Bavec (λ,µ)∈K2.
Ï Plus généralement sir∈N? etM1, . . . ,Mrsont réléments deMn,p(K)., on appellecombinaison linéaire des matrices M1, . . . ,Mr toute matrice de la forme
r
X
k=1
λk.Mkavec (λ1, . . . ,λr)∈Kr.
Théorème 13.1
Toute matrice A = (ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
de Mn,p(K) est une combinaison linéaire des matrices Ei,j, avec (i,j)∈ 1,n × 1,p:
A=
n
X
i=1 p
X
j=1
ai,j.Ei,j.
Démonstration
Immédiat.
I. ENSEMBLES DE MATRICES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
I.3. Produit matriciel
Définition 13.9 – Produit de matrices SoientA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
une matrice deMn,p(K) etB=(bi,j)1ÉiÉp
1ÉjÉq
une matrice deMp,q(K), oùq∈N?. On définit leproduitdeAparBpar :
C=A×B= Ã p
X
k=1
ai,k×bk,j
!
1ÉiÉn 1ÉjÉq
.
L’opération (A,B)7→A×Best appelée lamultiplications des matrices.
On peut visualiser le produit avec le schéma suivant1.
a1,1 . . . a1,k . . . a1,p ... . .. ... ... ... ai,1 . . . ai,k . . . ai,p
... ... ... . .. ... an,1 . . . an,k . . . an,p
A:nlignespcolonnes
b1,1 . . . b1,j . . . b1,q ... . .. ... ... ... bk,1 . . . bk,j . . . bk,q
... ... ... . .. ... bp,1 . . . bp,j . . . bp,q
B: plignesqcolonnes
c1,1 . . . c1,j . . . c1,q ... . .. ... ... ... ci,1 . . . ci,j . . . ci,q
... ... ... . .. ... cn,1 . . . cn,k . . . cn,q
C=A×B:nlignesqcolonnes ai,1
×b1,j
ai,k
×bk,j
ai,p
×bp,j +. ..
+
+. .. +
Le produit de deux matrices AetBn’est défini que si le nombre de colonnes deAest égal au nombre de lignes deB.
Dans ce cas, on dit que les matrices ont des tailles compatibles pour le produit matriciel.
Remarque 13.4
1. http ://www.texample.net/tikz/examples/matrix-multiplication/
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES I. ENSEMBLES DE MATRICES
Ï Le produit matriciel n’est pas commutatif : µ1 2 0
−2 3 −1
¶
×
5 −2
−3 1
−1 −2
=
µ−1 0
−18 9
¶ et
5 −2
−3 1
−1 −2
×
µ1 2 0
−2 3 −1
¶
=
9 4 2
−5 −3 −1
3 −8 2
.
Ï Il se peut que A×Bexiste mais pasB×A: A=
µ0 0 0 1
¶
et B=
µ1 1 −1
−1 1 2
¶
Sur ce exemple, le nombre de colonnes deBn’est pas égal au nombre de lignes de A.
Ï Le produit de deux matrices non nulles peut être nul : A=
µ0 1 0 0
¶
, B=
µ0 1 0 0
¶
et A×B= µ0 0
0 0
¶ .
Ï En général, on ne peut pas "simplifier" un produit de matrices : autrement dit, on peut avoirA×B=A×Cet B,C.
Par exemple, avecA=B= µ0 1
0 0
¶ etC=
µ0 0 0 0
¶
, on aA×B=A×C= µ0 0
0 0
¶
etB,C.
Attention
Proposition 13.3 – Propriétés du produit matriciel Soientn,p, qetrdes entiers naturels non nuls. On a :
Ï ∀(A,B,C)∈Mn,p(K)×Mp,q(K)×Mq,r(K), (A×B)×C=A×(B×C) : le produit matriciel estassociatif. Par la suite, on oubliera les parenthèses et on écriraA×B×C.
Ï ∀(A,B,C)∈Mn,p(K)×Mn,p(K)×Mp,q(K), (A+B)×C=A×C+B×C.
Ï ∀(A,B,C)∈Mn,p(K)×Mn,p(K)×Mq,n(K),C×(A+B)=C×A+C×B Le produit matriciel estdistributif par rapport à l’addition.
Ï ∀(A,B)∈Mn,p(K)×Mp,q(K),∀λ∈K, (λ.A)×B=A×(λ.B)=λ.(A×B).
Ï ∀A∈Mn,p(K), In×A=AetA×Ip=A, Ï ∀A∈Mn,p(K), 0n×A=0n,petA×0p=0n,p. Démonstration
ÏAssociativité.
Soit (A,B,C)∈Mn,p(K)×Mp,q(K)×Mq,r(K).
On aA×B∈Mn,q(K) et (A×B)×C∈Mn,r(K).
De même,A×(B×C)∈Mn,r(K).
Soit (i,j)∈ 1,n × 1,r. Par définition du produit matriciel on a :
£(A×B)×C¤ i,j=
q X k=1
£A×B¤
i,k×[C]k,j= q X k=1
à p X l=1
£A¤ i,l×£
B¤ l,k
!
×[C]k,j= q X k=1
à p X l=1
£A¤ i,l×£
B¤
l,k×[C]k,j
! . D’où,
£(A×B)×C¤ i,j=
p X l=1
à q X k=1
£A¤ i,l×£
B¤
l,k×[C]k,j
!
= p X l=1
£A¤ i,l×
à q X k=1
£B¤
l,k×[C]k,j
!
= p X l=1
£A¤ i,l×£
B×C¤ l,j=£
A×(B×C)¤ i,j. Ceci est vrai pour tout (i,j)∈ 1,n × 1,r, donc les matrices sont égales.
ÏDistributivité. Soit (A,B,C)∈Mn,p(K)×Mn,p(K)×Mp,q(K).
On a (A+B)×C∈Mn,q(K) etA×C+B×C∈Mn,q(K) Soit (i,j)∈ 1,n × 1,q.
On a :
£(A+B)×C¤ i,j=
p X k=1
[A+B]i,k×[C]k,j= p X k=1
¡[A]i,k+[B]i,k¢
×[C]k,j= p X k=1
¡[A]i,k×[C]k,j+[B]i,k×[C]k,j¢ .
I. ENSEMBLES DE MATRICES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
D’où,
£(A+B)×C¤ i,j=
p X k=1
[A]i,k×[C]k,j+ p X k=1
[B]i,k×[C]k,j=[A×C]i,j+[B×C]i,j=[A×C+B×C]i,j. Ceci est vrai pour tout (i,j)∈ 1,n × 1,q, donc les matrices sont égales.
ÏL’égalitéA×(B+C) se traite comme dans le point précédent.
ÏSoient (A,B)∈Mn,p(K)×Mp,q(K) etλ∈K.
On aλ.A∈Mn,p(K), (λ.A)×B∈Mn,q(K) etλ.(A×B)∈Mn,q(K).
Soit (i,j)∈ 1,n × 1,q.
On a :
£(λ.A)×B¤ i,j=
p X k=1
[λ.A]i,k×[B]k,j= p X k=1
λ×[A]i,k×[B]k,j=λ× p X k=1
[A]i,k×[B]k,j=λ×[A×B]i,j=[λ.A×B]i,j Ceci est vrai pour tout (i,j)∈ 1,n × 1,q, donc les matrices sont égales.
L’égalitéA×(λ.B)=λ.A×Bse montre de la même manière.
ÏSoitA∈Mn,p(K). On aIn×A∈Mn,p(K).
Soit (i,j)∈ 1,n × 1,p. On a :
£In×A¤ i,j=
n X k=1
[In]i,k×[A]k,j=[A]i,j. La dernière égalité découle du fait que [In]i,k=0 sik,iet [In]i,k=1 sik=i.
Ceci est vrai pour tout (i,j)∈ 1,n × 1,p, donc les matrices sont égales.
L’égalitéA×Ip=Ase montre de la même manière.
ÏLes égalités 0n×A=0n,petA×0p=0n,pse montrent comme dans le point précédent.
Ï SoientA∈Mn,p(K),X=
x1
... xp
∈Mp,1(K) etY=¡
y1 · · · yn¢
∈M1,n(K). Alors,
A×X=
p
X
k=1
xk.Ck et Y×A=
n
X
k=1
yk.Lk
oùC1, . . . ,Cpdésignent les colonnes etL1, . . . ,Lndésignent les lignes de la matrice A.
Ï SoientA∈Mn,p(K) etB∈Mp,q(K) :
• la j-ième colonne de A×Best le produit deApar la j-ième colonne deBoù j∈ 1,q.
• lai-ième ligne deA×Best le produit de la i-ième ligne de AparBoùi∈ 1,n.
Remarque 13.6 – Produit matriciel et combinaisons linéaires de lignes et de colonnes
On a :
a1,1×x1 + a1,2×x2 + . . . + a1,p×xp = b1 a2,1×x1 + a2,2×x2 + . . . + a2,p×xp = b2
... ... ... ...
an,1×x1 + an,2×x2 + . . . + an,p×xp = bn.
⇐⇒
a1,1 a1,2 . . . a1,p a2,1 a2,2 . . . a2,p ... ... ... an,1 an,2 . . . an,p
×
x1 x2 ... xp
=
b1 b2 ... bn
Remarque 13.7 – Systèmes linéaires (voir paragraphe suivant)
Théorème 13.2 – Produit de deux matrices élémentaires
On considère les matricesEi,j∈Mn,p(K), où (i,j)∈ 1,n × 1,p, etEk,l∈Mp,q(K), où (k,l)∈ 1,p × 1,q. On a :
Ei,j×Ek,l=δj,k.Ei,l, oùδj,k=
½ 1 si j=k
0 si j,k est appelé symbole de Kronecker.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES I. ENSEMBLES DE MATRICES
Démonstration
Le produitEi,j×Ek,lest une matrice deMn,q(R).
Soit (s,t)∈ 1,n × 1,q. Déterminons le coefficient£
Ei,j×Ek,l¤
s,t. Par définition du produit matriciel, on a :
£Ei,j×Ek,l¤ s,t=
p X r=1
£Ei,j¤ s,r×£
Ek,l¤ r,t. Par définition,£
Ei,j¤ s,r=
½ 1 sis=ietj=r
0 sinon. et£
Ek,l¤ r,t=
½ 1 sik=retl=t 0 sinon.
D’où la discussions suivante : Ï Sis,iout,l, alors£Ei,j×Ek,l¤
s,t=0.
Ï Supposons que :s=iett=l. On a alors
£Ei,j×Ek,l¤ s,t=
p X r=1
£Ei,j¤ i,r×£
Ek,l¤ r,l.
• Sij,k, alors, pour toutr∈ 1,p, on ne peut pas avoirj=retr=k, donc :£ Ei,j¤
i,r×£ Ek,l¤
r,l=0.
• Sij=k, alors, pour toutr∈ 1,p, on a :£ Ei,j¤
i,r×£ Ek,l¤
r,l=0 sir,ket£Ei,j
¤ i,r×£
Ek,l¤
r,l=1 sir=k.
Ainsi,
Ei,j×Ek,l=
½ 0 sij,k Ei,l sij=k.
I.4. Transposition
Définition 13.10 – Transposée SoitA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
une matrice deMn,p(K). Latransposée de Aest la matrice deMp,n(K) notéeA>et définie par :
A>=¡ aj,i¢
1ÉiÉp 1ÉjÉn
. Autrement dit,
A=
a1,1 a1,2 . . . a1,p a2,1 a2,2 . . . a2,p ... ... ... an,1 an,2 . . . an,p
et A>=
a1,1 a2,1 . . . an,1 a1,2 a2,2 . . . an,2 ... ... ... a1,p a2,p . . . an,p
L’opérationA7→A>est appelée latransposition.
Si A=
µ1 1 −1
−1 1 2
¶
, alors A>=
1 −1
1 1
−1 2
.
Exemple 13.2
Si Apossèdenlignes et pcolonnes, alorsA>possède plignes etncolonnes.
Plus précisément, les colonnes de Asont les lignes de A>. Ou encore, les lignes deAsont les colonnes de A>
Remarque 13.8
I. ENSEMBLES DE MATRICES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
La matrice A>est parfois notéetA.
Remarque 13.9 – Autre notation
Théorème 13.3 – Propriétés de la transposition On a :
Ï ∀A∈Mn,p(K)¡A>¢>=A.
Ï ∀(A,B)∈Mn,p(K)×Mn,p(K),∀(λ,µ)∈K2, (λ.A+µ.B)>=λ.A>+µ.B>
Ï ∀(A,B)∈Mn,p(K)×Mp,q(K), (A×B)>=B>×A>. Démonstration
Seule la dernière égalité peut poser problème.
Soit (A,B)∈Mn,p(K)×Mp,q(K).
On aA×B∈Mn,q(K),A>∈Mp,n(K) etB>∈Mq,p(K).
D’où, (A×B)>∈Mq,n(K) etB>×A>∈Mq,n(K).
Soit (i,j)∈ 1,q × 1,n. On a :
£B>×A>¤ i,j=
p X k=1
£B>¤ i,k×£
A>¤ k,j=
p X k=1
£B¤ k,i×£
A¤ j,k=
p X k=1
£A¤ j,k×£
B¤ k,i=£
A×B]j,i=£
(A×B)>¤ i,j.
Ceci est vrai pour tout (i,j)∈ 1,q × 1,ndonc les matrices sont égales.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES II. SYSTÈMES LINÉAIRES
II. Systèmes linéaires
II.1. Vocabulaire des systèmes linéaires
Définition 13.11 – Système d’équations linéaires On appellesystème linéaire à n équations et p inconnuestout système de la forme :
(S)
a1,1×x1 + a1,2×x2 + . . . + a1,p×xp = b1 (L1) a2,1×x1 + a2,2×x2 + . . . + a2,p×xp = b2 (L2)
... ... ... ...
ai,1×x1 + ai,2×x2 + . . . + ai,p×xp = bi (Li)
... ... ... ...
an,1×x1 + an,2×x2 + . . . + an,p×xp = bn (Ln).
• Les éléments de la famille (ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp
sont lescoefficientsdu système.
• Les scalairesb1,b2, . . . ,bnforment lesecond membredu système. Lorsque b1=b2= · · · =bn=0, on dit que le système esthomogèneousans second membre.
• Les variablesx1,x2, . . . ,xpsont lesinconnuesdu système.
Un système est ditcarrés’il possède autant d’inconnues que d’équations (n=p).
Définition 13.12 – Système homogène associé
Avec les notations de la définition précédente, lesystème homogène associé(S0) est le système d’équations linéaires dont les coefficients sont ceux de (S) et dont le second membre est nul.
On passe de (S) à (S0) en remplaçantb1,b2, . . . ,bn par 0.
Remarque 13.10
Définition 13.13 – Solution d’un système linéaire, système compatible On appellesolutionde (S) toutp-uplet (x1, . . . ,xp)∈Kpqui vérifie lesnéquations de (S).
Résoudre (S) consiste à déterminer l’ensemble des solutions de (S).
Un système dont l’ensemble des solutions est vide est ditincompatible. Lorsque l’ensemble des solutions est non vide, on dit que le système estcompatible.
Le système
½ x+y=1
x−y=0 est compatible. En effet, µ1
2,1 2
¶
est solution du système.
Le système
½ x+y=1
x+y=0 est incompatible. Si une solution (x,y) existe, alors on a 1=x+y=0. Contradiction.
Exemple 13.3
Dans la suite, on utilisera les notations de ce paragraphe sans les rappeler.
Attention
II. SYSTÈMES LINÉAIRES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
II.2. Représentation matricielle d’un système linéaire
On noteA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp∈Mn,p(K) etB=
b1
... bn
∈Mn,1(K). En utilisant les opérations matricielles, on a :
a1,1×x1 + a1,2×x2 + . . . + a1,p×xp = b1 a2,1×x1 + a2,2×x2 + . . . + a2,p×xp = b2
... ... ... ...
an,1×x1 + an,2×x2 + . . . + an,p×xp = bn
⇐⇒ A×
x1 x2 ... xp
=B
Résoudre le système (S) est donc équivalent à résoudre l’équation matricielle A×X=B d’inconnue la matrice
colonneX=
x1 x2 ... xp
∈Mp,1(K).
Définition 13.14 – Représentation matricielle d’un système linéaire
On dit queA=(ai,j)1ÉiÉn
1ÉjÉp∈Mn,p(K) est lamatrice des coefficientsdu système etB=
b1
... bn
∈Mn,1(K) lamatrice colonne du second membredu système.
Notation 13.1
On identifie les p-uplets (x1,x2, . . . ,xp), qui appartiennent à Kp, et les matrices colonnes
x1 x2 ... xp
, qui appar-
tiennent àMp,1(K).
De plus, le système linéaire (S) est maintenant aussi désigné par l’équation matricielle A×X=B.
Théorème 13.4
Le systèmeA×X=Best compatible si, et seulement si,Best une combinaison linéaire des colonnes deA.
Autrement dit, si, et seulement si, il existe (x1,x2, . . . ,xp)∈Kptel que
b1
... bn
=x1.
a1,1
... an,1
+x2.
a1,2
... an,2
+ · · · +xp.
a1,p
... an,p
Démonstration
Immédiat.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES II. SYSTÈMES LINÉAIRES
II.3. Structure de l’ensemble des solutions d’un système linéaire
Proposition 13.4 – Structure des solutions d’un système linéaire homogène
1. La colonne nulle est solution de (S0). En particulier, un système homogène est toujours compatible.
2. Si X etY sont solutions de (S0), alorsX+Y est solution de (S0).
3. Si X est solution de (S0) etλ∈K, alorsλ.X est solution de (S0).
Démonstration
La représentation matricielle de (S0) est :A×X=0n,1. 1. Par opération matricielle,A×0p,1=0n,1.
2. Par opération matricielle,A×(X+Y)=A×X+A×Y=0n,1+0n,1=0n,1
3. Par opération matricielle,A×(λ.X)=λ.A×X=λ.0n,1=0n,1.
On peut reformuler les points 1 et 2 de la proposition précédente en disant que l’ensemble des solutions d’un système linéaire homogène ànéquations et pinconnues est stable par combinaison linéaire.
Remarque 13.12
Théorème 13.5 – Structure des solutions d’un système linéaire SoitX0 une solution de (S). L’ensemble des solutions de (S) est :
©Y+X0¯
¯Y solution de (S0)ª . Démonstration
SoitX∈Mp,1(K).
On a :
A×X=B ⇐⇒ A×X=A×X0 ⇐⇒ A×X−A×X0=0n,1 ⇐⇒ A×(X−X0)=0n,1.
Ainsi,Xest solution deA×X=Bsi, et seulement si,X−X0est solution deA×X=0n,1, ce qui est équivalent àX=X0+YoùYest
solution deA×X=0n,1.
On a déjà rencontré ce type de propriétés lors de la résolution d’équations différentielles d’ordre 1 et 2. Cela cache quelque chose !
Solution générale
de A×X=B
=
Solution particulièredeA×X=B
+
Solution générale de l’équation homogène associéeA×X=0n,1 Remarque 13.13II. SYSTÈMES LINÉAIRES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES
II.4. Algorithme du pivot de Gauss
Pour résoudre un système linéaire on s’autorise à le modifier au moyen d’opérations sur les lignes. Ces opérations doivent préserver l’ensemble des solutions du système.
Définition 13.15 – Opérations élémentaires sur les lignes
On appelleopération élémentaire sur les lignesd’un système, ou d’une matrice, l’une des trois opérations suivantes :
Ï Multiplication d’une ligneLi par un scalaire non nulλ. On note Li←λ.Li. Ï Ajout deβ.Ljà la ligneLiavec i,j etβ∈K?. On note Li←Li+β.Lj Ï Échange des lignesLietLjavec i,j. On note Li↔Lj.
Méthode 13.1 – Algorithme du pivot L’idée principale de l’algorithme est l’élimination.
ÏPremière inconnue.
1. On choisit une ligne faisant apparaître la première inconnue (pour simplifier les calculs, on choisit si possible une ligne où le coefficient de la première inconnue est±1). Si une telle ligne n’existe pas, on passe à l’inconnue suivante.
2. On place cette ligne en première position à l’aide d’un échange de lignes.
3. Si le coefficient de la première inconnue n’est pas 1, on divise la première ligne par ce coefficient.
Attention ! Cette étape peut amener des disjonctions de cas pour ne pas risquer de diviser par 0.
4. On élimine la première inconnue des autres équations à l’équation d’opérations de la forme Li←Li+β.L1. ÏDeuxième inconnue.
1. On choisit une ligne,à l’exception de la première, faisant apparaître la deuxième inconnue.
2. On place cette ligne en deuxième position à l’aide d’un échange de lignes. Si une telle ligne n’existe pas, on passe à l’inconnue suivante.
3. Si le coefficient de la deuxième inconnue n’est pas 1, on divise la deuxième ligne par ce coefficient.
Attention ! Cette étape peut amener des disjonctions de cas pour ne pas risquer de diviser par 0.
4. On élimine la deuxième inconnue des autres équations à l’équation d’opérations de la forme Li←Li+β.L2. On a le choix de ne pas traiter la première ligne.
ÏTroisième inconnue.
1. On choisit une ligne,à l’exception de la première et de la deuxième, faisant apparaître la troisième inconnue. Si une telle ligne n’existe pas, on passe à l’inconnue suivante.
2. On place cette ligne en troisième position à l’aide d’un échange de lignes.
3. Si le coefficient de la troisième inconnue n’est pas 1, on divise la troisième ligne par ce coefficient.
Attention ! Cette étape peut amener des disjonctions de cas pour ne pas risquer de diviser par 0.
4. On élimine la troisième inconnue des autres équations à l’équation d’opérations de la forme Li←Li+β.L3. On a le choix de ne pas traiter la première et la deuxième lignes.
ÏOn continue ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’inconnue à traiter. On est alors en mesure de donner l’ensemble des solutions.
CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES II. SYSTÈMES LINÉAIRES
Exercice 13.1
Résoudre le système linéaire (S) :
(m+1)×x + 2y − 4z = 2
−x + (m−2)y + 2z = −1
x + y + (m−3)z = 2
oùmest un élément quelconque deK. Résolution
II. SYSTÈMES LINÉAIRES CALCUL MATRICIEL ET SYSTÈMES LINÉAIRES