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Submitted on 30 May 2020
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Eduardo Bolaños-Aguilar, Jean Claude Emile, J.F. Enríquez-Quiroz
To cite this version:
Eduardo Bolaños-Aguilar, Jean Claude Emile, J.F. Enríquez-Quiroz. Les fourrages au Mexique : ressources, valorisation et perspectives de recherche. Fourrages, Association Française pour la Pro- duction Fourragère, 2010, 204, pp.277-282. �hal-02660078�
Le Mexique (ou les “États-Unis Mexicains” ou la “Répu- blique Mexicaine”) est situé en Amérique du Nord et occupe un territoire d’environ 2 millions de km2 (presque quatre fois la France métropolitaine). Il est consti- tué de 32 États répartis en 3 régions (Nord, Centre et Sud) et est limité au nord par les États-Unis (3 185 km de fron- tière), au sud par le Guatemala et le Belize, à l’est par le golfe du Mexique et à l’ouest par l’océan Pacifique. Si la langue principale est l’espagnol, une certaine part de la population (6%) pratique des langues autochtones (nahuatl, maya, zapotèque, mixtèque, etc.). Sa taille, sa situation géographique et la topographie variée du pays ont
induit une grande variété de conditions climatiques (tableau 1) et en conséquence une grande diversité de paysages, d’animaux et de végétaux.
Le Mexique compte près de 33 millions de têtes de bovins (dont 3 millions de bétail laitier et 29,4 millions d’allaitant), 10 millions de caprins, 7 millions d’ovins, 3 millions de chevaux et 2,3 millions d’ânes et mulets (FAOSTAT, 2010 ; SIAP, 2009). Il produit annuellement 1,7 millions de tonnes de viande bovine. La production laitière atteint 10 milliards de litres de lait de vache et 15 millions de litres de lait de chèvre (SIAP, 2009). Ces
AUTEURS
1 : INIFAP, Programa de Forrajes, CP 86400 Huimanguillo, Tabasco (Mexique) ; [email protected]
2 : I.N.R.A. Unité Expérimentale Fourrages et Environnement, F-86600 Lusignan (France) ; [email protected] 3 : INIFAP, Programa de Forrajes, Paso del Toro, CP 94277 Veracruz, Veracruz (Mexique).
MOTS CLÉS: Culture fourragère, graminée, légumineuse, Mexique, prairie permanente, prairie temporaire, production fourragère, recherche scientifique, système de production, système fourrager, zone aride, zone semi-aride, zone tempérée, zone tropicale.
KEY-WORDS: Arid region, forage crop, forage production, forage system, grass, legume, ley, Mexico, permanent pasture, production system, scientific research, semi-arid region, temperate region, tropical region.
RÉFÉRENCE DE L’ARTICLE: E.-D. Bolaños-Aguilar, J.-C. Emile, J.-F. Enríquez-Quiroz (2010) : “Les fourrages au Mexique : ressources, valorisation et perspectives de recherche”, Fourrages, 204, 277-282.
Les fourrages au Mexique :
ressources, valorisation et perspectives de recherche
E.-D. Bolaños-Aguilar1, J.-C. Emile2, J.-F. Enríquez-Quiroz3
Le Mexique présente une grande diversité ethnique, biologique, écologique... et bien sûr agricole. Les prairies sont un élément fondamental des paysages et des systèmes d’élevage. Du désert aux zones tropicales humides, elles sont l’objet de l’attention de la recherche scientifique et sont des éléments prioritaires pour développer des systèmes de culture et d’élevage durables.
RÉSUMÉ
Au Mexique co-existent des zones arides et semi-arides (48% de la SAU), des zones tempérées (23%) et tropicales (28%), sèches ou humides. Les ruminants occupent 114 millions d’hectares (57% de la SAU) comprenant des “pastizales”, des prairies semées et des cultures fourragères (avoine, maïs, luzerne, sorgho... ). Les “esquilmos”, sous-produits de l’agriculture (maïs) et de l’arboriculture fruitière, contribuent pour 24% à l’alimentation du bétail. Les principaux types de systèmes fourragers sont présentés par zone. Le programme de recherche sur les fourrages est axé sur la gestion durable des systèmes fourragers, la conservation des ressources génétiques, la réduction de la saisonnalité de la production fourragère et la gestion du pâturage en cohérence avec le système de production.
SUMMARY
Forages in Mexico : resources, uttilization, research prospects
Mexico offers an extreme diversity in ethnical, biological, agro-ecological and other matters. Arid and semi-arid zones can be found (48% of the AA), together with temperate (23%) and tropical (28%) zones, dry or wet. Grasslands constitute a basic element of the landscape and of the livestock systems. The ruminants occupy 114 million ha (57% of the AA), constituted by ‘pastizales’, sown pastures and forage crops (oats, maize, lucerne, sorghum, etc.). The ‘esquilmos’, by-products of agriculture and of orcharding, make up 24% of the livestock feed. The main types of forage systems are presented for each region. The research programme on forages is centred on the sustainable management of forage systems, the conservation of the genetic resources, the reduction of the seasonality of the forage production, and the management of grazing, in consistency with the production system.
productions de viande et de lait, pourtant importantes, ne suffisent cependant pas à couvrir les besoins de la consommation intérieure (112 millions d’habitants) et le pays a besoin de recourir à des importations importantes.
Le Mexique est également l’un des plus importants acheteurs de poudre de lait.
1. Des ressources fourragères variées
Les ruminants, producteurs de lait et de viande, exploitent 114 millions d’hectares, soit 57% de la superficie du pays. Cette superficie recouvre différents types de ressources fourragères. On distingue classique- ment les prairies, recouvrant à la fois des “pastizales” et des prairies semées, les cultures fourragères et les
“esquilmos”.
La contribution de ces 4 types de ressources fourragères à l’alimentation du bétail est illustrée dans la figure 1. Ces ressources sont regroupées dans les régions Nord (54,4%) et Centre du pays (44,4%), le Sud n’en comprenant que 1,2%. Les systèmes de production et les races d’animaux utilisées dans la production de lait et de viande seront présentés à l’occasion de la description de ces zones agro-écologiques.
■ Les pastizales
Les pastizalesconstituent une importante ressource fourragère naturelle au Mexique (57% des surfaces totales en prairies). Ces pâturages semi-aridessont constitués de vastes zones couvertes de graminées fourragères natives(des graminées de 20 à 70 cm de haut, dont les feuilles restent de couleur jaune la plupart du temps), d’arbustes et d’arbres permettant de nourrir le bétail (bovins, ovins, caprins et chevaux) et la faune sauvage.
La productivité de ces pâturages est généralement faible et variable (de moins de 1 tonne à 7 tonnes par hectare par an, selon le degré d’aridité de la région), avec un chargement animal allant de 1,25 à 8 ha/UGB (COTECOCA, 2002). La plupart des pastizales se localisent dans les zones arides et semi-arides du nord du Mexique, mais il en existe également dans les régions forestières tempérées et dans les terres basses et humides du sud du pays. Ils ne sont pas fertilisés. Ces pastizales sont fréquemment surexploitésen raison d’un manque de connaissance de la gestion des prairies, mais aussi en cherchant à accroître la productivité des pâturages.
Cependant, ce mode d’exploitation favorise la destruction du couvert fourrager et finalement les phénomènes d’érosion et de désertification.
■ Les prairies semées
Les prairies semées occupent une superficie de 12 millions d’hectares et produisent 81 millions de tonnes de matière sèche. Ces prairies sont principalement constituées d’espèces non natives, sont utilisées en pâturage et parfois récoltées sous forme de foin. Parmi les espèces non natives on trouve notamment les genres Panicum, Cynodon, Digitaria, Pennisetum, Hyparrheniaet, depuis ces dernières 25 années, le genre Brachiaria. Les espèces natives appartiennent principalement aux genres Axonopus et Paspalum (ENRIQUEZ et al., 2010). Parmi les légumineuses, les genres Clitoria, Pueraria, Arachis et Centrosemasont les plus communs, même si leur utilisa- tion est faible. Ces espèces bénéficient des fortes pluies dans les zones tropicales des états du Sud comme Vera- cruz, Chiapas, Tabasco et Yucatan mais doivent souvent être irriguées dans les zones sèches des états du Nord E.-D. Bolaños-Aguilar et al.
Zone* Surface Température Pluviométrie Principaux États (millions ha) (%) (amplitude, °C) (mm/an) concernés
Zone aride 35 18,0 -2 à 45 < 200 Coahuila, Sonora, Chihuahua,
Baja California
Zone semi-aride 60 30,5 0 à 40 250 - 400 Chihuahua, Durango,
Tamaulipas, San Luis Potosí, Nuevo León
Zone tempérée 46 23,5 10 à 29 600 à < 1500 México, Puebla, Tlaxcala, Jalisco, Nayarit, Hidalgo, Querétaro Zone tropicale sèche 32 16,0 16 à 38 < 1500 Sinaloa, Guerrero, Oaxaca,
Veracruz, Yucatán Zone tropicale humide 24 12,0 19 à 40 > 2000 Tabasco, Veracruz, Chiapas,
Campeche
* La zone alpine (zone de montagne très élevée) n'a pas été prise en considération parce qu’il n’y a pas d'activité agricole
TABLEAU 1 : Présentation des grandes zones agro- écologiques du Mexique.
TABLE 1 :Presentation of the great agro-ecologi- cal regions of Mexico.
FIGURE1 : Contribution des différents types de res- sources fourragères à la production fourragère mexi- caine.
FIGURE1 :Contribution of the different types of forage resources to the forage production in Mexico.
42%
5%
24%
29%
"Pastizales"
Prairies
Cultures fourragères
"Esquilmos"
Production totale : 183 millions de t MS
comme Tamaulipas, Sonora et Chihuahua (COTECOCA, 2002). Ainsi, on estime que plus de 3% des prairies semées au Mexique sont irriguées. Dans les zones de fortes précipitations, les graminées fourragères ne sont généralement pas fertilisées car la production y est très forte et satisfait généralement le producteur. En revanche, lorsqu’il y a irrigation, un apport minéral est parfois assuré jusqu’à 200 kg d’azote, 100 kg de phos- phore et 50 kg de potasse par hectare.
Depuis 50 ans, la part des prairies et leur productivité n’ont cessé d’augmenter. Cependant, le secteur de la production de semences est peu développé de sorte que 90% des semences utilisées sont importées. La plupart des semences utilisées pour le semis des graminées tropicales sont importées du Brésil et d’Australie, alors que les graminées tempérées proviennent essentiellement des États-Unis d’Amérique.
Ces prairies (comme également les pastizales) jouent un rôle environnementalimportant en contrôlant l’éro- sion des sols et en facilitant l’infiltration des eaux de pluie pour la recharge des nappes souterraines, nécessaires à l’approvisionnement des villes en eau potable.
■ Les esquilmos
On appelle esquilmosagricoles l’ensemble des sous- produits issus de l’agriculture, du maraîchage, de l’arboriculture fruitière et de la foresterie. Ces activités souvent associées à l’élevage fournissent des millions de tonnes de sous-produits valorisés par les ruminants, le plus souvent par prélèvement (ou pâturage) sur place. Les états de Jalisco (au centre-ouest), de México (centre) et de Sinaloa (nord-ouest) en produisent respectivement 6, 5 et 4 millions de tonnes alors que les états du sud en générent plus de 2 millions de tonnes chacun. La production totale de ces sous-produits (feuilles, tiges, grains tombés au sol) est estimée à 46 millions de tonnes par an dont plus des 2/3 proviennent de la production de maïspour l’alimentation humaine, le reste provenant essentiellement des cultures de sorgho, blé et coton (COTECOCA, 2002).
■ Les cultures fourragères
Les cultures fourragères ne représentent finalement que 5% en volume des ressourcesmais occupent une place importante dans le pays. Leur surface(1,7 millions d’hectares en 2009) est en augmentation régulière. En 2009 (tableau 2), les 4 principales cultures fourragères ont été l’avoine (40% des surfaces), le maïs (28%), la luzerne (21%) et le sorgho(11%). Ces cultures fourra- gères sont exploitées pour plus de la moitié dans le nord du pays. Elles sont conduites principalement avec irriga- tion, sauf dans le sud où les maïs et sorgho sont fréquemment exploités en culture sèche. La région laitière principale du pays est “La Laguna”, localisée au centre- nord du pays. Les rotations y sont construites autour de la luzerne (pluriannuelle) et de cultures annuelles comme
l’avoine, le ray-grass annuel et le maïs “jaune” (le maïs blanc est plutôt réservé à la consommation humaine).
L’ensilage est la principale forme de conservation des cultures fourragères.
2. Des zones agro-écologiques contrastées
En fonction des conditions de température et de la pluviométrie, on distingue couramment cinq zones clima- tiques (figure 2 et tableau 1) : les zones arides, semi-arides, tempérées, tropicales sèches et tropicales humides (SAGARPA, 2006). La zone climatique ainsi que d’autres facteurs relatifs au sol ou à la topographie influencent profondément la gestion et l’utilisation des ressources disponibles et donc les systèmes de produc- tion. Dans chacune de ces zones agro-écologiques principales, des stratégies de production fourragère se sont développées, en particulier pour le choix du matériel génétique et des technologies spécifiques pour l’établisse- ment, le fonctionnement, l’entretien, la réhabilitation et la conservation des espèces fourragères.
■ Zones arides et semi-arides
Ces zones couvrent près de la moitié du pays (95 millions ha) dans les états du Nord. La végétation naturelle est constituée principalement de pastizales (associant graminées, arbustes et arbres fourragers). La production fourragère y est d’environ 300 - 400 kg MS/ha en zone aride, et de 900 - 1 000 kg MS/ha en zone semi- TABLEAU 2 : Répartition régionale et production des 4 principales cultures fourragères au Mexique en 2009 (INEGI, 2010).
TABLE2 :Regional distribution and production of the 4 main forage crops in Mexico in 2009 (INEGI, 2010).
Superficie (1 000 ha)
Rendement moyen*
(t matière verte/ha)
Maïs - Région Nord - Région Centre - Région Sud - Total
140 337 2 479
25,0 35,7 28,3 29,5 Sorgho
- Région Nord - Région Centre - Région Sud - Total
155 22 10 187
28,5 29,0 28,0 25,6 Luzerne
- Région Nord - Région Centre - Région Sud - Total
233 128 5 366
78,5 74,2 57,5 72,3 Avoine
- Région Nord - Région Centre - Région Sud - Total
405 276 2 684
18,7 18,8 16,1 18,5
* Cultures sèches et irriguées confondues
aride. Les prairies sont composées principalement de Hilaria mutica, Sporobolus airoides, Bouteloua gracilis, Aristida spp., Bouteloua curtipendula, Muhlenbergia por- teri, Digitaria californica, Setaria macrostachya. On trouve également des prairies semées (en utilisant l’irrigation) avec du Cenchrus ciliaris, graminée fourragère d’origine africaine, sur une surface importante (plus de 2 millions d’hectares). Les arbustes et arbres fourragers les plus fré- quents sont : Larrea tridentata, Atriplex canescens, Atriplex spp., Celtis palida, Prosopis juliflora, Parthenium incanum, Dalea spp., Opuntia spp., Acacia gregii, Guaya- cum coulteri, Ipomoea arborescens, Coursetia glandulosa, Calliandra eriophyla, Eysenhartia orthocarpa, Desman- thus covilleli, Olneya tesota, Cercidium microphylu et Sismodia chinensis (COTECOCA, 2002).
Ces zones accueillent également 42% des surfaces nationales en cultures fourragères. Ce sont essentielle- ment du sorgho, des prairies irriguées de fétuque (Festuca arundinacea), de ray-grass d’Italie (Lolium multiflorum) et anglais (Lolium perenne) mais on trouve également de l’avoine et du maïs. Le cheptel bovin y est important (30%
du cheptel national) avec des bovins viande en système naisseur extensif, mais aussi une production laitière intensive, en particulier dans la zone “La Laguna”
avec du bétail spécialisé Holstein, exigeant en fourrages de qualité (ensilage de maïs, sorgho et avoine, foin de luzerne) et en aliments concentrés. Dans cette région, on doit signaler aussi la place importante de la luzerne (45 000 ha), pivot d’une production laitière intensive (MONTEMAYORet al., 2010).
On trouve également un cheptel important d’ovins des races Rambouillet, Hampshire, Dorset et Suffolk (ALMANZA, 2007) et de caprins, exploités en systèmes extensifs(au pâturage dans les pastizales), pour la pro- duction de viande de mouton, et pour le lait et la viande de chèvre. Les chèvres laitières appartiennent aux races Saanen, Alpine française, Granadina, Murciana et Anglo- nubienne et, pour les races à viande, ce sont des Boer, Toggenburg et Créoles (SAGARPA, 2010 ; OEIDRUS, 2010)
■ Zone tempérée
Cette zone couvre environ 46 millions d’hectares et concerne les hautes vallées et les montagnes de presque tous les Etats. Les forêts couvrent la majeure partie de la zone (89%) et permettent le développement de systèmes “sylvo-pastoraux” extensifs. On y trouve éga- lement 600 000 ha de pâturages (pastizales) dans les vallées, à base de Festuca amplissima, Muhlenbergia macroura, Stipa ichu, Eryngium et Pennisetum clandesti- num. Le cheptel bovinreprésente là aussi environ 1/3 du cheptel national, moitié en viande et moitié en lait (INIFAP, 2003). La zone tempérée du Centre est plus spe- cialisée en lait, avec des vaches laitières de race Holstein qui sont exploitées intensivement et nourries au pâturage avec des prairies seméesde ray-grass anglais et de trèfle d’Alexandrie, et avec des fourrages verts ou ensilés à base de luzerne, maïs, avoine et orge. La zone tempérée du Nord est plus spécialisée dans la viande avec de l’engraissement à l’auge d’animaux croisés: croise- ments entre des races allaitantes (Simmental, Charolais et Aberdeen Angus) d’origine européenne (Bos taurus) et des zébus (Bos indicus). La production de moutons(races Rambouillet, Pelibuey, Black Belly et Kathadin) valorise des pâturages (dont une forte proportion de prairies irri- guées ) et des esquilmos(ALMANZA, 2007).
■ Zones tropicales sèches et humides
Ces zones concernent 56 millions d’hectares, au centre et au sud du pays (32 et 24 millions respective- ment pour les zones sèches et humides). La formation végétale dominante est la forêt tropicale à feuilles caduques et semi-caduques, mais les prairies occupent une grande partie du territoire. Les prairies natives sont constituées d’espèces des genresPaspalum, Axono- pus et Imperata. En zone sèches, les prairies semées se composent en particulier des espèces Cynodon plectosta- chyus, Panicum maximum, Cenchrus ciliaris, Panicum coloratum, Andropogon gayanus, Cynodon dactylon, par- fois associées à des légumineuses comme Desmanthus sp., Centrosema sp., Macroptilium sp. et Desmodium sp.
E.-D. Bolaños-Aguilar et al.
FIGURE 2 : Localisation des principales zones agro-écologiques du Mexique (d’après elear- ning.semarnat.gob.mx).
FIGURE2 :Location of the main agro-ecological regions of Mexico (after elearning.semarnat.gob.
mx).
En zone plus humide, des prairies temporaires à base d’espèces d’origine africaine comme Echinochloa polystachyaet Pennisetum purpureumsont utilisées. On y sème également des espèces du genre Brachiaria, avec B. humidicola, B. decumbenset B. brinzantha, et derniè- rement un hybride “Mulato” (B. brizantha xB. ruziziensis).
Ce genre Brachiariaest également rencontré en associa- tion avec les légumineuses Arachis pintoi ou Pueraria phaseoloides (ENRIQUEZ-QUIROZet al., 1999 ; REYES-PURATA
et al., 2009). Cependant, malgré leur intérêt pour la pro- duction de biomasse et la qualité du fourrage, le développement de ces associations est encorelimité.
La faible utilisation par les éleveurs de ces associations semble liée à la difficulté de maintenir une proportion suffisante de légumineuse, en particulier au pâturage, où elle est préférentiellement consommée par le bétail. Par ailleurs, dans l’association, la légumineuse semble plus sensible aux stress que les graminées tropicales.
Dans ces deux zones tropicales (sèche et humide), les prairies semées ont une bonne pérennité(de l’ordre d’une dizaine d’années) et constituent la principale ressource fourragère, aussi bien au pâturage qu’à l’auge.
Depuis une dizaine d’années, l’affouragement avec des ensilages de maïs jaune et de sorghose développe également.
On trouve également des arbustes et des arbres à usage fourragercomme Prosopis sp.,Acacia sp., Pithece- lobium sp., Cercidium sp., Ziziphus sp., Leucaena sp., Bursera sp. et Ceiba sp. (ENRIQUEZ-QUIROZ et al., 1999).
Ces deux zones confondues recèlent là aussi le tiers du cheptel bovin national. Les productions animales s’y effectuent plutôt au pâturage. Pour les bovins, la production de viande domine. On note depuis une
dizaine d’années le développement d’une production de veaux sous la mère et d’ateliers d’engraissement de jeunes bovins à l’auge. Le bétail est constitué de croisements entre des zébus et des races européennes comme les Angus, Charolais, Simmental et récemment Limousin. La production laitière bovine, moins importante, est en général conduite de façon extensive, avec là-aussi des croisements entre zébus et races laitières : avec d’abord la Suisse brune (la descendance est appelée “Suiz-bú”), la Simmental Fleckvieh et la Montbeliarde (“Simbrah”) et enfin la Holstein (“Holando- cebú”). Il existe également des croisements zébu et race Jersiaise. Ces croisements sont nécessaires pour obtenir un animal productif (grâce au Bos taurus) et résistant à l’environnement tropical (grâce au Bos indicus). Enfin, on rencontre également des ovins viande (au pâturage et à l’auge) des races Pelibuey et Black Belly, et quelques caprins laitiersde race Créole (SAGARPA, 2010).
Enfin, dans ces zones comme partout dans le pays, l’alimentation de ruminantsà l’auge à partir de grains se développe fortement. Il s’agit essentiellement de sorgho, avoine et maïs jaune (INEGI, 2009).
3. Les préoccupations de recherche sur les fourrages
Les objectifs nationaux de recherche sur les four- rages ont récemment été redéfinis par l’INIFAP (voir Encadré 1) et le Ministère fédéral chargé de l’Agriculture (SAGARPA). Ils s’articulent autour de 4 thématiques prin- cipales :
- La gestion durable des agro-systèmes à base de pastizaleset de prairies. Ces écosystèmes sont fragiles
L’INIFAP (Institut National pour la Recherche Forestière, Agricole et de l’Elevage) est la principale institution de recherche scientifique et technologique dans le domaine agricole au Mexique. Son objectif principal est de produire des connaissances scientifiques et des innovations techno- logiques dans le secteur agricole mexicain et de promouvoir leurs transferts, dans une approche intégrée du producteur primaire au consommateur final.
L’institution compte 1 063 chercheurs dans 38 stations de recherche et 39 stations expérimentales, réparties dans le pays. Etant donné la grande diversité des écosystèmes et des productions au Mexique, les travaux portent sur une vaste gamme de cultures et productions animales.
Plus de la moitié des stations de recherche (voir le tableau ci- contre) travaillent de près ou de loin sur les techniques ou systèmes de production fourragers : pastizales, esquilmos, prairies et cultures fourragères. Les travaux sur les four- rages sont regroupés dans un programme fédérateur appelé PROFYP. Les actions de recherche et de transfert sur les fourrages, conduites par l’INIFAP sur le territoire mexi- cain, sont complétées par des activités mises en place par certaines universités et structures de développement rural.
ENCADRÉ1 : Les travaux de recherche sur les fourrages au Mexique.
INSERT1 : Research studies in progress on the forages in Mexico.
Stations de recherche travaillant sur les fourrages
État
Région Nord
- Todos Santos y Costa de Ensenada Baja California Norte - Valle de Santo Domingo Baja California Sur
- La Laguna y Zaragoza Coahuila
- Sierra de Chihuahua, Delicias y La Campana Chihuahua
- Valle del Fuerte Sinaloa
- Valle del Yaqui, Caborca y Carbo Sonora
- Río Bravo y General Terán Tamaulipas
Région Centre
- Apatzingan Colima
- Bajío y Norte de Guanajuato Guanajuato
- Vaquerías Jalisco
- Horno México
- Zacatepec Morelos
- Centros Altos y El Verdileño Nayarit
- Querétaro Querétaro
- San Luis San Luis Potosí
- Calera y Los Cañones Zacatecas
Région Sud
- China Campeche
- Centro de Chiapas Chiapas
- Huimanguillo Tabasco
- Las Margaritas, La Posta y Playa Vicente Veracruz
- EDZA, Mocochá y Tizimin Yucatán
(on estime que 60% des prairies au Mexique sont dégra- dées). L’amélioration de leur durabilité (et ainsi également de leur productivité) passe par une meilleure compréhen- sion des relations (complexes) et interactions entre les organismes vivants, entre ces organismes et le milieu et avec les activités humaines.
- La conservation des ressources génétiques. La conservation et la valorisation de la variabilité génétique existant sur le territoire, aussi bien pour les pastizales, les prairies que les cultures fourragères, sont primor- diales. Il s’agit d’abord de conserver l’exceptionnelle biodiversité présente dans le pays. On estime par exemple que 40% des 34 000 espèces fourragères prairiales et arbustives du Mexique sont endémiques (MELGOZA- CASTILLO, 2006). Il s’agit ensuite de l’exploiter dans les programmes de sélection, comme par exemple pour l’amélioration de la productivité, de l’aptitude à l’associa- tion, de la qualité, de la résistance aux bio-agresseurs, et pour la production de semences.
- Le développement de solutions permettant de réduire l’effet de la saisonnalité de production des ressources fourragères. La disponibilité et la qualité de ces ressources fourragères sont fortement affectées par les variations climatiques saisonnières, même en zone tropicale humide. La sélection de génotypes ou la création de variétés plus tolérantes à la sécheresse et aux engor- gements de sols ainsi que le développement de nouvelles pratiques de conservation de fourrage sont nécessaires.
Ce dernier point est plus particulièrement crucial en zones tropicales.
- La gestion du pâturage et de la production ani- male. Des approches intégratives et systématiques sur les systèmes de production (systèmes de pâturage et de stockage, choix des races et du chargement) sont dévelop- pées. Elles devront viser à maintenir les niveaux de production tout en améliorant la qualité des produits ainsi que la qualité de vie des producteurs. Ces travaux concernent les pâturages et les cultures fourragères et visent à mettre en place des systèmes de culture d’éle- vage plus durables.
Les questions relatives à l’adaptation des fourrages au changement climatique et à la diminution des émis- sions de gaz à effet de serre des animaux au pâturage et à l’auge sont actuellement en débat et devraient débou- cher sur de nouveaux programmes. Il en est de même pour tout ce qui touche à la sécurité alimentaire.
En conclusion, la situation au Mexique conjugue une demande croissante de produits animaux de qualité et des systèmes de production animale très variés, ce qui représente des défis (mais aussi des opportunités) impor- tants pour le développement productif, économique, social et environnemental de l’élevage. Autrement dit, il s’agit d’augmenter la production par unité de surface sans dégrader les ressources naturelles que sont les prai- ries et pastizales, principales sources de l’alimentation du bétail au Mexique... En effet, il faut tout à la fois satisfaire la demande interne... et développer le potentiel d’exporta- tion, maintenir la viabilité des nombreuses unités de
production du bétail (3,4 millions) en augmentant leur valeur ajoutée, sans oublier de diversifier la production et les sources d’alimentation du bétail.
Accepté pour publication, le 3 décembre 2010.
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