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La question animale (recension)

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Academic year: 2021

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HAL Id: hal-03123154

https://hal.univ-angers.fr/hal-03123154

Submitted on 27 Jan 2021

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La question animale (recension)

Bertrand Guest

To cite this version:

Bertrand Guest. La question animale (recension). L’esprit créateur, 2011, 51 (4), pp.117-118.

�10.1353/esp.2011.0044�. �hal-03123154�

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La question animale : entre science, littérature et philosophie, Jean-Paul Engélibert, Lucie Campos, Catherine Coquio, Georges Chapouthier (dir.), Presses Universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2011, ISBN 978-2-7535-1291-7, 18 euros.

Bertrand Guest, Book Review in L’esprit créateur, volume 51, number 4, winter 2011, pp.117-118

Croisement critique dans la prolifération des discours sur l’animal, ce livre réunit des éthologues montrant ce que la recherche récente met au jour d’un monde perceptif et cognitif commun toujours plus étendu entre l’homme et l’animal, des littéraires analysant les mythes et les récits qu’ils partagent, et des philosophes éclairant les enjeux éthiques de leurs rapports.

Constat commun et urgent : au-delà du silence insaisissable de bêtes passées de l’humour à la gravité, celui de leur disparition muette, de leur statut de victimes et de témoins à la fois dans l’ère des grandes catastrophes.

Au contrat moral avec les animaux, qui éclaire l’infinie perfectibilité humaine, qu’il ait été passé et rompu, ou qu’il soit futur et encore à construire, ce livre lie la question du semblable.

Il s’ouvre sur la mise en évidence de cultures, de créations et d’un cerveau social opérant au- delà des seuls primates – il est vrai devenus quant à eux de véritables membres de la famille à mesure qu’ils intégraient un ethos humain –, ce qui pose avec une pertinence renouvelée la question de notre responsabilité à l’égard de tous les animaux, à l’heure où l’élevage perd son âme et vise la seule production de viande. C’est l’opposition entre sauvage et civilisé qui s’effondre dès lors, et l’altérité supposée des bêtes, avec qui le fragile accord semble d’autant plus bouleversé que l’éthique se divise, selon qu’elle est anglo-saxonne ou continentale, utilitariste ou déconstructionniste, mais aussi animale ou environnementale : pour n’évoquer que la sensibilité, où placer le seuil d’admission des espèces au rang de sujets de droit ? Ceux- ci ne sont-ils pas les écosystèmes, et à terme la nature elle-même ? L’animal se présente ainsi comme point de départ d’un dépassement de l’humanisme et de sa « machine métaphysique » (E. de Fontenay).

Des essais aux fictions, de Kafka et Hofmannstahl à Agamben et Jean-Christophe Bailly, des littératures variées s’emparent de ces questions, forgeant pour certaines le nouveau mythe de l’animal-victime, figure privilégiée, par le hiatus et l’infigurabilité qui nous en séparent, de la barbarie et des catastrophes postmodernes. Des animaux souvent inattendus tracent au contraire le chemin de la créolisation et de l’ouverture aux différences dans l’écriture caraïbe, comme ils dessinaient les pactes de fraternisations improbables chez Rigoni Stern, ou cherchaient au siècle de Darwin, dans le dialogue entre science et littérature, la voie d’une

« nouvelle alliance » avec les hommes. C’est aujourd’hui dans cet écart « ouvert » d’une parenté qui nous fuit, de traces que l’homme n’a de cesse de suivre sans pouvoir s’en approcher, sur cette frontière toujours plus poreuse entre nous et l’animal, que la crise du langage, du réalisme et de l’éthique trouve paradoxalement le mieux à se dire. L’animal est la figure historique du moment.

L’exploration proposée ici n’est plus l’étude longtemps poursuivie de ce qui distinguerait

l’homme de l’animal, mais celle du monde commun où nous cohabitons. Cet état des lieux de

la question animale, qui est donc, au-delà de l’empathie, la question humaine, constitue une

étude fondamentale sur l’autre et le semblable, et part du principe que le vivant, plus que

jamais, « nous regarde ».

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