Sommaire
Revue de presse 4
30 jours 5
Courriers/témoignages 6
Actualités 8
• Lycées/collèges en grève mardi 7 décembre
• Loi d’orientation : deux cents collègues en forum à Marseille
• Où en est l’unité syndicale ?
• Remplacement : réquisitionner les profs ?
• Suppression des heures de TPE en Terminale
• Salaires : refus gouvernemental de négocier
• Hors-classe : des reculs qui ne font pas le compte
Débat/opinion 14
• Autorité contre autoritarisme : – François de Singly
– Miguel Benasayag
Eco/social 16
• Que sont devenus les emplois-jeunes ?
• Les nouveaux travaux du
Conseil d’Orientation des Retraites
• Europe : libéralisme à tout va
Dossier 19
• Soutien scolaire : réduction ou accroissement des inégalités ?
Métier 28
• Septième Rendez-vous de l’Histoire de Blois
• Mathématique en L
19
L’Université Syndicaliste, hebdomadaire du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES, 1, rue de Courty, 75341 Paris Cedex07. Tél standard : 01 40 63 29 00). Directeur de la publication :Gérard Anthéaume, tél. 01 42 80 91 04.
Rédacteurs en chef :Serge Chatelain et Alexis Chabot. Secrétaire de direction :Thérèse Bara. Collaborateurs permanents :Nicolas Beniès, Fabrice Giovanazzi, Claudie Martens. Responsable publicité :Clotilde Poitevin, tél. : 05 65 11 00 79. Photocomposition et photogravure :C.A.G.Imprimerie : RPN, Livry-Gargan (93). C. P.N° 0108 S 06386. I.S.S.N. N° 0751-5839. Dépôt légal à parution. Conception : Voltaire & Associés, 15, rue de la Banque, 75002 Paris. Prix du numéro : 1,30€. Abonnement : 1) Personnels de l’Éducation nationale : France 26 €; étranger et DOM-TOM : 40€. 2) Autres, France : 37€; étranger : 51€.
Publicité : MGEN (2), MAIF (18), GMF (31), UNCME (47), ZIG-ZAG (47), Microsoft (48), un encart volant les restos du cœur france métropolitaine. Photo de Une : Daniel Maunoury.
Po u r s’ i nfo r m e r e t d o n n e r so n av i s : M é l : se cg e n e 2 @ s n es.e d u , I n te r n e t : http://www.snes.edu
DIFFUSION CONTROLE DIFFUSION CONTROLE
2 0 0 2
Fenêtre sur L’IRHSES : entretien avec son président Alain Dalançon
10 Actualité : Lycées/collèges en grève
mardi 7 décembre
Dossier Soutien scolaire
Réduction ou accroissement des inégalités ?
• Sciences au collège : les thèmes de convergence ?
• STG : la rénovation entre dans sa dernière phase
Catégo 30
• Évaluation et notation des fonctionnaires
• Régime de « retraite additionnelle de la fonction publique »
Fenêtre sur 32
• L’IRHSES : entretien avec son président Alain Dalançon
International 34
• 51esession de la Conférence des ministres de l’Éducation des pays ayant le français en partage
• Allemagne : réforme(s) après l’électrochoc de l’enquête PISA
Culture 36
• Livres-revues
• Cinéma/Théâtre/Spectacles/Expositions
• Multimédia
Débat 42
• La FSU doit-elle accepter la demande d’adhésion de syndicats de l’enseignement privé ?
Entretien 44
• Le « socle commun » :
– Pierre-André Périssol :Une idée porteuse de progrès
– Jean-Yves Rochex : Une logique de renoncement
32
Édito
En grève
Pas à pas le ministère rogne ce qu’il peut partout où il le peut : il tente de remettre en cause l’accès à la hors-classe, de modifier le système de mutations, de grignoter les options, là où elles existent encore, et les dédoublements, notamment en langues vivantes. Il supprime brutalement les TPE en Terminale, sans évaluation du dispositif, des acquis des élèves, au mépris de l’engagement important des collègues et des établissements.
Dans notre secteur comme dans les autres, ce gouvernement s’applique avec méthode à revenir sur les acquis concernant les carrières, refuse de négocier sur les salaires, réduit le nombre de fonctionnaires d’État, développe la précarité, s’attaque aux services publics de proximité, privatise les dernières grandes entreprises publiques.
Si les considérations budgétaires sont une des explications données, elles ne sont qu’un élément des choix gouvernementaux.
Ce gouvernement sert les intérêts des plus nantis au détriment des plus démunis, choisit de réduire la fiscalité des grosses fortunes et d’abandonner les services publics.
Ce n’est pas le plan Borloo qui permettra de reconstruire du lien social là où les inégalités économiques, sociales, territoriales se creusent.
C’est dans ce contexte, qu’à peu de frais, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, lance sa nouvelle réforme de l’école et s’exprime avec son ministre de l’Éducation pour développer l’idéologie du don et des talents pour construire l’école de demain. Un socle des indispensables réduit pour ceux qui ont des « talents » manuels, cela s’appelle une école ségrégative ! Nous avions cru enterrer ces vieilles idées réactionnaires qui conduisent à enfermer les jeunes des milieux populaires et à les priver de tout espoir de promotion sociale. Il en va de même lorsque par circulaire le ministre Fillon restaure les punitions collectives confondant autorité et autoritarisme. Toutes les occasions sont bonnes pourvu qu’elles ne coûtent rien, voire économisent, pour rassurer ceux qui, face à la dégradation réelle des conditions de vie, de travail, face à la peur de l’avenir, souhaitent le retour « aux bonnes vieilles méthodes ».
Or, en matière de progrès social, d’autorité, de pédagogie, c’est en faisant confiance aux personnels, en stabilisant les statuts, les équipes, en affirmant des objectifs ambitieux pour la Nation, en permettant la construction de valeurs partagées, que l’on transformera l’école pour l’avenir de la société et non en la tournant vers un passé à jamais révolu.
C’est pour une nouvelle politique d’éducation que nous ferons grève, dans un premier temps, le 7 décembre.
Gisèle Jean cosecrétaire générale
4
REVUE DE PRESSE
SOCIÉTÉ
L’inégalité se porte bien
L
a réforme des retraites de 2003 commence à faire sentir ses effets.Et le réveil s’annonce douloureux pour un certain nombre de femmes. Le constat est unanime. Pour la plupart des observa- teurs, loin de réduire les inégalités qui existent dans ce domaine – la retraite des femmes est en moyenne inférieure de moitié à celle des hommes –, la réforme Fillon contribue pour certaines d’entre elles à les accentuer. Après la polémique sur la réforme des pen- sions de réversion dont le décret a été provisoirement suspendu par le gouvernement, ce sont les femmes fonctionnaires qui se mobi- lisent contre la suppression de la bonification d’un an par enfant, entérinée par la loi. [...] Alors les femmes seraient-elle les premières victimes de la dernière réforme des retraites ? Tout le laisse à penser, même si les conséquences sont encore difficiles à évaluer précisément. Une étude inédite de l’INSEE fondée sur des simu- lations. [...] apporte un début de réponse. Selon leurs auteurs, si la réforme de 1993 (qui a porté de 37,5 ans à 40 ans la durée de coti- sation et calculé le montant des retraites sur les vingt-cinq meilleures années au lieu de dix) a nettement désavantagé les femmes, entraî- nant pour certaines générations une baisse de 13 % de leurs pen- sions, les effets de la réforme de 2003 sont moins nets. Globale- ment faible, son impact cacherait cependant d’énormes disparités.
[...] « La réforme de 2003 va surtout accroître les disparités au sein des femmes entre celles qui ont des carrières complètes avec des niveaux de pensions élevés et celles qui ont travaillé à temps par- tiel ou ont connu des périodes d’interruption », commente un des auteurs de l’étude. Ce que dénoncent à l’unisson les unions confédérales de retraités. [...]
27 octobre 2004
Les femmes, grandes perdantes de la réforme des retraites
1eroctobre 2004
CHÔMAGE ET RMI EN PLEINE CROISSANCE
La croissance est là. Pourtant le chômage augmente toujours : + 0,5 % en août. Cela représente 2 453 100 demandeurs d’emploi, 22 % de plus qu’il y a un an.
On objectera qu’il avait baissé de 0,5 % en juillet et que les statistiques d’un mois d’été sont peu significatives [...] Mais les faits sont là : le chômage ne baisse pas.
Plus grave : le nombre de chômeurs de longue durée, ceux qui sont inscrits depuis plus d’un an à l’ANPE, a augmenté plus vite encore : + 0,2 % en un mois, + 2,5 % en un an. Et une étude publiée mercredi par la DREES (Service statistique du ministère de la Santé et de la Protection sociale) montre qu’entre le 1erjuillet 2003 et le 30 juin 2004, le nombre d’allocataires du RMI a explosé : + 10,5 %. Au début de l’été, ils étaient 1 039 300 (en données CVS) à vivre avec moins de 418 euros par mois. Un record absolu depuis la création de cette allocation par Michel Rocard en 1989 [...]
14 octobre 2004
LE PREMIER MINISTRE FAIT DE LA RÉFORME DE L’ÉCOLE L’UNE DES TROIS PRIORITÉS DE 2005
« La réforme de l’école », avec « la baisse du chômage » et « la lutte contre la vie chère », est une des
« trois priorités du contrat France 2005 » qui sera présenté d’ici à la fin de l’année, a annoncé le Premier ministre, mardi 12 octobre, à l’occasion de la remise du rapport de la commission du débat national sur l’avenir de l’école, présidée par Claude Thélot. [...] La nouvelle loi ne sera pas seulement une loi d’orientation mais aussi « une loi de programmation », a-t-il précisé, c’est-à-dire avec un engagement financier correspondant aux objectifs définis. Toutefois les difficultés de l’école, dont les résultats stagnent, ne viennent pas du manque de moyens, selon M. Raffarin. Le budget de l’éducation nationale, premier budget de l’État, a augmenté de 23 % en dix ans alors que le nombre d’élèves a baissé de 500 000. [...]
16 octobre 2004
VIOLENCES SCOLAIRES : LES CHIFFRES
QUI DÉRANGENT
Au cours de la période scolaire 2003-2004, quelque 81 366 actes de violence ont été signalés dans le second degré, ce qui représente une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente, mais une stagnation par rapport à l’année 2001. Une hausse qui a été plus sensible lors de périodes bien déterminées, comme en janvier- février et en mai-juin. Toutefois, mesurée sur l’année scolaire stricto sensu – en écartant donc la périoe peu significative des vacances de juillet et août –, l’augmentation est de 10 %. Parmi les actes ayant connu les plus fortes hausses, trois retiennent particulièrement l’attention : les violences physiques à caractères sexuel (+ 26 %), les tentatives de suicide (+ 27 %), les infractions liées aux stupéfiants (consommation + 25 %, et trafic + 19 %). Cela étant, ces actes ne représentent que 6 % du total des signalements. [...]
25 octobre 2004
L’ENSEIGNEMENT PUBLIC À PARIS, MACHINE À EXCLURE
Paris, capitale des inégalités scolaires. Ce que chacun pressentait est confirmé par un rapport confidentiel de l’Inspection générale de l’Éducation nationale.
[...] En 120 pages, ce rapport désosse méthodiquement une véritable machine à exclure les plus faibles. Paris ne se contente pas d’être incapable de résorber les inégalités sociales de départ : il les creuse. Si« 40 % des effectifs sont issus des classes sociales les plus défavorisées », Paris n’est pas épargné par les défis : le taux de chômage ou de bénéficiaires du RMI y est supérieur à la moyenne nationale ; l’académie accueille autant d’élèves non francophones primo-arrivants que celle de Créteil.
Par ailleurs, aux inégalités qui règnent entre les arrondissements du centre et de l’ouest (Ve, VIe, VIIe, VIIIe, XVIeet XVIIe) et ceux du nord-est (Xe, XIe, XVIIIe, XIXeet XXe) s’ajoutent les inégalités internes à quasiment tous les arrondissements.
Le dessin du mois
Le Canard enchaîné du 17 novembre 2004
5
Mémoire.
Cinquante ans après, l’Algérie commémore le début de sa guerre d’indépendance.1
ERnov.
Déconstruction.
Décès du philosophe français Jacques Derrida.10
oct.Droits de l’homme.
Jacques Chirac achève son périple économique en Chine.12
oct.Deuxième chance.
Ouverture du procès en appel d’Alain Juppé, devant la cour d’appel de Versailles.13
oct.Démocratie.
La Polynésie française connaît le plus grand rassemblement de son histoire, pour la dissolution de l’Assemblée locale et la convocation de nouvelles élections.16
oct.Bourbier.
Neuf soldats français sont tués par l’aviation ivoirienne.nov.
6
Paix.
L’armée américaine lance une offensive massive sur la cité sunnite de Fallouja.nov.
7
Distribution des prix.
Le prix Medicis revient à Marie Nimier pour La Reine du silence, le Renaudot à Irène Némirovski, morte en déportation à Auschwitz, pour son romanSuite française.nov.
8
L’Europe, l’Europe, l’Europe !
Le Parti socialiste débat en librairie sur le sort de la Constitution européenne.nov.
9
Yasser Arafat est mort.
11
nov.Dur, dur...
Condoleezza Rice est nommée secrétaire d’État après la démission de Colin Powell.16
nov.Bush repetita.
nov.
2
30 JOURS
L’autre voix de l’Autriche.
Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature.oct.
7
Bible.
Le rapport de Michel Camdessus, ancien président du FMI, dénonce le « déficit de travail » en France et propose d’« assouplir les règles sociales »...19
oct.Irak.
Deux mois de détention pour les otages français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, et leur chauffeur syrien.20
oct.Social.
Le gouvernement réforme l’impôt sur la fortune (ISF) à la baisse.23
oct.Iconoclaste.
Nicolas Sarkozy prône l’intégration de l’islam dans la République et souhaite une réforme de la loi de 1905.27
oct.Alarme.
À la SNCF, un protocole d’accord signé par la CGT met en place un système d’« alarme sociale » visant à déclencher des négociations sans dépôt d’un préavis de grève.28
oct.P ALESTINE
Un peuple en deuil D
epuis le 11 novembre 2004, le peuple palestinienest en deuil. Yasser Arafat, le président de l’Autorité palestinienne, le signataire, avec Yitzhak Rabin, des accords d’Oslo, est décédé. En mai dernier, une délégation de la FSU avait pu le rencontrer et s’entretenir avec lui à la Mouqataa.
Pendant plusieurs dizaines d’années, il a porté l’espoir de la création d’un État palestinien viable et souverain, conformément aux résolutions internationales, aux côtés de l’État d’Israël.
La fin des violences dans cette région du monde, la construction de la paix restent plus que jamais liées
au respect de ces résolutions. Françoise Dumont
De la sardine aux TPE
Q
uand on est Marseillais d’ori- gine et élevé dans le culte de la sardine qui aurait bouché le Vieux-Port, on croit s’y connaître en exagération. La réalité tendant régulièrement au dépassement de ce genre de fiction, on reste pourtant bouche bée devant la façon dont le ministère justifie la suppression des TPE en Terminale : ainsi « 95 % » des heures seraient consacrées au« bachotage » !
Alors quoi ? Quelle hallucination collective a donc poussé des milliers de lycéens à présenter au bac une épreuve à laquelle ils n’auraient pas été préparés ? Serait-ce pour mas- quer leur turpitude que les profs ont si bien noté ces mêmes candi- dats ? Et quel aveuglement saisit la vénérable inspection générale qui croit pouvoir écrire que les TPE fonctionnent ?
Après avoir finement examiné cha- cune de ces hypothèses, on est contraint, comme spécialiste de la question, d’affirmer que l’exagéra-
tion ministérielle susmentionnée ne doit rien au genre épique mais tout au souci d’habiller la suppression de 72 heures de cours pour cha- que Terminale de série générale.
Réponse à ceux qui doutaient encore de ce qu’un budget misérable ne pouvait passer que par une réduction de l’offre de formation.
J’ai connu (au moins) un ministre qui utilisait systématiquement le chiffre bidonné, le mépris et la mise en accusation des enseignants. Le moins qu’on puisse dire est que cela ne lui a valu l’estime de per- sonne. Écrivant ce billet à la veille de l’intervention télévisée du ministre, j’espère que François Fillon, qui dispose de 100 minutes pour nous convaincre, saura en uti- liser 5 pour nous dire que ce chiffre a été lancé à l’insu de son plein gré. Il lui en restera toujours 95 pour nous proposer une bonne loi d’orientation… (Mais ceci est une autre histoire.)
Fabrice Giovanazzi
©Clément Martin
6
DEBAT Courriers
ÉCLATEMENT DES TERRITOIRES
Cet
Atlas des nouvelles fractures sociales
deviendra vite un outil indispensable.La décentralisation aveugle est indirecte- ment mise en cause. Elle provoque une mise en concurrence des territoires et un éclate- ment social. Un processus de ghettoïsation est à l’œuvre. On peut dire que la question des ter- ritoires dissimule une profonde crise sociale que le sous-titre synthétise et que les cartes et graphiques illustrent,
« Les classes moyennes oubliées et précarisées »
.• Christophe Guilluy et Christophe Noyé, Éditions Autrement.
« Ma mère est morte »
L. Lauvernay, 42110 Jas
E
n ce jour des vingt ans de la disparition de François Truffaut, je me souviens de cette réplique d’Antoine dans Les quatre cents coups, fournie en guise d’excuse à son professeur pour justifier de son absence :« Ma mère est morte ».
Antonia est morte le dimanche 3 octobre 2004, en fin d’après-midi, à l’âge de 90 ans. Le lendemain, sa petite-fille ne s’est pas rendue à son lycée, pour exercer sa mission de professeur ; elle a choisi de consacrer sa journée à soutenir sa propre mère, à réaliser les premières formalités et à veiller sur la dépouille.
Sa chef d’établissement a accordé à cette professeur, jamais absente (il est des approximations qui suffisent à exprimer la vérité), une autorisation d’absence.
Sous condition de récupérer les heures perdues.
Au terme de l’instruction n° 7 du 23 mars 1950, le décès d’un proche n’offre pour le fonctionnaire que la possibilité de bénéficier d’autorisation facultative d’absence, « simple mesure de bienveillance » prise par le chef de service,
« seul juge quant à l’opportunité ».
Ainsi, le fonctionnaire doit notamment demander la permission de s’absenter pour le décès de :
• ses parents ;
• son conjoint ;
• ou de ses enfants.
Pour un fonctionnaire, « ma grand-mère est morte » n’est pas une excuse entièrement suffisante pour autoriser son absence.
« Ma mère est morte » (ou mon « épouse », ou mon « fils ») peut, éventuellement, permettre une telle autorisation (qui n’est pas un droit, tel qu’il l’est pour les salariés selon l’article L.226-1 du Code du travail).
Ainsi, apaisé en mon moral (au masculin) par les textes, j’ai donc prévenu ma mère que je ne pouvais lui promettre d’être présent à son propre enterrement.
En effet, en tant que fonctionnaire consciencieux, je ne puis être du parti d’Antigone.
Je garde les poings serrés, emplis de toute la terre que je ne jetterai pas.
Fonction publique
Ne tirez plus sur le pianiste !
M. D.
I
l y a environ quinze jours, au cours du battage médiatique qui a entouré le rapport Thélot, j’ai eu le plaisir d’apprendre que les pro- fesseurs de ma classe d’âge, c’est-à-dire les vieux, étaient trop idéa- listes (lisez de gauche) et ne se mettaient pas suffisamment au niveau des élèves (lisez pas assez démagogues). Les jeunes, les nouveaux, allaient transformer l’école sur de saines bases, car ils sont plus prag- matiques (lisez sans doute plus libéraux) et prennent les élèves à leur niveau (mutation génétique exceptionnelle dans l’histoire de l’ensei- gnement). Ainsi, on essaie de diviser la profession entre jeunes et vieux, suivant le procédé bien connu de diviser pour mieux régner, alors que dans un cas comme dans l’autre, jeunes, pardon, juniors et vieux, pardon, seniors, sont dans l’affaire l’objet de jugements insultants.J’avais digéré la bonne nouvelle, j’étais bonne à jeter, lorsqu’un vilain démon me poussa à lire Le Mondedu 22/10/2004: « Faut-il rendre l’an- glais obligatoire à l’école ? ». Comme d’habitude, la page comprenait deux articles, un grand aux allures objectives et un plus petit où l’on maniait les citations à grand renfort de guillemets. On s’interrogeait sur la baisse du niveau des élèves français en anglais par rapport à d’autres pays européens. Pourquoi le niveau des élèves avait-il baissé ? Le ministère de s’interroger, l’inspection générale d’anglais d’être perplexe, les groupes d’évaluation d’évaluer. Mais, ma brave dame, ce sont les pro- fesseurs ! Ils enseignent la grammaire en français et les élèves sont inhibés ! Les bras me tombent. Avec l’encadrement rigide, tant au
Médias
« Corsisation des emplois » dans le secondaire
Y. B., Champigny-sur-Marne
Néo-recrutés
J
e suis Corse (je n’y suis pour rien) et enseignante (je l’ai choisi).Au mois d’août, en vacances dans ma famille, en Corse, j’ai pu suivre, abondamment relayé par les mé- dias locaux, le feuilleton quasi- quotidien des néo-recrutés issus de l’IUFM de Corse. Consternant ! Consternant de la part d’ensei- gnants et, n’en déplaise au S3 d’Ajaccio, refuser de quitter la Cor- se, refuser de rejoindre son pre- mier poste sur le continent, n’est pas une banale affaire syndicale.
Aux côtés du recteur, le préfet, par lettre ouverte, leur a rappelé leurs obligations, du concours na- tional à l’affectation nationale.
La « corsisation des emplois » portée par le STC (Syndicat des travailleurs corses) est une déri- ve dangereuse, pour la Corse elle- même ne serait-ce que par le fort repli communautaire qu’elle va induire, à l’encontre du brassage qui reste source de diversité et de richesse. En tout état de cause, cela mérite clarification de la part de mon syndicat.
LES NOURRITURES TERRESTRES
On lit dans la dernière livraison de la revue
Enseignement catho- lique-actualités
(n° 287, octobre 2004) que la direction de l’en- seignement catholique organisera en décembre 2004 des assises sur le thème : « Faire grandir la personne dans le monde d’au- jourd’hui ». Un projet dont nul ne peut douter du caractère spiri- tuel.Mais « faire grandir » l’élève, c’est aussi assurer sa croissance, et donc le nourrir. Est-ce pour cela que cette revue contient une pleine page de publicité intitulée « Lettre ouverte de Sodexho Éta- blissements d’Enseignement, Grand Partenaire des Assises 2004 de l’Enseignement Catholique » ? Le trust de la restauration rapide, qui y vante ses mérites et propose ses services, apparaît comme un pieux donateur pour permettre le financement desdites assises.
Au-delà de l’abus des majuscules (est-ce pour Lui ?), voyons là une triste évolution pour une institution vénérable qui, à d’autres époques, n’avait pas besoin de s’associer aux marchands du temple pour multiplier les pains. Francis Berguin
7 niveau des programmes que la manière d’enseigner, on se demande com-
ment certains professeurs ont réussi à faire de la grammaire en classe.
Mais trêve de plaisanteries ! Les années 1996-2002 correspondent au début du lycée « light » dont nous n’avons pas encore mesuré les effets. Des heures d’enseignement supprimées, en particulier en langues, et les épreuves orales de langue au bac supprimées dans la quasi-tota- lité des sections. Voilà la cause. Il aurait suffi que Le Mondepose la ques- tion à des enseignants du second cycle et cela aurait peut-être évité qu’en- core une fois on tire sur le pianiste.
Ben Laden président ?
A. C., Paris
États-Unis
S
ecrètement, politiques et journalistes rêvaient tant de la victoire de John Kerry qu’ils finirent par la juger possible, et puis bientôt la plus probable des issues. Dépassée la déception des résultats, on peut légitimement se demander : qui a été élu ? Est-ce le réducteur d’impôts pour gens aisés ? Est-ce le pourfendeur de l’avortement, le chantre de la peine de mort ? Le contempteur du protocole de Kyoto ? Ce serait le même alors que le petit garçon à George Bush (le vrai, le Père) qui avait pourtant, il y a quatre ans, récolté des millions de voix de moins que ce 2 novembre, et même quelques milliers de suffrages de moins que son rival démocrate... Ce n’est donc pas ce Bush-là, toujours aussi inféodé au lobby industriel et pétrolier, qui a « mérité » tant de voix le 2 novembre.Les impôts, le système de santé, l’environnement n’y ont rien fait : les Américains ont voté, bien malgré eux, selon les vœux d’Ousama Ben Laden – et peut-être même pour lui. De même, d’ailleurs, que celui-ci avait implicitement appelé à voter pour G. W. Bush par le seul effet de sa réapparition caverneuse quatre jours avant le scrutin.
Bush ne serait rien sans Ben Laden. Et si la réciproque n’est pas tout à fait vraie (la politique extérieure des États-Unis encourage depuis long- temps les plus détestables de ses ennemis), Bush a été d’une grande aide pour le terrorisme international, ne serait-ce que par l’invasion de l’Irak et le soutien inconditionnel à la politique de Sharon.
Et puis, surtout, Bush a besoin de cet ennemi rêvé, et de même Ben Laden ne peut espérer meilleur porte-voix à sa rhétorique fanatique que cette administration américaine. Toute posture guerrière, toute prétention à incarner « le Bien », tout appel aux plus basses des passions humaines – et avant tout à la peur, dimension essentielle et méconnue de la politique – exigent un diable. Chacun a trouvé le sien et le besoin infan- tile de protection des uns, de détestation des autres, s’est si bien exprimé que le spectre de la peur est finalement le seul vainqueur: Ben Laden préside, lui aussi, à la destinée des États-Unis.
L’AVEYRON À TRAVERS SES PEINTRES
Exposition de tableaux de Marie-Claude Cavagnac, Michel Cure, Henri Duffourg, Pierre Fournel, Gérard Fournier, François Galibert, René Loviat et Michel Valentin.
Du 10 au 15 décembre 2004, mairie du 7earrondissement, 116, rue de Grenelle, Paris, de 8 h 30 à 17 heures en semaine, de 9 heures à 12 heures le samedi (fermé le dimanche).
DE BOUCHE À OREILLES
Un DVD autour de rencontres avec des musiciens qui savent rendre accessibles à tout public les œuvres qu’ils interprètent ou qu’ils ont composées.
Des séquences très variées sont proposées autour de trois thématiques : « les matériaux de la mu- sique », « la musique se construit » et « la musique se donne ». Des mondes sonores très divers sont explorés : de Marc Perrone, à Ravel en passant par Aperghis, Boulez ou Arthur H.
Le livret d’accompagnement propose une documentation sur les ex- traits musicaux, les compositeurs et les interprètes. Des pistes d’uti- lisation pédagogique sont suggérées. Édité par le SCEREN-CNDP.
« Psychologues : les risques du métier dans une société libérale ?
Quels repères et quels contre-feux ? » 25 et 26 novembre 2004
COLLOQUE SNES
Eurosites - 144/146, avenue du Président-Wilson, 93210 La Plaine-Saint-Denis (métro : Porte de la Chapelle ou RER B : Grand Stade)
Au Théâtre de Nesle
LES ANNÉES SAINT-GERMAIN
Avec la complicité de Roland Romanelli à l’accordéon et de Raoul Duflot au piano, Corinne Cousin revient à ses premières amours : la chanson. Se pro- menant de Vian à Prévert en passant par Les Frères J a c q u e s , Q u e n e a u , Ferré, Gains- bourg, Mouloudji, Trenet... elle nous offre un voyage en musique à travers le
Saint-Germain des Prés de l’après-guerre et nous entraîne avec générosité et pétulance dans un univers de bonne humeur communicative. C’est drôle, plein de poésie, tendrement nostalgique. On en sort le cœur léger.
• Tous les lundis à 21 heures, 8, rue de Nesle, 75006 Paris. M° Odéon et Pont-Neuf.
Renseignements : 0146 34 6104 Une place achetée (15€) = 1place offerte sur présentation de L’US élèves. Malgré tout, je pense que le solde est positif mais qu’il pourrait l’être bien davantage avec des évolutions significatives dans les domaines que j’ai indiqués. Cela supposerait que le ministère mette tout le monde autour d’une table, que quelques moyens soient débloqués ou... que nous puissions être suffisamment forts pour le contraindre à le faire !
Un solde positif
G. O., Fontenay-sous-Bois
P
ratiquant les TPE depuis qu’ils existent et même avant puisque j’ai fait partie de ceux qui les ont « expérimentés », je suis bien obligé de constater que les élèves réclament, à juste titre, un encadrement (car dans TPE, il y a «E») que je suis incapable de leur donner. En effet, cette année, par exemple, avec 31 élèves de Terminale et 9 groupes de TPE, nous ne pouvons, ma collègue d’histoire-géo et moi, que leur consacrer environ 10 minutes (par groupe) chaque semaine. Quand il faut discuter d’un plan, par exemple, ou du résultat d’une recherche, cela devient mission « bâclée ». Certes, on finit par s’en tirer, en consacrant parfois quelques heures de cours aux TPE (après on a quelques difficultés à ter- miner les programmes), ou en faisant gratuitement quelques HS (mais il ne faut pas le dire)... Il y aurait également beaucoup de choses à dire sur l’évaluation ainsi que sur le choix des thèmes qui sont souvent d’une pré- tention inversement proportionnelle à ce que peuvent réellement faire lesTPE
ACTUALITES
8
LES RAISONS DE LA GRÈVE
FORUM DE MARSEILLE
UN CONGRÈS EXTRAORDINAIRE DE MOBILISATION
L
e 12 novembre, le SNES Aix- Marseille a organisé le pre- mier des cinq forums de la campagne nationale sur la loi d’orientation. La forme retenue a été celle d’un congrès extraor- dinaire de débat et de mobilisa- tion. Pari réussi : près de 200 col- lègues présents, qui ont exprimé un accord général sur l’analyse de la situation, mais aussi sur la nécessité de l’action.Le second degré est particulière- ment dans la ligne de mire des attaques : il est trop démocratique, trop cher. Le projet gouvernemen- tal est de l’adapter à une société de plus en plus inégalitaire.
Le SNES se positionne pour une école démocratique, qui bouscule les inégalités sociales et qui inter- pelle le monde du travail. Le rap- port Thélot et ses zélateurs vou- draient qu’elle se calque sur des emplois non-qualifiés, et d’ailleurs sous-payés, qui reste- raient l’horizon indépassable.
Développer l’apprentissage et l’al- ternance, détricoter le canevas des formations technologiques et pro- fessionnelles, restreindre les pour- suites d’études, cela permettrait tout à la fois de renforcer le rôle
en cours au niveau de la fonction publique.
La loi d’orientation va donner un cadre institutionnel à des régres- sions déjà à l’œuvre. Nous ne pou- vons plus différer le recours à l’ac- tion, sous peine de voir se dégrader maintenant ce qui fait notre quoti-
dien et le cœur de notre métier.
Le Congrès académique s’est donc prononcé pour le recours à la grève nationale dans l’Éduca- tion dès le mois de décembre, et pour la participation à une mani- festation interprofessionnelle régionale le 18 novembre. La situation nécessite un plan d’ac- tion continu jusqu’au vote de la loi, mais aussi des élargissements rapides de l’action au niveau de la fonction publique. Et pourquoi pas au niveau interprofessionnel : il est grand temps que les salariés mettent un coup d’arrêt aux attaques incessantes de ce gou- vernement réactionnaire.
S3 Aix Marseille (17/11/04)
LYCÉES ET COLLÈGES :LE SNES APPELL
©DR
FORUM DE ROUEN
du mercredi 15 décembre 2004
Il se tiendra de 14 h 30 à 18 h 30 à la Maison de l’Université, sur le cam- pus universitaire de Mont-Saint-Aignan.
Thème : Besoins en qualifications et formation initiale.
• Première table ronde :Quels besoins en qualifications ?
Participants : un sociologue, un chercheur du CEREQ, un industriel, le directeur de l’OREF.
• Deuxième table ronde :Quelles demandes pour la formation initiale ? Participants : syndicalistes, universitaires, parents d’élèves.
• Conclusion :par Gisèle Jean, cosecrétaire générale du SNES.
du patronat dans la formation des jeunes, de réduire les coûts du système éducatif, mais aussi de faire taire pour longtemps toute velléité d’émancipation.
Le recentrage de la scolarité obli- gatoire sur un socle limité au plus petit dénominateur commun cache mal le retour d’un Collège du tri social.
Pour arriver à ses fins, le gouver- nement doit au préalable atomiser et soumettre le corps enseignant.
L’individualisation des carrières, l’accroissement des pouvoirs des hiérarchies locales sur nos muta- tions, sur nos promotions, mon- trent que cette politique est déjà à l’œuvre. L’absence de reconnais- sance salariale du travail accom- pli en est un signe supplémen- taire, tout comme les évolutions
D
ès la mi-octobre le bureau national du SNES avait indi- qué que le recours à la grève lui semblait indispensable d’ici décembre.Dans sa politique de remise en cause des services publics et de réduction du nombre des fonction- naires, l’Éducation nationale est une cible privilégiée. Sur 1,2 million de fonctionnaires, 800000 sont en effet enseignants. Le gouvernement a sauté sur le prétexte de la baisse des effectifs en lycées et collèges pour s’acharner, depuis deux ans, contre les enseignants de second degré et leurs personnels, et prendre des mesures qui vont bien au-delà de la prise en compte de la baisse démographique.
• 20 000 postes d’enseignants sont ou vont être supprimés en quatre ans. Ce qui signifie : classes char- gées, suppressions d’options, notamment en LV, suppressions d’enseignements technologiques et professionnels, d’enseigne- ments de soutien. Le ministère entend maintenant supprimer les 2 heures de TPE en Terminale.
• Suppression de 30 000 postes d’encadrement éducatif (sur- veillants, aides-éducateurs, assis- tants d’éducation).
• Déficit de 5 à 10 000 recrute- ments pour assurer le maintien de l’encadrement pédagogique aux rentrées 2005 et 2006.
• Chômage de 5 à 10 000 non- titulaires alors que le ministère
incite les recteurs à recourir mas- sivement au système des vaca- tions.
• Modifications de fond des pro- cédures concernant le mouvement des personnels et les promotions hors classe qui, en accentuant le rôle des hiérarchies locales, remettent en cause l’équité pour les personnels et les principes qui assurent l’égale qualité du ser- vice public sur tout le territoire.
Contrairement aux engagements pris depuis 89, ce ne serait plus la grande majorité qui pourrait accé- der à l’échelon terminal de la hors-classe.
• À quelques jours des premières annonces sur la loi d’orientation, le Premier Ministre donne sa lec-
ture du rapport Thélot et du socle commun : l’objectif de qualifica- tion pour tous est ramené au «cer- tificat des savoirs fondamentaux»;
la volonté de construire des par- cours personnalisés pour, d’une part, « les gens qui ont des facili- tés » et, d’autre part, « les gens qui ont des difficultés », conduit à la reconstitution de filières ségré- gatives dès la 5e. Quant à F. Fillon il envisage de « réquisitionner »
©Clément Martin
9
LE SNES ET LA DÉMARCHE UNITAIRE
L E À LA GRÈVE LE MARDI 7 DÉCEMBRE
©Clément Martin ©DR
7décembre: l’UNATOS (agents), le SNUEP (lycées profession- nels), le SNETAP (enseignement agricole), le SNICS (infir- mières). Le SNASUB et le SNEP doivent se prononcer dans les jours qui viennent, comme devrait aussi le faire l’UNSEN- CGT et sa fédération.
Il reste peu de temps d’ici le 7 décembre, raison de plus pour redoubler d’efforts pour réussir notre grève qui pour être indis- pensable, n’est pas gagnée d’avance. Gageons cependant que sa réussite aura des effets d’en- traînements sur les forces syndi- cales qui hésitent encore. C’est vrai qu’après 2003, la remobili- sation n’est pas facile. Se conten- ter d’attendre n’est pourtant pas une solution. Il faut bien que cer- tains se lancent en premier. Le SNES sera de ceux-là.■
Bernard Boisseau
L
e SNES fait le choix de l’unité. Au plan général, comme au plan de l’Éduca- tion, c’est un atout essentiel, comme l’a bien montré le mou- vement du printemps 2003, même si au bout du compte « l’essai n’a pas été transformé » sur les retraites.Mais cette recherche de l’unité ne peut pas aller jusqu’au prix de l’inaction, surtout quand on est, comme l’est le SNES, le syndicat majoritaire dans un secteur qui concentre des attaques gouverne- mentales sans précédents. Dès le début septembre, puis plus préci- sément le 12 octobre, le SNES a fait savoir publiquement qu’il esti- mait indispensable, dans le cadre d’un processus continu d’action qu’il souhaitait le plus unitaire possible, d’aller à la grève d’ici décembre.
L’accord s’est fait sans difficulté notamment entre la FSU, le SGEN-CFDT, la FERC-CGT, l’UNSA Éducation et la FCPE, sur le principe d’une action cen- trée sur le budget. Mais l’argu- ment des difficultés de mobilisa- tion, effectivement réelles, a été invoqué pour en limiter la por- tée : 200 000 « cartons rouges » ont quand même été remis au Pre- mier Ministre le 5 novembre. La FSU a souhaité donner des pro- longements à cette action. Une nouvelle remise de « cartons rouges » aura lieu auprès des pré- fectures le 24 novembre. Le SNES et la FSU s’investiront pleinement dans cette nouvelle initiative à laquelle ils souhaitent
que soient données des suites uni- taires, notamment au moment où s’élabore la carte scolaire au deuxième trimestre.
Mais le SE et le SGEN, tout en affichant leur volonté de main- tenir l’unité, s’en sont tenus obs- tinément à la seule question du budget, ce qui signifie en clair qu’ils ne voulaient pas que soit évoquée la question de la loi d’orientation pas plus que le rap- port Thélot qu’ils ont d’ailleurs pleinement approuvé. Pour le SNES, il ne peut être question de faire l’impasse sur des sujets qui mobilisent la profession et qui engagent l’avenir du système éducatif. Il lui a paru indispen- sable de faire s’exprimer la pro- fession et de peser sur les déci- sions gouvernementales par un recours à la grève, et cela, avant que ne se tienne le Conseil des ministres qui arrêtera le projet de loi, c’est-à-dire en décembre.
Le bureau fédéral, saisi le 8 novembre, s’est réuni le
15 novembre pour faire le point.
Le SNUIPP s’est prononcé pour la grève mais en janvier, période de la carte scolaire du 1erdegré.
Les avis étaient plus divers parmi les autres syndicats. Le SNES a donc rendu public son appel le 16 novembre. D’autres syndicats seront présents le
LA GRÈVE, TEMPS FORT
D’UN PLAN D’ACTION À PLUSIEURS VOLETS
•Campagne d’opinion (réunions dans les établissements et réunions publiques) sur la critique du SNES du rapport Thélot et ses proposi- tions pour la loi d’orientation. 250 000 brochures diffusées. Forums à Marseille, Rouen, Orléans et Paris.
•Mercredi 24 novembre : deuxième étape des « cartons rouges » à Raffarin. Ils sont remis au préfet de chaque département. Des suites sont préparées pour le deuxième trimestre.
•Lundi 29 novembre et jours suivants : réunion dans tous les établis- sements : appréciation des annonces Fillon et préparation de la grève.
•Mercredi 1erdécembre : opération « classe dans la rue » contre la pré- carité et les vacations.
•Mardi 7 décembre : grève dans les lycées et collèges.
les enseignants dans les établis- sements pour assurer les rem- placements, alors même que l’on casse le dispositif des titulaires remplaçants dont le SNES demandait qu’il soit amélioré.
• Comme tous les fonctionnaires, les personnels du second degré ont vu leur pouvoir d’achat dimi- nué de 5 % depuis 2000. Le ministre de la Fonction publique qui se répand en propos provoca- teurs contre les fonctionnaires et
contre l’Éducation nationale, ne leur laisse aucun espoir d’une annonce de rattrapage pour la séance de négociations salariales qu’il a repoussée jusqu’au 8 décembre.
C’est pour ces raisons que le SNES a décidé d’appeler les personnels des lycées et col- lèges à la grève le mardi 7 décembre pour signifier expli- citement au gouvernement qu’il doit revoir sa politique. Il appelle en outre les personnels
à se réunir dans tous les éta- blissements lundi 29 novembre (ou l’un des jours suivants) pour discuter des orientations
proposées par le ministre et pour préparer la réussite de la grève.■
Bernard Boisseau
10
ACTUALITES
MAUVAISE FOI ET MÉPRIS
SUPPRESSION DES HEURES DE TPE EN TERMINALE
REMPLACEMENT
”RÉQUISITIONNER ” LES PROFS ?
L
e ministère a annoncé son intention de supprimer les TPE en Terminale et, en conséquence, l’épreuve faculta- tive au baccalauréat à la rentrée 2005. Rappelons que les modali- tés d’évaluation dans le cadre du baccalauréat étaient transitoires et que le ministère devait statuer (suppression, maintien avec ou sans modification) de façon défi- nitive avant la rentrée 2005.La raison annoncée ne manque pas
C
omme la politique budgé- taire menée par le gouver- nement fait durement sentir ses effets sur le terrain, notam- ment en matière d’encadrement des élèves, F. Fillon se défausse de ses responsabilités en jetant les enseignants en pâture à l’opinion publique. Marchant sur ce terrain dans les traces de Ferry, il dénonce les 4 000 professeurs, principale- ment d’allemand et de philoso- phie… « payés à ne rien faire », du fait des suppressions d’options et de sections. Amplifiant son pro- pos, il vise ensuite toute la pro- fession en rejetant sur le corps enseignant les problèmes de rem- placement.Sûr de son effet vis-à-vis de parents d’élèves, demandeurs à juste titre que leurs enfants ne soient pas pénalisés par des absences d’enseignants, il envi- sagerait de donner les pouvoirs aux chefs d’établissement d’étendre les remplacements internes. Ainsi, un professeur pourrait être contraint de rempla- cer au pied levé un collègue absent, contre une rémunération en HS. On voit tout de suite le gain que représenteraient de telles mesures par rapport au recrute- ment de personnels titulaires pour assurer les remplacements ; com- plétées par le recours aux vaca- taires dans certains cas, elles per- mettent des économies d’emplois.
La baisse du nombre de postes mis aux concours et les suppressions d’emplois d’enseignants (2 500 au budget 2004, 5 500 prévues au budget 2005) vont évidemment à rebours et ont eu comme consé- quence, parmi d’autres, des mesures de carte scolaire pour les TZR alors que les besoins n’étaient déjà pas couverts.
Si l’on s’attache maintenant au problème des absences de très courte durée, il s’agit de savoir ce que recouvre le mot « remplace- ment » ; assurer une efficacité réelle de l’acte pédagogique ou accueillir et encadrer les élèves ? L’ignorance, feinte ou réelle, de l’acte d’enseignement, de sa com- plexité interne conduit à dire qu’un professeur pourrait cumuler des heures, comme si les élèves étaient interchangeables, comme si le travail se réduisait à la pres- tation en classe sans rien en amont ni en aval. Les enseignants savent,
eux, que le travail avec les élèves se construit, que la lourdeur de leurs charges actuelles est peu compatible avec de nouvelles tâches.
Encore une fois, au lieu de pres- crire, le ministère de l’EN serait bien inspiré de mettre à plat sérieusement les conditions d’ac- cueil des élèves, de réfléchir aux moyens de développer leur auto- nomie de façon diversifiée selon les cycles, d’améliorer en consé- quence les équipements, le nombre de personnels (docu- mentalistes, MI-SE, ces derniers ayant de par leur qualité d’étu- diants la possibilité d’un rôle d’accompagnement éducatif).
Frédérique Rolet
QUELQUES DONNÉES :
Taux d’absence des professeurs (enquête Insee sur la période 1991- 1998 : 1,6 % (3 %pour l’ensemble des salariés).
Moyens de remplacement Second degré : 3 % d’emplois/
nombre de titulaires (besoins estimés par le Ministère : 6 %).
1erdegré : 8 %
Passer à 5 % des emplois nécessi- terait 8 000 créations d’emplois.
©Clément Martin
On voit aussi tout de suite que ces hypothèses méconnaissent le fonc- tionnement des établissements (locaux, emplois du temps, etc.) comme la réalité de l’activité enseignante. Si l’on sort du dis- cours démagogique, et qu’on examine la réalité du problème du remplacement, il convient d’abord de distinguer entre rem- placement de courte, moyenne, longue durée et absences de très courte durée.
Dans le premier cas, pour assurer la continuité du service public d’édu- cation et garantir aux élèves la continuité pédagogique dans la dis- cipline, il faut des personnels titu- laires qualifiés dans toutes les dis- ciplines et spécialités. Le décret de 1999 définissant de façon unique la mission de remplacement allait dans ce sens ; sa mise en œuvre supposait qu’on prévoie dans les recrutements et créations de postes d’intégrer cette dimension.
de saveur :«La mesure proposée se traduira pour les élèves de Termi- nale et leurs professeurs par un allègement de leur charge globale de travail au profit de la prépara- tion de l’examen, répondant ainsi à l’une des principales critiques formulées à l’encontre des TPE.
En effet, malgré l’intérêt pédago- gique croissant qu’ils suscitent, tant auprès des élèves que des pro- fesseurs, les TPE sont ressentis en Terminale comme une surcharge
de travail l’année de l’examen.»
L’opposition entre l’intérêt péda- gogique croissant et les nécessités de l’examen mériterait au moins une explicitation, quand on sait que depuis trois ans le ministère est resté sourd à toutes nos demandes d’évaluation sérieuse des différents types d’apports des TPE en Ter- minale, discipline par discipline, série par série ! Par ailleurs quel allègement cela représente-t-il pour les enseignants qui devront assurer
de toute façon leurs 15 ou 18heures de cours ? Avec une classe de plus et une heure de première chaire en moins ?
Ne nous y trompons pas, la véri- table raison n’est pas celle-ci ! Supprimer purement et simple- ment 2 heures par division dans les quelques 8 000 divisions de Terminales générales dans le sec- teur public (soit environ 100 postes), sans compter le nombre important d’heures de première
11
TRAVAIL INFORMEL ?
TABLES RONDES MINISTÉRIELLES
chaire qui ne seront plus attri- buées, est d’abord une réponse aux ordres de Bercy !
Le SNES s’opposera à cette mani- pulation, surtout quand officieuse- ment, le ministère laisse croire à la presse que 95% des heures de TPE étaient utilisées à autre chose, ce qui est évidemment faux ! (80%
des élèves de Terminales générales se sont présentés à l’épreuve l’an dernier). Ce mauvais procès fait aux enseignants est indigne et laisse planer un doute sur la crédibilité du ministère. De nombreuses équipes pédagogiques ressentent cette déci- sion et ces justifications comme un mépris pour leur travail et leur
savoirs et un meilleur rapport des élèves aux enseignements.
Aucune étude sérieuse ne peut infirmer ou confirmer cette hypo- thèse, mais il est sûr que la simple suppression des 2 heures de TPE n’apportera aucune amélioration au travail en classe.
Le SNES a toujours été favorable au travail interdisciplinaire et à la recherche documentaire large- ment intégrés dans les pratiques quotidiennes et pas seulement cantonnés à un dispositif péri- phérique.
Ses interrogations sur les TPE de Terminale proviennent depuis le début de la difficulté à mesurer
l’apport de ces derniers et des modalités d’évaluation auxquelles nous avons toujours clairement exprimé notre opposition. Il n’en a jamais, pour autant, demandé la suppression !
Le SNES demande la publication de l’évaluation du dispositif, si elle existe, sur laquelle le minis- tère s’appuie pour proposer cette suppression. En tout état de cause, aucune décision ne doit être prise sans que les équipes pédago- giques et l’ensemble de la pro- fession aient eu l’occasion de s’exprimer. ■
Roland Hubert [email protected]
©Clément Martin
engagement auprès des élèves. Le ministère ne peut, d’un simple revers de main, balayer le bilan qu’elles en tirent : obligation pour les élèves de construire des pro- blématiques personnelles avec toutes les difficultés que cela repré- sente pour eux et leurs enseignants, développement de la recherche documentaire et de l’usage des CDI par exemple...
Cette opération purement comp- table ne bénéficiera sûrement pas aux élèves : les TPE ont été ins- tallés sur la suppression d’heures de cours au nom du principe qu’ils permettraient, par nature, une meilleure appropriation des
R
eproduisant le scénario des trois groupes de travail pré- cédents, les collaborateurs du ministre sont restés d’un mutisme imperturbable, laissant s’exprimer les organisations syndicales, sans point d’étape ni éléments de syn- thèse, renvoyant aux rencontres ultérieures de F. Fillon avec les fédérations de l’Éducation.Pendant ce temps, la presse a fait état d’arbitrages en cours et Raf- farin a donné publiquement de pre- mières indications. Dès la pre- mière table ronde nous avons dénoncé la méthode imposée par le ministère de l’Éducation nationale, présentée comme travail informel.
La 1retable ronde sur les finalités des missions a porté sur la question centrale pour le ministère : la façon d’atteindre le socle commun ? Nous sommes intervenus sur les finalités de l’école en montrant qu’il fallait atteindre à la fois la réussite de tous les élèves, c’est à dire réduire les sorties sans qualifica- tion, tout en élevant le niveau de qualification. Nous avons égale- ment développé notre conception de la culture commune large, ouverte à l’opposé d’un socle minimum, et contre la filiarisation précoce.
La 2etable ronde « École ouverte sur l’extérieur » a porté sur les langues vivantes. Nous avons défendu le maintien de la diversité des langues enseignées et réfuté l’idée qu’il fallait que l’anglais
soit appris dès le primaire pour tous. Nous avons critiqué la fai- blesse du cadre européen de réfé- rence en langue, au niveau culturel, et demandons son évolution.
Nous concevons l’orientation dans le cadre d’une démarche éduca- tive dans laquelle les CO-Psy ont un rôle central, en donnant du temps aux professionnels, aux équipes pour aider l’élève à construire son projet, et non comme une adéquation entre orientation et affectation.
La formation continue pour adultes doit s’effectuer dans le cadre du service public, notamment en redonnant des moyens aux Greta.
Lors de la 3etable ronde sur les lycées, nous avons rappelé notre souhait d’élever le nombre de bacheliers et de développer les par- cours de réussite en repensant les filières technologiques et la série L, en développant des passerelles et des possibilités de choix à tout moment après la Troisième, afin que les élèves ne puissent être défi-
nitivement bloqués. Nous avons obtenu l’ouverture du dossier sur l’évaluation au baccalauréat afin qu’il reste un repère national. La Seconde ne doit pas être déjà déter- minée.
Nous avons insisté sur la réduction des inégalités entre établissements et la conjugaison de règles natio- nales fortes et d’initiatives péda- gogiques locales, le refus du ren- forcement de la hiérarchie. A contrarionous demandons de ren- forcer le pouvoir de propositions et de décisions des instances de l’éta- blissement, et souhaitons une ges- tion plus collective en facilitant l’implication des parents et des élèves.
La discussion sur le contenu et l’exercice du métier enseignant fut longue, mettant en lumière les divergences entre les organisations de réussite scolaire, divergences recouvrant aussi la Nation.
Le SNES a réaffirmé sa conception d’un métier enseignant qui ne dis- socie pas enseignement/éducation, un métier centré sur les appren- tissages scolaires. Si l’on veut se donner comme objectif la réussite de tous les élèves, le leurre serait justement d’esquiver la question de l’acquisition des connaissances ; trop souvent les réformes ont occulté la question des enjeux dis- ciplinaires pour privilégier des dis- positifs périphériques. Des tâches ont alors été ajoutées les unes aux
autres, prenant beaucoup de temps et décentrant progressivement l’ac- tivité enseignante.
Toute démarche guidant une recomposition du métier devrait partir de la réflexion sur le rôle du professeur dans la communauté scolaire, d’une clarification des missions des différents profes- sionnels.
Quant à certaines tâches comme le soutien, l’aide au travail person- nel… en fait des moyens diversi- fiés d’acquisition des connais- sances disciplinaires, elles doivent être intégrées dans le service comme acte pédagogique à part entière ; certaines situations doi- vent faire l’objet d’un travail en complémentarité (suivi des élèves, absentéisme, apprentissage à l’au- tonomie…), ce qui suppose un temps de concertation laissé à la maîtrise des équipes.
La demande majeure des person- nels de l’éducation est de retrou- ver de la souplesse et du temps, d’avoir la possibilité de mettre en œuvre le travail en équipe, non une codification des tâches.
Dans la même logique, la forma- tion initiale et continue ne doit pas brader la qualification mais mieux la reconnaître, permettre une irri- gation par la recherche, s’appuyer sur une préprofessionnalisation et se poursuivre par une entrée pro- gressive dans le métier. ■
Gisèle Jean, Frédérique Rolet
ULTIME TABLE RONDE DANS LE CALENDRIER SERRÉ QUE S’EST DONNÉ LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, LA RÉUNION
DU 16 SUR LES MÉTIERS DE L’ÉDUCATION DEVAIT TRAITER EN QUELQUES HEURES DE TOUS LES PERSONNELS DE L’ÉQUIPE
ÉDUCATIVE, DE L’ÉVOLUTION DU MÉTIER ENSEIGNANT ET DES DISPOSITIFS DE FORMATION INITIALE ET CONTINUE…
12
ACTUALITES
SALAIRES
REFUS GOUVERNEMENTAL
L
e 8 novembre, date du pre- mier rendez vous salarial, le ministre n’avait à soumettre aux organisations syndicales que des éléments statistiques, déjà connus pour la plupart, cherchant à contester la perte du pouvoir d’achat subi par les fonction- naires. Il proposait comme seule perspective d’en discuter... quinze jours plus tard.Unanimement, les sept fédérations ont contesté cette méthode, dénoncé l’utilisation fallacieuse des données statistiques. Elles ont rappelé leurs revendications et exigé l’ouverture de réelles négociations.
Comme seule réponse, le 15 novembre, le ministre confirmait sa proposition initiale en l’assor- tissant d’un deuxième rendez vous le 8 décembre. Il annonce qu’alors, il présentera une « esquisse de mesures salariales concrètes, à par- tir desquelles pourront se nouer des négociations ». Manifestement, le gouvernement joue la montre et cherche à discréditer nos reven- dications. Il y oppose des contraintes qu’il a lui-même choi- sies. Il oppose salaires et emplois
alors que pour jouer tout leur rôle, les services publics ont besoin des deux. Et la croissance a besoin de la consommation, pour être créa- trice d’emplois.
Il est légitime de revendiquer le maintien de son pouvoir d’achat et sa progression. Osons le faire dans la grève le mardi 7 décembre. ■ Anne Féray [email protected]
UNE MESURE MALHONNÊTE
Face aux organisations syndicales qui placent au cœur des sujets de la négociation salariale qu’elles demandent la valeur du point d’in- dice, le ministre objecte qu’en moyenne le pouvoir d’achat des fonctionnaires augmente de 2,6%
par an depuis dix ans. En inté-
grant dans cette évaluation les effets des avance- ments et de l’évolution des emplois, le ministre nie le droit à la carrière et prétend faire payer aux agents l’évolution des qualifications. De cela, on avait mal- heureusement l’habitude. Les précédents ministres avaient eux aussi pointé le « salaire moyen » pour l’op-
poser aux revendications. Là où Dutreil fait plus fort, c’est qu’il choisit la population statistique.
La moyenne ne porte que sur les personnels en place deux années consécutives. On efface ainsi les gains apportés à l’employeur par le remplacement des personnels partis en retraite par des plus jeunes moins rému- nérés.
Pour comparer de manière juste l’évolution des trai- tements à celles des prix, il faut comparer des situa- tions identiques. La seule mesure objective est bien
celle du point d’indice. A. F.
27 octobre 2004
RÉFORME DE L’ÉTAT
Renaud Dutreil se lâche : « Le problème que nous avons, c’est que les gens sont contents des services publics ».
Devant les ultra-libéraux de la Fondation Concorde, le ministre de la Réforme de l’État s’est lâché et a dit tout le bien qu’il pense des fonctionnaires.
Le restaurant Pépita, situé à proximité des Champs-Élysées, était rempli, mercredi 20 octobre, d’une soixantaine de costumes- cravates à la mine cireuse, venus assister à un petit déjeuner-débat avec Renaud Dutreil, ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État. Cette conférence était organisée par la Fondation Concorde, think tank ultra-libéral proche de Jacques Chirac.
Florilège des déclarations du ministre, sur le thème de prédilection de la droite: «Com- ment insuffler le changement ».
« Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la Nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d’un retraité, c’est presque 75 % du coût d’un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème. »
« À l’heure actuelle, nous sommes un peu méchants avec les fonctionnaires. Leur pou- voir d’achat a perdu 4,5 % depuis 2000. »
« Comme tous les hommes politiques de droite, j’étais impressionné par l’adversaire.
Mais je pense que nous surestimions consi- dérablement cette force de résistance. Ce qui compte en France, c’est la psychologie, déblo- quer tous ces verrous psychologiques. »
« Le grand problème de l’État, c’est la rigi- dité de sa main-d’œuvre. Pour faire passer un fonctionnaire du premier au deuxième étage de la place Beauvau, il faut un an.
Non pas à cause de l’escalier [rires dans la salle], mais des corps. Il y a 1 400 corps.
900 corps vivants, 500 corps morts [rires], comme par exemple l’administration des télécoms. Je vais les remplacer par cinq filières professionnelles, qui permettront la mobilité des ressources humaines : édu- cation, administration générale, écono- mie et finances, sécurité sanitaire et sociale. Si on ne fait pas ça, la réforme de l’État est impossible. Parce que les corps abritent les emplois inutiles. »
« C’est sur l’Éducation nationale que doit peser l’effort principal de réduction des effectifs de la fonction publique. Sur le 1,2 million de fonctionnaires de l’Éduca- tion nationale, 800 000 sont des ensei- gnants. Licencier dans les back office de l’Éducation nationale, c’est facile, on sait comment faire, avec Éric Woerth [secré- taire d’État à la Réforme de l’État] on prend un cabinet de conseil et on change les process de travail, on supprime quelques missions. Mais pour les ensei- gnants, c’est plus délicat. Il faudra faire un grand audit. »
« Le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des ser- vices publics. L’hôpital fonctionne bien, l’école fonctionne bien, la police fonc- tionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d’une crise majeure – c’est ce que fait très bien Michel Camdessus –, mais sans pani- quer les gens, car à ce moment-là ils se recroquevillent comme des tortues. » Emmanuelle Veil
Le 8 décembre prochain, la FSU organise à Paris une jour- née de mobilisation sur les retraites des femmes dans la fonction publique : une matinée de réflexion et débat en présence d’Anne-Marie Brocas, secrétaire générale du COR, suivie d’audiences auprès des groupes parle- mentaires et des ministères de la Fonction publique, du Droit des femmes et de la Famille.
La loi Fillon représente une régression pour tous, et nous continuons à la combattre sur tous ses aspects. Mais elle pénalise particulièrement les femmes. La FSU est inter- venue sans relâche tout au long de l’année 2003/2004 pour faire connaître cette conséquence de la loi, et pour faire
prendre en compte des situations de femmes qui se voient écartées de l’attribution des bonifications pour enfants.
Cette journée doit permettre aux femmes de témoigner des injustices générées par la loi, et attirer plus fortement l’at- tention sur ce dossier.
Une conférence de presse se tiendra en fin de matinée en présence de Gérard Aschieri.
S’inscrire auprès du secteur formation syndicale de la FSU [email protected]
MERCREDI 8 DECEMBRE
À partir de 9 h 30, au SNUIPP, rue Cabanis, Paris 14e L’ENSEMBLE DES FÉDÉRATIONS DE FONCTIONNAIRES
REVENDIQUE DES MESURES
☛Prenant effet dès 2004.
☛Conduisant à des mesures de revalorisation du point d’indice.
☛Remettant à niveau le pou- voir d’achat de cette valeur du point au regard du 1erjanvier 2000 soit une augmentation de 5 % à ce titre.
☛Assurant un fort relèvement du minimum de rémunération.
☛Anticipant sur l’inflation pour la période à venir par un calen- drier de revalorisation du point d’indice.
☛Engageant une réforme de la grille et des carrières sur la base des principes qui les fondent.
☛Assurant rattrapage, main- tien et progression du pouvoir d’achat des pensions de retraites.
©DR
©Daniel Maunoury