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Transitions, mémoires, pouvoir (2009-2010)

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Academic year: 2022

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Séminaire : « Transitions, mémoires, pouvoir »

Notre intérêt se porte exclusivement sur ces moments de transition, lorsque les sociétés passent d’une logique de fonctionnement sociale et politique à une autre.

Ces périodes sont de durée et d’intensité variable. Nous donnons à la notion de transition le sens d’un passage entre deux états, et c’est sur ce cheminement, qui peut être l’expression d’une grande brutalité – comme cela a été le cas en Europe de l’Est avec l’effondrement du socialisme – que nous allons nous interroger. Le phénomène de transition revisite et « re-signifie » l’histoire. Prise entre deux nécessités, la transition qui semble exclusivement marquée par la rupture, entretien aussi un rapport de continuité avec le passé. La dimension de continuité est par exemple présente dans l’affirmation du choix de continuer à vivre ensemble (comme après un événement où les liens sociaux se défont, ce que H. Arendt nomme et orthographie dé-faite). Mais la nécessité de la reformulation du sens est également une réalité forte à l’échelle individuelle pour continuer à exister. La comparaison avec le phénomène rituel s’impose, autant pour les similarités que pour les différences : le rituel est un moment transitoire, mais avec un futur assez défini.

Nous sommes aussi attentifs à l’expérience vécue des gens qu’à la dimension politique englobante. Nous accordons une égale importance au point de vue des gens, qui représente une vision des transformations en cours, et à celui de la construction historiographique ; avec pour objectif de saisir à l’œuvre le travail de production de sens ainsi que le processus de construction des mémoires collectives et de l’histoire officielle. Autant de manifestations de la transformation de pouvoir, qui n’est pas instantanément perceptible, seul le résultat devient une évidence pour ceux à qui il s’impose. D’où l’idée d’ouvrir une réflexion sur « de quoi la transition est-elle le nom ? ». Un des intérêts de l’étude de la transition est que cette notion permet d’appréhender des phénomènes multiples sous un même nom.

Nous abordons ces périodes de passage comme autant de laboratoires où l’ancien et le nouveau coexistent dans un rapport particulièrement conflictuel. A cet égard, l’examen de la dimension culturelle des transitions s’annonce fécond; aussi bien en ce qui concerne l’usage des productions culturelles que les transformations qu’induisent les innovations culturelles. Quelle trace en garde le roman ? Comment se dit la transition, comment ça se raconte à travers la fiction ? Dans un mouvement artistique comme celui de l’Avant-garde russe, comment s’est jouée l’articulation entre la rupture et la continuité ? Dans cette transition de sensibilité, quelle place occupe la continuité dans l’idée de l’homme nouveau ?

Les basculements politiques de 1989 en Europe de l'Est ont révélé les principales démarches de connaissance, d’explication et de compréhension déployées dans ce domaine. De par leur ampleur et les enjeux qu’ils ont représentés, ces événements ont suscité un intérêt particulièrement vif de la part des analystes scientifiques et des observateurs éclairés. Les études et les raisonnements produits sont principalement dominés par deux approches largement opposées : celle qui met l’action individuelle au centre de son dispositif analytique, et celle qui fait découler l’événement des structures historiques déterminantes.

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Dejan Dimitrijevic, MCF HDR Ethnologie CIRCPLES

Programme des journées d’étude :

1) Lundi 23 novembre à 14h (salle du conseil) : Présentation générale des thèmes. Seuls les intervenants locaux participeront à cette séance. L’ordre des exposés de la journée est prévu se dérouler suivant celui des séances

mensuelles.

2) Mardi 15 décembre à 14h (salle du conseil) : Continuité et rupture : passage de règne et transition de système :

P.-Y. Beaurepaire (PR Histoire, CMMC)

L'Espace public et la sociabilité comme observatoires de la "transition révolutionnaire " des années 1770-1820. Relire Maurice Agulhon et Jürgen Habermas

L’Ancien Régime entre sociabilité et espace public : mise en perspective

En 1767, l’abbé François-André-Adrien Pluquet publie De la Sociabilité, en deux volumes à Paris chez Barrois. Mais le terme est signalé dès la fin du siècle précédent en Espagne, où Francisco Gutierrez de los Rios, comte de Fernan Nuñez, l’emploie pour désigner la vie en société. Dominique Poulot définit la ville des Lumières comme la « ville sociable »1, avec son inventaire classique des formes et lieux de sociabilité : académies, cabinets de lecture, cafés, collections que l’on donne à voir à un public choisi, confréries confrontées à la sécularisation de la société, salons, loges maçonniques en croissance rapide, musées et à la fin de l’Ancien Régime club. Si l’attraction du XVIIIe siècle est très forte lorsqu’on aborde la sociabilité d’Ancien Régime, il convient néanmoins de rappeler d’emblée que le siècle des Lumières n’invente pas la sociabilité. Les confréries qui plongent leurs racines au Moyen Age restent très nombreuses ; les académies se multiplient au Grand Siècle ; les salons font clairement, comme les précédentes, référence au modèle aristocratique et mondain du XVIIe siècle comme l’ont montré des recherches récentes. Les loges maçonniques elles-mêmes, si elles connaissent effectivement un essor foudroyant et durable au XVIIIe siècle, revendiquent -même lorsque c’est pour le détourner- l’héritage des métiers corporés et des confréries du Moyen Age et de la première modernité.

Pour autant, on ne peut nier que le dernier siècle de l’Ancien Régime innove dans le champ de la sociabilité, sur le même registre que celui de la circulation d’une information libre, directe et utile. Les contemporains aspirent à des cadres associatifs moins contraints par les obligations que suppose la sociabilité patentée, reconnue par le prince et l’Eglise. La protection est toujours recherchée, car elle est gage d’autonomie en échange d’un tribut payé sous forme de publication de la gloire et de

1 Dominique Poulot, Les Lumières, Paris, Presses Universitaires de France, collection Premier cycle, 2000, 419 p.

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la générosité du protecteur -dédicace ou honorariat-, mais les membres privilégient le principe d’une adhésion volontaire. Dès lors, les statuts et règlements ne sont pas donnés de l’extérieur, comme une charte est octroyée, ils sont mûris, rédigés, adoptés de l’intérieur. Les membres y consentent volontairement, personne ne les y a assujettis. Ce principe d’adhésion volontaire de l’individu au groupe est une rupture fondamentale avec la sociabilité traditionnelle, mais c’est une « rupture dans la continuité », car il s’accommode fort bien du maintien des règles et des distinctions de l’Ancien Régime : la fiction égalitaire qui préside aux relations interpersonnelles au sein des salons, comme le respect accordé aux titres et qualités profanes au sein des loges maçonniques en porte témoignage éclatant.

Au-delà du goût pour la convivialité et la vie en société, la sociabilité volontaire désigne les formes d'agrégation temporaire ou non à un groupe de pairs se réunissant selon ses propres règles, librement acceptées par les postulants. L'essor de la sociabilité reflète à la fois la dilatation de la sphère privée, son autonomisation, mais aussi sa capacité à proposer en retour à la sphère publique dont les déséquilibres et les heurts sont manifestes, un mode d'organisation sociale plus harmonieux.

A partir de la fin des années 1960, la sociabilité d’Ancien Régime est au cœur des recherches menées en histoire culturelle et en histoire sociale des pratiques culturelles. Des ouvrages majeurs ont stimulé et orienté ces recherches. Publié pour la première fois en 1966, Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité méridionale de Maurice Agulhon a non seulement accéléré la mise en chantier d’études monographiques sur les confréries et les loges maçonniques, la sociologie de leur recrutement, le glissement d’une forme de sociabilité à l’autre, mais mis l’accent sur l’attention aux pratiques sociales, matérielles, culturelles, et religieuses des membres2. L’auteur souligne les parentés de structures entre des formes de sociabilité qu’on aurait tort d’opposer de manière caricaturale en paradigmes des temps anciens et des temps nouveau à la fin de l’Ancien Régime : la confrérie versus la loge maçonnique. Il dessine les contours d’une sociabilité en transition qui correspond d’ailleurs aux recherches sur la « transition révolutionnaire » des années 1770-1820, où la loge maçonnique s’inscrit et s’épanouit dans l’offre de sociabilité d’Ancien Régime, qu’elle recompose sans la déchirer. Elle concurrence certes les confréries (bien qu’elle soit d’abord l’une d’entre elles, d’un type particulier), mais elle leur permet aussi de s’adapter aux exigences du « commerce de société ». Cette approche de terrain et cette attention privilégiée accordée aux pratiques sont encore aujourd’hui souvent la marque de fabrique des historiens français qui étudient la sociabilité. Ce faisant, ils ont tardé à découvrir et à intégrer le travail pionnier de Georg Simmel, l’un des pères fondateurs de la sociologie contemporaine, qui étudiait la sociabilité comme « forme ludique de la socialisation »3. Significativement, Maurice Agulhon reconnaît en 1984, dans la troisième édition de Pénitents et francs-maçons, qu’il ne connaissait pas lors de ses recherches l’existence des travaux de Georg Simmel. Or, Simmel s’était intéressé à la fois à la sociabilité et au secret4. Aujourd’hui encore, la lecture de Simmel est loin

2 Maurice AGULHON, Pénitents et Francs-Maçons de l’ancienne Provence. Essai sur la sociabilité méridionale, Paris, 1984, (1ère éd. 1966).

3 Georg SIMMEL, Sociologie et épistémologie, trad. de l’allemand par L. GASPARINI, introduction de J. FREUND, Paris, PUF, 1991 ; Sociologie. Etudes sur les formes de la socialisation, traduction de l’allemand par Lilyane DEROCHE-GURCEL, Paris, PUF, 1999 (1ère éd. allemande 1908).

4 Lilyane DEROCHE-GURCEL, « La sociabilité : variations sur un thème de Simmel », in L' Année sociologique, 1993, vol. 43, p. 159-188 ; Lilyane DEROCHE-GURCEL et Patrick WATIER (dir.), La Sociologie de Georg Simmel, Paris, PUF, 2002.

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d’être générale parmi les historiens, à la différence de celles de Jürgen Habermas ou de Norbert Elias, qui lui aussi a mis longtemps à être reconnu -et partant discuté.

La thèse de Daniel Roche sur Le siècle des Lumières en province. Académies et académiciens provinciaux, 1680-1789, puis ses articles réunis sous le titre Les Républicains des Lettres. Gens de culture et Lumières au XVIIIe siècle étudient quant à eux la sociabilité culturelle et académique5. Ils embrassent la sociabilité académique et savante comme « fait social » national, en débordant le cadre parisien pour embrasser les villes provinciales dans leur diversité et dans l’autonomie de leurs trajectoires, en proposant une sociologie des membres, l’étude des âges et des phénomènes de générations, des correspondances et des affiliations croisées à d’autres formes de sociabilité. Daniel Roche insiste sur la nécessité d’étudier des

« relations personnelles » et invite à suivre les parcours individuels. « Le champ de l’enquête est vaste –écrit-il à propos « Négoce et culture dans la France des Lumières »- : sociétés de culture, loges maçonniques, réseau des correspondances et des institutions des Lumières, offrent tour à tour occasion de saisir au vif l’engagement culturel négociant »6.

Se revendiquant des travaux d’Augustin Cochin sur Les Sociétés de pensée, François Furet dans Penser la Révolution puis son élève Ran Halevi dans Les Loges maçonniques dans la France d'Ancien régime : aux origines de la sociabilité démocratique voient dans l’émergence de la loge maçonnique, l’avènement d’une

« sociabilité démocratique » qui sape les bases l’Ancien Régime et annonce la Révolution7. Mais depuis la réception de l’œuvre du philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas, à la fois tardive –L’Espace public a été publié en 1962- et exceptionnelle, il faut surtout insister sur l’impossibilité de penser la sociabilité d’Ancien Régime en dehors de la problématique de l’espace public, au point qu’elle se confond parfois avec lui. Une « sphère publique politique » encore appelée « sphère publique bourgeoise » s’émancipe de la tutelle de l’Etat absolutiste –c’est-à- dire de la « sphère du pouvoir public »- et de la Société de cour –raison pour laquelle elle est dite « bourgeoise ». « La sphère publique bourgeoise peut être tout d’abord comprise comme étant la sphère des personnes privées rassemblées en un public ».

Le développement d’une sociabilité volontaire non patentée, son autonomisation croissante, permet la constitution d’un espace public critique, où des particuliers qui se reconnaissent comme pairs font un usage collectif de leur raison. La loge maçonnique, creuset d’une sociabilité bourgeoise émancipée du modèle de la société de cour, est au cœur de ce processus de production. Aujourd’hui, influencée notamment par l’histoire littéraire, la recherche s’oriente vers l’étude des stratégies de publication qui visent à faire émerger un public8.

M. Marti (PR Espagnol, CIRCPLES)

La transition et les temps de l’Histoire : la fin de l’Ancien Régime en Espagne et le problème de la propriété

5 Daniel ROCHE, Le siècle des Lumières en province. Académies et académiciens provinciaux, 1680- 1789, éditions de l’EHESS, 1984 (1ère éd. 1973).

6 Daniel ROCHE, Les Républicains des Lettres. Gens de culture et Lumières au XVIIIe siècle, Paris, Fayard,1988, p. p. 289.

7 Ran Halevi, Les Loges maçonniques dans la France d'Ancien régime : aux origines de la sociabilité démocratique, Cahier des Annales n°40, Paris, Armand Colin, 1984.

8 Hélène Merlin, Public et littérature en France au XVIIe siècle, Paris, Les Belles lettres, 1994.

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Notre contribution s’inscrira dans la thématique du premier axe, sur « les situations passées, qu’il s’agisse d’histoires proches ou éloignées, dont l’aboutissement et la suite sont connus ». Dans ce cadre, nous proposerons d’aborder un cas transitionnel exemplaire dans l’histoire de l’Espagne, celui de la fin de l’Ancien Régime. Nous essaierons de mettre en relief comment la fin de l’Ancien Régime a signifié une transition sociale, économique et politique sur la question de la propriété.

Dans un premier temps, une réflexion épistémologique sur la notion de transition nous semble nécessaire, à partir du modèle de superposition de temps historiques tel que l’a exposé Fernand Braudel dans la préface à son œuvre sur la Méditerranée.

Dans ce cadre, la question des périodisations est tout aussi essentielle et mérite un éclaircissement dans ses rapports avec la transition.

Dans un second temps, il est nécessaire d’examiner, pour la période en question, les relations, parfois asymétriques sur le plan temporel, qu’entretient l’histoire politique, souvent événementielle, rapide, avec les cycles plus longs de l’histoire sociale et économique dans le cadre de la société de l’Ancien Régime espagnol.

Enfin, il s’agira d’établir de quelle façon a évolué le concept de propriété, tant dans sa dimension juridique et politique que dans ses implications sociales et économiques. Il s’agira de mettre à l’épreuve la notion de transition appliquée à différents temps de l’histoire.

V. Romitelli (PR, Université de Bologne)

Badoglio et les « Cln » : ce qui s’est passé dans l’Italie qui sortait du fascisme

Le « Grant consiglio » du fascisme dans l’été du 1943 destitue Mussolini. C’est le collapse non pas seulement du régime mais aussi de l’Etat et de l’armée. Dans l’Italie divisée entre invasion nazie et invasion alliée, une des maximes autorités du fascisme, Badoglio, se propose comme chef d’un gouvernement dont la légitimité ne réside que dans l’armistice signé avec les anglo-américains bientôt suivi par la reconnaissance de Moscou (mars 1944). Le mois après, Togliatti débarquera à Salerno pour confirmer que c’est ce gouvernement (et non pas celui des Comitato di Liberazione Nazionale -CLN « partigiani »- dans l’entre temps formés sous et contre l’occupation nazie) en tant que centre du pouvoir au tour du quel le parti communiste et tous les autres parti devront se reconstituer tout en construisant la République post-fasciste italienne.

Questions majeures qui seront discutées :

- Critique des mots « antifascisme » et « Résistance » en quant que noms identifiant cette séquence .

- Critique de la qualification de l’expérience des « partigiani » en tant que mouvement spontané, fondé sur la culture des partis « antifascistes ».

- Identification des « bande partigiane » comme corps organisés d’une politique singulière et différente de celle des partis.

- Face à face de ces deux politiques comme clé d’analyse de la question suivante.

- Continuité étatique / discontinuité souveraine entre l’Italie fasciste (autodéterminée) et l’Italie post-fasciste (surdéterminée par les superpuissances).

- Crise de la figure de l’État-Nation dans le deuxième après-guerre.

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3) Janvier : Epistémologie, théories :

J.-Y. Boursier (PR Ethnologie, CIRCPLES) : "De quoi la transition est-elle le nom ?" : évolution, ruptures et possibles. A propos de quelques exemples en politique

J. Cabassut (PR Psychologie clinique, CIRCPLES) : Transition et/ou Transitionnalité ? Quelques modèles analytiques à l'usage des sciences humaines (Psychanalyse)

La « transionnalité » est un concept phare winnicottien. Il nous offre un

modèle clinique de construction « développementale » de l’individu privilégiant la continuité et la permanence au détriment de la rupture, de la séparation traumatogène, propre à l’édification lacanienne non plus d’un individu mais du sujet.

Il nous offre également un modèle d’une praxis clinique centrée sur la notion d’espace temps intermédiaire de rencontre. Bref, à l’interrogation « de quoi la transition est-elle le nom ? » la clinique psychanalytique donne quelques axes de travail que je pourrai emprunter via les questions suivantes :

- Cette conception « psychique » de l’entre-deux, peut-il nous aider à saisir un moment de transition historique ?

- L’examen de ces deux modèles analytiques peut-il nous aider à concevoir un lien social particulier et propre à Winnicott et Lacan ?

- Existe-t-il un espace temps transitionnel du singulier comme du collectif ? - La clinique institutionnelle qui distingue des logiques d’établissement et des logiques de travail institutionnelle s’établit-elle en fonction de ces modèles ?

- Comment penser la question du politique institutionnel, soit le « vivre- ensemble » à partir d’eux ?

F. Fischbach (PR Philosophie, CRHI)

Philosophie sociale et transformation de la réalité sociale

"On se saisira de l'occasion d'un séminaire portant sur la transition pour aborder la question sous un angle philosophique et présenter une particularité de la philosophie sociale, qui participe de sa spécificité relativement à la philosophie politique : ne séparant pas, contrairement à cette dernière, le social de la politique, ou l'Etat de la société, la philosophie sociale ne considère pas la politique comme un cadre qui viendrait de l'extérieur s'ajouter à la société, ni comme le lieu à partir duquel le pouvoir s'exercerait sur la société. L'objet de la philosophie sociale est bien plutôt constitué par les processus de transition par lesquels des phénomènes sociaux, à certains moments clés de leur évolution, deviennent politiques ou se politisent ; on montrera que ces processus de politisation sont inséparablement des processus critiques visant une transformation de la réalité sociale existante ».

Z. Ivanovic (MCF Anthropologie, Université de Belgrade) : titre à préciser.

4) Février : L’effondrement du socialisme en Europe:

I. Ditchev (Anthropologue, Université de Sofia, Bulgarie) : Communisme et post-communisme en Bulgarie

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V. Mihailescu (Anthropologue, Université de Bucarest) : Du communisme au capitalisme, un processus diffus.

D. Dimitrijevic (MCF HDR Ethnologie, CIRCPLES) : Du maniement de la transition : l’ex-Yougoslavie et Cuba

Sylvain Lazarus : Processus étatiques et économiques de l'effondrement de l'URSS et des pays socialistes d'Europe. La transition, notion molle.

5) Mars : De la violence à la pacification : N. Azarian (CIRCPLES)

« Transitions Culturelles et Artistiques dans la Représentation du Génocide arménien »

Dans un livre à propos du récit et du trauma, Laub (1992) décrit les expériences des enfants de survivants de l'Holocauste, “Le silence était souvent dissimulé derrière un écran de mots, toujours les mêmes mots, un récit inchangé, un conte répété à maintes reprises, composé des sections de la guerre.” En effet, ce type de “pratique située” (situated practice) est ce que les anthropo-linguistes comme Bauman (1992) appellent tradationalization, un acte de répététion qui construit une continuité discursive avec un passé significatif. Ces épisodes reconstruits de mémoire sont souvent répandus dans les premières et les deuxièmes générations des peuples qui ont été soumis au génocide ou l'inhumanité de l'homme par l'homme. Ce sont ces traces individuelles (Boursier, 2002) de la mémoire, co-construites (Duranti, 1986) qui informent la mémoire collective d'un peuple. Mais alors comment "une communauté de mémoire" peut-elle faire une transition à travers le temps ? Dans cette communication, je donnerai des exemples de transitions culturelles et artistiques du génocide arménien. Malgré les 94 ans qui se sont passés, cette tranche d'histoire a gagné du terrain, et beaucoup de cet élan est alimenté par les petits-enfants et les arrière-petits-enfants de survivants du génocide. Cette attention prend des formes diverses : Elle peut aller de situations politiques comme des décrets officiels pour reconnaître le génocide arménien, ou des lois proposées pour punir ceux qui nient ce génocide (comme c’est le cas en France) aux représentations culturelles et artistiques, en passant par les commémorations du génocide arménien le 24 avril, dans lesquelles l'importance du passé et sa mémoire est systématiquement évoquée dans le present.

Ces manifestations sont aussi artistiques qu'elles sont politiques parce qu'elles travaillent activement aux processus de construction de la mémoire collective. De plus, ces manifestations contribuent égalément à une représentation historique officielle, puisque la Turquie n'accepte toujours pas l'étiquette de ‘génocide’ en ce qui concerne le traitement qu’elle reserva aux Arméniens dans l'Empire ottoman. Cette présentation décrit des exemples spécifiques de représentations culturelles et artistiques du génocide arménien. En outre, elle contribue a alimenter le dialogue toujours actuel qui s’intéresse à comment des théories générales peuvent naitre et être extrapolées a partir de situations transitoires particulières dans lesquelles les actes communs de répétition (Ricoeur, 1981) sont représentés, transmis et transformés.

Bauman, R. (1992). Contextualization, tradition and the dialogue of genres: Islandic legends in the kraftaskáld.

In A. C. G. Duranti (Ed.), Rethinking context: Language as an interactive phenomenon (pp. 125-145).

Cambridge: Cambridge University Press.

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Boursier, J.Y. « La mémoire comme trace des possibles », Socio-Anthropologie, N°12, Traces, 2002, [En ligne], mis en ligne le 15 mai 2004. URL : http://socioanthropologie.revues.org/document145.html. Consulté le 24 mars 2008.

Duranti, A. (1986). Audience as co-author: An Introduction. Text, 6(3), 239-247.

Laub, D. (1992). Bearing Witness or the Vicissitudes of Listening. In S. D. L. Felman (Ed.), Testimony (pp. 57- 74). New York: Routledge.

Ricoeur, P. (1981). Narrative Time. In W. Mitchell (Ed.), On Narrative (pp. 165-186). Chicago: University of Chicago.

Ch. Di Benedetto (MCF Espagnol, CIRCPLES) : La transition démocratique en Espagne

M. Bertone (PR Italien, CIRCPLES) : L’Italie dé-faite : 1969-2009. Rupture, continuité, transition ?

Les années 70 sont pour la société italienne une décennie lourde et sanglante, qui commence le 12 décembre 1969, Place Fontana à Milan, lorsqu’une bombe explose faisant 17 morts et 88 blessés, marquant ainsi le début du terrorisme (rouge et noir) et de la « stratégie de la tension ». Cette longue saison en enfer, dite « la nuit de la République » ou « les années de plomb », s’achève le 2 août 1980, lorsqu’une bombe explose à la gare de Bologne qui tue 85 personnes et en blesse 250 autres.

Ce n’est qu’aujourd’hui, 40 ans après l’attentat de la Place Fontana, que les pouvoirs publics s’efforcent ouvertement de revisiter les événements des années 70 afin de manifester « une volonté partagée de construire un avenir différent » (discours de Giorgio Napolitano, Président de la République italienne, le 9 mai 2009) : s’agit-il d’un retour purement rituel dont le but serait de tourner une page douloureuse et de mettre fin à une transition qui a eu du mal à se faire, ou bien s’agit-il d’une tentative d’élaborer une véritable interprétation visant à favoriser la transition, à appréhender et maîtriser le « sens » d’une tragédie vécue autant par des gens que par des institutions, des responsables politiques et des citoyens lambda ?

En guise de réponse, je présenterai deux ouvrages très récents, qui s’efforcent de re-signifier cette période (qui fut à son tour une période de transition, d’après les historiens de l’Italie) : Anni settanta [Turin, Einaudi, 2007] dont l’auteur est Giovanni Moro et Spingendo la notte più in là [Milan, Mondadori, 2007] dont l’auteur est Mario Calabresi. Ces auteurs ne sont pas étrangers à l’histoire qu’ils reconstruisent, après des années marquées par le silence assourdissant des responsables politiques et le déballage incessant, souvent nostalgique, des anciens terroristes. L’un, Giovanni Moro, universitaire, sociologue, est le fils d’Aldo Moro, le président du conseil enlevé puis assassiné par les Brigades Rouges en 1978. L’autre, Mario Calabresi, journaliste, directeur du quotidien « La Stampa », est le fils de Luigi Calabresi, le commissaire de police assassiné à Milan en 1972 par des militants de « Lotta Continua ».

Sans parler au nom du père, mais sans oublier que l’on reste l’enfant de son père, de sa patrie, de son histoire, les auteurs de ces deux récits (au demeurant fort différents) prônent la nécessité de la transition, cette transition qui n’a pas lieu tant qu’une nation entière ne parvient à se doter d’une « syntaxe du souvenir ».

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F. Boni (Doctorant en Italien, CIRCPLES)

L’Italie des années ’70 : crise économique et transition néocorporative.

Au début des années ’70, en Italie aussi, le modèle productif tayloriste-fordiste de la modernisation d’après guerre (boom économique) entre en crise. Ce modèle, si d’un côté avait permis la transition italienne d’une archaïque réalité paysanne à une moderne société industrielle en donnant à l’inédite figure de l’ouvrier-masse, simple appendice du procès productif automatisé, une apparence d’intégration sociale (c’était là que naissait le model acquisitif individuel italien, caractérisé par un espace plus grand donné aux marchandises de consommation privées par rapport aux consommations publiques), d’autre côté il s’insérait dans un système politique- institutionnel inadéquat à cette phase où les apparats bureaucratiques étaient encore pour la majeure partie colonisés et gérés par un personnel d’origine fasciste.

La crise de ce modèle productif, associée à la particulière situation politique italienne (veto international qui empêchait une alternance réelle du gouvernement), emporta avec soi, d’abord, la concrète possibilité d’une transition révolutionnaire, (qui était le résultat des rudes luttes sociales des ces années), et aussi, en sous ordre, l’opportunité de construire un état social de niveau européen qui pût offrir au mouvement ouvrier l’intégration politique ainsi que un État social au niveau des autres pays européens développés.

Le cycle des luttes, qui s’est développé entre 1968 et 1973, se trouva à faire face à une double transition qui en rendit vaines les instances de transformation. D’un côté, du point de vue structural, les entreprises répondirent à la crise au moyen de la déterritorialisation et de la restructuration technologique-productive. La transformation de l’organisation du travail causa un chômage technologique de masse qui imposa aux travailleurs la participation subordonnée aux intérêts d’entreprise et l’expulsion du conflit hors les structures productives. De l’autre côté, le système politique-institutionnel réagit à l’alourdissement marqué du conflit social soit avec la diffusion de l’illégalité dans les appareils de l’état (Place Fontana), soit en forme consociativa et néocorporative (le compromis historique entre Pci et Dc avec la conséquente solidarité nationale : réaménagement de l’histoire italienne vue comme un processus inaccompli de construction nationale à achever grâce au rapprochement des représentants historiques des masses populaires).

Ce double mouvement humilia la portée, aussi culturelle, de cette révolte, en donnant le départ à la constitution, dans les années ’80, d’une démocratie des consommateurs subordonnée au marché qui actuellement semble être arrivée à la fin de son cycle historique.

Un parcours ainsi structuré renverserait la perspective proposée dans le cadre de l’axe 2 (Mémoires, transitions, pouvoirs) parce qu’il offrirait la possibilité d’arriver à la particulière narration interprétative des événements politiques italiens, en partant de la description définie d’un phénomène généralisable tel que la crise économique des années ’70. Cela permettrait d’explorer les potentialités euristiques soit d’une préliminaire approche logique-conceptuelle à l’événement crise, soit d’une ultérieure approche historique-textuelle à l’événement transition politique italienne, en légitimant une éventuelle perspective comparative avec la correspondante situation française.

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Ensuite quelques questions fondamentales, avec de remarquables rechutes même sur la contemporanéité, auxquelles il faut d’abord répondre.

Quel est le sens du mot crise? Est-il légitime de généraliser la notion de crise pour le début des années ’70 ? Dans l’éventualité d’avoir donné pour sûre la généralisation de l’instrument euristique « crise », est-il légitime de parler d’une transition,

potentiellement comparable, entre un avant et un après ? Dans cette période-là quelle est la représentation collective de cette crise? Quelle est, à présent, la représentation collective de cette crise et de la transition suivante ?

Y. Gastaut (MCF, STAPS, CMMC) : « Comment oublier les massacres collectifs ? Le cas français et les questions internationales ».

6) Avril : Art et politique :

M. Georgieva (Doctorant en Anglais, CIRCPLES) : Kin Dza Dza de Georgi Daneliya

S. Milan (MCF en Italien, CIRCPLES) : Le Futurisme italien ;Transitions, mémoires, pouvoir

Le Futurisme italien, qui inaugure en 1909 la saison des avant-gardes

pluridisciplinaires artistiques et politiques, nous semble être un objet particulièrement pertinent pour ce qui est de l'étude des moments de transition sociale, politique et culturelle au sens le plus large.

En articulant à la fois conceptuellement et dans la pratique une volonté de rupture radicale et le besoin de créer une nouvelle continuité métaphysique, ce mouvement se propose précisément de prendre en compte de façon unitaire les différents aspects de l'activité humaine à la lumière des changements induits par la révolution industrielle.

L'apparition des métropoles, des foules, des mass media et des nouvelles techniques de reproduction sont autant de « phénomènes absolument nouveaux » que les futuristes se proposent à la fois d'investir et d'amplifier, et dont ils déclarent également vouloir prendre acte afin de favoriser une « nouvelle sensibilité » humaine, en chargeant ce terme d'un sens inédit qui renvoit finalement à l'avènement d'un homme nouveau à la fois esthétiquement, éthiquement et physiologiquement.

Nous souhaitons revenir sur les paradoxes d'un mouvement de libération et de renouveau anthropologique qui plus que tout autre exigea dans tous les domaines une tabula rasa révolutionnaire et totalitaire, et qui se révéla par ailleurs être une transition entre le post-symbolisme romantique fin de siècle et une post-modernité consumériste toute actuelle, encore problématique et peut-être déjà achevée.

Armanda Manguito

Le développement du féminisme : la « garçonne » en France et de la

« flapper » aux Etats-Unis.

C. Talon-Hugon (PR Philosophie, CRHI)

Réalisme socialiste et avant-gardes russes : ruptures esthétique et continuités politiques

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Si on considère l’histoire de l’art comme l’histoire des formes, tout oppose les Avant- gardes russes du début du XXème siècle et le Réalisme socialiste : les premières sont novatrices et formalistes, le second académique, anti formaliste et fondé sur la tradition. De Tatline à Neprintsev, il y a semble-t-il rupture et marche arrière.

Pourtant, si on considère l’art en relation avec les changements sociaux et politiques, ce n’est pas en terme de rupture mais de continuité que devra être lu ce passage des Avant-gardes au Réalisme socialiste institué en 1934. Le Réalisme socialiste n’est pas en effet une régression après la disparition des élites intellectuelles formées à l’Européenne, mais a été crée au nom des masses par une élite instruite et experte qui avait fait l’expérience de l’avant-garde et qui est venue au réalisme socialiste en suivant la logique immanente des méthodes de l’Avant-garde. On s’interrogera ici pour savoir pourquoi le projet politique des Avant-gardes, qui pensaient que la révolution était indissociablement politique et artistique et qui firent du suprématisme et du constructivisme le fer de lance du progrès social, échoua, et fut remplacé par un art d’Etat radicalement opposé du point de vue de ses formes et de ses contenus et poursuivant pourtant le même projet de création d’un monde et d’un homme nouveau.

N. Gauthard (MCF Département des Arts) : La création contemporaine tibétaine : au-delà des clichés

Généralement, deux discours opposés, stéréotypés et contradictoires, s’affrontent, laissant peu de place aux réalités historiques et aux contextes socio-culturels que le Tibet englobe : soit terre de pureté, dépôt de la sagesse, paradis terrestre consacré à la seule pratique de la spiritualité ou bien terre de superstition, société féodale dominée par une théocratie cruelle et obscurantiste fondée sur l’exploitation des serfs. Ces deux visions laissent peu de place à la réalité de terrain et se construisent sur des fonds idéologiques dichotomiques douteux. De nombreux artistes contemporains tibétains, résidant au Tibet chinois ou en exil nous livre une vision neuve au-delà des clichés. Qu'ils soient auteurs de théâtre, poètes ou plasticiens, ils contribuent à renouveler le discours sur la construction de l'identité tibétaine. Cette communication tentera d'explorer comment cette identité fragile, compte tenu d'une situation politique tendue, se construit entre désir de conservation, tradition et modernité.

7) Mai : Du sous-développement au développement : une idéologie contemporaine :

T. Ftaita (MCF Ethnologie, CIRCPLES) : Irrigation et dynamiques institutionnelles. De la gestion communautaire à la gestion étatique de l'eau : nouvelles formes d'appropriations et nouveaux enjeux de pouvoir

Garcia (Doctorant en Ethnologie, CIRCPLES) : Le développement durable en action : les barrages hydroélectriques dans l’État du Sikkim (Inde)

G. Blundo (MCF Athntropologie, EHESS, Marseille) : titre à préciser B. Petric (CNRS, LAIOS) : titre à préciser.

Références

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