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Le Salève: un ajustement isostatique
AMSTUTZ, André
AMSTUTZ, André. Le Salève: un ajustement isostatique. Compte rendu des séances de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève , 1972, vol. N.S., vol. 7, no. 2-3, p.
88-89
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:153407
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Extrait du Compte rendu des séances - Vol. 7, fasc. 2-3, 1972.
Société de physique et d'histoire naturelle de Genève
Séance du 30 novembre 1972
André AMSTUTZ. - Le Salève: un ajustement isostatique.
Le Salève, souvent considéré comme un « pli en genou » d'âge relativement récent mais indéterminé par rapport au Jura, me paraît provenir non d'un plissement mais d'une simple faille à classer parmi les diastrophismes découlant des innom- brables ajustements isostatiques qui ont fait suite à l' orogénèse alpine et aux sub- ductions miocènes et pliocènes dont résulte le Jura.
L'âge probablement post-wurmien plutôt que simplement post-rissien de cette grande faille est mis en évidence par les blocs granitiques, restes de moraine lessivée, sans doute originaires du Mont-Blanc, que l'on observe près du faîte de la montagne;
car c'est dans cette zone que le glacier de I' Arve devait rencontrer le glacier du Rhône, et qu'il devait être dévié et donner lieu à une moraine médiane. Quant à l'importance de cette faille (avec crochons) bordant le Salève au NW, elle est aussi mise en évi- dence par ces blocs granitiques et gneissiques; ceux que l'on remarque près des Crêts montrent que le rejet de cette faille est proche de 1000 m.
Cette grande faille post-glaciaire s'enfonce vers le NE mais n'est évidemment pas perceptible dans la moraine de fond wurmienne. Elle paraît cependant passer au bord septentrional de la molasse de Boisy, et peut-être continue-t-elle encore dans la même direction.
Quelle peut être la cause de ce diastrophisme sis entre les Préalpes et le Jura mais nettement postérieur à ce dernier ? A mon sens, il résulte des ajustements isostatiques, des rétablissements d'équilibre gravifique, qui ont fait suite aux dernières subductions de l'orogénèse alpine, celles qui ont créé le Jura durant le Miocène et le Pliocène. Lorsque les derniers courants subcrustaux se sont graduellement amortis, lorsqu'ils ont cessé d'agir avec un mouvement descendant et de tirer ainsi toujours plus en profondeur le bourrelet infracrustal qu'ils avaient progressivement formé, il s'est évidemment produit un mouvement ascensionnel de ce bourrelet, tendant à rétablir l'équilibre isostatique qu'avait perturbé l'équilibre dynamique correspondant aux courants subcrustaux à composante descendante. D'où, parmi les manifestations superficielles issues d'innombrables ajustements isostatiques, cette faille et cette montagne toute jeune à l'intérieur de l'arc mio-pliocène du Jura.
A cette courte note sur le Salève, sur ce diastrophisme longitudinal qui en bordure des Alpes dérive d'ajustements isostatiques, ajoutons que le propre de ceux-ci est de créer des déformations transversales aussi bien que des déformations longitudinales. Et, puisque toutes ces déformations sont apparentées par leur cause
SÉANCE DU 30 NOVEMBRE 1972 89 initiale malgré leur diversité, rappelons comme exemples: le gigantesque pli-faille d'Antronapiana (5 ou 6000 m de dénivellation, et, bien sûr, débordement latéral), celles du Splugen et du San-Bernardino, celle qui est au bord occidental de la nappe Emilius, et celles du Valgrisanche, etc.
Tant le Salève que ces exemples font donc bien ressortir qu'en géologie alpine on ne peut envisager les déformations qui apparaissent en surface sans penser constamment à l'évolution des champs de forces dans le bourrelet créé par les courants subcrustaux, qu'il s'agisse de subductions plus ou moins cisaillantes ou d'ajustements isostatiques.