• Aucun résultat trouvé

Chapitre La mise en pratique des concepts

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Chapitre La mise en pratique des concepts"

Copied!
14
0
0

Texte intégral

(1)

Chapitre

La mise en pratique des concepts

(2)

Introduction

Comme le travail de recherche nécessite un coté pratique et mise en œuvre des concepts déjà vus ,nous présenterons dans ce chapitre le corpus et son analyse . Cette dernière constitue une partie cruciale dans notre travail puisqu’ elle nous permet de vérifier les hypothèses évoquées supra et d’atteindre les objectifs définis en trouvant des réponses aux interrogations dans les comportements langagiers des lycéens. Mais, avant de présenter la posture méthodologique avec laquelle nous avons collecté les données, il nous paraît important de souligner, pour les besoins de notre étude, certains points épistémologiques concernant la conception sociolinguistique du corpus. Dans son article

« Sociolinguistique : faire corpus de toute(s) voix ?, H. Boyer (2002) revient sur la façon dont les sciences du langage envisagent « la notion-concept de corpus »(p. 97) : entre une vision homogène, close et fermée des corpus emblématisée, dans les années 60-70, par les structuralistes et une attitude hétérogène et ouverte dont la sociolinguistique labovienne semble inaugurer l’ère, la perception qu’avaient les chercheurs des corpus oscillait entre représentativité corrélée à une exhaustivité quantifiée qu’une certaine « structurolinguistique » ( Blanchet, 2007) ou

«technolinguistique » (De Robillard, 2007)1 diffusait et prônait et une hétérogénéité variationniste plutôt qualitative rendue célèbre par une sociolinguistique interactionniste. Cette dernière, par ses multiples efforts microsociologiques, tend de plus en plus aujourd’hui vers une conception hétérogénéisante des terrains et des situations marquant ainsi un goût vif moins pour le volume des pratiques observées que pour les circonstances de production des discours (des acteurs sociaux), ce à quoi semble aboutir la conclusion de Boyer « c’est dire si le corpus revêt aux yeux d’une certaine sociolinguistique une valeur qui ne doit rien à son volume » (p. 100). Ce faisant ,elle a souligné la complexité des situations d’interactions intersubjectives et a offert aux approches disciplinaires des terrains de discours ainsi que des choix

herméneutiques de leur compréhension.

1

(3)

1- Présentation du corpus

Dans cette recherche, nous étudierons le langage des jeunes, en nous basant sur des entretiens interactifs avec le public des jeunes de Bouafia( 13 élèves)2. Sachant que le recueil du corpus, qui a duré deux mois, a rencontré certaines difficultés.

Nous essayerons de porter un regard critique et analytiques sur les productions langagières adoptées .En plus ,nous tenterons , à travers l’analyse du corpus de comprendre les raisons qui poussent les jeunes à adopter ce nouveau langage et notamment mettre en lumière les finalités visées de ces néologie lexicales et sémantiques. Nous répondrons également à l’interrogation posée supra qui est : adopter le parler des jeunes est- il pour suivre le mouvement langagier en vogue ou bien parce qu’il constitue un marquage identitaire ?

Pour atteindre nos objectifs fixés , il nous parait essentiel d’accorder une importance majeure à l’analyse des procédés linguistiques employés par les lycéens dans leurs énoncés, sachant que l’âge des jeunes participants varie entre 15 et 19 ans. Le variable du sexe est pris également en considération car le sexe est susceptible d’influencer les pratiques langagières des locuteurs. Tout en essayant d’authentifier les conditions des conversations abordées entre nous et les jeunes enquêtés.

Dans ce travail de recherche nous allons lancer une enquête interactive avec les lycéens participants en abordant des thèmes qu’on estime révélateurs pour cette catégorie sociale . C’est ce que nous expliquerons et développerons infra. En effet nous avons élaboré un questionnaire en vue d’avoir des réponses précises ,claires et notamment spontanées .

En somme , nous allons reprendre d’une manière plus détaillée un par un les différents procédés tracés dans la partie théorique et voir comment les jeunes lycéens les ont exploités dans notre corpus.

Certes nous avons rencontré certaines difficultés dans la collecte de notre corpus mais nous avons pu quand même créer une atmosphère détendue, sécurisante et notamment favorable à notre travail.

2 Respectivement :TAHAR,L, REBIH,T, MESBAH,K, LAHOUAL,A, HABOUL ,L,

YAAKOUBI,M,DJABALLAH ,A ,BOUAKAZ,BACHIRI,D,NEKBIL,N,RABBOUH,M,BENHANNA, M,BENSIDI,M.

(4)

Avant d’entamer la phase analytique, il convient de souligner que Le lycée MOUAFEKI Mohammed où nous avons recueilli notre corpus est constitué d’élèves venant du quartier populaire appelé Bouafia .

2- Thèmes de discussion

Les thèmes proposés aux élèves sont divers que nous estimons stimulateurs puisqu’ils relèvent de leur vécu et de leur quotidien. Les thèmes abordés touchent : Leur(s) parler(s) c’est -à- dire comment ils le(s) perçoivent , comment ils donnent et demandent des nouvelles ? comment parlent -ils lorsqu’ils évoquent les filles (garçons)?

comment parlent -t- de l’amour ? Comment insultent- ils indirectement ou implicitement ? Est-ce qu’ils créent de nouveaux mots ? Quelle sont les caractéristiques principales de ce(s) langage(s) ? Pour quoi ce nouveau parler ? Quelles sont les raisons qui ont poussé les jeunes à constituer leur(s) propre(s) langage(s) ?

3- Explication et analyse des différents procédés employés dans le corpus

De prima abord , nous avons pu déclencher une situation de communication en arabe avec quelques élèves .En fait, nous avons effectué notre enquête en arabe dans l’objectif d’éviter toute incompréhension , tout sentiment d’embarras ou d’insécurité.

De ce fait, nous avons pu retranscrire les entretiens effectués dans les situations les plus normales du monde.

Il convient de noter avant d’entamer toute analyse que nous avons remarqué que l’usage du français s’avère peu fréquent chez les jeunes de Bouafia. Cela revient au paysage sociolinguistique et socioculturel de la wilaya que nous avons abordé supra.

C’est la raison pour laquelle nous pouvons justifier le recours peu fréquent au français notamment en terme de création lexicale. Il convient de signaler la présence d’un procédé étrange et non partagé par tous les jeunes et qui se caractérise par une charge crypto-ludique par excellence que nous allons expliquer infra.

(5)

Analyse

Primo, Dès le premier entretien , nous remarquons bien cette conscience des jeunes sur leur(s) façon(s) de parler qu’ils estiment légitimement différente en disant «ih bien sûr », haja bayna , kayen thani hadra taa “z”.En effet, cette dernière est une façon de chiffrer fortement leurs parlers qu’ils appellent « hadra taa za," parler de z " ». Cette formation langagière constitue en l’ajout de la lettre z avant la deuxième lettre de chaque mot par exemple pour dire ja kamal w jab selaa maah[Kamel est venu et a apporté la marchandise], ils disent jaza kamazal ou jazab selzaa maazah .Ce procédé est une stratégie discursive déployée par cette catégorie identitaire pour se défendre contre toute volonté de pénétration de leur(s) espace(s) privé(s) par les autres (sous)groupes ; elle est également une technique d’agression en ce sens que jeunes subvertissent la norme de l’arabe dialectal et se construisent leurs propres normes déviantes. Ainsi, « on peut mettre l’accent sur les stratégies de défense et d’agression […] comme des mécanismes de subversion linguistique et de construction de normes déviantes.» 3. (Bachman & Basier, 1984 :184). Ainsi, cette stratégie discursive entre locuteurs jeunes, traduit implicitement une volonté de « se dire » autre et autrement à travers la désignation des objets et des personnes. C’est ce que nous allons remarquer à travers l’emploi intéressant de la connotation et de la métaphorisation.

D’ailleurs, tous les jeunes enquêté justifient cette pratique par une appartenance sociétale qui s’avère catégorielle en avançant « hna w chyoukha manhdroch kif kif[les vieux et nous ne parlons pas de la même manière ]. A cet égard, nous estimons que le parler jeune remplit un fonction altéritaire .D’ailleurs nous remarquons qu’à travers l’utilisation des marques de distanciation clairement exprimées par l’emploi du pronom personnel de la première personne du pluriel nous « hna » et du pronom de la troisième personne du pluriel « ils » . Cela laisse entendre que ces jeunes sont bien conscients de cette distance ,considérée comme légitime, existant entre les jeunes et les adultes., Ainsi, pour se distancier des adultes, les jeunes se donnent toute l’autonomie d’altérer, de modifier, de créer et de reconstruire leur(s) propre(s) langage(s). Ce qui nous révèle la présence d’un conflit générationnel (jeunes / adultes).

Et dans l’exemple « bsah kol groupe hadra taou » , nous remarquons qu’il y a un procédé très fréquent dans la pratique langagière des Algériens, qui est l’alternance

3 BECETTI.A. op.cit.

(6)

codique. Ce procédé est omniprésent dans les propos des jeunes. A titre d’exemple, « ih bien sûr [oui bien sûr] » et « machi kif kif [ce n’est pas pareil]».Cela laisse entendre que les deux systèmes linguistiques du français et de l’arabe sont bien présents .Sans perdre de vue le fait qu’il y a des sous-groupes qui créent leurs propres formes et codes

« linguistique » en vue de se démarquer .D’ailleurs, trois enquêtés4 ont estimé que

« jmaat bouafia mayahdroch kima jmaat monadhilin5[les groupes de Bouafia ne parlent pas de la même manière que les groupes de Mounadhlin] »

Deusio, pour demander des nouvelles de quelqu’un ou donner de ses nouvelles, les jeunes Bouafiens utilisent plus l’arabe que le français. D’ailleurs nous constatons l’absence de la formule de salut en français « salut ». Elle est exprimée par le biais de l’expression : saha [santé] de l’arabe standard, sahlallou ou mahllalou [ahlan, sahlan] de l’arabe standard. Dans cet exemple, nous sommes en présence d’un procédé de formation lexicale : le néologisme de forme . Il se manifeste par l’addition de la partie finale « lou » qui remplit ici une fonction ludique. A cela s’ajoute le procédé d’alternance codique dans « normal ngoullou..[normal, je lui dirais…] » entre l’arabe et le français. C’est le même cas du verbe « ncirjou [ cirer] » qui passe d’abord du nom

« cirage » au verbe cirej arrivant à l’emploi métaphorique qui est « cirer l’ancien pour le rendre nouveau » où « l’ancien » est comparé aux chaussures usées. De même, le verbe trouli "rouler "qui a l’idée d’avancer mais avec routine a aussi subi une transformation par l’ajout de la lettre taa en arabe pour désigner le pronom personnel sujet « elle » . Par ailleurs, la réponse « halya » qui veut dire ça va très bien, est très utilisée par les jeunes.

Elle trouve son explication dans l’adjectif « sucré » relatif au bonbon. Les expressions « saha beau gosse wech lhala? kach jdid? Ahla zin , intique ,fel lyl ntih alik[

salut le beau gosse ! ça va ?Quoi de nef ? Salut le beau, la nuit, je passerai te voir] » montrent bien cet aspect néologique dans les comportements verbaux des jeunes. A coté de l’alternance codique, focalisons l’attention sur l’expression « fel lyl ntih alik » qui peut refléter une part de violence implicite dans l’interprétation du verbe « ntih[ je tombe] »

.

De plus, il y a une question tendance pour ainsi dire qui est « kach jdid ?[quoi de

nef ?] » qui est proprement juvénile et tend à être populaire.

4 Laroussi, T,Begua,A, Rebih.T.

5 Cité à coté de la cité Bouafia

(7)

Tertio, nous avons choisi sciemment le thème touchant l’autre sexe qui a une importance cruciale notamment pour les jeunes garçons . Ils se trouvent parfois obligés de faire semblant de ne parler ni des filles ni de leurs relations avec. C’est pourquoi nous trouvons des appellations différentes désignant les filles et c’est par le biais de l’arabe dialectal plus que le français .Nous pouvons constater qu’il y a un procédé utilisé par tous les jeunes enquêtés et qui consiste en la dissimulation catégorique du thème touchant les filles .Ces dernières sont désignées par tout nom ou adjectif sauf l’appellation « fille » proprement dite. En effet, ils recourent à un dévoilement sémantique ,à titre d’exemple : nsammiha bism tfol wella flèn, wlid familya [je la désigne par un garçon ou un homme]. Ici, nous assistons à une volonté de cryptage concernant ce thème qui est sensible et pas accepté par tout le monde « notamment par les adultes » .Aussi, disent-ils « tlakit bi sahibona ou bsadiki[j’ai rencontré notre ami] » . Ils font aussi recours aux adjectifs qualifiant les filles et parfois des substantifs qui ont une valeur adjectivale comme : « zella », « mossiba », « mehna »,

« kachrouda » kebda[le foie] , « hanouna » , « habba », « socialya ». Notons que les trois premiers substantifs ont une charge sémantique tout-à-fait négative mais ils ont acquis une nouvelle signification qui est la bien aimée ou la petite amie. Dans ces appellations, nous remarquons que le recours à l’arabe est très fréquent.

Il y a lieu aussi de signaler l’emploi néologique du terme « socialya » qui désigne une fille qui parle avec tout le monde (particulièrement les garçons) .En effet, cette néologie touche aussi bien la morphologie que la sémantique puisque les jeunes ont donné une nouvelle signification à l’adjectif « social ».Il désigne le fait de parler avec n’importe quel garçon. Sans perdre de vue l’ajout du morphème grammatical du féminin de l’arabe classique « taa marbota » sociali adjectif masculin et socialya adjectif féminin.

Quarto, le thème abordé de la drogue ,relevant du monde de la toxicomanie, s’avère très intéressant et passionnant à découvrir car c’est un monde plein de codes, de chiffrages et de cryptages souvent très difficiles à pénétrer. D’ailleurs ,Quels que soient les contextes socioculturels, l'adolescence est une période privilégiée de quête et d'expérimentations nouvelles propices à l'adoption de comportements à risque. La

(8)

consommation de drogue appartient à cette panoplie de comportements dont les adolescents sont particulièrement friands.6C’est la raison pour laquelle nous avons choisi ce thème pour voir et vérifier quels procédés utilisent les jeunes pour l’aborder . D’ailleurs, nous trouvons des néologies sémantiques et des créations lexicales continuelles et intéressantes. A titre d’exemple : halwa[bonbon], chikoula[ chocolat], caché rasse[comprimé], akras[pilules], hamra[rouge] ,kif [drogue], ghalya7 , elafsa8, zatla ,lahouk bhenna ,saroukh, jwana, kitoula9, teffoun10,jwana, bellot11,chakhmya12, hbel,chikoula machi wafiya , selaa, yallah ndirou aissa .

Nous pouvons observer que les propos désignant la drague par des noms à connotation positive par exemple les noms « halwa », « chikoula », « caché rasse » laissent entendre qu’il est question d’un apaisement profond. Aussi, assistons- nous à un emploi métaphorique qui réside dans la comparaison parfaite de la drogue au comprimé ou au chocolat .De même, l’expression « yallah ndirou aissa » est une expression fréquemment utilisée au sein des jeunes, qui signifie « allons nous droguer » et trouve son origine dans une histoire d’un vieil homme qui s’appelle Aissa le vendeur de la drogue. A cet égard, nous remarquons que comprendre ce que disent ou font les jeunes est un champ difficile à pénétrer notamment ceux qui ne sont pas initiés à ces formes codifiées.

Il y a aussi lieu de signaler cette transgression et cette déviation du langage qui peut aller jusqu’ à une violence verbale implicite et qui s’exercent parfois envers un groupe bien précis de la société, celle des adultes, et principalement envers les représentants des institutions (enseignants, surveillants , policiers, juges, …).A titre illustratif, le jeune enquêté qui a dit « zouj stylouwat bleus[Deux stylo bleus », « taht edoula[ les autorités surveillent] », « tahou lklab[les chiens sont là » .Et pour exprimer leur dégout envers un prof, ces jeunes disent « hadak ostad ynaffakh, yallah nkhaytoh[ce professeur là dégoute, allons y le flatter ».Donc, il y a un ludisme crypté très remarquable dans ces

6 http://sante-medecine.journaldesfemmes.com/contents/948-drogue-chez-les-jeunes consulté le 10/03/2017,consulté le 03/03/2017.

7 Drogue de qualité.

8 Afsa est un mot générique qui peut renvoyer à quelque chose ou un objet quelconque.

9 Drogue de bonne qualité.

10 Drogue de mauvaise marque.

11 Drogue de mauvaise marque.

12 Drogue de bonne qualité.

(9)

pratiques langagières puisque aller jusqu’à la compréhension de ces propos s’avère très difficile.

Nous constatons que le français est très peu utilisé pour le thème de la drogue par contre l’arabe dialectal est le lieu de déconstruction / reconstruction sémantique. En fait, il s’agit d’une subversion de la norme da l’arabe standard étant donné que les termes arabes ne sont plus utilisés ni dans leurs sens propres ni figurés mais bel et bien dans une signification propre à cette catégorie sociale parce que le mot « halwa » par exemple est dépourvu de tout sens négatif. De plus, nous remarquons que le mot

« chakhmya » est conventionnel et largement utilisé par les jeunes enquêtés et qui désigne la drogue de bonne qualité.

Quinto, le thème relevant des insultes sciemment choisi s’avère révélateur de plusieurs phénomènes. Les adolescents, dans la période intense de changement et de construction de soi qu’ils traversent, cherchent par des processus d’identification qui leur sont propres, codes vestimentaires et réseaux sociaux par exemple, à se reconnaître les uns les autres tout en se distinguant des adultes. Les pratiques langagières font aussi partie des ressources à la disposition des adolescents pour signifier connivence, singularité et identité. C’est la raison pour laquelle nos questions sont bien motivées.

Ainsi, nous constatons qu’il y a plusieurs manières d’insulter indirectement. Cependant, il faut signaler que le recours à l’arabe est très remarquable par contre le français est quasi absent. A titre d’exemple, « roh talaab biiid[ va jouer loin],rak kbir [tu es grand],rayti bakltek[ arrête ta mule], rayti zwaylk[arrête tes moutons].L’ exemple dernier reflète bien l’aspect socioculturel qui est attaché à l’élevage des moutons dont la wilaya est connue .Nous avons aussi l’expression qui est très fréquentes dans ces pratiques langagières ,elle est même présente dans tous les propos recueillis : atlalag rassk [lâche ta tête] nous pouvons expliquer cette expression par opposition à l’expression tenir tête qui signifie en français s’opposer avec fermeté et dans ce cas atlag rassk veut dire va t‘en indirectement . Aussi, les expressions « okhroj men rassi, kachma andk salha, majebthach gaa .Dans ce sens, il ya aussi l’expression liquidé rohk ,ou il ya lieu de noter l’utilisation du procédé d’alternance codique ou le code switching qui consiste en la présence du français et de l’arabe dans un même énoncé : liquidé [ liquider] et rohk [toi -même]. L’expression « les hommes » constitue aussi

(10)

une néologie sémantique ,la signification de ce terme sous- entend la bravoure, le courage et le comportement viril. De même, les expressions « abda troh[commence à t’en aller » , « yaayi sahbna [notre ami fatigue]» « rayah tranquille[reste tranquille], tghanilou oghnyat oum kaltoum[tu lui chantes Oum Kalthoum], tenn sont fortement présentes chez les jeunes. Nous pouvons observer que l’interjection « tenn » est copiée de l’onomatopée de Word quand il y a erreur, ici, les jeunes l’utilisent pour faire éviter une insulte grossière.

Il est à noter la néologie sémantique qui a touché le numéro 106 qui devient un adjectif désignant un homme féminisé. Cette interprétation vient du film les vacances de l’inspecteur Tahar et l’apprenti lorsque ce dernier jouait un rôle d’une femme de ménage en disant 106 avec une douce voix .

Sexto, nous remarquons qu’ à travers les réponses fournies , les jeunes sont conscients de leurs néologismes irisés des reflets à valeurs tantôt ludique tantôt identitaire. Par exemple "rak top méga grave cool"(tu es top). Ici, nous observons le procédé d’alternance codique à travers l’existence des deux codes et l’exagération à travers quatre adjectifs superposés : top qui veut dire chic, méga qui signifie étonne par son ampleur (familier), grave synonyme de très « français algérianisé ».Par ailleurs, l’expression" kawav rohk" qui signifie fais semblant de ne rien savoir, témoigne de la présence du code switching entre l’arabe et le français .De même, la réponse « fiha les codes yesser ,cherrat li mayfhmouhach yesser nes [notre parler contient plusieurs signes souvent incompréhensibles par les autres] ». L’expression « tih khchin » est largement utilisée et signifie sois rude. Pour décrire leurs parlers ,les jeunes avancent : « hadra spécial mochaffara kichghol mayhotoch maak[ un langage codifié dont l’objectif est d’éviter d’attirer l’attention des autres]. Ils sont bel et bien conscients de ce langage crypté.

Septimo, pour répondre à la question où se trouve ce langage, les jeunes avancent qu’il est bien présent sur le réseau social facebook « nalgawhom fel facebook bikowa », dans une soirée où il y a des jeunes, « f les chansons w youtube bsah yekhtalfou alina ». D’autres qui ont dit que « win kayen les jeunes kayen cherrat », c’est-à-dire que c’est tellement évident de parler jeune. Il faut aussi ne pas perdre de

(11)

vue l’adverbe « bikowa [avec force, fortement] » qui trouve son origine dans l’arabe standard.

Octavo, la réponse à la question qui touchait le pourquoi de ce parler s’avère unanime et commune à tous les jeunes enquêtés .D’ailleurs, ils avancent qu’il s’agit d’un droit légitime d’avoir sa propre façon de parler, de voir les choses, de s’exprimer ainsi de créer un(des) langage(s) plein(s) d’encodages tout en donnant des justifications à leur choix. Ils avancent que leur parler traduit un intérêt catégoriel voire même une appartenance générationnelle en disant : hadra spécial lina chghol mayfhmounach lkbar hadra taa génération taana ".Ces propos traduisent bien cette distanciation entre le moi et l’autre, entre nous « les jeunes » et eux « les vieux » et justifie le recours à, la production jeune comme une stratégie de démarcation sociale qui passe par le linguistique ; le linguistique qui permet encore une fois, de se dire autrement en disant l’autre.

En plus, le propos« wi hadi haja bayna w homa tani aandom hadra taahom[Bien sûr même eux ,ils ont leurs propre parler] » exprime que toute catégorie sociale a ses propres codes « notre parler est propre à notre génération et que les vieux ne comprennent pas" . Cette intervention explique très bien ce sentiment d’appartenance à la catégorie des jeunes qui est totalement différente de celle des adultes. En plus, la réponse « bach ycodew swaleh mahomch habbin lkbar w lokhrin yethalboulha men tali mayakrawnach w yliquidu rwahhom [pour encoder quelque chose que l’on veut pas que les autres s’y intéressent et ainsi ils s’en vont inévitablement] » semble être quasiment unanime pour les jeunes enquêtés . C’est donc une manière de se démarquer d’une part et de partager quelque chose à caractère intime tout en se moquant des autres d’autre part par exemple « kayen hwayej intime kichghol lzm tkawavhom bach mayemrgouch lswalhek. ». D’ailleurs, dans le troisième entretien, le jeune avance

« tekder torgod bwahed normal rayeh », «deffaghom rayh [tu peux te moquer d’eux à l’aise ] » « njibo gosto ala wahd ». De ce fait, nous pouvons constater que le parler jeune remplit une fonction dérisoire voire même satirique. A vrai dire, nous avons recueilli des réponses directes et franches montrant la dimension raciste de ces(s) langage(s) en avançant « hya hkayet racisme ,kichghol des groupes raki chayfa . ».Ici, nous sommes en présence du procédé de l’alternance codique entre l’arabe et le français « racisme » et les autres mots appartenant au système linguistique de l’arabe.

(12)

« makanch li yafhamna w yhot maana,surtout maa mojtamaa taana tahdar jaja gaa yhoto maak, sutout ila kanou ydirou hwayj machi mlah , mayfhmoukch ça fait maykarajouch alik ». Ces propos dévoilent les représentations des jeunes à propos du socioculturel de leur société algérienne qui d’après eux est très occupée par les nouvelles des autres13.

En outre , le verbe « maykaraajouch[embouteiller] » est typiquement algérien puisqu’il désigne se mêler dans les affaires des autres , s’intéresser à ce qu’ils font et à ce qui leur arrive.

Conclusion

Après avoir exposé les différents procédés linguistiques dans le corpus recueilli , la partie analytique, nous permet de tirer plusieurs spécificités des parlers jeunes : la conscience des jeunes de ce nouveau parler d’ailleurs tous les jeunes enquêtés sont bien conscients de leurs façons de dire les choses , de s’exprimer et tout simplement de se dire. De plus, l’analyse nous permet d’ avancer que ces jeunes sont en quête d’une identité socioculturelle qui se manifeste par des déviances et des subversion tantôt de l’arabe tantôt du français dont le but est de s’affirmer, se démarquer et se dire .En addition, nous pouvons constater ce droit légitime qu’ils s’assigne pour défendre leurs parlers dont ils ne cherchent absolument ni la justesse ni la correction.

A travers l’analyse des propos ,nous retenons qu’ il y a des parlers et non un seul parler, c’est ce qui complique plus l’étude sociolinguistique traitant ce thème.

Par ailleurs, Nous avons remarquer que ces parlers remplissent plusieurs fonctions : crypto ludiques, humoristique, identitaire , socioculturelle..

De surcroît, il est important de signaler que l’utilisation de la parlure avec la lettre « z » donne l’impression d’appartenance à un groupe, et se distinguer des autres pairs en ajoutant d nouvelles formes aux mots.

En sommes, nous pouvons retenir que tous les jeunes enquêtés défendent l’existence de ces néologies sémantiques et morphologiques en justifiant que leur affaires n’appartiennent rien qu’à eux. Ces jeunes lycéens possèdent des pratiques langagières, socioculturelles propres a eux. D’ailleurs ils essaient toujours de créer de nouveaux

13 https://www.youtube.com/watch?v=NS-FUQvWFu4?consulté le25/03/2017.

(13)

mots et de nouvelles interprétations pour mettre à l’écart tout ce qui est étranger à eux notamment en ce qui concerne la drogue, les filles et les insultes implicites.

(14)

Conclusion générale

Références

Documents relatifs

La machine de traitement de surface permet de traiter une ou plusieurs pièces dans plusieurs bains, afin de changer les propriétés de surface... Les tracer sur

- L’adresse d'une constante ne peut pas être affectée à une variable (ce point sera développé dans le chapitre relatif à l’utilisation

n’introduit aucune distinction entre la création de centres lum inescents stables qui ne sont pas détruits par les rayonnem ents de grande longueur d’onde utilisés pour les

Cela fait écho à une vision linguistique dans laquelle la langue est le français, le patois « légitime » est l’occitan limousin (dans l’ouest du Croissant) ou l’auvergnat

Choisissez un aliment parmi ceux énumérés dans les chapitres intitulés « Les aliments interdits » et « L’interdit de consommer du sang dans la viande et dans les œufs »..

Cependant, nous pouvons avoir tendance à rapprocher le terme de notion à celui de signifié au sens saussurien du terme, ce qui signifierait parler de sens puis

Les premiers proposent une reproduction exacte – sous une forme principalement cartogra- phique, même si des franges de matériaux annexes sont souvent relégués en marge

L'UMR « Bases, Corpus et Langage », équipe membre de l'Institut de Linguistique française (dont les programmes fédératifs sont pour l'essentiel orientés vers la