Position de la SCF
2 l’actualité chimique - novembre 2014 - n° 390
La SCF soutient les finalités qui fondent le projet de loi relatif à « la transition énergétique pour la croissance verte » visant à lutter contre le réchauffement cli- matique et à anticiper l’épuisement des énergies fossiles, tout en développant l’activité et l’emploi.
La SCF reconnaît le grand intérêt que présente – indi- viduellement – chacun des cinq principaux objectifs retenus pour ce faire par le projet de loi dans son article 1er:
• réduction des gaz à effet de serre (GES),
• réduction de la consommation énergétique,
• réduction de la consommation des énergies fossiles,
• rééquilibrage de la part du nucléaire,
• augmentation des énergies renouvelables.
La SCF a pris bonne note du caractère révisable des objectifs chiffrés sur une base quinquennale mais s’in- quiète de ce que, pris globalement, ces objectifs abou- tissent en fait – tels qu’ils sont définis – à certaines incohérences globales, ainsi qu’à un mix énergétique qui est utopique par méconnaissance des réalités scientifiques, technologiques et industrielles.
C’est pourquoi la SCF aurait souhaité que l’élan promu par le projet de loi s’inscrive dans une vision straté- giquequi préserve sur la durée le bilan très positif de la France en termes d’émissions de CO2 (les émis- sions de GES par habitant d’un Français sont infé- rieures à celles d’un Chinois, et l’intensité du PIB fran- çais en CO2est inférieure à la moyenne mondiale), et qui planifie, sur la base de critères objectifs et en fonc- tion des besoins ainsi que des capacités techniques, l’évolution du mix énergétique français. La SCF estime que la multitude des objectifs nuit à la lisibilité du pro- jet et à sa capacité à fédérer dans un effort commun l’industrie, la recherche technologique et la recherche fondamentale.
Il est clair que la transition énergétique ne pourra se faire sans de vraies ruptures technologiques, et la SCF regrette le peu de place que le projet de loi fait aux actions de recherche et de développement pour accompagner cette transition énergétique. La SCF regrette aussi que les instances mentionnées dans la loi laissent aussi peu de place à l’expertise scientifique, que ce soit dans le domaine des sciences humaines et sociales ou dans celui des sciences dures. La SCF aurait souhaité que le gouvernement institue un vrai dialogue science/société en amont
de la préparation de la loi, et qu’une instance scienti- fique, reconnue par ses pairs et indépendante des acteurs économiques, puisse évaluer sous tous les aspects nécessaires les objectifs chiffrés et la trajec- toire énergétique proposée.
En ce qui concerne les énergies renouvelables (EnR), le projet de loi se concentre sur l’apport de l’éolien et du photovoltaïque. La SCF rappelle que, si ces technologies sont matures ou quasi matures (le seuil des 50 % a été atteint pour les cellules photovol- taïques), ces technologies sont, par nature, intermit- tentes et saisonnières. La SCF rappelle que des pays comme l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas qui ont introduit massivement les éoliennes et/ou le photo- voltaïque ont des émissions de CO2par kWh six à neuf fois plus importantes que la France. Il convient donc d’analyser, d’anticiper et de chiffrer le risque d’un recours à l’énergie fossile et/ou à l’effacement des industries énergivores pour assurer la continuité de l’alimentation électrique.
Pour les EnR électriques, les réseaux et les capaci- tés de stockage et/ou de conversion de vecteur énergétique sont des défis qu’il convient de prendre en compte. En effet, un réseau électrique doit ajuster en permanence la puissance produite et la puissance consommée. Dans l’état actuel des connaissances et de la technologie, on ne sait pas gérer un réseau élec- trique au-delà d’un certain seuil d’introduction d’EnR électrique. Les surcoûts associés aux adaptations des réseaux et à la mise en place des stockages et/ou des installations de conversion de vecteurs énergétiques – dont l’utilisation sera elle aussi intermittente et sai- sonnière – doivent être évalués et anticipés.
Enfin, toujours dans ce domaine des EnR, la SCF aurait souhaité que soit mis en place un programme d’actions visant à mieux exploiter la biomasse en envisageant des mesures de soutien à la filière de 2e génération (et à la 3egénération en devenir). Le poten- tiel français en biomasse de 2egénération est excep- tionnel au niveau européen (seuls les pays scandi- naves ont un potentiel supérieur) mais souffre d’une sous-exploitation. Le projet de loi aurait dû être l’occa- sion d’engager la France vers une intensification de l’exploitation de sa biomasse à usage énergétique. La SCF rappelle que l’énergie chimique résultant des ins- tallations de biomasse est facilement stockable.
Position de la Société Chimique de France sur le projet de loi sur
la transition énergétique
pour une croisssance verte
Position de la SCF
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En ce qui concerne l’innovation, la SCF aurait sou- haité que le projet de loi soit l’occasion d’engager les industriels, les organismes de recherche technolo- gique et les organismes de recherche fondamentale dans un programme de recherche structurant et coordonnépour développer les sciences, les techno- logies et les installations industrielles afin de réaliser les objectifs visés dans l’article 1erde la loi. Les objec- tifs visés dans l’article 53 restent trop généraux pour insuffler l’élan nécessaire.
La SCF attire l’attention sur le fait que, pour réaliser la transition énergétique, la France a besoin d’entre- prises compétitives qui ont elles-mêmes besoin d’une énergie compétitive. L’influence du prix de l’énergie sur la compétitivité des entreprises dans une écono- mie mondialisée ne peut être ignorée. Il serait souhai- table que l’influence du prix de celle-ci sur notre com- pétitivité soit analysée et anticipée.
La SCF tient à rappeler que, en tant qu’activité indus- trielle, la chimie est utilisatrice d’énergie, mais qu’el- le a fourni d’importants efforts pour réduire sa consom- mation d’énergie (- 20 % depuis 1990) et ses émis- sions de gaz à effet de serre (- 50 % depuis 1990). Et que par ailleurs, la chimie est aussi utilisatrice de ressources fossiles en tant que matière première (environ 10 %), mais que l’utilisation du carbone par la chimie pour la fabrication de molécules et de maté- riaux permet de valoriser beaucoup plus le carbone fossile que dans le cas de son utilisation « primaire » pour produire de l’énergie. Le projet de loi devrait donc intégrer une distinction, pour les ressources fossiles, entre les usages en tant que source d’énergie et ceux en tant que matière première. La chimie permet de développer des matériaux qui contribuent ensuite for- tement à l’économie d’énergie, à la réduction de l’utili- sation de ressources fossiles et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, la chi- mie travaille aussi au développement de la chimie du végétal, qui permet de substituer des ressources fos- siles pour la fabrication de produits et matériaux.
La chimie est au cœur des solutions nécessaires à la transition énergétique
Qu’il s’agisse de matériaux pour éviter les pertes dans le transport de l’électricité, de physico-chimie pour
mettre au point de nouvelles batteries pour mouvoir les véhicules ou stocker l’électricité, de biochimie pour savoir capter l’énergie des algues ou celle des plantes, on ne peut éviter de solliciter les progrès et l’innovation de la chimie, science centrale dans tous ces domaines.
Déjà, les chercheurs et les industriels de la chimie apportent des solutions pour réduire nos consomma- tions d’énergie et lutter contre le changement clima- tique, avec des technologies et des produits que l’on retrouve dans : les éoliennes et les panneaux solaires, le système de stockage de l’électricité générée par les énergies renouvelables, les ampoules de basse consommation, les matériaux isolants pour le bâtiment, les moteurs à haute effica- cité énergétique…
Au-delà, la Société Chimique de France a identifié sept grandes thématiques de recherche pour déve- lopper les énergies de demain et organisera sur ce sujet le congrès SCF’15 « Chimie et transition énergétique », à Lille du 6 au 9 juillet 2015. Les sept thématiques identifiées sont :
1. Conversion et stockage de l’énergie 2. Chimie bio-inspirée pour l’énergie 3. De la lumière à l’énergie
4. Matériaux : quels défis pour les énergies renouve- lables ?
5. Efficacité énergétique
6. L’énergie nucléaire aujourd’hui et demain : chimie, matériaux et systèmes
7. Biomasse et fossile : quel avenir pour les chimies du carbone ?
La SCF a fait auprès d’un certain nombre de déci- deurs des propositions très concrètes d’amende- ments au projet de loi actuel et se tient à la disposi- tion de tous ceux qui souhaiteraient avoir accès à ses propositions. La SCF se tient également à la dis- position de ceux qui souhaiteraient approfondir cer- tains sujets avec un réseau d’experts scientifiques correspondants.
Le Bureau de la SCF Paris, le 16 septembre 2014
• Contact : [email protected]
SCF’15, le congrès de la SCF
Chimie et transition énergétique
Lille, 4-9 juillet 2015
Soumission des résumés : jusqu’au 31 décembre 2014 Ouverture des inscriptions : le 1erfévrier 2015 www.societechimiquedefrance.fr/congres/scf-15