SOUFFRANCES D'ADOLESCENTS

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SOUFFRANCES

D'ADOLESCENTS

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Sauveur Boukris

SOUFFRANCES D'ADOLESCENTS

J A C Q U E S A C Q U E S

CRANGÉR

98, rue de Vaugirard 75006 Paris

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D u m ê m e a u t e u r

L'Adolescence de A à Z, Dr Sauveur Boukris

C o l l e c t i o n : L e C o r p s e t l ' e s p r i t

Guide personnel des bilans de santé, Daniel Kieffer

Naturopathie, la santé pour toujours (nouv. éd.), Daniel Kieffer L'Homme empoisonné, Daniel Kieffer

Nouveau Guide de phytothérapie, Dr J.-P. Morel La Santé dans votre bouche, Davo Koubi

Les Clefs du corps, Alain Libes

La Plante médicinale, Dr C. Duraffourd, Dr J.-C. Lapraz, Pr R. Chemli Faut-il tuer le stress ? Dr Jean-Claude Ringler

Une psychanalyse, pour quoi faire ? Dr J.-J. Moskovitz et P. Grancher Sois malade et tais-toi ! Jean-Jacques Rocca

Alors, tout dans la tête ? Colette Mesnage Amour et Narcissisme, Dr Louis Corman

La Gymnastique des neurones, Dr Carla Hannaford

Le Langage des bébés, collectif sous la direction de M.-C. Busnel L Apprenti parleur, Mazy Varaud et Valérie Alis

Guérir p a r l'alimentation, Dr Penny Stanway Les Secrets de la chithérapie, Dr J.P. Guyonnaud

Surmultipliez votre puissance sexuelle, Dr J.-P. Guyonnaud

Un instant d'eau. Une autre gymnastique aquatique, Clara Sandor

@ Jacques Grancher Éditeur, Paris, 1999.

ISBN 2-7339-0606-2.

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Tout le temps que j ' a i passé à écrire ce livre, je l'ai soustrait à ma famille, ma femme Laurence et mes enfants, Benjamin, Emmanuel et Victoria, qui pourtant m'ont toujours encouragé à poursuivre...

Je leur dédie ces pages.

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INTRODUCTION

« L'adolescence est le plus bel âge de la vie ! », « Tu as tout l'avenir devant toi ! », « Profite bien de ta jeunesse ! »... ces formules sont complè- tement décalées par rapport à la réalité d'aujourd'hui.

De tout temps, les adolescents ont souffert : de la métamorphose de leur corps, du changement de leur silhouette, des modifications physiques qui leur donnent l'impression d'être difformes, d'être laids. Ils ont souffert dans leur corps, mais aussi dans leur tête : de ne pas savoir qui ils étaient, où ils allaient, quelle était leur place dans la société. Ils ont souffert de ne pas être compris, aimés, considérés... et leur souffrance s'est rarement exprimée par des mots, mais plus souvent par des gestes et des actes pas toujours compris et globalement répertoriés sous le terme de "crise d'adolescence

On ne peut pas dire, avant qu'elle soit finie, quel genre d'adolescence on a eue. Ce n'est qu'une fois installé dans la vie qu'on mesurera l'impact des expériences dont elle est faite, sur l'adulte qu'on est devenu, expériences intenses parce que ramassées dans un laps de temps somme toute très court à l'échelle d'une vie. En général, le bilan est positif : du point de vue phy- sique la croissance est terminée, du point de vue psychique on s'est forgé une identité, on a conquis de l'autonomie et de la maturité...

La "crise d'adolescence" débute vers 14 ans et se termine vers 18 ans, bien qu'elle semble plus précoce et moins tardive chez les filles. Il existe des jeunes qui la vivront en quelques mois, d'autres qui s'y installeront pour plu- sieurs années... Elle peut n'engendrer que très peu de conflits avec l'entou- rage et disparaître comme elle est venue, ou bien se vivre dans le paroxysme, avec toutes les nuances intermédiaires possibles. Elle s 'exprime le plus sou- vent par des problèmes d'identité, une crise d'originalité et une opposition aux parents et à l'autorité en général.

L'adolescent se sent "assis entre deux chaises". Il évolue constamment entre une sensation de grande énergie juvénile, d'invulnérabilité, de puis- sance, et un abîme de doutes et de découragement. Il passe en quelques

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secondes de la joie de vivre à la déprime, de l'envie de communiquer au repli sur soi. Il se sent différent des autres, aime choquer et l'illustre parfois d'une façon surprenante : une coupe de cheveux originale, des expressions langa-

gières agressives, des comportements inédits...

Il est souvent angoissé car son corps change. Il doit se réapproprier une nouvelle image de lui, plus sexuée, et il a parfois l'impression d'habiter le corps d'un étranger. Il est facilement fatigué car ces changements coûtent beaucoup d'énergie...

Mais la crise d'adolescence, c'est surtout une crise morale. Le jeune expérimente sa nouvelle identité dans un entourage plus ou moins réceptif, et ses parents sont sa cible privilégiée, car ils sont ceux dont l'histoire et la présence pèsent le plus sur sa vie. À ce titre, si cette période n'est pas facile à vivre pour l'adolescent, elle ne l'est pas non plus pour ses parents ! La remise en question de l'équilibre familial provoquera souvent des conflits - plus ou moins graves - concernant le travail scolaire et les devoirs à la mai- son, les sorties, les vêtements, l'argent de poche... sujets sur lesquels les deux générations ne sont pas forcément d'accord !

L'adolescent s'oppose pour mieux s'affirmer. C'est nécessaire s'il veut devenir un adulte autonome. Sa révolte envers ses parents n'est pas un refus définitif. La crise en elle-même est utile pour qu'il fasse l'apprentissage de nouvelles situations et apprenne à les contrôler. Le rôle primordial des parents est d'aborder cette confrontation avec une attitude juste. Trop de mollesse ou d'indifférence entraîne une ascension dans la provocation et l'agressivité, l'adolescent n'apprend pas "jusqu'où il peut aller trop loin ", et peut devenir un adulte qui aura des difficultés à s'insérer dans un cadre social. Trop de répression entraîne soit la rébellion soit l'angoisse, l'ado- lescent deviendra peut-être un adulte peu sûr de lui et timoré.

Il y a autant d'adolescences que d'adolescents. Dans tous les cas, l'im- portant est de garder le contact avec le jeune en crise, et c'est bien souvent aux parents qu'il incombe de faire le premier pas.

Mais au-delà de ces attitudes caractéristiques de la crise d'adolescence, il en est d'autres qui manifestent un malaise autrement plus grave. La plu- part des jeunes vivront une adolescence "normale ", mais pour certains elle

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représentera une épreuve pénible, pour de nombreuses raisons possibles.

C'est que l'adolescent, aujourd'hui, est la principale victime des boulever- sements sociaux et moraux qui marquent la fin du millénaire. Il est le pre- mier touché p a r le chômage, p a r la violence urbaine, p a r l'insécurité, le pre- mier laminé par la société de consommation. C'est de ces adolescents-là dont je voudrais parler dans ce livre.

Les souffrances d'adolescents, les spécialistes le constatent, ont été amplifiées depuis quelques décennies p a r un nouveau mode de vie qui a remis en question tous les repères traditionnels - la famille, le travail, la morale... Même la souffrance a minima, celle de la vie quotidienne et des changements du corps, peut être source de graves conflits avec l'entourage proche - les parents, les professeurs et les copains... - si l'adolescent est fra- gilisé par son environnement. Et il existe des souffrances plus graves enco- re, le suicide, les abus sexuels, la maltraitance, la drogue, la violence, le rac- ket, la dépression... et d'autres moins fréquentes, celles engendrées p a r exemple p a r certaines maladies ou certains traumatismes...

La souffrance est une notion qui n 'est pas reconnue p a r la pensée médi- cale et elle n 'est pas prise en compte p a r les praticiens. On parle plutôt de

"douleur" physique ou morale, une douleur qui, elle, est bien connue des médecins. Mais le plus souvent, ceux-ci considèrent uniquement son origine organique - les douleurs de la rage de dents, du mal de tête, de l'infarctus du myocarde, de l'accouchement, du cancer... Pourtant, il existe une véri- table souffrance vécue p a r l'adolescent comme une agression l'atteignant au plus profond de son être, une agression mémorisée et donc accessible au souvenir.

À l'adolescence, la souffrance est quasi obligatoire, presque normale, car cette période de la vie est caractérisée p a r la perte de l'enfance, le deuil d'une période privilégiée. C'est une expérience qui concerne toutes les rela- tions avec autrui et qui rend plus difficiles la communication, l'échange, l'expression des sentiments.

Mais la souffrance de l'adolescent déprimé, du suicidant ou du schizo- phrène l'empêche de vivre. Elle touche à l'estime de soi et à l'intégrité de son être. La souffrance du jeune violé, blessé dans l'intimité de son corps et

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de son esprit, change tout le cours de sa vie. La souffrance de l'adolescent asthmatique, diabétique ou atteint de toute autre maladie chronique, pèse lourd sur son quotidien, et son expérience de la douleur physique retentit psychiquement et entraîne une souffrance supplémentaire... Le corps ex- prime parfois ce que l'adolescent ne peut pas mettre en mots, comme on le voit dans l'anorexie mentale.

Toutes ces souffrances, apparemment si diverses p a r leur nature et leur degré, sont ressenties avec la même intensité p a r l'adolescent pour qui la douleur morale est aussi vive que le malaise physique. Ce sont elles qui font l'objet de ces Souffrances d'adolescents dont l'ambition est d'alerter les parents et les pouvoirs publics sur l'urgence d'une prise en compte des pro- blèmes spécifiques des jeunes.

Docteur Sauveur Boukris

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1 • L'ADOLESCENCE,

UNE SOUFFRANCE AU QUOTIDIEN

Le mot adolescence vient du latin adolescere qui veut dire grandir, se développer. C'est une période de transition pendant laquelle le jeune se transforme physiquement en même temps qu'il s'affranchit du contrôle parental et forge sa propre identité, un processus tout à fait normal de déve- loppement, mais qui n'est pas sans conséquences sur le psychisme de l'adolescent. Il a parfois besoin d'aide(/) pour franchir ce cap.

Grandir n'est pas de tout repos... Le passage de l'enfance à l'âge adulte nécessite une grande dépense d'énergie, source de tensions physiques et psychologiques importantes. Entre 13 et 19 ans les garçons et les filles prennent plusieurs centi- mètres, développent leur poids et leur silhouette d'adulte. Les filles ont leurs premières règles et leur poitrine "pousse", les garçons ont la voix qui déraille et commencent à se raser en cachette...

Cette métamorphose n'aboutit pas toujours à l'image fantasmée d'eux-mêmes qu'ils avaient construite durant l'enfance et, à l'âge où les pré- occupations esthétiques sont très importantes, à l'âge où l'on s'essaye à séduire, le moindre petit bouton d'acné, le moindre gramme de trop vont être source d'une souffrance parfois non exprimée et qui pourra entraîner une réaction de repli, voire d'agressivité.

Tous les parents ont entendu leur enfant ado- lescent se plaindre d'être moche, de ne pas res- sembler à ses modèles, de se sentir trop gros, trop

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Accueil téléphonique pour les adolescents et leurs parents :

tél. : 01.43.46.12.20

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maigre, d'être couvert de boutons, d'avoir une trop petite ou une trop grosse poitrine... L'ado- lescent passe beaucoup de temps devant sa glace à se dire qu'il n'est pas beau. Tous ces défauts, imaginaires ou non, vont être la source d'une souffrance importante.

De plus, l'adolescence est l'âge des premières rencontres, de la conquête amoureuse, de l'éveil à la sexualité, et le moindre échec sentimental sera mis sur le compte d'un défaut physique.

Bref, à l'adolescence on se sent moche et nul, c'est dire qu'il ne faut pas sous-estimer les consé- quences des problèmes physiques - et surtout deux qu'on rencontre fréquemment à l'adolescence : l'acné et l'obésité -, mais aussi celles des pro- blèmes psychologiques, en particulier l'impres- sion que personne ne prend garde à sa souffrance, qu'il vit dans un monde d'incompréhension.

L'ADOLESCENCE OUI DONNE DES BOUTONS : L'ACNÉ

À une époque où l'apparence prime sur tout le reste, où une grande partie des médias se consacre à diffuser la " beauté ", où les techniques infor- matiques permettent de gommer sur les photos des célébrités ou des mannequins la moindre imperfection, les jeunes qui souffrent d'acné se sentent très dévalorisés, agressés même par ces boutons, pustules et autres papules qui, estiment- ils, les défigurent.

La plupart des jeunes trouvent repoussant ce phénomène physiologique qui apparaît à l'adoles- cence. Pour eux, l'acné s'apparente souvent à la

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saleté, au manque d'hygiène et à tout ce que cela implique. Certains jeunes précisent : « Ceux qui ont des boutons, on évite de les embrasser... ».

Les adolescentes trouvent en général que les garçons qui ont de l'acné sont moins séduisants que ceux qui ont une belle peau. Les adolescents, eux, "draguent" moins les filles qui ont de l'acné.

Garçon ou fille, l'acnéique se regarde beaucoup dans les miroirs, il vit tout regard qu'on lui lance comme une agression, il a l'impression qu'on se moque de lui... Il en découle qu'il évitera autant que possible le contact avec ses camarades. Ce sont ces adolescent qui s'emmitouflent d'échar- pes, qui se cachent derrière leurs cheveux, qui fer- ment en plein jour les persiennes de leur chambre...

Il faut dire que l'apparence et la première impression jouent beaucoup sur l'idée qu'on se fait de quelqu'un, surtout chez les adolescents qui jugent le "look" d'un seul regard. Le jeune souf- frant d'acné se sent donc exclu du groupe, ou moins bien accepté, et il peut en ressentir un grand complexe d'infériorité.

a Des conséquences psychologiques

Le jeune acnéique qui redoute le regard de l'autre et attend avec anxiété les remarques désa- gréables ou moqueuses qu'on ne va pas manquer de lui faire vit son affection - aussi bénigne qu'el- le soit - comme un handicap. Il engendrera par- fois un retentissement psychologique allant du repli sur soi jusqu'à la dysmorphophobie, c'est-à- dire l'horreur ou la honte de sa propre apparence.

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1 On parle d'une produc- tion excessive de dihydro- testostérone, un dérivé de la testostérone, qui affecte- rait la peau au niveau de la production du sébum.

On connaît aussi des adolescents qui établissent un rapport entre l'acné et la sexualité : « Si j'ai de l'acné, c'est que je n'ai pas encore eu de relation sexuelle... ». C'est une idée fausse assez répan- due et qui ne fait qu'ajouter au mal-être de l'ado- lescent.

Face à cette souffrance, les adultes - médecins, parents, enseignants... - doivent expliquer que l'acné est, la plupart du temps, un phénomène physiologique lié à l'adolescence et contre lequel on dispose de traitements efficaces, parfaitement tolérés et qui entraînent la disparition complète des lésions. Savoir qu'il n'y a pas de fatalité face à l'acné peut les rassurer et les aider à assumer cette "épreuve" le temps d'y remédier.

a Qu'est-ce que l'acn'é ?

Les causes de l'acné sont aujourd'hui mieux connues mais elles restent néanmoins assez mys- térieuses( 1). On connaît bien le mécanisme de sa formation : les pores se bouchent, permettant à certaines bactéries anaérobiques d'y proliférer.

Lorsqu'elle est importante, cette prolifération entraîne une infection sous la peau et la propaga- tion de l'acné.

On remarque que l'acné à tendance à se déve- lopper sur les peaux épaisses dont les pores se bouchent plus facilement. C'est pourquoi le soleil est si mauvais pour les peaux acnéiques, car il augmente la production de sébum et contribue à épaissir l'épiderme. On dit aussi que la sueur et la chaleur, produites pendant le sport par exemple, irritent la peau et favorisent l'apparition d'acné.

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a Comment la soigner ?

Le problème est qu'on arrive à éliminer les bactéries en surface, tandis que celles qui sont sous la peau résistent sans aucun mal. Il faut donc demander conseil à un dermatologue qui prescri- ra d'appliquer des produits pénétrant en profon- deur, comme le peroxyde de benzoyle en petite concentration - il est assez irritant - qui détruit les bactéries, ou l'acide salicylique(/) qui réduit efficacement l'épaisseur de la peau, empêchant les bactéries de s'y développer, ou la vitamine A acide, ou encore l'isotrétinoïde qui réduit les acnés sévères.

Il faut respecter quelques règles élémentaires d'hygiène : effectuer une toilette soigneuse matin et soir au savon doux et à l'eau, éviter de triturer les boutons au risque d'accroître l'inflammation puis l'infection, refuser les traitements recom- mandés par un ami ou un parent et qui n'auraient pas été prescrits par un médecin.

On applique en général les soins le soir, après la toilette. Les résultats en sont garantis si l'on suit son traitement avec régularité et sans se décourager, car les progrès ne sont pas toujours rapides et nécessitent au mieux plusieurs mois de traitement.

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On préconise de le rem- placer par des acides de fruits dont l'effet est le même.

LA QUESTION DU POIDS...

Une autre grande souffrance physique de l'ado- lescence est l'obésité dont le nombre de cas, même s'il n'a pas encore rejoint les chiffres

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1 Aux États-Unis, le pour- centage d'obèse dans la population est passé de 10 % à 22 % en 20 ans.

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Aujourd'hui, en France, l'obésité touche 8,2 % de la population, avec des disparités selon les ré- gions : Nord : 12,7 %, Haute-Normandie : 10,2 %, Lorraine : 10,1 %, Languedoc : 10%, Bretagne : 6,4 %.

L'enquête a été réalisée sur 20 000 foyers répartis dans toute la France, par la Sofrès en collaboration avec l'Inserm, pour les Laboratoires Roche.

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L'excès pondéral et l'obé- sité sont plus courants chez les filles que chez les garçons. C'est la tranche d'âge des 11-12 ans qui en souffre le plus. Dans la population adolescente, 16 % de garçons et filles souffrent d'un excès de poids.

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Voyez le chapitre 3 : "Ano- rexie et boulimie, souffrir dans son ventre et dans sa tête".

records des ÉTATS-UNISIl), est en nette progression dans la population française et risque de devenir un problème de société"'. La communauté médi- cale a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme car, sans parler d'obésité, on estime qu'aujourd'hui un Français sur trois de plus de 15 ans est trop gros.

Pour le garçon ou la fille"', l'obésité est un véritable handicap physique et elle aura toujours des conséquences psychologiques négatives, par- fois dramatiques. Chez des adolescents qui souf- frent "au jour le jour", sans penser aux consé- quences sur la santé qui se manifesteront quelques années plus tard, l'obésité est avant tout un souci d'esthétique. On sait combien il est important pour un jeune de ressembler aux autres, à ceux de son groupe, c'est-à-dire de se calquer sur un modèle façonné par la mode et qui évolue selon le milieu auquel il appartient. Pour peu qu'il dévie de ce modèle, même d'une manière imperceptible pour l'observateur extérieur, il souffre.

Mais il existe des jeunes qui veulent maigrir sans raison objective. Ce sont en général des filles qui amplifient et exagèrent leurs formes : un bour- relet au niveau des hanches, de la cellulite et des grosses cuisses imaginaires, mais qui les font souffrir autant que s'ils existaient. Si l'attention de la jeune fille ou du jeune homme se fixe sur ce défaut, il peut entraîner un véritable complexe. Il ne faut pas entrer dans son jeu car ce serait entre- tenir un comportement basé sur le côté superficiel de l'existence, sur le monde des apparences. Mais il faut surveiller la jeune fille de crainte qu'elle n'adopte une conduite anorexique"' pour ressem- bler aux mannequins des défilés de mode.

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S'il est devenu banal de rencontrer des adoles- centes qui veulent maigrir sans raison, on voit des garçons qui, eux aussi, sont de plus en plus pré- occupés par leur apparence physique et veulent suivre la mode. Les médias ont sans aucun doute une responsabilité dans cette nouvelle attitude. Il est vrai aussi que les adolescents se sentent rassu- rés d'appartenir à une "tribu", un groupe dont les membres ont les mêmes critères esthétiques et de goût, où ils se sentent exister mieux que dans le monde des adultes. C'est ainsi qu'on rencontre de plus en plus de garçons qui veulent maigrir.

a Les racines d'une obésité

Une obésité peut remonter à la petite enfance, et même aux premiers mois de la vie. Elle dépend alors de la qualité de l'alimentation qu'on a of- ferte au bébé : des aliments très riches pour "lui faire du bien". En général, ces enfants ont des mères anxieuses qui compensent leur crainte de ne pas les aimer assez en les suralimentant. Les mères - ou les parents - de ce genre sont aussi celles qui empêchent leur petit de faire du sport parce qu'« il pourrait se faire mal ». Les obésités infantiles s'installent facilement sur ces terrains inactifs et surprotégés. L'enfant est "programmé"

avec de mauvaises habitudes alimentaires et il aura toutes les peines du monde à ne pas les repro- duire.

L'obésité peut aussi se développer chez des enfants qui, ayant hérité une prédisposition de leurs parents ou grands-parents, vivent dans un milieu où l'on se préoccupe peu de diététique.

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C'est l'obésité familiale qu'on "traîne" souvent toute sa vie et qu'on reproduit à l'âge adulte dans la famille qu'on a fondée. Là encore, l'adolescent a enregistré de mauvaises habitudes alimentaires et, ses parents refusant souvent d'admettre qu'il mange trop, il a bien du mal à s'en défaire.

Il existe encore des obésités "accidentelles" - les obésités réactionnelles - qui se développent chez des adolescents malheureux ou traumatisés.

Un divorce, un deuil, un déménagement, un cha- grin d'amour, un échec grave... engendrent un sentiment d'insécurité qu'on compense en se fabriquant une couche protectrice de graisse, en s'enveloppant pour amortir les chocs : on mange pour soulager l'angoisse. Cette obésité est entre- tenue par un cercle vicieux : je suis malheureux, donc je me console en mangeant, mais quand j'ai fini, je me sens coupable donc je suis malheureux, alors je recommence à manger pour me conso- ler... L'adolescent angoissé choisira de préférence les aliments sucrés qui le comblent plus rapide- ment... et le font grossir plus vite.

L'époque où nous vivons ne fait rien pour arranger les choses : dans l'univers des hambur- gers, des sandwiches, des frites, des boissons sucrées et des viennoiseries rapidement avalés, l'obésité trouve le terrain idéal où s'épanouir. Le contexte socio-économique a aussi son rôle à jouer : il coûte beaucoup plus cher de bien man- ger que de mal manger ; le repas équilibré est un repas diversifié comportant des ingrédients va- riés, ce qui exige de consacrer de l'argent aux courses et du temps à la cuisine. Pour les gens qui mangent hors de chez eux - les adolescents dans

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ce cas sont nombreux -, fast food (nourriture

"rapide") devient de plus en plus souvent synonyme de junk food (nourriture bas de gamme) pour des questions de coût. Il faut bien reconnaître que si les connaissances ont beaucoup progressé sur la diététique, elles n'ont pas engendré de meilleures habitudes alimentaires dans la population. Les adolescents, qui sont les premiers consommateurs de tout ce qui à l'air "à la pointe", sont aussi les premiers à pâtir de ces nouveaux modes de vie.

a H y a obèse et obèse

L'obésité se calcule à partir de l'IMCI" qui doit se situer entre 20 et 25(2). Par exemple, une ado- lescente mesurant 1,60 mètre doit avoir un poids moyen de 50 kilos, un garçon de la même taille doit peser environ 58 kilos. Une fille de 1,60 mè- tre sera considérée comme obèse si son poids dépasse 66 kilos et un garçon de la même taille s'il dépasse 68 kilos.

Il est indispensable d'aider un adolescent trop gros à maigrir, en lui expliquant qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème esthétique. En effet, à moyen ou long terme, sa surcharge pondérale risque de provoquer des problèmes cardiaques ou vasculaires sérieux.

Une visite chez le médecin s'impose à cet âge de bouleversement physiologique, car un régime"' pour un adolescent n'est pas le même que celui destiné à un adulte. La "machinerie" adolescente est trop délicate et il n'est pas question d'entre- prendre un régime recommandé par une copine ou découvert dans un magazine.

IMC : indice de masse cor- porelle. On divise son poids en kilos par sa taille au carré : quelqu'un qui mesure 1,70 m et pèse 65 kg aura un IMC de 65/2,89 = 22,5.

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Entre 25 et 30 l'IMC in- dique un surpoids, entre 30 et 35 une obésité modé- rée, entre 35 et 39 une obésité sérieuse, à partir de 40 une obésité grave.

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Il s'agit surtout d'une ali- mentation équilibrée et diversifiée, comprenant des laitages, des légumes verts, du poisson... en quantités suffisantes. Il faut réduire ou éliminer les sucres rapides (sodas, gâteaux, bonbons, choco- lat et glace), ainsi que le pain, les pâtes et la char- cuterie, proscrire la bière, le vin, les alcools et boire beaucoup d'eau, pratiquer un sport.

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Dans le cas d'un surpoids, l'avis médical est indispensable. D'autre part, il faut reconnaître que la culture nutritionnelle des adolescents a beau- coup évolué et on doit tenir compte de leurs com- portements alimentaires pour prescrire un régime.

Un régime qui marche, c'est celui que l'ado- lescent a décidé lui-même d'entreprendre. En effet, sa perte de poids sera probablement un long combat or, l'adolescent est par essence impatient.

Seule une solide motivation l'empêchera de se décourager.

Il faut que les parents s'impliquent pour aider leur enfant en train de maigrir et entretenir cette motivation, mais aussi pour le freiner quand il a décidé de perdre sans raison des kilos absolument pas superflus. C'est le cas de jeunes filles d'un poids tout à fait normal qui se comparent aux mannequins filiformes et se trouvent "énormes".

Il faut, en tout cas, rester vigilant car le poids peut facilement devenir l'objet de disputes graves en famille, soit que les parents décident de mettre leur enfant au régime sans l'accord de celui-ci, jugeant qu'il est trop gros, soit que l'adolescent lui-même veuille perdre des kilos dans la désa- probation ou l'indifférence familiale... Dans tous les cas, le médecin est un bon arbitre qui remettra les choses à leur place, dédramatisera la situation et donnera le conseil le plus averti.

M La question du sport

Un critère sous-estimé dans les questions d'obésité est le sport. On ne dira jamais assez combien il est indispensable pour modeler harmo-

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nieusement une silhouette, pour stimuler la sécré- tion des hormones de croissance et des hormones sexuelles, pour aider l'adolescent à investir son nouveau corps et pour stimuler l'oxygénation de son cerveau, ce qui entraînera de meilleures per- formances intellectuelles.

Bien souvent, un adolescent qui ne veut pas faire de sport communique à sa manière qu'il n'est pas bien dans son corps, qu'il se refuse tel qu'il est et qu'il a honte de lui(l). Ainsi, il faut bien veiller à consulter l'adolescent sur le sport qu'il va pratiquer et qui doit correspondre à ses goûts et à sa corpulence : un adolescent obèse - ou trop maigre - refusera peut-être de se mettre en maillot de bain à la piscine, un autre trop petit de jouer au basket, un autre encore de faire du foot s'il a un tempérament de solitaire...

L e psychisme d u gros

La vraie obésité est vécue comme un terrible handicap. L'adolescent trop gros est complexé, renfermé ou agressif. Il ne peut pas s'habiller comme les autres, il se ridiculise au sport, il ne se sent jamais à sa place, il redoute le regard des autres et tout cela, le plus souvent, sans rien lais- ser paraître.

Inévitablement, son angoisse entretient son désir de manger et il entre rapidement dans un cercle vicieux. C'est ce qui justifie d'intervenir le plus rapidement possible dès qu'on constate une prise de poids anormale. Si le problème de l'obé- sité n'est pas réglé au cours de l'adolescence, il est probable qu'il ne le sera jamais à l'âge adulte.

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Son refus peut aussi ex- primer un rejet de l'auto- rité parentale quand on veut l'obliger à pratiquer un sport.

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Lorsque l'adolescent se regarde dans la glace, il se trouve toujours "trop" ou "pas assez"

quelque chose : trop gros ou trop maigre, pas assez grand, trop fort de poitrine, pas assez mus- clé'... et même si tout le monde lui dit qu'il est normal ! C'est pourquoi il est essentiel de rassurer un jeune sur son apparence, sans se moquer de lui ou le brusquer, en lui expliquant qu'il est en train de se transformer et doit s'habituer à son nouveau corps.

On peut aussi lui rappeler que l'apparence n'est pas tout, d'autant qu'il s'agit souvent d'une question de mode, et que la séduction et le char- me sont autant une question de joie de vivre, de dynamisme, de personnalité et de confiance en soi que de physique.

L E PROBLÈME DE LA COMMUNICATION

L'adolescence est l'âge des métamorphoses physiques, mais également celui des changements psychologiques. L'adolescent se cherche, s'oppo- se, se révolte et, surtout, il a l'impression d'être mal aimé et mal compris.

Les parents qui avaient un enfant docile décou- vrent soudain un adolescent agressif et malheu- reux, avec qui tout dialogue est impossible. Cette absence de communication devient une souffrance pour l'adolescent qui se sent mal aimé. C'est ainsi que l'on voit des jeunes qui passent plus de temps avec leurs copains qu'avec leurs parents à qui ils n'ont plus rien à dire, et l'écart se creuse si l'on n'y prend pas garde.

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Les raisons sont multiples. Si l'adolescent a l'air déconcertant, c'est qu'il essaie de faire com- prendre à ses parents qu'il est différent d'eux, qu'il est un être à part entière. Alors il commu- nique à sa manière : il leur répond, il choisit des amis bizarres, des coiffures provocantes, des vête- ments aux antipodes de ceux qu'ils portent, il uti- lise un vocabulaire "tribal" incompréhensible pour eux... Mieux vaut fermer les yeux sur ces peccadilles et rester attentif à des signes plus graves : déprime, isolement, violence^...

Les adolescents agressent volontiers leurs parents pour se "faire les dents", en réalité pour apprendre à communiquer ! C'est une façon de s'exercer à faire valoir leur point de vue. Contrer tout ce qu'ils disent par principe risquerait donc de les rendre inquiets et d'entamer leur confiance en eux. Mais refuser la discussion reviendrait au même résultat... À cet âge, tout est source d'in- quiétude, de souffrance : la découverte de la sexualité, le respect de l'intimité, les sautes d'hu- meurs dues aux changements hormonaux et dont les adolescents ne comprennent pas la survenue, une susceptibilité chronique qui leur fait prendre la mouche à la moindre occasion, l'avenir... Tout est aussi source de conflit : la façon de s'habiller ou de se coiffer, les heures de sortie, l'argent de poche, les résultats scolaires, le choix de ses amis, la télévision, les vacances...

La difficulté consiste à trouver un mode de communication qui permet aux parents de conser- ver leur autorité tout en préservant le contact, de façon que puisse émerger de la crise un adulte équilibré, sûr de l'amour qu'on lui porte^.

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Voir le chapitre 2 : "De la déprime au suicide", et le chapitre 7 : "Violences plu- rielles".

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On peut lire, sur tous ces sujets, mon livre L'Ado- lescence de A à Z, paru aux Éditions Grancher.

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a Souffrir au quotidien...

On ne grandit pas sans souffrances et, pour un adolescent, les maux du quotidien qui paraissent tellement anodins lorsqu'on se les remémore à l'âge adulte peuvent prendre des proportions qui pénaliseront la construction de son avenir.

Pourtant, ces souffrances peuvent être atténuées du moment que les parents s'investissent vrai- ment dans la continuité d'un dialogue, tout diffi- cile qu'il soit. Inutile de transformer le domicile familial en champ de bataille, mieux vaut apprendre à cohabiter ! Pour les parents dépassés par les événements, ils pourront s'adresser à des associations compétentes.

Le jeune-type n'est pas forcément ce monstre rebelle qu'on décrit si volontiers ! Certaines ado- lescences se déroulent sans problème particulier, car la prise d'autonomie du jeune est comprise par son entourage qui accepte de lui faire confiance.

D'ailleurs, dans beaucoup de cultures, l'ado- lescence n'existe pas et l'on passe directe- ment du statut d'enfant à celui d'adulte après une initiation ou un rituel.

Ce qui est important, pour faciliter cette transition, c'est que les parents instaurent des règles justes, qui serviront de points de repère à l'adolescent et le rassureront. La routine devient alors pour lui un synonyme de sécurité. Il faut aussi qu'ils soient prêts à apporter une aide pratique aux problèmes de leurs enfants, sans les dramatiser ni les sous-esti-

mer.

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