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Des bienfaits du lavage des pieds 1

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Des bienfaits du lavage des pieds1

(Jn 13.1-17)

n ami m’a raconté qu’il avait un oncle qui vivait dans les Alpes italiennes, et quand il était jeune, quelqu’un à dit à cet oncle que c’était très mauvais pour la santé que de se laver les pieds. Et ce n’est pas tombé dans les oreilles d’un sourd. Cet homme, le reste de sa vie, il ne s’est plus jamais lavé les pieds. Alors, cet ami m’a dit que c’était un homme charmant, mais que c’était difficile de rester longtemps avec lui, pour des raisons olfactives. J’ai dû penser à cet homme parce que le texte que nous allons étudier ensemble vante aussi, à sa manière, les vertus du lavage des pieds. Il se trouve dans l’Evangile de Jean, chapitre 13, à partir du verset premier jusqu’au verset 17. Et comme d’habitude, j’aimerais vous demander de vous lever pendant la lecture, en signe de respect.

1 Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue – l’heure de quitter ce monde et d’aller vers le Père – lui qui avait aimé les siens en ce monde les aima jusqu’au bout. 2 A l’heure du déjeuner – le diable avait déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, de le trahir – 3 sachant que le Père lui avait tout donné dans les mains, [mais aussi]

qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en irait vers Dieu, 4 il se lève de table, pose son vêtement, prend un linge et le met comme une ceinture ; 5 il verse de l’eau dans une cuvette et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait mis comme une ceinture. 6 Il vient alors à Simon Pierre, qui lui dit : « Seigneur, toi, tu laves mes pieds ? » 7 Jésus lui répondit : « Ce que moi, je fais, toi, tu ne le comprends pas encore, mais tu le comprendras plus tard. » 8 Pierre lui dit : « Tu ne laveras pas mes pieds, jamais de la vie ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. » 9 Simon Pierre lui dit : « Seigneur, [alors lave moi] pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » 10 Jésus lui dit : « Celui qui a pris un bain n’a pas besoin d’être lavé, si ce n’est les pieds, car il est entièrement pur. Or vous, vous êtes purs … mais pas tous. 11 Car il connaissait celui qui allait le livrer ; c’est pourquoi il dit : « Vous n’êtes pas tous purs. »

12 Quand il avait lavé leurs pieds, repris ses vêtements et s’était de nouveau installé à table, il leur dit : « Savez-vous ce que je vous ai fait ? 13 Vous, vous m’appelez « Maître » et

« Seigneur », et vous faites bien, car je le suis. 14 Si moi, le Seigneur et le Maître, j’ai lavé vos pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 Car je vous ai donné l’exemple, afin que vous, vous fassiez comme moi, je vous ai fait. 16 Amen, amen, je vous le dis, l’esclave n’est pas plus grand que son maître, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé.

17 Si vous savez ces choses, vous êtes heureux … si vous les mettez en pratique.

Le texte qui nous intéresse aujourd’hui est un texte très populaire chez les prédicateurs.

Il n’est pas difficile de trouver des prédications à ce sujet, mais en travaillant dessus, j’ai trouvé que c’était un texte difficile. Non pas pour des histoires de traductions, comme la dernière fois2, mais c’est un texte assez composite, assez complexe dans sa structure, il n’est pas facile de voir le fil rouge qui a fait que Jean a écrit ce récit comme il l’a écrit.

Je me suis penché sur le texte et j’ai trouvé la structure suivante. Ici, les numéros sont les versets du passage que nous avons lu, et les couleurs identifient des thèmes [des versets] qui, à mon avis, vont ensemble.

1 Transcription d’une prédication donnée sans notes, à partir d’un enregistrement.

2 Prédication sur le troisième commandement : Tu n’invoqueras pas le nom de YHWH, ton Dieu, sans bonne raison …

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(2)

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(5)

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2. Salut

Jésus commence donc ces actes, et, comme je vous l’ai dit, il est interrompu par Simon Pierre.

Simon Pierre, il ne veut pas. Il ne veut pas se faire laver les pieds, et ça, c’est le passage des versets 6 à 10, mais surtout les versets 8 et 10, les réponses de Jésus. Et là, vous allez voir autre chose. Nous l’avons lu, pas besoin de le répéter, Jésus veut aussi laver les pieds de Simon Pierre, et Simon Pierre lui dit : « Non ! Non, Seigneur ! Ça, non. » Et Jésus, il coupe court. Il ne se laisse pas embarquer dans ce débat-là, il lui dit une parole assez sèche : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. » Vous pouvez vous dire : « N’est-ce pas un peu exagéré ? » Je veux dire : laver les pieds ou non – est-ce que là se joue l’avenir, le sort de Simon Pierre ? Que Jésus lui lave les pieds ? Non, bien sûr que non. Ce n’est pas le lavement des pieds en tant que tel, mais ce qui est derrière. Et là, vous trouverez maintenant une nouvelle signification à ce lavement : il s’agit du salut en Jésus-Christ.

Nous avons déjà cité dans la première partie du culte les textes cruciaux. Jésus s’est fait serviteur, ce qui nous renvoie tout de suite vers le Serviteur souffrant d’Esaïe. Nous avons lu ces textes. Le Serviteur qui a payé à notre place. Qui a versé son sang pour nous. Qui a payé le prix de nos transgressions. Qui a obtenu notre pardon, ou qui, comme le dit l’Apocalypse9, nous a lavés dans son sang. Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi. Si tu veux être des miens, il faut accepter que je te lave. Il faut que tu comprennes ça, Simon Pierre.

Alors Simon Pierre, vous le connaissez, il est tout enflammé, et bien sûr qu’il veut être des disciples de Jésus, et non seulement il veut être parmi les disciples, mais il veut une place de choix. Alors il dit : « En bien, si c’est comme ça, je veux la totale ! Les pieds, les bras, la tête. » Mais de nouveau il est dans un élan mal orienté. Jésus le lui fait comprendre, et sa réponse est intéressante et difficile à la fois. Jésus dit : Celui qui a pris un bain n’a pas besoin d’être lavé, si ce n’est les pieds, car il est entièrement pur. Quand j’ai étudié ça, je n’ai pas compris tout de suite. Je n’ai pas compris tout de suite parce que Jésus semble se contredire lui-même. Dans un premier temps, il fait de ce lavement des pieds le truc essentiel – et on peut le comprendre, en l’identifiant au salut en Jésus-Christ – et dans un deuxième temps, il semble le relativiser. Le lavement des pieds suffit, parce que tu es déjà pur. Il faut comprendre.

Mais en fait, c’est un phénomène que nous avons déjà vu dans notre étude de l’Evangile de Jean, au chapitre 10, à savoir que quand Jésus parle, les métaphores qu’il utilise sont fluides.

Qu’est-ce que je veux dire par là ? Je veux dire qu’il peut dire quelque chose, et suite à une réaction, ou une objection, un argument, il dit autre chose, en utilisant la même imagerie, mais en lui attribuant une nouvelle signification. Nous avons vu ça au chapitre 10, quand Jésus dit10 : Je suis la porte ! … et le bon berger entre par la porte11, alors que les voleurs montent par-dessus les grillages12. Et quelques phrases plus tard, il dit13 : Je suis le bon berger. Alors qu’il était la porte par laquelle passe le bon berger. C’est parce que ces images sont fluides. Et donc, ce n’est pas parce qu’il a dit « Je suis la porte » que dans tout ce qu’il va dire sur les portes, c’est toujours lui, la porte. Vous voyez ? Et c’est la même chose ici. Dans la première réponse à Simon Pierre, le lavement des pieds symbolisait en quelque sorte le salut. Dans ce qu’il dit un peu plus tard, ce n’est plus le salut. Le salut, c’est prendre le bain. Et le lavement des pieds c’est quelque chose qu’on fait en plus, parce qu’on s’est sali. Et l’image ici, c’est une image sans doute très courante à l’époque, de quelqu’un qui allait, par exemple, à une fête

9 Ap 7.14

10 Jn 10.7

11 Jn 10.2

12 Jn 10.1

13 Jn 10.9

(6)

chez quelqu’un. Avant d’y aller, il se lavait, il prenait un bain. Mais pour s’y rendre, il fallait bien qu’il marche, dans les rues de Jérusalem, ou sur les routes poussiéreuses de Palestine. Et donc, en arrivant, il s’était nécessairement sali. Et il y aurait un esclave qui lui laverait les pieds. Non pas tout le corps, ce n’est pas nécessaire : il est déjà propre. Mais il s’est sali en marchant, donc il faut enlever ces quelques salissures. Et donc ici, Jésus reprend, je crois, cette idée, pour dire : « Voilà, vous êtes purs de par mon œuvre, mais vous avez besoin d’être lavé encore de temps en temps, parce que vous vous salirez.

Voilà les versets 6 à 10. Après, vous le savez, le lavement des pieds continue, et puis, à la fin, verset 13 à 17, Jésus passe à l’application directe.

3. Imitation

Maintenant, il va leur dire : « Voilà, qu’est-ce que je vous ai montré là ? » Et ce qu’il en tire est assez net, assez facile à comprendre, assez direct, je crois qu’il n’y a pas besoin de beaucoup en dire, il dit : « Voilà si moi, je fais ça, vous devez le faire vous aussi. » Tel Maître, tel disciple. Si vous voulez être des miens, vous devez avoir cette même attitude. Et là, de nouveau, le lavement des pieds change de sens. Parce que bien sûr que nous ne pouvons pas faire ce qu’il a fait. Bien sûr qu’il ne s’agit pas pour nous de porter sur nos épaules la destinée du monde, comme Jésus a pu le faire. Ici, ce qui compte, c’est cet abaissement volontaire.

Jésus s’est abaissé en devenant le Serviteur. Et il dit que ceux qui veulent le suivre doivent faire de même. C’est une attitude qui caractérise ses disciples. Qui doit les caractériser parce qu’elle caractérise leur maître. Et donc, il dit : « Si vous voulez être des miens, soyez des serviteurs. Si vous savez ces choses, vous êtes heureux … si vous les mettez en pratique.

[Se pose] alors la question fatidique :

Et alors ?

Face à ce texte, assez compliqué finalement, si j’ai raison de le structurer de cette manière, qu’est-ce qu’on peut en dire de pratique pour nous ? Qu’est-ce que ça peut vouloir nous dire pour nous aujourd’hui.

Evidemment, si on a [un texte] aussi composite, je pense qu’il y a aussi tout un foisonnement de conclusions à tirer pour nous.

Alors le verset 3, la biographie céleste de Jésus et son parcours qui l’a mené du ciel sur terre et de nouveau au ciel, bien entendu, ce n’est pas un texte qui appelle une application immédiate de notre part. Il nous enseigne quelque chose sur Jésus, et il est très important de bien écouter ces textes, parce qu’ils nous disent quelque chose sur celui qui est au centre de tout, et celui qui doit être au centre de notre existence. Là, vous avez des textes qui vous permettent de mieux le connaître, de savoir ce qu’il a fait, comment il a vu les choses, quelle était son attitude. Donc, pas d’application directe, mais je dirais des textes qui doivent être médités. Plongez-vous dans Philippiens 2, et plongez-vous dans des versets tels le verset 3.

Faites vôtre la perspective d’un Jésus qui a quitté la gloire pour descendre jusqu’à nous, et qui a retrouvé la gloire.

Les versets 4, 5 et 12 nous racontent l’histoire du lavement des pieds. Là encore, je dirais : pas d’application directe et immédiate. Vous savez peut-être qu’il y a des Eglises où l’on pratique le lavement des pieds un peu à la manière d’un sacrement. Il n’y a pas si longtemps que ça on a aussi pu voir le pape laver les pieds de quelques nouveaux baptisés, je crois. Donc

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- 7 -

il existe dans l’Eglise universelle des traditions de ce type, où l’on maintient le lavement des pieds. Je ne pense pas que ce soit vraiment indispensable, et finalement, c’est un signe assez lié à la culture environnant Jésus, qui n’est plus na nôtre. Si on se mettait à se laver les pieds les uns des autres, ça n’aurait plus le même sens. Donc, je ne suis pas sûr que Jésus nous demande de faire de même aujourd’hui.

En revanche, ce passage est très intéressant sur un tout autre plan, pour les enseignants de l’Eglise. Peu importe si vous êtes dans l’Ecole du dimanche, ou dans les études bibliques, ou en chaire. Peu importe. Jésus nous donne ici une leçon d’enseignement, il me semble. Parce que lui aussi, il aurait pu faire un discours à la Philippiens 2. Mais probablement, les disciples n’auraient pas pu saisir ce qu’il leur disait, et vu le chaos qui allait s’abattre sur eux dans les heures qui suivent, il n’en serait peut-être pas resté grand-chose. Mais ces quelques gestes qui racontent la même histoire, c’est très puissant comme enseignement. Et vous pouvez être certain qu’ils n’ont jamais oublié. Vu la réaction de Simon Pierre, son choc devant ces gestes, je pense qu’on peut dire que Jésus a donné un enseignement très puissant sans paroles. Et je trouve que pour les enseignants qui peuvent se trouver ici, c’est à méditer.

Je passe pour l’instant sur les versets 8 et 10, je me garde cela pour la fin.

Quelque mots peut-être sur les versets 13 à 17, qui à mon avis sont assez faciles à capter. Et là nous sommes vraiment dans la partie application de la part de Jésus. Il est dit très clairement : « Vous devez être comme j’ai été. Je m’attends de la part de mes disciples à ce qu’ils soient des serviteurs. » Et ce n’est peut-être pas inutile de le redire. Parce que c’est souvent là que le bât blesse, il me semble, dans l’Eglise. On est tous des gens très spirituels, et très occupés par ailleurs, on vient à l’Eglise, on vit une louange clé-en-main, édifiante, on se fait raconter de belles histoires pendant la prédication, et puis on s’en va et recommence la semaine. On est comme des consommateurs de biens spirituels, je dirais, on vient pour prendre, et hop ! ça repart. Mais ce n’est pas ça, au fond. Vous n’êtes pas appelés à être consommateurs. Vous êtes appelés à être serviteurs. Ne l’oubliez pas. Je vois que souvent, dans l’Eglise, quand il y a besoin de gens, il n’y a rien. Récemment, on était au week-end d’Eglise, il fallait quelqu’un pour monter un jeu : nada. On a fait une liste pour la garderie pendant l’été : pas grand monde. Et chaque fois qu’on fait appel pour quelque chose de ce type, des choses qui ne sont pas forcément très exaltantes, il n’y a personne. Tout le monde est aux abonnés absents. Philippe, récemment, il a cherché à monter une commission pour accompagner le ministère d’Eric ; je ne sais pas à qui il a demandé, mais il m’a dit : « Tout le monde a refusé. » Voilà. Je crois que je n’ai pas besoin d’insister. Vous êtes des serviteurs.

Vous êtes censés être des serviteurs, alors soyez-le.

Maintenant, encore quelques mots sur les versets 8 et 10, qui sont aussi, me semble-t-il, très riches en applications.

D’abord le verset 8, ce verset où Jésus dit à Simon Pierre : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi, on ne fait pas équipe. Je pense que cette parole devrait te parler à toi, qui que tu sois ici, qui n’es pas encore chrétien. Si je ne te lave pas, dit Jésus, tu n’as pas de part avec moi. Tu es peut-être sympathisant de la cause. Tu viens souvent, tu écoutes attentivement, tu trouves ça bien, tu aimes bien les cantiques, tu te sens bien, les gens sont sympas, t’es bien.

Mais ne vous y trompez pas, Jésus dit ici : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi, et même si tu es sympathisant, et tu as fait tous les cultes pendant toute ta vie, tu n’es pas des miens. Si vous voulez être des siens, vous devez vous faire laver. Et vous ne pouvez pas le faire vous-mêmes. C’est un abandon. C’est reconnaître que je ne peux pas m’en sortir. C’est devenir dépendant. Et Dieu sait que c’est ce que nous détestons de plus : être dépendant.

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L’horreur des horreurs pour l’homme moderne occidental, c’est de devenir dépendant. On est prêt à se faire euthanasier pour ne pas être dépendant de quelqu’un. Pour pas que quelqu’un doive me laver ou que sais-je, et s’occuper de moi. Ça c’est l’horreur absolue : non, nous on veut « mourir dans la dignité ! », comme s’il était indigne que quelqu’un s’occupe de moi.

Mais Jésus nous dit : « Mes amis, si vous voulez être avec moi, devenez indignes. Laissez- moi m’occuper de vous. Parce que si vous n’acceptez pas d’abandonner cette fierté, si vous n’acceptez pas d’abandonner cette volonté de vous débrouiller vous-mêmes, vous ne pouvez pas être des miens. » Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi.

Et puis, pour finir, le verset 10 qui nous dit : Celui qui a pris un bain n’a pas besoin d’être lavé, si ce n’est les pieds, car il est entièrement pur. Je trouve que c’est un verset qui doit t’intéresser toi, qui que tu sois ici, qui as voulu te faire laver par Jésus. Et Jésus te dit : « Tu es pur. » Vous rendez-vous compte ? Il dit à Simon Pierre : « Tu es pur ! », et je trouve que c’est une des plus belles paroles de Jésus que Simon Pierre a reçu pendant toute sa vie. « Tu es pur.

Ton cas est réglé. » Et il dit ça à Simon Pierre alors qu’il sait pertinemment que dans les 24 heures, Simon Pierre va se retourner contre lui, va jurer ses grands dieux qu’il n’a jamais vu cet homme14. Simon Pierre aura besoin d’être pardonné, ça, c’est une autre affaire, et il le sera15, mais foncièrement, Jésus, regardant cet homme et cette bande de disciples qui vont tous l’abandonner, il les regarde dans les yeux et leur dit : « Vous êtes purs. » Et ça, c’est précieux. De savoir que nous sommes purs aux yeux de Dieu, parce que le sacrifice du Serviteur souffrant, il ne couvre pas seulement vos fautes du passé, il couvre aussi vos fautes futures. Tout est accompli, a dit Jésus16. Tout est accompli.

Vous êtes purs, dit-il. Celui qui a pris un bain n’a pas besoin d’être lavé, si ce n’est les pieds.

Il y a quand-même besoin de se laver les pieds, malgré cette pureté. Ça c’est l’aspect sur lequel je voudrais terminer. Il y a dans la vie chrétienne besoin de se laver les pieds, au sens figuré. Quand j’étais gamin, j’étais à l’école chez les Pères, et ils nous faisaient faire un exercice intéressant : l’examen de conscience. Ils nous enseignaient de tous les soirs passer en revue la journée, et de nous dire : « Ah oui, là, ce n’était pas top, là j’ai fauté, là, je n’aurais pas dû dire ça … » Je crois que c’est un exercice très utile. De passer en revue la journée et de dire : « Voilà, Seigneur, regarde-moi avec mes pieds sales. Je suis pur à tes yeux, mais là, je me suis encore sali aujourd’hui. J’ai fait ça, ça, et je te le remets. Pardonne-moi. » Et il le fera.

Si vous faites cela sur le point individuel, c’est très bien, mais je crois qu’on peut également le faire collectivement. J’en ai déjà parle à plusieurs reprises avec les uns et les autres, je trouve que ça manque un peu comme dimension dans nos cultes. On vient au culte, et hop ! on chante un truc entraînant, et hop ! on est dans l’esprit de louange, et hop ! on y est. Mais on vient les pieds sales. Est-ce qu’on ne pourrait pas de temps en temps juste prendre deux minutes, se placer devant Dieu avant de se lancer dans le saint des saints, et lui dire : « Lave- moi les pieds ! » ?

L’Eglise a choisi de confier la première partie du culte à une personne. On parle de

« louange », mais de fait, à vous qui êtes louangeurs, elle vous a donné carte blanche pour la liturgie du culte. Je trouve qu’elle vous fait confiance d’une manière assez impressionnante.

Mais du coup, vous avez une responsabilité. Moi, je voudrais vous proposer un exercice : de prendre une fois une des ces vieilles liturgies [chrétiennes], peu importe d’où elle vienne, qu’elle soit catholique, ou réformée, ou Saint Jean Chrysostome, orthodoxe …, que sais-je,

14 Mt 26.69ss etc.

15 Jn 21.15

16 Jn 19.28ss

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peu importe. Prenez un de ces vieux textes, centenaires, millénaires, qui sont souvent bourrés de sagesse, vous prenez un de ces textes, et vous dites : « Voilà comment ces gens célébraient les cultes. Est-ce que c’est bien ou pas bien ? » Sans doute, tout n’est pas bien. Mais vous trouverez peut-être des choses qui manquent [chez nous]. Vous savez, nous, les évangéliques, on était tout enthousiastes, dans notre mouvement, et on a fait table rase du passé. On voulait être plus spontané, on ne voulait plus de ces formules toutes faites, de ces prières toutes écrites, on veut être spontané. Et c’est bien. On veut des cantiques plus entraînants. Et c’est bien. Mais parfois, je crois, on a vidé le bébé avec l’eau du bain. Et notamment sur cet aspect- là, je trouve que ces vieilles liturgies nous enseignent quelque chose : qu’il y a besoin, collectivement comme individuellement, quand nous nous rassemblons, de dire au Seigneur :

« Seigneur, ça fait une semaine qu’on était dans le monde, sur les routes sales du monde, nous sommes purs, et nous venons devant toi en tant que tels, mais nous avons besoin de confesser nos fautes. »

Parce que si nous ne le faisons pas, le risque est que si Jésus se présentait à notre culte, il dirait peut-être : « Mes amis, c’est vrai, vous êtes purs, mais entre nous : vous puez des pieds. »

Prions.

Seigneur Jésus, nous te remercions de cette parabole du lavement des pieds, de cet enseignement que tu nous as laissé à travers ton disciple bien-aimé Jean, et nous voulons te demander de nous laver. Nous avons tous besoin ici d’être lavés. Les uns, de recevoir ce bain qui purifie, qui régénère, qui fait d’eux des disciples, et les autres de ce lavement ponctuel qui enlève les scories de la semaine, des mois, des jours. Nous avons tous besoin d’être pardonnés.

Lave-nous, Seigneur.

Amen.

EEB Clermont-Ferrand 21/7/2013

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