H.
QUESNEL,
A. PRUNIERINRA Station de Recherches Porcines
/ 35590
Saint-GillesL’ovulation après le
tarissement des
truies : mécanismes
physiologiques et
facteurs de variation
La productivité numérique de l’élevage et
sarentabilité dépendent
engrande partie du nombre annuel de portées et donc du délai de retour
en
oestrus de la truie après le sevrage des porcelets. Ce délai de retour
en
cestrus dépend de nombreux facteurs endogènes et
environnementaux, dont certains sont parfois difficiles à contrôler
enélevage et dont les mécanismes d’action restent
assezmal
connus.Chez la
plupart
desmammifères,
lapartu-
rition est suivie d’unepériode
sansovulation,
l’anoestrus
post-partum (Revue :
Peters etLamming
1990). Laproduction
laitière et lesstimuli associés à la tétée sont les facteurs
majeurs qui
inhibent l’ovulation et l’oestrus.Chez la
truie,
contrairement à cequi
se passe chez lesespèces
laitières(vache
oubrebis),
laproduction
laitière est indissociable de latétée, puisque
la lactation n’est maintenue que sous l’action de la tétée desporcelets.
Dans les
élevages
detruies,
la lactation estinterrompue
par le sevrage desporcelets
entre la 3‘’ et la 5‘’ semaine
post-partum,
aumoment où la
production
de lait est voisinedu maximum. Les truies sont alors en anoes-
trus
pendant
toute la lactation et un oestrus fertile estgénéralement
observé dans les 9jours qui
suivent le sevrage(Aumaître
et al1976,
Martinat-Botté et al1984). Cependant,
pour une
proportion
variable defemelles,
leretour en oestrus est
retardé,
cequi perturbe
la conduite
d’élevage
en bandes et est unecause
importante
de réforme des truies. Lesproblèmes
de non retour en oestrus sont àl’origine
d’environ 12 % des causes de réformeaprès
lepremier
sevrage et 8 %après
lesecond
(Revue : Dagorn
et Vaudelet1993).
Dans une étude étalée sur 5 ans et
portant
sur 390
truies,
Vesseur et al (1994) ont mon- tré que laproductivité
destruies,
en terme de nombre deporcelets
sevrés par truie et par an, estoptimale lorsque
la durée de l’inter-valle
sevrage-oestrus
est de 4jours
chez lestruies
multipares
et de 5jours
chez les truiesprimipares.
Des facteurs
endogènes (génotype,
nombrede
portées antérieures,
niveau deproduction
laitière) et
exogènes (nutrition, photopériode, température,
Verrat...) sont connus pourRésumé
- -Cet article analyse les mécanismes physiologiques qui contrôlent l’activité ova-
rienne des truies après la mise bas et l’influence des facteurs
susceptibles
deretarder le retour en cestrus et l’ovulation après le sevrage des porcelets.
Pendant la lactation, la truie est soumise aux stimuli liés aux porcelets et doit
faire face à des besoins nutritionnels très élevés pour produire le lait. Ceci induit l’inhibition de la sécrétion des hormones gonadotropes et en conséquence de la
croissance folliculaire. La stimulation des mamelles diminue au cours de la lacta- tion et l’activité de l’axe
hypothalamus-hypophyse-ovaires
augmente progressive-ment. Après le sevrage, les sécrétions gonadotropes s’élèvent rapidement et les
gros follicules peuvent alors entamer leur croissance préovulatoire, qui aboutira
normalement à l’oestrus et à l’ovulation. Les hormones qui participent au contrôle
du métabolisme général et de la lactation (insuline, hormone de croissance, IGF-I, cortisol, ocytocine, prolactine) sont susceptibles de moduler la croissance follicu-
laire, soit par une action directe au niveau de l’ovaire, soit par un effet sur la sécrétion des hormones gonadotropes.
L’accroissement du déficit nutritionnel pendant la lactation induit un retard de l’ovulation après le sevrage. L’alimentation pendant la lactation a donc des effets
marqués sur la durée de l’intervalle sevrage-œstrus. Celle-ci est
également
dépen-dante de facteurs liés à l’animal (génotype, numéro de portée, production lai- tière), à l’environnement (photopériode, température) ou à la conduite d’élevage (durée de la lactation, taille de la portée, mode de sevrage, environnement social).
L’équilibre
nutritionnel joue un rôle pivot et permet d’expliquer, au moins en par-tie, l’influence de la majorité des autres facteurs,
qui
sontsusceptibles d’agir
sur l’amplitude de la production laitière ou sur l’appétit des truies. Les mécanismes d’action semblent impliquer les trois niveaux de l’axe hypothalamus-hypophyse-ovaires.
influencer la
reprise
de lacyclicité.
Pourespé-
rer maîtriser le délai de retour en oestrus des truies
après
le sevrage, il est doncimportant :
- de
comprendre
les mécanismesphysiolo- giques qui
déterminent le retour en oestrusaprès
le sevrage ;- de déterminer les facteurs
susceptibles
deperturber
le retour en oestrus et d’en étudier les modes d’action.Cet article propose une
synthèse
desconnaissances actuelles sur ces deux
aspects.
Nous décrirons tout d’abord le fonctionne- ment de l’axe
gonadotrope pendant
la lacta-tion et
après
le sevrage et l’influence de la lactation sur ce fonctionnement. Puis nousétudierons les facteurs
qui
modulent l’activitéde l’axe
gonadotrope
et leurs mécanismes d’action.1 / Fonctionnement de l’axe
gonadotrope
au coursdu cycle de reproduction
L’activité ovarienne est sous le contrôle essentiel de deux
gonadotropines hypophy- saires,
l’hormone lutéinisante(LH)
et l’hor-mone folliculo-stimulante
(FSH).
La sécrétion de ces deux hormones est elle-même stimulée par unneuropeptide hypothalamique,
lagonadolibérine (GnRH).
Des hormones d’ori-gine
ovarienne(oestradiol, progestérone,
inhi-bine) agissent
en retour sur l’activitéhypo- thalamo-hypophysaire
pour contrôler les sécrétions deGnRH,
LH et FSH. L’inhibition de la sécrétion de FSH est surtout due à l’in- hibine et celle de LH à l’oestradiol.l.i / En fin de gestation
Pendant le dernier mois de
gestation,
lalibération de LH est réduite
(Ziecik
et al1982/1983)
à cause du rétro-contrôlenégatif
exercé par la
progestérone
dont les concentra-tions
plasmatiques
sontélevées,
et vraisem-blablement par les
oestrogènes d’origine
foeto-placentaire.
Despetits
(1-4 mm) et des gros follicules(4-6 mm)
sontprésents
dans l’ovaire tout aulong
de lagestation (Rexroad
et Casida1975).
Aucune ovulationspontanée
nese
produit,
mais il estpossible
d’induire uneovulation et des corps
jaunes
fonctionnels parinjection
degonadotropines exogènes (Bosc
etal 1974).
1.
2 / Pendant la lactation
Immédiatement
après
la misebas,
lesconcentrations
plasmatiques
de LH et de FSHaugmentent (Tokach
et al1992,
De Rensis etal
1993a,b),
mais sont à nouveau inhibées dans les 2-3jours post-partum.
Les concentra-tions
hypothalamiques
de GnRH sont alorstrès basses
(Cox
et Britt1982).
Les concentra- tions de LH et FSH s’élèventprogressivement
et modérément au cours de la lactation
(Ste-
venson et al
1981,
Shaw et Foxcroft1985).
L’hypophyse
reste sensible auGnRH, puisque
des
injections
intraveineuses de GnRH stimu- lent la libération de LH et de FSH(Bevers
et al 1981). Cette sensibilité del’hypophyse
auGnRH
exogène augmente
entre la 1&dquo; et la 3’ semaine de lactation. Parailleurs,
les ovairesexercent un rétro-contrôle
négatif
sur la libé-ration de
FSH,
alorsqu’ils
semblent avoir peu d’effet sur celle de LH(Stevenson
et al 1981).Pendant
l’allaitement,
lafolliculogénèse
estactive
(figure
1). La taille desplus
gros folli- cules s’accroîtprogressivement,
sans doutesous l’influence de
l’augmentation
desconcentrations de LH et FSH.
Toutefois,
l’ovaire ne contient pas ou peu de follicules deplus
de 5 mm de diamètre et aucun follicule n’atteint la taillepréovulatoire ( >
7-8mm).
Les concentrations
plasmatiques
deprogesté-
rone et d’oestradiol restent faibles
pendant
toute la lactation. Des
injections
degonado- tropines exogènes permettent
d’obtenir desovulations,
cequi indique
que l’ovaire reste fonctionnel (Revue : Britt et al 1985). L’effica- cité du benzoate d’oestradiol pour induire l’oestrus et l’ovulation est nulle en début de lactationpuis augmente jusqu’à
la 4°semaine de lactation (Cox et al
1988),
cequi suggère
que lacapacité
del’hypophyse
àrépondre
au rétro-contrôlepositif
de l’œstra- diol estprogressivement
restaurée.1.
3 / Après le sevrage
Quelques
heuresaprès
lesevrage, la
concentration
hypothalamique
de GnRH etles niveaux
plasmatiques
de LHaugmentent
(Cox et Britt1982,
Foxcroft et al1987 ; figure 2). L’augmentation
des concentrations de FSH est moins claire. Enréponse
à ces varia-tions
hormonales,
la taille et le nombre desgros follicules
(figure 1),
ainsi que les sécré- tionsfolliculaires, augmentent
aussirapide-
ment. La croissance des follicules et les varia- tions des sécrétions hormonales
(LH, FSH, oestradiol)
sont similaires à celles observéespendant
laphase
folliculaire d’une truiecyclique (Edwards
et Foxcroft1983).
Cettephase post-sevrage
aboutit donc normale- ment à l’ovulation dans un délai de 4 à 9jours.
L’ovulation estgénéralement
accompa-gnée
ducomportement
d’oestrus et les ovula- tions silencieuses sont rares(2/66 :
Reese et al1982,
0/38 : Prunier et al1994).
2 / Réflexes
neuro-endocriniens liés à la tétée
2.i / Comportement de tétée des porcelets
La
fréquence
des tétées est très élevée pen- dant les deuxpremiers jours
de lactation.L’intervalle entre deux tétées tend à augmen- ter de la
première (en
moyenne 40minutes)
à laquatrième
semaine(en
moyenne 55 minu-tes).
La durée du massage de la mamelle par lesporcelets, après l’éjection
dulait,
diminueentre la P&dquo; et la 3&dquo; semaine de lactation
(Jen-
sen et Recén
1989).
L’intensité des stimuli liés à la tétée tend donc à diminuer au coursde la lactation.
2.
2 / Sécrétions neuronales et hormonales
Par réflexes
neuro-endocriniens,
la tétéeinduit la
libération,
au niveau dusystème
nerveux
central,
deneurotransmetteurs,
dontles
opiacés (figure 3).
Enconséquence,
elleprovoque la libération d’hormones telles que la
prolactine,
l’hormone decroissance,
lathy- réostimuline, l’adrénocorticotropine
etl’ocyto- cine, qui
ont un rôle dans lalactogénèse
etl’éjection
du lait(Revue :
Delouis1986) (figure 3).
Les concentrationsplasmatiques
de
prolactine,
maximales à laparturition,
diminuent d’abordrapidement
au cours desdeux
premiers jours puis progressivement
aucours de la
lactation,
tout en restant biensupérieures
aux concentrations observées durant lecycle
sexuel. Elles chutent brutale- ment dans les 4-6 heures suivant le sevrage desporcelets.
Durant lalactation,
environ50 % des tétées sont
accompagnées
d’une libérationrapide d’ocytocine (Rojkittikhun
etal
1993). L’amplitude
et lafréquence
despics d’ocytocine
diminuent vers la 3e semaine delactation chez la truie miniature.
3 / Bilan énergétique et
régulation du métabolisme des nutriments (figure 3)
Pendant la
lactation,
la truie est non seule-ment soumise aux stimuli
provenant
des por-celets,
mais doit faire face à des besoinsnutritionnels très élevés
correspondant
à l’ex-portation
du lait. Une truieallaitante,
mêmenourrie ad
libitum,
se trouvegénéralement
dans un état de déficit
énergétique
et/ou decatabolisme
protéique,
c’est-à-direqu’elle
doitpuiser
dans ses réservescorporelles
pour cou- vrir lesdépenses
dues à laproduction
laitière(Revue :
Noblet et al1990).
Laperte
depoids
est très variable entre individus et
dépend principalement
du taux de couverture des besoins par lesquantités
d’alimentingérées.
En
conséquence,
en dehors despériodes post- prandiales,
les concentrationsplasmatiques
des métabolites sont différentes en lactation et
après
le sevrage(figure
4).Pendant la
lactation,
les concentrationsplasmatiques
des acides gras libres sont éle-vées,
cequi
traduit la mobilisationimpor-
tante des
triglycérides
du tissuadipeux (figure
4). Aucontraire,
les concentrationsplasmatiques
deglucose
sontfaibles,
vrai- semblablement en raison de lacaptation
intense de celui-ci par les mamelles. La lacta- tion
s’accompagne
aussi d’une diminutionprogressive
des concentrations moyennes d’insuline(Rojkittikhun
et al1993).
L’insu-line,
par son actionanabolique,
favorise l’uti- lisation duglucose
par les tissus musculaires etadipeux.
Les faibles concentrations d’insu- linependant
la lactationpourraient
doncfaciliter l’orientation de ce nutriment vers les
glandes
mammaires auxdépens
des autrestissus. Il y a peu de données sur les concen-
trations
plasmatiques
d’IGF-I(Insulin
likeGrowth
Factor-I) pendant
la lactation. Ces concentrations étant réduites chez des ani-maux à bilan
énergétique
et/ouprotéique négatif
(Revue : l’Anson et al1991),
elles sont vraisemblablement faibles chez les truies allaitantesprésentant
un déficit nutritionnel.Les concentrations des corticostéroïdes varient peu au cours de la lactation et pas
avec la taille de la
portée (Ash
etHeap 1975,
Robert et al1988).
Chez des truies sous-ali-mentées,
les concentrationsplasmatiques
decortisol
augmentent pendant
la 4&dquo; semaine de lactation et diminuentaprès
le sevrage(Baidoo
et al 1992). Cetteaugmentation
pour- rait constituer uneadaptation physiologique
des truies à un bilan
énergétique négatif, puisque
le cortisol stimule lanéoglucogénèse
et le catabolisme des tissus
adipeux
et mus-culaires
(Baxter
et Forsham1972).
4 / Effets de la lactation
surl’activité de l’axe
hypothalamus-hypophyse-
ovaires
4.
1 / Sécrétions gonadotropes
Le retrait des
porcelets pendant quelques
heures induit
l’augmentation
de lafréquence
des
pulses
de LH et la chute des concentra- tions deprolactine (Mattioli
et al1988).
Empêcher
la tétée tout en laissant les porce- lets àproximité
de leur mère induit des chan-gements
moinsmarqués
sur ces deux hor-mones
(Mattioli
et al 1988). Si la stimulation de la mamelle est leprincipal
facteurimpli- qué
dans l’inhibition de la sécrétion de LH au cours de lalactation,
d’autresfacteurs,
comme les odeurs ou les vocalisations des
porcelets, joueraient
aussi un rôle. Cette inhi- bition par la tétée estdue,
au moins en par-tie,
à l’action desopiacés endogènes qui
inhi-bent la libération de GnRH
(Barb
et al1986,
Mattioli et al1986). Cependant,
cet effet nese met en
place
que 2-3jours après
la misebas (De Rensis et al
1993b). L’augmentation progressive
de la sécrétion de LH au cours de la lactationpourrait s’expliquer
par la dimi- nution des stimuli liés à la tétée. Lesopiacés endogènes
semblent sans effet sur la sécré-tion de FSH
(De
Rensis et al1993b).
Pendant la
lactation,
lesopiacés
inhibentégalement
la libération de ladopamine (inhi-
biteur de la sécrétion de la
prolactine),
cequi permet
uneaugmentation
de laprolactine (Barb
et al1986).
L’observation simultanée de niveaux élevés deprolactine
et faibles deLH
pendant
la lactation a laissé supposer que laprolactine agissait
directement au niveau de l’axehypothalamo-hypophysaire
et inhi-bait la sécrétion de LH. Certaines études ont confirmé cette
hypothèse,
d’autres l’ont infir- mée(Revue :
Dusza et Tilton1990).
Le fait que lesopiacés endogènes puissent
provoquer simultanément une inhibition de LH et uneaugmentation
de laprolactine pourrait
suf-fire à
expliquer
la relation inverse observée entre les niveaux de LH et deprolactine.
La
lactation,
enprovoquant
des modifica-tions des niveaux circulants de certaines hor- mones, comme
l’insuline,
le cortisol ou l’IGF-I, pourrait
aussi avoir une influence sur la sécrétion de LH. Eneffet,
d’unepart
ces hor-mones ont des
récepteurs spécifiques
auniveau
hypothalamo-hypophysaire,
et d’autrepart,
des relations ont été mises enévidence,
in vivo et in
vitro,
entre ces hormones et lasécrétion de LH et de FSH.
Ainsi,
Tokach et al(1992)
ont montré que les concentrationsplasmatiques
d’insuline et d’IGF-I sont corré- léespositivement
au nombre depics
de LH chez des truies en lactation etnégativement
àl’intervalle
sevrage-oestrus.
Un effet inhibi-teur du cortisol surrénalien sur la sécrétion de LH a été démontré chez des truies
prépu-
bères ou
cycliques (Liptrap 1970,
Fonda et al1984),
mais il n’existe pas de donnée sur l’ef- fet des corticostéroïdes chez des truies en lac- tation.4.
2 / Activité ovarienne
L’augmentation progressive
des sécrétionsgonadotropes pendant
la lactation stimule la croissance desfollicules, qui cependant
n’at-teignent
pas le stadepréovulatoire.
Les hor-mones non
gonadotropes,
telles quel’insuline, l’IGF-I,
lecortisol,
laprolactine,
l’hormone decroissance
(GH)
etl’ocytocine,
sont suscep- tiblesd’agir
sur la croissance folliculaire(Revue :
Booth1990). Cependant,
laplupart
des études sur les relations entre l’activité ovarienne et les hormones
métaboliques
etgalactopoïétiques
ont été réalisées chez desanimaux
cycliques
ouprépubères.
La
présence
derécepteurs spécifiques
deces hormones a été montrée au niveau ova-
rien. Des études in t!itro ont montré que l’in- suline et l’IGF-I
agissent
ensynergie
avecFSH pour stimuler la
stéroïdogénèse
des cel-lules de
granulosa
et desthèques,
l’induction desrécepteurs
à LH sur les cellules de granu-losa,
laprolifération
et la différenciation deces cellules
(Revues :
Adashi et al1985,
Ham- mond et al1993).
Invivo,
desinjections
d’in- suline toutes les 6 heures ou toutes les 12 heures à des truiescycliques
induisent uneaugmentation
du taux d’ovulation et unediminution de l’atrésie des follicules
(Cox
et al1987,
Matamoros et al1990).
Les cortico-stéroïdes stimulent in vitro la
production d’androgènes
par les cellules thécales(Raeside
et Xun1986).
Invitro,
la GH a des effetspositifs
sur le fonctionnement des cel- lules degranulosa (Hsu
et Hammond1987).
Cependant,
le traitement in vivo par la GHpeut
aussi bienaugmenter
le taux d’ovulation chez des truiescycliques qu’induire
un étatd’anoestrus chez d’autres
(Kirkwood
et al1988).
La diversité des effets observés pour- raits’expliquer
par le fait que la GHpeut agir
directement au niveau del’ovaire,
auniveau de l’unité
hypothalamo-hypophysaire
ou via des effets
périphériques
sur le bilanénergétique.
Les études concernant les effets de laprolactine
et del’ocytocine
sur l’acti-vité ovarienne ont
également
donné desrésultats contradictoires
(Veldhuis
et al1981, Gregoraszczuk
et al1988).
4.
3 / Conclusion
L’allaitement induit l’inhibition du fonc- tionnement de l’axe
hypothalamus-hypo- physe-ovaires.
La sécrétion de LH est inhibée essentiellement par les stimuli liés aux tétées etaugmente progressivement
au cours de lalactation,
sans doute parce que l’intensité deces stimuli diminue. En
conséquence,
la crois-sance folliculaire devient de
plus
enplus
active. Le déficit nutritionnel
engendré
par laproduction
du laitparticiperait
aussi à l’inhi-bition de l’axe
hypothalamus-hypophyse-
ovaires.
Après
le sevrage, les sécrétions deGnRH, LH,
FSHaugmentent rapidement
etla croissance des follicules
préovulatoires peut
démarrer.Ainsi,
laplupart
des truiesenclenchent une
phase
folliculairequi
aboutità l’ovulation dans un délai de 4 à 9
jours après
le sevrage.Certaines
caractéristiques
propres de l’ani- mal(génotype,
numéro deportée)
et des fac-teurs liés à la
nutrition,
à l’environnement ouà la conduite
d’élevage
sontsusceptibles
demodifier l’intervalle
sevrage-oestrus.
L’ana-lyse
de cesparamètres permet
d’identifier certains mécanismesqui
interviennent dans le contrôle de l’ovulation.5 / Facteurs de variation de l’intervalle sevrage-oestrus
5.
1 / La nutrition
Pendant la
lactation,
les truies sontgéné-
ralement nourries à volonté.Cependant,
leurniveau
d’ingestion spontané
varie fortement d’un animal à l’autre et pour un même ani- mal d’unjour
à l’autre. Ces variationsdépen-
dent de nombreux facteurs liés à
l’animal,
aumilieu,
à l’aliment et à la conduited’élevage (Revue :
Dourmad1988).
Les effets de l’ali- mentationpendant
la lactation sur lesperfor-
mances de
reproduction
des truies ont ététrès étudiés. Des
apports
nutritionnels insuf- fisantsprolongent
l’intervallesevrage-oestrus (Revues : King 1987,
Dourmad et al1994).
Les
problèmes
sontplus marqués
chez lestruies
primipares
que chez les truies multi- pares. Il semble que, pour des truies moyen- nementproductives
en lait (environ 8kg
delait par
jour,
soit ungain
deportée
de 2kg/jour),
les valeurscritiques d’énergie
et deprotéines
à fournirpendant
la lactationsoient de 45.106Joules
d’énergie digestible
et700 grammes de
protéines
parjour (Dourmad
et al 1994). Au-dessous de ces
valeurs,
l’inter- vallesevrage-oestrus augmente,
surtout chez les truiesprimipares.
Pour des truiesplus productives,
les niveaux seuils sont vraisem- blablementplus
élevés. La réduction desquantités
d’alimentingérées
aggrave le défi- citénergétique
etprotéique
des truies en lac-tation,
si bienqu’elles perdent davantage
depoids
vif et de tissuadipeux
que des truies nourries à volonté. La durée de l’intervallesevrage-oestrus augmente proportionnelle-
ment aux
pertes
de tissusmaigre
et gras pen- dant la lactation et est inversement liéeau
poids
et àl’épaisseur
de lard au momentdu sevrage
(Reese
et al1982, King 1987,
Dourmad et al1994).
Cependant,
on ne connaît pas les influencesrespectives
de la mobilisation des réservescorporelles lipidiques
etprotéiques pendant
la
lactation,
de l’état de ces réserves aumoment du sevrage et de la
quantité
d’ali-ment
ingérée
dans lesproblèmes
de retour enoestrus
après
le sevrage. L’introduction delignées
de truieshyperprolifiques
et la sélec-tion de porcs de
plus
enplus maigres
ris-quent d’aggraver
les déficits nutritionnelspendant
la lactation et donc d’accentuer lesproblèmes
de retour en oestrus. Eneffet,
laproduction
de lait sera vraisemblablement stimulée parl’augmentation
du nombre deporcelets
tandis que les réservesadipeuses
des truies et leur
l’appétit
seront sans douteréduits
(Dourmad 1988).
Sachant que le
cortisol,
laGH,
l’IGF-I etsurtout l’insuline
peuvent
influencer le fonc- tionnement de l’axegonadotrope,
onpeut
penser que les
déséquilibres
nutritionnelsagissent
sur le retour en œstrus via des modi- fications de la sécrétion de ces hormones.Ainsi,
une restriction enprotéines
et en éner-gie pendant
la lactation induit une diminu- tion des concentrations de LH avant le sevrage et un oestrus retardé(Revue : King
etMartin
1989).
5.
2 / Le génotype
etle numéro de
portée
La durée de l’intervalle entre le sevrage et l’oestrus ou la
conception
varie entre les races(Aumaître
et al1976,
Maurer et al1985) (tableau 1).
Le croisement entre racespermet
de réduire cette durée. Les intervalles sont
plus longs
chez les truiesprimipares
que chez les truiesmultipares
et diminuent entre lepremier
et le troisièmecycle
dereproduction
(Aumaître et al
1976,
Martinat-Botté et al1984) (tableau
1). La réduction de l’intervallesevrage-oestrus
avec le numéro deportée peut s’expliquer,
au moins enpartie,
par le fait quel’ingestion spontanée
d’aliments par les truiesaugmente
avec le numéro deportée (Dourmad 1988),
tout comme la masse corpo- rellemaigre
et grasse(figure 5).
5.
3 / Les variations saisonnières
Chez le
sanglier, espèce
sauvageproche
duporc
domestique,
les femelles sont en anoes-trus
pendant
l’été et le début de l’automne.Bien que la truie
domestique
neprésente
pas de véritable anoestrussaisonnier,
lesperfor-
mances de
reproduction
et notamment la durée de l’intervallesevrage-oestrus
varientau cours de l’année
(Xue
et al1994).
Si laplu- part
des truies ont un intervalle sevrage- oestrus court en été et au début de l’automne (< 9-10jours),
une minorité des truies a unintervalle considérablement
prolongé (>
30jours).
Cesproblèmes
sontplus marqués
chez les truiesprimipares
que chez les truies mul-tipares (figure 6).
La duréed’éclairement joue
un rôle dans cet
allongement
de l’intervallesevrage-oestrus (figure 7),
ainsi que les tem-pératures
élevées(Barb
et al1991,
Prunier et al 1994). Comme laprise
alimentaire dimi-nue chez des truies allaitantes maintenues à
température élevée,
le retard d’oestrus en étépourrait
êtrelié,
au moins enpartie,
au défi-cit nutritionnel
qui
lui est associé(Revues :
Dourmad1988,
Black et al1993).
Les méca- nismesqui expliquent
l’effet de laphotopé-
riode et de la
température
sur la fonction dereproduction
sont encore mal connus chez leporc. Chez les animaux à
reproduction
sai-sonnière,
la mélatonine sécrétée par laglande pinéale
est le médiateur neuro-endo- crinien de l’effet de laphotopériode
sur lafonction de
reproduction.
Chez le porc domes-tique,
le rôle de la mélatonine n’a pas pu être démontré(Revue :
Love et al1993).
Lecontenu
hypothalamique
en GnRH et lasécrétion de LH
après
le sevrage sontplus
bas en été
qu’en
hiver(Armstrong
et al1986).
De
plus,
lapulsatilité
de LH est diminuéechez des truies en lactation maintenues à des
températures
ambiantes élevées(Barb
et al1991).
L’effet de la saison sur lesperfor-
mances de
reproduction pourrait
doncdépendre
de laphotopériode,
de latempéra-
ture et de la
prise
alimentaire. Il nous sembleimportant
d’insister sur la nécessité d’éviter lestempératures
ambiantes élevées(supé-
rieures à 25°
C)
dans les bâtiments des truies allaitantes.5.
4 / La conduite d’élevage
a / Durée de la lactation
De nombreuses études ont montré que la réduction de la durée de la lactation s’accom- pagne d’une
augmentation
de l’intervallesevrage-oestrus (figure 8)
et d’une diminution de la survieembryonnaire
et de la taille de laportée
suivante(Aumaître
et al1976, Varley
et Cole
1976,
Martinat-Botté et al1984,
Revue : Xue et al1993).
Al’extrême,
lesevrage des
porcelets
lejour
de leur nais-sance n’est pas suivi de l’oestrus et de l’ovula- tion
pendant plusieurs
semaines chez cer-taines truies et induit la formation d’ovaires
polykystiques
chez d’autres. Chez les ani-maux
qui
ont un oestrusfertile,
l’intervalle mise bas-oestrus est anormalementlong (8
à16
jours)
et la taille de laportée
réduite(Elliot
et al1980, Varley
et Atkinson1985).
La durée
optimale
de lalactation,
en termede
productivité numérique (nombre
de porce- lets sevrés par truie et paran)
a été établie entre 21 et 28jours
de lactation(Aumaître
et al1976)
ou entre 17 et 30jours (Xue
et al1993).
Plusieurs
hypothèses pourraient expliquer qu’une
lactation courte retarde le retour enoestrus
après
le sevrage. D’unepart,
la sécré- tion de LH et la croissance folliculaire étantparticulièrement
réduitespendant
les deuxpremières
semaines delactation,
les folliculesne seraient pas encore
aptes
àrépondre
auxstimuli associés au sevrage très
précoce.
D’autre
part,
Cox et al(1988)
ont montré quel’hypophyse
nerépondait
pas au rétro-contrôlepositif
desoestrogènes
en début de lactation.La croissance
préovulatoire
des folliculesaprès
un sevrageprécoce
n’entraînerait donc pas dedécharge préovulatoire
de LH.L’involution utérine inachevée avant 21-28
jours post-partum (Palmer
et al1965) expli- querait,
au moins enpartie,
les faibles per- formances dereproduction
des truies tariesprécocément,
du fait des troubles de la fécondation et de la nidationqu’elle implique.
b / Taille et
temps
deprésence
de laportée
Les truies
qui
élèvent uneportée
de tailleréduite ovulent
après
le sevrageplus
vite que cellesqui
ont uneportée
nombreuse(Fahmy
et al
1979).
Parailleurs,
l’intensité des sti- muli liés aux tétéespeut
être réduite vers lafin de la
lactation,
soit en retiranttemporai-
rement
chaque jour
la totalité de laportée
enfin de lactation
(sevrage temporaire),
soit enretirant une
partie
de laportée
avant lesevrage
complet (sevrage fractionné).
Ces deuxstratégies permettent
engénéral
unediminution de la durée de l’intervalle
sevrage-oestrus (Revue :
Matte et al1992).
Pratiquement, l’interruption temporaire
de lalactation est difficilement
envisageable
àl’échelle d’un
élevage.
Deplus,
ellepeut
induire l’ovulation avant le sevragecomplet
chez certaines truies. Par
contre,
le sevragefractionné, qui implique
de sevrer lesplus
gros
porcelets
2 à 5jours
avant lesplus petits,
estplus
facile à mettre en oeuvre.Cette
technique
commence d’ailleurs à sedévelopper
dans certainsélevages.
L’interruption temporaire
de la lactation entraîne une diminution transitoire de la sécrétion deprolactine
etd’ocytocine
et uneaugmentation
de celle de LH due à la levée de l’inhibition sur le GnRH(Mattioli
et al1988).
Lesconséquences
hormonales du sevrage fractionné sont moins connues.Aucun effet n’a été observé sur les concentra- tions de
FSH, LH, oestradiol, prolactine
etocytocine, malgré
uneaugmentation
de la fré-quence des
pics
de LH(Revue :
Matte et al1992).
Les mécanismes d’action du sevrage fractionnépourraient
être liés à l’améliora- tion du bilanénergétique
destruies,
du faitd’une diminution de la
production
laitière.c / Environnement social
Comme chez d’autres
espèces,
la mise enprésence
du mâleaprès
unepériode
d’isole-ment est
susceptible
de stimuler l’activité ovarienne de la truie. Laprésentation
d’unverrat mature à une truie allaitante ou tarie
permet
de réduire l’intervallesevrage-oestrus (Hemsworth
et al1982,
Newton et al1987,
Pearce et Pearce1992).
Ces effets de lapré-
sence du mâle ont été surtout étudiés chez la truie
prépubère
mais restent malexpliqués (Revue :
Prunier1989).
Les voies de stimula- tion par le verratimpliqueraient
surtout lessystèmes
olfactif ettactile,
lessystèmes
visuel et auditif
ayant
un rôle moindre. Il aété
suggéré
que lesphéromones
du verratet/ou que la libération de cortisol chez la truie consécutivement au contact avec le verrat modifieraient les
profils
de sécrétion deLH,
induisant ainsi la stimulation dudéveloppe-
ment folliculaire. L’efficacité du verrat à déclencher la
puberté dépend
dugénotype,
dustatut
nutritionnel,
de l’environnement cli-matique,
dulogement
et del’âge
destruies,
ainsi que du mode de contact avec les truies
(Revue :
Prunier1989).
Après quelques jours
delactation,
les truiespeuvent
êtrelogées
soit individuellementjusqu’à
lasaillie,
soit en groupe de taille variable. Leregroupement
des truies associé à laprésentation
d’un verrat maturepeut
sti-muler un oestrus fertile chez les truies en lac- tation dès la 3e semaine
post-partum
ou réduire l’intervallesevrage-oestrus
chez des truies taries(Petchey
etJolly 1979,
Rowlin-son et
Bryant 1981,
Hemsworth et Barnett1990).
Les effets duregroupement
sur l’œs-trus,
en l’absence duverrat,
sont moinsclairs,
enpartie
du fait de l’interaction de fac- teurs tels que la taille du groupe et le nombre de truies par unité de surface(Hemsworth
et Barnett1990).
d / Traitements hormonaux
L’oestrus et l’ovulation
peuvent
être déclen- chés chez des truies en anoestrusprolongé après
le sevrage par desinjections pulsatiles
de GnRH ou par administration de PMSG
(Pregnant
Mare’s SerumGonadotrophin)
seule ou combinée à hCG
(human
ChorionicGonadotrophin),
ou par administration d’hCGseule,
ou de benzoate d’oestradiol seul oucombiné à la
progestérone (Revue :
Britt et al1985).
Les traitements par PMSG seule ouassociée à hCG semblent être les
plus
effi-caces et les
plus appropriés
pour induire l’ovulation. Ils sontparfois
utilisés enélevage
pour les truies
présentant
un retard d’oes- trus.Conclusion
.. -..--...
La truie en lactation est soumise d’une
part
aux stimuli associés à la tétée et d’autre
part
à une mobilisationimportante
de ses réservescorporelles
pour laproduction laitière, qui
induisent une inhibition du fonctionnement de l’axe
hypothalamus-hypophyse-ovaires.
Lesevrage des
porcelets
lève l’inhibition et entraîne ainsi lecomportement
d’oestrus et l’ovulation dans un délai de 4 à 9jours.
Detrès nombreux facteurs liés au
génotype,
aunombre de
portées,
àl’environnement,
à laconduite
d’élevage
ou à la nutrition sont sus-ceptibles
de retarder l’oestrus et l’ovulation(figure 9).
Les facteurs nutritionnels sem-blent
jouer
un rôle clé. Eneffet,
l’état nutri- tionnel de la truiependant
la lactation et/ouaux alentours du sevrage a des effets mar-
qués
sur le retour en oestrusaprès
le sevrage.De
plus,
les influences dugénotype,
dunuméro de
portée,
de lasaison,
de la taille deportée,
de la durée de la lactation ou du sevrage fractionnépeuvent s’expliquer,
aumoins en
partie,
par des effets surl’appétit
ou sur la
production
laitière des truies et donc sur leur bilan nutritionnel(figure 9).
Remerciements
Les auteurs remercient Patrick Herpin et Jean-Yves Dourmad pour leur évaluation critique du manuscrit.
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